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Danish

Library

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Statens

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Statens

pædagogiske ShxSiesamling
København

ANECDOTES.
RÉPONSES.

BELLES
■

«#a femme de Socrate disait à son mari condamné
à mort: ”Ouoi! vous êtes innocent, et il faut que
”Aimeriez-vous donc mieux, lui
vous mouriez?”
—

Socrate, que je

répondit

mourusse

2

coupable?”

.

Phocion fut condamné à mort, un de
lui
demanda, s’il n’avait rien à faire dire
ses amis
à son fils: ”Dites-lui répondit-il, que je lui défends
de l’injustice qu’on fait à
se souvenir
de

Quand

son

jamais
père.”

3

.

Epaminondas répondit

un

le séduire par des

voulait

votre roi demande est juste,
si c’est une injustice, il n’a

pour

me

jour

à

quelqu’un qui

”Si ce que
le ferai pour rien;
pas assez de trésors

largesses:
je

séduire.”
4

.

savetier de Troyes en
s’éleva par son mérite jusqu’au souChampagne,
Le roi d’Espagne lui rappelant
verain pontificat.
de sa naissance, il répondit:
bassesse
la
un jour
”Ce n’est point une vertu de sortir d’un sang noble;
la haute vertu
mais s’élever, comme je l’ai lait, c’est
et la véritable noblesse.”

Urbain IV, fils

d’un

5

Le

compassion
ment

moi

à

qui

.

connétable de Bourbon
à

Bayard

en

le

témoignant

de la

voyant blessé mortelle-

bataille de Romagnano : ”Ce n’est pas
suis à plaindre, lui dit l’illustre chevalier,

la

1

2
meurs en homme de bien ; mais
j’ai pitié de vous qui
combattez contre votre roi, votre
patrie et vos serments.”

je

6

.

Un homme de la cour demandait à Louis XII
la confiscation des biens d’un riche
bourgeois d’Orléans, qui s’était déclaré ouvertement contre ce
prince
avant son avènement au trône.
”Je n’étais pas son
roi, répondit-il, lorsqu’il m’a offensé. En le devenant, je suis devenu son père: je dois lui
pardonner
et le défendre.”
7

7*

.

Gustave III, roi de Suède,

signala les commencements de son règne
par plusieurs beaux traits, entre
lesquels on peut placer celui-ci. Quelqu’un ayant
demandé à lui parler, dit qu’il venait l’avertir
qu’un
homme en place formait des
projets contre le trône.
Le roi
n’ignorant pas que le dénonciateur était ennemi
de celui qu’il accusait, le
renvoya en lui disant :
"Allez vous réconcilier avec votre ennemi, et
je pourrai
ensuite

vous

écouter et
8

Dans

le

vous

croire.”

-

temps que Turen ne commandait

en

Allemagne, une ville neutre, croyant que l’armée
française passerait par son territoire, fit offrir cent
mille écus à ce général,
pour l’engager à prendre une

autre route
somme,
ser

:

”Je

ne

puis

en

répondit-il, n’ayant

par là.”

9

conscience accepter cette
eu intention de
pas-

pas

.

la bataille d’Hochstet,
Marlborough, faisant la revue des
prisonniers qui furent obligés de
se rendre dans le
village de Blenheim, vit un superbe
grenadier du régiment de Navarre, qui conservait sa
fierté jusque dans son
esclavage. ”Si le roi de France,
dit
Marlborough, avait cent mille hommes comme
celui-là, il serait plus heureux à la guerre.” Le grenadier lui répondit: "Morbleu, mon
général, ce ne sont
pas cent mille hommes comme moi qui manquent à
mon maître, c’est un homme comme vous.”

Après

o

10

A la bataille de

.

Rosbach, Frédéric II vit

grenadier français qui se défendait en désespéré
tre les hussards prussiens, et
qui, malgré le
avait de

d’espoir qu’il
se

des

rendre et

préférait

combattants,

cria

es-tu invincible?”

Français,

si

vous

peu
voir secouru, refusait de
la mort.
Le roi s’approchant
se

au

Français: ”Brave grenadier,

”Je le serais, Sire,
me commandiez.”
11

Un grenadier

un

con-

répondit

le

.

à défaut de montre
balle attachée à un cordon.
Le roi, Frédéric II,
en fut averti.
A la parade, if demanda à voir la
montre du soldat, qui se défendit d’abord, et finit
”Eh bien, lui dit le roi, à quoi peut
par obéir.
te servir cette balle?”
”El!e m’avertit, répondit le
grenadier', qu’à toute heure je dois être prêt à mourir
Le roi satisfait de cette réponse, tira sa
pour toi.”
montre et la lui donna.

prussien portait

une

12

.

Hiéron, roi de Syracuse, ayant prié Simonide
de lui dire ce que c’était que Dieu, le poète demanda un jour, pour examiner la question qu’on lui
proposait. Le lendemain il en demanda encore deux;
puis ces deux jours étant écoulés, encore quatre, et
ainsi de suite, en doublant toujours la somme des
jours. Hiéron voulant savoir la cause de cette con-

duite: ”J’en

use

plus j’examine

ainsi, dit alors Simonide, parce que
matière, plus elle me semble

cette

obscure.”

I,E

Le

PUIINCE

de

DF,

SAXE.

si

connu

Saxe,
par sa grande
jour chez un maréchal-ferrant d’un
village, sous prétexte de faire ferrer son cheval. Il
examina les fers qu’on lui présenta et en cassa six
l’un après l’autre, en disant qu’ils ne valaient rien
Enfin
et qu’on devait lui en donner de meilleurs.
force,

prince

entra

un

1

*

4
il feignit d’en trouver de convenables, et
lorsque le
cheval fut ferré, il donna au maréchal un écu de
six francs.
Celui-ci feignant à son tour de trouver
les écus mauvais, en cassa
plusieurs aux yeux du
prince, qui lui donna alors un louis, et convint
d’avoir trouvé son maître.
Étant un jour à Londres le prince fut provoqué
dans la rue par un charretier
qui était occupé à
enlever les houes, et qui se trouvait offensé de ce
que
le prince en passant lui avait
poussé le bras. Le
prince accepta le défi, et sur-le-champ le charretier
Mais à peine eut-il
commença à se déshabiller.
ôté sa blouse, que
prince le saisit par les épaules,
et le jeta dans son tombereau
plein de houe. Le
peuple signala la victoire du prince par des cris de
joie, et accabla le pauvre charretier dt;, huées.
SAILLIE

Raphaël

avait

DE

RAPHAËL.

de mérite pour n’ctrc pas
mais il voulait qu’elle fût juste.
Deux cardinaux lui
reprochaient mal-à-propos d’avoir
fait dans un tableau les visages de Saint-Pierre et
de Saint-Paul trop rouges.
"Messieurs,” leur répondit-il un peu surpris de cette
critique, ”n’en soyez
pas étonnés; je les ai peints ainsi qu’ils sont au
ciel; cette rougeur leur vient de l’émotion qu’ils
assez

offensé de la

critique,

éprouvent

voyant

en

comment

HEUREUSE

l’église

est

gouvernée.”

PLAISANTERIE.

Un candidat sollicitant de

Guillaume, roi de Prusse,

ce

l’emploi auprès
prince lui demanda,

de
de

quel pays il était. "Je suis de Berlin,” lui répondit-il.
"Allez! lui dit ce monarque, tous ceux de Berlin ne
valent rien.”—"Votre Majesté me
pardonnera, repartit
le candidat, il y en a pourtant aussi de bons, et
j’en connais deux moi-mëme.”—"Et qui sont ces deux?”

—

lui demanda le roi.
—"Lepremier c’est Votre
le candidat, et le second c’est moi.”

repartit

/

Majesté,
Le roi

rit de cette réponse, et lui accorda la
demandait.
LE

POISSON

grâce qu’il

lui

D’AVRIL.

Le duc de Lorraine et son épouse, retenus prisonniers à Nanci, choisirent pour s’évader le premier
jour d’avril. Tous deux déguisés en paysans, portant une hotte sur le dos, sortirent de Nanci à la pointe
du jour, et ils durent leur salut à la crainte du
poisson d’avril. En effet, une femme les ayant reconnus, alla en prévenir un soldat de la garde : mais
celui-ci n’en fit que rire, croyant qu'on voulait lui
faire manger du poisson d’avril.
Cette nouvelle parvint à l’officier, qui s’imagina également que c’était
peut-être un poisson d’avril. Cependant il en avertit
le gouverneur, qui envoya s’éclaircir du fait; mais
il était trop tard ; les illustres voyageurs avaient pris
les devants, et grâce au premier avril, ils échappèrent aux recherches.
PATIENCE

D’UN ÇUACRE.

Un quacre, étant en fiacre, se trouvait un jour
enfermé dans une petite, rue de Londres, qui ne pouvait donner passage qu’ à une seule voiture. 11 voit
venir à sa rencontre un jeune maladroit en cabriolet.
11 fallait bien que l’un des deux prît le parti de
reculer, mais aucun ne se disposait à le faire. Le
quacre, à raison de son âge, pria le jeune homme
de lui accorder la préférence, et l’invita poliment à
céder, d’autant plus que la reculade était plus facile
à un cabriolet qu’ à un carrosse ; mais celui-ci ne
répondit à l’invitation que par un persifflage assez

Le quacre, voyant son concurrent bien
insultant.
déterminé à lui disputer le passage, ne lui demande plus
rien; mais il tire de sa poche une pipe, et se met
gravement à fumér. Le jeune homme, voyant cette
manoeuvre, tire de sa poche une gazette, et se met
Un quart d'heure se passe ainsi < dans le
à la lire.
calme le plus profond.
Après avoir achevé de fumer
sa pipe, l’imperturbable'quacre rompit le silence: ”Ami,

6
dit-il

au

quand

jeune homme, j’ai

tu

auras

à te demander :
feras le plaisir
Ces paroles, prononcées du
plus
déterminèrent la partie adverse à

lu la

de

me la
prêter.”
grand sang-froid,
rétrograder.

Ij’aRLEÇITIN

ET

une

gazette,

LE

grâce

tu

me

COCHER DE

FIACRE.

Rich, fameux arlequin de Londres, sortant de
la comédie,
prit un fiacre pour se faire conduire à
une taverne
qu’il lui indiqua. Le cocher, qui qualilia ce bouffon de milord,
s’empressa d’obéir à ses
ordres. A l’instant où le cocher était
près d’arrêter,

Rich, apercevant

fenêtre de la taverne ouverte,
de la portière dans la
chambre,
Le cocher descend, ouvre le carrosse, ne voit
personne,
jure contre le lord qu’il traite d’escroc, remonte sur
son
siège, retourne et s’en va. Rich épie l’instant
où la voiture passe vis-à-vis de la
fenêtre, et d’un
saut se replace dedans.
11 crie au cocher d’arrêter,
le traitant d’étourdi
pour avoir passé la taverne.
Le cocher tremblant retourne et s’arrête à la
porte.
Rich descend, gronde cet homme tire sa bourse et
lui offre son
payement: ”A d’autres!” s’écrie le cocher en le nommant M. le diable ;
”je vous connais bien,
vous voudriez
m’empaumer ; mais gardez votre argent,
vous, n’y réussirez
pas.” En disant ces mots, il
fouette et se sauve à toute bride.
ne

fit

qu’un

une

saut

,

PLAISAATE

Un

MEPRISE.

monsieur de Talleyrand dit à son
épouse
qu’il lui ramènerait à dîner monsieur Denpn, et qu'
elle voulût bien s’efforcer de lui être
agréable; que
le meilleur moyen
d’y réussir serait de parcourir son
ouvrage et de lui en parler ;
'le trouverait dans

jour

qu’elle
bibliothèque, à tel endroit, à tel rayon. Madame
de Talleyrand va
prendre l’ouvrage, qui fait ses délices, et se fait une joie d’en entretenir bientôt le
sa

héros.
Aussi, à peine à table,
sieur Denon, qu’elle avait

d’elle, qu’elle

venait de

elle dit à

soigneusement placé
lire son livre, qui

mon-

à côté

l’avait

7
rendue tout-à-fait heureuse,
et tnonsieur Denon
de s’incliner
; qu’il avait parcouru de bien mauvais pays, et avait dû bien souffrir,
et monsieur
Denon. de s’incliner encore —; qu’elle avait bien
sincèrement partagé ses peines. Jusque-là tout allait
à merveille.
”Mais mon ravissement”, s’écria-t-elle,
—

—

—

”a été au comble, quand, dans votre solitude, je vous
ai vu arriver le fidèle Vendredi; l’avez-vous toujours?”
A ces mots monsieur Denon effaré, se pencha vers
son voisin, et lui dit,
”est-ce qu’elle me prendrait
me
pour Robinson?” Et çn effet, l’innocence de M
de T., ou la malicq de la, société de Paris, voulait
qu’au lieu du Voyage d'Egypte elle eût pris les
Aventures de Robinson.
.

SECOUREZ

VOTRE
DE

PROCHAIN

SAKS

DEMANDER

RECOMPENSE.

rivière d’Italie dans l’état de Venise,
de'bordée, le pont de la ville de Ve'rone fut
emporte', à l’exception de l’arcade du milieu, sur la-

L’Adige,

s’étant

trouvait une maison.
Une famille entière
la voyait du rivage tendre les mains et
implorer du secours. Cependant la violence du torrent détruisait •à vue d’œil les piliers de l’arcade.
Dans ce danger extrême, le comte de Spolvérini propose une bourse de cent ducats à celui qui aura le
courage d’aller sur un bateau délivrer ces malheuon
reux:
risquait d’être emporté par la rapidité du
fleuve, ou d’être écrasé par les ruines de l’arcade,
Le concours du peuple était
en abordant dessous.
innombrable,, et personne n’osait s’offrir. %. Dans cet
intervalle passe un villageois; on l’instruit de l’entreprise proposée, et de la" récompense qui y est attache'e. 11 monte aussitôt sur un bateau, gagne à force
de rames le milieu du fleuve, aborde, attend au bas
de la pile que toute la famille soit descendue dans
le bateau. "Courage, s’écria-t-il, vous voilà, sauvés.”
11 rame, surmonte l’effort des eaux et regagne le rivage. Le comte de Spolvérini veut lui donner la

quelle

se

y e'tait

:

on

■

8

récompense promise.

”Je ne vends point ma vie,
travail suffit pour me nourrir, moi, ma femme et mes enfants : donnez cela à
cette pauvre famille, elle en a
plus besoin que moi.”
lui dit le

villageois;

AUTRE

mon

TRAIT

RF.

GÉNÉROSITÉ.

Le feu
ayant pris à une maison de Vienne,
Joseph II y accourut pour hâter les secours, et s’approcha de très près de cette maison qui menaçait
déjà ruine par la violence de l’incendie. Un artisan
qui s’aperçut du danger auquel ce prince était exposé, l’en avertit et le pria de se retirer.
ne

Joseph

le danger si
grand, ne se hâtait point.
il tardait
trop, l’ouvrier le saisit avec

croyant pas

Mais

comme

vivacité, et l’emportant dans ses bras il le mit en
lieu de sûreté.
A peine-fut-il
éloigné, que la maison
s’écroula et que des
embrasées tompoutres
bèrent à l’endroit même où le
monarque se trouvait
auparavant. Joseph pénétré de reconnaissance offrit
sa bourse
remplie d’or à son libérateur, mais le généreux ouvrier la refusa en disant: ”0e
que j’ai
fait, c’est par amour, et l’amour ne
peut se payer.
Mais si j’ose demander une
grâce à votre majesté,
c’est en faveur de mon voisin.
C’est un honnête
homme, laborieux, mais si pauvre, qu’il ue saurait
payer sa maîtrise ni les outils nécessaires à son métier.” L’empereur lui accorda sa
prière, et fit donner une somme à son
malheureux voisin.
Quant à

son

libérateur,

il fit

lui envoya.
TRAIT
\

RE

frapper

COURAGE

Le contre-amiral

Magon

une

RE

médaille d’or

NAPOLEON.

faisait faire à la flotte

française à Bologne un mouvement
avait exigé.
Tout d’un coup la mer
ante à voir.

Le ciel,

chargé

qu’il

que

Napoléon
effray-

devint

de nuages noirs, était

sillonné d’éclairs, le tonnerre
grondait à chaque instant, et le vent rompait toutes les
lignes. Enfin la
tempête la plus affreuse dispersa les bâtiments de
manière à faire désespérer de leur salut.

L’empereur,

soucieux, la tête baissée, les bras croisés,

se promela plage, quand tout-à-coup des cris terribles se firent entendre. Plus de vingt chaloupes canonnières, chargées de soldats et de matelots, venaient
d’être jetées à la côte, et les malheureux qui les
montaient, luttant contre les vagues furieuses, réclaniaient des secours que personne n’osait leur porter.
L’empereur, qui voyait ses généraux et officiers frissonner d’horreur autour de lui, voulut donner l’exempie du dévouement, et malgré tous les efforts que
l’on put faire pour le retenir, il se jeta dans une
barque de sauvetage en disant: ”Laissez-moi! laissez-moi ! il faut qu’on les tire de là.” En un instant
sa
barque fut remplie d’eau. Les vagues passaient
et repassaient par dessus, et l’empereur était inondé.
Uue lame encore plus forte que les autres faillit jeter l’empereur par dessus le bord, et son chapeau
fut emporté dans le choc.
Électrisés par tant de

riait

sur

courage,

officiers, soldats, marins

et

bourgeois se
chaloupes,

à la nage, d’autres dans des
Mais
pour essayer de porter du secours.

mirent, les

uns

on ne
put
infortunés
nombre
des
qui
petit
qu’un
composaient l’équipage des canonnières, et le lendemain la mer rejeta sur le rivage plus de deux cents
cadavres, avec le chapeau du vainqueur de Marengo.
sauver

très

AMOUR

FILIAL.

Dans la fameuse éruption du mont Vésuve,
qui occasiona la mort de Pline le Naturaliste, son
neveu Pline le
jeune était avec sa famille à Miscène,
Tous les habitants
ville peu éloignée de ce volcan.
Pline seul, recherchaient leur salut dans la fuite.
doutant peu pour lui-même le danger qui l’environnait, ne songea qu’à sauver les jours de sa mère.
Elle le conjura de fuir sans elle d’un lieu où sa
perte était assurée ; elle lui représenta que son grand
âge et ses infirmités ne lui permettaient pas de le
suivre, et que le moindre retardement les exposait
Ses prières furent inutiles, et
à périr tous deux.
Pline le jeune préféra de mourir avec sa mère, plutôt

10
que de l’abandonner dans un péril aussi
pressant.
11 l’entraîna
malgré elle.' Déjà la cendre tombait sur
eux; les vapeurs et la fumée dont l’air était obscurci, faisaient du jour la nuit la plus sombre. Enseveli dans les ténèbres, ils n’avaient
pour guider
leurs pas tremblants
que la lueur du feu qui les
menaçait, et des flammes qui les entouraient. Mais
rien ne put ébranler la constance de
Pline, ni l’obliger
à pourvoir
plus promptement à sa sûreté en abandonnant sa mère. 11 la consola, il la
soutint, il la
porta dans ses bras; sa tendresse le rendit capable
des plus grands efforts.
Le ciel
récompensa une
action si louable; il conserva à Pline
une mère
plus
précieuse pour lui que la vie qu’il tenait d’elle, et à
la mère un fils
digne de son amour.
TENEZ VOTRE

PAROLE,

DES PROMESSES

Celui

qui

aime

sa

MAIS

NE

FAITES

PAS

IRREFLECHIES.

réputation,

aime à tenir in-

violablement sa parole: la qualité d’honnête homme
impose ce devoir. 11 se fait une loi, lorsqu’il le peut,

de tenir

ce

qu’il

promis.
jeune Pompée disputait l’emet Marc-Antoine, ils firent entre

a

Pendant que le

pire

Octave
de trêve, et ils se donnaient des reUn jour que ces deux derniers
pas tour-à-tour.
mangeaient dans la galère de Pompée, un de ses capitaines le tira à l’écart, et lui dit que s’il voulait le
laisser faire, il serait bientôt le maître du monde.
”Voilà un coup de
partie, ajouta-t-il, la fortune vous
favorise; si vous le voulez, vous n’avez
plus d’ennemis dans un
quart d’heure.” Pompée ne voulut point
y consentir; ”lls sont venus de bonne foi, dit-il, et
j’aime mieux garder ma parole que de commander à
eux

tout

avec

une

l’univers.”
La

quand
aussi

quer.

espèce

justice qui

nous oblige à tenir notre
parole
le pouvons
nous
légitimement,
permet
et nous ordonne même
quelquefois d’y manAvez-vous promis de faire une mauvaise action,
nous

11
de commettre un crime ou d’v coopérer, gardez-vous
de croire que vous soyez obligé de tenir votre promesse.
L’exécution vous rendrait doublement criminel.
Agésilas, roi de Sparte, cédant à l’importimité d’un de ses sujets, lui avait promis une chose
qui, après y avoir lait réflexion, ne lui parut pas
juste. 11 différa, pour cette raison, de remplir sa
Pressé par le Spartiate, il lui dit qu’il
promesse.
ne pouvait
pas lui accorder sa demande, parce qu’elle
"Mais les rois, ajouta ce particulier,
était injuste.
ne doivent
promettre que ce qu'ils doivent tenir.”
”Et les sujets, reprit Agésilas, ne doivent demander
aux

princes

que

ce

AIMEZ

qu’ils peuvent accorder.”

À

RENDRE

SERVICE.

Si les hommes savaient combien il leur est faeile de se faire aimer, et combien le plaisir de l’être
est doux et délicat, il n’en est aucun qui ne voulût
II n’y a personne, il est vrai, qui
se le
procurer.
ne soit bien aise detre aimé; mais très peu le sont
sincèrement, parce qu'on ne veut pas prendre le seul
moyen de se faire aimer, qui est de se rendre aimable.
Aimer à rendre service, à obliger, c’est le plus
Quand la
moyen de gagner tous les cœurs.
raison et la religion ne nous auraient pas fait un
précepte d’aimer à rendre service< en faisant pour
les autres ce que nous voudrions raisonnablement
qu’on fît pour nous, notre propre intérêt devrait
sûr

nous

y engager.
Le cardinal Albéroni dut sa haute fortune à
Le poète
un
service qu’il rendit: voici comment.
en
Italie.
En
passant
par le
Campistron voyageait
duché de Parme, des voleurs l’attaquèrent et lui
11 gagna, à demi-nu,
enlevèrent jusqu’à ses habits.
le village le plus voisin : c’était celui où l’abbé AIbéroni était curé.
Campistron trouva du secours
dans la générosité de cet ecclésiastique f il en reçut
des habits et de l’argent pour continuer son ivoyage.
Quelques années après, ayant suivi le duc de Ven-

12
dôme

qualité

en

de

son

secrétaire dans les guerres

d’Italie, il se trouva aux environs de la
paroisse de
son bienfaiteur,/ Comme ce
prince avait besoin d’un

homme du pays, le
poète saisit cette occasion de
lui parler d’Albéroni. On lit venir le
curé, qui soutint parfaitement l’idée
que Campistron avait donnée
de lui.
Le prince en lit son aumônier.
Albéroni
le suivit en
Espagne, et y gagna la confiance de la
princesse des Ursins. Il s’attacha à son service,
après la mort du duc de Vendôme, fut nommé agent
du duc de Parme à la cour de
Madrid, ménagea le
mariage de la princesse de Parme avec le roi d’Espagne Philippe V, devint conseiller du roi,
puis cardinal, et enfin premier ministre

d’Espagne.

PRÉSENCE »'ESPRIT.
Dans un hospice d’aliénés d’une ville de France
dont j’ai oublié le nom, il
y avait un belvédère d’où
l’on découvrait une très belle vue.
Celui qui était
chargé d’y conduire les étrangers avait été fou, mais
comme depuis
long-temps il n’avait donné aucun signe
de démence, on le
croyait parfaitement guéri. C’était
un homme
de grande taille et d’une force
remarquable.
Un jour
qu’il était monté au belvédère avec
un
voyageur déjà avancé en âge et de faible coinplexion, sa raison s’étant troublée tout-à-coup, il le
saisit au collet en
disant'^' ”Je vais vous faire sauter
par-dessus la balustrade. Je suis curieux de voir
combien de temps vous mettrez à
descendre.”
"Laissez donc, répliqua le
petit vieillard en se dé—

gageant

de

ses

mains, je vais

vous

montrer

quelque
chose de bien
plus curieux. Restez ici, et quand je
serai dans la cour,
je sauterai d'en bas sur la terrasse.” En
prononçant ces mots, il enfila lestement

l’escalier,

et

le

fou, comptant

sur

le

sa

promesse,
laissa faire.
Dans l’hospice des fous de Glascovv le
médecin
en
chef ét«it un homme de
talent,
son

art ; il

s’était adonné

passionné

spécialement

de l’aliénation mentale, et il
exerçait

au

sa

pour
traitement

profession,

f

15
comme diraient
Il ne se
les Italiens, con amore.
bornait donc pas à de simples visites ; pour mieux
les observer, il passait souvent des heures entières
en société avec
ceux des
pensionnaires dont la raison commençait à se raffermir; et
comptant sur l’asCendant qu’on acquiert aisément par des manières
fermes, mais affectueuses, et qu’il avait habituellenient sur eux, il ne prenait aucune précaution. Cette
négligence pensa lui être funeste, et il ne dut son
Un jour, plusieurs
salut qu’à sa présence d’esprit.
convalescents lui portèrent des plaintes sur la mauvaise qualité de la soupe; pour s’assurer si elles
étaient fondées, il entra avec eux dans la cuisine où
une énorme marmite était en ébullition.
Tout-à-coup
un de ces
fous, homme très vigoureux, s’approche de

lui,
cent

et le
un

regardant

avec

commencement

ces

yeux animés

qui

annon-

d’accès, "Docteur, lui dit-il,

vous êtes
gros et gras, je suis sûr que vous nous
feriez d’excellente soupe.
Essayons.” Ses camarades lui applaudissent et entourent le médecin ; déjà
celui-ci leur répond avec sang-froid: "Arrêtez, votre
idée est bonne, mais ne voyez-vous pas que mes
vêtements gâteraient le bouillon? il faut avant tout
Ce raisonnement satisfît
que j’aille me déshabiller.”
les fous, et ils le laissèrent sortir de la cuisine.

EFFET

DE

LA

POLITESSE.

On pourrait appeler la politesse une bonté assaisonnée: c’est la bonne grâce ajoutée au bon cœur.
Son empire est si puissant, qu’elle gagne les ennemis mêmes, et les désarme quelquefois.
Le célèbre Montaigne s’était retiré dans son
château en Périgord, pendant les troubles de religion
et les guerres civiles qui, sous le règne de Charles
Un jour un homme se
IX, désolaient .la France.
présenta devant les fossés du château, feignant d’être
poursuivi par des réformés. Introduit par Montaigne,
il lui raconta que voyageant avec plusieurs de ses
amis, une troupe de gens de guerre les avait attaqués; que leur bagage avait été pillé; que ceux qui

14
avaient opposé de la
résistance, avaient été tués, et
qu’on avait dispersé les autres. Montaigne ne soupçonria pas un instant la bonne foi de cet homme:
c’était néanmoins un chef de
parti, qui était convenu
avec sa
troupe de ce stratagème pour s’introduire
dans le château.
Un moment après, on vint avertir
Montaigne qu’il paraissait deux ou trois autres cavaliers. Celui qui avait été admis le
premier, dit
qu’il les reconnaissait pour ses camarades. Montaigne,
touché de
compassion, ne fit aucune difficulté de les
recevoir.
Ceux-ci furent suivis de
en

sorte que la

d’hommes

cour

plusieurs autres,
remplie
Montaigne s’aperçut alors

du château fut bientôt

de chevaux.
avait faite ; mais le mal était sans
remède. 11 lit bonne contenance, et ne
changea rien
dans ses manières.
Il s’empressa de
procurer à ses
hôtes tout ce dont ils
feignaient d’avoir besoin, leur
fit distribuer des
rafraîchissements, et en agit avec
tant de cordialité et de
politesse, que leur chef, séduit par ses bons
procédés, n’eut pas le courage de
donner le signal convenu
pour mettre le château au
et

de la faute

qu’il

pillage.

PLAISANT

STRATAGÈME

DE RABELAIS.

Contraint de sortir de Rome, Rabelais,
pour
arriver à Paris commodément et bien
nourri, s’avisa
d'un stratagème qui aurait
pu coûter cher à tout
autre qu’à lui.
Arrivé dans une hôtellerie à
Lyon,
il y demanda une chambre écartée et un
petit garçon qui sût lire et écrire.
Il fit ensuite
plusieuis
petits paquets de la cendre qu’il trouvait dans la
cheminée, et lorsque l’enfant lui eut apporté de l’encre
et du papier, il lui fit écrire divers billets
portant,
l’un: "poison pour le roi”; l’autre:
"poison
pour
la reine”; le troisième:
"poison pour monseigneur
le duc d’Orléans” etc.
Il appliqua ensuite ces
étiquettes sur chaque paquet, et dit à l’enfant: "Mon

ami, gardez-vousJe rien dire à personne de
vous ai fa* écrire, car il irait de ma vie

je

vôtre.”

Pendant

qu’il dînait, l’enfant

ne

ce

que

et de la

manqua

15
pas de rendre compte à sa mère de ce qui venait
de se passer en haut, et la bonne femme n’eut rien
de plus pressé que de dénoncer à la maréchaussée
le nouvel hôte qui était arrivé dans son hôtel.
Le

prévôt y court avec ses archers, interroge Rabelais,
qui ne répond pas juste à ses demandes, se saisit
du voyageur et de sa valise, et le conduit sous bonne
escorte à Paris.
Arrivé en cette ville, Rabelais se
nomme; il demande à parler
et à qui il fait part de la

roi, qui le reconnaît,

au

qu’il avait employée
pour aller depuis Lyon jusqu’à Paris, bien nourri et
bien monté, aux frais de sa majesté, qui, dit-on, loin
de se fâcher, rit beaucoup et s’amusa à sa cour de
ce

hardi.

stratagème
HENRI

Henri IV,
ron, sans

en

ruse

QUATRE

après

ET

LE

VIGNERON’.

s’être entretenu

être connu, finit

son

avec

un

vigne-

entretien par lui

demander combien il gagnait par jour.
"Quarante
sous.”
”Que fais-tu de cet argent ?”
"Quatre
"Et comment les dispenses-tu ces
parts.”
quatre
"De la première je me nourris; avec la
parts?”
seconde je paye mes dettes; je place la troisième;
et la quatrième, je la jette dans l’eau.”
"Ceci est
—

—

—

—

—

—

”Je vais vous l’expliquer.
pour moi.”
Vous entendez que je commence par me nourrir du
Un autre quart sert à nourquart de mon gain.
rir mon père et ma mère, qui m’ont nourri.
Le
troisième quart est employé à élever mes enfants,
La derqui me nourriront un jour à leur tour.
nière part est pour mon roi, qui n’en touche rien
ou
presque rien: elle est donc perdue pour lui et
pour moi.”
une

énigme

—

LE

MEILLEUR

MINISTRE.

Un ambassadeur d’Espagne demanda à Henri IV
quel était celui de ses ministres dont il faisait le
plus de cas, afin qu’il pût traiter avec lui. Le prince
envoya aussitôt chercher son
président
Jeannin, et monsieur de Villeroy, et dit à l’ambas-

chancelier^e

"V,

s

16
sadeur qu’il allait lui donner lieu de les connaître par
Le roi lui montre
Le chancelier arrive.
lui-même.
de
sa chambre, en disant:
fentes
au
quelques
plancher
"Monsieur le chancelier, ce bâtiment menace ruine,
ou
n’y est pas en sûreté, j’ai envie de déloger au
plus vite, et de me retirer à Fontainebleau ou à StGermain.”
”Sire, répond le chancelier, vous ne pouvez mieux
faire, ce bâtiment va tomber, et Votre
Majesté ne peut pas y demeurer sans péril.”
Monsieur de Villeroy vient ensuite, et le roi lui
ayant tenu le même discours: ”Sire, il faut voir, répond-il, il faut auparavant faire venir les architectes,
Enfin le président Jeannin
et prendre leur avis.”
arrive, il considère les fentes et dit : ”Je ne vois rien
là, qui doive vous allarmer; ce bâtiment est très bon,
et il durera plus long-temps que Votre Majesté.”
Dès qu’ils se furent retirés, le roi dit à l’ambassadeur: ”Vous connaissez maintenant mes trois ministres ; le chancelier me dit tout ce que je veux :
monsieur de Villeroy ne me dit rien ; le président
Jeannin me dit ce qu’il pense, et il pense toujours
bien.”
(Ouelques-uns font dire à Sully ce qui est
attribué ici à Jeannin.)
—

—

—

—

LE

SOLDAT

IUTSSE.

donne quelquefois des preuves
Pierre
bien plaisantes de son exactitude machinale.
le grand avait ordonné d’arrêter quiconque après
Un médecin
dix heures passerait sans lanterne.
venant de chez son malade, s’était fait précéder de
Son chemin
son domestique qui portait sa lanterne.
Le domestique passa,
le conduisit devant un poste.
et le médecin, malgré ses protestations, fut conduit
Dans un compar la sentinelle au corps-de-garde.
bat contre les Suédois, une galère que montaient
plusieurs officiers aux gardes, coula à fond. L’oflicier de la galère voisine cria aux siens: Sauvez
Un malheureux, tendant
les officiers aux gardes.
les bras ho|jl de l’eau, demanda secours: un soldat,
avant de le retirer, lui demanda : ”Es-tu officier aux

Le soldat

russe

—

/

/
\

17

gårdes?”

L’autre

ne

périt.
CERTAIN

AGE

pouvant repondre, enfonça

ACCOMPLI,

LE

CORRIGE

PLUS.

NATUREL

NE

et

SE

Pierre le grand voulait
changer les mœurs barbares des Moscovites, et comme,
pour atteindre ce

but, l’exemple

lui paraissait aussi utile
que les lois,
il ordonna à un certain nombre de
seigneurs russes
de voyager en
Europe, espe'rant qu’ils reviendraient
de ce voyage assez instruits, assez éclairés

pour
leurs habitudes et pour contribuer au succès
de son plan de réforme.
Il avait choisi, pour remplir
son intention,
des hommes graves et mûrs.
Tous
les courtisans louaient avec enthousiasme ce
projet,
et se
prosternaient devant la prévoyance et le génie
de l’empereur; un seul sénateur se taisait: et dans
les cours lorsque la flatterie
parle, le silence est
Pierre lui demanda s’il
courage.
n’approuvait pas
son
”iNon, dit le sénateur, ce plan n’aura
plan.
pas d’effet, et vos voyageurs ont trop de barbe au
menton, ils reviendront tels qu’ils seront partis.”
L’empereur, plein de son idée et fort de l’approba-

perdre

—

—

tion de tout

ce

qui l’entourait,

railla le sénateur

sur

humeur frondeuse, et le défia
d’appuyer sou
objection d’aucune preuve solide. Celui-ci prit alors
son

une feuille de
papier, la plia, et après avoir passé
fortement l’ongle sur le pli, il le montra au czar et
lui dit: "Vous êtes un
grand empereur, un monarque
absolu, vous pouvez tout ce que vous voulez, rien ne
vous résiste, mais
essayez d’effacer ce pli, et voyons
si vous en viendrez à bout.”
Pierre se tut, re'voqua
son ordre et
s’occupa de l’éducation de la jeunesse
avant de la faire voyager.

PRESENCE

D’ESPRIT

1)E

CHARLES

L’empereur Charles-Quint

chasse, aperçut enfin devant lui
entra pour

se

rafraîchir.

s’étant
une

11 y trouva

ÇUINT.

égaré

à la

maison, où il
quatre hommes
2

■^HS

18
Le

dormir.
couchés à terre, et faisant semblant de

s’étant approché de l’empereur,
premier
devoir lui ôter sa montre, et
rêvé
lui dit, qu’il avait
avait songé
aussitôt il la prit. Le second dit qu’il
se

que

son

leva,

manteau

et

l’accommoderait bien,

et il le lui

Le troisième lui prit sa bourse. Le quatrième
ôta.
mauvais gré, s’il
enfin le pria de ne pas lui savoir
une
En le fouillant il aperçut à son cou
le fouillait.
un sifflet,
était
à
pendu
laquelle
petite chaîne d’or,
mon ami, lui dit fernqu’il allait lui ôter: ”Mais,

de ce sifflet, permettezEn même
la vertu.”
Ses
scs forces.
toutes
de
siffler
à
se mit
le signal,
entendu
gens, qui le cherchaient, ayant
furent pas peu
accoururent vers la maison, et ne
Se
le voir en si mauvaise compagnie.
de
surpris
voici des
”Mes
dit:
amis,
il
de
danger,
voyant hors
tout ce qu’ils ont voulu ; je veux
gens qui ont songé
tour.”
mon
à
Après avoir rêvé quelaussi songer
”J’ai songé, dit-il, que voqs êtes
moments:
ques
et aussitôt
tous quatre des fripons dignes du gibet j”
maison.
la
devant
ils furent

de
pereur, avant

de
temps il

moi

vous

en

me

priver

apprendre

pendus

UB ROI

ET LE

MARMITON.

château du Plessis, descendit
Louis XI étant
où il trouva un enfant de
les
dans
cuisines,
soir
un
Ce
tournait la broche.
quatorze à quinze ans, qui
l’air assez
assez bien fait, et avait
était
jeune garçon
d’un autre
fin pour donner lieu de le croire capable
il
Le roi lui demanda d’où il était, qui
emploi.
ne le couLe
marmiton, qui
était, ce qu’il gagnait?
embarras: ”Je
naissait pas, lui dit sans le moindre
suis marau

suis du Berry, je m’appelle Étienne; je
le roi.”—
miton de mon métier, et je gagne autant que
Louis.—"Ses
dit
lui
dépen?”
roi
”Et que gagne le
Cette
et moi les miennes.”
Étienne,
ses, reprit
bonnes
les
lui
valut
grâces
réponse fibre et ingénuele valet de
chambre^' et qui
dont il devint
du
'

roi,

le combla dans la suite'de

/

ses

bienfaits.

I

19

l’ambitieux désappointé.
Le frère de lord
Macartney avait servi avec
distinction dans les armées, et se vantait de n’avoir
jamais rien demandé à la cour, quoiqu’il eût été à
portée d’en obtenir bien des faveurs, ne connaissant
pas de pins grand bonheur que celui de vivre eu
,

simple particulier.

Le roi
d’Angleterre, instruit de
propos, voulut savoir si cette insouciance pour
les honneurs et les
et si
dignités était bien
ces

ce

sincère,

prétendu philosophe

serait effectivement en état
de résister à la tentation.
Un jour il le tire à l’écart,
et lui dit avec un air d’intérêt et de
mystère: ”Etesvous à même de
parler coulamment la langue espagnole ?”
”Non, Sire, je ne la sais pas; mais je me
serai bientôt mis en état de la
parler, si cela plaît
à Votre
”Oui, oui, répliqua le roi, vous
Majesté.”
ferez bien de
Le
—

—

l’apprendre.”

simple conversation,
que le roi désirait

dans

qu’il

—

se

grand emploi diplomatique, se
jour et nuit avec assiduité. Au
Un

mois, il fut

assez

lord, d’après

cette
il crut
s’apercevoir
mît à même
d’occuper

laquelle

avancé pour dire

parfaitement l’espagnol. —”Ah !

renferma et étudia
bout de quelques
roi qu’il savait
mieux, répondit le

au

tant

monarque ; vous voilà à même de lire Don Quichotte
dans l’original; aussi bien on assure
que les traductions n’en valent rien.”

RÉPONSES BAROQUES.
Frédéric II avait coutume, toutes les fois
qu’un
nouveau soldat
paraissait au nombre de ses gardes,
tous tirés de la (leur de ses
régiments, de lui faire
ces trois
questions: ”Quel âge avez-vous?”
”Depuis combien de temps êtes-vous à mon service?”
—

—

”Recevez-vous exactement votre habillement

votre

paie?”

et

Un jeune Français,
que sa figure
et sa taille avaient fait
adopter, mais qui ne savait
pas rallemand, fut prévenu par son capitaine
d’apprendre par mémoire la réponse à ces trois ques11 paraît devant le roi,
tions.
qui, commençant par
—

2*

20
la seconde
vous

que

question,
êtes à

mon

lui demande: "combien y a-t-il

service?”—

”Vingt

et

un

ans,

Et quel âge
ans?
un an, sous le bon plaisir de
”Sire,
avez-vous?”
”Vous ou moi avons perdu l’esvotre majesté.”
”Voilà
et l’autre, sire, exactement.”
”L’un
prit!”
tou à la tête
la première fois que je suis traité en
Le jeune Français qui avait épuisé
de l’armée!”
le silence le
tout ce qu’il savait d’allemand, gardait
le roi s’avisa de le questionner
sire.”

et

"Comment, vingt

—

un

—

—

—

—

—

plus profond, quand

Il fut obligé d’avouer qu’il n’entendait
la
langue allemande. Frédéric, comprenant
trois
ces
à
quescause des réponses baroques faites
tions, s’amusa beaucoup de cette aventure.

de

nouveau.

pas la

TUAIT

DE

MAGNANIMITÉ.
(in

à la
Un lieutenant-colonel prussien, réformé
le roi
solliciter
de
cessait
ne
de la guerre de 175(5,
11 devint si importun, que
son replacement.
pour
le laissât approcher d’elle.
sa majesté défendit qu’on
contre ce
Peu de temps après il parut un libelle
le grand
fût
Quelque indulgent que
monarque.
l’offensa
Frédéric à cet égard, l’audace de l’écrivain
frédérics-d’or à celui
au

qui

point, qu’il promit cinquante
le

noncer

Le lieutenant-colonel se fit andénoncerait.
comme
au roi,
ayant un rapport intéressant

à lui faire.

promis

Il est admis.

”Sire, dit-il,

vous avez

dénoncecinquante frédérics-d’or à celui qui

rait l’auteur d’un
porle ma tête à

C’est moi; j’apcertain libelle.
pieds. Mais je compte que

vos

tiendrez votre parole royale, et que, tandis que
enverrez à ma pauvre
vous punirez le coupable, vous
femme et à mes malheureux enfants la récompense
Le roi n’eut pas de peine
promise au dénonciateur.”
fut frappé de
à reconnaître l’auteur du libelle; il
besoin
le
à
portait un officier
l’extrémité
laquelle
d’ailleurs estimable. N’importe, il s’avouait coupable.
vous

—

—

"Rendez-vous
attendez

sous

le roi;
sur-le-champ à Spandau, dit
les verroux de cette forteresse les effets

du

de votre souverain.”
”J’obéis, Sire,
l’officier; niais les cinquante frédérics-d’or?”

covroux

répond

—

—

”I)ans deux heures, reprit le roi, votre femme les
recevra.
Prenez cette lettre, et la remettez au cornmandant de Spandau, qui ne doit l’ouvrir qu’après
le dîner.”
Le lieutenant-colonel arrive au terrible
château qui lui était désigné pour demeure, et s’y
déclare prisonnier. Au dessert, le commandant ouvre
la lettre; elle contenait ces mots: Je donne le commandement de Spandau au porteur de cet ordre.
11 verra bientôt arriver sa femme avec les 50 frédéries-d’or.
Le commandant actuel de Spandau aura
le commandement de la place de ï>
avec un
Frédéric.
grade supérieur.
I.E

CHIEN

FhÉdEIUC

PE

II.

Vers la tin de la fameuse guerre de sept
ans,

entre les Prussiens et les

qui

était myope,

Russes, Frédéric-le-Grand,

trouva

pendant une nuit entière
loin de son armée.
11 était
aux environs de la
Prégel, et il avait à craindre la
rencontre de nombre de détachements de
Cosaques
qui rôdaient çà et là dans la campagne; il s’acheminait pas à pas, quand son chien,
danois
absolument seul,

se

et très

vigoureux

qui l’accompagnait toujours dans ses expéditions, se
dressa tout-à-coup contre le poitrail du cheval
qu’il
montait; voulant l’empêcher d’aller en avant,'et ne
pouvant y parvenir, le danois se tourna du côté du
roi lui-même, et mordit légèrement le lias de sa
botte

très

en
grognant douloureusement.
Frédéric, qui avait éprouvé en diverses
l’attachement particulier de son chien,

étonné de

rencon-

lut fort

l’agitation où il se trouvait. Soupçonquelque chose d’extraordinaire, il s’arrête; il
regarde autour de lui, mais il n’aperçoit personne;
il jirête l’oreille, il n’entend rien non
plus. Non
content de ces précautions, et toujours
prudent, il
descend de cheval, et fait quelques pas en arrière, au
grand contentement de Gcnrjük, qui l’accable de
liant

qui saute de joie. Choisissant ensuite
et
endroit ferme et uni, le roi se couche à terre,
Il entend aussitôt un bruit sourd
l’oreille.
y applique
de la
et lointain qui se propage le long des bords
il écoute encore, et il ne tarde pas à se
caresses, et
un

rivière;

l’avait averti bien à proson chien
il
En
effet,
aperçoit, à la lueur de la lune,
pos.
de
plusieurs cavaliers qui précédaient un gros corps
cavalerie ennemie, occupant au loin une vaste plaine,
Dans cette circonstance hasardeuse, Frédéric
y.
se réfugier sous la
ne perd point de temps; il court
vers
lequel Fennemi, se
première arche d’un pont
minutes
mettant en colonne, vint défiler, quelques
Jamais ce
le plus profond silence.
dans
après,
si imminent;
prince ne s’était trouvé dans un péril
le trâ'hir; et devenu
le moindre mouvement

convaincre que

pouvait
il était en danger
prisonnier sans nulle résistance,
de ses
de perdre au même instant sa liberté, le fruit
sa gloire elle-même.
et
peut-être
grands exploits,
tout bouil-

Pour comble de terreur, Gengisk ,
lant de courage, et qui ne pouvait se contenir en
fit un
sentant de si près l’ennemi de son maître,
mouvement pour aboyer. Dans cet instant si critique,
le
tremblant alors pour la première fois de sa vie,
soudain le museau de son
saisit
Frédéric
grand
deux
ses
danois, puis le serrant fortement entre
cette singulière attidans
immobile
resta
il
mains,
les Cosaques eussent entièrece

tude, jusqu’à

que

lut hors de danger.
vrais
Si l’on admire le génie supérieur des
ravi
héros et des grands-hommes, on n’est pas moins
hélas!
bien
rares,
ces
traits
de lire dans leur vie
Le
qui caractérisent la bonté et la reconnaissance.
évènecet
grand Frédéric se souvint toujours, depuis l’avait si
ment, du péril d’où l’industrieux Gengisk
heureusement tiré.
Lorsque la paix générale fut
mais ce
en eut un soin tout particulier;
il
signée,
à
de
mort
après,
étant
temps
peu
courageux animal
et de plusieurs coups de sabre
cause des fatigues
des hussards, le
qu’il avait reçus en se battant contre
ment

défilé,

et

qu’il

roi lui fit ériger dans son parc de Sans-Souci
monument de marbre blanc.

JOSEPH SECOND EN

Dans

un

VOYAGE.

le

premier voyage que Joseph II fit en
France sous le nom du comte de Falkenstein, il
arriva à une poste qui se trouvait, au moment de
son apparition, dégarnie de chevaux.
Le maître de
poste pria l’étranger, qui lui était inconnu, d’avoir
un

peu de

patience,

avouant

qu’il

avait

employé

ses

chevaux de relais pour aller chercher quelques parents
et amis, invités à assister au baptême d’un fils. Le
comte, en s’entretenant avec cet homme, lui trouva
du bon sens et du patriotisme.
11 s’offrit pour être

parrain. Le maître de poste, étonné de la proposition, l’accepta cependant, et préféra l’étranger pour
compère à son cousin le fermier, auquel ce titre
avait été destiné.
On se transporte à l’église, on
commence l’acte.
Le curé demande au parrain son
nom.
”Lc nom de famille?”
"Joseph.”
"Comment? je croyais que celui de Joseph suffisait.”
—■

—

-—■

"Non, monsieur.”

”Eh bien, mettez Joseph
Le curé et les assistants restèrent interLe maître de poste tomba aux pieds du prince,
»lits.
qui le releva avec bonté, lui fit un don très gênéreux, et promit de ne pas oublier son filleul.
Pendant le voyage de l’empereur Joseph en
Italie, le fer d’une des roues de sa voiture cassa
Il parvint avec beaucoup de peine
sur le chemin.
—

second.”

—

—

prochain village. Descendu à la porte d’un serrurier, il lui demanda de réparer sur-le-champ le dom-

au

”Je le
mage qui l’empêchait de continuer sa route.
ferais volontiers, dit l’artisan, mais c’est aujourd’hui
fête, tout le monde est à la messe, et je n’ai personne pour faire
”Ou’à cela
jouer le soufflet.”
dit l’empereur, je ferai jouer le soufflet
ne tienne,
Le nuimoi-même, aussi bien cela m’échauffera.”
Marque souffle, l’ouvrier forge, et tout est réparé.
—

—•

—

"Combien faut-il payer?”

—

"Six sous.”

—

Joseph

24
ducats dans la main du serrurier et part.
L’honnéte artisan court après lui: "Monsieur, vous
met six
vous

je

ne

donné six ducats,
tout le village.”
le surplus de tes six sous

trompé, vous m’avez
pourrais changer cela dans

êtes

où tu pourras,
est pour le plaisir que j’ai

"Change

LA

eu

POLICE

—

de souffler.”

DE PAIUS.

Joseph II, grand admirateur de la police de
Paris, telle qu’elle s’exerçait sous le ministère de
monsieur de Sartine, conçut le dessein de monter
Il croyait avoir
celle de Vienne sur le même pied.
circonstance
une
réussi, quand
particulière lui fit
Un criminel,
connaître qu’il était encore loin de là.
né son sujet, s’était réfugié à Paris. L’empereur le
réclame par son ambassadeur, monsieur de Mercy, qui
s’adresse au lieutenant de police de Paris. "L’homme
dont il s’agit, dit monsieur de Sartine, est en effet
venu à Paris, il a logé, en telle rue et à tel hôtel;
il a fréquenté telles maisons de jeu; mais il n’est
plus ici.”—L’ambassadeur envoie ces renseignements
à l’empereur, qui répond que la police de Vienne
assure que le coupable est toujours à Paris et qu’il
L’ambassadeur insiste auprès
ne peut être ailleurs.
"La police de Vienne est
du lieutenant de police.
Monsieur l’ammal informée, réplique le ministre.
l’homme qu’il
à
maître
votre
écrivez
que
bassadeur,
cherche a quitté Paris le 10 du mois dernier: qu’il
est maintenant à Vienne ; qu’il loge en telle rue, tel
La chose était ainsi:
numéro, au troisième étage.”
le coupable fut arrêté par la police de Vienne dans
le lieu que lui avait désigné la police de Paris.
—

—

LE

MAGISTRAT

INSENSIBLE.

Joseph II faisait distribuer du blé dans la BoPlulième, où il était monté à un prix exorbitant,
sieurs voitures qui en étaient chargées, restaient
devant la porte d’un bailli : les paysans se plaignaient

d’attendre,

et

l’empereur qui vint à passer, entendit
leurs plaintes.
11 leur en demanda la raison.
”11 y a long-temps
(pie nous attendons, et nous avons
huit lieues à faire pour retourner”...
”Non seulement ils disent vrai,
ajouta le elerc du bailli, mais
les habitants souffrent du retard de la distribution.”—
L’empereur en petit uniforme entre chez le bailli qui était
en
grande compagnie, et se fait annoncer par le clerc.—
”Qui êtes-vous?” lui demanda le bailli.
"Lieutenant
au service de sa
Majesté Impériale.” ”Qu’v a-t-il pour
votre service?”
”Oue vous expédiez ces
pauvres
gens qui attendent depuis bien du temps.”
”Qu’ils
attendent encore!”
"Mais ils ont tant de chemin
à faire, et ils ont
déjà tant attendu.”
"Quel
intérêt avez-vous à les
"Celui de bien
renvoyer?”
faire et d’être humain.”
”J’en ai un à vous dire
«pie le vôtre est de trop et que je sais ce que
j’ai
à faire.”
”Et moi un très grand à vous déclarer
que ces blés ne vous regardent plus....
Mon ami,
ajouta le monarque en s’adressant au clerc
l’avait

—

—

—

—

—

—

—»

-—-

—

—

—

annoncé, expédiez
et vous,

dit-il

votre maître.”

LE

qui

bonnes gens; vous êtes bailli;
bailli qu’il cassait, reconnaissez

ces

au

Il

se

lit reconnaître et

disparut.

MAGISTRAT IXTEGRE.

Les boulangers de Lyon vinrent demander à
monsieur Dugas, prévôt des marchands de cette
ville,
la permission d’enchérir leur
pain.
Après lui avoir
expliqué leurs raisons, ils laissèrent adroitement sur
la table une bourse de deux cents louis. Ils revinrent
quelques jours après, ne doutant point que la bourse
n’eût plaidé efficacement leur cause.
Le magistrat
leur dit: ”J’ai pesé, messieurs, vos raisons dans la
balance de la justice, et je ne les ai
point trouvées
de poids.
Je n’ai pas jugé qu’il fallût,
pour une
cherté mal fondée, faire souffrir le
peuple. Au reste,
j’ai distribué votre argent aux hôpitaux de cette ville;

je

n’ai

usage;

pas

cru

que

j’ai compris,

vous

que

en

voulussiez un autre
vous étiez en état

puisque

26
tic

l'aire de

comme

vous

telles aumônes, vous ne perdiez pas,
le dites, dans votre métier.”
RE

TROMPEUR

CONFONDU.

voyage, un particulier
capital de vingt mille francs qui
11 alla prier un ami (J e lui garder
l’embarrassait.
cette somme jusqu’à son retour. Quinze jours après,
civiles

Sur le point
avait chez lui un

de faire

lin

Point de preuves; les lois
Il eut recours au lieule
condamner.
pouvaient
un moment, envoya
rêva
tenant-général de police, qui
dans
chercher le dépositaire, et fit passer l’accusateur
l’ami nia le

dépôt.

ne

arrive et soutient qu’il
”Eh bien, dit
livres.
et comme vous êtes
vous crois,
femme
innocent, vous ne risquez rien d’écrire à votre
lionne
Ma
amie,
dicter:
vous
le billet que je vais
suis puni si je ne restitue
tout est découvert;

un

L’ami

cabinet.

n’a pas reçu les
le magistrat, je

que tu sais.
venant vite à mon
ce

et que

je
Apporte

pourra

la somme; ce n’est qu’en
je sortirai d’embarras,
pardon. Ce billet, ajouta le

secours

j’obtiendrai

magistrat,
ne

prétendu
vingt mille

mon

que

femme

pleinement vous justifier. Votre rien
rien apporter, puisque vous n’avez
Le billet

va

sera confondu.”
reçu, et votre accusateur
est envoyé, et la femme effrayée accourt
—

les

vingt

—

avec

mille francs.

IÆ

GOUVERNEUR COURTISAN.

Louis XIV était à Fontainebleau, et du balcon
d’un bois
de sa chambre à coucher, il se plaignit
Le duc d’Antin était goula
vue.
lui
qui
masquait
haute main sur la
verneur du château; il avait la
forêt et les jardins.
Ayant ouï le propos du roi,
il fit scier pendant la nuit, près de la racine, tous
cordes
les arbres qui avaient déplu; on attacha des
bûcherons
à la cime; plus de douze cents ouvriers,
et se
et gardes furent employés à cette expédition,
l’ordre
au
à
exécuter
signal,
premier
tinrent prêts

27
M. d’Antin leur

que

donnerait.

L’occasion

ne

se

fit

point attendre.
sa promenade du
regards, revint à

Dès le lendemain, le roi dirigeant
côté de ce bois qui blessait ses
la critique de la veille et fit bien
voir qu’il ne changerait pas de sentiment.
Le duc
alors donna un coup de sifflet, et en un clin d’œil
la foret tomba et disparut. La duchesse de Bourgogne, témoin de ce prodige, s’écria en riant: ”Ah!
bon Dieu, si le roi eût désiré nos têtes, JM. d’Antin
les aurait fait tomber de même !”

REUCHLIN

ET

LES PAYSANS.

Le célèbre Reuchlin arriva un jour d’hiver à
midi dans un village, où il lui fallait attendre sa
voiture dans une auberge, remplie de paysans ivres
qui faisaient grand bruit. Pour ne pas perdre son
temps, il résolut de lire son Térence. Mais cornment faire taire les paysans?
En vain eût-il voulu
parler raison, les prier de vouloir bien lui céder un
coin de la table et l’y laisser tranquille.
Il s’avisa
d’un moyen qui lui réussit parfaitement.
Il se lit
apporter un grand verre d’eau et un morceau de

craie,

avec

laquelle

il

traça

sur

la table

un

vaste

cercle surmonté d’une croix.
Il plaça ensuite le
gobelet vers la droite et son couteau à gauche de
cette figure, et mettant son Térence dans le cercle
même, il commença à lire. Les paysans le prenant
se taisent sur-le-champ, le
regardent
n’osent ouvrir la bouche ni se remuer,
continue ainsi tranquillement sa lecture

sorcier,

pour

un

avec

frayeur,

et

Reuchlin

jusqu’à

l’arrivée de la voiture qu’il attendait.
LA

FRANCHISE

«’oXENSTIERNA.

Axel Oxenstierna était en quelque façon au
Gustave de Suède ce que Sully était à Henri
IV, au moins ce ministre parlait-il toujours à sou
roi avec une franchise, qui tenait plus du militaire
"Votre majesté, dit-il un
que de l’homme de cour.

grand

28
devrait pas s’exposer, comme
lui répondit le monarque
tout impatient: vous êtes toujours trop froid dans
”11
les affaires, et vous m’arrête/, dans nia course.”
est vrai, Sire, répliqua le chancelier, je suis froid;
ne mettais quelquefois de ma glace dans
mais si
à

jour

ce

ne

monarque,

”Et

elle le fait.”

vous,

—

je

votre

l'eu,

vous

napoléon

seriez
le

et

déjà

consumé.”

paysan nu

saint

isp. un /vmi.

Le premier consul gravit le Saint-Bernard sur
helle mule qui appartenait à un riche propriétaire de la vallée: elle était conduite par un jeune
et vigoureux paysan, dont il se plaisait à provoquer
les confidences. ”Oue te faudrait-il pour être heureux?”
lui demanda-t-il au moment d’atteindre le sommet de
”Ma fortune serait faite”, répondit
la montagne.
le modeste villageois, ”si la mule que vous montez
Le premier consul se mit à rire, et
était à moi.”
de retour
la
ordonna, après
campagne, lorsqu’il fut
à Paris, qu’on achetât la plus helle mule qu’on pourrait trouver, qu’on y joignît une maison avec quelmît son guide en posques arpents de terre, et qu’on
session de cette petite fortune. Le hou paysan, qui
une

—

—

ne

pensait déjà plus
qu’il avait

lors celui

NAPOLEON

à son aventure, ne connut
conduit au Saint-Bernard.

APKÈS

LA

BATAILLE

qu’a-

d’aBCOLE.

Après la conquête d’Arcole, l’infatigable Bona11 aperçoit
parte parcourait le camp dans la nuit.
et

sentinelle endormie: il lui enlève doucement,
l’éveiller, son fusil, fait la faction à sa place,
Le soldat s'éveille
attend qu’on vienne le relever.
enfin: quel est son trouble quand il aperçoit son
général dans cette attitude! —Il fait un cri: ”Bona”Rassure-toi, mon ami, lui
parte, je suis perdu!”
le général; après tant de fatigues, il est bien
répond
mais
permis à un brave comme toi de s’endormir,
ton
mieux
lois
choisis
autre
une
temps.”
une

sarçs

—

20
INTREPIDITE DU MARECHAL MASSENA.

Trois fois pendant la liataille d’Essling,
Napoléon envoya demander au général Masséna s’il
pouvait tenir;
et le brave capitaine, qui ce
jour-là
voyait son fils se battre pour la première fois, qui
voyait ses amis, ses plus intrépides officiers tomber
par douzaine autour de lui, tint jusqu’à la nuit fer”Je ne veux pas me replier, dit-il, tant
niée.
qu’il
fait jour; ces gueusards d’Autrichiens seraient

trop

La constance du maréchal sauva la
journée ; mais aussi, comme il le dit lui-même le lendemain, il joua de bonheur continuellement. Au commencement de la bataille, il s’aperçut qu’un de ses
étriers était trop long. 11
appelle un soldat pour le
raccourcir; et pendant cette opération, il pose sa
jambe sur le cou de son cheval; un boulet part, qui
emporte le soldat et coupe l’étrier, sans toucher au
maréchal ni à son cheval.
”I5on ! dit-il ; voilà qu’il
me faut descendre et
changer de selle!” Et ce fut
avec humeur que le maréchal fit cette observation.

glorieux.”

d’albitm.
Deux

avant la bataille

jours
d’Eylau, Napoléon
logea chez un ministre protestant, à deux lieues
du champ de la rencontre.
11 couchait dans sa
bibliothèque : un album était sur la table, et le lendemain, quand l’empereur fut parti, on y trouva ces
se

mots écrits de

sa

quillité, pourquoi

main : ”Asile heureux de la tranes-tu si voisin du théâtre des hor-

reurs
de la guerre ?”
Ainsi, dans les profondeurs
de cette ame ardente et
mystérieuse, le sentiment du
bonheur de la vie tranquille s’unissait aux vastes
projets de l’ambition.

NE JUGEZ

PAS

d’une

PERSONNE PAR SON HABIT.

Marivaux, auteur dramatique,

cabinet l’asile des malheureux.

avait rendu son
Un honnête homme,

30
chaîne

qu’une

manquer'

du

d’adversités réduisait au point de
nécessaire physique, connaissait cet

Il crut pouvoir se présenter
auteur de réputation.
chez lui sans autre recommandation que sa misère,

lui procurer un emploi.
Cependant
vanité le porta à se parer, dans le dessein de cacher, sous des dehors aisés, une pauvreté
11 alla donc voir Marivaux avec un habit
réelle.
élégant*. Celui-ci ne se douta point qu’un homme
il était
aussi bien mis eût des besoins pressants.
occupé à composer une comédie, et reçut l’homme
mais avec assez de disavec politesse
en
pour
un

l’engager^ à

reste de

question

traction.

,

"Monsieur, lui dit-il, à

moins que vous
la dernière
revenir tel

communiquer des choses de
n’ayez
importance, je vous prie de vouloir bien
à

me

Le pauvre misérable si bien vêtu, n’eut pas
la hardiesse d’insister.
”Est-ee donc ainsi, disait-il en s’en allant, que
vertueux des hommes reçoit ceux qui dele

jour.”

plus

vraient

l’intéresser;

on

m’avait tant vanté

sa

sensi-

Notre infortuné oubliait que son extérieur
bilité!”
Cette pensée lui
n’était pas fait pour émouvoir.
Il
la
si
saisit
bien, qu’au jour détervint pourtant.
miné, il se rendit chez Marivaux avec des haillons
Il le trouva aussi occupé que la
pour ainsi dire.
à l’aspect d’un malheureux, le
Mais
fois.
première
II courut à lui avec
cœur de l'académicien s’émut.
un visage riant, et lui demanda, de cet air ouvert,

bon et prévenant qui engage à tout dire, quel était
le sujet de sa visite, et ce qu’il pouvait faire pour
L’honnête indigent s’expliqua avec franchise
lui.
sur ses besoins.
Marivaux promit de l’obliger, eut
la satisfaction de lui procurer une place peu de
et lui prêta de
hors de la

temps après
quoi faire son voyage.

capitale,

ÉGAI.1TB d’hUMEUH.
La douceur de

bilité, la politesse

la complaisance, l’affaferont rechercher: mais si

l’esprit,
vous

31
n’avez pas l’humeur
égale, on ne lardera pas
fuir, à vous éviter. Les
inégalités et les
caprices commencent par refroidir, et bientôt
vous

à

vous

après

éloignent

pour toujours ceux qui nous aimaient.
Une dame de
qualité n’ayant pu obtenir
grâce qu’elle demandait à Mr. de

une

Harley,
président du parlement de Paris, en fut très premier
piquée.
Jl voulut la
reconduire, elle s’y opposa: il feignit
de se rendre.
La dame
poursuivit son chemin en
murmurant contre le
à qui elle donnait
magistrat,
à demi-voix
plusieurs épithètes grossières. L’ayant
aperçu, en se
elle,

vous

dites de

quitter.”
à

retournant: ”Ah, monsieur! lui dit-

êtes là!”
si belles
Il

—

"Madame,

choses,

lui

qu’on

répondit-il,
ne

saurait

vous
vous

l’accompagna jusqu’à son carrosse.
Philippe II, roi d’Espagne, avait passé la nuit
écrire des
dépêches: c’était sa coutume d’écrire

hii-même;

secrétaire n’avait que la
peine de
adresses. Toutes les lettres étant faites, il s’en trouva
une qui était fraîche.
Le secrétaire,
qui était à moitié endormi, voulut
mettre du sable
dessus; mais au lieu de
cacheter

son

et de mettre les

prendre le
prend l’encrier, et le jette sur cette lettre,
qui fut gâtée ainsi que toutes les autres. Le roi
regarda ce ravage avec tranquillité, et se contenta
de dire au
secrétaire, en lui montrant l’un et l’autre:
"Voilà l’encrier, et voilà le
sablier.”
Ensuite il
recommença toutes les lettres, sans en
paraître
plus ému.
sablier,

LA

il

VÉRITABLE

FORCE
DE

EST

DANS

LE

CALME

L’ESPRIT.

La douceur de caractère est une
des plus aimaMes qualités qu’on
recevoir de la nature.
puisse
Si elle ne nous l’a
pas donnée, nous devons faire
tous nos efforts
La
pour

chose n’est
l’acquérir.
faut que de la bonne volonté
François de Sales était né avec un
caractère vif et violent. Dès
qu’il eut reconnu soi»
pas impossible;
et du
courage.

il

ne

fortement à s’en corriger, et
Un jeune homme
modèle de douceur.
le haïssait, vint faire un lirait horrible sous

s'appliqua

défaut, il
il devint

qui

un

fenêtres;

ses

il

joignit

aux

aboiements de

plusieurs

les injures de^ quelques valets insolents,
chiens
l'ion content de cela, il eut l’effronterie de monter
lui-même à la chambre de l’évêque, et y vomit
contre lui tout ce que sa fureur put lui suggérer

Le prélat regarda cet emporté
de plus offensant.
d’un œil tranquille, et ne lui répondit pas une seule
Le gentilhomme prenant cette modération
parole.
son
un
mépris, redoubla sa rage, et poussa de
pour
outrasres.
François
insolence jusqu’aux derniers
Quand ce furieux
conserva toute sa

Sales
se fut enfin retiré,

patience.

demanda à l’évêque comment
comil avait eu la force de souffrir cet insolent, et
rencontre.
telle
dans
une
ment il avait pu se taire
”Nous avons, répondit-il, fait un pacte inviolable,
convenus que, penma langue et moi: nous sommes
dant que mon cœur serait dans l’émotion, ma langue
ne dirait mot.
Pouvais-je mieux apprendre à cemepautaivre ignorant la manière de se posséder qu’en
tôt
que
elle
s’appaiser
plus
sant, et sa colère pouvait

par

mon

on

silenceï”

COMPTEZ

SUR

RA

RECONNAISSANCE, QUASI)

SINTERET VOUS EN REPOND.

Un riche marchand avait

une

fille

unique, qu’il

famariage à un jeune homme de bonne 11
biens.
ses
de
tous
donation
fit
mille, et il leur
de faire,
reconnut bientôt la grande faute qu’il venait
faveur
avait
ce
,en
tout
de
en se dépouillant
qu’il
du
d’une fille et d’un gendre qui n’avaient plus que
ne
lui
qu’asa
parlaient
personne, qui
mépris pour
lui refusaient
vec aigreur, et, pour comble d’affliction,
Dans cette
nécessaire.
le
lui
était
ce
plus
qui

donna

triste

en

cinjoncture, l’infortuné

au mal
moyen de remédier
même par son inprudence.

vieillard

imagina

un

qu’il s’était fait à luiIl alla trouver un ami

fidèle, lui exposa le sujet de

ses

peines,

et lui dit

qu’il pouvait les faire cesser, s’il voulait lui prêter,
pour deux jours seulement, une somme considérable.
L’ami la lui prêta avec plaisir.
Le vieillard emporte
l’argent, s’enferme dans sa chambre, et verse les
écus sur la table.
Leurs tintements fréquents et

forts furent entendus par la fille et
par le
Ceux-ci se hâtant d’accourir au bruit, furent
fort étonnés de voir une somme si considérable entre
les mainS_ du vieillard.
”J’avais prêté, leur dit-il,
la somme que vous
voyez, à un marchand qui m’avait fait banqueroute depuis
long-temps. Je croyais
que cet homme était si peu capable de me payer,
Il est
que j’avais entièrement oublié cette dette.
pourtant revenu des Indes, d’où il a rapporté de
grandes richesses, et il m’a totalement acquitté la
somme
qu’il me devait. Je suis charmé, mes chers
enfants, que cette occasion me procure l’avantage de
vous
témoigner l’amour que j’ai pour vous ; et afin
de vous en convaincre,
appelez un notaire: je veux
faire mon testament, et vous instituer héritiers de
cette somme après ma mort.”
A une proposition si
avantageuse, la fille et
le gendre ne manquèrent
point de répondre de la
manière la plus obligeante, et avec les assurances
les plus fortes de leur sincère reconnaissance.
Ils
firent ensuite venir le notaire.
Le vieillard fait son
testament, et y ordonne que sa fille et son gendre
aient, par droit de succession, dès qu’il aura rendu
l’âme, tout ce qui sera renfermé dans son coffre.
Quand tout le monde fut retiré, il remplit de cailloux
plusieurs petits sacs, les enferme dans le coffre,
et va rendre à son ami
l’argent qu’il lui avait einassez

gendre.

prunté.
Cependant

tout change à son égard dans la
fille et le gendre
prennent de lui un
soin extraordinaire, lui fournissent avec abondance
tout ce qu’il peut désirer, et le
préviennent en fout,
dans la crainte qu’il ne fasse un testament
contraire,

maison.

ou

qu’il

La

ne

dissipe l’argent qu’ils croyaient renfermé

^7
34
Ce changement de vie et ces noudans le coffre.
velles attentions retardèrent un peu la mort du vieillard; mais elle arriva enfin, et on le fit enterrer avec
et en
grande pompe. Qu’on juge de la surprise,
deux
des
fureur
même temps de la
époux qui, après
avoir ouvert le coffre, ne trouvèrent que des cailloux
Pierres
et un papier qui contenait ces paroles :
ceux qui donneront leur bien avant,
■pour lapider
leur mort.
.

EFFET

DE

I.A

FAVEUR.

rapporte dans ses Mémoires une
particulière. 11 avait confié à Madame de Pompadour une tragédie qu’il venait de
Tandis que le manuscrit de ma pièce,
terminer.
était
entre les mains de la favorite, je me
dit-il,
salon
présentai un dimanche à sa toilette, dans ce d’asoù refluait la foule des courtisans qui venaient
Elle en était environnée;
sister au lever du roi.
et soit qu’il y eût quelqu’un qui lui choquât la vue,
soit qu’elle voulut faire diversion à l’ennui que tout
lui causait, dès qu’elle m’aperçut : ”J’ai
ce monde

Marmontel
anecdote assez

à

vous

parler,”

elle passa dans

me
son

dit-elle: et,

cabinet,

où

quittant sa toilette,
je la suivis. C’était

où

simplement pour me rendre mon manuscrit,
crayonné ses notes. Elle fut cinq ou six
à
minutes
m’indiquer les endroits notés, et à m’exses
critiques. Cependant tout le cercle des
pliquer
tout

elle avait

courtisans était debout autour de la toilette à l’attendre. Elle reparut, et moi, cachant mon manuscrit,
Je
je revins modestement me remettre à ma place. inciun
me doutais bien de l’effet, qu’aurait produit
dent si singulier; mais l’impression qu’il fit sur les

Tous les
passa de fort loin mon attente.
sur moi; de tous côtés on m’adressa
fixèrent
regards
de petits saluts imperceptibles, de doux sourires d’ainitié; et, avant de sortir du salon, je fus invité à
Le dirai-je?
dîner au moins pour toute la semaine.
un homme titré, un homme décoré, avec qui j’avais
dîné plusieurs fois chez Monsieur de X., se trou-

esprits

se

vant à côté de
tout bas: ”Vous
anciens amis?”

moi,

me
prit la main, et me dit
voulez donc pas reconnaître vos
Je m’inclinai, confus de sa bassesse, et je dis en moi-même: Ob!
qu’est-ce donc
que la faveur, si son ombre seule me donne une si

ne

—

singulière importance ?
LES

VOLEURS PRIS SUR LE

Un

FAIT.

sexagénaire, jouissant
sept à huit mille
livres de rente, et retiré du commerce
depuis quinze
ans, demeurait à Paris, avec une seule
servante,
au second
étage d’une maison située au Marais.
11 était nuit.
Un homme passant
auprès, entendit une femme s’énoncer ainsi : ”Mon maître
soupe
ce soir avec un
négociant de Rouen: il se couchera
par conséquent plus tard que d’ordinaire.
Revenez
donc vers une heure
après minuit, muni des choses
nécessaires; vous me comprenez: point d’hésitation
de

surtout, soyez franchement déterminé.”
Le
lui

parut

sens

si

amphibologique

de

ces

derniers mots

scabreux, qu’il se hâta d’aller en référer au commissaire du
quartier. Le commissaire
ordonna sur-le-champ à un
exempt de police de

cerner

cette

maison avec des soldats
travestis, et
les gens qui y entreraient.
11 lui
même temps le
propos tenu par la

d’épier de loin
communiqua en

servante dénoncée.
Ce ne fut pas

aperçut,

vers

une

précaution inutile. L’exempt
heure du matin, deux hommes

une

d’assez mauvaise miue,
qui se glissaient furtivement
dans l’allée, dont la
porte n’avait été que poussée.
Il les suivit sans bruit, d’assez
près pour acquérir
la certitude de leur admission au second.
Dès lors,
rassemblant d’un signe ses satellites, il
y monta
avec eux, sonna à une des
portes, ordonna au nom
du roi d’ouvrir, étant
chargé de procéder à une
recherche de livres défendus,
que le gouvernement
savait être en dépôt chez le locataire de cet
appartement.
La servante, transie de frayeur,
balança un
3*

36
des
instant à répondre; mais bientôt l’appréhension
V
entrer.
les
laisser
à
décida
forces de l’autorité la
Son maître se leva pour assister à la fouille,
11
faire qu’en sa présence.
que l’exempt ne voulut
eut beau lui certifier n’avoir en sa possession qu’une
centaine de bouquins, peu dignes de la sévère peril fallut
quisition de la police, on ne l’écouta pas;ils étaient
dont
La vieille poussière
les montrer.
minutieux de
ne les sauva point de l’examen

rongés,

l’exempt. 11 ne s’en tint pas là; enfeignant l’espérance
contravention, il
de surprendre l’ex-commerçant
ses
lui soutint que, d’après
renseignements secrets,
dans
les ouvrages prohibés devaient être recélés
cabinets.
et
chambres
autres
des
quelque armoire
à ce
Comme ses gens étaient disposés de manière
des lieux se continuât en règle, il
que l’inspection
il
à

y
ensuite à la salle
manger;
passa au salon,
11 la demanda à la
vit un grand buffet sans clé.
Elle s’agita d’abord, comme si elle la
servante.
cherchait vraiment; mais à la fin, ne la retrouvant
de l’avoir oubliée par mégarde
pas, elle protesta
Cette défaite était trop
chez une de ses amies.

l’ex-commer-

grossière pour en imposer. Cependant le buffet ne
assura que
çant y croyant bonnement,
il
valait pas la peine d’ëtre sérieusement examiné;
du linge
sa
vaisselle,
ne renfermait,
disait-il, que
c’est

"Puisque
table, et nullement des livres.
n’insiste plus.
ainsi, poursuivit l’officier de police, je
à la servante, als’adressant
Mademoiselle,
Allons,
—

de

Ions, conduisez-nous maintenant
"Volontiers, Messieurs.”

à votre

chambre.”

—

de
ils y furent, l’exempt lui ordonna
constituerait
la
il
livrer la clé du buffet, sans quoi
ne
l’effrayant point enprisonnière. Cette menace fers.
Un si dur traiteon lui mit les
core assez,
Elle
ment confondit l’opiniâtreté de son effronterie.
cachée.
était
la
où
cié
indiqua pour lors l’endroit
à
L’officier de police, après s’en être saisi, retourna
en joue del’arme
soldats
des
la salle, et y plaça
It fut ouvert promptement: on y
vant le buffet.

Quand

deux bandits armés de toutes
pièces. "Voilà,
au maître du
logis, voilà les
livres en question; le
stratagème dont nous nous
sommes servis
ayant paralysé leur résistance, vous
évite d’être égorgé cette nuit: vivez désormais en
paix, la justice vous débarrassera à la fois d’une
domestique criminelle et de deux infâmes coquins.”
Ce bon humain qui, depuis quinze ans, n’avait
rien de caché pour sa servante, ne revenait
pas de
son étonnement;
à peine
pouvait-il croire à tant
d’atrocité de sa part. Dans la joie d’y avoir
échappé,
il appela
l’exempt son sauveur, l’accabla de plus
vifs remercimeuts, et voulut encore savoir son nom,
afin de lui laisser par testament un
témoignage de
sa gratitude.Mais l’oflicier de police refusa de se
nommer :
il le pria de ne
point insulter à la pureté
de ses vues.
Malgré ce refus, le vieillard en mourant lui fit un
legs de vingt mille livres, que ses
héritiers acquittèrent avec un
empressement bien rare.

captura

—

Monsieur, dit l’exempt

TUAIT EXTRAORDINAIRE DU

SULTAN SANDJAU.

L’Orient a vu régner peu de princes aussi
nommés par leur équité, que le sultan

re-

Sandjar.

Après

une
guerre sanglante où il avait donné les
preuves les plus éclatantes de sa valeur et de son

habileté,

il entrait en triomphe dans la ville de
Son armée victorieuse le suivait. Le
peuple,
empressé de revoir son prince et d’être témoin d’une
pompe aussi auguste, était sorti hors des murs.
11 y avait aux environs de cette ville un dôme d’une

Zalika.

hauteur
marbre.

prodigieuse, porté

sur
quatre colonnes de
Comme les troupes défilaient au
pied de
ce dôme,
le fils d’un pauvre derviche,
pour mieux
observer leur marche, était monté tout au haut. Le
sultan, en passant auprès du dôme, aperçut quelque chose qui était perché sur l’extrémité: il s’imagina que c’était un oiseau ; comme ce prince était
fort adroit à tirer de l’arc, il voulut faire voir son
habileté: la llècheÇ décochée avec violence,

atteignit

npr/
58

baigné dans son sang.
Quel
plutôt le désespoir du
prince, lorsqu’il vit ce spectacle si funeste. Il mit
pied à terre, et, se précipitant sur le corps de l’enfant, il s’abandonna à la plus vive douleur.
Il fit venir aussitôt le père de l’enfant, et le
l’enfant, qui tomba
fut

„

le

à terre,

tourment,

ou

prenant par la main, il le conduisit dans sa tente,
Prenant ensuite une
où il s’enferma seul avec lui.
bourse pleine d’or, et tenant son sabre qu’il posa
à côté de la bourse, il dit au dersur une table,
viche: "Voyez dans moi le meurtrier de votre fils;
je pourrais me justifier, en vous disant que je ne
l’ai pas tué de dessein prémédité ; mais mon crime,
moins
pour être involontaire, ne vous accable pas
du coup le plus rude qu’on puisse porter à un père.
Vous savez la loi; si, comme elle vous en donne
la liberté, vous voulez me permettre de racheter le
voici de l’or; mais
sang de votre malheureux fils,
si vous voulez user de la rigueur de cette même
loi, voici mon sabre, ôtez-moi la vie: j’ai pris mes
précautions pour que vous n’ayez rien à craindre en
sortant de ma tente.”
”Ah, Seigneur, dit le derviche, en se jetant aux pieds du monarque, si vous
êtes au-dessus des autres par votre rang, vous l’êtes
—

encore

porte
î’àme

main

A Dieu

équité.

par votre

une

sacrilège

sur

mon

ne

plaise

que

prince, qui

je
est

Votre Majesté n’est
son royaume.
et je ne
mon fils,
de
mort
de
la
point coupable
heureux
m’estimerais
le
en
recevoir
dois pas
prix; je
moi-même, si je pouvais sacrifier ma vie pour celle
”Ton
d’un prince aussi bon et aussi équitable.”
désintéressement. lui répondit le sultan étonné, mérite
de la
te fais
et
d’être
et la vie de

—

je

récompensé;

gouverneur

hommes supérieurs aux autres
faits pour commander.”
sont
leurs
sentiments,
par
ville de

les

Zalika;

LA

L’empereur

JUSTICE

Cam-hi étant à la chasse, et s’étant
trouva un pauvre vieillard
et parafait affligé de quel-

suite, il
amèrement,
pleurait
qui
écarté de

sa

UE1VDUE.

que malheur extraordinaire.

et,

sans

se

Il

s’approcha de lui,
lui demanda ce qu’il
lui répliqua le vieillard, hclas!

faire

connaître,

”Ce que j’ai!
Seigneur, quand je vous ledirais, c’est un mal auquel
vous ne
"Peutpourriez apporter aucun remède.”
être, mon bon homme, repartit l’empereur, vous
serai-je d’un plus grand secours que vous ne pensez:
confiez-moi le sujet de votre affliction.”
"Puisque
vous voulez le savoir,
reprit le vieillard, je vais
avait.

—

—

vous

le dire:

Le gouverneur d’une des maisons de

plaisance de l’empereur trouvant mon bien qui est
auprès de cette maison impériale, à sa bienséance,
s’en est emparé, et m’a réduit à la mendicité.
11 a
plus fait: je n’avais qu’un fils, qui était le soutien
de ma vieillesse;
esclave.
Voilà,

il

l’a

et en a fait son
le sujet de mes larmes.”
L’empereur fut si touché de ce discours, que,
ne
pensant qu’à venger un crime qu’on commettait
sous son autorité, il demanda d’abord
au
vieillard
s’il y avait loin du lieu où ils étaient à la maison
dont il parlait; et le vieillard lui ayant répondu qu’il
n’y avait<*qu’une demi-lieue, il lui dit qu’il voulait
y aller avec lui pour exhorter le gouverneur à lui
rendre son bien et son fils, et qu’il ne
désespérait
”Le persuader! reprit le vieilpas de le persuader.
lard ; eh ! Seigneur, souvenez-vous, s’il vous plaît,
que je viens de vous dire que cet homme appartient
à l’empereur; il n’est sûr ni
pour vous ni pour moi
d’aller lui faire une pareille proposition, il ne m’en
me

enlevé,

Seigneur,

—

traitera que plus mal, et vous en recevrez
quelque
insulte que je vous prie de vous épargner.”
”Que
cela ne vous inquiète pas, reprit l’empereur,
suis
—

je

résolu k tout; et j’espère que nous aurons meilleure
issue de notre négociation que vous ne
pensez.”
Le vieillard, qui voyait briller dans cet inconnu
quelque chose de ce que la naissance imprime sur
le front des personnes de ce rang, crut ne devoir
plus faire de résistance; il objecta seulement, qu’étant
cassé de vieillesse et à pied, il ne pourrait
pas
suivre l’empereur qui était à chevaL
”Je suis jeune,
—

40
montez sur mon cheval, et j’irai à
Le vieillard ne voulut pas accepter l'offre:
pied.”
Ils arrilui.
l’empereur le prit en croupe derrière
le gouverneur, à qui il
demande
le
et
prince
vent,
le dragon en
découvre, pour se faire connaître,
Pour
cachait.
chasse
de
habit
son
broderie que
et d’hurendre plus célèbre cette action de justice
inanité, la plupart des grands qui suivaient Tempelà autour de lui,
se trouvèrent
reur à la chasse,
Ce fut
rendez-vous.
donné
eût
leur
on
si
comme
devant cette grande assemblée qu’il lit des reproches
vieillard; et après
sanglants au persécuteur du bon bien
et son fils, il
l’avoir obligé de lui rendre son
Il fit plus; il
tète.
la
trancher
lui fit sur-le-champ
de prendre
l’avertit
et
mit le vieillard en sa place,
ses mœurs, un autre
fortune
la
changeant
garde que,
comme il venait
ne
profitât un jour de ses injustices,
du
méchant
celles
de
gouverneur.
de

dit le

prince,

—

profiter

LES

FAXJX-MONAOYEUnS.

gentilhomme français revenantle enroi poste
pour
par
d’Allemagne, où il avait été envoyé
avec
des affaires de conséquence, arriva un soir,
un
méchant hameau,
ses quatre domestiques dans
Il demanda à
Un

pas un seul cabaret.
dans
s’il
n’y aurait pas moyen de loger
paysan,
est aban”11
lui
Le
répondit:
le château.
paysan
dont la
donné, monsieur; il n’y a qu’un fermier,
il
n’oserait
où
du
hors
est
château,
petite maison
revient
entrer que de jour, parce que la nuit il y
Le
les
gentilmaltraitent
des esprits qui
gens.”
:
homme, qui n’était pas peureux, dit au paysan
”Je n’ai pas peur des esprits, je suis plus méchant
mes
veux que
qu’eux, et pour te le prouver, je
le village, et j’y coucherai
dans
restent
domestiques
de
tout seul.”
Ayant toute sa vie entendu parlerIl se
voir.
d’en
curieux
fort
il
était
revenants,
rendit donc dans ce château, y fit faire un bon feu,
et du tabac avec deux bouteilles de
des

où il

n’y avait

un

—

—

prit

pipes

vin,

et mit sur la table
quatre pistolets chargés.
Sur le minuit il entendit un grand bruit de chaînes,
et vit entrer un grand homme d’une
figure épouvantable, qui lui faisait signe de venir à lui.
Le
gentilhomme mit deux pistolets à sa ceinture, et un
dans sa poche, il prit le dernier dans sa main droite,
et tenait la chandelle de l’autre main; dans cet
équipage il suivit le fantôme, qui descendit l’escalier,
traversa la cour, et entra dans une allée; mais
lorsque le gentilhomme fut arrivé au bout de l’allée,
il sentit tout d’un
coup la terre manquer sous ses
pieds, et il tomba dans un trou. 11 s’aperçut alors
de la sottise qu’il avait faite; car il vit à travers
une cloison mal
jointe, qui le séparait d’une cave,
qu’il était tombé dans la puissance, non des esprits,
mais d’une douzaine d’hommes, qui tenaient conseil
entr’eux pour savoir, s’il fallait le tuer.
11 connut
par leur discours, que c’étaient des gens qui faisaient de la fausse monnaie.
Le gentilhomme, qui
se
voyait pris comme un rat dans une souricière,
éleva la voix, et demanda à ces messieurs la
permission de parler.
On la lui accorda, et il leur
dit: "Messieurs, ma conduite en venant ici, vous
prouve que je suis un étourdi; mais en même temps
elle doit vous assurer que je suis un homme d’honneur;
un

et

car

coquin
le

vous

est

n’ignorez

un

lâche.

pas que presque toujours
Je vous promets le secret,

sur mon honneur.
Ne commetcrime en tuant un homme qui n’a
jamais en intention de vous faire du mal : D’ailleurs,
considérez les suites de ma mort.
Je porte sur
moi des lettres de conséquence, que je dois rendre
roi en main propre.
au
J’ai quatre domestiques
dans ce village; croyez qu’on fera tant de recherches pour savoir ce que je serai devenu,
qu’à la
fin on le découvrira.”
Ces hommes,
après l’avoir
écouté, décidèrent qu’il fallait se fier à sa parole.
On lui fit jurer sur l’Kvangile, qu’il raconterait des
choses terribles de ce château. Effectivement il dit
le lendemain, qu’il avait vu des choses
de

tez

vous

point

promets

un

—

capables

42
faire mourir

après

cette

à
lui dit

teau

se

un

homme de

aventure,
divertir

frayeur.

—

Douze

aus

il était dans son chàplusieurs de ses amis, on
conduisait deux chevaux,

comme

avec

qu’un homme, qui

l’attendait sur le pont pour lui parler ; mais qu'il ne
La compagnie fut curieuse de
voulait pas entrer.
savoir ce que cela signifiait; mais dès que le gentilhomme parut suivi de ses amis, celui qui était sur
le pont, lui cria: "Arrêtez, s’il vous plaît, monsieur,
je n’ai qu’un mot à vous dire. Ceux, à qui vous
avez promis le secret il y a douze ans, vous renierPrésentement ils
cient de l’avoir si bien gardé.
lis ont gagné de quoi
vous rendent votre

parole,

Ils m’ont chargé
part ces deux eheprier d’accepter
Effectivement cet
vaux, et je vous les laisse.”
à un arbre,
chevaux
ces
attaché
avait
homme,

vivre,
de

et sont sortis du royaume.

de leur

vous

—

qui
partir le sien comme un éclair; et bientôt ils
perdirent de vue. Alors le héros de l’histoire
raconta à ses amis ce qui lui était arrivé; et ils en
conclurent, qu’il ne fallait rien croire de ces histoires de revenants, lors même qu’elles paraissaient le
plus certaines, puisque, si on les examinait avec
lit
le

attention, on trouverait que la malice, ou la faiblesse
hommes, a donné naissance à ces contes.

des

AMOUR

RE

LA

VERITE,

Madame la duchesse de Longueville, qui mérita
dont elle jouit dans
par ses grandes qualités l’estime
le dernier siècle, n’avait pas pu obtenir une grâce
Elle en fut si
du roi pour une de ses créatures.
vivement piquée, qu’il lui échappa des paroles fort
Une seule personne
indiscrètes et irrespectueuses.
La
les avait entendues, ne lui fut pas fidèle.

qui

chose revint au roi, qui en parla au grand Condé,
Celui-ci assura au roi que
frère de la duchesse.
cela ne pouvait être, et que sa sœur n’avait pas
”Je l’en croirai elle-même, répliqua
perdu l’esprit.
Le prince va voir
le roi, si elle dit le contraire.”
—

/

sa sœur,
qui ne lui cache rien. En vain il tâche
de lui
persuader qu’en cette occasion la sincérité
serait une vraie
simplicité; qu’en la justifiant auprès
du roi il avait cru dire la
vérité, mais qu’il fallait
laisser tomber cela, et
ferait même
de

plaisir

qu’elle

plus

monarque de nier sa faute que de l’avouer.
”Voulez-vous x lui dit-elle, que je la
répare par une
plus grande, non-seulement envers Dieu, mais envers le roi?
Je ne saurais gagner sur moi de lui
au

—

mentir,

lorsqu’il a la générosité de m’en croire et
Celui qui m’a trahie a
rapporter à moi.
grand tort, mais après tout, il n’est pas permis de
le faire passer
pour un calomniateur, puisqu’en effet
il ne
de s’en

l’est

Après

pas.”

—

Elle alla le lendemain à la

avoir obtenu de
jeta à ses pieds,

parler

roi

cour.

particulier,
elle se
et lui demanda
pardon des
choses indiscrètes qui lui étaient
échappées. Elle
ajouta que le prince n’avait pu l’en croire capable,
et que c’était
pour cela qu’il avait entrepris de la
justifier auprès de sa majesté; mais qu’elle aimait
mieux lui avouer sa faute,
que d’étre justifiée aux
Louis XIV, par une action
dépens d’autrui.
également héroïque, non-seulement lui
pardonna de bon
cæur, mais lui fit quelques autres
grâces qu’elle ne
au

en

—

s’attendait pas à recevoir ; elle crut même
remarquer
qu’il la traita depuis avec plus de bonté et de considération qu’auparavant.

PLAISANTE

RÉPLIQUE

DE

VOLTAIRE.

Le Régent, par ordre duquel Voltaire était à
Bastille lorsqu’on représentait
Oedipe, fut si
content de la pièce, qu’il rendit la liberté au
prisonnier.
Le jeune poète vint
sur-le-champ remercier
le prince, qui lui dit:
”Soyez sage, et j’aurai soin
de vous.”
”Je vous suis infiniment
obligé, répondit
l’auteur, mais je supplie Votre Altesse de ne plus se
charger ni de mon logement, ni de ma nourriture.”
la

—

44
LA

MÉMOIRE

PRODIGIEUSE.

Pendant que Voltaire était
scr

un

Anglais qui

avait

une

à

Berlin,

mémoire

vint à pas-

prodigieuse.

et savoir
Le roi voulant rire aux dépens de Voltaire,
la mémoire de l’Anglais, fit
aller
jusqu’où pouvait
dans un moplacer celui-ci derrière une tapisserie
d’un poème
ment où Voltaire allait lui faire la lecture
de
venait
vers
composer.
cents
de plusieurs
qu’il
ton
Aussitôt qu’il les eut récités, le roi lui dit d’un
de venir
de
donc
moi,
vous
moquez
piqué: "Vous
Anme donner pour votre
ouvrage des vers qu’un
Vola
il
récités
jours.”
y
plusieurs
glais m’a déjà
avait à peine
assura au roi

taire, tout

qu’il

surpris,

ce
fini ces vers, et qu’il y avait encore travaillé
”Ce n’est pas ainsi qu’on me joue,” répliqua
matin.
aussitôt il
le roL feignant d’être bien irrité; et
avec lequel
ordonna à un page d’appeler l’Anglais
”Eh bien, voyons, lui
concerté ce rôle.
on avait
dit le monarque en le voyant entrer, récitez-moi
vous m’avez présentée
encore la pièce de vers que
la mémoire
il y a quelques jours.” A^L’Ariglais, dont
la tapisserie,
derrière
mot
un
n’avait
fidèle
pas perdu
Voltaire les avait
se mit à réciter les vers tels que
ne
Celui-ci
lus.
pouvant comprendre que deux poètes
une aussi
eussent rencontré les mêmes mots dans
la tête et à
se frapper
à
longue pièce, commença
faire toutes les protestations imaginables, disant que
à lûi,
les vers dont il avait fait la lecture étaient
mêlé
fût
s’en
pour inset qu’il fallait qu’un sorcier
Le roi, après
mêmes
les
à
paroles.
l’Anglais
pirer
finit la
avoir joui quelque temps de son embarras,
scène par éclater de rire, et par conter à Voltaire
CelHi-ci ne fut pas peu
le tour qu’il lui avait joué.
à
étonné de la mémoire prodigieuse de l’Anglais,
du
le
récompenser
qui le roi fit un joli présent pour
plaisir qu'il lui avait causé.
—

HOSPITALITE

ET

SOBRIETE

I>ES

AU ARES.

Ouand

l’Orient,
s’en alla

chez les

Volney, parti d’Europe pour aller voir
séjourné quelques mois au Caire, il
en
Syrie, au Lilian, resta quelque temps
Druses, et après qu’il eut, avec les moines,
eut

-

appris suffisamment l’arabe,
désert,

muni

Arrivé chez
ment

de

un

adressé,

pistolets

à

il

se

lança

à travers le

de

lettres pour les chefs de tribus.
de ceux auxquels il était
particulièreet en l’abordant, il offrit une
paire

son

fils, qui accepta

ce

présent

avec

reconnaissance.
Dès que ce chef eut lu la lettre
que Volney lui avait remise, il lui prit les. deux
mains et les lui serra en disant: ”Sois le bien
venu,

tu peux rester avec nous le
temps qu’il te plaira.
Renvoie ton guide, nous t’en servirons:
regarde cette
tente comme la tienne, mon fils comme ton
frère,
et tout ce
qui est ici comme étant à ton usage.”
—

Volney n’hésita pas à se fier
primait avec tant de franchise.

à l’homme
qui s’ex11 eut tout lieu de

voir combien les Arabes observaient
religieusement
les lois de l’hospitalité.
Il demeura six semaines au
milieu de cette famille errante,
ses exer-

partageant

cices,

et se conformant en tout à sa manière de
vivre.
Un jour le chef lui demanda si sa nation
était loin du désert, et
lorsque Volney lui eut donné
une idée de la distance: "Mais
pourquoi es-tu venu,
ici?” lui dit-il.
”Pour voir la terre et admirer
les œuvres de Dieu.”
”Ton pays est il beau?”
"Très beau.”
"Mais y a-t-il de l’eau dans ce
pays?”
"Abondamment; plusieurs fois dans une
”11 y a tant d’eau!
journée, tu en rencontrerais.”
s’écria l’Arabe émerveillé, il y a tant d’eau en ton
pays, et tu le quittes /”
Volney eut désiré
pouvoir passer quelques mois parmi ces bons Aralies.
Mais il voulait encore
voyager et courir, et
de plus, et surtout, il lui était
impossible de se contenter comme eux de trois ou
quatre dattes, et d’une
poignée de riz par jour. Il avait tellement à souffrir
de la faim et de la soif,
qu’il se sentait fort souvent
—

—

—

—

—

—

—•

46
défaillir.

Les soins étaient tendres, mais la chère

maigre; Volney prit donc congé de ses hôtes,
reçut à leur départ mille marques de leur amitié:
père et le fils le reconduisirent très loin, et ils
le quittèrent qu’aprcs lui avoir fait promettre de

était
et

le
ne

Mais le sort y mit ordre, et leur
venir les revoir.
adieu fut le dernier.

Érudition

de

napoléon.

jour pendant que Napoléon était à Erfurt, il
fut question à sa tahle, où il était entouré de tous
les souverains de la confédération, de la bulle d’Or,
du
qui jusqu’à l’établissement de la confédération
et
de
de
constitution
avait
servi
réglement
Rhin,
le nombre et la qualité
pour l’élection des empereurs,
Le prince primat entra dans
des électeurs, etc.
sur cette bulle d’Or, qu’il disait
détails
quelques
avoir été faite en 1409.
L’empereur Napoléon lui
fit observer que la date qu’il assignait à la bulle
d’Or n’était pas exacte, et qu’elle fut proclamée en
7
1330, sous le règne de l’empereur Charles IV
”C’est vrai, Sire, répondit le prince primat, je me
trompais ; mais comment se fait-il que Votre Majesté
Quand jetais
sache si bien ces choses-là?”
simple lieutenant en second dartillerie, dit NapoA ce début, il y eut, de la part des
léon....”
augustes convives, un mouvement d’intérêt et d’éIl reprit en souriant....
tonnement très marqué.
”Quand j'avais [honneur dètre simple lieutenant
en second d artillerie, je restai trois années en garJ’aimais peu le monde, et vivais
nison à Valence.
Un heureux hasard m’avait logé près
très retiré.
d’un libraire instruit et des plus complaisants
J’ai lu et relu sa bibliothèque pendant ces trois
années de garnison, et n’ai rien oublié, même des
matières qui n’avaient aucun rapport avec mon état.”
Un

.

”

—

LEÇON

DE VALSE

DONNEE

A

NAPOLEON.

Peu de temps avant son mariage avec MarieLouise, Napoléon était un jour seul avec la reine

Hortense et la princesse
Stéphanie. Celle-ci lui demanda malicieusement s’il savait valser:
l’empereur
répondit qu’elle n’avait jamais pu aller au-delà d’une
et
première leçon,
qu’au bout de deux ou trois tours
il lui

prenait

continuer.

un

éblouissement qui

”Ouand

j’étais

à

l’empêchait de
l’Ecole-Militaire, ajouta-

t-il, j’ai essayé, je ne sais combien de fois, de
surmonter les étourdissements
que la valse me eausait, sans pouvoir y parvenir.
Notre maître de

danse
une

avait conseillé de

nous

chaise entre

nos

bras,

en

prendre,
guise

pour valser,
de dame.
Je
la chaise

'manquais jamais de tomber avec
que
serrais amoureusement, et de la briser. Les chaises de ma chambre et celles
de deux ou trois de
mes camarades
y passèrent l’une après l’autre.”
Ce
récit, fait on ne peut plus
par l’empereur,
gaîment
excita des éclats de rire de la
part des deux princesses.
Cet accès d’hilarité s’étarit un
peu calmé,
la princesse
Stéphanie revint à la charge, et dit à
l’empereur: ”11 est fâcheux, vraiment, que Votre
Majesté ne sache pas valser: les Allemandes sont
folles de la valse; et
l’impératrice doit nécessairement
partager le goût de ses compatriotes. Elle ne pourra
avoir d’autre cavalier
que l’empereur, et se trouvera
ainsi privée d’un
grand plaisir par la faute de Votre
ne

je

Majesté.”

”Vous avez raison,
reprit l’empereur,
donnez-moi une leçon. Vous allez voir
échantillon de mon savoir-faire.”
11 se leva là—

Eh bien !
un

dessus,

—

et

fit

quelques

la princesse Stépas
phanie, en fredonnant lui-même l’air de la reine de
Prusse.
Mais il ne put faire
plus de deux ou trois
tours, et encore s’y
d’une manière si

qu’il redoubla

la

de Bade l’arrêta

prit-il
gaîté de ces

en

avec

gauche,

dames.
La princesse
disant: ”Sire, en voilà bien assez

pour me convaincre que vous ne serez jamais
qu’un
mauvais écolier.
Vous êtes fait' pour donner des
mais
non
leçons,
pour en recevoir.”

K
48
GOURMANDISE DE
11 F.

ROUSTAN, MAMELOUCK
IV AF O LEO N.

Comme Napoléon travaillait quelquefois fort avant
on avait soin de
préparer lous les jours un
dans une petite
enfermait
assez
souper
léger qu’on
liannette d’osier, dont le soin était confié à Constant,
premier valet de chambre de l’empereur. Un soir
Roustan, après avoir couru toute la journée pour faire
des commissions, était dans un petit salon à côté
dans la nuit,

de la chambre de Napoléon.
Apercevant Constant,
qui venait d’aider son maître à se mettre au lit, il.lui
dit en son mauvais français, et regardant la bonnette
d’un œil d’envie: "Moi mangerais bien une aile de
poulet; moi, bien faim." Constant refusa d’abord;
mais enfin, sachant que l'empereur était couché,
et ne voyant nulle apparence à ce qu’il lui prît fantaisie de demander à souper ce soir-là, il laisse

Celui-ci, bien content, commence par
enlever une cuisse, puis après l’aile, enfin il se mit
de tout manger, quand tout-à-coup l’emeu devoir
Constant entre dans la
sonna avec vivacité.
pereur
chambre, et quel fut son effroi quand son maître
lui dit: "Constant, mon poulet?”— On conçoit son
embarras; il n’en avait pas d’autre, et il lui était
faire Roustan.

impossible,
Enfin il

à

prend

cette
son

heure-là, de s’en procurer un.
parti. Il entre fièrement avec le

le plat, et Roustan le suit. Il
restait, et la présente à l’empereur,
mais celui-ci refuse en disant: ”I)onnez-moi le pou-

poulet

retourné

détache l’aile

sur

qui

Plus de moyen pour
Constant de se sauver ! il fallut que le poulet dé”Tiens,
membré passât sous les yeux de l’empereur..
dit Napoléon, depuis quand les poulets n’ont-ils
qu’une cuisse et qu’une aile? C’est bien, il paraît
qu’il faut que je mange les restes des autres. Et
qui donc mange ainsi la moitié de mon souper?”
Constant regardait Roustan, qui tout confus répon”
dit: Moi avoir faim, Sire ; moi ai mangé la cuisse
Ab!
et T aile"....
"Comment, drôle! c’est toi?

let, je choisirai moi-même.”

—

—

—

—

que je t’y reprenne!” Et
plus, l’empereur mangea

sans
ajouter un mot de
la cuisse et l’aile
qui rcsà sa toilette, il fit
appeler

taient.
Le lendemain,
le grand-maréchal pour quelque
communication, et
dans la conversation il lui dit: ”Je vous donne à
deviner ce que j’ai mangé hier à mon
souper?....
les restes de M. Roustan.
Oui, ce coquin s’est
avisé de manger la moitié de mon
poulet.” —Roustan
entra dans le moment.
"Approche, drôle! continua
l’empereur, et la première fois que cela t’arrivera, sois
sûr que tu me le
paieras.” En lui disant cela, il
le tirait par les oreilles, et riait de tout son coeur.
—

PRESENCE

D ESPniT

DE

NAPOLEON.

Un corps de quatre à cinq mille Autrichiens,

composé

en
partie de ceux qui avaient été coupés
combat de Lonato, et en
partie des traîneurs
de la division de Ouasdanowich, fut averti
par les
paysans que les troupes françaises étaient en marche
dans toutes les directions
pour poursuivre leur vietoire, et qu’elles n’avaient laissé qu’une garnison de
douze cents hommes dans la ville de Lonato.
Le
commandant de la division résolut aussitôt de s’emparer de la ville, et de faciliter par ce moyen sa
marche sur le Mincio, où il
espérait joindre WurmLe hasard voulut que
ser.
Bonaparte lui-même,
qui venait de Castiglione avec son état-major pour
toute garde, arrivât
justement à Lonato. II fut
fort surpris lorsqu’un officier autrichien fut amené
devant lui, les yeux bandés, comme c’est

au

en

l’usage

pareille circonstance,

dant

français

de

pour sommer le commanLonato de se rendre à une force
disait-il, était déjà formée en copour enlever la place.
Bonaparte,

supérieure, qui,
lonne d’attaque
avec une
présence d’esprit admirable, rassembla

son

nombreux état-major autour de lui, et
ayant fait
débander les yeux à l’officier, afin qu’il
pût voir en

présence

de

qui

il était, il lui dit d’un ton sévère:
général que je lui donne huit

"Allez dire à votre

4

minutes pour poser les armes.
Passé
aussi vrai que je me nomme
Bonaparte, il

ce

temps,

sera

traité

toute la

rigueur que mérite son insolence.” A.
ce nom de
Bonaparte, l’officier autrichien resta stupéfait, et, persuadé que la présence du général en
chef annonçait la présence de l’armée républicaine
avec

dans Lonato, il courut vers
dire ce qu’il venait de voir

son

et

commandant lui

d’entendre,

ne

re-

man-

quant pas sans doute, dans le trouble dont il était
saisi, d’exagérer la valeur des forces qui avaient

frappé

ses

chienne

Le

regards.

hésita

chef de la

colonne autri-

quelque temps; mais aperceles carabiniers qui, longeant les

encore

vant les

guides et
hauteurs, semblaient
il
voulait

velopper,
qu’il

faire un mouvement pour l’enrendit à discrétion et subit la loi
imposer lui-même un instant auparavant.
se

DANGER DE

MORT

COURU

NAPOLEON.

PAR

Arrivé en 1807 sur le plateau de Weimar, Napoléon
fit ranger son armée eu bataille et bivouaqua au milieu
de sa garde.
Vers deux heures du matin il se leva
et partit à pied pour aller examiner les travaux d’un
chemin qu’il faisait creuser dans le roc pour le
11 resta près d’une heure
transport de l’artillerie.
avec les travailleurs,
et avant de s’acheminer vers
son bivouac, il voulut donner un coup-d’œil aux avantCette excursion que l’empostes les plus voisins.
pereur voulut faire seul et sans aucune escorte, pensa
lui coûter la vie. La nuit était très noire, et les
sentinelles du camp ne voyaient pas à dix pas autour d’elles.
La première, entendant quelqu’un marcher dans l’ombre, en s’approchant de notre ligne,
cria, qui vine! et se tint prête à faire feu. L’empeainsi qu’il l’a
reur, qu’une profonde préoccupation
dit ensuite lui-même, empêchait d’entendre la voix de
la sentinelle, ne fit aucune réponse, et ce fut une
balle sifflant à son oreille qui le tira de sa distraction.
Aussitôt il s’aperçut du danger qu’il courait
et se jeta à plat-ventre; la précaution était des plus
—

,

sages, car à peine Sa Majesté s’était-elle laissée tomber
dans cette position, tjue d’autres balles

au-dessus
sentinelle

premier

de

sa

tète,

passèrent

la

ayant été répétée
t'eu

de la première
Ce
par toute la ligne.

décharge

essuyé, l’empereur se releva, marcha
le plus rapproché et
s’y fit reconnaître.
Napoléon était encore à ce poste, quand y rentra
le soldat qui avait tiré sur elle, et
qui venait d'être
relevé de garde ; c’était un jeune grenadier de la
ligne.
L’empereur lui ordonna de s’approcher et
lui pinçant fortement la
joue: "Comment, coquin,
lui dit-il, tu m’as donc pris pour un Prussien? Ce
drôle-là ne jette pas sa poudre aux moineaux, il ne
tire qu’aux empereurs.”
Le pauvre soldat était tout
troublé de l’idée qu’il aurait pu tuer le petit
caporal,
qu’il adorait comme tout le reste de l’armée, et ce
fut avec grande peine qu’il put dire: ”Pardon, Sire,
mais c’était la consigne ; si vous ne
répondez pas,
ce n’est
pas ma faute. Il fallait mettre dans la consigne
que vous ne vouliez pas répondre.”
L’empereur le
vers

le

poste

—

—

—

souriant et lui dit en s’éloignant du poste:
"Mon brave, je ne te fais pas de reproche.
C’était
assez
bien visé pour un coup tiré à tâtons; mais
tout-à-l’heure il fera jour, tire plus juste et
j’aurai
soin de toi.”
rassura en

ÇIÏIXZE

AXS

PI, Il S

TARD.

1815 les Parisiens se battirent au pont de
Quand
Neuiily contre les Prussiens et les Russes, le célèbre acteur comique Ârnal, qui était alors tirailleur de la
jeune
garde, rtc manqua pas de tirailler sur les étrangers qui
venaient à portée de son fusil. Malheureusement un
jeune ami d’Arnal voyait le feu pour la première fois;
c’était un enrôlé nullement volontaire, qui, à mesure
que les balles sifflaient avec plus de force, se trouvait
En vain Arnal exhortait son
moins à son aise.
camarade en lui rappelant qu’il était Français! Le
jeune français de quinze ans pleurait, criait, et voulait
se sauver
auprès de sa mère. Arnal, voyant cela, se
mit d’une colère furieuse, et, pour encourager son
en

4*

52
son sabre et promit de le lui
travers du corps s’il reculait d’un pas.
Malgré cette promesse faite de bonne amitié, le jeune
apprenti héros profita du moment où Arnal était

frère d’armes, il tira

passer

occupé

au

à viser

un

gros cosaque, pour

se

sauver

a

jambes. Le lendemain, Arnal, plus furieux
que jamais, courut chez la mère de son ami, espérant y trouver le fugitif, et voulant lui tenir sa protoutes

messe

de

la

veille, mais heureusement il ne renjeune homme, et l’affaire en

contra pas cg pauvre
resta là.

les coups de fusil retendans Paris : on était au mois de
juillet 1830. Arnal, à cette époque, n’était plus
tirailleur dans la jeune garde; il était premier comique
au théâtre du Vaudeville, et non-seulement il avait
quinze ans de plus, mais encore quinze mille francs
de plus à manger par an: aussi le premier comique
du Vaudeville ne songea-t-il pas le moins du monde
à se jeter au milieu des combattants, et, quoiqu’il
demeurât tout près du Louvre, il laissa les Suisses
parfaitement en repos. Bien plus, le 20 juillet, lors-

Quinze

tirent de

ans

plus tard,

nouveau

que la fusillade devint si meurtrière, Arnal, voyant
quelques balles venir frapper sa fenêtre, eut un mo-

d’inquiétude et chercha dans tout son logeL’acment l’endroit où il serait le plus en sûreté.
ment

teur était

bien

tranquillement réfugié

dans le fond

de sa cuisine, lorsqu’il entend le bruit des crosses
de fusil qui enfoncent la porte de son logement :
c’ctaient des combattants qui venaient s’installer aux
fenêtres de la maison pour, mieux tirer sur les SuisArnal laisse tirer les héros de
du Louvre.
ses
juillet et ne se montre nullement aux fenêtres. En
vain les combattants lui offrent un fusil, il le refuse
très poliment, et il s’apprête à retourner dans sa
cuisine, lorsqu’un des plus enragés tirailleurs l’arrête
par le bras, et lui dit qu’il faut se battre contre les
ennemis du peuple, sinon qu’on le traitera lui-même
ennemi du peuple.
en
Arnal, menacé de se voir
du corps, ajuste bien
travers
une
au
lame
passer

lunettes sur le tiez et regarde fixement son interlocuteur dont il lui semblait reconnaître vaguement

ses

la voix.

A

peine Arnal a-t-il levé les yeux qu’il
qui?.... son ancien voisin du pont de
Au bout de quinze ans les rôles étaient

reconnaît,

Neuilly.

changés. Le nouveau et l’ancien brave
éclatèrent de rire, et, la victoire remportée, ils
allèrent la célébrer ensemble.
totalement

INTERPRÉTATIONS.

LES

PERSONNAGES,
JVJT. Lesec.
JVT+ Dubourg.
M. Robert, ami de M. Dubourg.
Madame Baby las , revendeuse.
Le commissaire.
]H Godiveau , pâtissier.
Rose , servante de madame Babylas.
Catherine cuisinière chez M. Dubourg.
Jacquot , garçon pâtissier, neveu de madame
m

,

on

Babylas.

passe dans une rue de Paris. D’un côte' du théâtre,
voit la maison de M. Dubourg, de l’autre la boutique
de madame Babylas.

La scène

se

SCÈNE
M.

Dubourg,

M. Robert.

Je

I.

M. Robert.

que je suis confus
du dérangement que je vous cause; j’aurais fort
bien été tout seul à la diligence.
M. Dubourg.
Quel dérangement de se lever
à cinq heures du matin, dans le mois de mai, par
un
temps aussi beau! Vous plaisantez.
vous assure

54
M. Robert.

Je n’oublierai île

vie la bonne

ma

que vous m’avez faite, vous, madame Dubourg et votre charmante fille, mademoiselle Annette.
M. Dubourg.
Vous n’êtes pas resté assez long-

réception

pour pouvoir apprécier ma femme
des anges, monsieur Robert.
Promettez-moi de revenir bientôt, et que vous me
donnerez au moins une quinzaine. Le Havre n’est
pas si loin.
M. Robert.
Vous avez quitté le commerce;
moi, j’y suis encore. Une absence, quelque courte

temps
et

avec

fdle,

ma

nous

sont

ce

qu’elle soit, est toujours
le rappeler.

une

absence;

vous

devez

vous

M.

Ma foi!

Dubovrg.

quand

est aussi avancé

on

que vous l’êtes, on peut bien se donner un peu ses
aises.
Puisque me voilà sur pieds de si bonne

heure, aussitôt
un

En
ne

que

bain.
M. Robert.

je

un

pour

a

emballé, j’irai prendre

encore

est bon ?
de gens qui

vous

beaucoup

sans avoir consulté.
Oh! bien, à Paris, pour un oui,
va
se
jeter à l’eau ; c’est ainsi

pas

Dubourg.
non,

aurai

Sans savoir si cela

province, il y
se baigneraient
M.

vous

on

qu’on parle.
M.

Dubourg,

M.

SCÈNE II.
Robert, Madame Babylas.

(Cette dernière paraît sur le devant de sa boutique avec
differents objets qu’elle dispose en étalage» ayant soin de inarde
quer par son jeu la part, qu’elle prend à la conversation
MM. Dubourg et Robert, qui ne font pas attention à elle.)
L’heure avance.
M. Robert.
Que je ne vous
gêne pas. Faisons-nous nos adieux ici; et, puisque
vous

voulez

course

vous

jeter

à

inutile; allez-y de

M.

Dubourg.

Je

l’eau,

ne

faites pas

une

suite.

veux

vous

gence d’abord, et, après, j’irai
M. Robert..
Dès qu’on
sur vous, à la bonne heure.

me
ne

conduire à la dili-

jeter
peut

à l’eau.
rien gagner

(Ils sortent.)

SCÈNE
Madame Babylas

,

ments avec

HI.

seule, continuant
le

plus grand

ses

arrange-

soin.

Ou’est-ce qu’il a donc, ce monsieur
Dubourg?
a-t-il perdu la tête?
(Elle passe ses doigts dans
la garniture d'une rohe pour en relever les
plis.)
11 va se jeter à l’eau!
(Elle attache une couronne
de fleurs artificielles
qu'elle époussette avec un petit
plumeau.) Et cet autre monsieur qui le laisse faire!
(Elle avance un peu sur le théâtre pour juger
en
teffet de ses étalages, et s'arrête

tout-à-coup
front.) Mais c’est un évènement
Où diantre
que cela.... un très grand évènement!
ai-je donc l’esprit?
(Elle appelle avec tous les
signes du plus violent effroi.} Rose ! Rose !

se

frappant

le

SCÈNE IV.
Babylas, Rose.
Babylas, s'appuyant contre

Madame
Madame

sa houpersonne prête à se trouver mal.
Rose, vite une chaise.
Bose, rentrant dans la boutique. Ah ! mon Dieu!
Madame Babylas.
Rose, dépêche-toi.
Bose, apportant une chaise. Est-ce que vous
vous trouvez mal?
Madame Babylas. Mets la chaise un peu plus
au
milieu de la rue. (Elle s'assied.)
Ah! Rose,
Rose! quel malheur!
(Elle a l'air de perdre con-

tique

comme une

naissance.)

Bose, lui frappant dans les mains. Madame!
Est-ce qu’on l’aurait volée?.... C’est
peut-être le pâtissier à qui il sera arrivé quelque
madame!....

chose.
Madame Babylas, entr'ouvrant les yeux. Passet-il du monde?
Bose. Personne, madame.
Madame Babylas. La boutique de Pépicière
est-elle ouverte du moins?

Hose.
Pas encore,
Madame Babtjlas. Qu’ils deviennent paresseux

dans

cette maison-là!

(Elle reperd connaissance.)

Rose.
Si je criais au l’eu.
Madame Babylas, d'une voix éteinte.

tu sais

bien,

B ose.

Rose,

monsieur Dubourg?....
Oui, madame.

Madame Babylas.
Pour qui tu voulais
quitter 1....
Rose.
Ce n’était qu’à cause des gages

me

qui

étaient plus forts.
Madame

Par l’évènement, mon
sottise.
Ah, juste ciel!

Babylas.

faut,

tu aurais fait

père

de famille

se

une

un

noyer !
Serait-il

Rose, épouvantée.
Madame

en-

possible!

sur la
bouche.
enfant ; à l’heure qu’il est, c’est
peut-être une affaire faite.
Rose.
Monsieur Dubourg! le mari de madame
Dubourg! le père de mademoiselle Annette!
Comment savez-vous cela, madame?
Madame Babylas. De lui-même, ma fdle; de
sa propre bouche, mon enfant.
Il était là tout-àl’heure, avec ce monsieur qui loge chez eux depuis
huit jours, qui lui donnait les meilleures raisons du
monde pour le calmer; mais il n’écoutait rien. ”Laissez-moi, disait-il, je veux me jeter à l’eau; je n’ai
plus de ressources. Si je ne me détruis pas comme
cela, je me détruirai autrement; vous n’y gagnerez
rien.”
Rose. Mais, madame, il faudrait avertir chez lui.
Madame Babylas.
Cela te regarde-t-il? Est-ce
toi qui as fait cette découverte?
Ne faut-il pas se
consulter avant ?

Paix !

Oui,

Babylas

Jacquot.
toi, Jacquot ?

un

doiyt

mon

Jacquot,
Madame

,

SCÈNE V.
Babylas,

Madame

Ma tante assise

au

Rose.

milieu de la rue!

Babylas, retombant en faiblesse.

C’est

Jacquot.

Oui,

qu’avez-vous donc?
Tu cries, Jacquot.
Parle
Ne vois-tu pas comme je suis ?
Jacquot. Ou’est-ce qu’il y a?
Madame Babylas. J’étouffe, demande à Rose.
Rose. Monsieur Dubourg s’est noyé.
Jacquot. Hier au soir.
Madame Babylas, d'une voix mourante. Non,

Madame
donc plus bas.

nia

tante;

Babylas.

Jacquot, ce matin.
Jacquot. Vous

vous trompez, ma tante.
Hier
à dix heures, comme je revenais de porter des
pâtisseries pour une soirée, rue de Richelieu,
j’ai reconnu
monsieur Dubourg qui longeait le parapet du Pont
royal, et qui s’arrêtait de temps en temps pour regarder dans la rivière.
Madame Babylas. Le malheureux ! il allait

prendre ses mesures.
Jacquot. Dans

ce moment-là,
un
cheval est
s’abattre; çà a attiré du monde, moi comme
les autres; et, quand j’ai repris le trottoir, monsieur

à

venu

Dubourg

avait

Madame

disparu.
Babylas.

Malgré cela, il était encore
garçon; mais ton récit n’en est
D’abord, personne ne repas moins à considérer.
garde dans la rivière sans avoir de mauvaises intentions.
(Elle se laisse retomber sur sa chaise.)
Jacquot, à Rose. Qu’est-ce que tu as donc, toi?
Rose.
Belle question ?
Jacquot. Tu ne me dis pas seulement un petit mot d’amitié.
(Il la frappe légèrement sur le
ici

ce

matin,

mon

bras)

Madame

vois, Jacquot.

Babylas,
Ne

ouvrant

vous

ai-je

les yeux. Je vous
pas défendu ces fa-

çons-là?
Rose.
Madame, voici mademoiselle Catherine,
la cuisinière de monsieur Dubourg, qui sort de
chez-ellc.
Madame Babylas, se levant. Bon. Rangez
cette chaise ; laissez-moi lui parler, et ne vous mêlez
de rien.

58

SCÈNE VI.
Madame

Babylas, Rose, Jacquot,

Catherine

Madame Babylas, d'un air triste.
Bonjour,
mademoiselle Catherine.
Catherine. Bonjour, madame Babylas. Votre
boutique est bien parée ce matin.
Madame Babylas.
C’est l’effet du hasard, je
vous

car
je
présent.

assure;

occuper à

n’aurais pas le courage de ni’en

Catherine.

a

Comme vous dites cela.
Madame Babylas.
Mademoiselle Catherine,
beau avoir des voisins fiers, des voisins qui

prennent
des
et

plus garde

pas

anthropophages; quand
humaine,

sur

on

sa

qui

on

pas s’empêcher
leur surviennent.

Madame

ne

que si vous étiez
est bonne, sensible

vous

peut

ne

les évènements

Catherine.
à

à

on

Babylas,

de

gémir

chacun est fait

façon.
Madame

Babylas.

Vous prenez donc leur

parti

aujourd’hui ?
Catherine.
Monsieur et madame n’achetant jamais que du neuf, ils n’ont rien à démêler avec vous.
Madame Babylas. Ah ! dès que c’est ainsi,
je me tais.
Catherine. Mais que parliez-vous d’évènements ?
Madame Babylas.
Ils n’ont rien à démêler
avec moi.
Catherine.
Sauriez-vous quelque chose?
Madame Babylas.
Je ne lais qu’un petit commerce, mademoiselle Catherine; je ne vends que du
vieux, des chiffons; mais j’ai des affaires bien en
ordre, Dieu merci ! et l’on n’entendra jamais dire
que

je

me

sois

jetée

à l’eau.

Catherine.
Madame Babylas, expliquez-vous.
Madame Babylas.
Ou’est-ce que fait votre
maître ce matin?
Catherine.
Il est sorti.
Madame Babylas.
Je le sais bien.

Catherine.
la

Pour conduire

un

de

ses

amis à

diligence.
Madame

de

Baby las. Belle conduite!
Catherine.
Je ne vous comprends pas.
Madame Babylas.
Ou’est-ce qu’il vous doit

gages?

Catherine. L’année courante.
Madame Babylas. Vous n’aviez pas placé d’argent sur lui.
Catherine.
Non.
Madame Babylas.
Voilà le mariage de mademoisclle Dubourg avec le notaire terriblement aventuré.
Catherine.
Pourquoi aventuré?
Ce serait le cas de parler
Madame Babylas.
de votre protégé.
Comme il n’a pas de charge à
payer celui-là, qu’il ne demanderait pas de dot,

qu’il

se

contenterait de deux beaux yeux, c’est

affaire.
Catherine.

Ecoutez, madame Babylas,

son

vous

doute ce que vous voulez me dire; mais
comme moi je n’en sais rien, si vous ne voulez
pas
vous
expliquer, je m’en vais.
savez

sans

(Elle va pour sortir.)
Arrêtez donc, cruelle fille,
et dites-moi un peu si vous annonceriez de but en
blanc à quelqu’un que son maître est noyé.
Catherine, reculant de quelques pas. Noyé!
Madame

Babylas.

Monsieur, noyé!
Madame

Catherine; je

Jacquot.

Hélas ! oui,

Babylas.
l’ai vu, et

mademoiselle

Jacquot aussi.

C’est-à-dire,

ma tante
Je
t’ai recommandé de te
Babylas.
taire.
Ou’est-ce que tu fais ici ?
Retourne chez
toi, et dis à monsieur Godiveau, ton maître, de venir
me
parler le plus tôt possible
Approche encore.
Ne va pas bavarder au moins sur la route.
Excepté vos pratiques, bouche close pour tout le monde.
Va-t’en.

Madame

....

Jacquot. Oui,
espiègleries à Rose,

ma

tante.

et sort

en

(Il fait quelques
courant,')

GO

SCÈNE VIL
Madame

I3abyi,as, Rose,

Catheiune.

On doit toujours ménager
Madame Babylas.
l’honneur des familles.
Catherine. Monsieur, noyé !
Demandez à Rose l’état
Madame Babylas.
dans lequel elle m’a vue.
Rose. J’ai cru que madame allait mourir.
Catherine. Je suis si bouleversée, que je ne
puis pas deviner la raison qui a pu pousser monsieur...
N’aviez-vous pas cru, penMadame Babylas.
dant quelque temps, qu’il mettait à la loterie?
Ce n’était pas vrai.
Catherine.
Madame Babylas. C’est donc qu’il jouait alors?
Catherine. Pas davantage.
Madame Babylas. Mais cette petite lingère qu’il
vient d’établir.
Catherine.
C’est une filleule de madame, à
ont
avancé
de l’argent par bon cœur.
ils
qui
Madame Babylas. Si vous expliquez tout comme
cela, je crois bien que vous ne trouverez jamais la
raison.
Madame Babylas, quand les choses
Catherine.
deviennent si sérieuses, on ne doit plus dire que la
vérité.
Madame

Babylas. Quand on la sait; mais
la
sait pas, il faut donc se taire?
quand
Catherine. Je crois encore que c’est un rêve....
Vous l’avez vu?
on

ne

Madame Babylas. Malheureusement.
Catherine. A votre place, j’aurais crié de toutes mes forces.

Madame
pour le dire.

J’ai crié aussi; Rose est
peut rien me reprocher, made-

Babylas.
On

ne

moiselle Catherine; j’ai fait tout ce que j’avais à faire.
Ces choses-là ne se manquent plus aujourd’hui.
Catherine. Et madame, qui avait donné l’ordre,
hier au soir, de lui avoir un remise pour faire des
visites ce matin!

/

*

Gl
Madame
dit

Babylas. 11 y a long-temps que j’ai
devrait jamais rien commander la veille.
Catherine. Quel parti prendre? Pour annoncer

qu’on

cela à

ne

madame, je

ne l’oserai
jamais.
le sache.
N’écrit-on

Il faut pourpas des lettres anonymes en pareille circonstance ?
Madame Babylas. Fi ! l’horreur ! mademoiselle
tant bien»

qu’elle

Catherine.
Catherine.
Quand c’est pour le bien.
Madame Babylas. C’est égal. Jamais de lettres anonymes.
Catherine. On peut la faire faire si honnête

qu’on

le veut.

Madame
chose par

Mais

Babylas.

lettre anonyme,

une

on

ne

çà produit.

que

SCÈNE
M.

annonçant quelque

en

Lesec,

Madame

voit pas l’effet

VIII.

Bablas, Catherine

,

Rose.

M. Lesec.
Catherine, je voudrais vous parler.
Catherine.
Ah! monsieur, je devine; vous
savez déjà la nouvelle.
M. Lesec.
Elle est donc vraie? Mon dômesl’a

tique

apprise

Madame

chez le

pâtissier.

Babylas.

Nous

en

sommes

dans la

consternation, monsieur.
M. Lesec.
naître, madame.

Je n’ai pas l’honneur de

vous con-

Madame Babylas.
Monsieur, vous êtes monsieur Lesec, dont le fds doit épouser mademoiselle
Dubourg, afin de pouvoir payer une charge de notaire.
M. Lesec. Quelle est donc cette femme, Ca-

therine?
Madame

Femme ! cette femme est
dont vous voyez la boutique, et
a été témoin de tout ce
qui vient de se passer.
M. Lesec.
Vous avez vu cet infortuné Du-

madame

qui

Babylas.

Babylas
jeter

à l'eau?

Madame

Babylas.

bourg

se

monsieur;

et de

plus

mon

Tout

comme

neveu

l’a

vu

je

vous

aussi.

vois,

02
Fatale punition d’une aveugle euC’est à la bourse qu’il aura perdu sa fortune.
Je
S’il m’eût écouté, cela ne lui serait pas arrivé.
lui ai répété assez de fois de ne pas se fier aux
rentes; que ce n’était que ruses et tours «le gibecière ; que les gros poissons devaient fiuir par manne
ger les petits; il s’étonnait de ce langage, et
voulait pas y croire : voilà le résultat.
Mais monsieur n’aimait pas les
Catherine.

M. Lesec.

pidité!

toujours empêchée d’y placer le
peu d’argent
j’avais.
11 avait peut-être les yeux ouverts
M. Lesec.
Comà cette époque-là, mais il n’était plus temps.
rentes,

car

il m’a
que

Je n’avais qu’à faire
fortune : je serais
Je vous dedans le même état à cette heure-ci.
mande un peu ce que va devenir sa fille.
Par bonheur pour elle il
Madame Babylas.
lui reste monsieur votre fils.
M. Lesec.
Vraiment, madame, de quoi vous
mêlez-vous ?
Catherine. Est-ce que vous penseriez à nous
abandonner, monsieur?
M. Lesec.
Catherine, il n’y a que mon fils et
moi qui sachions les sacrifices de tous genres que
Nous y avons
noqs avons faits dans cette affaire.

ment

n’est-on pas raisonnable !

comme

lui, vouloir doubler

ma

le dire, une patience et une générosité
bornes.
Nous savions très bien que mademoiselle Annette avait une préférence marquée pour
un autre jeune homme, que sa mère elle-même parcette préférence, et nous avons toujours feint

mis,

je puis

sans

tageait
de l’ignorer.

avait dit...
lieu d’éclater
en reproches, et de troubler la bonne harmonie qui
régnait entre monsieur Dubourg et sa femme par la
révélation d’un secret aussi
pour le repos

Quoi! monsieur,

Catherine.
M. Lesec.

Oui, Catherine

on vous

; et

au

important

de

mon

fils,

nous

relations.
Madame

n’en

avons

Babylas.

pas moins continué

Voilà de la délicatesse.

nos

'V
63

sieur.

M. Lesec.
Mais
Madame Babylas.

se

on

Je

lasse à la fin.

conçois bien cela,

mon-

M. Lesec. Madame
demandé une

Dnbourg trouvait singulier
augmentation de dot; elle
en était comme
choquée; mais d’après ce que nous
voyons, n’était-ce pas de la prévoyance?....
Je
ne devrais
pas vous parler de cela; cependant il
faut bien
le
j’eusse

que

qu’on
sache;
je ne doute pas qu’on
les hauts cris quand on
apprendra que nous
nous retirons.
Je n’ai pas de
préjugés. La fille
d’un homme qui aurait fait une folie, si cette folie
n’avait en rien
dérangé sa fortune, me
car

ne

jette

bru

une

plaisir
serait

de

paraîtrait

tout

comme

lui

servir

une

de

autre;

je
père; plus

grand, plus je l’entourerais

venances; c’est tout naturel.

ferais

me
son

de soins et de

Mais que

un

malheur

pré-

faire
pour une jeune personne comme mademoiselle Annette.
Madame Babylas.
C’est pourtant vrai, mademoiselle Catherine.
M. Lesec.
Qui a une autre inclination, je le
répète. De ce qu’on a commencé à se sacrifier,
s’ensuit-il qu’il faille consommer sa ruine? J’ai ma
famille, à laquelle je me dois encore plus qu’à celle

peut-on

de'monsieur Dubourg.
Catherine. Si vous vouliez entrer à la maison,

monsieur.
M. Lesec- Non, Catherine,
je n’ai rien à y
faire.
C’est cruel à dire; mais quand
j’ai donné des
conseils et qu’on ne les a pas écoutés,
je ne me
mêle

plus

de rien, pas même de

plaindre

les gens.

(Il sorti)

SCÈNE

IX.

Catherine, Madame Babylas, Rose.
Catherine. Grand Dieu ! que c’est vilain le
malheur pour vous faire voir les hommes tels qu’ils
sont.

(Se

tournant du côté de la

maison,

en

pieu-

Pauvres dames! que de choses elles vont
avoir à apprendre à la fois!

rant.)

64
C’est en tont comme çà,
J’ai chez moi des robes,
monde admirait quand ils

Madame Babylas.
mademoiselle Catherine.

des schalls que tout le
étaient dans leur brillant ; à

présent,

personne

n’y

prend plus garde.

Catherine. Je vais aller chez monsieur Constant; c’est un bon jeune homme qui n’a ni père,
ni mère, pour lui donner de mauvais conseils d’avaconduira pas
fera au contraire
une
grande joie de revenir chez nous. Il a de la
fortune; lui et mademoiselle s’aiment depuis longSi l’on pouvait oublier monsieur, qui
temps
Au revoir, madame
était un si brave homme !

rice;

suis

je

bien

monsieur

comme

sûre

Lesec,

et

qu’il ne
qu’il se

se

....

(Elle sort.)

Babylas.

SCÈNE X.
Madame Babylas, Rose.
Madame

Babylas. Vois-tu, Rose,

comme

tout

déroule.
Il faut avouer que mademoiselle CatheRose.
line est une bien bonne fille.
On est toujours bon pour
Madame Babylas.
plaindre les gens qui sont au-dessus de nous. Ca
C’est
voilà comme la protectrice de ses maîtresses.

cela

un

se

rôle

superbe.
Que

de cuisinières, cependant, cbosimoment-là pour les accabler !
Madame Babylas.
Quelles cuisinières aussi?
Des cuisinières de petites maisons, des sottes.
Rose.
Oui en diraient pis que pendre!
Avec cela, il faut être
Madame Babylas.

Rose.

raient

ce

il arrive quelque chose de glorieux aux
mettent en quatre afin que personne ne
l’ignore; dame! s’il leur arrive quelque chose d’humiliant, il faut bien qu’ils souffrent qu’on en parle.
Je vais entrer un moment chez Pépicière; ce n’est
Si l’on me demandait,
pas une hypocrite, celle-là.
tu viendrais /ne chercher.
(Elle sort.)

juste.

Quand

riches,

ils

se

(i'i

SCÈNE

XI.
Hose seule.

Ce bon monsieur

Dubourg, qui

me

disait

en-

pas plus tard qu’avant-hier: "Rose, puisque
tu n’es pas entrée chez nous où
je ne t’aurais pas
trouvée de trop, quand ma fille se mariera, elle te
cove,

prendra

pour femme-de-chambre, et au bout de deux
trois ans tu auras ton tour, et je
penserai à ta
dot.”
Et cela, rien que pour m’avoir vue
quelquefois chez lui causer avec mademoiselle Catherine.
Qui sait si je me marierai à présent?.,..
ou

SCÈNE

XIS.

Cette scène contient un episode, dans lequel IVT. Godiveau
vient faire la cour à Rose qui finit par lui dire :
"Mais, monsieur, je n’e'tais pas si folle de vous.”

SCÈNE XIII.
Godiveau, Madame Babylas, Rose.
Madame Babylas, après les avoir
regardés

M.
tous

les deux.

Qui

est-ce

sieur Godiveau.

Rose,

se

qui

retournant

avec

Babylas.

Effrontée!

madame!
Madame

Allez

croyais
tout de

suite,

est

et

faire

folle de

mon-

C’est vous,

surprise.

Si je me
de vos bardes
à déloger de chez moi.

paquet

un

préparez-vous

Riais madame, madame....
Babylas. Ne répliquez pas, Rose;
ne
répliquez pas. [(Rose rentre dans
en tenant son tablier sur ses
yeux.')

Rose, sanglotant.
Madame

croyez-moi,
la boutique,

SCÈNE XIV.
Godiveau, Madame Babylas.
Madame Babylas.
A nous deux, à présent.
M. Godiveau, faisant quelques pas pour s'en
M.

aller.

C’est-à-dire, à

vous

seule, madame ;

m’en vais.

Madame

m’emporterai

Babylas,

pas;

ne

l'arrêtant.

craignez

rien.

car

je

Arrêtez. Je ne
Rladame Ba5

GG
sait ce qu’elle se doit à elle-même.
rappellerai pas, monsieur....
Ah! je le vois, vous
M. Godiveau.
tout.
rappeler

bylas

Je

ne

allez

me

vous

Madame Babylas, lui prenant le bras avec
violence.
Quoi donc! traître, c’est au moment où
suis
occupée à prendre des renseignements pour
je
remonter à la source d’une catastrophe....
M. Godiveau.
Abrégez, et lâchez-moi le bras.
11 faut croire que c’est un
Madame Babylas.
hommes
les
que de tromper.
grand plaisir pour
M. Godiveau , cherchant à se débarrasser.
Moins grand que pour les femmes.
Madame Baby las, le retenant plus fort. Une
petite fille de rien, que j’avais prise par charité....
Je sais
Pas de mensonges, ni de subterfuges
tout, je devine tout, je vois tout.
M. Godiveau. Alors je n’ai rien à vous ap-

prendre.

Madame Babylas. Je revenais satisfaite; vingt
avaient confirmé mes souppersonnes, chez l’épicicre,
me reconnaissait généçons sur monsieur Dubourg; on
râlement comme étant la première qui avait donné
l’éveil :
pouvais expliquer toute sa vie comme lui-

je

et montrer

même,

que,

malgré

les apparences,

n’était qu’un homme,... au surplus
hommes.
(En voulant porter sa
pour cacher
yeux,
bras de M. Godiveau qui
comme

ses

comme

main

ce

tous les
sur

ses

larmes, elle quitte

le

s'enfuit.')

SCÈNE

XV.

Madame Babylas, seule.
11

me

laisse....

sans

me

répondre,

sans

cher-

J’ai pleuré
celui-là est fort.
pourtant.... Oue voulait-il de plus? Ah! il n’est
que trop vrai; les pâtissiers sont une espèce à part.
Rien ne les touche, rien ne les attendrit.
Ingrat
cher à

se

Godiveau !

justifier!

67

SCÈNE
Madame

Babylas,

Le commissaire.
faire

vous

prier

Madame
pu

vous

XVI.
le

commissaire.

Madame

Babylas, je

voulais

de passer chez moi.

Babylas,

troublée. Quelle plainte a-t-on
le commissaire?

faire, monsieur

Le commissaire. Mais, comme
j’avais à sortir, j’ai
venir vous trouver pour ne pas vous

préféré

Madame

missaire,

s’il
fermer

bylas; et,
der

à

Vraiment, monsieur le comMonsieur
prenez trop de peines.

vous

Godiveau est

toute servante

déranger.

Babylas.
un
a

ma

ancien ami de feu monsieur Bala bonté de venir quelquefois m’ai-

boutique,

c’est que

je

qu’une petite paresseuse,

n’ai pour
une

petite

que je renvoie tout justement à cause de cela.
Le commissaire.
11 n’est question ni de monsieur Godiveau, ni de votre servante, dans ce
que
j’ai à vous dire.
Madame Babylas.
Ou’est-ce donc alors, monsieur le commissaire. Jamais
je n’attends que votre
sonnette m’avertisse pour faire balayer le devant de
ma porte, pour le
faire arroser dans les grandes
chaleurs, et, l’hiver, pour faire casser la glace. Tous
les dimanches, comme je vends des
objets de luxe,
je barbouille moi-même mes carreaux de vitre avec
du blanc d’Espagne, ainsi que doit le faire toute
personne honnête qui a des mœurs et qui connaît
ses devoirs.
Je ne vois pas, d’après cela, monsieur
le commissaire, ce qui a pu m’attirer l’honneur de
votre visite.
Le commissaire.
Vous n’êtes pas sans avoir
entendu parler des bruits qui se répandent sur votre
voisin, monsieur Dubourg?
Madame Babylas. Je sais que monsieur Dubourg demeure au n° 45, qu’il a une femme et une
fille; mais je n’en sais pas davantage.
Le commissaire.
Allons, allons, madame Babylas, ne vous faites pas prier.

coquette

68
Madame
le

Je vous déclare, monsieur
si c’est pour me faire appeler

Babylas.

commissaire, que
témoin....
Le commissaire.

comme

Il ne s’agit pas ici de téEst-ce qu’un commismadame Babylas?
Est-ce qu’il ne sait pas
saire peut rien apprendre?
Est-ce qu’il ne connaît pas à fond les pertout?
sonnes qui demeurent sur son arrondissement ?
Madame Babylas. Je le croyais, moi.
Le commissaire, un peu étourdi. Et vous aviez
raison.
Je vois à
Oh ! que nenni.
Madame Babylas.
présent que vous ne savez les choses qu’en les deet au moment que vous avez besoin de

moignage,

mandant,

les savoir.

Le

commissaire, reprenant
par exemple, de

Ou’ai-je besoin,

de Fassurance.
savoir que mou-

sieur Godiveau?....

Madame

Babylas.

sieur le commissaire.
Le commissaire.

Madame

Babylas.

C’est bien, c’est bien,

mon-

Je le sais pourtant.
Et vous pensez qu’il pour-

rait faire cette folie?
Le commissaire, ayant Fair de comprendre
Comment! si je lé pense! j’en
madame Babylas.
suis certain.
Mais cette petite Rose n’a
Madame Babylas.
lui apporter
pas une obole, au lieu que moi je puis

près de mille écus.
Le commissaire.

plus

Madame

saire,

et

vous

un

reviendrons

sur

cela

monsieur le commisde lui dire un mot,
Quant à monsieur Dubourg, je
rien eu vous disant que c’était

Babylas. Oui,
vous chargerez

n’est-il pas vrai?
ne

Nous

tard.

apprendrai
joueur déterminé.
vous

Le commissaire, cachant son étonnement. Asnon.
surément
Mais, voyez-vous, madame
Babylas, nous ne pouvons guère assigner une pareille cause à l’action qu’il a commise, parce que

69
i'on crie déjà assez contre les maisons de
jeu, et que
c’est un mal nécessaire par
l’argent que ça rapporte.
Madame Babylas.
Vous répondrez la même
chose sur la loterie, où il risquait des sommes
immenses.
Le commissaire, même jeu.
La loterie
La loterie est autorisée par les lois.
Il ne faut
jamais chercher la cause du mal dans les lois.

Madame

Babylas. Ah ça! mais, est-ce aussi
les lois que de dire que monsieur
Dubourg
s’est ruiné à tripoter sur les rentes?
Le commissaire.
Ce sont des causes générales.
Un rapport qui ne contiendrait que cela
n’apprendrait rien à personne ; on n’y ferait pas attention.
Cherchons donc autre chose.
Monsieur Dubourg
n’avait-il pas des intrigues?
Madame Babylas. Voilà ce que je ne crois
pas.' Le jeu des rentes fait beaucoup de tort aux
dames.
Dans mon état, je sais cela mieux que
personne. Autrefois je rachetais pour rien des robes
et des parures presque toutes neuves; à
présent
les hommes ne se ruinent plus qu’à la Bourse: c’est
plus moral, si vous voulez; mais c’est bien moins
agréable pour tout le monde.
Le commissaire. Ainsi, nous ne trouverons rien.
accuser

Madame Babylas.
C’est-à-dire que vous ne
voulez vous servir de rien.
Le commissaire, après avoir réfléchi quelque

Non,

temps.

Dubourg

non, il vaut mieux croire que monsieur

avait

Madame
Le

qui

Les mauvaises

moderne (c’est
entièrement de son

philosophie

pu déraciner
de souvenirs

le tourmentait.

cela)
cœur

n’aun.

d’enfance; et ces souvenirs et
mauvaises doctrines, se combattant sans cesse

reste
ces

conscience
Ah!

Babylas.

commissaire, improvisant.

doctrines de la
vaient

une

dans son coeur et dans son esprit, avaient fini par
le porter à une mélancolie sombre.
Madame Babylas. En vérité.
A une espèce de spleen.....
Le commissaire.

70
Madame Baby las. Qu’est-ce que c’est que cela?
Ce
Le commissaire, d'un ton d’impatience.
n’est pas

pour

vous

que

je parle.

Comme

( Reprenant

son

les élèves de
cette philosophie exécrable, à l'âge où les passions
s’amortissent, monsieur Dubourg était tombé dans
ton

d’improvisation.')

tous

ce
vague qui est une mort anticipée; sou regard
était devenu farouche, sa conversation chagrine, tout
lui déplaisait.
Son aspect n’ofi’rait plus qu’une image
effrayante du désespoir et de la terreur.
M. Dubourg, chantant dans la coulisse.
Bouton de rose,
Tu seras plus heureux que moi;
Car je te destine à ma lîose,
Et ma Rose est, ainsi que toi,
Bouton de Rose.
(bis.)

Madame
bourg,

SCÈNE XVII.
Babylas, le commissaire,
un

bouquet

de

roses

à la

main,

théâtre, Catherine,
l’autre, ensuite Rose.
Catherine, apercevant son maître.

(Tun côté du

•

M. Duentrant

entrant de

O ciel!
Monsieur! mon maître!
( Elle se jette sur une des
mains de M. Dubourg.)
Mon cher maître ! mon
bon maître!....
Ils vous ont donc repêché?
M. Dubourg.
La pauvre Catherine est-elle devenue folle?
Rose, sortant de la boutique de madame Babylas avec un petit paquet qu’elle laisse tomber
aux pieds de monsieur
Dubourg, et sur lequel elle
se met à
Mon proMonsieur Dubourg!
genoux.
tecteur ! mon bienfaiteur !
Je suis sauvée !
B ne
m’abandonnera pas.
(Elle lui baise le pan de son
Ne nous quittez plus, monsieur, n’ayez
habit.)
plus de mauvaises idées. La vie n’est déjà pas si
longue ; ce n’est qu’un peu de patience à avoir.
M. Dubourg, dans le
plus grand étonnement.

Quel jeu

est cela?

71
Madame Babylas, qui s'était rangée dans un
coin du théâtre avec le commissaire.
J’avais toujours dit que ce n’était que des mensonges, et que
nous reverrions monsieur.
M. Dubourg, stupéfait. Se moque-t-on de moi?
saluant M.
Monj Le commissaire,
sieur....
M. Dubourg.
Quoi! vous aussi, monsieur le
commissaire, vous vous mettez de la partie.
Le commissaire. Un mal-entendu, sans doute....
Madame Babylas, se hâtant d'interrompre le
commissaire.
Oui, oui, à cause de la philosophie

Dubourg.

moderne.
M.

Dubourg,

Qu’ai-je

à démêler

avec

la

phi-

losophie moderne.
Le commissaire. Taisez-vous, madame Babylas.
M. Dubourg. Aurais-je été dénoncé comme philosophe ? Oue me veut-on ? Je n’ai pas de places,
je n’en demande pas; et cependant je ne fais aucune
difficulté d’avouer que je me conduis par conscience,
comme tant d’autres ne le font que par ambition.
Le commissaire. Monsieur, il ne s’agit pas de cela.
M. Dubourg.
Depuis que j’ai l’âge de raison,
n’ai
manqué un seul dimanche, une seule
je

jamais

fête....
Cela ne me regarde pas.
Le commissaire.
J’avoue que le maigre m’incomM. Dubourg.
mode, et pourtant Catherine peut attester....?
Le commissaire. Mais, monsieur, je n’ai aucun
caractère pour recevoir de pareilles confidences.
Je n’en sais rien, moi.
Que
M. Dubourg.
voulez-vous que je pense de tout ce que je vois?
Je suis sorti à cinq heures, ce matin, de chez moi,

laissé tout parfaitement tranquille; j’ai été
de mes amis à la diligence; de là, j’ai
un bain; en revenant, j’ai acheté ces fleurs pour
pris
les apporter à ma fille, qui les aime beaucoup....
et l’on vient me parler de la philosophie moderne!
Vous n’aviez pas annoncé
Le commissaire.
où

j’avais

conduire

d’autres

un

projets?

M. Dubourg. Je a’ai rien annonce du tout.
Le commissaire.
Vous n’aviez pas parlé de
vous

noyer?
M.

Dubourg.

De

me

noyer!

Le ciel m’en

préserve.
Le commissaire.
De vous jeter à l’eau?
M. Dubourg , éclatant de rire.
Ah ! ah ! ah !
ah! j’ai peut-être dit que
j’allais me jeter à l’eau,
comme on dit en
plaisantant lorsqu’on veut prendre
un bain;
mais excepté mon ami, monsieur Robert,
qui est sur la route du Havre dans ce moment-ci,
Je vous répète
personne ne peut m’avoir entendu.
qu’il était cinq heures du matin.
Madame Babylas. Je ne me suis levée qu’à
six, moi.
Catherine. Vous disiez pourtant que vous aviez
vu monsieur se
noyer, vous, madame Babylas.
Madame Babylas.
Quel conte, mademoiselle
Catherine !
Comment aurais-je pu voir une chose
qui n’est pas arrivée?
Le commissaire, à M. Dubourg.
Depuis une
heure, c’est la nouvelle du quartier.
Madame Babylas. Je saurai d’où cela vient,
monsieur le commissaire, et je vous en rendrai
compte; car si les honnêtes gens ne se soutiennent
pas....

Le commissaire.
excuses.

Monsieur, je
(Il salue M. Dubourg

vous

fais

et s'en

mes

val)

SCÈNE xvm.
M.

Dubourg,

Madame

Babylas, Catherine,

Ro.se.
Madame

Babylas.

Je

me

suis

tenue avec monsieur le
commissaire,
taire parler à sa fantaisie.

toujours
qui

voulait

bien
me

M. Dubourg, à Catherine.
Et ma femme, et
fille, Catherine?
Catherine.
Elles ne doivent pas être encore
levées, monsieur.

ma

Madame
pas

quitté

sonne

Rose et moi, noos n’avons
afin de ne laisser entrer per-

Babylas.

cette

place,

chez elles.
M. Dubourg.

en remercie, madame.
J’ai fait pour vous ce que
C’est si
toute autre personne aurait fait à ma place.
naturel. Allons, Rose, n’importunons pas monsieur
davantage. Revenez chez moi ; je vous pardonne.
Rose.
Puisque voilà monsieur revenu, je ne
le quitte pas.
Madame Babylas. Je vois ton intention, petite
sournoise ; c’est pour qu’il ne se doute pas que tu
es la
première cause de tout ce tumulte. C’est bon.
{Elle rentre dans sa boutique.')

Madame

Je

SCÈNE
M.

vous

Babylas.

XIX

et

dernière.

Dubourg, Catherine,

Rose.

Rose. Ne la croyez pas, au moins, monsieur.
Catherine. Ce jour-ci m’aura donné une bonne
leçon pour ne me fier dorénavant à personne. Croiriez
Lesec lui-même, le
vous, monsieur, que monsieur
futur beau-père de
de venir retirer sa
M. Dubourg.

Catherine.
il

a

mademoiselle,

parole

plaindre.

eu

bonté

Monsieur Lesec !

devenaient
de les

pas

Oui, monsieur. Rose était là quand

le courage de dire
malheureux, il

eu

n’a

?

(M.

qu’aussitôt
ne

que les gens
même
sa main sur

s’occupait pas

Dubourg appuie

front comme pour chasser un sentiment pénicœurs ne
ble.) Heureusement, monsieur tous les
{Elle tire une lettre de
ressemblent pas au sien.

son

,

Constant
poche.) Voici une lettre que monsieur
m’avait remise pour madame.... Elle doit être bien
sensible, car il pleurait comme un enfant, tandis

sa

qu’il l’écrivait.

la lit des yeux.
parle bien de
moi.... Annette et lui s’aimaient autant que cela!
Je croyais que ce n’était qu’un amour de tête.
Pauvres enfants ! Je ne suis plus si fâché qu’on
M.

Excellent

Dubourg, ouvre
jeune homme !

la lettre

et

comme

il

74
m’ait noyé.... Au fait, j’avais écouté les propositions de monsieur Lesec, parce que, quand on a
donné sa tille à un notaire, on dit: ”J’ai donné ma
fille à un notaire,” et tout est dit.
Mais, d’après
ce
que je vois, les fortunes mêmes ne seraient-elles
Monpas égales, c’est une bien meilleure affaire.
sieur Constant ne sera pas un gendre, ce sera un
fils.... C’est si rare! Rentrons, Catherine.
Et moi, monsieur, qui n’ai plus de
Roue.
?
place
JM. Dubourg.
Dame! mon enfant, si tu es
une

langue....

Catherine.
Mais monsieur, n’écoutez donc pas
madame Babylas.
Est-ce à l’âge de Rose que l’on
fait des propos? 11 faut avoir fait bien d’autres choses

avant.

La

mauvaise
de bruit.

plus

jours le plus

roue

d’un chariot

fait

tou-

NARRATIONS.

TRAIT DE BIETNFAISAACE DE PAUR ET DE VIRGITVIE.

Le bon naturel de ces enfants se développait
Un dimanche, au lever de l’aurore,
de jour en jour.
leurs mères étant allées à la première messe, une
négresse marronne se présenta sous les bananiers
qui entouraient leur habitation. Elle était décharnée
connue

un

lambeau de

squelette,

et n’avait pour vêtement

qu’un

serpilière autour des reins. Elle se jeta
aux pieds de
Virginie, qui préparait le déjeuner de
la famille, et lui dit: ”Ma jeune demoiselle, ayez
pitié d’une pauvre esclave fugitive; il y a un mois

que

j’erre dans ces montagnes, demi-morte de faim,
poursuivie par des chasseurs et par leurs

souvent

Je fuis

chiens.

tant de la

maître, qui

mon

Rivière-noire;

est

un

il m’a traitée

riche hahi-

comme

vous

En même temps elle lui montra son
voyez.”
les coups
corps sillonné de cicatrices profondes par
de fouet qu’elle en avait reçus. Virginie tout émue
lui répondit: ”Rassurez-vous, infortunée créature!
mangez-” et elle lui donna le déjeûner de

le

—

Mangez,

L’esclave en peu
la maison, qu’elle avait apprêté.
de moments le dévora tout entier.— Virginie, la voyant
rassasiée, lui dit: "Pauvre misérable! j’ai envie d’al1er demander votre grâce à votre maître; en vous
Voulez-vous me
voyant, il sera touché de pitié.
conduire chez lui?”
"Ange de Dieu, repartit la
négresse, je vous suivrai partout où vous voudrez.”
Virginie appela son frère, et le pria de l’accomL’esclave marronne les conduisit par des
pagner.
sentiers, au milieu des bois, à travers de hautes
la peine,
montagnes, qu’ils grimpèrent avec bien de
à
rivières
de
et
gué. Enfin,
qu’ils passèrent
larges
bas d’un
vers le milieu du jour, ils arrivèrent au
Ils apersur les bords de la Rivière-noire.
—

—

—

morne,

maison bien bâtie, des plantations conun
sidérables,
grand nombre d’esclaves occupés
Leur maître se proà toutes sortes de travaux.
menait au milieu d’eux, une pipe à la bouche, et un
C’était un grand homme sec,
rotin à la main.
noirs et
aux yeux enfoncés et aux sourcils
olivâtre,
Paul
tenant
tout
par le
émue,
joints. Virginie,
l’abras, s’approcha de l’habitant, et le pria, pour
était
à
son
esclave,
de
qui
de
mour
Dieu,
pardonner
D’abord l’haà quelques pas de là derrière eux.
ces deux enfants
de
bitant ne fit
compte

çurent là

une

et

pas grand
eut remarqué la
pauvrement vêtus ; mais quand il
taille élégante de Virginie, sa belle tête blonde sous
le doux son
une capote bleue, et qu’il eut entendu

ainsi que tout son corps,
sa pipe de sa bouche,
un
vers le ciel, il jura par

qui tremblait,

de

sa

voix

en

lui

demandant grâce, il ôta

et, levant

son

rotin

76
affreux serment, qu’il pardonnait à son esclave, non
pas pour l’amour de Dieu, mais pour l’amour d’elle.
Virginie aussitôt fit signe à l’esclave de s’avancer
vers son maître;
puis elle s’enfuit, et Paul courut
après elle.
Ils remontèrent ensemble le revers du morne par
où ils étaient descendus, et, parvenu à son sommet,
ils s’assirent sous un arbre, accablés de lassitude,
Ils avaient fait à jeun plus de
de faim et de soif.
cinq lieues depuis le lever du soleil. Paul dit à
Virginie: ”Ma sœur, il est plus de midi, tu as faim

soif; nous ne trouverons point ici à dîner; redescendons le morne et allons demander à manger
au maître de l’esclave.”
”Oh non, mon ami, reprit
Virginie, il m’a fait trop de peur. Souviens-toi de
ce
que dit quelquefois maman: Le pain du méchant
"Comment feronsremplit la bouche de gravier.”
donc? dit Paul.
Ces arbres ne produisent
nous
11 n’y a pas seulement ici
que de mauvais fruits.
un tamarin ou un citron pour te rafraîchir.”—”Dieu
aura pitié de
nous, repartit Virginie; il exauce la
voix des petits oiseaux qui lui demandent leur nourA peine avait-elle dit ces mots, qu’ils enriture.”
tendirent le bruit d’une source qui tombait d’un
rocher voisin,
lis y coururent, et après s’étre désaltérés avec ses eaux plus claires que le crystal,
ils cueillirent et mangèrent un peu de cresson qui
Comme ils regardaient de
croissait sur ses bords.
côté et d’autre, s’ils ne trouveraient pas quelque
nourriture plus solide, Virginie aperçut parmi les
Le chou que
arbres de la forêt, un jeune palmiste.
la cime de cet arbre renferme au milieu de ses feuilles est un fort bon manger; mais quoique sa tige
ne fût pas
plus grosse que la jambe, elle avait plus
de soixante pieds de hauteur.
A la vérité, le bois
de cet arbre n’est formé que d’un paquet de filaments
mais son aubier est si dur, qu’il fait rebrousser les meilleures haches, et Paul n’avait pas même
un couteau.
L’idée lui vint de mettre le feu au
pied de ce palmiste: autre emharras; il n’avait point
et

—

—

—

•

77
de briquet, et d’ailieurs, dans cette île si couverte
de rochers, je ne crois pas qu’on puisse trouver une
La nécessité donne de l’inseule pierre à fusil.
dustrie, et souvent les inventions les plus utiles ont
Paul
été dues aux hommes les plus misérables.
résolut d’allumer du feu à la manière des noirs.
d’une pierre il fit un petit trou dans
Avec

l’angle

branche d’arbre bien sèche, qu’il assujettit sous
ses
pieds; puis, avec le tranchant de cette pierre,
il fit une pointe à un autre morceau de branche
également sèche, mais d’une espèce de bois différent.
Il posa ensuite ce morceau de bois pointu dans le
petit trou de la branche qui était sous ses pieds,
en
et, le faisant rouler rapidement entre ses mains,
vit sortir du point de contact
il
de
moments
peu
11 ramassa des herde la fumée et des étincelles.
bes sèches et d’autres branches d’arbres, et mit le
feu au pied du palmiste, qui bientôt après tomba
Le feu lui servit encore à
avec un grand fracas.
de l’enveloppe de ses longues
chou
le
dépouiller
feuilles ligneuses et piquantes. Virginie et lui mancuite
gèrent une partie de ce chou crue et l’autre saet ils les trouvèrent également
sous la cendre,
lis firent ce repas frugal remplis de joie
voureuses.
de la bonne action qu’ils avaient
le
souvenir
par
faite le matin ; mais cette joie était troublée par
l’inquiétude où ils se doutaient bien que leur longue
absence de la maison jetterait leurs mères. Virginie
une

revenait souvent sur cet objet; cependant Paul, qui
sentait ses forces rétablies, lui assura qu’ils ne tarderaient pas à tranquilliser leurs parents.
Après dîner, ils se trouvèrent bien embarrassés,
car ils n’avaient plus de guide
pour les reconduire
Paul qui ne s’étonnait de rien, dit à
chez eux.
”Notre case est vers le soleil du milieu

Virginie:
du jour; il faut que nous passions, comme ce matin,
là-bas, avec
par-dessus cette montagne que tu voismon
amie !”
Allons marchons,
ses trois pitons.
Cette montagne était celle des ïrois-mamelles, ainsi
—

,

nommée, parce que

ses

trois

pitons

en

ont la forme.

78
Iis descendirent donc le morne de la Rivière-noire
du côté du nord, et arrivèrent, après une heure de
marche, sur les bords d’une large rivière qui barrait
La rivière sur le bord de laquelle ils
leur chemin.
bouillonnant sur un lit de rochers.
en
coule
étaient,
Le bruit de ses eaux effraya Virginie; elle n’osa y
Paul alors
mettre les pieds pour la passer à gué.
prit Virginie sur son dos, et passa, ainsi chargé,
les roches glissantes de la rivière, malgré le
sur
tumulte de ses eaux. Ouand Paul fut sur le rivage,
il

voulut continuer
il se flattait de

sa

route, chargé de

sa

sœur,

ainsi la montagne des
Trois-mamelles, qu’il voyait devant lui, à une demilieue de là; mais bientôt les forces lui manquèrent,
et il fut obligé de la mettre à terre, et de se reCependant Virginie, s’étant un
poser auprès d’elle.
sur le tronc d’un vieux arbre,
cueillit
peu reposée,
penché sur le bord de la rivière, de longues feuilles
Elle
de scolopendre qui pendaient de son tronc.
en fit des espèces de brodequins dont elle s’entoura
les pieds, que les pierres des chemins avaient mis
elle
en sang; car, dans l’empressement d’être utile,
Se sentant soulagée
avait oublié de se chausser.
elle rompit une branche
par la fraîcheur de ces feuilles,
de bambou, et se mit en marche en s’appuyant d’une
main sur ce roseau, et de l’autre sur son frère.
Ils cheminaient ainsi doucement à travers les
bois ; mais la hauteur des arhres et l’épaisseur de
leur feuillage leur firent bientôt perdre de vue la
ils se
montagne des Trois-mamelles, sur laquelle
de
était
le
et
même
soleil,
près
déjà
qui
dirigeaient,
Au bout de quelque temps, ils quitse coucher.
tèrent, sans s’en apercevoir, le sentier frayé dans
lequel ils avaient marché jusqu’alors, ef ils se trouvèrent dans un labyrinthe d’arbres, de lianes et de
Paul fit asseoir
roches qui n’avaient plus d’issue.
Virginie et se mit à courir çà et là, tout hors de
lui, pour chercher un chemin hors de ce fourré
épais; mais il se fatigua en vain. 11 monta au haut
d’un grand arbre, pour découvrir au moins la mon-

et

monter

X5F
79

tagne des Trois-mamelles, mais il n’aperçut autour
de lui que les cimes des arbres, dont quelques-unes
étaient éclairées par les derniers rayons du soleil
couchant.
Cependant l’ombre des montagnes cou-

déjà

vrait

calmait,

les

connue

forêts dans les vallées ; le vent
il arrive au coucher du soleil;

se
un

silence régnait dans ces solitudes, et l’on
entendait d’autre bruit que le bramement des
cerfs, qui venaient chercher leurs gîtes dans ces
lieux écartés.
Paul, dans l’espoir que quelque chascria alors de toute sa force:
seur
l’entendre,
pourrait
"Venez, venez au secours de Virginie!” Mais les
seuls échos de la forêt répondirent à sa voix, et

profond
n’y

répétèrent

Virginie.”

à

plusieurs reprises: "Virginie,

alors de l’arbre, accablé de
il chercha les moyens de
il n’y avait ni
passer la nuit dans ce lieu, mais
fontaine, ni palmiste, ni même de branches de bois
sec, propre à allumer du feu; il sentit alors, par
son expérience, toute la faiblesse de ses ressources,
et il se mit à pleurer.
Virginie se prit aussi à
des larmes.
verser
Cependant elle dit à Paul:
"Prions Dieu, mon frère, et il aura pitié de nous.”
A peine avaient-ils achevé leur prière, qu’ils enten"C’est, dit Paul, le chien
dirent un chien aboyer.
de quelque chasseur qui vient, le soir, tuer des
cerfs à l'affût.”-—Peu après, les aboiements du chien
redoublèrent. ”11 me semble, dit Virginie, que c’est
Fidèle, le chien de notre case. Oui, je reconnais
Paul

fatigue

descendit

et de

chagrin ;

—

—

sa

voix.

Serions

-

nous

si

près d’arriver,

et

an

pied de notre montagne?”— En effet, un moment
après, Fidèle était à leurs pieds, aboyant, hurComme
ils aperpouvaient
A l’arrivée
çurent Domingue qui accourait à eux.
de ce bon noir, qui pleurait de joie, ils se mirent aussi à pleurer, sans pouvoir lui dire un mot.
Quand Domingue eut repris ses sens: ”0 mes
leur dit-il, que vos mères ont d’in-

lant, gémissant,
ils

ne

—

jeunes maîtres,

et

les accablant de

revenir

de leur

caresses.

surprise,

80
Comme elles ont été étonnées, quand
elles ne vous ont plus trouvés au retour de la messe,
Marie, qui travaillait
où je les avais accompagnées.
où vous
dans un coin de l’habitation, n'a su nous dire
J’allais, je venais autour de l’habitation,
étiez allés.
de que! côté vous chercher.
ne sachant moi-même
vos vieux habits à l’un et à l’autre,
Enfin

quiétude!

j’ai pris

les ai fait flairer à Fidèle, et sur-le-champ, comme
à
si ce pauvre animal m’eût entendu, il s’est mis
reen
11
m’a
conduit, toujours
quêter sur vos pas.
C’est là
muant la queue, jusqu’à la Iîivière-noire.
vous lui aviez rad’un
habitant
que
que j’ai appris
avait acmené une négresse marronne, et qu’il vous
me l’a monIl
Mais
cordé sa grâce.
quelle grâce!
billot
trée attachée, avec une chaîne au pied, à un
crochets
trois
à
fer
un
collier
de
avec
et
de

je

bois,

autour du

De là

cou.

Fidèle, toujours quêtant,

m’a

de la Rivière-noire, où ils s’est

mené sur le
arrêté encore en aboyant de toute sa force: c’était
d’un palmiste abattu,
sur le bord d’une source«'auprès
Enfin il m’a
et près d’un feu qui fumait encore.
an
sommes
Nous
conduit jusqu’ici.
pied de la monet il y a encore quatre
T
des
rois-mamelles,
tagne
Allons, mangez,
bonnes lieues jusque chez nous.
Il leur présenta ensuite
et prenez des forces.”
un gâteau, des fruits et une
grande calebasse remde vin, de jus de
d’une
d’eau,
composée
liqueur
plie
de sucre et de muscade, que leurs mères
morne

—

citron,

avaient

rafraîchir.
pour les fortifier et les
souvenir de la pauvre esclave,
Elle
à l’inquiétude de leurs mères.
faire
de
difficile
est
fois; ”Oh, qu’il

préparée,
Virginie soupira

et

en

pensant

au

répéta plusieurs

bien!”—Pendant que Paul et elle se rafraîchissaient, Domingue alluma du feu, et, ayant cherché
le

dans les rochers
en

jetant

une

un

bois tortu,

qui brûle

il
nuit.

grande flamme,

en

fit

un

tout

vert,

flambeau

Mais il éprouva
déjà
il fallut se
;
quand
plus grand
mettre en route: Paul et Virginie ne pouvaient plus
marcher; leurs pieds étaient enflés et tout rouges.

qu’il alluma,
un

car

il était

embarras bien

Pomingue

ne savait s'il devait aller liien
loin de là
leur chercher du secours, ou
passer dans ce lieu la
nuit avec eux.
”Où est le temps, leur disait-il, où
je vous portais tous deux à la fois dans mes bras?
Mais maintenant vous êtes
grands, et je suis vieux.”
Comme il était dans cette
perplexité, une troupe de
noirs marrons se firent voir à
vingt pas de là. Le
chef de cette troupe, s’approchant de Paul et de
Virginie, leur dit: "Bons petits blancs, n’ayez pas
peur; nous vous avons Vus passer ce matin, avec
Une négresse de la Rivière-noire;
vous alliez
demander sa grâce à son mauvais maître.
En reconnaissance, nous vous reporterons chez vous sur nos
épaules.”-—Alors il fit un signe, et quatre noirs marrons
des plus robustes firent aussitôt un brancard
avec des branches d’arbres et de
lianes, y placèrent
Paul et Virginie, les mirent sur leurs
épaules; et,
—

Pomingue marchant devant
ils

mirent

eux

avec

son

flambeau,

route, aux cris de joie de toute la
troupe, qui les comblait de bénédictions, Virginie
attendrie disait à Paul: ”Oh ! mon ami! jamais Dieu
ne laisse un bienfait sans
récompense.”
Ils arrivèrent, vers le milieu de la nuit, au
pied de leur montagne, dont les croupes étaient
éclairées de plusieurs feux.
A peine ils la montaient, qu’ils entendirent des voix qui criaient: ”Estse

en

Ils répondirent avec les
vous, mes enfants?”
noirs: ”Oui, c’est nous!”—Et bientôt ils
aperçurent
leurs mères et Marie, qui venaient au-devant d’eux
avec des tisons flambants.
"Malheureux enfants, dit
madame de La Tour, d’où venez-vous? Dans quelles
ce

—-

nous avez
”Nous Venons,
jetées!”
de la Rivière-noire, où nous avons
demander la grâce d’une pauvre esclave marronne, à qui j’ai donné ce matin le déjeûner de la
maison, parce qu’elle mourait de faim, et voilà que
les noirs marrons nous ont ramenés,”
Madame de
La Tour embrassa sa fille sans pouvoir parler; et

angoisses
dit
été

vous

■—

Virginie,

—

Virginie, qui
de

sa

mère,

sentit

son

lui dit: "Vous

mouillé des larmes
payez de tout le mal

visage
me

a

Marguerite, ravie de joie, serrait
que j'ai souffert!”
mon
Paul dans ses liras, et lui disait: ”lit toi aussi,
elles
une lionne action.”
Quand
as
fait
tu
files,
furent arrivées dans leurs cases avec leurs enfants,
elles donnèrent bien à manger aux noirs marrons,
eu leur sous’en retournèrent dans leurs bois
—

—

qui

,

haitant toutes sortes de

prospérités.

AI.B1N.

Il y avait à l’association des anciens élèves de
Sainte-Barbe, dans la rue des postes, un petit écolier
C’était un fort joli
nommé Albin.
treize

de

ans,

garçon, bon camarade,

grand travailleur,
les

mais

qui

récréations,

ne
ou

11 lisait pendant
derrière le dos,
promenait tristement, les mains
une belle
le long des grands tilleuls qui forment
11 était toujours le
allée dans la cour du collège.
des prix à la lin
premier de sa classe; il obtenait
Heul’avait vu rire.

jouait jamais.
se

de l’année; mais personne ne
reusement qu’il était d’un caractère doux et comptaidevenu l’objet
saut, sans quoi le pauvre Albin lut
les
des railleries de toute la pension: mais, dans
un bon sujet; et, malgré
on
estime
classes,
toujours
fort aimé. Seuleson caractère sérieux, Albin était
ne garantit d’un
rien
écoliers
les
avec
comme
ment,
on
le
l’appelait Albin
surnom, quand
sujet y prête,
le Triste.
Albin n’avait pas de parents à Paris. Il n’allait
la
sans
en
vacances que tous les deux ans; et,
de
connu
il
n’aurait
de
congé,
promenade des jours
diliParis que le chemin du collège au bureau des
aimaient
les
et
Le principal
professeurs
genccs.
fois cherché à le
Ils avaient
tous

Albin.

plusieurs

consoler; mais, voyant qu’ils n’y pouvaient réussir,
que même des larmes

roulaient dans

ses yeux,
de sa tristesse,
lorsqu’ils l’interrogeaient
Les écoliers n’en
ils cessèrent de lui en parler.
sur les chagrins
les
maîtres
savaient pas plus que
Albin les aimait
secrets de leur petit camarade.

et

sur

tous

également:

la

cause

il n’avait pas d’ami

particulier

à

qui

il fit confidence de

ses
peines; cependant le moment
d’épancher son cœur approchait.
Un jour que la pension avait été en promenade
au Champ-de-Mars,
tandis que les écoliers jouaient

à la

halle,

à la

corde,

aux

barres,

à toute sorte de

Albin se promenait tout seul, suivant sa couturne, sur le sommet du tertre, du côté de la rivière;
il regardait tristement le cours de la Seine, songeant
au fleuve
de son pays, lorsqu’il aperçut un enfant
qui se débattait sur l'eau. Albin nageait comme un
poisson; il voit le danger du petit malheureux, court
à la rivière, s’y précipite, saisit l’enfant'par les
cheveux, au moment où il enfonçait, et le ramène
à bord.
Épuisé de fatigue, Albin pousse un cri, et
se trouve mal à côté de celui
qu’il tient encore par
les cheveux, et qui paraît lui-même privé de sentiment.
Cependant le maître et les écoliers accourent,
au
cri qu’ils ont entendu.
On porte les deux enfants dans une maison voisine, on les approche du
feu, on les frotte de flanelle et bientôt on a la joie
de les voir revenir.
L’enfant qu’Albin venait de sauver se nommait
Il avait eu l’imprudence de se baigner
Frédéric.
dans la Seine, à l’insu et malgré la défense de son
père. Sans Albin, c’en était fait de lui, il se noyait.
Lorsqu’il fut bien réchauffé, il revint à la maison,

jeux,

les larmes

yeux, avoua sa désobéissance, et
il devait la vie à un courageux
petit garçon, qui n’avait pas craint de se précipiter
dans la rivière, pour le ramener à bord.
Il conjura
son père de le mettre dans la même pension qu’Albin, disant qu’il se sentait pour lui la tendresse d’un
Le papa de
frère, et ne voulait plus le quitter.
Frédéric loua le bon cœur de son fils, et consentit
Frédéric fut donc au collège d’Albin.
à sa prière.
11 s’attacha si fort à lui, mit tant de zèle et de persévérance dans les preuves de son amitié, qu’il
obtint de lui la confidence de ses chagrins.
”AIon cher Frédéric, lui dit-il un jour qu’ils
étaient ensemble sous un berceau de lilas, à la

raconta

aux

comment

0«

F

84
maison ile campagne du collège, je vais te raconter
tu mérites que je t’ouvre mon coeur,
mes peines;
J’avais une petite sœur,
et je puis pleurer avec toi.
nommée Juliette, que j’aimais, que j’aimais.... autant
Elle n’avait que quatre
que mon père et ma mère.
Si j’étais
ans et demi, et déjà elle me chérissait.
Elle me forçait de
avec moi.
elle
pleurait
grondé,
elle sautait
manger les bonbons qu’on lui donnait,
car
rire:
me
elle
de joie quand
je n’ai pas
voyait
Je me souviens d’avoir été beutriste.
été
toujours
cela que
reux, mon pauvre Frédéric, et c’est pour
ma chère petite
l’être.
J’ai
ne
perdu
plus
puis
je
Juliette.,...” Ici Albin s’interrompit; les sanglots
lui coupèrent la parole.— "Pleurons tous deux, lui
dit Frédéric, pleurons la mort de ta chère Juliette;
”Ma sœur
je n’y sais pas d’autre consolation.”
en
Alton,
essuyant
n’est peut-être pas morte, reprit
et que je
vit,
ses
;
qu’elle
quelquefois
je
pense
yeux
nous
pourrai la revoir. Je vais t’apprendre comment
l’avons perdue: elle avait une bonne provençale, qui
la menait promener tous les jours après le dîner.
Un soir la bonne ne revint pas; on attendit, on
On parcourut la ville et les
attendit.... Personne!
environs, on fit battre le tambour, on mit des avis
dans les journaux; toutes les démarches furent inutiles ; on n’entendit parler ni de la bonne, ni de
Je ne revis plus ma chère petite Juliette,
l’enfant.
dès ce moment il n’y eut plus de bonheur pour moi.
Mon père me mit en pension à Paris, espérant que
le voyage et des camarades nouveaux me consoleraient; mais il n’y a pas de consolation possible,
puisque toi-même, mon cher Frédéric, tu ne peux
Depuis cette confidence,
que pleurer avec moi.”
Albin ne devint pas plus gai; mais il était moins
malheureux, parce qu’il pouvait causer de sa sœur.
Les vacances arrivent; au lieu de bondir _dc
au seul mot de vacances, Albin soupire en l’ai—-

—

joie

sant

son

mais

sa

cou:

il

paquet. Il va revoir la maison paternelle;
petite Juliette ne viendra pas lui sauter au
un
vêtement,
verra sa place vide à table;

/

débris de

joujou lui
qu’il espère,

fendra le cœur; et pourtant
c’est là ce qu’il va chercher
en
vacances.
”Ah ! nia bonne petite sœur! qu’il
était beau le jardin!
Qu’il sera triste et désert
maintenant!
Quelle» était verte la pelouse! Hélas!
il n’y a plus de gazon
pour Albin ! c’est partout
l’herbe de la tombe.”
Tandis qu’il s’abandonnait à
ces tristes
pensées, le moment de partir arrive; il
lin

c’est là

ce

—

—

embrasse Frédéric, et bientôt la diligence l’emporte
galop sur la route du midi. A moitié chemin
la voiture s’arrête pour le dîner des voyageurs. Albin
qui n’est pas long à ses repas, demande au conducteur s’il peut faire un tour dans la ville, en attendant qu’on se remette en route.
”Vous avez une
bonne demi-heure, mon petit ami, lui répond celui-ci ;
mais soyez exact, sans quoi nous partirons sans
vous.”
”Je serai ici avant une demi-heure,” dit
Albin ; et le voilà qui suit la grande rue pour aller
visiter une église qu’on aperçoit de l’hôtel des messageries. Tandis que, chemin faisant, Albin s’amuse
à regarder les boutiques, il voit, à la fenêtre d’un
revendeur, une petite croix d’émail bleu, incrustée
de mosaïque, dont il avait fait présent à sa petite
”Je ne me trompe
Juliette, il y avait trois ans.
pas, dit-il, c’est la croix de ma sœur: elle l’avait k
son cou le
jour qu’elle est disparue. Ah! si je pouvais.... Madame, êtes-vous la marchande!”—”Oui,
”A qui avez-vous acheté cette croix?”
monsieur.”
”Ma foi ! je n’en sais rien ; c’est notre homme
qui achète; moi, je ne me mêle que de vendre. La
voulez-vous? je vous en ferai bon marché.”
”Ah !
madame, dites-moi où est votre mari; il faut que je
La diligence va partir dans
lui parle bien vite.
il est à la vente,
une demi-heure.” •'•/'Mon mari !
”Je vous en prie, madame,
à deux pas d’ici.”
allez le chercher, que je lui parle.”
”C’est imau

—

—

—

—

—

—

—

—■

possible. Qui garderait la boutique? D’ailleurs, il
”Eh bien! indiquez-moi où
ne
peut pas quitter.”
on
fait la vente ; je vais le trouver.”
”C’est très
—

—

facile

;

chez mademoiselle Chaînon, dans le carrefour.”

86
“Mais je ne connais ni le carrefour, ni made”Vous auriez de la peine à la
moiselle Chaînon.”
est
connaître aujourd’hui ; il y a huit jours qu’elle
le
en
vous
”Je
indiquez-moi
morte.”
supplie,
"Comment! vous ne connaissez pas le
carrefour.”
carrefour à présent! vous êtes l)ien de votré pays!”

—

—

—

—

avoir encore impatienté long-temps le
de son bavardage, la commère finit par
Albin
pauvre
au carrelui montrer du doigt la rue qui conduisait
sur la boutique le nom
lu
avoir
four.
Albin, après
de la
du revendeur, ne fit qu’un saut à la maison
11 entre,
à l'affiche.
facilement
reconnut
vente, qu’il
il demande le revendeur à la première personne qu’il
C’était un fripier. ”Hé! Gros-Jean, voilà
trouve.
”Un sou
un
qui veut te parler.”
bourgeois
petit
Gros-Jean: tu veux me disle

A,>rès

—

sur

mantelet,

traire, mais

tu

répond

ne

l’auras

pas.”—Gros-Jean,

placé près de la table où l’on vendait,de
voir Albin , à cause d’un triple rang

ne

en

eilet,

pouvait

fripiers

et

sur
de commères qui, grimpés sur des chaises et
un
des bancs, formaient
gradin impénétrable. II
bout
fallut que le malheureux Albin attendit jusqu’au
le
car
fripier, piqué
l’adjudication du cruel mantelet;
du propos de Gros-Jean, oublia tout-à-fait Albin,
la nippe à son confrère.
pour disputer
Albin
Cependant, après la vente du mantelet,
des
et
mains,
qu’il parvint jusfit tant des pieds
pressé,
ncn sans avoir été piétiné,
Gros-Jean,
qu’à
lui-même fait
coudoyé de chacun et sans avoir
de leurs
dégringoler une demi-douzaine de commères
mauvaise
la
avoir
essuyé
trônes vacillants.
Après
humeur de Gros-Jean, Albin sut enfin de lui ce qu’il
avait tant d’envie d’apprendre: la croix bleue avait
deété vendue par un aubergiste de la ville qui
Albin
court.
au
Chariot-d’Or.
L’aubergiste
meurait
y
n’est pas chez lui, mais dans un jardin qu’il a près
Albin oublie l’heure, la voiture, le conde la ville.
dueteur, et ne songe qu’à Juliette. 11 vole au jarL’audin, arrive hors d’haleine et tout en eau.
était un bavard qui le retient une heure,
,

bergistc

avant d’arriver

au l'ait.
Voici pourtant ce qu’Albiu
milieu de son verbiage.
Le Chariottl’Or est l’auberge où logent les danseurs de corde
et les faiseurs de tours qui viennent à la foire tous
La troupe de l’année passée, n’ayant pu
les ans.
satisfaire l’aubergiste, a laissé des effets en payement, et la croix se trouvait du nombre, li se rappelle qu’il y avait plusieurs petits danseurs et danseuses en bas âge ; mais il ne sait pas où la troupe
est allée.

put savoir,

au

Albin,

voyant par-là

son

espérance trompée,

il y a deux bonnes heures
qu’on est parti. Albin se met à pleurer. L’hôte
des diligences lui fait espérer qu’il trouvera peutle lendemain ; Albin ne l’entend
être une place

retourne à la

diligence;
pour

pas; il sort de la ville, et cherche la solitude, pour
s’abandonner à son chagrin. Tout-à-coup il lui vient
idée qu’il croit excellente; il se souvient qu’il
une
a vu autrefois, dans l’almanach de Liège, l’indication
des foires et marchés ; il rentre dans la ville, achète
almanach de Liège; il y voit que la foire de
un
Chartres commence dans deux jours; il demande la

Chartres, et entreprend le voyage à pied.
il n’avait pas beaucoup d’argent dans sa
bourse, il ne mangeait que du pain le long du ehemin, et couchait sur la paille, tantôt dans une étable,
tantôt dans une grange.
Enfin, après un voyage
pénible de quatre jours, il arrive à Chartres vers
les dix heures du soir; il demande le champ de
foire aux premières personnes qu’il rencontre, et, tout
fatigué qu’il est, double le pas avec une nouvelle
La foire est
ardeur.
Mais, hélas, il est trop tard.
déserte; les lumières s’éteignent peu-à-peu derrière
la toile transparente qui ferme les boutiques; et la
garde silencieuse se promène à pas lents entre les
deux rangs de barraques.—"Allons, dit Albin, ce sera
il va chercher un asile pour la nuit
pour demain; et
dans l’auberge la plus voisine et la moins apparente

route de

Comme

qu’il peut
songe

trouver.
te

heureux

—

Dors, Albin, dors,

fasse

retrouver

ta

et

chère

qu’un

petite

88
pauvres parents ne dorment
diligence arriver sans toi; fa
pas ;
mère pleure, ton père te cherche, et tous les deux
disent, le cœur luise: C'est le second!
Cependant au point du jour, Albin, sur le champ
de foire, accuse la paresse des marchands et des
Il est seul, et voudrait déjà voir les dancurieux.
il compte les
seurs de corde commencer la parade;
arrivants, parcourt en tous sens la foire, et revient
Enfin, le
sans cesse à la grande loge des sauteurs.
monde arrive; le tambour, la trompette, se font entendre; Paillasse paraît. L’honorable assistance, la

Hélas!

Juliette.

ils

ont

vu

tes

la

la bouche béante et les yeux attentifs,
le tableau comique de physionomies variées,
qui s’apprêtent à rire, et préludent à la joie par des
grimaces différentes. Nous ne suivrons pas la paPaillasse y prodigua les balourdises, et son
rade.
maître les soufflets; l’un estropiait les mots; l’autre

tête

levée,

offre

profusion d’S et de T, qu’il échangeait
scrupule) arrondissait ses phrases et tranchait
Riais les plus belles choses ont
du beau parleur,
las de crier sans cesse butor et grossier
une fin:
et la
personnage, le directeur appelle la troupe,
marchand
l’habile
sur les
Ainsi
pare
range
planches.
son étalage.
Albin tressaille: il ne voit pas sa sœur, I’espérance l’abandonne, lorsqu’il entend ces mots: "Voici,
messieurs, mesdames, un échantillon de la grande
(par

une

sans

troupe des sauteurs-voltigeurs,
lireuse pour

paraître

troupe trop

ici tout entière.

nom-

Aujourd’hui,

danse de corde
par extraordinaire, grand spectacle,
et de voltige, assaut des sauteurs, pyramides, élévations, et les exercices de la jeune Américaine, un
enfant de six ans, blanche comme un lis, et qui
danse l'allemande sur la corde, avec autant de grâce
Entrez, messieurs,
que les négresses du Canada.
mesdames, suivez la foule, entrez, voyez le monde.”
Albin est déjà dans la loge, assis au premier
Oue nous importent
rang, au milieu du théâtre.
les cabrioles et les danses de tous les sauteurs?

Comme Albin,

nous

jeune Américaine.
bragée de plumes

attendons
Elle paraît

avec

impatience

enfin, la
couleurs; elle

tête

la

om-

de toutes
s’avance
le théâtre, pour saluer l’assemblée.
Albin la
voit, la reconnaît, saute sur le théâtre, et la prend
dans ses bras, eu s’écriant: ”Ma sœur!”
”Mon
frère! mon frère!” s’écrie à son tour la petite Juliette,
en
pleurant de joie.
Le directeur de la troupe, pour qui ce tableau
n’a rien d’intéressant, veut faire descendre Albin.
"Retirez-vous, petit drôle! Sortez d’ici; vous trouhlez le spectacle.”
Albin résiste, et se tournant
vers
les spectateurs: ”Au secours, messieurs, au
secours!
Cet enfant est ma sœur, que ce scélérat
nous a enlevée.
Qu’on nous conduise au maire de
la ville, et nous nous ferons reconnaître.”—Le directeur, qui voit le danger qui le menace, tente un
dernier effort pour enlever Albin et le faire sortir
par derrière le théâtre ; mais aux cris de celui-ci,
cinq ou six vigoureux paysans montent sur les planelles, et prennent les deux enfants sous leur protecUn des spectateurs quitte la loge et va chertion.
cher la garde.
Albin, Juliette, et le chef des sauteurs sont conduits devant le maire.
Albin raconte la disparition de sa sœur, la découverte de la petite croix, et la scène qui vient
La petite Juliette, en sanglotant, fait
d’avoir lieu.
aussi le récit de son histoire: Sa bonne l’avait menée promener dans un village où il y avait une fêtej
elle l’avait laissée regarder des faiseurs de tours,
Les
tandis qu’elle allait danser une contre-danse.
sauteurs l’avaient emmenée, en lui promettant de lui
donner du bonbon, et de lui montrer la lanterne
magique. Ils l’avaient fait entrer dans leur carriole
et l’avaient emportée, la menaçant de la tuer, si elle
criait.
Depuis ce temps ils avaient couru de foire
en foire, et lui avaient appris à danser sur la corde,
lis lui avaient
non
sans la maltraiter cruellement,
de plus fait les plus terribles menaces, si jamais
elle disait qü’on l’avait enlevée.
sur

—

—

Le maire dressa procès-verbal de la déclaration
Le faiseur de tours voulait nier les
des cillants.
sa
et
soutenir
faits,
que la jeune Américaine était
tille; mais le maire l’envoya coucher en prison, jusce qu’on- lui lit son procès.
Quant à Juliette

qu’à

les garda dans sa maison, jusqu’à
une occasion sûre pour les rentrouvé
eût
qu’il
vover à leurs parents, ce qui ne tarda pas à arriver.
Albin et sa sœur arrivèrent un soir à la porte de
Ils s'y
la chambre où leurs parents étaient réunis.
et

son

frère, il

ce

arrêtèrent un moment, et entendirent le papa qui
disait: ”J’ai eu beau demander à l’auberge des dilidire ce
gences et dans la ville, personne n’a pu me
Dieu tout-puissant! qu’avonsqu’il était devenu.
"l’ordre
nous fait pour être aussi malheureux?”
à la fois nos deux enfants!” s’écria la mère.
—

-—

"Nous voici, nous voici; ne pleurez pas;” et déjà
ils sont dans les bras de leurs parents, qui les
couvrent de pleurs et de baisers.
L’histoire rapporte que le directeur des dancorde fut condamné aux galères à perpescurs de
La chaîne des galériens passa par la ville
tuité.
Albin fut
où demeuraient nos chers petits amis.
la voir passer; mais Juliette refusa d’accompagner
son frère.
LES DEUX

EUERES.

Il y avait, dans un village du département des
Hautes-Alpes, un pauvre homme qu’on appelait MaeL’aîné portait
Cet homme avait deux enfants.
eel.
le nom de Jérôme, et le plus jeune se nommait
Marcel avait du bon sens, mais il n’avait
Louis.
pas reçu d’instruction, et ressentait un grand chagrin de ne pouvoir donner de l’éducation à ses (ils;
car il était
trop pauvre pour cela. Il n’y avait pas
Ne pouvant done,
d’école dans le village de Marcel.
rien faire apprendre à ses deux enfants, il cherchait
au moins à leur
inspirer des principes de piété et
de vertu.
Jérôme était fort évaporé et courait tout
Il
avec
les petits vagabonds du village.
le

jour

91
allait avec eux voler des fruits, passer par-dessus
les murs des jardins, et plusieurs fois il avait reçu
des corrections dont il ne s’était pas vanté à son
père. 11 s’accoutumait aussi par désœuvrement à
maltraiter les animaux: c’était devenu un de ses
passe-temps que d’assommer les chiens, les chats,
ou

de

casser

les

pattes

à coups de pierre.
tions se fortifiaient

poules

aux

Toutes

ces

et

aux

mauvaises

canards

disposi-

et il était
en lui par l’habitude,
un fort mauvais sujet.
facile
serait
de
prévoir
qu’il
déjà
11 n’en était pas de même de Louis ; les discours de son père faisaient une impression plus forte
11 se permettait quelle cœur de cet enfant.
sur
quefois de faire des reproches à son frère, lorsqu’il
lui voyait commettre une mauvaise action, et plus
d’une fois ces reproches lui avaient attiré des coups.
Le caractère de Louis était naturellement gai ; cependant il avait des moments de tristesse, qui étaient
causés par le chagrin d’être ignorant, et de ne
A force de
trouver aucun moyen pour s’instruire.
réfléchir comment il pourrait faire pour se tirer de
là, il lui vint une idée à laquelle il s’arrêta sur-Iechamp. 11 s’en va chez le curé du village et lui
dit: "Monsieur le curé, je suis bien malheureux.”
J’ai pourtant en”De quoi donc, mon enfant?
—

tendu dire que vous êtes un bon petit garçon, et
”Oh !
que vous valez mieux que votre frère.”
monsieur le curé, mon frère est un bon garçon
”Ou’est-ce
aussi, quoiqu’il soit un peu étourdi.”
”C’est de ne pas sadonc qui vous chagrine?”
Oh! si j’osais vous prier, monsieur le
voir lire.
de
curé,
m’apprendre à lire.... Je vous rendrais
ensuite tous les services dont je serais capable.”
Le curé fut tout à la fois étonné et enchanté
de cette demande de la part d’un enfant si jeune, et
Il conil pensa que ce serait un sujet distingué.
sent donc volontiers à ce que désire le petit Louis,
et voilà notre Louis allant tous les jours apprendre
Il ne lui fallut pas beauchez le curé.
sa leçon
savoir
lire, car il avait de très
de
pour
temps
coup
—

—

—

02
et travaillait de toutes ses forces.
Le curé le prit en affection et voulut continuer son
Il lui enseigna successivement à écrire,
éducation.
Je
à compter, un peu de géographie et d’histoire.
n’ai pas besoin de vous dire que Louis était parfaitemeat instruit en même temps des vérités de la

grandes dispositions

et qu’il avait une grande piété.
Pendant ce temps-là, Jérôme se moquait de
l’assiduité de son frère et l’envoyait promener, quand
celui-ci lui parlait d’apprendre aussi quelque chose.
Les défauts de ce jeune homme devenaient des vices
A quatorze ans, enfin,
à mesure qu’il grandissait.
il était déjà parvenu à se faire craindre et détester
dans tout le village, et n’avait plus pour toute société
qui ne valaient
que trois ou quatre mauvais sujets
frères eurent
deux
les
lui.
mieux
Lorsque
que
pas
atteint leur quinzième et seizième année, le père
Marcel les fit venir un jour devant lui et leur dit:
”Mes chers enfants, vous voici tous deux en âge de
Je ne puis vous aider pour
songer à votre fortune.
la faire, et vous savez que j’ai moi-même bien de

religion,

,

francs que
les conserver,
Je vous en donne à chacun la moitié; c’est tout ce
Allez avec cela à la
que je puis faire pour vous.
ville; tâchez de travailler, de faire fortune, et donnez-moi de vos nouvelles.
Toi, mon cher Louis, je
compte que tu te tireras d’affaire. J’ai une grande
obligation à monsieur le curé de l’instruction qu’il
t’a donnée, elle te servira partout, et tu feras ton
chemin d’une manière ou de l’autre.
Quant à toi,
mon
pauvre Jérôme, je te vois partir avec bien des

la

peine

à exister.

j’ai épargnés

comme

Voici

j’ai

quarante-huit

pu pour

vous

soucis.
Tu aurais pu faire comme ton frère, et
mériter aussi les bonnes grâces de monsieur le curé,
niais tu ne l’as pas voulu ; tu as préféré te livrer
à l’oisiveté et à la dissipation : j’ai bien peur que
tu n’ai as sujet de t’en repentir.
Enfin, mon coeur
fera les mêmes vœux pour vous deux.
Allez, mes
enfants, et soyez heureux.”
Le bon Marcel embrassa scs fils eu pleurant,

involontairement,
plus tendre.

il pressa Louis avec un mouLe curé était arrivé pendant
cette scène.
Le pauvre Louis se jeta dans ses
bras, sans pouvoir parler ni exprimer sa reconnaissance autrement que
Jérôme pleura
par des larmes.
aussi et ressentit une émotion véritable; tant il est
vrai que même les cœurs les plus
corrompus ne
peuvent se soustraire entièrement au tribut que la
nature réclame.
Enfin les deux frères s’éloignèrent,
en
se tenant
par le bras, et le père Marcel et le
bon curé les suivirent des yeux aussi long-temps
qu’ils le purent.
Louis était dans une profonde tristesse. Jérôme
eut l’air de penser quelque temps; mais il se remit
bientôt et rompit le premier le silence, en disant à
Son frère: ”Nous allons à Lyon, n’est-ce
pas?”
”Je n’en sais rien.”
”Oui, que comptes-tu y faire?”
”11 faut cependant y songer.”
”Je verrai, l’occasion me déterminera.
J’aurai le temps d’y penser
”Cela ne tardera
quand je n’aurai plus d’argent.”
pas, mon pauvre Jérôme; j’ai lu quelque part que
les enfants et les fous croient que vingt ans et
”Ah! mon
vingt francs ne doivent jamais finir.”
frère, pas de sermons, je t’en prie. Je suis assez
”A la
grand pour savoir ce que j’ai à faire.”
lionne heure, je ne dirai plus rien.
Après avoir marché toute la journée, nos deux
piétons arrivèrent le soir à une auberge, où ils résolurent de passer la nuit.
Ils étaient environ à
six lieues de Lyon, et espéraient s’y rendre le len11 y avait dans l’auberge assez de monde.
demain.
Entre autres personnes qui s’y trouvaient, Jérôme
remarqua un fourrier qui se rendait à la garnison
Ce jeune homme n’avait pas la mine
de Grenoble.
d’un fort bon sujet, aussi eut-il bientôt fait la conquête de Jérôme; car, comme dit le proverbe, qui
Au bout d’un quart d’heure
se ressemble s’assemble.
ils sont amis intimes et se content l’un à l’autre
Le fourrier, en apprenant que Jérôme
leurs affaires.
avait vingt-quatre francs dans sa poche, se lécha

et,

veinent

—

—

—

—

—

—

—

les lèvres.

C’était

un

rusé

coquin qui

en

savait

avait appris en
11 fait entendre
jeu.
garnison
à Jérôme qu’il a aussi de l’argent, et lui propose une
à repartie de cartes. Celui-ci n’était pas homme
tous les fous qui ne doutent de
comme

plus long

que son nouvel ami,
toutes les ruses du

et

qui

fuser, et,
rien, il voit déjà

fonds doublés et sa bourse
ses
Le sage Louis,
intarissable.
manière
remplie d’une
en fut
la
avait
entendu
effrayé. 11'
proposition,
qui
voulut faire une observation à son frère, mais il en
fut reçu fort brutalement et obligé de se taire.
La
Voilà donc mes deux joueurs aux prises.
En quelques tours de carfut
ne
pas
longue.
partie
se vit dépouillé de ses vingt-quatre francs,
conséquent privé de toute espèce de ressour”Prête-moi de l’argent, dit-il à Louis, afin que
ces.
”jNon ;
celui que je viens de perdre.”
regagne
je
tu n’as pas voulu écouter
fermement
Louis;
répondit
sois sourd
mes observations, tu trouveras bon que je
L’aà ta demande, et que je garde mon argent.”
initié du fourrier fut singulièrement refroidie, aussi11
tôt qu’il sentit que Jérôme n’avait plus le sou.
le quitta en lui souhaitant bonne nuit et bonne chance

tes, Jérôme
et par

—

—

pour

l’avenir,

et alla

se

coucher.

les deux frères furent seuls, Louis dit
à Jérôme : "Mon ami, je vois que nous ne pourrons
INos goûts et nos penchants ne
pas aller ensemble.
sont point du tout les mêmes, et ne sauraient jamais

Lorsque

Nous nous gênerions réciproquement.
11 vaut beaucoup mieux nous séparer et chercher
Tu as perdu l’argent
fortune chacun de notre côté.
suivre un bon convoulu
d’avoir
faute
tu
avais,
que
seil ; je ne veux pourtant pas te laisser sans resJe vais payer, sur mes
source en
nous séparant.
vingt-quatre francs, les frais de l’auberge, et nous
nous
partagerons le reste en bons frères. Ensuite
Cet arrangement convint fort
nous dirons adieu.”
à Jérôme, qui l’accepta, en remerciant avec froiIl fut fait comme l’avait
deur son généreux frère.
et
au point du jour nos deux jeunes
Louis,
proposé

s’accorder.

—

gens

s’embrassèrent, puis ils prirent chacun

une

route

différente.
pas de

fourabandonna
et prit le chemin de
Grenoble, en marchant lentement, afin de donner au
fourrier le temps de l’atteindre.
Il ne fut pas longtemps sans le voir arriver, son sac sur le dos et
”Ah ! vous voilà camarade!
chantant joyeusement.
Eh! que faites-vous donc ici ? je vous croyais depuis
ce matin
”J’ai changé
sur la
route de Lyon.”
d’idée, mon ami, je veux aller à Grenoble avec vous,
”En
et j’ai envie de servir dans votre régiment.”
vérité? eh bien! tant mieux.
Vous ctes un bon vivant et j’aime cela, moi.
Oh! nous irons bien ensemble.
Allons, puisque c’est ainsi, en avant marehe! Je vous présenterai à mon capitaine.”
Les voilà tous deux cheminant ensemble.
Ils
arrivent à Grenoble.
Jérôme est présenté, engagé,
incorporé. Il endosse l’uniforme, prend le mousquet et commence àÂaire l’exercice. Les premiers
jours tout alla assez bien; Jérôme avait touché le
prix de son engagement; il avait en même temps
gagné un peu d’argent au jeu avec quelqu’un de ses

Jérôme, qui

rier,

ne perdait
qui espérait toujours
le projet d’aller à Lyon

et

en

vue

tirer

son

parti,

—

—

—

nouveaux

camarades,

en

sorte

qu’il

ne

pensait qu’à

divertir avec cet argent, et qu’il s’embarrassait
fort peu du reste.
Cela ne pouvait pas durer ainsi bien long-temps.
La bonne humeur de Jérôme commença à diminuer
en même
temps que ses fonds; et lorsque sa bourse
fut vide, il ne trouva plus le mot pour rire. ”Morbleu! disait-il, ce n’est pas là ce que je voulais.
C’est pour m’amuser que je me suis fait soldat. Je
et monter la garde; mais
veux bien faire l’exercice

se

à condition que je
le fusil
au diable

pourrai
et la

me

divertir, sinon, j’envoie

giberne.”

—

Jérôme,

comme

le savez, s’était accoutumé à trouver bons tous
les moyens de satisfaire ses goûts.
Or, dans cette
circonstance, sans se donner la peine de chercher
s’il n’y avait pas, pour se procurer de l’argent, d’au-

vous

expédient que celui d’ea voler, il pensa que
celui-ci était le plus simple et le plus commode,
et se détermina à l’employer sans le moindre scrupule.

tre

remarqué que quelques soldats avaient
soit
peu d’argent, soit par leur économie,
en s’occupant dans la ville à divers travaux, les jours
Ces braves gens avaient tous
où ils étaient libres.
somme en réserve dans un coin de leur
une
petite
Les mauvais sujets disaient d’eux qu’ils étaient
sac.
des avares, et Jérôme pensa qu’ils méritaient bien
Un matin donc il
le tour qu’il allait leur jouer.
feint d’être indisposé et de ne pouvoir aller à l’exerPendant leur absence il fait
cice avec Tes autres.
ramasse une somme d’envides
sacs,
y
l’inspection
ron
cinquante écus, sort de la caserne, va troquer
uniforme contre une veste grise et quitte Greson
11

amassé

noble,

avait

un

en

se

jetant

dans

les chemins de

traverse

pour éviter d’être poursuivi.
11 arpenta le pays le plus lestement possible
étoile, ne vouet coucha plusieurs nuits à
les endroits où
arrêi^dans
être
à
lant pas s’exposer
il aurait pu demander l’hospitalité.
Après avoir
incommode
manière
de
cette
pendant environ
voyagé
dix jours, il arriva dans une grande ville, qu’on lui
11 résolut de s’y arrêdit être Châlons-sur-Saône.
sùter, et jugea qu’il y serait tout aussi bien en
avait
et
jusreté qu’ailleurs,
échappé
que, puisqu’il
en
que-là, il n’avait plus rien à craindre. C’était
miraculeuse que de s’être
effet une chose

libelle

presque

de la gendarmerie, qui ne
les
déserteurs
; et Jérôme était
plaisante pas
Ce succès l’entout à la fois déserteur et voleur.
dans la suite
de
continuer
il
et
se
hardit,
proposa
un
métier qu’il trouvait lucratif et qui lui paraissait
Il ne pensait pas que l’œil de la
assez commode.
justice est ouvert sur les gens de son espèce; que
l’on peut bien échapper une fois, deux fois à sa surveillance ; mais qu’à la fin il vous découvre, et qu’il
faut alors payer une bonne fois pour toutes les au-

soustrait

aux

poursuites
avec

tres.

H commença par manger

son

argent,

ce

qui

97
ne

fut pas
de

secours

long,
son

attendu que le

estomac,

jeu

pour que

vint
ce

encore au

fût

plus

tôt

fini.
Quand il se vit au bout de ses ressources, il
fallut songer à en trouver de nouvelles, en attendant
l’occasion de faire ce qu’il appelait un bon coup.
Il y avait à Châlons une troupe de comédiens
ambulants.
Jérôme s’était lié au cabaret avec un
de ses histrions, chargé de remplir les rôles de brigand dans les pièces qu’on jouait. Cet homme se
nommait Bernardin.
11 avait souvent parlé à Jérôme
des agréments de la profession de comédien; mais
celui-ci n’en avait pas été tenté, pour deux raisons:
la première, qu’il n’osait pas avouer à son ami Bernardin, était que, ne sachant ni lire ni écrire, il ne
voyait pas trop quelle sorte de rôles il aurait pu
remplir; ensuite, c’est que l’équipage misérable du
brigand ne faisait pas supposer qu’il y eût une
grande fortune à faire en marchant sur ses traces.
Un jour néanmoins il s’avisa de demander à
Bernardin s’il n’y avait pas quelques rôles dans lesquels on n’eût rien à dire; ”car, ajouta-t-il, je n’ai
point de mémoire et je ne pourrais jamais apprendre
une
”Cela ne fait rien, répondit
ligne par cœur.”
Bernardin, il y a ce que nous appelons des rôles
”En vérité? reprit Jérôme, eh bien! s’il
muets.”
manque quelqu’un de votre troupe pour cet emploi,
”Tu n’as qu’à dire;
je m’en chargerai volontiers.”
il y a une place vacante, et je te vais présenter au
directeur.”
”Touche-là, dit Jérôme, c’est entendu.”
Jérôme est présenté, le directeur lui trouve une
bonne physionomie, et dès le lendemain ou le fait
11 était vêtu en brigand et faisait partie
débuler.
Le costume
de la bande de son chef Bernardin.
lui allait à merveille: son visage avait surtout une
expression fort convenable, et voici ce qui contrihuait à la lui donner: Avant de monter sur le théâtre, il avait jeté un coup d’œil sur le bureau où
l’on vendait les billets d’entrée.
L’aspect de la recette avait excité en lui certains désirs, qui se peignaient dans ses traits et les mettaient parfaitement
—

—

—

—

7

98
rôle. Quand la représentation
le directeur lui fit compliment, et lui
ne
témoigna un grand regret de ce que sa mémoire
lui permettait pas de remplir un premier emploi.
Mais Jérôme répondit toujours que la chose était
de sa
impossible, et que cela ne dépendait pas

en

fut

harmonie

avec son

terminée,

volonté.
Toute la nuit il eut devant les yeux l’image
séduisante de la recette, et son esprit ne fut plus
beau
occupé que des moyens de se l’approprier un
11
rêva pendant un mois ou deux aux moyens
jour.
d’exécuter ce joli plan.
Après y avoir beaucoup
à
songé, il pensa qu’il n’avait pas d’autre parti

prendre
ciété

que celui

avec

lui,

d’engager le
s’esquiver

et à

receveur

tous deux

à faire
en

so-

empor-

Notre Jérôme avait flairé la probité
receveur, et comme il s’y connaissait déjà
assez bien, il crut pouvoir, en toute sûreté, se haIl l’engagea donc
sarder à lui faire la

tant la caisse.

de

ce

proposition.

en vidant une bouteille,
Jérôme lui fit part de ses vues, et n’eut pas infiniIl fut arrêté entre
ment de peine à le persuader.
la
suivant
le
eux que
grande entreprise serait
jour
Ils ne choisissaient pas mal leur jour,
exécutée.
car c’était un
dimanche, et l’on devait donner un
ne
spectacle qui
pouvait manquer d’attirer beaucoup
de monde.
Or, la chose se passa comme je vais
vous le dire.
Le caissier, ayant réalisé la valeur de tous ses
billets, fait son sac, selon l’usage, et l’emporte
s’il allait verser sa recette.
comme
Mais, au lieu
de se rendre à la caisse, il sort furtivement de la

à boire

au

cabaret,

et tout

loyalement rejoindre son compagnon, qui
quelque distance, et qu’une indisposition
supposée avait dispensé de figurer ce jour-là dans
Aussitôt qu’ils furent réunis, ils
la représentation.
ville et

va

l’attendait à

mirent à marcher bon pas, pour se mettre à
Ils coul’abri le plus promptement que possible.
lurent ainsi toute la nuit et ne s’arrêtèrent qu’au
point du jour, dans une auberge, pour y prendre
se

Jérôme ne fut pas peu efi'rayé,
vit dans cette auberge deux gendarmes qui
11 n’aavaient laissé leurs chevaux dans la cour.
vait pas oublié sa désertion, et, comme il s’aperçut

quelque
lorsqu’il

nourriture.

le regardaient avec quelque attendouta pas qu’ils n’eussent son signaleSans rien dire à son compagnon, il sort de
ment.
la salle et passe dans la cour, où se trouvaient les
11 choisit le meilleur, donne
chevaux des gendarmes.
un
coup de couteau dans, le poitrail de l’autre, afin
qu’on ne puisse pas s’en servir pour le poursuivre,
que les
tion, il

gendarmes
ne

à cheval

monte

et

à

met

se

galopper,

en

se

mo-

quant des gendarmes, qui le regardaient fuir et le
Mais la plus triste figure
menaçaient inutilement.
celle du pauvre diable de receveur. Jérôme
tandis que lui restait sans ressources et
pour otage entre les mains des genNous verrons plus tard ce qui lui arriva
darmes.
s’étre
laissé séduire par les conseils d’un
pour
était

emportait l’argent,

brigand.

,

galopa donc sur le cheval du gendarme, jusqu’à ce que la pauvre bète, épuisée de
fatigue, tomba et expira sur la place. Notre voleur
alors s’éloigna de la route et entra dans un bois,
Jérôme

Il se monpour s’y reposer et compter son trésor.
Jérôme n’en avait jamais
tait à six cents francs.
Il se crut un moment en état d’attendre
tant vu.
Cette illusion ne
tous les évènements possibles.
dura

pas

encore

ses

long-temps

car

;

tandis

qu’il contemplait

richesses, il vit paraître devant lui deux

lui mirent le
la gorge, en lui demandant la bourse
Le pauvre Jérôme jette un cri et tombe
ou la vie.
sur le dos, comme s’il eût déjà reçu quatre ou cinq
Les deux brigands le
chevrotines dans la tète.
rassurèrent en lui disant: ”Ne crains rien, ne crains
rien, nous n’en voulons qu’à tes écus et nous ne

hommes à

pistolet

te

figures épouvantables, qui

sur

ferons pas de mal.”

leur dit

Jérôme,

jours entendu

—

revenu

dire que

”Kh! que diable, messieurs,
de sa frayeur, j’avais toules loups ne se mangeaient
7*

T*y

100
J’ai l’honneur d’être des vôtres, et
pas entre eux.
vous
faites là une vilaine action de dépouiller un
”Eh bien ! dit un des brigands, si tu
confrère.”
es en effet des nôtres, tu peux t’enrôler dans notre
—

bande;

viens

avec

nous.”

—-

"Volontiers, messieurs,

pas en effet qu’il me reste rien de
je
Jérôme suivit les deux voleurs, qui
mieux à faire.”
le conduisirent dans un endroit fort épais du bois,
où se trouvaient leurs camarades; au nombre de
"Voici un nouveau frère que nous
sept ou huit.
vous
amenons, dirent les scélérats, il apporte de
et

ne

pense

—

à la masse.”
Voilà donc Jérôme enrôlé dans une bande de
Je n’ai pas besoin de vous dire, après
voleurs!
cela, tout ce qu’il fit pendant quatre ans qu’il y
Il devint un des plus
resta sans être découvert.
Au bout de peu de temps,
habiles de la troupe.
on lui reconnut de l’intelligence pour le métier , et

l’argent

il

remplit

les fonctions de

c’est-à-dire, qu’il allait

en

ce

qu’on appelle éclaireur,
épier les coups

avant pour

rendait dans une maiqualité de domestique ou
de toute autre manière, volait avec une adresse
merveilleuse, et, quand la chose était nécessaire,
préparait les voies à ses associés.
Un jour il se disposait à une expédition et
s’était introduit, comme je viens de le dire, dans un
Malchâteau où il espérait faire un coup superbe.
heureusement pour lui, un officier vint dîner au
Pendant
château, et Jérôme ne le reconnut pas.
le dîner, l’officier observait Jérôme, qui servait et
avait son assiette sous le bras.
Après l’avoir regardé quelque temps, il s’écrie tout d’un coup:
Ou’on arrête cet
”voilà un‘déserteur et un voleur!
homme.”
Jérôme, qu’un coup de foudre eût moins
épouvanté que ces terribles paroles, laisse tomber
la porte pour s’enfuir.
son assiette et s’élance vers
Mais il n’en a pas le temps; on le saisit, on l’enferme dans une chambre, et l’on va chercher la force
armée pour le conduire en prison.

qu’il

son,

y avait à faire.

s’y introduisait

—

Il

en

se

Le moment était venu où tout allait se réunir
Deux gendarmes arrivent, et l’un

contre Jérôme.

d’eux se trouve être précisément le même sur le
cheval duquel notre coquin s’était enfui après le vol
de Chàlons. Vous devinez le reste, mes chers amis;
Jérôme est conduit en prison, son procès est instruit, ses crimes sont mis au jour, il est forcé de
Mais
les avouer, et il est condamné aux galères.
ce n’est pas tout: il n’y avait pas plus de huit jours
était à Toulon, lorsqu’un galérien s’approche
lui sur le port et le regarde (ixement quelques
instants; puis, soulevant son boulet à deux mains,
il le lance, en poussant un cri terrible, dans la
”Mipoitrine de Jérôme, qu’il étend à ses pieds.
sérable, dit-il, je t’attendais ici pour me venger!
C’est à toi, c’est à tes perfides conseils que je dois
le malheur de traîner cet instrument d’infamie et de
Sans toi, je n’eusse pas été un scélérat;
douleur.
c’est toi qui m’as fait commettre le premier crime.
Mon dernier crime est un meurtre, mais je le commets pour délivrer la terre d’un monstre.”
Ainsi finit Jérôme, après avoir passé par tous
La vengeance du Ciel et des
les degrés du crime.
lois se fait quelquefois attendre; mais le coupable
ne lui échappe jamais, et elle l’atteint tôt ou tard.
Lorsque Louis se fut séparé de son frère, il
11 pensait, ehetourna ses pas du côté de Lyon.
min faisant, à Jérôme, et concevait toutes sortes de
Puis, en
craintes sur le sort de ce malheureux.
reportant ses pensées sur lui-même, il disait: ”que
Quand je serai à la ville, quelles
vais-je faire?
Je ne connais personne qui
seront mes ressources?
puisse me protéger. Tout ce que je dois espérer,
c’est d’entrer dans quelque maison pour le service.
J’aimerais bien mieux rester à la campagne et me
faire cultivateur.
Voyons, décidons-nous; il ne faut
il faut s’attacher
pas entreprendre plusieurs choses;
à une seule, et s’y livrer tout entier.”
En causant ainsi avec lui-même, il arriva près
d’une
ferme, qni consistait eh terres, bois,

qu’il
de

—

grande

et

vignes

prés.

"Voici

veilleusenient,” dit-il. Il
sente

au

qui

me

conviendrait

maison,

se

nier-

pré-

lui demande s’il u’a besoin de
"Je n’ai besoin que d’un pâtre, ré-

fermier,
—

ce

entre dans la

et

personne.
pondit le fermier, si cet emploi vous convient, vous
"Volontiers, dit Louis;
pouvez entrer chez moi.”
—

possible pour que vous soyez content
service.”
Louis est reçu, et commence à conduire les
troupeaux aux champs. Cette occupation n’était pas
fort de son goût; mais il prenait son parti et il
Ce qui le
disait: il y a commencement à tout.
de
n’avoir
c’était
désolait,
pas d’argent pour acheter
de faire divers petits
11
livres.
imagina
quelques
il eut soin de ne pas
ouvrages pour en gagner, et
toucher à ses gages, afin de les réserver pour cet
un
grand espoir. Du
usage, sur lequel il fondait
reste, il mit tant de zèle et d’intelligence à soigner
les bestiaux confiés à sa garde, que le fermier ne

je

ferai

de

mou

mon

put s’empêcher de le remarquer. Il n’y avait jamais
une bête malade; les étables étaient propres et saines,

les litières toujours renouvelées et bien tenues. Ce
fut au point que, si Louis eût voulu se placer dans
il eût été recherché et bien payé.
une autre ferme,
Mais il avait souvent ouï dire qu’il y a toujours plus
de profit à rester où l’on est, qu’à courir de droite
D’ailleurs son cœur était trop reet de gauche.
connaissant pour oublier à qui il devait le premier
asile qu’il eût trouvé.
Aussitôt qu’il le put, il écrivit à son père pour
Il écrivit aussi à son
lui faire part de sa position.
confia ses projets et
et
lui
instituteur,
respectable
Le bon curé n’eut pas plus tôt
ses espérances.
de lui
reçu la lettre de son élève, qu’il s’empressa
trois ou quatre livres d’agriculture qu’il
possédait. Il serait difficile de peindre la àjoie qu’éles étu11 se mit
prouva Louis en les recevant.
dier avec ardeur; il les importait aux champs avec
lui, et tandis que les troupeaux paissaient, il était
envoyer

103
assis sous un arbre, lisant comme un savant dans
son cabinet.
Au bout de deux ans, le fermier Berthaud, son
maître, lui dit: ”Mon cher Louis, je suis content
Je t’ai beaucoup d’obligation pour le bien
de toi.
Je sais qu’on t’a .fait
que tu as fait à mon bétail.
des propositions avantageuses et que tu les as refuJe veux te faire les mêmes avantages qui
sées.
t’ont été offerts.”
”Je suis bien reconnaissant de
vos
bontés; mais j’aurais une autre chose à vous
Je
proposer, si vous avez de la confiance en moi.
sais des moyens pour augmenter beaucoup le revenu
de votre ferme. Laissez-moi pendant un an gouverner
les travaux.”
Après quelque hésitation, le
fermier y consentit.
Louis commença donc à régir les terres de son
—

—

connaissances en
dans le domaine,
ni friches
jachères; toutes les terres furent en
plein rapport; il ne fut plus question de les laisser
reposer sans rien produire, mais de les cultiver avec
soin, d’en tirer le plus grand parti possible, d’em-

maître,

à mettre

et

agriculture.

Il
ni

n’y

à

profit

eut bientôt

ses

plus,

Louis
les meilleurs engrais.
que l’on ne connaissait
pas encore dans le pays. Le fermier Berthaud, qui
avait tenu jusqu’à ce moment à son ancienne routine, ne voyait pas sans crainte les expériences du
jeune agriculteur; néanmoins il comptai! tellement
sur son talent, qu’il le laissait faire en dépit de ses
propres craintes et des discours railleurs des autres
fermiers du canton.
JMais lorsqu’au bout de l’année il vit les succès des travaux de Louis et que le revenu de sa
ferme se trouva augmenté du tiers ou du quart, il
sauta au cou de Louis en l’embrassant de tout son
Les autres cultivateurs, à leur tour, regarcœur.
dèrent cela avec étonnement et avec un peu d’envie.
”11 ne tient qu’à vous, leur disait le bon jeune
homme, d’en faire autant et de jouir des mêmes
avantages. Vous avez un terrain bien riche et qui
industrie

ployer

avec

fit des

prairies artificielles,

—

donnera tout ce que vous lui demanderez ; saLes
chez seulement le faire valoir ce qu’il vaut.
plus grands trésors de la France sont dans l’indusc’est l’agriculture qui peut
trie des cultivateurs;
faire de ce pays le pays le plus riche de la terre.
Si les Français étaient sages, ils tourneraient tous
leurs soins de ce côté, et ils auraient fait beaucoup
Sachons mettre en
pour être puissants et riches.
rapport ce fonds inépuisable que la nature nous a
écoutons les conseils que nous donnent les
vous

légué;

hommes éclairés, et ne faisons pas le sacrifice de
notre fortune à de vieux préjugés, à d’anciennes
routines.”
Le fermier Berthaud ne savait comment témoiAu bout de l’année
gner sa reconnaissance à Louis.
d’essai, il lui avait donné de forts appointements,
dont Louis, en bon fds, faisait passer la plus grande
partie à son vieux père. 11 lui écrivait régulièrement,
ainsi qu’au respectable curé, de qui il tenait cette
éducation, source de sa prospérité. 11 n’avait, dans
sa
position, qu'un seul chagrin, c’était d’ignorer le
sort de son frère Jérôme; et c’était cependant un
bonheur pour lui de l’ignorer, puisqu’il n’aurait eu
•

qu’à

rougir.
Cependant

en

achetait des
était

jolie.

fermier gagnait de l’argent et
Il avait une fille unique qui
A l’époque où Louis vint à la ferme
le

terres.

elle était âgée de quatorze ans, et il ne lui manquait alors qu’un peu d’instruction pour être une
Louis obtint de son maître
charmante personne.
la permission d’enseigner à la jeune Annette le peu
qu’il savait. Le fermier Berthaud s’aperçut de l’inclination que les deux jeunes gens éprouvaient l’un
Il y avait environ
pour l’autre sans se l’avouer.
cinq ans que Louis faisait prospérer la ferme, lorsque Berthaud lui dit un jour: "Louis, tu m’as rendu
des services et je n’ai pu les reconnaître autrement
qu’en te traitant comme mon fils: Veux-tu le deveMa fille t’aime, elle te plaît, je te
nir tout-à-fait?
Ces mots rendirent Louis presque fou
la donne.”

AnII ne se possédait plus de joie.
de bonheur.
On
nette consentit sans peine à cet arrangement.
fit venir le vieux Marcel pour assister aux noces, et
Tout se passa
le bon curé voulut en être aussi.
joyeusement. Notre cher Louis était au comble du
bonheur.
Lorsqu’il eut son père auprès de lui, il
consentir à le laisser repartir, et
ne voulut plus
Berthaud joignit ses instances à celles de ce bon

fils.
”Tenez, disait-il, père Marcel, nous sommes
vieux tous deux; restons ensemble l’un près de l’autre, pour être témoins du bonheur de nos enfants.
D’ailleurs, ce ne sera pas chez moi que vous demeurerez: nous allons être tous les deux chez votre fils;
—

car
ne

tout
veux

qui est ici, c’est
plus me mêler de
ce

à

ces

rien.”

jeunes gens, et je
Le père Marcel

avait les larmes aux yeux; il ne demandait pas mieux
de Berque de vivre ainsi en famille, et le discours
thaud acheva de le déterminer, et de faire taire sa

délicatesse.
Ainsi Louis, à vingt-cinq ans, se trouva l’époux
d’une femme charmante, le soutien de son père, maltre de quelques hectares de bonne terre, et fermier
Ce fut à cette époque qu’il
d’une excellente ferme.
éprouva cependant un grand chagrin. Le bruit de
la mort honteuse de son frère se répandit partout
Cet évènement terrible fut
et parvint jusqu’à lui.
le seul nuage qui troublât le bonheur de Louis, mais
il le troubla d’une manière cruelle.
Lorsque Louis se vit tout-à-fait le maître, il
osa faire plus encore
qu’auparavant. Au bout de
trouva considérablement
se
d’années
sa fortune
peu
augmentée. Il serait difficile de se représenter un
Ses enfants, élebonheur plus parfait que le sien.
vés par ses soins dans tous les sentiments d’honneur

probité, qu’il a professés lui-même, donnent
plus flatteuses espérances. H est heureux père,
il est fortuné, parce qu’il
parce qu’il a été bon fils;
et de

les
a

été

laborieux et

honoré, parce qu’il
pays.

industrieux;
est bon

il est considéré et
et utile à son

citoyen

IjE

ventriloque.

Le village de Hopfield est par excellence le
séjour du commérage et de la médisance ; là chaque
touche est une trompette, chaque habitant est un
la
écho; chuchotez le matin un secret à un bout de
le
vous l’entendrez répéter partout;
soir
et
paroisse,
l’amitié même est indiscrète, et les amis ressemblent
à des verres fêlés qui ne peuvent rien retenir.
—

Si

vous

de votre

quelque complaisance
plus demeurer à Hopfield, car
instant à perdre pour les autres;

voulez obtenir

voisin, n’allez pas

non

là personne n’a un
mais que par hasard une voiture ou un cheval trala place, qu’une voix crie balais à vendre,
verse
et vous verrez chacun abandonner son travail et
courir à sa porte; car l’on est aussi curieux que
médisant à Hopfield, et l’on y est aussi économe de
sou
temps que lorsqu’il s’agit de rendre service.
Par une chaude soirée d’automne, Peggy Mul-

sur le seuil de sa cabane,
les
de
bas,
jeta tout-à-coup de côté et
paire
s’avança vers le milieu de la rue pour voir où son
Or, elle aperçut
voisin, Zoé Willis, courait si vite.
bientôt une grande foule d’hommes, de femmes, d’enfants, qui vinrent de l’autre bout du village, et au
milieu un ours noir qui marchait nonchalamment

liers, qui raccommodait,

une

un bateleur.
dans
blanche
redingote
fermer deux fois; un

conduit par

Celui-ci portait

grande

une

laquelle il eût pu
gilet trop court, en

se

ren-

divorce
chemise

pantalon, et qui laissait passer une
vieille en lambeaux ; des boites à revers auxquelles
il ne manquait que la semelle, et un chapeau gris
depuis long-temps veuf de sa bordure. Un jeune
à sa tête,
garçon en blanc et à l’air affame' marchait
soufflant dans un grand flageolet, et battant si vigoureusement sur un tambourin, que, seulement à l’enArrivé
tendre, tous les pieds battaient la mesure.
devant le Lion-Range, seule auberge du village, le
bateleur s’arrêta ; il fit faire le cercle autour de lui,
ordonna à Bruin, son ours, de se mettre debout ;

avec son

—

107
brandissant son bâton sur la tête de l’animal,
il commença à danser avec lui, faisant des passes
et prenant des poses que Bruin imitait de la manière
la plus pittoresque.
On pense si les habitants de
étaient
et si la foule riait de
heureux,
Hopfield
bon cœur.

puis,

Un

ventriloque de joyeuse humeur, qui se trouau
Lion-Rouge, regardait par une fenêtre
ce
Arrivé depuis le matin, il
spectacle bouffon.
avait déjà été à même de reconnaître la crédulité
et l’ignorance des habitants de Hopfield; l’idée lui
vint en conséquence de se servir de son adresse
Il descendit parmi
pour s’amuser à leurs dépens.
les spectateurs, et profitant d’un moment où le fiageolet et le tambourin se taisaient, il s’approcha du
bateleur. "Votre ours parle sans doute?” lui dit-il sévait alors

rieusement.— Le bateleur le regarda finement, haussa
les e'paules, et répondit avec brusquerie: ”Ma foi,
C’est ce que le
interrogez-le et vous le saurez.”
ventriloque attendait. Il fit un pas vers Bruin, mit
ses deux mains dans ses goussets, comme un homme
qui se prépare à faire le plaisant, et dit à l’ours
d’une voix goguenarde : ”Tu danses comme un sujet
De
de l’Opéra, et je t’en fais mon compliment.
Une voix qui
quel pays es-tu, mon gentleman ?”
semblait sortir de la gueule de l’ours, répondit: ”Des
—

—

en Suisse.”
Nous n’essaierons point de dépeindre le saisissement de la foule; chacun resta frappé d’étonnement et d’effroi; mais la stupeur du bateleur était
ces
à peindre au milieu de toutes
figures cons11 ouvrit ses grands yeux hébétés, ouvrit
ternées.
et demeura aussi
sa grande bouche vide de dents,
immobile que si ses pieds eussent pris racine. Le
ventriloque se détourna vers lui : ”Votre ours parle
fort bien l’anglais, dit-il, et c’est à peine s’il lui reste
Puis s’adressant de
un peu d’accent helvétique.”
nouveau à Bruin : ”Tu as l’air triste ?” observa-t-il
”Les brouillards de l’Angleterre m’ont
avec intérêt.
Ici la foule
donné le spleen,” répliqua l’animal.

Alpes,

—

—

—

XZ7
108
commença à s’éloigner de quelques pas,
loque continua: ”Y a-t-il long-temps que

Le ventri-

tu appar"Assez long-temps pour que
”Est-ce qu’il n’est point bon
j’en sois ennuyé.”
”Oui ! bon comme un forgeron
avec toi, Bruin?”
”Et que veux-tu faire pour
avec son enclume.”
”Un de ces matins je le mangerai
te venger?”
A ces mots,
comme une rave à mon déjeûner.”
la foule effrayée laissa un large espace entre elle et
Le bateleur éperdu voulut tirer à lui la
l’ours.
chaîne de Bruin; mais l’animal ennuyé fit entendre
Le ventriloque n’en attendit
un sourd grognement.

tiens à ton maître?”

—

—

—

—

—

—

pas

davantage;

lui-même,

et

il

prit

enfonça
sa

épouvantée l’imita,
courant

comme

son

course

et

se

chapeau, tourna sur
l’auberge; la foule

vers

dispersa

si elle eût

eu

de tous côtés

l’ours

à

ses

en

trousses.

Le ventriloque, arrivé au Lion-Rouge, regarda en
riant les fuyards se perdre dans les différentes rues
du village, tandis que la cause de tout ce désordre,
Bruin, tranquillement assis sur son derrière, semblait jeter un regard insouciant et philosophique sur
toutes ces terreurs qui s’agitaient autour de lui.
se trouvant à la
Le soir même, le

ventriloque,

porte

de

l’auberge,

où

beaucoup

d’habitants s’étaient

de l’aventure du matin avec
force amplifications et commentaires ; il pensa que
la plaisanterie avait été poussée assez loin, et expliqua en riant comment la chose s’était passée.
On l’écouta d’abord avec curiosité; mais lorsqu’il
eut fini, les anciens secouèrent la tête d’un air in-

réunis, entendit

crédule.
murmura

causer

”Ceci est bon à faire croire à des enfants,
la vieille grand’mère Grift’y, mais non à

qui ont de l’expérience. Ce n’est point la première fois que des animaux parlent, comme on peut
le voir dans' la Bible à propos de l’àne de Biléam.
Du reste, l’almanach avait prédit cet évènement en
trois jours avant,
annonçant que vers la mi-août
il se passerait dans le monde
ou trois jours après,
Le ventriloque
quelque chose de merveilleux.”
insista, et voulut donner la preuve de ce qu’il avanceux

,

—

çait;
qu’il

mais la foule s’éloigna
voulait la tromper.

avec

défiance, persuadée

L’aubergiste, qui avait tout observé d’un œil
rusé et avec un sourire narquois, s’approcha alors
du mystificatenr déconcerté, et lui dit: "Milord ne
devrait point s’étonner de ce qui arrive; les contes
sont toujours mieux accueillis de la foule que les
Sa seigneurie a voulu plaisanter des rusréalités.
ont pris la plaisanterie au sérieux;
paroles ne pourront maintenant persuader
les habitants de Hopfield que l’ours Bruin n’a point
parlé. Si milord voulait me permettre une réflexion,
je lui dirais que ceci prouve une chose: c’est que le
plus souvent il ne dépend plus de celui qui a répandu
dans le public une opinion absurde ou dangereuse

tres, et ceux-ci
toutes les

de la détruire, même

LA

en

faisant connaître la vérité.”

LOURDE

CROIX.

Un caractère envieux et mécontent est
l’homme une cause perpétuelle de souffrance;

poison jeté

un

attachée à

sa

sur

ses

plus

chaussure,

douces joies,
il sent

et dont

une

la

pour
c’est

épine
piqûre

Robert Hope
nouveau
pas dans la vie.
Samuel Hullins habitaient porte à porte depuis
plus de douze ans: il est probable que les voisins
auraient vécu dans une parfaite intelligence, si Samuel, qui avait servi sous l’amiral Nelson, n’eût
à

chaque

et

une
petite pension qu’il avait
Cette
la
d’une
de ses jambes.
perte
payée par
jambe de moins et cette pension de plus étaient
pour Robert un motif continuel de jalousie il accusait le sort de lui avoir laissé ses deux pieds, et il
se plaignait amèrement à Dieu de n’avoir pu, comme
il le disait, vendre ses jambes au même prix que
Hullins. Toutes les fois qu’il allait payer son loyer,

gagné

il

à

Trafalgar

que son voisin était bien
état de solder une redevance
le roi lui faisait une bonne pension , tandis
pauvre hère, avait graud’peine à nouer les

répétait

en

grommelant

heureux; qu’il était

puisque
que

lui,

en

l’année sans laisser en dehors des
se contenta d’abord de faire ses
Robert
créanciers.
réflexions tout bas, et de s’adresser à lui-même ces
doléances ; mais peu-à-peu son mécontentement s’exhaprima plus baut, et ce fut bientôt son thème
de
conversation.
et
favori
bituel
Une semaine qu’il s’était laissé arriérer pour
la maison loyer, et qu’il s’avançait tristement vers
sur
son de M. Taylor afin de lui faire ses excuses
de

deux bouts

ce

retard, il

rencontra le voisin

Hullins, qui

était

aussi régulier qu’une horloge pour sa rente et qui
La vue seule de Samuel faisait
venait de la payer.
Robert l’effet d’une maladie; aussi, quand il
sur
baissa la tête en réponse au salut d’Hullins, son
regard ressemblait-il singulièrement à celui d’un tauArrivé chez
reau qui montre ses cornes à un chien.
le propriétaire, Hope ne manqua point d’être réprimandé : on lui cita l’exemple de son voisin qui payait
toujours régulièrement, et jusqu’au dernier penny.
”Oui, oui, murmura Robert; il y en a qui naissent
la bouche pleine d’argent; Hullins est bien heureux,
lui, et je ne m’étonne pas que l’on paie régulièrecomme la sienne.”
on a une
ment

pension

quand

"Hullins
mais

a

son

une

pension,

infirmité est

—

vrai, reprit M. Taylor,
lourde croix, et, si vous

il est

une

étiez affligé, vous vous plaindriez bien davantage.”
”Non pas, répondit Hope; si j'avais été assez
heureux pour perdre une jambe, comme lui, il y a
fameusevingt ans, c’eût été pour moi une journée
Je vendrais tous mes membres
ment productive.
en

—

Diable! vous appelez
que Samuel.
de chêne une lourde croix?..... moi je
La
la lui rendre légère.
pense que sa pension doit
d’être
c’est
connaisse
obligé
plus lourde croix que je
de travailler sans cesse pour solder son loyer.”
M. Taylor était un homme de joyeuse humeur,
11 avait remarqué depuis
mais bon observateur.
et il rélong-temps l’envieuse disposition de Robert,
solut de le convaincre que la plus légère croix deau

même

sa

jambe

prix

venait bientôt pesante pour

un

esprit

mal

fait

—

Hl
”Je vois, dit-il à

dispose

à

empter de

ne

rien

Hope,

que

vous

êtes

parfaitement

faire; eh bien, je puis

vous

ex-

de travail dont vous vous
plaignez si douloureusement. La croix de votre voisin Samuel est bien facile à porter, dites-vous?....
Voulez-vous en accepter une beaucoup plus légère,
et je m’engage à vous tenir quitte de votre rente?”
”Mais quelle espèce de croix me mettrez-vous sur
l’épaule?” demanda avec inquiétude Robert, qui craignait que la proposition ne fût pas acceptable.
"Celle-ci, dit M. Taylor en prenant un morceau de
craie et traçant une croix blanche sur l’habit de Rocette

obligation

—

—

tout le temps que vous la porterez,
demanderai pas un penny de votre loyer.
pensa d’abord que son propriétaire voulait plaisanter; mais s’étant assuré qu’il parlait sérieusement:
”Par Saint-George! s’écria-t-il, vous pouvez dire que
vous avez vu mon dernier argent, car je suis disposé
Robert sortit
à porter une telle croix toute ma vie.”
aussitôt en se félicitant de son bonheur, et tout le
long du chemin, il rit en lui-même de la folie de
M. Taylor qui le rendait quitte de sa rente à si
bon marché.
11 n’avait jamais été en si joyeuse disposition
qu’au moment où il rentra chez lui ; aussi ne trouvat-il à redire sur rien, et son chien vint s’asseoir à ses
pieds sans qu’il songeât à le punir de sa familiarité.
Comme il s’était assis en arrivant, sa femme n’avait
point d’abord remarqué la croix blanche qu’il avait
sur
l’épau!e;mais ayant passé derrière son mari pour
remonter le poids de sa pendule à coucou, elle s’écria tout-à-coup d’une voix aigre: ”Eh ! grand Dieu,
Vous avez là sur le
Robert, où êtes-vous allé?....
dos une croix longue d’un pied: vous venez sans
doute de la taverne, et quelque ivrogne de vos amis
vous
aura joué ce tour pour vous donner l’air d’un
comme si vous aviez besoin d’un accounigaud
trement ridicule pour cela !.... Levez-vous, et restez
"Arrière!
tranquille, que je brosse cette croix!”
s’écria Hope en s’écartant vivement ; mes habits n’ont

bert; pendant

je ne
Hope

vous

....

—

112
allez tricoter vos bas, et laissez
”Cela ne sera point! s’écria
misfress Hope d’une Voix encore plus perçante; je ne
veux pas que mon mari devienne la risée du village,

pas besoin de
veste

ma

vous ;

repos.”

en

—

dussé-je mettre en pièces votre habit, vous ne
garderez point cette croix ridicule. En parlant ainsi,
la ménagère s’efforçait de brosser l’épaule de Ro-

et

bert

; et

celui-ci, qui savait que

toute résistance eut

blasphémant, et repoussa la
violence.
"Quelle furie! murmura-t-il en s’éloignant; si elle avait été plus douce,
je lui eusse appris quel bonheur m’était arrivé: mais
”Oh! Oh! Roelle ne mérite pas de le savoir.”
bert, cria le vieux Fox au moment où Hope tournait
le coin de sa maison ; qu’est-ce donc que cette croix
"Mêlezblanche que vous portez sur le dos ?”
été inutile, s’enfuit

porte après

lui

en

avec

—

—

—

vous

Hope

de

vos

propres habits,” répondit insolemment

continuant

en

route.

sa

—

"Monsieur

Hope,

petite Patty Steevens, la tille de l’épicière;
moment, s’il vous plaît, que j’efface la grande croix

dit la
un

que l’on

vous

a

faite

sur

l’épaule.”

—

"Allez vendre

paresseuse, répliqua Robert, et ne
La petite
occupez point de ceux qui passent.”
fdle, tout interdite, se hâta de rentrer dans la boutique de sa mère.
Dans ce moment Ilope arrivait devant la maiforson du boucher, qui causait sur le seuil avec le
êtes justement l’homme
"Vous
voisin.
son
geron
dont j’avais besoin,” dit celui-ci en arrêtant Robert ;
vos

vous

harengs,

—

et il

se

mit à lui

parler d’affaires;

mais à

peine

avait-il commencé, que la vieille Peggy Turton
arriva habillée de son plaid bariolé et de son tablier
"Jésus ! monsieur Hope, s’écria-t-elle en
bleu.
rassemblant son tablier dans ses mains, c’est une
Robert se détourna pour
horreur que votre dos!”
lui répondre de le laisser en repos; mais le'forgeron
"Par
aperçut alors la marque faite par M. Taylor.
le ciel! regardez, dit-il en riant, il pourrait servir
”Je
au cabaret de la Croix-Blanche.”
—

—

—

d’enseigne

—

115

ajouta le boucher, que sa femme lui a mis
sur
l’épaule de peur de le perdre.”
Hope sentit qu’il n’y avait pour lui qu’un seul
moyen d’échapper en même temps au tablier de Peggy
et aux plaisanteries du boucher et du
forgeron ; aussi
se hâta-t-il de
vider la place, non sans avoir traité
suppose,
ce

signe

la bonne femme de vieille sorcière et
sins de fous désœuvrés; mais la croix
sur

peser

son

épaule plus qu’il

ses

deux voi-

commençait

à

l’avait d’abord
supposé. Du reste, le malheureux Robert semblait
destiné ce jour-là aux fâcheuses rencontres; car à
peine eut-il fait quelques pas qu’il se trouva en face
de l’école.
Da classe finissait, et les écoliers s’élançaient dans ce moment sur la route, disposés à profiter de toutes les occasions
d’espiègleries qui se
présenteraient. Hope fut pris d’une terrible inquiétude, et il lui semblait déjà entendre des huées s’élever derrière lui.
Ses craintes ne tardèrent
pointa
se
réaliser; à peine eut-il dépassé la porte de l’école
qu’un long cri de moquerie s’éleva, et que cinquante
écoliers au moins se mirent à le
poursuivre en le
montrant au doigt, et en faisant voler en l’air bonnets

et

l’un, il

casquettes.
a

—

ne

"Regarde, regarde,

l’air d’un mouton
”Ne vois-tu pas,

marqué

s’écriait
pour la bouche-

rie.”
répondait un autre, qu’il
vient de se faire croisé, et
qu’il part pour la Palesfine?”
Et les huées et les éclats de rire de recommencer
plus fort.
Hope devint pâle de colère;
il se détourna comme un
dogue hargneux poursuivi
se
fût-il cruellement
par des enfants, et
—

—

vengé

peut-être
jeunes persécuteurs,

si M. Johnson,
maître d’école, ne se fût tout-à-coup montré à la
porte de sa maison. Robert s’avança vers lui en se
plaignant que sa classe ne fût composée que de vauM. Johnson lui répondit douceriens et d’insolents.
ment qu’il ne voudrait pour rien au monde encourager l’impertinence de ses élèves; mais que la croix
blanche qu’il avait sur le dos pouvait faire rire des
”Que vous
gens plus sages que des écoliers.
sur

ses

le

•—

importe

cette croix?

répliqua

Robert d’un ton bar8

.

114
mon dos n’est-il donc plus ma propriété?”—Le
maître d’école s’inclina en souriant, et Hope continua
Mais la croix était de plus en plus
chemin.
son
lourde à ses épaules.
11 commença à penser (ju’il ne lui serait point
si facile de rester quitte de son loyer envers M. Tay-

gneux;

Si tant de railleries l’accablaient déjà, que selor.
rait-ce donc lorsqu’on saurait la cause du bizarre
ornement qu’il portait; autant eût valu que son propriétaire lui attachât au dos une quittance générale.
Tout en réfléchissant ainsi, Robert arriva près de

la taverne; il allait passer outre, lorsqu’il aperçut M.
Taylor lui-même à quelques pas, et de l’autre côté
son voisin Hullins traînant sa jambe de bois, et eau-

Harry Stoke, le charpentier. Harry Stoke
esprit du village, et pour rien au monde
voulu
être plaisanté par lui devant Huln’eût
Hope
11 se réfugia donc dans la taverne; mais la
lins.
place ne fut pas long-temps tenable. Les buveurs
ne tardèrent point à apercevoir la croix et à railler
Hope qui se fâcha ; la querelle s’anima, et l’aubergiste, craignant quelque rixe sérieuse, lit mettre Ro-

sant

avec

était le bel

Celui-ci avait
la porte par ses garçons.
maison dans l’intention d’aller examiner de
l’ouvrage qu’on lui proposait au village le plus voisin ; mais son esprit avait été tellement bouleversé
le boupar le vieux Fox, Patty Steevens, le forgeron,
bert

à

quitté

cher,

sa

Peggy

Turton et les écoliers,

à revenir chez

plus tranquille.

Avez-vous

bre,

une

lui, pensant qu’après

qu’il

se

décida

tout il y serait

dans le mois de septemdernière de la couvée, atde feu, et cherchant à s’enfuir
traînant une aile blessée?...

jamais vu,
jeune perdrix, la

teinte par un coup
dans le chaume, en
Tel était Robert en regagnant sa maison placée à
Parfois il marchait rapidel’autre bout du village.
ment pour u’être point atteint; parfois il ne faisait

qu’un pas par minute afin de ne point dépasser quelqu’un qu’il avait aperçu devant; tantôt dans le ehemin, tantôt dans les champs, il

se

glissait

derrière

115
les

buissons,

avec

rasant les murs, et
fuyant les regards
autant de soin
qu’un Bohémien qui a volé une

poule près

de la grange d’un fermier.
Dans ce moblanche était, pour lui d’une
pesanteur

ment la croix

insupportable.
Entiii

pérait

pourtant

il

atteignit

cette fois trouver

([ne sa femme
”N’est-ce pas

sa demeure, et il esMais dès
peu de repos.
elle se mit à lui crier:

un

l’aperçut,

—

honte que vous reveniez comme
vous êtes
parti? Cinq ou six de nos voisins m’ont
déjà demandé si vous aviez perdu la raison... Et
vite, laissez-moi passer ma manche sur cette croix.”
”N’approche pas, femme! s’écria Robert exaspéré.”
"Quand je devrais perdre mon àme, vous ne resune

—

—

terez pas

ainsi, Hope; je ne veux pas que ceux
qui m’appartiennent se rendent ridicules.
Quittez

cette

veste; quittez-Ia

sur-le-champ, vous-dis-je.” En
mistress Hope voulut saisir le bras de
son mari; mais celui-ci la
repoussa rudement; mistress Hope, qui ne brillait
pas par la patience, riposta par un soufflet, et il en résulta un véritable
combat entre les deux
époux, au grand scandale des
voisins qui accoururent
pour les séparer.
Il va sans dire
que tout le monde donna tort

parlant ainsi,

à

Robert, qui brava d’abord

la réprobation
géuérale,
la force de caractère dans sa fureur
elle-même: mais plus un feu brûle avec
impétuosité,
plus vite il consume ce
l’alimente de même les
et

trouva de

qui

;

gens passionnés épuisent bientôt leur énergie par la
violence de leurs émotions.
Robert, devenu

calme,

lutte

ne

se

aussi

d’espérance

sentit

point

pénible,

de

il

le courage de continuer

comprit qu’il n’y

avait

plus

une

plus

repos pour lui, soit au dehors, soit
propre maison, aussi long-temps qu’il porcette croix sur ses habits, et il se décida
à
l’effacer le soir même de son
propre mouvement.
Le lundi suivant, il se rendit de bonne heure
chez
son
propriétaire, le loyer de sa semaine à la main.
’lAh ! ah ! Robert, dit M.
Taylor dès qu’il l’aperçut, je pensais bien que vous ne tarderiez
pas à

dans
terait

sa

—

8*

vous

repentir

de votre marché.

Ceci est

une

bonne

leçon pour les caractères envieux et impatients, qui
se
plaignent sans cesse de Dieu et de la vie. Rap*
pelez-vous ceci à l’occasion, sire Hope: celui qui
nous a créés, a
proportionné les épreuves aux forNe vous plaignez plus d’être moins
ces de chacun.
heureux que les autres,

car

vous

ne

savez

point

ce

Toutes les croix sont lourque souffre le voisin.
des; ce qui les rend légères, c’est la patience, le
courage et la bonne volonté.”
SIXTE

Sixte V est

un

de

ÇUUVT.

ces

hommes extraordinaires

peut inspirer l’am1521 dans un village de la
appelé les Grottes, près du château de Montalte, dont il prit le nom dans la suite.
Son père était un pauvre vigneron qui, ne pouvant
nourrir sa famille, mit le petit Félix Peretti, c’était
le nom de Sixte, chez un laboureur des environs.
Les occupations les plus viles furent celles dont
on le
chargea; il eut soin des pourceaux, et les
qui

nous

montrent

11 naquit
bition.
marche d’Ancône,

tout

ce

que

en

Une circonstance bien simple
conduisit aux champs.
Un jour qu’il s’acquitle tira de cet abaissement.
tait de son emploi ordinaire, un cordelier conventuel
vint à passer, et demanda le chemin qu’il devait
prendre pour aller à Ascoli. Le jeune Félix quitta
aussitôt son troupeau, et marcha devant lui pour le
Dans la route le cordelier le questionna,
conduire.
et fut si satisfait de ses réponses et de la vivacité
de son esprit qu’il lui proposa de venir avec lui dans
le couvent.
Félix ne demandait pas mieux; il lui

répondit, avec une hardiesse mêlée de modestie, qu’il
le suivrait non-seulement jusqu’à Ascoli mais jusLe religieux, étonné de la
qu’au bout du monde.
fermeté et de la résolution de cet enfant, résolut
de le mener avec lui, mais il lui dit auparavant
d’aller

ramener

son

troupeau chez

venir ensuite le trouver

dans le

son

maître, et.de

couvent

de Saint

■

117
François d’Ascoli. Félix, qui ne le voulait point perdre
de vue, lui répondit que ses bêtes avaient coutume
de s’en retourner toutes seules, sitôt
que la nuit
s’approchait, et continuant toujours son chemin, ils

arrivèrent ensemble sur la fin du jour au monastère
des Cordeliers.
Ce fut là que Félix fit ses études.
11 répondit si bien aux soins
que l’on prenait de
lui, que lorsqu’il fut parvenu à un âge convenable,
on le
revêtit de l’habit de cordelier.
En peu de
temps il devint bon grammairien et bon logicien.
Les talents et les progrès
rapides qu’il fit dans ses
études, lui valurent la faveur de ses supérieurs et
la jalousie de ses confrères ; son humeur indocile

violente contribuait beaucoup à l’aversion
qu’on
lui portait.
Il savait faire sa cour à ses maîtres,
mais il semblait prendre
plaisir à exciter la haine
de ceux qui ne
pouvaient rien pour son avancement.
II irritait toujours ses
compagnons par ses railleries,
et leur disait sans cesse avec un air
moqueur:
Veux-tu disputer contre moi?
Ces jeunes gens,
offensés de cette plaisanterie, cherchaient à s’en
Ils résolurent
venger par quelque tour de malice.
un
jour entre eux de contrefaire le cri des cochons,
d’aussi loin qu’ils l’apercevraient, et ils se tenaient
sur son
passage pour lui donner sans cesse cette
cruelle mortification.
Félix, ennuyé de ces insultes,
dit tout haut, qu’il casserait la tète au
premier qui
se trouverait sous sa
main, et saisit à ce dessein
un
gros bâton où étaient attachées les clefs de
l’église. Le neveu du provincial alla malheureuse^
ment pour lui recommencer la même avanie.
Frère
Félix le trouvant à portée, lui déchargea un
grand
coup de son bâton sur le derrière de la tête, en
lui disant: ”J’ai gardé les cochons, mais
je ne l’ai
jamais été, et puisque tu les contrefais si mal, c’est
à moi à t’apprendre à mieux
parler leuç langage.”
A son retour de Lucques, où il était allé voir
le pape, un certain bachelier l’ayant trouvé avec
quelques autres religieux dans la chambre du gardien, lui fit en riant une profonde révérence, en le
et

118
prenant par le bras,

et lui dit:

"Depuis

que vous
le pape à pleine
bouche.”
Félix repartit sur le même ton : ”Si vous
êtes si jaloux de l’honneur et du plaisir que cette
vue m’a
procuré, quel dépit n’aurez-vous point, lors-

avez

vu

sa

Sainteté,

vous

sentez

me verrez
remplir sa place?”
vingt-quatre ans, suivant la coutume, on le
prêtre. 11 devint ensuite docteur et professeur
théologie à Sienne. Ce fut alors qu’il changea

que

vous

A

fit
de

de Peretti en celui de Montalte.
Le
avait de s’avancer, lui fit mettre en oeuvre
tous ses talents; il prêcha à Rome, à Gênes, à
Pérouse, ailleurs encore, et avec tant de succès qu’il
fut nommé commissaire-général à Bologne, et inqui11 était fort bien à cette dernière
siteur à Venise.
place ; mais son caractère, porté à ! la cruauté, se
plaisait à écraser les autres sous une verge inflexible.
Le sénat de Venise et les religieux de
cette ville, ayant bientôt reconnu en lui un véritable
tyran, ne négligèrent rien pour le perdre; ne se
sentant pas de force à leur résister, il prit le parti
prudent de fuir en secret. Comme un de ses amis
l’en plaisantait, il répondit, qu’ayant fait vœu d’être
pape à Rome, il n’avait pas jugé à propos de se
laisser pendre à Venise.
De retour à Rome, on le fit l’un des consulteurs
de la congrégation, et ensuite procureur-général
de l’ordre.
Il accompagna en Espagne le cardinal
Buoncompagno, en qualité de théologien du légat
et de consulteur du Saint-Office.
Ce fut pendant
ce
voyage que son ambition et les réflexions qu’elle
lui inspira, lui firent commencer ce rôle dissimulé
qu’il ne quitta plus qu’après son élection au trône
pontifical. Jusqu’alors il avait été violent, opiniâtre;
tout-à-coup il changea, on le vit doux, complaisant,
et laissant briller toute la beauté de son
esprit sans
chercher à humilier qui que ce fût.
Ce caractère
facile lui fit autant d’amis que l’autre lui avait donné
son

désir

nom

qu’il

d’ennemis.

119
le cardinal Alexandrin, son
disciple
étant devenu pape, lui
envoya,
en Piémont,
un bref de
général de son ordre, et
dans la suite il y ajouta le
chapeau de cardinal.
C’était beaucoup
mais quand est-ce que l’ambition
a dit aux
hommes, c'est assez? Montalte ne pouvait plus espérer que la tiare; il
y porta toutes ses
Mais cet homme n’était
vues, toutes ses actions.
rien moins qu’un ambitieux
vulgaire : il avait prévu
que, s’il laissait seulement deviner ses désirs, tous
ses rivaux
s’empresseraient de l’écarter du chemin.
Son esprit était un foyer de ruses
que l’honnête
homme se gardera bien de justifier: cet artificieux
cardinal renonça à toutes sortes de
brigues et d’affaires, se tint chez lui, se plaignit continuellement
des infirmités de vieillesse, et ne
parut occupé que
de la prière.
On le voyait courbé comme sous le
poids des années, la tête penchée sur l’épaule, les
yeux baissés, et s’appuyant sur un bâton, comme
s’il n’eût pas eu la force de se soutenir.
A l’entendre, il allait mourir. Quand il parlait, c’était
avec peine, d’une voix cassée et
entrecoupée d’une
toux qui semblait à chaque instant le menacer de
la mort.
Ce fut surtout dans cet
équipage qu’il
parut au conclave, après la mort de Grégoire XIII,
qui avait succédé à Pie V. Tous ses confrères les
cardinaux, dupes de ses artifices, se moquaient presque de lui, l’appelaient [une de la Marche, la bête
romaine , et ne se doutaient guère qu’il allait devenir leur maître, et un maître terrible.
Divisés
en cinq
factions pour le choix d’un nouveau
pape,
ils en vinrent à penser à Montalte,
qui, par un
art que lui seul possédait, les avait amenés à ce
point sans qu’ils s’en fussent doutés. On l'en avertit.
”Hélas! dit-il avec Pair d’une profonde humilité,
je
suis bien indigne d’un aussi grand honneur.
Ai-je
donc assez de talent pour me charger seul du
gouvernement de l’Eglise?
Ma vie ira-t-elle même à
la fin du conclave?.... Ah! si c’est moi,
ajouta-t-il
qui dois porter ce fardeau, vous ne m’abandonnerez

Cependant

et

son

protecteur,

,

120
donc pas? et en me donnant le nom de pape, vous
en
ferez donc valoir l’autorité?
Un candidat qui
parlait ainsi, parut précieux à la troupe ambitieuse
des cardinaux : chacun espéra bien avoir une part
dans la puissance qu’un vieillard si faible semblait
ne
pouvoir en effet exercer. Le rusé Montalte fut
élu.
Le moriCe fut alors que la scène^changea.
bond se redresse aussitôt, jett^son bâton de côté,
et entonne d’une voix de tonnerre le Te Deum. On
peut juger de la surprise des cardinaux trompés,
et trompés à bon droit.
Ils remarquèrent, lorsque
les maîtres des cérémonies l’habillaient, qu’il se tournait et étendait les bras avec une promptitude et
une force merveilleuse.
Le cardinal Rusticucci qui
une si
grande métamorphose,
familièrement: ”Le pontificat, très saint
Père, est un souverain remède, puisqu’il rend la
jeunesse et la santé aux vieux cardinaux malades.”
Montalte répondit d’un ton qui sentait déjà la
majesté d’un pontife : ”J’en suis persuadé par l’exEn sortant du
périenee que j’en viens de faire.”
conclave, le nouveau pape, dit Gregorio Leti, donnait la bénédiction avec tant de facilité, que le peuple
émerveillé ne pouvait croire que ce fût là ce triste
et faible Montalte, qui venait de se traîner avec
tant de peine.
Le cardinal de Médicis étant allé l’adorer, seIon la coutume, avec tous les autres cardinaux, et
le voyant debout appuyé tout droit contre le dos
de son fauteuil, il lui dit: ”Votre Sainteté a bien
mine et un autre air que lorsque vous
une autre
étiez cardinal.”
A quoi Sixte répondit : ”Jc eherchais alors les clefs du paradis, et pour les mieux
trouver je me courbais et je baissais la tète; mais

ne

I

pouvait comprendre

lui dit

assez

—

—

depuis qu’elles

sont entre

mes

mains, je

ne

regarde

que le ciel, n’ayant plus besoin de toutes les chode la terre.”
Sixte V, c’est le nouveau nom qu’il avait pris,
montra bientôt qu’il se portait bien de corps et d’esprit: son ancien caractère, ce caractère impérieux

ses

1

121
et sévère

qui voulait voir tout fléchir, tout trembler,
remontra dans toute sa
vigueur. 11 faut cependant commencer par dire
s’il
son ause

torité avec tout
de la cruauté, il

que,
déploya
l’appareil de la tyrannie et
s’éloigna rarement du sentier

même
de la

Rome, en ce moment, avait le plus grand
besoin d’un homme qui, comme lui, pût
épouvanter

justice.

le crime.
La licence avait été sans bornes sous les
derniers pontificats; les terres de
infestées
de brigands qui exerçaient
impunément toutes sortes
de violences; la sûreté
publique n’existait plus, même
dans la ville, où le
était
à son

l’Église

comble.

Sixte,

libertinage

porté

verge de fer, fit tout rensa
rigueur fut excessive, mais les
brigands de toute espèce tremblèrent à son seul
nom.
Lorsqu'on le voyait dans les rues, le peuple,
au lieu de sortir des maisons et de faire une
double
haie sur son passage, se retirait, ne
pouvant soutenir sçs regards, et il ne trouvait en son chemin
que de pauvres vieillards, qui n’ayant pas eu la force
de prendre la fuite comme les autres, se
jetaient à
genoux et le saluaient dans un profond silence. Cette
frayeur s’était tellement répandue par la populace,
que les mères et les nourrices n’avaient pas de
meilleur moyen pour faire taire leurs enfants
que de
leur dire: ”voilà le pape Sixte
qui passe.”
Un poète napolitain,
qui s’était établi à Rome,
fit paraître
quelques vers à la louange de certaines
dames romaines,
parmi lesquelles il y avait une
femme d’une vertu reconnue, mais dont le mari,
qui
était avocat, n’était pas des amis de l’auteur.
Celui-ci,
après avoir dit beaucoup de bien de cette femme,
finissait son poème par un vers très offensant
pour
sa vertu.
Une copie de ces vers qu’on faisait courir par la ville, tomba entre les mains du mari.
Il
l’apporta au pape, qui donna ordre en même temps
au
barigel de faire arrêter ce poète et de le lui
amener, voulant l’interroger lui-même et savoir
par
sa bouche
la vérité de cette accusation.
L’avocat,
craignant que la fuite de cet homme ne lui fît perdre
avec

trer dans l’ordre:

une

l’occasion de

fit faire une telle permême. Ce malse voir entouré
de sbires, et conduit devant le pape: quoiqu’il ignorât la cause de son emprisonnement, sa conscience
Le pape tecommença à lui reprocher son crime.
nait en main la copie de ses vers : il lui demanda
s’il en était l’auteur.
Cet homme le lui avoua
ingénument. Sixte lui ordonna ensuite de lire luimême ces vers jusqu’à l’endroit où cette femme était
maltraitée; et puis, lui ayant commandé de les replier, il l’interrogea sur ce qui l’avait obligé à déchirer la réputation d’une honnête femme.
Le coupable répondit que ce qu’il y avait d’injurieux contre
elle dans ces vers, était le pur effet d’une licence
poétique ; que cette liberté avait été accordée de
se

venger,

en

quisition qu’il fut arrêté dès le soir
beureux fut étrangement surpris de

tout

temps

aux

peintres

et

aux

poètes,

et

qu’enfin

la nécessité de la rime l’avait obligé à s’exprimer
ainsi.
Tous les assistants ne purent s’empêcher de
rire de cette bizarre excuse, à la réserve du pape
qui lui répondit d’un ton grave et sérieux. ”Si
vous autres
petits poètes prenez la licence de faire
des vers de ce style-là, je crois que les papes pourront jouir du même droit.
Voyons donc un peu,
si je pourrais encore faire des vers et les tourner
selon mon goût.”
Après avoir rêvé l’espace d’un
moment, il prononça ces deux vers: "Fous méritez,
seigneur Matère, De ramer dans une galère.''' Ce
qui fut exécuté.
Lorsqu’il était encore simple religieux, demeurant dans le couvent de Macérata, il alla un jour
marchander une paire de souliers chez un cordonnier.
Après avoir long-temps disputé sur le prix, le cordonnier les lui laissa à sept jules, et frère Félix
qui ne lui en voulait donner que six, le pria de se
contenter de ce qu’il lui offrait pour ses souliers,
ajoutant qu’il serait peut-être en état de lui payer
”JMais quand me le
quelque jour le septième jule.
donnerez-vous, lui dit le cordonnier, quand vous
serez pape?”
”Si vous m’en vouliez faire crédit
—

—

123
lui repartit frère Félix,
je promets <le
le payer avec les intérêts.”
Le cordonnier
se
prit à rire et lui dit: ”Je vous vois si bien disconsens à n’être
posé à vous faire pape, que

jusque-là,
vous

payé qu’à

—

terme

je

et il lui donna les souliers.
Frère Félix demanda son nom, et lui
promit de se
souvenir en temps et lieu du marché
venait de
ce

là;”

—

qu’il

faire.

.

Sitôt qu’il fut dans sa cellule, il mit cette
aventure dans un
journal, où il marquait exactement
tout ce qui lui arrivait
chaque jour. Etant devenu
pape, il prenait quelquefois plaisir à lire ce journal,
qui lui rappelait toutes les aventures de sa vie. Un
jour, en le feuilletant, il tomba sur l’article du cordonnier, et donna ordre qu’on s’informât de ce qu’il
était devenu. Le
gouverneur de Macérata le fit conduire à Rome, sans lui faire savoir le
sujet de son
Le cordonnier, qui
voyage.
depuis quarante ans
avait oublié les souliers et le
jule que frère Félix
lui devait, ne pouvait revenir de sa
surprise, et
tremblait à mesure qu’il
approchait de Rome. Sitôt
qu’il fut arrivé, on le mena devant sa Sainteté, qui
lui demanda s’il ne se souvenait
point de l’avoir jàmais vu à Macérata.
Ce pauvre homme transi de
”Hé quoi ! ajouta Sixte,
peur lui répondit que non.
ne
te souviens-tu
point de m’y avoir vendu une
Le cordonnier plus embarrassé
paire de souliers?”
que jamais, haussait les épaules, et témoignait par
cette contenance
qu’il n’avait aucun souvenir de ce
”Hé bien, lui dit le
qu’on lui demandait.
pape, je
sais que je suis ton débiteur, et
je t’ai fait venir
ici pour m’acquitter de cette dette.”
Ce discours
qui augmentait de plus en plus l’embarras du cordonnier, lui fit perdre entièrement la parole, et Sixte
lui expliqua ainsi tout le
mystère: ”Tu m’as autrefois vendu une paire de souliers, sur
laquelle tu me
fis crédit d’un jule que je m’obligeai de te
payer avec les
intérêts, lorsque je serais devenu pape; puisque je
le suis devenu, il est juste que
je satisfasse à ma
parole.” Il envoya en même temps chercher son
majordome et lui dit : ”Voyez un peu à quoi se
—

—

—

—

124

depuis quarante ans les intérêts d’un jule,
à raison de cinq pour cent par an ; et quand ce calcul sera fait, joignez le principal à cette somme, et
la mettez entre les mains de cet homme.”
Il congédia ensuite le cordonnier et ordonna au majordôme de remarquer, s’il paraîtrait satisfait de ce
payement. Le cordonnier sortit de la chambre du
pape, croyant aller recevoir beaucoup d’argent, mais
lorsqu’il vit que le majordome ne lui donnait qu’environ trois jides, il se retira tout confus en murmurant ; et ayant rencontré, en sortant du palais du
pape, plusieurs gens de son pays qui l’attendaient
avec
impatience, pour savoir ce que Sixte lui voulait, il leur dit que sa Sainteté l’avait fait venir à
Rome pour lui donner trois jules, et se plaignait
hautement qu’on lui eût fait faire , pour si peu de
chose, un voyage qui lui coûtait déjà plus de vingt
Sixte
écus, sans compter la dépense du retour.
éclatait de rire au récit que lui firent ses espions
des plaintes de ce cordonnier, qui en sortant de
Rome tenait encore ses trois jules dans la main, et
A
criait contre un procédé si ruineux pour lui.
peine était-il hors de la ville, qu’il reçut ordre de
revenir parler au pape, qui lui demanda, s’il avait
quelque garçon. Il en avait heureusement un, religieux servite, et qui de plus était un prêtre de bon
exemple. Sixte ordonna à son père de le faire venir
à Rome avant qu’il en partît, et il lui donna un
petit évêché dans le royaume de Naples. Il dit
ensuite au cordonnier: "Faites présentement votre
compte, et voyez si je vous paye comme il faut les
intérêts de votre jule.”
Il fit tenir à Rome le chapitre général de l’ordre
de St. François; et lorsqu’il fut fini, il fit dire aux
religieux, qu’il voulait leur donner à tous des marques de sa bienveillance, et qu’ils n’avaient qu’à lui
demander chacun une grâce qu’il leur accorderait.
Il leur donna plusieurs jours pour songer aux demandes qu’ils avaient à lui faire, et les fit ensuite
entrer dans la salle du consistoire, où il les attenmontent

.

125
dalt assis dans sa chaire pontificale, ayant un secrétaire à sa gauche pour écrire ie nom et la demande
de chaque religieux, à mesure que chacun venait,
selon son rang, pour baiser les
pieds de sa SainLa plupart de ces moines demandèrent des
teté.
choses bizarres et extravagantes, qui divertirent beauIl y en eut un qui lui demanda la
coup le pape.
liberté d’avoir deux chambres dans le couvent, dans
lesquelles il aurait la permission de faire tout ce
que bon lui semblerait sans dépendre d’aucun supérieur, ni du pape même. Un certain frère convers, napolitain, supplia le pape de lui permettre de
faire sa demande en secret, et lui dit à l’oreille qu’il
désirait quitter l’habit pour se marier.
Il se présenta sur la fin un bon frère âgé de soixante ans,
qui supplia sa Sainteté de faire faire une fontaine
dans son couvent, qui était fort incommodé
par la
rareté de l’eau. Entre six cents religieux, il fut le
seul qui, dans sa demande, envisageât le bien commun de la maison.
Aussi fut-il le seul qui obtînt
ce
qu’il avait demandé. Le pape, ayant fait assemhier tous ces religieux, leur dit: ”Si vos souhaits
avaient répondu à mes bonnes intentions, je me
serais fait un plaisir de les accomplir; mais puisque
vous avez
abusé de la permission que je vous ai
donnée, pour faire des demandes scandaleuses et
extravagantes, trouvez bon que je n’y aie aucun
égard.” Il les renvoya ainsi tous confus et mortifiés.
Mais il se ressouvint du bon frère, qui n’avait pensé qu’au bien de son ordre, et il fit aussitôt travailler à la fontaine qu’il avait demandée.
Le désir qu’il eut d’immortaliser son
règne de
plusieurs manières, lui fit élever plusieurs monuments.
On redressa par ses ordres le fameux ohélisque que Caligula avait fait transporter d’Espagne
à Home, et l’on bâtit un magnifique tombeau à Pie
Il répara la
V, son bienfaiteur.
bibliothèque du

Vatican,
un

travail

et

l’augmenta beaucoup.

excessif,

Enfin, épuisé par
plutôt, comme tout porte à le
poison lent, il mourut en 1590,

ou

croire, attaqué d’un

126
à soixante-neuf

ans.

Sa dernière maladie

ne

lui fit

point interrompre ses soins. ”Un prince, disait-il
”Ce qui
d’après Vespasien, doit mourir debout.”
le distingue des autres papes, dit un auteur, c’est
qu’il ne fit rien comme eux. Il sut licencier les soldats, les gardes même de ses prédécesseurs, et
dissiper les bandits par la seule force des lois, se
faire craindre de tout le monde par sa place et son
—

caractère, renouveler Rome et laisser le trésor pontifical très riche.”
Malgré ses services il n’en fut
pas moins généralement détesté, parce qu’encore une
fois il ne suffit pas de montrer un visage terrible
aux coupables, il faut encore savoir rassurer les bonnêtes gens.

Quoique sorti des derniers rangs de la société,
il n’eut pas la faiblesse d’en rougir.
Il prenait, au
contraire, plaisir à parler de la bassesse de sa naissance ;
c’était même de sa part une sorte d’orgueil.
Etant souverain pontife, il entendait un jour parler
de quelques maisons illustres d’Italie : ”Pour moi,
dit-il, je suis d’une maison plus illustre encore. La
maison de mon père est à demi découverte, les murailles n’en sont faites que de vieilles nattes toutes
rompues, en sorte que le soleil y entrant de tous
côtés, je puis me vanter qu’elle est une des plus
éclatantes de l’Europe.”
La signora Camilla, sœur
du pape, étant venue à Rome, les cardinaux de Medicis, d’Est et Alexandrin allèrent au-devant d’elle,
et avant de la présenter au pape, la conduisirent
dans un palais voisin, où ils la firent habiller en
princesse, croyant par ce moyen faire leur cour à
Sixte, qui aimait cette sœur avec tant de tendresse
qu’il ne pouvait s’empêcher de témoigner devant eux
l’impatience qu’il avait de la voir. Ces cardinaux
la conduisirent ainsi vêtue chez le pape, qui ayant
été averti qu’elle était dans le Vatican, donna promptemcnt ordre qu’on la fît venir devant lui; mais la
voyant avec des hahits si magnifiques, il fit semblant de ne la pas connaître, en demandant toujours
où elle était.
Le cardinal Alexandrin, qui donnait
—

127
la main à Camilla, la lui présenta en lui disant: ”La
voilà, très saint Père.”
Mais Sixte répondit avec

”Je n’ai qu’une sœur
qui est une pauvre
des grottes de Montalte,
que je ne vois
les habits d’une princesse romaine; mais
si elle se présentait à moi de la même manière dont
elle est vêtue dans son village,
je saurais bien la
reconnaître.”
Il se retira, en achevant ces
paroles,
dans une autre chambre.
Camilla retourna le lendemain chez le pape avec ses habits ordinaires.
Sixte ne l’eut pas plus tôt
aperçue qu’il l’embrassa
tendrement et lui dit: ”Vous êtes à
présent véritable-

dédain

:

bourgeoise
point sous

ment

ma
sœur, et je ne prétends pas qu’un autre
que moi vous donne la qualité de princesse.”
Se promenant un
jour par la ville, il descendit
de carrosse à la porte du couvent des Saints

Apô-

tres

(pi’il trouva ouverte. Il entra dans la chambre
du frère portier, qui mangeait alors un
plat de fèves.
La pauvreté de ce
repas lui rappelant le souvenir
de sa première condition
il s’assit sur une marche
du degré auprès de ce frère, et lui aida avec encore
,

plus d’appétit
laquelle il en

que lui à manger cette portion,
fit encore venir une autre.
Les

après

gens
de sa suite furent
étrangement étonnés de cette action ; mais Sixte, sans se soucier de leur

surprise,

songea qu’a manger ces fèves à l’huile avec une
cuiller de bois : il remercia ensuite son hôte, et
puis
se tournant vers ses
gens, il leur dit : ”Ce repas me
fera vivre deux ans de
plus que je n’aurais vécu;
car
je l’ai fait avec appétit, sans crainte ni inquiétude.”
Il fit donner l’habit au frère convers
qui
l’avait si bien régalé, et lui dit en lui donnant sa
bénédiction: ”Je me suis autrefois vu dans l’état
auquel vous êtes, faites en sorte de vous trouver
un
jour dans celui auquel vous me voyez à présent.”
Il aimait, par cette manière
d’agir, à mortifier
les nobles qui, se réservant tous les
finisne

sent

privilèges,

sottement par croire qu’ils sont
capables de
tout, et ({ue Dieu n’à garde de traiter aussi bien le
reste du genre humain.
Sixte leur faisait durement

mß
128
sentir le
le moins

ce n’est
pas en quoi il agissait
Il est bon que le génie et la
véritable grandeur rappellent quelquefois à sa nullité
Son histoire
la grandeur factice et de convention.
est une leçon qui rappelle au moins l’homme à
Elle dit énergiquement aux grands et aux
l’homme.
petits : "Nous foulons tous la même terre.”

contraire, et
sagement.

les

Écoliers.

deux

action laissée derrière soi dans la
vie est une économie que l’on trouve tôt ou tard.
L’anecdote suivante nous semble présenter un touchant exemple de cette vérité.
C’était à l’époque des querelles du parlement et
Les deux partis avaient pris les armes,
du roi.
et se faisaient la guerre avec acharnement; cependant l’armée du roi Charles avait été défaite plusieurs
fois, et ceux de ses partisans qui avaient été pris les

Une

bonne

à la main, étaient conduits devant les juges
établis par Cromwell dans chaque ville, pour être
Sir Patrick de Newcondamnés comme rebelles.
C’était un homme de
castle était un de ces juges.
armes

austères, dont

citait le

républicanisme soauquel Cromwell acSa constitution
cordait une estime toute particulière.
maladive ne lui ayant point permis de se rendre aux
armées, il s’était appliqué à servir la cause politique
qu’il avait adoptée par ses lumières, et on le citait
le magistrat le plus habile, mais aussi le
comme
plus rigoureusement équitable de tout le comté.
Un soir que sir Patrick avait réuni quelques
amis, et qu’il soupait gaiement au milieu de sa famille, des soldats entrèrent avec un prisonnier royaC’était un offiliste qu’ils venaient de surprendre.
mœurs

lide, mais

sans

on

emportement,

et

cier qui, après la déroute de l’armée de Charles,
avait cherché à regagner les côtes afin de trouver
Sir
les moyens de s’embarquer pour la France.
Patrick ordonna de lui délier les mains ; puis faisant

apporter près du foyer

jourd’hui

mon

jour

de

une

nouvelle table: ”C’est

naissance, dit-il, je

veux

au-

finir

129
»

le repas que
j’ai commencé ; servez des
rafraîchissements au cavalier et à ceux qui l’ont
conduit.
En ce moment, je ne veux être
que son
hôte, dans une heure je redeviendrai son juge. Les
soldats remercièrent et s’assirent à table
près de
leur prisonnier , qui semblait avoir
pris courageusement son parti, et se mit à
souper ave.c eux de bon

joyeusement

appétit.

Cependant Patrick était revenu prendre place
banquet avec ses amis, et avait repris l’entretien
interrompu par l’arrivée des soldats. ”Or donc, je
vous disais, continua-t-il,
qu’à quinze ans j’étais encore si chétif
que tout le monde méprisait ma faiau

blesse ou en abusait
J’avais
pour me faire souffrir.
d’abord à supporter les mauvais traitements de
ma belle-mère,
il me fallut bientôt endurer ceux de
mes camarades.
Le courage n’est chez l’enfant
que
le sentiment de sa force.
Ma faiblesse me rendit
lâche : loin de m’endurcir au mal, les brutalités auxquelles j’étais en butte me rendirent plus sensible à
la douleur,
plus tremblant devant elle. Je vivais
dans un continuel effroi; mais
je redoutais par-dessus tout la férule du maître:
deux fois j’avais subi
ce châtiment
cruel, et j’en avais conservé un souvenir si terrible,
que la seule pensée d’y être exposé
de nouveau me faisait trembler de tout mon
corps.
Je suivais, comme
je vous l’ai déjà dit, les'
cours du
collège de Westminster; les deux classes
de ce collège étaient
séparées par un simple rideau
auquel il nous était expressément défendu de toucher.
Un jour d’été, le sommeil me
gagna au milieu d’une
explication que le professeur nous faisait de la Poétique d’Aristote ; un mouvement qui se fit dans la
classe, me réveilla en sursaut, et ayant failli tomber,
je me ratrappai au rideau qui se déchira sous ma
main, et une vaste trouée laissa voir la classe voisine.
Les deux professeurs se détournèrent au bruit,
eu

et

aperçurent

été fait.

colier

qui

On
se

même

le dégât qui avait
aussi bien que moi l’étrouvait dans la seconde classe, de l’auen

pouvait

temps

accuser

9

130
rideau; mais mon trouble me trahit, et
le professeur m’ordonna avec colère de venir recevoir douze coups de férule. Je me levai en chancelant comme un homme ivre ; j’essayai de parler pour
demander grâce, mais la peur avait glacé ma langue,
mes genoux se dérobaient sous moi, une sueur froide
ruisselait dans mes cheveux; enfin, arrivé près du
professeur, je tombai à genoux. La terrible lanière
tre côté du

était déjà levée sur moi, lorsque j’entendis quelqu’un
dire: ”Ne le frappez pas, je suis le seul coupable.”
C’était l’écolier placé de l’autre côté du rideau qui
On le fit venir dans notre classe,
venait de parler.
Mon premier
et il reçut les douze coups de férule.
mouvement avait été d’arrêter ce châtiment injuste,
en le réclamant
pour moi; mais la force me manqua,
et, une fois le premier coup donné, j’eus honte de
parler. Après avoir subi sa punition, l’écolier passa
près de moi, les mains saignantes et me dit à demi-voix, avec un sourire que je n’oublierai de ma
vie : ”Ne t’accroche plus au rideau, petit, car la féJe tombai à genoux en poussant des
raie fait mal.”
l’on
et
fut obligé de me faire sortir.
sanglots,
Depuis ce jour, j’eus en horreur ma lâcheté, et
je fis tout pour la surmonter. J’espère enfin y être
”Et vous ne connaissiez point ce généparvenu.
demanda un des convives; ”vous
reux camarade?”
ne l’avez
”Jamais, malheureusejamais revu?”
11 n’était point de ma classe, et je quittai ce
ment.
collège de Westminster peu après. Ah ! Dieu m’est
témoin, ajouta Patrick avec une larme dans les yeux,
souvent demandé dans mes prières à revoir
que
,

—

—

j’ai

qui avait ainsi souffert pour moi, et que je
donnerais plusieurs années de ma vie pour pouvoir
heurter ici une fois mon verre contre le sien.”
Dans ce moment un verre s’avança vers celui
de Patrick, il leva les yeux avec étonnement : c’était
le prisonnier royaliste qui lui offrait un toast en
souriant
”En mémoire du rideau déchiré de Westminster, sir Patrick, dit l’officier ; mais, sur ma parôle, la mémoire vous a fait défaut; ce n’est point
celui

*

LJ

131
douze coups que je reçus, mais bien le
avoir exposé un autre à la
en

point

de suite

ma

faute;”

—

à cette

iniquités

Patrick

;

occasion,

volontaires
mais est-il

—

pour

déclarant

ne

”Cela est vrai, je

rappelle maintenant,” s’écria
digne professeur vous donna
trompe,

double,

punition
le

juge.

me le
”Et votre

—

à

faire? si je ne me
discours latin sur les
”Je me le
rappelle, répéta
un

possible

que

soit

ce

vous

?...

Oui, ajouta-t-il après l’avoir regardé, je reconnais
ces traits
c’est lui, c’est bien lui.
et dans quelle
situation, et sous quel uniforme !...”
”Sous celui
de mon roi, sir Patrick.
Gentilhomme et Écossais,
...

..

—

obéi à ce que l’on m’a
enseigné comme un deJ’ai suivi mon
père dans l’armée de Charles;
mon
père est mort, et je vais en faire autant. Tout est
bien; je ne demande qu’une chose: Dieu sauve le
roi !”
Après ces mots, l’officier retourna près des
soldats et continua
tranquillement son repas.
Mais Patrick était sombre et
préoccupé. Le
soir même, après avoir donné tous les ordres nécessaires pour que le
prisonnier fût bien traité, il partit
sans dire où il allait, et fut
trois jours absent. Enfin, le quatrième jour, il arriva, et dit
qu’on lui amenât l’officier
royaliste. ”Va-t-on enfin me juger?”
demanda gravement celui-ci.
”11 est temps d’en
finir, ne l'ût-ce que par humanité; je suis si bien
chez toi, sir Patrick,
que si j’y reste encore longtemps je finirai par regretter la vie.”
Lord Derby,” dit le juge d’un ton ému, ”il y a vingt ans que
tu me dis en me montrant tes
mains sanglantes:
Ne t’accroche plus au
rideau, car la férule fait
mal.
Voici ta lettre de
grâce, signée par le prolecteur, mais, à mon tour, je te dirai: Ne
prends
plus les armes contre le parlement, car Cromwell est
•difficile à fléchir.”
A ces mots, sir Patrick et
lord Derby se
jetèrent dans les bras l’un de l’autre, et ils vécurent depuis ce
dans la

j’ai

voir.

—

’

—

grande intimité, malgré

politiques.

temps

la différence de leurs
0*

ttM

plus
opinions

132
LE

PAYSAN

PE

CAKIGLIANO.

du soir avait sonné à l’église de Cales troupeaux venaient de rentrer, et les
portes des cabanes s’étaient refermées. C’était l’heure
où les pères, de retour du travail, font danser leurs
enfants sur leurs genoux, en attendant le repas du
Dans une des plus petites maisons du village,
soir.
un
jeune homme et une jeune femme étaient assis
devant une table où le souper avait été i-servi; mais
ils ne mangeaient pas, et de grosses larmes coulaient
le long des joues de la jeune femme.
"Margarita,”
dit tout-à-coup le mari en lui prenant la main, ”si
tu pleures ainsi, comment veux-tu que j’aie du courage ?” •#>- "C’est vrai, Pietro, on ne paie pas ses
créanciers avec des larmes.”
"Nous avons encore
tout un mois devant nous, femme ; une bonne occasion peut venir.
Voilà que les troubles de Naples
ont pris fin ; Mazaniel a été tué et ses partisans sont
en fuite :
le commerce reprendra peut-être, et nous
pourrons vendre la laine de nos montons.”
Margarita secoua doucement la tête ; puis, voyant que son
mari la regardait, elle tâcha de sourire, et lui répondit: "Dieu t’entende, ami!”
"Allons, reprit celui-ci
d’-une voix tendre, ta main dans la mienne, Margarita, et sois ce que doit être une vraie femme, douce
et forte dans l’affliction.
Dieu est bon pour nous,
puisqu’il nous a préservés jusqu’à présent d’absence
et de maladie.
Apporte ici notre enfant.”
La jeune femme se leva vivement, passa dans
une chambre voisine, et
reparut presque aussitôt, tenant dans ses bras une
petite lille de trois ans. ”Mettez-vous là toutes deux, à mes côtés, dit Pietro;
lorsque je vous vois, cela me donne du courage, et

L’Angelus

rigliano;

—

—

—

sens
qne je vous aime trop pour que vous tombiez dans la peine.
Quand je devrais suer du sang,
toi et ton enfant vous serez heureuses.”
Margarita
attendrie embrassa son mari.
”Tu es bon comme
un saint,
Pietro, lui dit-elle, et je voudrais souffrir
six mois pour racheter chacune de tes heures de

je

—

'

153
souffrance.”
Dieu a mis dans les affections de famille la consolation de tontes les douleurs.
Margarita et Pietro se trouvèrent bientôt moins à
plaindre,
en sentant combien ils étaient
précieux l’un pour Pautre.
C’étaient des âmes simples et aimantes qui se
consolent facilement du malheur
par la tendresse. Et
cependant leur situation était bien triste. Mariés depuis quatre ans, tout leur avait d’abord réussi ; mais
pendant les deux dernières années, des désastres de
tout genre les avaient
frappés. Leur récolte avait
été détruite par la
grêle, leur troupeau décimé par
la maladie.
Pour comble d’infortune, les troubles de
Naples étaient survenus, et les avaient empêchés de
vendre leur récolte.
Pressés par la nécessité, ils
s’étaient donc adressés à un usurier
qui leur avait
—

à gros intérêts; mais, ne
pouvant payer ces
intérêts aux termes convenus, ils avaient renouvelé
leurs emprunts, leurs dettes s’étaient accrues, si bien

prêté

qu’au
restait

moment

plus

où

aucun

menaçait.

notre récit il ne leur
moyen d’éviter la ruine qui les

commence

Cependant la vue
dissipé la tristesse

de leur petite Laura avait un
des deux époux ; la nuit était
venue, ils commençaient à souper, lorsque la
porte
s’ouvrit tout-à-coup, et un étranger dont les vêtements étaient en désordre et couverts de
poussière,
entra précipitamment dans la cabane.
A cette ap-

peu

parition inattendue, Margarita avait jeté un cri, et
Pietro s’était, levé presque effrayé. ”Oue voulez-vous?”
demanda-t-il
lui-ci

à l’inconnu.
Mais ceœil soupçonneux,
la table où les deux

brusquement

regardait

—

autour de lui d’un

Enfin il s’avança vers
paysans
étaient assis, et, rassuré sans doute
par le doux
visage de la jeune femme et la présence de l’enfant:
”Je suis un proscrit de
Naples, dit-il; je cherche
un asile.”
Pietro se découvrit, et Margarita sè
leva avec un
empressement plein de compassion et
de respect. ”Soyez le bien-venu,” dirent-ils ensemble
à l’étranger, en lui montrant une
place à côté d’eux.
—

Tout cela s’était
tant de

simplicité

passé rapidement,

et

avec au-

que s’il se lut agi d’un fait journalier et vulgaire.
Ce n’était point, en effet, la première fois que la cabane de Pietro servait de retraite à un proscrit.
A cette époque, les guerres
civiles désolaient toutes les cités de l’Italie;
chaque
parti y perdait ou y reprenait successivement le pouvoir, et les montagnes étaient toujours pleines d’exilés fuyant la proscription du
vainqueur, étrangers
à ces querelles, les
paysans offraient tour-à-tour
l’hospitalité aux vaincus de la veille, et à ceux du
lendemain.
Ils ne s’informaient pas de l’opinion que
le fugitif avait défendue, mais des
périls qu’il courait; ils ne regardaient point à sa cocarde, mais à la
pâleur que la souffrance avait répandue sur son front.
Après avoir fait souper l’étranger, Margarita se hâta
de lui préparer un lit
pour qu’il pût se reposer. Il
y avait à l’extrémité de la cabane un réduit peu
apparent et faiblement éclairé ; ils pensèrent que ce
lieu était le plus sûr, et ‘ils y conduisirent l’inconnu.
Cependant Pietro passa une nuit fort inquiète; il
craignait que l’on n’eût vu le proscrit entrer dans
sa
cabane et qu’il n’y fût découvert.
Aussi que
l’on juge de son effroi
lorsque le lendemain, en sortant de grand matin , il
aperçut des soldats arrivés
pendant la nuit, et qui remplissaient le village. Pietro
courut avertir
l’étranger, en lui recommandant d’éviter tout ce qui pourrait trahir sa
présence. ïl
ajouta que sans doute les soldats quitteraient Carigliano dans la journée, et qu’alors il pourrait s’échapMais les soldats ne partirent point,
per sûrement.
et l’on sut bientôt qu’ils avaient été
envoyés dans
le village comme poste d’observation et
pour arrêter les proscrits.
Pietro fut donc
de
son

hôte.
Les

obligé

garder

jours s’écoulèrent sans améliorer la position des deux époux.
La présence de l’étranger
leur avait même occasionné un surcroît de
dépense
qui hâtait leur ruine; car c’est beaucoup pour le
pauvre qu’une faim de plus à satisfaire.

Cependant

135
Pietro n’eut pas un seul instant la pensée de se
débarrasser de cette charge nouvelle en engageant
le proscrit à quitter sa maison ; il savait trop que
c’était l’envoyer à une mort certaine.
Quelque onéreux que fût pour lui l’hôte que Dieu lui avait donné,
il le garda sans rien dire, sans rien laisser paraître.
Margarita se taisait aussi, mais avec plus d’efSon âme moins élevée comprenait moins faforts.
cilement les dévouements généreux; elle était trop
bonne pour ne point se résigner au sacrifice, mais
trop faible pour ne point le regretter parfois. Aussi,
lorsque ,e soir les réunissait tous autour du chétif
repas qu’elle avait préparé, son regard demeurait fixé
sur le proscrit; elle s’effrayait de sa faim, comptait
chaque bouchée, et sentait en elle comme un sourd
repentir de l’hospitalité qu’elle lui avait donnée. Mais
si dans ce moment ses yeux rencontraient ceux de
Pietro, elle baissait la tête en rougissant ; car elle
avait honte de l’éclair d’égoïsme qui avait traversé
son

âme.

Quant au proscrit, c’était un homme sombre,
qui parlait peu, et semblait s’occuper de choses plus
grandes que celles de la vie vulgaire. Sa reconnaissance ne s’exprimait jamais que par un geste
Le plus souvent, penché sur la
ou
par un regard.
table et le front dans une de ses mains, il traçait
du doigt, devant lui, d’invisibles images dont il semLiait chercher les formes et la pose.
Cependant
sa
rêverie n’avait rien d’inquiet ; elle était noble,
Il était aisé de voir que le
calme et souriante.
passé qui avait creusé de larges rides sur son front
ne lui avait point laissé de remords;
encore jeune,
et que si ses lèvres demeuraient fermées, ce n’était
point par prudence, mais parce qu’il y avait au fond
de ce cœur b4Lx>up de ces grandes choses que la

parole n’expri^^Btts.
Après a^^^^ssé

la

entière dans sa
l’avons déjà dit,
sonen sortait
pour prendre part au repas de la
famille.
Un jour qu’ils étaient tous à table, on

p^Ecnt,
le

retraite, le

.

journée

comme

nous

136
à la

frappa
garder

porte

de

ia maison

:

Pietro courut

re-

par une lucarne placée au-dessus du seuil.
”C’est Pedrill !” s’écria-t-il en revenant.
”Et vite,
signor, retournez à votre cachette! cet homme fest
et

s’il

méchant;

apercevait, tout serait
hâta de fuir, et Margarita,
encore tremblante,
alla ouvrir à Pedrill qui continuait à frapper.
”J’ai cru que vous ne vouliez
point me recevoir,” dit le vieil usurier en entrant et
jetant autour de lui des regards scrutateurs.
”(7est ce que
"Pourquoi cela, maître Pedrill?”
vous
pourriez dire mieux que moi, Pietro. Du dehors il me semblait entendre chuchoter ici ; on eût
dit qu’il y avait quelqu’un avec vous.”
"Vous
voyez, en effet, que je ne suis point seul,” répondit
le paysan en montrant sa femme et sa
petite tille.
Mais Pedrill regardait toujours avec une curiosite soupçonneuse.
”Je venais, dit-il enfin, pour
savoir si vous êtes en mesure de me
payer ce qui
m’est dû.”
Margarita devint pâle, et serra son enfant dans ses bras.—”Je ne le puis, en vérité, répondit Pietro d’une voix basse et triste.”
"Alors,
mes enfants, votre maison
et votre mobilier
répondront pour vous ; car je ne suis nullement
disposé
à perdre mon argent.”
Tout en parlant ainsi, Pedrill s’était avancé vers le foyer, et il se trouvait
dans ce moment vis-à-vis de la table, que le proscrit
avait subitement quittée.
"Pardieu, dit-il tout-àcoup, il me semble, Pietro, que vous pouvez payer
vos dettes, s’il vous reste de
quoi acheter de telles
coiffures.”
En parlant ainsi, il montrait la toque de
velours que l’étranger avait oubliée en se retirant.
Margarita jeta un cri, Pietro embarrassé garda le
silence.
"Trois couverts et trois chaises,” ajouta à
demi-voix Pedrill.
vers le
Puis, se tou
jeune
votre compaysan : "Il est clair que j’ai
mes enfants!”
Il s’assit
pagnie,
reprit-il
ensuite et parla d’autre chose ;
moment de
sortir, il attira Pietro dans un coin,^^lui dit : ”J’aurais pu vous donner encore quelque délai; mais
avare

perdu.”

L’étranger

—

vous

se

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

rnjfc
ej|^^Hié
ein^^Ent.

157
votre

imprudence compromettrait mes intérêts. Vous
des proscrits ; si on le savait, vous seriez
condamné à la prison et vos biens confisqués.
Je
recevez

ne veux
pas courir cette chance ; voyez donc à me
payer dans huit jours comme vous l’aviez promis,
sinon je fais tout vendre.”
A ces mots Pedrill se retira, laissant Pietro
et sa femme immobiles d’effroi.
Cependant, au bout
d’un instant, le paysan reprit courage.
”11 ne me
dénoncera pas, dit-il; car si l’on confisquait notre
maison, il perdrait sa créance: nous n’avons donc
rien à craindre de ce côté.
Ouant à vendre tout ce
qui est ici, voilà long-temps que nous sommes menacés de ce malheur, et nous avons eu le
temps de
nous habituer à une
pareille idée. L’oiseau du ciel
trouve une feuille pour se mettre à l’abri; Dieu ne
sera
pas moins bon pour nous que pour l’oiseau.”
Cependant les huit jours s’écoulèrent dans une angoisse cruelle pour Pietro et pour sa femme. Sans
moyen d’échapper au désastre qui les menaçait, ils
ne
pouvaient être sauvés que par un de ces miracles que l’on espère toujours, mais sur
lesquels
la raison défend de compter.
Chacun d’eux s’efforçait de cacher ses angoisses, afin de ne pas attrister
l’autre; chacun s’efforçait de causer et de sourire,
mais cette causerie était distraite, ces sourires convulsifs ; et au fond de cette
tranquillité jouée on
sentait s’agiter une douleur amère.
Le proscrit ne
savait rien de ce qui se
passait, Pietro n’ayant pas
voulu ajouter à ses chagrins cette nouvelle
inqui”11 sera toujours assez tôt
étude.
pour l’avertir que
nous ne
pouvons plus lui donner asile, dit-il à Margarita; attendons au dernier instant.”
Cependant
Pedrill était revenu plusieurs fois sous
prétexte de
s’informer si Pietro pouvait le payer, mais en réalité
Un soir il
pour savoir ce qui se passait chez lui.
avait failli surprendre l’étranger au moment où il
sortait de sa retraite; mais il avait feint de ne rien
voir, et n’avait fait aucune observation.
—

—

158
en
étaient là, lorsqu’un malheur
la
famille de Carigliano: leur
pauvre
imprévu frappa
petite fille tomba malade. Pietro et Margarita avaient
réuni sur cette unique enfant toutes leurs espérances; c’était à la fois leur force et leur consolation.
Cette lréle créature, née un an après leur mariage,
et qui avait assisté à toutes leurs joies comme à
toutes leurs souffrances, était leur passé et leur
avenir; ils s’aimaient dans cet enfant, anneau vivant
qui semblait réunir leurs deux existences. Oue l’on
de leur douleur en la voyant menacée de mort !

Les choses

juge

toute

autre

doulfeur ;
nuits de

et

inquiétude disparut dans cotte grande
pendant les deux nuits qui s’écoulèrent,

désespoir et de larmes, la pensée de leur
ruine ne revint pas une seule fois aux deux époux.
Ah ! que leur importaient la pauvreté et l’humiliation,
pourvu que leur enfant pût vivre ! le travail ou les
hommes pouvaient leur rendre tous les biens perdus; mais il n’y a que Dieu qui puisse donner un
enfant!
Margarita passa deux nuits en prières auprès du berceau de sa fille, demandant, comme JésusChrist au jardin des olives, que Ton éloignât (Telle
Enfin elle fut exaucée, et le troisième
ce calice.
la malade parut se ranimer. Oh ! qui n’a connu
joie d’une guérison inattendue, cette ivresse
inonde
l’âme près de l’être aimé qui vient
qui
d’échapper à la mort ! Jamais peut-être bonheur si
grand n’avait rempli les cœurs de Margarita et de
Pietro.
Mais avec la tranquillité de l’âme revint la préOn était à la
voyance et les inquiétudes d’esprit
veille du jour fatal indiqué par Pedrill pour le payement de sa créance ou pour la vente de sa maison.
Pietro comprit qu’il était temps d’avertir le proscrit
de ce qui allait arriver.
Il le fit avec une noble
sans rien dire ; mais
l’écouta
simplicité. L’étranger
quand le paysan releva la tête, il aperçut une larme

jour

cette

qui

roulait

Le

proscrit

sur ses

II recula étonné.
”Je suis aussi pauvre
te sauver.”
”N’ayez

joues sillonnées.

lui tendit la main.

que toi, dit-il, et

je

ne

/

puis

—

■159
de souci de nous,
signor, mon travail suffira
faire vivre; 'et d’ailleurs, ne faut-il
point
que chacun ait ses peines ici-bas?”— ”Tu as raison;
mais puisse Dieu être
indulgent pour toi ! Je partirai cette nuit.”
•
Le soir vint, et Pietro allait fermer sa
porte,
lorsque Pedrill se présenta. ”Eh hien dit-il, c’est
demain que tu dois me payer; y as-tu
songé?”
"Plus que je ne l’aurais voulu, murmura le
paysan.”
”Et à quoi t’es-tu décidé?”
”A subir toutes
les
"C’est-à-dire
conséquences de mon malheur.”

Ijoint

pour

nous

—

,

—

—

—

—

que tu ne peux pas me satisfaire?”
”C’est la
vérité.”
Le petit usurier garda un instant le silence ; et il
jeta les yeux autour de lui pour s’assurer que
personne ne l’écoutait, et s’approchant davantage de Pietro: ”Que dirais-tu, reprit-il à demivoix, si je te donnais un moyen de gagner du temps
et de me payer en partie sans vendre ta maison?”
"Sainte
est-ce possible?” s’écria Pietro
—

—

Vierge!

—

reculant.
"Ecoute, ajouta Pedrill rapidement,
tu caches ici
quelqu’un. Oh ! ne cherche pas à le
nier, j’en suis sûr.
On a promis vingt ducats à
quiconque livrera un proscrit; va dénoncer le tien
en

—

^mmandant

de Carigliano, et tu toucheras la
convenue.”
"Seigneur Dieu! que me pro”Un moyen
posez-vous là?” dit Pietro en reculant.
simple et facile de retarder ta ruine, et peut-être de
te tirer d’affaire.”
”Une infâme trahison, Pedrill!”
"Trahison, trahison... Je ne m’arrête point aux
mots, vois-tu. Puisque le gouvernement encourage
à dénoncer les proscrits, c’est
qu’il trouve cela bien,
n’est-ce pas? pourquoi veux-tu être
plus honnête
homme que le gouvernement?”
"Assez, assez,
Pedrill!”
"D’ailleurs, songes-y hien, si tu refuses,
tu es perdu; demain
je mets en vente tout ce qu’il
y a ici, et il ne te restera pas même un berceau
"Hors d’ici. Satan !
pour ton enfant malade.”
s’écria Pietro en
repoussant l’usurier; hors d’ici! tu
au

somme

—

—

—

—

—

—

—

espères
je

ne

me

veux

tenter

en me
parlant t!e mon enfant, mais
”Perds-toi donc.
plus t’entendre!....”
—

en se
retirant.
Mais
avoir fait quelques pas, il revint de nouveau.
"Réfléchis bien, Pietro, dit-il; ce que je t’ai proposé
est dans ton intérêt.
Mon cœur saigne quand je
songe à la position dans laquelle tu vas te trouver.
Ecoute, ajouta-t-il plus bas, s’il te répugne de dénoncer
toi-même ce proscrit, fais-Ie sortir de chez
toi ; je le livrerai, et nous partagerons les vingt ducats.”
Pietro poussa Pedrill sans lui répondre, et
referma la porte avec violence.
Ce que venait de lui dire cet homme l’avait
jeté dans une singulière agitation. Il n’avait point
balancé un seul instant à faire son devoir; mais la
pensée que le lendemain sa femme et sa fille encore
malade seraient sans asile le bouleversait.
Cependant il voulut avertir l’étranger de ce qui venait
de se passer, non qu’il craignît les dénonciations de
Pedrill, qui en livrant la retraite du proscrit se fût
exposé à voir confisquer une maison qui allait lui
appartenir ; mais le vieil usurier pouvait espionner
la fuite de l’étranger, et devenir la cause de sa perte.
Pietro courut à l’endroit où celui-ci était caché, et
l’appela sans recevoir de réponse. Surpris, il poussa
la porte, entra; il n’y avait personne, mais la
était ouverte, et l’étranger avait pris la fuite.
”11
aura voulu éviter de
pénibles adieux, et empêcher
que je ne m’expose en le conduisant hors du village,
Brave homme! que le ciel le conpensa Pietro.
duise !”
Il vint annoncer à Margarita le départ
de leur hôte.
La nuit s’écoula pour eux dans une triste atPetente, et ils se levèrent au point du jour.
drill arriva bientôt, avec les gens de justice qui devaient lui prêter appui.
”La nuit vous aurait-elle
rendu plus sage ?” demanda-t-il Las à Pietro ; ”et
trouvez-vous maintenant qu’il soit bon de gagner
”L’homme que tu voulais livrer
vingt ducats?”
est loin d’ici et en sûreté,” répondit le paysan avec
”C’est ce que je voulais savoir; puisque
mépris.
ta demeure ne renferme plus rien de suspect, je puis

imbécille,” grommela Petlrill

—

après

lq^irne
—

—

—

—

141
En effet, les gens qui
y faire entrer la justice.”
avaient accompagné Pedrill se
répandirent aussitôt
dans la maison.
On somma Pietro, au nom de la
loi, de payer la créance qui lui était présentée, ou
de se reconnaître
dépossédé de tout ce qui lui ap”Rien n’est plus à toi ici,
partenait..
ajouta brutalement l’homme de loi ; va-t-en.”
Pietro jeta autour de lui un regard éperdu.
Cette demeure qu’il
avait reçue de son père, où il avait
grandi, où sa
mère était morte, où il avait conduit sa
jeune épouse
le jour de leur mariage, il fallait la
quitter. Rien
ri était
plus à lui dans cette maison où il laissait
—

.

—

ses habitudes et
tous ses souvenirs !
Pietro égaré ouvrit les liras comme s’il eût voulu
embrasser les murs et tout ce qu’il allait abandonner;
mais en se refermant Ses bras rencontrèrent Margarita qui tenait son enfant. ”Venez ! s’écria-t-il;
venez, mes seuls, mais vrais trésors! puisque vous
me restez,
je n’ai rien perdu.” Et il sortit en les

toutes

tenant

pressées

sur son

coeur.

l’effort avait été trop grand; à quelques pas du seuil il s’arrêta, se laissa tomber sur
un tertre de
gazon, et tourna les yeux vers sa demeure.
Margarita s’assit en silence à ses pieds,
avec cette muette
résignation que trouvent les femmes
dans les douleurs sans remède.
Oh ! qui peut dire
ce
qui se passa alors dans le cœur de Pietro?

Cependant

Jusqu’à

ce moment sa vie avait
été pure de toute
mauvaise action, jamais la calomnie elle-même n’avait
osé le toucher de son souffle, et
cependant tout avait
tourné contre lui: le sort avait fait un mendiant de
l’homme laborieux, aimant et généreux, et avait enrichi de ses dépouilles un lâche méprisé de tous.
Ou’était-ce donc qu’un monde où la vertu n’était
rien, et où les bons devenaient la proie des méOh ! quels doutes devaient entrer dans un
chants ?
en face de telles
iniquités ! comme ses
mains croisées avec rage devaient se lever vers le
ciel pour invoquer la justice de Dieu!
Hélas! le
premier et le plus dangereux poison du malheur est

esprit simple,

142
le doute!...
Mais après ce premier vacillemeut les
âmes bien laites reprennent leur attitude ; et l’on
comprend que la force elle-même ne peut avoir qu’une
base solide, la patience !
Pietro voyait transporter hors de sa maison
des meubles qui tous lui
une habitude

rappelaient

ou

une

affection: c’était le banc où il

Margarita

s’asseyait

avec

fille sur ses genoux, un lit où sa mère
était morte, le miroir dont sa femme se servait comme
jeune fille. Tout cela s’entassait sous ses yeux, et
déjà la vente commençait. Déjà des voisins avides
de profiter de sa ruine achetaient à bas
prix ces
souvenirs, et chacun d’eux emportait comme un lambeau de sa vie, quand tout-à-coup les enchères
furent suspendues.
11 se fit un mouvement dans la
foule qui se pressait à la #orte de la maison, et
l’on sembla
s’interroger connue s’il s’était passé quelet

chose

sa

d’extraordinaire.

Deuxi villageois pas”Pedrill a ordonné
d’avertir le comte de Corsino,” dit l’un deux.
”Oue se passe-t-il donc ?” demanda Pietro.
Mais les
villageois étaient déjà loin et ne l’entendaient plus.
Après avoir hésité quelque temps, le paysan se
leva et s’approcha de la foule.
Dans ce moment le
comte de Corsino arrivait; Pietro entra avec lui dans
la maison.
"Venez
signor comte ! s’écria Pedrill ;
nous avons découvert ici des
peintures extraordinaires
que

.Usèrent rapidement près

de Pietro.

—

—

,

et que

nous

avons

voulu

vous

monlrer

avant

d’y

toucher.
On le conduisit aussitôt dans le lieu obseur où avait été caché le
proscrit, et Pietro suivit
ses
Alors, à la clarté des torches que l’on
pas.
avait allumées et qui répandaient dans cet étroit
réduit une vive lumière, le paysan
aperçut pour la
première fois de grandes figures qui couvraient les
cloisons et les murs.
La plupart n’étaient que grossièrement ébauchées; mais il y avait tant de hardiesse daiffe le trait, tant de fierté et de
puissance
dans les poses, qu’il était impossible de ne

point

reconnaître la main d’un maître.
Le comte Corsino s’arrêta avec un cri d’extase devant cette mer-

(

U5
veilleuse

composition; c’était un connaisseur habile,
avait consacré une partie de son immense
fortune à se former une galerie de tableaux
qui passait pour une des plus riches de l’Italie.
”Pietro,”
dit-il en apercevant près de lui le
paysan qui contemplait avec stupéfaction les esquisses dont les murailles étaient couvertes, "depuis
quand possèdes-tu
ce trésor?”
”En vérité, je l’ignore, signor comte;
car je vois comme vous ces dessins
pour la première
fois.”
Corsino regarda de nouveau avec attention
ces admirables
ébauches, et s’écria: ”Par le ciel! il
n’y a en Italie qu’un seul peintre qui ait pu dessiner ces figures, et ceci est de Salvator Rosa.”
”C’était en effet son nom,” murmura le
paysan.
”Oue veux-tu dire?”
Pietro regarda autour de
lui; voyant qu’il était seul avec Pedrill et le comte
de Corsino, il raconta à celui-ci tout ce
qui s’était
passé, comment il avait recueilli un partisan de Mazaniel, et le long séjour du proscrit dans cet endroit
caché.
Quand il eut achevé: "Plus de doute, dit
le comte, ces dessins sont du
grand Salvator ! Pietro, je paie tes dettes et je t’achète ta maison. Mais
pars sur-le-champ; car on saura que tu as donné
asile à un
proscrit, et tu serais inquiété.” Le soir
même, Pietro, muni d’une forte somme, suivait joyeusement, avec sa femme et sa petite Laura, la
grande
et

qui

—

—

—

—

—

—

route de

LES

Milan.

ROSES

DE

'

*

MONSIEUR

DE

MALESHERBES.

Monsieur Lamoignon de Malesherbes,
qu’il suffit de nommer pour désigner le ministre
intègre, le
savant modeste, le grand naturaliste et le meilleur
des hommes, avait coutume de
passer tous les ans
au
beau château de Verneuil près de
Versailles,
une
parti«*' de l’été, pour se délasser des fonctions
importantes qui lui étaient confiées. Parmi les occupations auxquelles se livrait cet homme célèbre, la
culture des tleufS était celle à
laquelle il s’adonnait
particulièrement. Il prenait surtout le plus grand

à soigner un bosquet de rosiers qu’il avait
lui-même dans une demi-lune de bois taillis,
formant une remise de chasse, auprès du village de
Verneuil.
De tous les rosiers qu’avait plantés monsieur

plaisir
planté

de Malesherbes, aucun n’ayait trompé son espérance.
Des buisson^ de roses de différentes espèces, formant dans ce lieu agreste et solitaire un contraste
frappant avec les arbustes sauvages dont ils étaient
environnés, attiraient tous les regards, et produisaient une sensation aussi agréable qu’imprévue.
L’heureux cultivateur de ce bosquet charmant ne
pouvait, malgré sa touchante modestie, s’empêcher
Il en parlait à tous ceux
d’être fier de ses succès.
de Verneuil, et il
au château
se
présentaient
qui
Il
les conduisait à ce qu’il appelait sa solitude.
avait formé de ses mains un joli banc de gazon, et
construit avec de la terre et des branches d’arbres
une grotte, où tantôt il se mettait à l’abri de la pluie,
et tantôt il préservait sa tête sexagénaire des rayons
C’est là que Plutarque à la
brûlants du soleil.
main, sa lecture favorite, il réfléchissait en paix sur
les vicissitudes humaines, et récapitulait les actions
mémorables dont il avait honoré sa carrière.
"Mais voyez donc, disait-il à toutes les personnés

qu’il

conduisait à cette

solitude, voyez'-Comme

Ceux desjarrosiers sont frais et touffus.
dins somptueux et les mieux cultivés n’ont pas des
Ce qui m’éfleurs plus belles et plus abondantes.
tonne surtout, ajoutait-il avec transport, c’est que,
depuis plusieurs années que je cultive ces rosiers,
tous

ces

n’en ai pas perdu un seul; jamais jardinier, quelque habile qu’il fût, n’eut la main plus heureuse que
Aussi m’appelle-t-on dans ce village Lamoimoi.
gnon-les-Iioses, pour me distinguer de tous ceux de
ma famille qui portent le même nom.”
Un jour que ce savant naturaliste s’était levé
plus tpt qu’à l’ordinaire, il se rendit à son bosquet
C’était vers la
chéri fort avant le lever du soleil.
à l’époque du
moitié du mois de juin, à peu

je

près

145
solstice, où les jours

sont les plus
longs de l’année.
La matinée était délicieuse: un vent
frais et une
abondante rosée rafraîchissaient la terre
desséchée
par la chaleur de la veille; les chants variés de
mille et mille oiseaux formaient un concert
ravissant
que les échos multipliaient à l’infini et
répétaient
dans les montagnes; les
prairies émaillées, les plantes aromatiques et la
vigne en fleur remplissaient
l’atmosphère d’un parfum délicieux.... en un mot,
le printemps
régnait encore, et l’été commençait à

paraître.

Monsieur de Malesherbes, assis
près

grotte, coutemplait

de

sa

calme heureux
d’une matinée des
champs, ce réveil enchanteur de
la nature.
Soudain un bruit léger se fait entendre.
11 croit d’abord
que c’est la marche de quelque biche
ou de
quelque faon timide qui traverse le bois; il
avec

respect

regarde, examine, et aperçoit
une
jeune fille qui, revenant

ce

à travers le
de Verneuil,

feuillage

pot
lait sur la tête, s’arrête devant une
fontaine,
y
puise de l’eau dont elle remplit sa cruche, s’avance
au

un

jusqu’au bosquet, l’arrose,
la

retourne plusieurs fois à
moyen, dépose au pied de
quantité d’eau suffisante pour les

fontaine, et, par

chaque

rosier
ranimer tous.
Le

une

ce

magistrat, qui pendant

ce

temps

s’était

tapi
banc de verdure
pour ne pas interrompre
ia jeune laitière, la suivait
des yeux avec avidité,
ne
sachant à quoi attribuer les soins
empressés
qu’elle donnait à ses rosiers.
La figure de cette
fille
était charmante ; ses
jeune
yeux exprimaient la
candeur et la gaîté; son teint semblait
se colorer
des feux de l’aurore naissante.
l’émotion
Cependant
et la curiosité attirèrent
malgré lui le naturaliste vers
la jeune inconnue, au moment où
elle déposait au
pied d’un rosier blanc sa dernière cruchée d’eau.
Celli-ci tressaillant,
jette un cri de surprise à la
vue de monsieur de
Malesherbes, qui l’aborde aussitôt, et lui demande qui lui a donné ordre
d’arroser
ainsi tout ce bosquet.
”Oh!
sur

son

Monseigneur,
10

dit la

!

146
fille toute

jeune

tremblante, je

n’ai que de bonnes

intentions, je vous assure: je ne suis pas la seule
de ces environs, et c’est aujourd’hui mon tour.”
"Oui, Monseigneur; c’était
"Comment, votre tour?”
”Exhier à Lise, et c’est demain à Perrette.”
ne
vous
comprends pas.”
pliquez-vous, jeune fille, je
"Puisque vous m’avez prise sur le fait, je ne
ne
puis plus vous en faire un mystère ; aussi je
vois pas que cela puisse tant vous fâcher.... Vous
saurez donc, Monseigneur,
que vous ayant vu de
—

—

—

—

nos

champs planter

vous-même et

soigner

ces

beaux

tous les harosiers,
des environs : Il faut prouver à celui qui
meaux
et
répand chaque jour tant de bienfaits parmi nous,
sait honorer si bien
qu’il n’a pas
nous

nous

sommes

dit, dans

l’agriculture,

qui

affaire à des ingrats; et puisqu’il se plaît tant à
cultiver des fleurs, il faut l’aider, sans qu’il s’en
Pour cela, toute jeune fille âgée de quinze
doute.
de
ans sera tenue, chacune à son tour, en revenant
à la
son lait à Verneuil, de puiser de l’eau
fontaine qui est ici-près, et d’arroser tous les matins,
avant le lever du soleil, les rosiers de notre ami,
de notre père à tous....
Depuis quatre ans, Mon-

porter

n’ai pas manqué à ce devoir, et je vous
dirai même que c’est à qui de nos jeunes filles atteindra sa quinzième année, pour avoir l'honneur
d’arroser et de soigner les roses de monsieur de

seigneur, je-

Malesherbes.

”

Ce récit naïf et touchant fit une vive impresJamais il n’avait mieux senti
le ministre.
toute la célébrité de son nom. ”Je ne m’étonne plus,
se
disait-il avec ravissement, si mes rosiers sont
Mais
aussi beaux et chargés de tant de fleurs.
voisins daigne
hameaux
des
la
toute
jeunesse
puisque
chaque matin me donner une preuve si touchante
de son amitié, je lui promets, en revanche, de ne
venir visiter
pas laisser passer un seul jour sans
chère
devenue
m’est
ma
que japlus
solitude, qui
la
fille, cela
"Tant mieux!
mais.”
sion

sur

répondit

—

fera que

nous

conduirons

nos

jeune

troupeaux

de

ce

côté,

147
pour avoir le bonheur de vous contempler tout à
notre aise, de vous faire entendre nos
chansonnettes,
et de
jaser quelquefois avec vous, si Monseigneur
le
daigne
permettre.”

”Oui,

herbes;

enfants, reprit monsieur

mes

oh!

venez,

venez

arrive quelques malheurs,
s’il s’élève parmi vous

de Malesde moi.
S’il vous
tâcherai de les adoucir;

près

je

quelques différents, je les
aplanirai peut-être; et si quelques mariages assortis
par le cœur ne peuvent se faire par
disproportion
de
eh
fortune,

”Dans

bien, je saurai tout concilier.”
cas-là, repartit vivement la jeune laitière,

ce

Monseigneur
même

—

ne

d’occupation,

manquera pas

je pourrai

dans peu de

temps lui dire

et moi-

petit
touchant cela.... Mais
j’oublie que ma mère
cours
lui porter
m’attend; je
l’argent de son lait, et
mot

un

lui

conter l’heureuse rencontre
que j’ai faite.”—”Un
moment, lui dit monsieur de Malesherbes en l’arrêtant: Comment vous nommez-vous?”
"Suzette
Bertrand, pour vous servir, Monseigneur, si
j’en
—

étais

capable.”

pressant

une

—

de

”Eh bien !
Suzette, reprit-il
mains dans les siennes,

ses

en
re-

mettez à vos
compagnes, qui comme vous ont soin
de mes rosiers, ce
que je vais vous donner pour
elles.”
”Oh ! Monseigneur, nous ne voulons rien
pour cela : tout votre or ne
valoir le
—

nous

que

tout

non,

que

vous

pourrait
plaisir
”Yous avez bien raison ;
prenons.”
ce
que je possède ne pourrait valoir ce
me
y

—

donnez

en
ce
moment....; mais, en
je puisse remercier moi-même vos
jeunes amies, dites-leur bien, qu’elles embellissent la
fin de ma carrière, et
que jamais ce qu’elles ont
fait ne sortira

attendant

ces

que

de mon souvenir....”
mots, l’honorable vieillard déposa

le front modeste de la
joyeuse de l’honneur

messe

passait

sur

remplit

et

avait reçu.

Monsieur de Malesherbes
Il

baiser

laitière, qui s’éloigna fière

qu’elle

cette aventure.

En achevant

un

ne

avec

cessait de raconter

exactitude la pro-

avait faite à la
jeune fille. Il ne se
pas de jour qu’il n’allàt visiter ses rosiers.

qu’il

10 *

148

Souvent, tandis qu’une société nombreuse et brillante était réunie au château de Verneuil, ce mal’ami
gistrat respectable, ce ministre, le conseil et
de son prince, assis près de sa grotte solitaire, participant aux jeux des pâtres des environs, étudiait

milieu d’eux leurs penchants, leurs besoins, leurs
et ne rentrait au château que fort tard,
des
accompagné de plusieurs d’entre eux et comblé
au

habitudes,

bénédictions de tous.

Quelques jours après,

'

c’était

un

dimanche,

mon-

sieur de Malesherbes apprit que toute la jeunesse
de Verneuil et des environs devait se réunir le soir
même devant sa grotte si renommée, et qu’on avait
résolu d’y établir le lieu de la danse. "Adieu, mes
le moyen que
se dit alors ce sage aimable,
roses !
tel jeune garçon n’en orne pas sa danseuse, que
telle jeune lille n’en détache pas les plus belles pour
ils s’amuseront, ils paren
parer son corset? Mais
leront de moi peut-être; moi-même je pourrai les
si
voir réunis, être témoin de leurs jeux; allons,
du plaisir de
roses de

moins, j’aurai
j’ai quelques
plus ; et l’un vaut bien l’autre.”
Cependant, comme il craignait que sa présence
n’intimidât la bande joyeuse et ne l’empêchât de se
livrer à tout le bonheur que lui promettait une aussi
belle journée, il s’abstint de diriger le soir sa pro-

Mais
menade accoutumée du côté de sa solitude.
voir
de
il
fut
le
dès
impatient
le lendemain,
matin,
le dégât qu’avait dû causer dans le bosquet la danse
de la veille. Déjà, muni d’une bêche et de plusieurs
instruments, il se disposait à réparer le dommage....
tout dans le
Quelle fut sa surprise de retrouver
eu lieu se
avait
L’endroit où la danse
même état!
avait
verdure
de
banc
le
au
trouvait passé
râteau;
conservé toute sa fraîcheur ; on n’avait pas détaché
seule rose; et sur l’entrée de la grotte, ces mots:
"A notre ami!" étaient formés de fleurs d’éternelles.
Monsieur de Malesherbes croyait rêver. "Quoi ! se
disait-il, au milieu d’une réunion aussi nombreuse
où la joie
que folâtre, dans une danse champêtre,
une

149
hannit ordinairement toute réserve,

mes roses ont
été respectées !
Qu’il est doux le bonheur d’être
aimé à ce point !
Je ne troquerais pas ma
grotte
pour le plus beau palais du monde.”
Le dimanche suivant, il balançait entre le désir
d’assister à la danse du village et la crainte d’imposer par sa présence, lorsque son valet de chambre vint lui annoncer qu’une
jeune fdle tout en larmes désirait
lui parler.
Il ordonna qu’on l’introduisît, et. dès qu’elle parut, lui demanda le

de

sujet

”Ah! Monseigneur, je suis
perdue,
si vous n’avez pitié de moi!”
”Oue vous est-il
donc arrivé ?
Parlez et rassurez-vous.”
”.Te vous
dirai d’abord
que c’était ce matin mon tour d’arroser
vos rosiers....”
”Eh bien ?”
”Eh bien, Monson

chagrin.

—

—

—

—

marraine Jeanne,
seigneur,
l’une des fermières du château, chez
qui je demeure
depuis que je suis orpheline, j’ai cru que je n’étais
vue
de personne, et j’ai eu le malheur de cueillir
une de vos roses,
malgré la défense et le serment
que nous avons fait entre nous tous de n’y toucher
jamais.” ”Une rose !”.... répondit en souriant monsieur de Malesherbes ; ”ce n’est
pas là un vol bien
c’est la fête de

comme

ma

—

considérable.”

”C’en est pourtant assez,
reprit
jeune fille en pleurant, pour me déshonorer dans
tout le village.”
"Comment cela?”
”Mathurin
la Treille, ce maudit
ivrogne, l’espion de la jeunesse,
—

la

—

—

m’a
il a

cueillir cette rose
qui m’avait tentée si fort;
cela parmi tous les garçons, et voilà
qu’au moment où je suis arrivée à la danse, comptant bien m’en donner comme de
coutume, je n’ai
pu trouver un seul danseur.... ils ont décidé, tous
d’une voix, que de l’année
je ne serais reçue dans
votre bosquet.
Ma marraine a eu beau
prier pour
moi, tous m’ont condamnée, jusqu’à Guillot luimême....
Guillot!....
Vous sentez
Monvue

répandu

bien,

seigneur, que s’il faut que je sois un an sans danser, je suis perdue de réputation ; Guillot ne voudra
plus de moi, et je resterai fille toute ma vie.”
”La punition serait trop
grande pour une faute aussi
—

150

légère,” reprit monsieur de Malesherbes, cachant son
émotion.
"Rassurez-vous, ma belle enfant; je veux
moi-même implorer votre grâce.
Venez, donnez-moi
Je me fis toujours un devoir de dévotre bras.
fendre les accusés.”
Ils arrivent tous les deux au lieu du rendezvous.
L’éloquent naturaliste plaida la cause de la
jeune réprouvée avec toute l’émotion que lui inspilaient ces débats si doux pour son cœur; et ce
ne fut pas sans beaucoup de peine qu’il obtint son
pardon. Afin qu’il ne restât aucune trace de la
réprobation qu’avait encourue la jeune fille, il la
présenta lui-mcme à Guillot, l’engagea de danser
Suavec elle, et lui promit de doter sa prétendue.
zette Bertrand, la jolie laitière, qui la première avait
fait connaître à ce ministre la tendre vénération qu’on
lui portait, eut une dot semblable, qu’elle partagea
bien vite avec un des plus beaux garçons du village.
Les deux heureux couples furent unis; leurs noces
Monsieur de
firent le même jour au château.
se
Malesherbes voulut que l’une et l’autre mariée fusdes fleurs de ses rosiers. 11 fit arce
sent
parées

jour-là
jeunesse

de

Verneuil,

que dorénavant

par
toute fille

la

elles

rappelleront votre ami; vous me croirez
pourrai, grâce à votre souvenir, assister
plus beau jour de votre vie.”

rêter

qui se marierait, aurait le droit de cueillir
à la grotte si respectée un bouquet de roses blan"Elles seront, disait-il aux jeunes villageoises
ches.
elles seront l’emblème de vos soins
l’entouraient,
qui
et de ma reconnaissance.
Quand je ne serai plus,
vous

là, et je
encore

au

Cet usage, ou pour mieux dire, cette touchante
commémoration existe toujours dans le village de
Verneuil. Aucun couple ne s’unit sans aller former
un
bouquet à la grotte, dont on renouvelle chaque
année l’honorable inscription.
Depuis la mort cruelle
et prématurée de cet homme célèbre, on n’a pas
cessé de cultiver le bosquet que planta sa main
bienfaisante, et c’est encore à qui respectera les roses
de monsieur de Malesherhes.

(

151

DESCRIPTIONS.
ESPRIT COMMERCIAL

Rien n’est

DU

PEUPLE

comparable aujourd’hui

ANGLAIS.
au commerce

maritime de l’Angleterre.
Les vaisseaux anglais dominent dans toutes les mers, et apportent en
Europe
les productions de toutes les parties du monde; leurs
vastes possessions dans les Deux-Indes et leurs colonies dans les autres pays d’au-delà des mers fournissent

une
immense quantité de denrées,
qu’ils
répandent sur l’Europe, en y ajoutant les produits
de leurs grandes manufactures. Des
compagnies ou
associations de marchands servent à rendre ce grand
commerce
plus régulier, et à multiplier les entreprises.

L’exportation et l’importation des marchandises
la Tamise à Londres
occupent environ 3,500
bâtiments anglais et étrangers, sans
compter une
quantité de petits navires occupés également du transRien n’est
beau
les
port des denrées.
sur

grands établissements
et autres

plus
Plymouth, de
construit, équipe

de

que
Portsmouth

et arme les
ports où l’on
vaisseaux.
Ce sont des villes où des milliers de
bras s’exercent avec la plus grande activité.
Ici on
voit des bassins où l’on radoube, là on
forge des
ancres; ailleurs on fait bouillir sans cesse du goudron dans d’énormes chaudières; dans un autre édifice
on fait les
gros cables, dans un autre on brasse la
bière.
Des milliers de fabriques travaillent
pour
le commerce du dehors.
Les villes de l’Angleterre
ne semblent être en
partie que de grands ateliers et
de vastes magasins.
En y entrant, on est d’abord
trop ébloui par leur ensemble, pour pouvoir examiner
les détails.
Ce mouvement général, cette foule
d’hommes actifs qui se pressent dans les rues et
qui semblent craindre de perdre un seul instant de
la journée; ces grands ateliers
remplis d’hommes,
de femmes et d’enfants, tous ces métiers et machines
mis en mouvement par des mécanismes
ingénieux

et ces brillantes boutiques où
mille et mille objets utiles et curieux;
tout cela offre un spectacle aussi frappant que satisfaisant pour l’homme observateur.
Comment ne serait-il pas charmé, en voyant la réunion de tant de
chefs-dœuvre de génie ou d’esprit, de tant d’inventions étonnantes, de tant de choses enfin destinées
au luxe,
à la commodité et aux divers besoins des
hommes?
En parcourant les belles rues des quartiers les plus fréquentés de Londres on croirait que
l’esprit d’industrie vient de s’épuiser, et qu’il n’est
plus possible de pousser plus loin la perfection des
arts et des manufactures; et cependant, le lendemain,
on voit
paraître encore une foule d’objets aussi surprenants que ceux de la veille, et le surlendemain
d’autres les remplacent et attirent encore l’attention
des curieux.
L’esprit commercial est commun en Angleterre
Les personnes
à toutes les classes de la société.
les plus distinguées ne dédaignent pas de s’instruire
du mécanisme des inventions nouvelles, et d’en faire
le sujet de leurs conversations.
Toutes les classes
ces

sont

riches

magasins

exposés

s’intéressent vivement aux événements politiques qui
se passent dans les
quatre parties du monde, à cause
de l’influence qu’ils pourront exercer sur le commerce
et l’industrie. Aussi lit-on attentivement les gazettes
que l’on trouve répandues jusque dans les tavernes
de villages.
Les artisans forment des associations
pour se procurer à frais communs des journaux et
des ouvrages instructifs. L’esprit de spéculation sti-

les négociants et les marchands;
activité et en industrie avec ses
concurrents, et lorsque ses moyens ne suffisent pas
pour les vastes spéculations qu’il a conçues, il s’associe avec d’autres négociants. Leur coup-d’œil embrasse toutes les parties du globe, et choisit avec
discernement les contrées qui offrent le plus de
mule

sans

cesse

chacun rivalise

en

bénéfice au commerce.
Leurs navires fréquentent
les ports de toutes les nations amies, et traversent
les mers les plus éloignées.
Le même esprit entre-

aâe^'

153

prenant règne parmi

ceux
qui, faisant ie commerce
de détail, bornent leur spéculation à un
petit nombre
d’objets. La grande concurrence entretient sans cesse
leur activité, et les force à un travail assidu.
Cet esprit de commerce et de travail ne
règne
pas seulement dans les principales villes de la Grandeil
a
Bretagne,
pénétré dans tout le royaume, il y a
tel village qui fait plus d’affaires commerciales,
que
de vastes contrées dans d’autres
J’ai vu
royaumes.
des ouvriers, dans les districts manufacturiers de
l’Angleterre, commencer leur journée à 3 ou 4 heures
du matin, et la finir à 10 ou 11 heures du Står, ne
prenant d’autre repos que le temps nécessaire pour
manger du pain et du fromage, et pour boire de la
bière : c’était là tout leur
Il est vrai que ce
repas.
genre de vie n’est pas le meilleur pour la santé:
effectivement la plupart de ces ouvriers avaient un
teint pâle, une taille
maigre et petite, mais rien ne
ralentit leur ardeur pour le travail ; ils
s’y livrent
jusqu’à ce que les forces leur manquent. Les affaires de commerce et les métiers se transmettent
ordinairement de père en fils, il y a des maisons

et

établissements qui, pendant plusieurs
générations,
joui de la confiance publique, et continuent encore de la mériter
par la probité qui préside à leurs
ont

opérations.

LES

On

MA CHERES

À

VAPEUR.

emploie
Angleterre les machines à vapeur pour faire avancer les voitures sur des routes
très unies. La plus belle
entreprise de ce genre est
le transport à l’aide de la
vapeur, qui a lieu entre
Liverpool et Manchester. La première de ces villes,
une des
plus commerçantes de l’Angleterre, et peuplée
de cent trente mille âmes, a un
port à l’embouchure
de la rivière de
Mersey, qui se jette, comme vous
voyez sur la carte, dans le canal de Saint-George
ou la mer d’Irlande.
Dans ce port entrent tous les
ans environ dix mille
navires, surtout ceux qui apportent de l’Amérique le coton, le sucre, le café, et
en

'

fc»
,

t

d54
d’autres denrées coloniales.
Chaque année, on déà
six
environ
cent mille balles de
barque Liverpool
coton destinées aux fabriques des comtés de Lancaster, York, et autres provinces du royaume. On
voit de superbes bassins murés, entourés de vastes
magasins pour recevoir les navires et les cargaisons.
Des routes en fer conduisent de quelques-uns de
ces docks ou chantiers
jusqu’au bord de la rivière.
Des bateaux à valeur remontent et descendent la
Mersey ; des canaux mettent la rivière en rapport
avec l’intérieur du
pays ; mais ces moyens de comnmnication n’ont pas paru encore asser prompts et
commodes pour les besoins de deux villes, telles que
Liverpool et Manchester, éloignées de treize lieues
de poste l’une de l’autre, et dont la seconde, centre
tire
des grandes manufactures de tissus de coton
sans cesse de Liverpool le coton brut qui a été débarqué dans ce port, et y expédie les ballots de
jtissus fournis par ces manufactures. I Trente mille
métiers à tisser et trois cents machines à vapeur
travaillent sans cesse à tisser, imprimer, lustrer ces
étoffes variées qui servent dans toutes les parties
On
du monde à l’habillement et à l’ameublement.
voit des machines à vapeur qui mettent en mouvement cinquante à cent métiers, et qui, par conséquent,
font l’ouvrage d’autant de personnes, mais en travaillant bien plus vite et d’une manière plus égale que
des ouvriers ne pourraient le faire; aussi chaque
semaine il sort des fabriques de Manchester, et des
villes et bourgs d’alentour, un millier de pièces d’étofle.
Or, pour recevoir promptement à Manchester
le coton brut, et envoyer à Liverpool le coton tissé,
on a trouvé les voies ordinaires
par terre et par eau
On a pratiqué
lentes
commodes.
et
trop
trop peu
une belle
route avec des ornières en fer, qui, au
lieu de couper les chemins de traverse, passe par
dessus.
Sur cette route, des fourgons, mus par la
et
traînant à leur suite des diligences ou
vapeur
des chariots attachés les uns aux autres, transportent
avec une rapidité extraordinaire les voyageurs et les
,

(

155
marchandises,
voyageurs,

grâce
et

un

à

une

quart

de coton

les bestiaux.

et môme

Plus de cent
arrivent à la fois,
seule machine à vapeur, dans une heure
de Liverpool à Manchester. —Des balles
avec

leurs

d’Amérique,

bagages,

ou

des bestiaux

vient, de débarquer à

d’Irlande, qu’on

Liverpool, peuvent’ être,
heures, îdans les magasins

au

bout de deux à trois
et
les étables de Manchester.
Dans ces transports, dont
l’aspect est fort singulier, c’est quelque chose de
magique de voir une machine en tète du convoi tratà

suite cinq à six diligences
remplies de
ou des chariots
chargés de marchandises
ou
d’un troupeau de bestiaux, et franchir avec la
rapidité d’un trait une route droite et unie, sans que
l’on voie autrement
que par un tourbillon de fumée,
quel est le pouvoir qui fait voler ainsi cette caravane roulante.
La machine à vapeur a
quelquefois
la forme d’un animal monstrueux
qui lance des bouffées de fumée par ses narines ou sa
gueule. A la
ner

sa

voyageurs,

machine est attaché un
fourgon qui contient la
houille et l’eau pour alimenter et la chaudière et le
feu.
A ce fourgon sont accrochées, l’une derrière
l’autre, les voitures qui portent les voyageurs ou
les passagers.

Depuis

que

cette

belle

invention

existe, les

habitants des deux villes peuvent se voir et traiter
d’affaires presque aussi facilement
que s’ils demeuraient aux deux extrémités de Londres, et on cite
des fabricants de Manchester
qui, quatre heures après

l’arrivée d’un navire des Indes à Liverpool, avaient
toute la cargaison chez eux en
mâga&in.
Dans les fabriques, les machines à
vapeur remplacent un nombre considérable d’ouvriers. On a
calculé qu’il faudrait quatre cents millions d’ouvriers
pour faire tout l’ouvrage que les fabriques anglaises
produisent à l’aide des machines à vapeur. Dans
les filatures, cent ouvriers,
dirigeant les machines,
filent actuellement, en une année, ce
que vingt millions d’ouvriers, n’ayant que leurs bras, feraient en
Par les machines à
on a
quarante ans.

vapeur,

r~y
•156

gagné à la fois sous le
celui du temps, et de

rapport

de l’économie et

plus l’ouvrage acquiert

sous
une

régularité parfaite.
On ne s’imaginerait jamais quel parti avantageux les Anglais savent tirer de ces appareils à la
vapeur; il n’y a presque pas d’ouvrages dans les
manufactures et dans l’économie domestique auxquels
on ne les
emploie avec succès. On leur fait battre
du bois de teinture, filer
la toile, élever l’eau,
broder des mousselines, scier du bois, tailler des
cristaux, battre des feuilles imprimées, moudre le
grain, imprimer des gazettes, frapper des monnaies,
etc.
Dans quelques-unes des grandes brasseries de
Londres, les machines fout tous les travaux;- elles
transportent la drèche dans de grands canaux, d’où
elle passe dans des chaudières de vingt pieds de
diamètre: elles brassent la bière, et quand elle est
faite, elles la versent dans d’énormes cuves, d’où
on la
fait passer dans des tonneaux, et ceux-ci se
transportent comme d’eux-mêmes dans un lieu où on
les charge sur des voitures.
Depuis le sol jusqu’au comble, on voit dans ces brasseries tout en
mouvement; une force invisible agit partout sans
le blé et le beurre,

râper

et tisser le coton, la laine et

embarras,

père

sans

sans

précipitation,

sans

que les hommes soient

bruit,

et tout s’o-

obligés d’employer

la moindre peine.
L’ingénieux art de la mécanique
Je vous dirai en passant que les
les en dispense.
grandes brasseries de Londres ont quelque chose de
gigantesque dans jeur manipulation. L’une d’elles a
des cuves dont la plus grande peut contenir trois
mille barriques, et la plus petite huit cents barriques de bière. Elle brasse tous les ans environ
deux cent cinquante mille barriques.
En 1797 , on
donna au prince de Wurtemberg un bal dans la
cuve d’un brasseur, et il
y a quelques années qu’une
de ces cuves énormes, en crevant au moment qu’elle
était pleine de bière, renversa des murs, noya plusieurs personnes, et inonda les environs.

(

COURSES

DE

CHEVAUX.

Les

Anglais savent donner par leurs soins plus
de prix à plusieurs espèces d’animaux.
Leurs ehevaux, par exemple, sont les meilleurs coursiers de
Ils prennent le plus grand soin à les
l’Europe.
élever, et cherchent à exciter l’émulation des propriétaires.
A cet effet, on a établi des courses de ehevaux où l’on
distribue des" prix considérables, et
auxquelles assistent les personnes les plus distinguées.

Ces

ment lieu à

courses

publiques, qui

Nervmarket,

et

qui

ont

principale-

sont le rendez-vous

du beau monde, ont tant d’utilité, qu’on les a
adoptées dans d’autres pays, entre autres en France.
Cependant les Anglais y mettent beaucoup plus d’intérêt et presque de la passion.
Elles sont en usage
chez eux depuis plusieurs siècles, et les rois les
ont encouragées souvent de leur
présence et de leur
générosité. Ils donnaient autrefois pour récompense
au meilleur cavalier une sonnette ou une
coupe d’argent et quelquefois d’or; dans la suite on y substitua un prix de cent guinées, et le lieu des
grandes
courses fut établi à Newmarket, à
quelque distance
de Londres.
On y distingue la course
longue et
la course ronde; la première
comprend un espace
de 7440 yards ou verges anglaises, c’est-à-dire,
d’environ une lieue ; la seconde est moindre,
n’ayant
Chiltlers, le cheval anglais le
que 6040 verges.
plus fameux et le plus leste qui ait jamais concouru,
fournissait la première de ces carrières en 7 minutes
et demie, et la deuxième en 6 minutes 40 secondes,
49 pieds en une seconde, mais les
n’ont pu parcourir en une seconde
plus de 47 pieds. On avait calculé qu’il franchissait
un mille anglais en une minute, en sorte
que, s’il avait
pu toujours courir avec cette rapidité, il aurait fait le
en

parcourant

autres chevaux

tour du

globe, en vingt-quatre jours. Un autre fameux
l'Eclipse, qui a remporté onze fois le grand
prix royal, a fait gagner des sommes'énormes à son
propriétaire. Le roi Guillaume IV a fait richement
coursier,

des quatre fers de ce cheval, que
club des jockeys : société dans laquelle se font recevoir beaucoup de lords, amateurs
passionnés des courses. Les chevaux qui coucourent paraissent être piqués d’une vive émulation ;
c’est avec impatience qu’ils attendent le signal de
la course, et dans l’arène ils mettent la plus grande
ardeur à se devancer les uns les autres.
C’est un
art en Angleterre que d’élever des chevaux pour les
H y a des gens qui les prennent en pencourses.
sion à haut prix pour les préparer.
Chaque cheval
écurie et son valet ; on les enveloppe pour
a son
les faire suer, on leur donne des médecines, et on
les fait exercer deux fois par jour, afin qu’ils soient
Si c’étaient des êtres humains, on ne pourlestes.
rait les soigner davantage; certes, il y a beaucoup
de pauvres en Angleterre qui ne coûtent pas le
dixième de l’argent qu’exige l’éducation des chevaux
de course.
Les jockeys, qui montent les chevaux de course
sont aussi en quelque sorte élevés d’une manière particulière. 11 faut qu’ils soient si maigres et si légers,
que les chevaux sentent à peine leur poids; aussi
les véritables jockeys de course ont l’air de squelettes: ils mangent et boivent très sobrement, transpimonter

l’on

rent

or

un

conserve

au

en

beaucoup

et

se

purgent

même

fréquemment.

Leur costume ne contribue guère à les rendre pesants ; c’est un pantalon d’une étoffe fine, une petite
veste de taffetas, des bottines légères et une casquette.
Avant la course on fait peser les jockeys avec leurs
selles. S’il y en a parmi eux de plus légers les uns
que les autres, on met dans leurs poches du plomb,
pour que leur poids soit égal à celui de leurs concurrents.
Ce sont ordinairement des jeunes gens;
mais il y en a aussi de plus âgés, qui continuent
ce métier
pénible toute leur vie. Ils fréquentent les
et s’ils sont habiles dans
les paye bien ; car puisque leur
duire un cheval peut faire gagner
paris considérables, ils ont droit à

courses,
on

leur profession,
habileté à condes prix et des
la générosité de

ceux qui les
emploient, et en faisant la fortune de
leurs maîtres, ils font
quelquefois aussi la leur. I!
faut, il est vrai, une grande habitude pour parcourir
à cheval l’arène avec cette
bons

écuyers qu’ils soient,

rapidité. Quelques
toujours des

ils courent

dangers ; leurs poumons souffrent d’ailleurs de la vitesse
avec
laquelle ils fendent l’air; mais ils diminuent ce
funeste etfet en agitant l’air avec leurs bras. Leurs
casquettes mêmes sont faites de manière à fendre
l’atmosphère avec plus d’aisance.

Malheureusement ces courses ne sont plus qu’
moyen de se livrer à un jeu de hasard effréné.
Dès que deux chevaux connus sont destinés à concourir, non-seulement les deux maîtres parient, mais
aussi une foule d’amateurs viennent se faire inscrire
pour une somme qu’ils parient en faveur de l’un ou
de l’autre cheval.
Les paris sont d’autant pins élevés que le cheval pour lequel on les fait a
plus de
réputation. Toutes les gageures sont enregistrées
soigneusement, et pendant que les chevaux courent, il
se fait encore des
paris, selon que l’un on l’autre a
plus de chances. On risque des sommes énormes,
on
s’appauvrit ou on s’enrichit en peu de temps ; et
comme la fortune en
dépend, on met à ces courses
d’animaux une importance qu’elles sont loin de mériter.
Plus d’un mois avant les courses annuelles
de Nevvmarket, les
journaux annoncent quels sont les
divers chevaux qui doivent courir,
quels sont leurs
concurrents, et quels paris sont ouverts pour les
uns et
pour les autres.
un

PECHE

nu

HÅRETS G.

d’autres

Quoique
peuples, tels que les Anglais,
les Danois, les Norvégiens, les Français et les Américains s’occupent beaucoup de la
pêche du hareng,
les Hollandais qui ont inventé ou
perfectionné les
procédés de cette pêche, la font aussi avec le plus
de régularité, et en temps de paix-elle
occupe chez
eux le
plus de navires et de pêcheurs. On évalue
à environ trois mille le nombre de navires

pontés

160
sortent tous les ans des ports de divers pays
pour cette pèche, et à cent mille le nombre des mateLes Hollandais seuls en
lots qui y sont employés.

qui

peuvent revendiquer environ vingt mille pour leur
part. Vous vous imaginez bien les ravages que doit
faire
vres

une pareille armée de pêcheurs parmi les panOne peuvent-ils opposer à des flottes
harengs.

Tous les
pour les détruire?
tombe dans les filets, et
il y en a peut-être autant qui sont dévorés par les
gros poissons; la pêché dure déjà depuis plusieurs
siècles, et rapporte tous les ans à peu près la même
quantité. Aussi un naturaliste remarque fort bien
que c’est pour les différents peuples qui s’y livrent
une mine
plus riche et plus inépuisable que toutes
les mines d’or et d’argent du Pérou.
Plusieurs naturalistes ont pensé que les harengs
viennent de la mer Glaciale, mais on en doute auentières
aus

un

qui

viennent

milliard de

harengs

ce qu’il y a de sûr, c’est que ce poisson
fond
de la mer depuis le 45®
le
degré de
occupe
latitude septentrionale jusqu’au pôle du nord, et qu’il
vient à une époque tixe de l’année sur les côtes pour
ses
œufs qui
y frayer, c’est-à-dire pour y déposer
sont innombrables ; ce qui explique comment il peut
y avoir tant de harengs malgré la persécution des
hommes et des gros poissons. Tous les harengs ne
frayent pas à la fois: d’abord les vieux commencent,
ensuite viennent ceux d’un âge moyen, les plus jeuC’est particulièrement
nés sont les derniers à frayer.
contre les vieux harengs, appelés en terme de marine
harengs pleins que se dirige la pèche. Par une loi
hollandaise, les pécheurs ne peuvent jeter les filets
que depuis le 25 juin jusqu’au 15 juillet, et pour encourager la pêche, on paye une prime à la première
base (c’est le nom du bateau de pêche) qui sort et
qui rentre. Quand les buses sont en mer, elles'plierchent à découvrir les bancs, c’est-à-dire, les bas-fonds
couverts de ces poissons»
Plusieurs circonstances
les leur indiquent, telles que les mouettes et autres
oiseaux de mer qui plaqcnt sur les bancs de harengs

jourd’hui;

n,e

i (il
pour saisir
l’eau

;

qui s’avancent jusqu’à la surface de
jour la présence des harengs est
par une matière huileuse qui surnage

ceux

pendant

le

aussi
dans la mer, et pendant la nuit par des feux phosphorrques, émanés de ces poissons. Quand on est
sûr de l’existence d’un banc, on s’apprête à jeter en
mer de
gros filets de soie, longs de mille à douze

trahie

bout desquels sont attachées des pierdéroulent au moyen d’un cabestan, et
des tonneaux vides attachés au haut des filets indiquent leur position sur la surface de la mer. Troublés par ces filets, les harengs cherchent à se glisser
par les mailles; mais ils s’y accrochent par les ouies
et y restent suspendus.
Dans les filets hollandais
les mailles ont un pouce de large, en sorte que les
petits poissons peuvent y passer. Leur pêche serait
plus abondante sans cette précaution, mais ils la dirainueraient pour l’avenir; une sage modération porte
plus de profit que l’avidité. Les Prussiens et les
Suédois avaient autrefois sur leurs côtes une bonne
pêche de harengs ; mais comme leurs filets avaient
des mailles si étroites, que tous les harengs y étaient
pris, le nombre de ces poissons diminua peu à peu,
et maintenant la pêche des harengs est presque nulle
sur la côte de la Prusse.
On jette les filets ordinairement le soir, et pour
attirer davantage les harengs, on y attache des lanternes ; car les poissons s’approchent volontiers de
la lumière.
C’est un spectacle singulier que de voir
des milliers de harengs suspendus dans les mailles
des filets, et vous pensez bien que ceux qui s’en récents pas,

res.

Ils

au

se

le plus, ce sont les maîtres des navires et
les matelots: mais quelquefois leur joie est interrompue par l’arrivée de quelque requin ou autre

jouissent

proie qui détourne la troupe des harengs,
eu les
poursuivant s’engage dans les filets et
chire pour se débarrasser.
Si l’on parvient à
de

poisson
ou

qui

les déretirer
aussitôt* la

les filets sans accident, il faut songer
conservation des harengs, qui se corrompent promptement dans leur état naturel.
Des matelots caqueurs
n

162
hâtent de les habiller, c’est-à-dire, de les vider
par la gorge, et de les mettre dans la saumure. Le
lendemain de cette opération on les en retire, et on
les met avec du sel
par couches, dans des tonnes
se

qui peuvent en contenir un
préparés ainsi, sont brailles,

millier.

Les

harengs,

terme de matelots.
Arrivés au port, on les retire des tonnes
pour les
mettre dans des barils avec d’autre sel.
C’est ainsi
qu’on les expédie pour les divers pays.
on

en

avoir

retient

une

en

Cependant
Après
saumure
pendant

quantité pour les

saurer.

les harengs dans la
les attache
par les ouies à des bâtons,
et on les expose dans des cheminées à une
épaisse
fumée, qui en fait des harengs-saures en 24 heures
de temps.
Quelques peuples, tels que les Anglais
et les Suédois, tirent
parti des intestins que l’on jette
Les Anglais en nourrissent
pendant l’encaquetage.
les cochons et s’en servent comme de fumier. En
Suède, on en tire encore un meilleur parti en les
faisant bouillir pour en tirer de l’huile. Sur les côtes où la pêche a lieu, on trouve établies des brûleries ou des cabanes
qui contiennent une huitaine de
grandes chaudières. Quand les intestins y sont fondus dans l’eau bouillante, on introduit dans la chaudière une quantité d’eau froide.
L’huile se sépare
alors de l’eau, et on se hâte de la
puiser dans de
grandes cuillers. Ce qui reste au fond des chaudières offre encore de bon fumier.
Des bateaux accompagnent les buses
pour porter des vivres et pour
emporter les premières tonnes,
qui se vendent plus cher que les suivantes. Le hareng est en France un mets accessoire, mais il y a
des pays, tels que la Hollande, où c’est
pendant
plusieurs mois de l’année la principale nourriture du
peuple. Un ouvrier déjeûne, dîne et soupe avec
quelques harengs, du pain et de la bière, sans déL’àcreté des hapenser au-delà de quelques sous.
rcngs-saures qui nous déplaît, est précisément ce que
ce
peuple aime le plus. En Hollande, on ne confit
les harengs que dans des tonnes de bois de chêne ;
24

trempé

heures,

on

(

163
tandis que les

Norvégiens y emploient du ltois de
dont la résine donne aux
un
goût amer
nous les
ferait rejeter; mais les Polonais
prél'èrent ce goût : aussi lorsque le
gouvernement introduisit en Norvège des tonnes de chêne, le débit
des harengs diminua en
Pologne, et il fallut revenir
à l’ancien
usage.
Une branche de commerce aussi lucrative ne
laisse pas de rapporter de grandes sommes à la
Hollande.
Quand elle s’en occupait seule, elle y
gagnait encore bien davantage. Aussi c’est à l’époque qu’elle envoyait 1,500 buses à la pèche du hareng, qu’élle était dans sa plus grande splendeur.
pin,
qui

harengs

AMUSEMENTS

On dirait que
braver les dangers:

amusements.

FAVORIS

DES

RUSSES.

le Russe trouve du plaisir à
car il les cherche même dans

Le

peuple russe ne peut s’amuser
glissoires qu’on a vu imiter
et même surpasser dans les
jardins publics de Paris.
En été les glissoires sont formées
simplement de
planches parfaitement unies ; mais en hiver c’est
une
pente couverte de glace. Vous jugez qu’il faut
du courage pour glisser ou
plutôt pour voler du
haut de la glissoire dans un petit traîneau qui ne
garantit d’aucun accident. A Pétersbourg, ces glisses
en

commun

sans

ses

,

soires sont construites sur les bords de la
Névaç,
Au haut de l’échaffaudage est une
petite esplanade
ornée de colonnes, de branches de
sapin, de drapeaux et de banderoles. L’impulsion que l’on reçoit

glissant est telle, que le traîneau traverse la Neva,
toujours gelée à cette époque, remonte une autre
glissoire construite sur le bord opposé, et descend
de nouveau. Les Russes ne se lassent
point de ce
On les voit
divertissement
glisser du matin au
soir, et remonter chaque fois patiemment à l’échaffaudage pour recommencer. Il faut payer pour chaque
en

descente,
Au

bout

et le

de

plaisir ne dure que peu de moments.
quelques heures on a dépensé une
( 1*

164

petite somme d’argent: mais peu importe aux Russes;
quand une fois ils se livrent au plaisir, il faut qu’ils
s’en rassasient. ( Les dames goûtent celui-ci autant
~que les hommes, et bravent le danger qui y est attaché.

Les personnes de distinction mêmes ne peupriver de glissoires; elles en ont pour la
plupart dans leurs jardins ou dans leurs cours. L’adresse naturelle des Russes se montre encore dans
11 semble d’abord imposcet amusement national.
sible de modérer l’élan que donne au traîneau la
pente et le poli de la glace; cependant les Russes
dirigent si habilement leur traîneau, qu’ils évitent de
heurter les personnes qui ont le malheur de tomber,
et passent auprès d’elles sans les toucher.
INéanvent

se

moins il arrive de temps à autre des accidents;
mais ils ne ralentissent point l’ardeur de la multitude
pour cet excercice.

Un autre amusement favori du peuple russe,
presque aussi dangereux que celui des glissoires,
les balançoires.
Elles consistent dans de
ce sont
grandes perches fixées en forme de croix à un axe
qui en traverse le milieu. Au bout de ces perches
sont attachées de petites chaises ou plutôt de petites
loges en bois, dans lesquelles il y a de la place
Quand la machine est en
pour deux personnes.
mouvement, les perches décrivent en l’air un tour
à peu près comme les ailes d’un moulin à vent,-et
vous vous imaginez bien
que les petites loges font
le même tour avec les personnes qui les occupent.
Le moindre accident qui arrive à ces loges peut
causer la chute des personnes
qui y sont renfermées.
Le peuple ne fait pourtant pas cette réflexion, et
se
presse souvent en foule autour des balançoires.
C’est surtout dans les grandes fêtes des Russes,
à la semaine sainte, avant le carême et à Pâques,
que les glissoires et les balançoires sont en grande
activité ; c’est enfin dans ces fêtes qu’on peut ohserver le mieux
l’esprit du peuple russe.
et

165
FETE

DE

PARUES

EV

RUSSIE.

Pendant tout le carême les Russes

viande,

ne

peuvent

accommoder leurs mets
avec du beurre :
le peuple se contente alors de légrimes, d'oignons et de poissons, souvent à moitié
pourris; quelque faible que soit cette nourriture pour
son estomac accoutumé à des aliments
plus solides,
il ne songe point à enfreindre les lois de
l’Église
L’eau-de-vie est
pour s’en procurer une meilleure.
la seule chose qu’il ajoute à sa misérable nourriture,
et dont il abuse souvent dans cet
espace de temps:
manger

à

aucune

ni

que le carême avance, on se prépare aux
vont le terminer; on attend avec
impatience la veille de Pâques; et comme vers cette
mesure

réjouissances qui

le
printemps commence, on s’apprête à jouir
du retour de la belle saison.
La nuit de Pâques,
personne ne se couche; tout le monde se pare au
contraire le mieux possible
pour se rendre à l’église;
chacun tient à la main une lumière.
la

époque

cloche

Quand

minuit, le prêtre qui officie s’écrie trois
fois à haute voix: Christ os woskres, c’est-à-dire
Jésus-Christ est ressuscité : ces mots sont le signal
sonne

de la fête
tourne

pascale

et du mouvement

général. Chacun
les embrasse sans
égard au sexe ou à la dignité: l’un souhaite la fête
à l’autre et lui donne un baiser fraternel, en disant:
Christos rroskres.
Pendant que tout le monde dans l’église se
livre à la joie, les cloches se font entendre dans toute
la ville, on tire le canon, et des chœurs de
prêtres
et de chantres entonnent des
hymnes. On allume
devant les autels et devant les images des saints
des milliers de lumières; chacun
apporte la sienne.
A l’aube du jour on
apporte à l’autel des œufs et
d’autres mets, entre autres, du pascha
qui est fait
de lait caillé ; le prêtre les bénit
moyennant une
pièce de monnaie, ou en gardant la moitié de ces
mets, et dès ce moment il est permis aux Russes
de manger de tout indistinctement.
Aussi dès que
se

vers

ses

voisins,

et

166
i’office est terminé,

rend à la maison pour se
et d’autres nourritures
dont il a fallu se priver pendant le carême. Ensuite
on
s’apprête aux visites d’usage; depuis le point du
jour jusqu’à midi les rues fourmillent de voitures et
de piétons, et de tous côtés on entend ces mots :
Christas woskres, accompagnés
toujours d’un baiser
fraternel et du don
réciproque de quelques œufs
teints en rouge; quelques
personnes présentent aussi
à leurs amis des œufs imités avec
beaucoup d’art
et d’un grand prix.
Ils sont quelquefois en verre
ou
en
porcelaine, et décorés d’élégantes peintures.
Aussi c’est pour ne pas
manquer d’œufs à la fête
de Pâques, que les
paysans russes partagent durant
l’hiver leurs chambres avec leurs poules,
qui s’y établissent comme dans le poulailler et
pondent sous
le poêle et les bancsr- Cet
usage est très ancien,
et se pratique non-seulement dans toute la chrétienté, mais encore chez les peuples qui ne sont
point éclairés par les lumières du christianisme. Les
juifs mettent un œuf sur leurs tables pascales, et
les Persans se font présent au
premier jour de l’an
d’œufs peints, dorés et ornés de diverses manières.
Cela fait voir que cet usage vient du
paganisme,
où il servait peut-être à indiquer le commencement
du monde: s’il a été conservé dans la chrétienté,
c’est sans doute pour servir de
symbole à la résurrection.
L’après-midi de cette journée est consacré au
repos, excepté pour les fonctionnaires qui font des
visites chez leurs chefs ; mais le
peuple se porte en
foule vers les places publiques, qui doivent être le
principal théâtre de ses amusements. Il y trouve des
balançoires, des carrousels, des marionnettes, des
baladins, des restaurants, des boutiques de cornestildes, enfin tous les plaisirs qui flattent ses goûts.
Les fêtes durent sans
interruption toute la semaine
de Pâques; on se
régale chez ses parents et ses amis;
ce sont des dîners et des bals
sans
interruption; les
domestiques mêmes se font des visites et se régalent.

régaler

de

on

se

viandes, de laitage

'

/

167
Les boutiques sont fermées, et les affaires laissées
de côté: tout le monde se livre au plaisir. Les fêtes

sont surtout brillantes les trois derniers jours,
par
l’affluence des personnes de rang, qui alors y
prennent aussi part.
Le Kusse est généralement hospitalier envers
l’étranger. Autrefois à la mort d’une personne de
haut rang, les parents distribuaient aux pauvres,
pendant six semaines, des aumônes nombreuses. Le
marchand, en allant le matin à sa boutique, compar acheter quelques pains qu’il coupait pour
les distribuer aux indigents.
Lorsqu’à l’entrée de
l’hiver les boïards ou seigneurs recevaient le produit
de la récolte de leurs terres, ils en faisaient distribuer une partie.
D’après un ancien usage, les czars
se rendaient le
premier jour des fêtes de Pâques à
la prison de la ville, et en disant à chacun des captifs: Jésus Christ est ressuscité aussi pour vous,
ils lui donnaient une pelisse neuve, et lui envoyaient
des viandes apprêtées pour se régaler après la longue
abstinence pendant le carême ; usage touchant, digne
des premiers siècles du christianisme, lorsque tous
les chrétiens se regardaient comme frères.

mençait

PALAIS DE GLACE

CONSTRUIT

A

SAINT-

PETERSBOÜRG.

Le froid rigoureux, qui règne durant le
long
hiver de Russie, donna une fois à la cour de Pétersbourg l’idée singulière de bâtir un palais tout entier
en glaces, et cette idée fut réalisée.
On tailla des
de glace, on les posa les uns sur les
morceaux
autres comme des pierres, et au lieu de mortier, on
jeta entre les morceaux de l’eau qui ne tarda pas à
geler ; c’est ainsi que l’on construisit un édifice vraiLes appartements de ce palais
ment solide.
gelé
étaient meublés de tables, de miroirs, de lustres, et
même d’un lit; on y avait mis des statues, et tout
cela en glace, les meubles et les murs étaient couverts de peintures.
On admirait la façade de l’édi-

fice

était ornée de sculptures.* Devant le palais
six canons et deux mortiers, et un éléen
glace comme tout le reste. Frappé
des rayons du soleil, la place de ce palais reflétait
de tous côtés la lumière, et jetait l’éclat des plus
beaux diamants.
Mais le soir, quand l’intérieur de

qui

voyait
phant fait
on

était éclairé par des bougies, on croyait
de ces châteaux enchantés dont parlent les
contes des fées.
L’éléphant placé à l’entrée, qui
lançait du naphte allumé, produisant des flammes
bleues et jaunes, contribuait beaucoup à augmenter
l’effet extraordinaire de cet édifice, qui se conserva
tout l’hiver jusqu’au mois de mars. La chaleur croissanté du soleil le fit alors retomber en eau, et disce

palais

voir

un

paraître.
TRAVAUX

DES

HOMMES

RAKS

LES

MINES.

caché la

En vain la nature
plupart des minédans les montagnes : l’homme, à force de travail et de patience, est parvenu à s’en rendre maître.
11 a sans doute fallu un long espace de temps pour
que l’homme parvînt à l’idée de tirer des pierres les
métaux qu’elles contiennent.
Cette opération est
a

raux

des plus communes que
une
l’on connaisse dans presque tous les pays de l’Europe
On creuse la
et dans d’autres parties du monde.
terre à une grande profondeur; on construit des galeries souterraines; on en tire le minerai qui contient le fer ou le cuivre. On le grille dans de grands

pourtant aujourd’hui

fourneaux,

quand la masse, par la chaleur du feu,
liquide, on la fait couler dans des mouou
d’argile: les mines, les usines et les

et

est devenue
les de sable

une grande
partie des habitants dans
les contrées où le fer abonde. Les ouvriers employés
aux mines renoncent
presque au commerce avec le
monde, et s’ensevelissent dans les souterrains, d’où
ils ne sortent ordinairement que les dimanches.
La Suède et la Norvège sont au nombre des
La Dalépays les plus riches en fer et en cuivre.

forges occupent

carlie, province suédoise, subsiste

en

grande partie

169
de

ses

mines.

Kopparberg

ou

ville de Falun.

C’est
Ou

travaux des mines.
nés, et

là que l’on

mont de

les vapeurs

trouve

le

fameux

cuivre, auprès de la petite

aperçoit déjà de loin l’effet 'des
qui s’exhale des usiqui sortent des souterrains couLa fumée

vrent la

contrée, et donnent un air sombre au paysage. Les végétaux n’y peuvent prospérer: tout cède
ici au règne minéral. Un immense abîme sert d’entrée aux mines.
On y descend par un escalier, au
bout duquel il faut se résoudre à descendre le reste
11 faut faire plus
par des échelles et des cordes.
de 1200 pas avant d’arriver jusqu’au fond. Les Dalécarliens blêmes et maigres, quoique fortement constitués, s’enfoncent dans ces vastes souterrains pour
exploiter le cuivre. L’air y est si chaud, qu’on y
peut travailler en chemise. Les vapeurs du cuivre
nuisent à la santé; cependant les Dalécarliens serablent résister à ses funestes effets mieux qu’on ne
croirait.
Ce sont des hommes d’un caractère et d’un
physique particuliers. Ils ont une taille robuste, des
os saillants, un air et une démarche tiers.
Au-dessus d’une culotte
de peau, ils portent une espèce
de jupon en cuir, et un habit de bure blanche ou
noire qui est carré, et pend sur leurs épaules comme
un sac.
Ils ont un langage particulier; ils tutoient
tout le

monde, même leurs supérieurs, et montrent
de l’esprit naturel dans leur conversation énergique.
Ils jouissent de plusieurs privilèges, dont ils sont
aussi fiers que d’avoir plusieurs fois montré leur bravoure
dans des circonstances critiques.
L’histoire
des révolutions de la Suède vous apprendra avec
quelle énergie ces hommes grossiers prirent la défense de Gustave "Vasa, qui chercha un asile dans
leur pays. Ils montrèrent les mêmes sentiments envers Charles XII,
lorsque ce prince, battu en Russie
se retira à Bender en
Pierre-le-Grand,
par
Turquie.
Les Dalécarliens s’offrirent d’aller au nombre de 20
mille rejoindre le roi pour le ramener dans leur patrie.
Ainsi les travaux pénibles des mines n’ôtent
à
point ces braves paysans leur courage naturel. Ils

sont pourtant loin d’avoir
toujours leur subsistance
assurée.
L’agriculture est, dans cette contrée, d’un
mince produit. Dans quelques cantons, on mêle l’écorce de fèves à la farine
d’orge ou de seigle quand
la récolte est mauvaise ; mais, d’un autre côté, ils
ont souvent une bonne chasse et une
très

pêche

abondante.
Les

peines

que demande

ici

l’exploitation

des

métaux, ailleurs il faut les employer à tirer de la

des principaux ingrédients de nos aliments ;
dire le sel.
On a trouvé divers moyens
de se procurer cet ingrédient nécessaire.
Sur les
côtes de la mer, on fait séjourner l’eau marine dans
des enclos que l’on appelle marais salants ; l’eau
s’y
dépouille du sel dont elle est toujours chargée, et
la chaleur du soleil en hâte la cristallisation. Dans
l’intérieur du pays, lorsqu’on a des sources salées,
on conduit les eaux de ces sources dans
de grands
bâtiments et à travers de nombreux fagots d’épines
qui enlèvent les parties étrangères au sel. On fait
tomber les eaux dans de grands réservoirs ; de là
elles passent dans des chaudières longues et
larges
au-dessous desquelles on entretient un feu très vif.
Après être bouillies, les eaux s’évaporent, et le sel
tombe au fond des chaudières.
Il y a un troisième moyen de se procurer du
sel : c’est de le tirer des mines, où il se trouve souvent en blocs énormes. Tous les environs des monts
Krapaks, depuis la Moldavie jusqu’à la Silésie, c’està-dire sur un espace de 2tS0 lieues de long et de
20 à 50 de large, ne paraissent former qu’un seul
banc de sel. Dans toute l’étendue de ces montagnes,
on
exploite avec beaucoup de succès des mines de
cette espèce ; la
plus abondante et la plus remarquahic de toutes, c’est celle de Wielizka, à deux lieues
de Cracovie en
Pologne. Ce sont de vastes souterrains creusés dans le sel; on
y descend par le moyen
de cordes qui sont mises en mouvement
par un cabestan.
Quoique l’on prenne les plus grandes précautions pour les étrangers qui veulent visiter les
terre

je

un

veux

171
mines, ils tremblent

en

d’un abîme dont ils

se

voyant suspendus au-des-

connaissent pas la provie dépend de la
force d’un
bien plus encore,
s’il fallait descendre, comme les ouvriers,
par de Iongués échelles qui sont à peine penchées. Mais dès
qu’on est arrivé au fond de la mine, on oublie ce
On dirait une
que la descente avait de périlleux.
ville souterraine ; ce sont en effet des habitations,
des chapelles, des places, des carrefours, des voûtes
soutenues par des piliers, le tout taillé dans le sel;
on voit des
hommes, des charrettes, des chevaux
passer et repasser dans les rues qu’éclairent des milliers de lampes, dont la lumière se reflète de toutes
parts dans les cristaux de sel.
Les ouvriers employés dans ces mines ont tellement pris l’habitude de la vie souterraine,
qu’ils seinblent à peine s’intéresser à ce qui se
passe sur la
surface de la terre.
Us logent avec leurs familles
dans les mines, et ne voient ordinairement le
jour
que les dimanches et les fêtes. Leur tâche est bien
pénible et souvent même dangereuse ; quand les chefs
ont marqué les masses de sel, ou les blocs
que les
ouvriers doivent détacher, quelques-uns d’entre eux
s’occupent à fendre ces masses en plusieurs parties,
et d’autres à les
déposer dans de grands tonneaux.
L’endroit où l’on a détaché une pareille masse forme
une
petite cellule carrée, et comme ces cellules sont
pratiquées à la file les unes des autres, sur les deux
côtés des allées souterraines, toutes ces rues ou tous
ces corridors forment un vaste
labyrinthe qu’il serait
sus

fondeur,

et

ue

songeant que leur
cable.
Ils trembleraient
en

dangereux de parcourir sans guide. Après avoir
épuisé la première mine, on en a creusé une seconde
au dessous de celle-ci,
puis une troisième, une quatrième et même une cinquième.
Des plafonds de
sel, soutenus par des piliers du même minéral, séles divers étages.
Ces piliers succombent

parent

quelquefois

au
poids qu’ils supportent, et cet accident entraîne l’écroulement d’une
partie de la mine.
Cependant, aujourd’hui, instruit par une funeste ex-

172

périence, on procède à l’exploitation avec beaucoup
plus de méthode qu’autrefois, et l’on taille des piliers
beaucoup plus forts et plus solides qu’anciennement,
où l’on ne songeait qu’à creuser et à enlever le sel.
Sans les bonnes
précautions que l’on prend, la ville

de Wielitzka même, bâtie sur ces souterrains, courait de grands risques d’être engloutie par l’affaissement des mines.
Dans le Tyrol et le Salzbourg, les mines de
sel occupent également beaucoup de bras.
Je ne
parlerai que de celles de Hallein dans le pays de
Salzbourg. Ces mines sont creusées dans une moutagne qui paraît toute composée de sel natif. On a
une manière
singulière d’y descendre. Lorsque des
curieux se présentent pour visiter les mines, on leur
fait quitter leur habillement, et on leur donne un costume semblable à celui des mineurs; c’est un
justeau-corps blanc, un grand tablier de cuir, une toque
en feutre
et des gants montants.
Affublés de ce
costume grotesque, il faut que les voyageurs consentent à s’abandonner à la pente de grosses poutres,
et à s’enfoncer en glissant, dans
l’espèce de puits
Une simple corde
par où l’on se rend aux mines.
les soutient pendant qu’ils glissent le long des poutres.

-Cette

opération effraye

au

premier coup-d’œil;

mais bientôt on trouve de l’agrément à passer avec
la plus grande rapidité du jour à une profonde obscurité, et à se trouver sur pied au fond du puits
avant de savoir où l’on arrive. A l’entrée des
galeries
souterraines, les mineurs font asseoir les voyageurs
un
petit chariot, et les traînent en courant jusqu’à l’endroit où l’on travaille. Dans les salles que
l’on parcourt successivement, les cristaux de sel hrillent de toutes parts comme à Wielitzka; de temps
en
temps on entend un bruit semblable à celui du

sur

tonnerre, et si violent, que les mines en sont ébranIl provient des blocs de sel
lés.
que l’on fait sauter par la poudre.
Ce procédé est beaucoup plus
court que si on détachait les blocs à coups de mar-

173
teauX ; mais il est dangereux, et on n’en fait
usage
que lorsqu’on est sûr de ne pas causer un éboulement.

Les mines de charbon de terre et de houille
exploite en Angleterre, en Flandres et ailleurs, présentent de vastes excavations creusées à la
longue par les mineurs. Il est heureux qu’il se
trouve des hommes
qui veulent bien quitter tout ce
qu’ils ont de plus cher, renoncer à l’aspect de la
nature, et se retirer dans des antres affreux pour
en tirer des matériaux utiles au monde
qu’ils n’habitent pas
Quoique l’influence de l’air souterrain se
fasse remarquer sur leurs visages, on est pourtant
étonné de les voir contents, gais et attachés à leur
S’ils voyaient toute l’horreur de leur
genre de vie.
que l’on

position

comme nous, rien ne les
engagerait peut-être
continuer leur profession.
Indépendamment de
l’ennui de travailler dans des lieux pires que des
prisons, ils redouteraient encore les dangers qui les
assiègent de tous côtés. S’ils ont pris assez de
précautions pour être sûrs que la mine entière ne
s’affaissera point, ils ont toujours à craindre qn’un
éboulement ne bouche un passage et ne les empéehe de sortir de leur affreux cachot.
L’eau, l’air et
le feu semblent aussi
conjurés pour leur perte. 11
faut beaucoup d’art
pour détourner les eaux que l’on
rencontre fréquemment en creusant des souterrains,
et une imprudence
légère cause quelquefois i’inondation d’une mine entière*
L’inflammation de l’a\r qui règne dans ces minés ne cause
Une
pas des accidents moins tristes.
lumière, approchée imprudemment d’un lieu où le
gaz ou l’air inflammable a eu le temps de se former, cause des explosions violentes, dont les ouvriers
sont souvent victimes, et
qui en faisant écrouler les
mines en tout ou en partie, causent de
grands domD’autres fois l’air est tellement
mages.
corrompu
par le voisinage des corps métalliques et des miné-

à

qu’il asphixie les ouvriers qui s’en approchent.
progrès des sciences ont encore servi à diminuer
beaucoup ces dangers. On a inventé entre autres
raux,

Les

J

J

174

lampes de
Cependant les

sûreté qui préviennent les explosions.
ouvriers négligent quelquefois de s’en
servir, et paient cher leur insouciance.
des

MANIÈRE D’ÉLEVER

DES

FILER

LA

VERS

A

SOIE

ET

DE

SOIE.

la fabrication des soieries la France a
surpassé toutes les autres nations, et cette branche
d’industrie est si importante, et en même temps si
curieuse, qu’elle mérite bien d’être connue en détail.
Les fils de soie sont le produit d’un ver qui ne se
nourrit que de feuilles de mûrier. Ce ver n’est point
indigène dans le climat de la France ; il vient de la
Chine, où l’on a fait les premières soieries, et où
En Europe,
étoffes sont d’un usage général.
ces
la soie fut long-temps un objet du plus grand luxe,
et l’on ne savait même pas comment elle se faisait.
La Perse et l’Empire grec attirèrent enfin chez eux
cette branche d’industrie; mais les procédés de la
Au milieu du sixième
fabrication restèrent secrets.
siècle, l’empereur Justinien envoya des moines à la
Chine, pour y aller chercher des vers. Ils en rapDans

portèrent,
tes

mais sans succès ; il
dans le transport.

périrent

firent

second voyage

que ces insecLes mêmes moines

parait

plus heureux;
grande quantité d’œufs de

ils

en

rapà soie.
On les fit éclore en Grèce ; dès-lors ces insectes se
répandirent de plus en plus, et les Grecs eurent
l’avantage de fournir la soie aux autres peuples de
Durant les croil’Europe à des prix excessifs.
sades, Roger, roi de Sicile, s’étant emparé de quelsoie
ques villes de la Grèce, envoya les ouvriers en
qu’il y trouva à Païenne. Bientôt l’Italie et le midi
de la France connurent les procédés de la fabrication de la soie, et eurent des manufactures florissantés.
Vers la fin du quinzième siècle, Louis XI
un

portèrent

une

vers

•

établit à Tours

il y en avait déjà depuis assez
long-temps
Avignon ; mais elles ne s’étaient 'point
fait une réputation par leur travail.
Nîmes, Marseille, et autres villes du midi, prirent également

en

à

:

à cette fabrication.
Depuis François I,
les fabriques de France s’élevèrent au-dessus de
celles d’Italie même.

quelque part

Cependant

.les Français n’avaient pas encore
à élever des vers à soie ni à établir des
plantâtions de mûriers.
Par une routine
aveugle, ils
achetaient toujours la soie écrue aux italiens.
Un
simple jardinier de Nîmes, nommé ïraucat, devint,
à la fin du seizième siècle, le bienfaiteur de sa
patrie,
en
établissant des pépinières de mûriers dans le
Languedoc. Dès lors, les Français purent se passer
du secours des étrangers, et la soie devint une
production indigène chez eux.
Avant Traucat, on tenait les mûriers dans les
jardins comme des arbres

songé

curieux,

sans

vait

tirer.

songer art parti avantageux qu’on pouTant il est vrai que les idées les
plus simples, en fait de spéculation, échappent souvent à tout un
peuple. Grâce aux soins de Traucat,
il y eut bientôt
plus de quatre millions de plants
de mûriers dans les
provinces du midi, et la population s’accrut rapidement autour de ces
plantations,
devenues une nouvelle source de richesses.
Sous le règne de Louis XV
Avignon et Lyon
avaient seuls le commerce des soieries.
Il y eut
pendant quelque temps dans la dernière ville quinze
à dix-huit mille métiers.
Cependant dans leur prospérité, les ouvriers ne surent pas se
de la
en

présomption qui
des

garantir

accompagne facilement les succès

esprits médioçres. Lorsque l’ingénieux Vaucancélèbre par sön génie pour les
mécaniques, vint
à Lyon, en qualité
d’inspecteur des manufactures
de soie, les ouvriers lui
jetèrent des pierres, parce
qu’on leur avait dit qu’il venait pour corriger leurs
métiers.
Vaucanson eut pitié de leur
ignorance;
cependant il voulut les faire rougir de leur présomption. Comme ils sollicitaient certains privilèges
qu’ils croyaient dus à leurs talents, Vaucanson fit
son,

par
ou

le

plaisanterie un métier
bœuf pouvait faire

un

plus

à

soie,

par

lequel

un

âne

d’aussi belles étoiles
que
habile des ouvriers.

176
La guerre de la révolution en France ruina en
partie le commerce lyonnais, et dispersa les ouvriers,
dont les uns allèrent s’établir en Suisse, lesautres en
Angleterre, d’autres dans diverses villes de la France;
aussi on n’y compte plus que huit à dix mille métiers, et la vente des étoffes de soie rapporte maintenant à peine trente-six millions à tout le royaume.
Lyon est encore le premier marché de la France
Montpour les soieries ; mais Paris, Rouen, Nîmes,
en fabriquent aussi beaucoup.
etc.,
pellier,
Ceux qui veulent élever des vers à soie achètent ou louent des plantations de mûriers. A l’époque
où les arbres se couvrent de feuilles, c’est-à-dire
fait éclore les œufs des vers de
on
vers Pâques,
l’année précédente, en les mettant pendant quelques
d’un
jours dans une boîte auprès de la cheminée,
ou d’un four, ou dans un endroit quelconque

poêle

Dès que les petits
mencent à éclore, ils veulent être nourris des feuilles
les plus tendres. On dispose des tablettes de lattes,
de claies ou de roseaux dans une chambre où règne
vers

chauffé modérément.

une

température douce,

et

sur

ces

tablettes

coin-

garnies

d’un bord on pose les vers avec les feuilles, et on
les y laisse environ cinquante jours, ayant toujours
soin de leur éviter la chaleur, le froid, le bruit et le
mauvais air; car toutes ces choses nuisent aux insectes, ainsi que les orages, dont la violence détruit
einquelquefois une chambrée entière. Dans les
ils changent quatre
leur
de
croissance,
quante jours
fois de peau; ce sont autant de maladies pour ces
chacune de ces maladies, il faut
insectes.

Après

et les mettre plus au large.
On renouvelle leurs feuilles trois fois par jour jusnourqu’à la troisième maladie : depuis lors on les
rit cinq fois.
Enfin, après la quatrième maladie, on
leur donne à manger toutes les deux heures, jour
et nuit.
Quand on s’aperçoit à leur grosseur et à leur
au terme de leur
sont

nettoyer leur demeure

transparence, qu’ils
croissance, et qu’ils

parvenus

sont

prêts

à

filer,

on

dresse

sur

(
J

177
des tablettes de petits berceaux faits de brins de
bruyère ou de genêt assemblés par le bas, et ouverts
Les vers y montent et s’y enferment dans
en haut.
une coque
qui finit par les dérober entièrement à
Ces coques ou cocons sont formées de fils
la vue.
Le ver à soie se transde soie extrêmement fins.
forme dans la coque en papillon, comme d’autres
vers ; alors il
perce sa coque et en sort. Mais pour
empêcher cette sortie qui gâterait le cocon, on porte
les coques dans un four ou au soleil, pour faire
périr les vers qui y sont enfermés: cependant on
réserve un nombre suffisant de coques, afin d’avoir
des œufs pour l’année prochaine.
Le petit insecte
a fourni la
matière brute ; il s’agit maintenant de
l’apprêter à notre usage.
Il faut filer la soie ; à cet effet on met les cocons dans une bassine de cuivre
remplie d’eau très
chaude.
Ce liquide détache la gomme qui colle ensemble tous les fils.
Une ouvrière sous le nom de
tireuse, a le pénible métier d’enfoncer toujours les
mains dans cette eau chaude, et de toucher d’un
petit balai la surface des cocons ; elle parvient à
attacher par ce moyen les fils au balai: elle en lie
plusieurs ensemble, et quand elle en a fait un fil
assez fort, elle les fait
passer par deux guindres et
les attache à une roue, qu’une autre femme fait
tourner rapidement.
La soie de cocons se déroule
et se dévide alors peu-à-peu.
Après avoir filé ou
plutôt tiré la soie par ce premier moyen, on la file
et la tord de nouveau dans des moulins d’un mécanisme curieux, qui sont mus par l’eau, par des
hommes ou par des animaux.
Ces moulins ont 12
à 20 guindres, dont chacun fait tourner une
rangée
de fuseaux; ils donnent un apprêt particulier à chaque espèce de soie. L’organsin, soie fine, qui forme
la trame des étoffes, y passe deux fois: la soie destinée à la fabrication des rubans n’y est que légèrement apprêtée, on tord davantage la soie
pour les
satins.
.

12

<

1

178
On teint ensuite les diverses soies après les
avoir décruéen, c’est-à-dire après en avoir détaché,
dans de l’eau de savon bouillante, la gomme dont
Tous ces travaux
elle est naturellement imprégnée.
ne sont que préparatoires; quand les diverses sortes
de soie sont faites de cette manière, on les emploie
le luxe et le goût ont
aux nombreuses étoffes que
C’est là surtout que se montre l’babüeté
inventées.
Il y en a de particuliers pour chaque
des ouvriers.
opération. Les uns montent les métiers, d’autres
appliquent les dessins, d’autres les esquissent, pour
ainsi dire, dans la soie, etc.; enfin de bons dessinatours sont occupés à fournir aux fabricants des dessins conformes à la mode et au goût du jour. Vous
a
des manucomprenez aisément qu’une ville qui
factures de ce genre, fait vivre bien du monde dans
Aussi voyons-nous le Dauphiné, le
les environs.
Vivarais, le Languedoc et la Provence, occupés de
la soie pour Lyon et les autres villes qui ont de
A Paris, ce sont les gazes, les
ces manufactures.
rubans qui font agir le plus de bras, tandis que les
petites villes des environs de la capitale se tiennent
à la fabrication de la dentelle de soie.
LA

VIE

PASTORALE.

un des
pays les plus pitDes chaînes de hautes monla
terre.
de
toresques
tagnes et de rochers en traversent une grande partie,
et ne laissent souvent entre elles de l’espace que
de profondes vallées, pour des lacs
pour d’étroites et
et des torrents qui, à l’époque de la fonte des neideviennent des fleuves,
ges, débordent rapidement,
A mesure que l’on
et causent de grands ravages.
la
s’élève sur les montagnes,
végétation diminue;
les pins et les sapins dominent sur les autres végétaux;
dans les plus hautes régions ces arbres disparaissent aussi, et on ne voit plus que des plantes aromatiques qui forment d’excellents pâturages, des plaientassées les
ou
enfin des
nés de

Les Suisses habitent

neige,

uns sur

les autres.

glaciers

Dans les contrées

montagneuses

170
sont isolés et les communications difficiposition force les habitants à ne pas
compter beaucoup sur les secours de la société, et à
se procurer par leur travail le nécessaire.
Ou est étonné de voir tout ce que les Suisses ont fait pour rendre habitable un pays sauvage,
où autrefois des bêtes féroces remplissaient les vastes forêts et les antres des rochers.
Partout où il
a été possible de vaincre les obstacles, on a
changé

les
les.

villages

Cette

le pays

un
jardin ou en de belles prairies. Parvoit des maisons entourées de potagers, de
vergers, de vignes, de pâturages ou de champs de
blé. Les vergers, les allées d’arbres fruitiers se prolongent souvent d’une maison à l’autre. Quelquefois
en se voyant entouré de rochers,
on
se croit dans
une profonde solitude ;
mais bientôt l’œil découvre

tout

en

on

quelque humble chaumière,

ou

un

moulin

suspendu

torrent, ou une chapelle surmontéed’uneflèche
très légère, et les clochettes des troupeaux qui paissent dans les hautes régions, retentissent dans les
Les maisons sont presque toutes bâties en
airs.
bois et souvent très vastes. Le sapin est pour les
montagnards une grande ressource. Quand un paysur

un

san

vent

se

construire

une

demeure,

il abat

quelques

arbres de cette espèce, et se construit sur un iondement de moellons une maison en planches et en
poutres, qu’il recouvre de tablettes de bois, si le
voisinage ne lui fournit pas d’ardoises. Comme il
connaît "la menuiserie et la charpenterie
il a bien,

tôt achevé

son

entreprise

à l’aide de quelques commoins la rigueur de l’hiver,

pagnons. Pour éprouver
très rude en Suisse, les chambres sont liasses et
munies d’un grand poêle en fer ou en faïence, et les
fenêtres sont très petites, et doubles quand elles sont
exposées an vent. On fait ordinairement une rangée de ces petites fenêtres, mais on n'en ouvre qu’
ce qui fait
une ou deux,
que les chambres sont à
la fois claires et chaudes.
La vie pastorale est celle de la plupart des habitants du haut pays de la Suisse; la vente des bes12

*

I

1

/

180
et la confection des fromages y sont les principales ressources des montagnards. Quelques espèces de fromages de ces pays jouissent d’une grande
réputation dans l’étranger: tels sont les fromages de
Gruyère et d’Emmenthal. Les premiers se fabriquent
sur une chaîne de collines
qui traverse le canton de
Fribourg. Chaque vache fournit à peu près deux
quintaux de fromage pendant le temps qu’elle est

fiaux

montagnes. Plus les pâturages sont élevés,
les herbes y sont succulentes, et plus le lait
des vaches est délicieux.
Ceux qui font des fromages s’appellent des alpler ou alpins: ils n’ont souvent ni troupeaux ni pâturages; mais ils louent les
vaches des paysans dans les vallées, et s’arrangent
avec les
propriétaires des pâturages sur les montagnes. Ils y font du beurre et des fromages, redescendent à la fin de la belle saison, remettent les vaches
leurs fromages et leur
aux
et vendent

sur

ces

plus

paysans,
beurre.

La confection des fromages exige' une grande
En voici les prohabitude et beaucoup d’attention.
On verse le lait dans une chaudière. et
cédés.
quand il est tiède, on y jette un peu de lait caillé,

remue
avec une
espèce de truelle, et on le
pendant un quart-d’heure sur le feu pour qu’il
s’épaississe. Le fromager vient ensuite avec une latte,
coupe la masse, prend deux truelles et tire pendant
quelques minutes la masse du bas en haut. Le lait
tend à former des bulles, mais le fromager cherche

le
laisse
on

Après une heure de trale liquide sur le l’eu et continue à le
remuer avec la latte ; ensuite il le tourne avec beaudans
coup de rapidité, et force ainsi l’eau contenue
le lait à se
séparer du liquide , qui finit par faire
une masse
épaisse. On la jette dans une forme que
l’on charge de pierres.
Ce qui reste dans la chaudière contient encore de la crème, et sert à faire du
constamment à les écraser.

vail

il remet

fromage d’une moindre qualité. On le tourne avec
la latte jusqu’à ce que l’eau s’en sépare, ensuite on

181
le met dans une linge que l’on suspend à un clou.
Ce dernier fromage se consomme en
grande partie
dans la Suisse ; mais le premier s’envoie (Tans toute

il est même très commun à Paris, où
des fromages les plus connus. On fait encore d’autres
espèces de fromages, en les mêlant avec des
herbes aromatiques, et en les faisant saler. II a dans
y
les vallées des maisons où l’on ne s’occupe
que de
saler les fromages que les
alpins rapportent des
montagnes. Les chèvres, dont on entretient une quantité, fournissent aussi du fromage excellent. Dans le
canton de Glaris, chaque commune a un
troupeau
de cent, deux ou trois cents chèvres, qu’un maître
chevrier conduit sur les montagnes
depuis le printemps jusqu’à l’automne. Le nombre des brebis est
encore
plus considérable. On conduit aussi aux pâDans la belle
turagcs des porcs et des chevaux.
saison, tous ces animaux étant aux montagnes ne
causent aucun embarras aux propriétaires ; et ceux-ci
ont l’espoir d’en tirer un
profit considérable à leur
retour.
Mais l’hiver il faut pourvoir à la nourriture
des troupeaux, et c’est là un véritable souci. Beaucoup de propriétaires, faute de fourrage, vendent les
vaches, les brebis ou les chèvres engraissées dans
les pâturages, et en rachètent de
maigres au printemps. Ceux qui en ont peu cherchent à ramasser
pendant la belle saison assez de fourrage pour l’hiver.
Dans le canton de Glaris, où, comme
je vous
l’ai dit, il y a beaucoup de chèvres, les
bergers pauvres risquent en
quelque sorte leur vie pour soutenir
celle de ces animaux. 11 y croît sur les crêtes des
rochers une herbe très savoureuse, mais les chèvres

l’Europe ;

c’est

un

Les hommes osent entrey atteindre.
les animaux.
Dans les communes qui ont le droit de récolte sur ces
crêtes, on
donne à de certains jours le signal
par le son d’une
cloche; alors les pauvres bergers grimpent sur les
rochers et munis de leurs faux, ils cherchent à faucher l’herbe ; on les voit travailler
gaîment dans la
d’un rocher
position la plus périlleuse, sur la
ne

peuvent

prendre

ce

qui effraye

pointe

trv
I8«2
A leur place
centaines (le pieds.
tournerait probablement, et nous cherobérions plutôt à nous sauver qu’à ramasser un peu
(le foin.
La hardiesse leur réussit quelquefois assez
bien: ils se font de petits magasins dans les antres
des rochers, et à l’approche de l’hiver, ils les vident
pour remplir leurs cabanes.
Tous ces bergers sont des hommes d’une constitution robuste et d’un caractère franc et loyal; ils
tiennent beaucoup à leur liberté et aiment passionnément leur patrie.
Leurs usages, leurs fêtes, leur,
costume, sont encore tels qu’ils étaient il y a plusieurs siècles.
En général, si l’on veut trouver des

élevé de

la tète

quelques

nous

vie simple qui rappelle l’àge
faut s’éloigner des villes et des grandes routes, et visiter les montagnes de la Suisse;
les hommes y passent une partie de l’année avec
leurs troupeaux dans les hautes régions, où l’air pur
et calme rend les sensations plus douces et diminue
L’àme sent l’heureuse indule feu des passions.
once
du climat, et se trouve mieux disposée à la
mœurs

et cette

pures

patriarchal,

il

D’ailleurs les occupations
et à la vie active.
constantes de la vie pastorale et l’éloignement de tout
ce
qui peut fomenter les passions, font ([ne ces berla
gers conservent la simplicité, et, il faut ajouter,
Il y eu a qui
rudesse des mœurs de leurs ancêtres.
mènent presqu’une vie nomade comme les pasteurs
de l’Asie, et ne revoient leurs familles que de temps à
dans les vallées des
Tel est surtout
antre.

paix

l’usage

les chefs des familles y
leurs troupeaux, tandis que les autres
Avant
restent à la maison pour faire la moisson.
de partir pour les Alpes de la Suisse, où leurs troupeaux ont l’habitude de passer tout l’été, les propriétaires se réunissent et se cotisent pour les frais
Un
des Alpes.
leur
aux

frontières de la Lombardie;

voyagent

qu’exige

avec

séjour

pâturages

d’entre eux se charge de la direction générale;
aussi l’appelle-t-on par préférence le 'pasteur-, il n’est
pasjtenn,fcomme les autres, à garder le bétail, ni à
Outre les propriétaires, il y a
faire du fromage.

(

183
d’autres bergers, mais qui reçoivent des
Une grande exactitude dans les devoirs de
gages.
leur état, la frugalité et la sobriété sont les qualités, pour ainsi dire, innées dans les bergers lombards; mais ils sont moins affables que les autres
Italiens, et leur extérieur annonce un caractère un
On ne les entend japeu sombre et même sauvage.
mais chanter, comme les bergers suisses.
Pendant
le temps qu’ils demeurent sur les Alpes, ils passent
toute la journée, et encore la moitié de la nuit, au
milieu de leurs brebis.
Leur costume ne consiste
qu’en un habit de laine rouge ou blanche, une veste
et une culotte de la même étoffe, et des
guêtres. Ils
ne
portent ni cravate ni bas ; dans le mauvais temps,
ils s’enveloppent d’un manteau blanc.
La nourriture
de ces bergers est aussi
simple que leur vêtement,
c’est, pendant toute l’année, une bouillie de maïs ou
de millet cuite à l’eau.
Leur déjeûner et leur goûter
consistent en un morceau de fromage, ils boivent de
l’eau et du lait de chèvre.
Les aliments les plus
communs, tels que le pain et la soupe, sont presque
inconnus à ces hommes sobres; et quoique leurs troupeaux fournissent du laitage délicieux, ils n’en réservent pour leur usage que les restes afin de vendre
la meilleure partie. C’est en vivant aussi
frugalement
Ils
qu’ils économisent des sommes considérables.
couchent sur du foin, et sont tellement accoutumés à
cette vie dure, que des vieillards de
quatre-vingts
ans font encore annuellement leur
voyage aux Alpes.
tandis
Ainsi
qu’on épuise souvent chez nous l’imagination et sa fortune pour créer de nouveaux besoins,
il y a sur les frontières de la France une classe
d’hommes qui vit avec un plat de bouillie et de
lait, et dont l’habillement n’exige qu’un morceau de
laine.
Quand le temps est beau, les bergers voyagent
la nuit; mais dans le mauvais
temps, ou dans les

beaucoup

régions froides,
jour

;

disparu.

ils

ne

se

mettent

en

route

qu’au

attendent-ils que la rosée du matin ait
Un berger marche à la tête de
chaque

encore

184
Le bétail suit
et les glaces.
les
rochers
par-dessus
Lorsqu’on passe auprès de bons pâtura A,, les berdu troupeau,»et rassemgers s’arrêtent, font le tour
blent, par des cris interrompus et partant du gosier,
les animaux qui sont un peu écartés ; ceux-ci entendent parfaitement ce signal, ainsi que celui du
départ, qui consiste dans un sifflement très aigu. La
race des brebis de Lombardie et surtout du Bergades troupeaux qui
masque d’où viennent la plupart
vont aux Alpes, est plus grande que la race nomle museau
mune; elles portent la tête très haut, ont
nos brebis, et leurs oreilles sont plus
que
arqué
plus
Ce qui distingue encore ces
serrées contre la tête.
brebis de celles qu’on voit en France, c’est qu’elles paraissent moins gaies: on ne voit jamais bondir
leurs agneaux, et on n’entend dans tout le troupeau
d’autre bêlement que celui des mères qui appellent
A l’approche d’un animal féroce, ou
leurs agneaux.
la neige, de la grêle ou de la pluie,
de
tombe
lorsqu’il
elles se resserrent auprès d’une pierre ou d’un rocher,
et y restent sans bouger; souvent elles sont totalement couvertes de neige, et cependant on ne les met
point à l’abri; aussi sont-elles plus fortes et moins
sujettes aux maladies que les brebis mieux soignées.
C’est dans le mois de septembre que les berdescendre
gers leur fout quitter les Alpes pour
dans les plaines de l’Italie : comme les troupeaux sont
alors en très bon état, à cause des excellents pàturages et du bon climat dont ils ont joui pendant
tout l’été, le voyage de retour exige moins de temps
Arrivés
que la montée qui est aussi plus pénible.
dans la basse région, les bergers tondent les bêtes
à laine, et les conduisent ensuite dans les plaines
du Piémont, de Brescie et du bas Milanais sur les
bords du Tésin: ils y louent de vastes pâturages,
où ils partagent leurs troupeaux comme ils ont coutume de faire sur les Alpes; la nuit ils les font
rude;
parquer, à moins que le froid ne soit trop
dans ce cas il les rassemblent dans de grands
car

troupeau,
son

un

autre ferme la marche.

conducteur

f

18 :>
On peut
sont gardés par des chiens.
remarquer que ces troupeaux ne rentrent presque jamais dans leur patrie, et que leur entretien coûte
très peu de chose à leurs propriétaires.

châlets qui

CHASSE

AUX

CHAMOIS.

Le chamois habite les rochers des montagnes
de la Suisse, de la Savoie, du Tyrol, ainsi que des
Pyrénées, où on le désigne sous le nom d 'ysard.
Se nourrissant d’herbe et de mousse, cet animal se
plaît sur les rocs les plus escarpés, qu’il parcourt
une légèreté
avec
étonnante, sautant de pointe en
des abîmes de vingt à trente
et
franchissant
pointe
pieds. Quelquefois des troupes de chamois parcourent les glaciers en sautant les uns par-dessus le
dos des antres. Il faut autant d’audace que d’adresse
pour faire la chasse à des animaux qui habitent des
régions presque inaccessibles.
Avant de se mettre en route pour cette entreprise périlleuse, le chasseur se munit d’un bon fusil, d’une lunette d’approche, d’une besace remplie de
provisions, d’un couteau de chasse, d’un bâton ferré,
d’une hache pour se frayer un chemin dans les glaciers, et d’une paire de crochets qu’il attache sous
afin de pouvoir s’arrêter à volonté sur
ses souliers,
C’est ordinairement l’heure de
la glace et la neige.
minuit qu’il attend pour son départ, afin d’avoir le
temps d’arriver à la pointe du jour aux pâturages les
plus élevés des Alpes, où les chamois vont paître,
avant que les bergers de ces montagnes y viennent
Dès que sa lunette lui fait
avec leurs troupeaux.
découvrir du gibier, il fait un grand détour pour s’en
approcher, en évitant de se mettre sous le veut,
parce que les chamois ont l’ouïe et l’odorat si fins,
qu’ils s’aperçoivent à une grande distance de l’approche de l’homme ; il tâche de les coucher en joue
en
être vu, et dès qu’il voit tomber sa proie,
sans
il accourt promptement pour lui couper les jarrets,
et l’empêcher ainsi de s’enfuir malgré sa blessure ;
il charge enfin le chamois sur ses épaules, et l’em.

186
avec sa famille et en vendre
il trouve trop de difficultés à emporter tout le chamois à la maison, il est obligé de
se contenter de la
peau, et de laisser le reste entre
les rochers.
S’il parvient à tuer une femelle, il s’empare avec quelque adresse aussi des petits qui suiveut leur mère.
Malheureusement pour le chasseur, les chamois
sont des animaux très alertes.
Lorsqu’ils vont paître en troupe, il y en a toujours un ou plusieurs qui
ont le nez au vent, et avertissent par un sifflement
aigu du danger qui approche. Ace signal, la troupe
se
disperse, et en un clin-d'œil elle a franchi les rochers.
Irrité de leur fuite, le chasseur les suit en
gravissant les rochers et les glaciers, et en sautant
par-dessus les crevasses et les ravines, sans songer
aux dangers
qui l’attendent au retour. Il ne s’aperçoit de la chute du jour, que lorsque les ténèbres
l’empêchent de distinguer les objets dans le lointain.
Obligé de passer la nuit au haut des rochers, loin
de tous les êtres humains, il tire de son sac un moret du pain d’avoine ; il boit de la
ceau de fromage

porte pour
la peau.

s’en nourrir

Quand

neige fondue ou une petite quantité d’eau-de-vie, et
après ce chétif souper, il se couche sur sa gibecière
le creux d’un rocher, tandis
en plein air,
ou dans
que des milliers de ses compatriotes jouissent dans
une
région inférieure, sous l’abri de leurs cabanes,

A l’aube
des douceurs de la société ou du repos.
du jour, il est déjà debout pour aller cle nouveau à
Entraîné par la passion de
la poursuite du gibier.
la chasse, il s’égare souvent au point qu’il ne sait
plus comment faire pour revenir sur ses pas. Des
brouillards épais enveloppent l’horizon ; il se sent
saisi de froid, ou il se voit entouré de glaciers et
d’abîmes; un seul faux pas peut causer sa chule
et lui coûter la vie.
Dans cette position affreuse, il
contraint de détacher sa chaussure,
son
couteau la plante du pied, afin
que le sang qui coule de la blessure l’empêche de
glisser pendant qu’il s’élance d’une pointe de roc à

est

quelquefois

et d’ouvrir

avec

(

187
autre, ou qu’il monte sur le bord des abîmes.
D’autres fois, après avoir poursuivi un chamois
jusqu’à la cime d’un rocher bordé d’affreux précipices,
il s’avance sur l’animal, son couteau de chasse à la
main pour le tuer.
Le chamois, n’ayant aucun mayen de salut, se précipite sur le couteau et tombe
mort; mais quelquefois il cherche à s’élancer pardessus sa tète, le renverse, et l’entraîne dans l’abîme.
Pour s’expliquer comment il peut y avoir des
gens qui bravent tarit de périls pour un chamois, il
faut savoir que la chasse de cet animal fournit eu
partie à la subsistance de ces pauvres gens ; d’ailleurs elle devient une passion souvent plus violente
que celle du jeu, et cette vie libre et indépendante
a
beaucoup de charme pour ceux qui s’y habituent.
On a vu des chasseurs dont le père et le grandpère avaient péri dans ce métier périlleux, et qui
néanmoins assuraient qu’ils ne le quitteraient pas
L’habitude de vivre au
pour tout l’or du monde.
milieu d’affreux déserts leur donne une humeur
sombre et farouche ; ils ont quelque chose de hagard dans leur physionomie, et les montagnards crédules les regardent même comme une espèce de sorciers.
Les chasseurs de différentes communes ou
paroisses, quand ils se rencontrent sur les montagnes, se suscitent quelquefois des rixes, surtout quand
ils sont à la poursuite du meme gibier.
Cependant
la valeur du chamois n’est pas considérable ; le
principal en est la peau, que l’on tanne pour en faire
des gants et autres menus objets.
C’est plutôt la
passion de la chasse que le profit qui fait courir le
chasseur à travers les neiges et les glaces, dans les
ténèbres et les brouillards ; car ce ne sont pas seulement les gens pauvres qui aiment cette chasse,
mais aussi les gens riches.
Parmi ces derniers
l’histoire nous cite un prince qui manqua de périr en
chassant aux chamois sur les Alpes.
C’était Maximilieu
qui devint dans la suite empereur d’Allemagne, et qui s’était tellement égaré dans les montagnes, qu’il ne savait plus comment retrouver son eheune

.

188
La chronique du
min.
de cette triste position.

temps dit qu’un

ange le tira
Il est probable qu’un autre
chasseur ou un berger, qui connaissait les chemins
et les sentiers des Alpes mieux que le prince, et qui
le rencontra au moment de son embarras, le ramena
dans la plaine.
L’ardeur excessive des chasseurs a beaucoup
diminué le nombre des chamois.
En Suisse, le gouvernement a pris des mesures pour empêcher la destruction totale de ces jolis animaux.
Dans le canton de Claris, par exemple, ils ont une sorte d’asyle
le Freyberg, où ils ne peuvent être tués que
sur
pendant quatre mois de l’année par des chasseurs
privilégiés. Si, dans cet espace de temps, un paysan du canton célèbre une noce, les chasseurs sont
obligés de lui fournir sur sa demande deux chamois.
Pour leur peine ils peuvent exiger du paysan qu’il
leur remette la peau et la graisse du gibier.
COMBATS I)E

TAUREAUX

EN

ESPAGNE.

hommes contre les taureaux
sauvages sont un plaisir vraiment national en EsQuoique je n’aie jamais parpagne et en Portugal.
tagé ce plaisir qui, dans les provinces, se joint aux
fêtes d’église, j’en ai été témoin pourtant, et voici
un récit exact de tout ce qui y est relatif.
Il faut savoir que la race de taureaux de ces
pays est forte et vigoureuse ; les Espagnols ont dû
mettre dans tous les temps, de l’importance à dompter ces fiers animaux, et estimer infiniment les boni-

Les

combats des

intrépides pour se mesurer avec eux, et
forts pour les vaincre. C’est-ik sans doute ce
qui a donné naissance aux combats de taureaux,
établis dans les principales villes d’Espagne et (le
Portugal, quoique le gouvernement ait essayé plusieurs fois de les abolir.
On a bâti de vastes amdont
l’arène
sert
de lice aux hommes
phithéâtres,
qui font profession de se battre contre des taureaux.
Des loges nombreuses, pour des milliers de spectaOn croit que l’amteurs, font le tour de l’enceinte.
mes

assez

assez

(

189
de Madrid peut contenir douze mille perLes prix des places varient selon
qu’elles
sont à découvert ou à l’abri, à l’ombre ou au soleil
;

phithéàtre
sonnes.

car ces

taele

se

amphithéâtres n’ouj» point de toit. Le
donne en plein ahj et dans le
jour.

spec-

Un magistrat, accompagné d’officiers de police
alguazils préside au spectacle afin d’y maintenir
l’ordre. Au signal donné par ce
magistrat, s’ouvre
une
porte pratiquée au fond de l’arène, et aussitôt
ou

,

taureau s’élance avec fureur dans la lice, cherchant partout une victime sur laquelle il
puisse assouvir sa rage.
Dans ce moment paraît à l’autre
extrémité un des combattants qu’on appelle picadores,
piqueurs, parce que leur fonction n’est que de piquer
l’animal, afin de le rendre plus furieux encore. Ils
sont à cheval, portent un costume
léger, et tiennent
d’une main une lance.
Le picadore ou piqueur s’avance lentement vers le taureau, et s’arrête à
quelque
distance de lui.
Au bout de quelques instants, le
taureau, baissant la tète et rassemblant ses forces,
fond avec impétuosité sur son adversaire; le
piqueur,
calme et intrépide, met sa lance en arrêt, en
dirige
la pointe sur l’épaule de l’animal furieux, et le force
ainsi à se jeter de côté.
Cette manœuvre, exécutée
tin

avec adresse,
manque rarement d’avoir le succès attendu; mais quelquefois le taureau se redresse et se

précipite
le cheval.

le piqueur, en le culbutant ainsi
que
Alors les chulos,
jeunes hommes agiles,

sur

s’approchent

avec

de

petits

manteaux

ou

drapeau^

d’une couleur éblouissante, qu’ils présentent au taureau pour le distraire, et donner au cavalier le
temps
de s’échapper.
Celui-ci, lorsqu’il s’est
est

fatigué,

par un camarade monté sur un cheval frais.
Les chulos veillent pour qu’il
n’éprouve pas le sort

remplacé
du

et ils accourent dès que le taureau
le cheval.
Il arrive
quelquefois que l’animal
furieux perce de ses cornes les flancs de la monture,
et la laisse pour morte sur la
place. On a vu,
dans un seul combat, périr une douzaine de chevaux

premier piqueur,

attaque

et même

davantage.

Telle est l’ardeur qui anime

ces

que, blessés à mort, ils portent encore
leur cavalier contre leur adversaire, jusqu’à ce qu’enfin ils tombent morts sur la place.
Si le taureau se lasse d’attaquer le piqueur,
on le fait irriter
par les banderillos ou chulos ; ce
sont de jeunes hommes qui, munis de petites flèches,
le harcèlent; profitant du moment où le taureau voulant les enlever sur ses cornes, baisse sa tête, ils
enfoncent leurs flèches dans la chair de son cou et
s’échappent. »Si l’animal refuse d’avance/, ils lui
présentent en passant auprès de lui nue petite bannière de drap ou de velours écarlate qu’ils portent
Pendant qu’il se retoujours de la main gauche.
tourne brusquement, ils laissent tomber ce drapeau.
Le taureau s’arrête d’abord devant l’étoffe, et puis
Mais quelquefois i! arrive que,
la foule aux pieds.
il
de
rage,
poursuit son ennemi d’une course
plein
si rapide, que le banderillo trouve à peine le temps
de sauter par-dessus la barrière qui entoure l’arène.
Quand le taureau a combattu environ vingt mi-

animaux,

heure est venue; il faut qu’il meure.
son
C’est pour les Espagnols le moment le plus intéressant du spectacle: aussi règne-t-il alors le plus grand
Le maître des combattants,
silence dans l’assemblée.
appelé matadore, avance, tenant de la main gauche
Tout le temps
le drapeau, et de la droite une épée.
du combat il a eu soin d’étudier le caractère du tauSi l’animal est
reau et d’observer ses mouvements.

nutes,

fougueux, le matadore s’eu approche avec confiance,
Mais un taureau
étant certain d’une prompte victoire.
i'roid, rusé et circonspect fait trembler le matadore le
plus aguerri.

Celui-ci

approche,

et

provoque l’ani-

le
coup mortel ; quelquefois
taureau esquive le bras du matadore, prend Foliensive et force l’aggresseur à fuir.
Celui-ci est obligé
dans sa fuite de regarder derrière lui pour se diriger
selon les circonstances.
On raconte qu’un matadore,
nommé Pépilio, avait une teile adresse et tant de
mal

pour lui

porter

un

sang-froid, qu’étant poursuivi par
tendait à la barrière et', pendant

le taureau, il Fatque l’animal bais-

i »i
sait !a tète pour le frapper, Pépillo posant son
pied
entre les cornes du taureau, et s’en servant comme
d’un point d’appui, franchit la barrière et retomba
debout de l’autre côté.
Un matadore habile et bien exercé, qui, dans
le feu de l’action, conserve tout son sang-froid, sait
irriter le taureau de manière que, dans son
aveugle
fureur, l’animal se jette lui-même sur la pointe qui
doit le percer, ce qui forme la dernière scène du
spectacle. On dirige cette pointe ordinairement sur
la partie de la moelle épinière qui touche au cerveau; l’épée pénètre à l’endroit où la première vertèbre s’attache à la tête.
Ce coup suffit pour faire
tomber l’animal et lui ôter la vie sans qu’il verse
une
S’il ne s’offre pas une occagoutte de sang.
sion favorable de le frapper à cette place, le matadore le vise au cœur.
La mort, eu ce cas, est moins
prompte que dans le cas précédent. 11 arrive quelquefois au plus habile matadore de ne pas frapper
juste. J’ai vu un jour un de ces hommes manquer
tout-à-fait son coup, et être enlevé sur les cornes
du taureau, qui le secoua deux fois violemment avant

qu’on pût
çut

venir à

aucune

même

son

blessure

secours.

dangereuse;

il ne ren’en fut pas de

Cependant
il

de son honneur, dont cet accident malheuternit l’éclat jusqu’au moment où le taureau fut
enfin abattu, et où l’athlète,
pour se justifier, put en
mesurer les cornes.
Il les mesura en effet, et fit
voir aux spectateurs que celle
qui l’avait atteint
avait deux pouces de plus
Dès qu’il eût
que l’autre.
fait sa preuve, les spectateurs le couvrirent
d’applaudissements.
Commettre des fautes d’adresse ou de
présence d’esprit dans ces combats, c’est pour les
reux

matadores un déshonneur qu’ils ne
peuvent réparer
que par des actes signalés de bravoure et d’audace ;
car il faut que vous sachiez
que ces gens s’exposent
autant par des motifs d’honneur
que par intérêt, et
le public espagnol
désapprouve les fautes qu’ils cornmettent dans leur genre, aussi hautement
qu’à Paris
on blâme les mauvais acteurs.

Lorsque le goût de la chevalerie régnait en
Espagne, la noblesse entrait souvent en lice contre,
les taureaux; loin de craindre de se déshonorer en
se donnant en
spectacle, les nobles espagnols cherchaient; la gloire dans ces combats, et y faisaient
A Naples, où les
preuve d’adresse et de ‘courage.
Espagnols introduisirent pendant leur domination
leurs goûtAfavoris, il y eut en 1536 un combat de
taureaux, auquel l’empereur d’Allemagne lui-même
prit part. ^Frois ans auparavant, le vice-roi de Tolède avait lotte publiquement dans la même ville
contre un taureau, et s’était retiré avec une blessure
On doit s’étonner que les accidents ne
à la jambe.
soient pas plus fréquents dans ces combats, vu la
longueur des cornes de quelques taureaux. Toutes
les fois qu’un taureau a franchi l’arène, il frappe la
terre, la creuse, la fait jaillir autour de lui avec fureur, et lorsqu’il a tué un cheval, si les chulos le
laissent tranquille, il foule aux pieds son ennemi.
A l’instant où le taureau vaincu tombe aux pieds dn
matadore, la trompette sonne, et l’on fait entrer dante
l’arène des mules pour enlever le corps.
Les combats de taureaux ont lieu une fois oq
deux par semaine.
Dans les grandes villes, on desfine quelquefois pour chaque journée dix-huit victimes : aussi la dépense de ce spectacle est considérable. Les matadores habiles reçoivent un bon salaire, il en est de même des banderillos, des piqueurs,
11 faut que l’entrepreneur ait un gran^ nombre
etc.
de taureaux et de chevaux pour être sacrifiés en partie.
Mais, par économie, on ne choisit presque plus
de
que
petits taureaux et de mauvais chevaux, et le
tout se borne à un spectacle dégoûtant.
Cependant
ce divertissement
sanglant, qui est usité depuis l’antiquité, fait ies délices des Espagnols, des Portugais,
d’une partie des habitants de l’Italie; nous en trouvons même le
goût dans le midi de la France. Un
décret du parlement les a supprimés depuis long,

temps

en

Angleterre;

manications contre

les papes ont lancé des> excoinqui se livreraient à la pro-

ceux

V
i 05
fession de combattre publiquement de»_ animaux;
néanmoins l’Espagnol conserve le goût de ses anc.ëtrès pour ce genre de spectacle; on l’avait aboli par
des lois, mais pour plaire au peuple, il a fallu le
rétablir.
LE

CARNAVAL

A

VENISE

ET

A

ROME.

On dirait que les fûtes disséminées dans l'année n’ont pas suffi à l’Italien; il a pris pour le plaisir et la joie presque une époque entière de l’année,
c’est celle du carnaval.
À Home, il ne dure que
huit jours, mais à Venise, il s’étend depuis INoël

jusqu’au carême, et autrefois, lorsqu’il y avait encore
un
doge à la tête de la république, an célébrait, par une espèce de second carnaval, à la fête
de l’Ascension, une cérémonie particulière qu’on
appelait la fête du Bucentaure, et pendant laquelle
le doge se rendant à la mer dans un magnifique navire, désigné sous le nom de Bucentaure, jetait un
anneau dans les eaux,
pour indiquer que les Vénitiens, puissants par leur marine, avaient en quelque
enchaîné

la

leurs lois.
La durée
des mascarades qui
sont un amusement favori des Italiens, par des bals,
des jeux, des courses, etc.
La folie et le plaisir
paraissent teniryalors le sceptre; ce sont les saturriales des ancien?, modifiés d’après les mœurs et le
caractère des Italiens modernes.
Ainsi ces fêtes rcmontent aux plus anciens temps de Rome, à ces temps où
l’on déliait, à un jour fixe de l’année, les pieds des
statues de Saturne, pour rappeler et indiquer l’âge
primitif où tout le monde était encore libre, et où
l’on ne connaissait pas la distinction entre maîtres
et esclaves.
C’était, selon les poètes, sous le règne
de Saturne que cet âge heureux avait existé ; mais
les historiens ne connaissent pas d’époque aussi
fortunée.
Cependant l’imagination aime à se figurer
les premiers hommes dans l'état d'innocence, n’abusant point de leur force pour opprimer le faible, visorte

du

carnaval est

mer

sous

marquée

par

13

*

/
t

194
vant tous dans la

les

plus grande union,

et contribuant

bonheur des autres.
Les saturnales retraçaient cet âge d’or imaginaire. A ces fêtes les
esclaves étaient libres et égaux à leurs maîtres ; les
pauvres jouissaient des mêmes droits que les riches ;
ni le sénat ni les tribunaux ne s’assemblaient, les
affaires d’Etat, les procès, tous les différends reposaient, les écoliers avaient vacance, sur tous les visages brillaient la joie et la gaieté 5 les amis qui se
rencontraient se souhaitaient les bonnes saturnales,
comme nous nous souhaitons la bonne année, enfin,
pour embellir cette fête par des actes de charité, on
uns

au

élargissait quelques prisonniers, qui, après

être

sor-

tis de prison, allaient suspendre leurs fers au temple
de Saturne.
On s’envoyait mutuellement des présents, qui, dans les premiers temps, étaient simples
et de peu de prix; mais sous les empereurs on y
mettait beaucoup de luxe, c’est de là qu’est venu
l’usage des étrennes.
Voyons maintenant le carnaval tel qu’il se céIl commence huit jours
lèbre dans Rome moderne.
avant le carême: une cloche du capitole donne le
signal. Quelques jours avant, s’ouvrent les boutiques
de masques; elles offrent une variété étonnante dans
l’imitation de la physionomie humaine, et plusieurs
masques retracent les figures imposantes des statues
antiques. Le Cours, rue belle et longue, est le

théâtre de la

fenêtres et
ou de drasur les trottoirs
on
place des rangées de chaises pour les spectaleurs.
Le milieu de la rue est réservé pour les
voitures et les gens à pied
dont la plupart sont
masqués. Les voitures sont souvent ornées avec
magnificence, et les chevaux panachés et couverts
de rubans ou de belles housses.
Une foule innombrable de spectateurs
prennent place sur les trottoirs et les échafauds, ou se
promènent parmi les
La parfaite égalité, qui règne entre tous
masques.

principal

joie publique, les
tapis

les balcons y sont ornés de beaux
peries: on dresse des échafauds, et

,

les états,

éloigne

I

la contrainte, et

répand

la

gaieté

dans ta foule.

Des Costumes de foute espèce, de
déguisement. Ici on voit des
palefreniers avec d’énormes brosses, s'approchant des
passants pour les brosser ; là ce s uit des vetturini,
ou voituriers,
classe d’hommes très nombreuse en
Italie, (pii viennent avec leur importunité ordinaire
offrir leurs services à tout le monde: ailleurs des
miquelets cherchent à en imposer par leur grand
chapeau, leurs pistolets et Une énorme espingole :
plus loin de galants jardiniers se promenant avec des
jardinières qui portent des corbeilles pleines de tleurs
tout

état,

et de

servent de

fruits,

font monter

au

balcon,

au

premier,

au

deuxième et même au troisième étage par les moyens
d’un zigzag, un bouquet ou Un limon, présent des*
tiné à une dame; des quaqueri, en habit de cour
et affublés d’énormes
perruques où le friseur a souvent

épuisé

tous

talents,

et qui peuvent passer
patience, se promènent
gravement parmi des charlatans, des matelots, des
ses

pour des chefs-d’œuvre

de

paysans, des marchands de balais, des paysannes

ro-

mairies

et des nourrices qui portent des nourissons
en cire ou des chiens et des chats emmaillottés.
De
prétendus mendiants tendent leur tire-lire attachée à
un ruban de couleur, et
reçoivent pour aumône des
dragées ou des noisettes. Beaucoup de personnes

munissent de petites boules blanches et légères,
imitant les dragées, et les lancent sur les passants
Des troupes de matti en lancent
pour les blanchir.
quelquefois des bordées entières qu’on leur rend avec
usure; plus le combat est animé, plus il fait plaisir,
et plus on rit de tous les côtés.
Un grand nom*
lire de petits marchands offrent des dragées imitées,
et ils en font un débit considérable.
Un prétendu
avocat se fait place à travers la foule, marchant à
grands pas et menaçant de procès les personnes qui
sont aux fenêtres ou les passants,
Des arlequins
et des polichinelles en
jaquettes blanches amusent
la foule par leurs gestes et leur lazzis. Des matti,
ou fous,
revêtus d’une toile blanche bien plissée»
se
promènent ou se font conduire, soit séparément,
se

13 *

/

196
soit en groupe; ils chantent et frappent les passants
d’un rouleau de musique qu’ils tiennent à la main.
D’autres masques feignent de se quereller et finissent par tirer de grands coutelas de papier argenté
et en frapper leurs adversaires.
Après les mascarades, la rue du Cours devient une arène pour les
courses des chevaux,
qui sont aussi un divertissement
on

depuis long-temps

le voit par

une

en

usage à Rome,

coutume

comme

grossière qui s’y prati-

les prix ([ui maintenant se donnent
consistaient alors en pièces d'étoffes que
les juifs de Rome étaient obligés de fournir gratuitement: vous n’en devinerez sûrement pas la raison;
c’est que c’était un tribut de leur part, par le moyen
duquel ils se rachetaient de l’obligation qui leur avait

quait autrefois;
en

été

argent,

imposée

de

se

donner

en

courant eux-mêmes dans

spectacle

à la

populace,

les eheEn soumettant à cette humiliation un peuple
industrieux, mais malheureux, on croyait aimer la
religion, qui pourtant n’a jamais prescrit la persécution des Israélites ni d’aucune autre secte. Heureusement on a adopté dans notre siècle des sentiments
plus humains et plus justes, et l’on regarde maintetant les juifs conimé d’aussi bons citoyens que les
hommes des autres religions.
Le dernier jour du carnaval à Rome est le plus
brillant de tous.
A peine le soleil s’est-il couché,
que l’on commence à illuminer la rue du Cours de
la manière la plus prompte et la plus riche.
En
outre, les domestiques placent des bougies au baut
des voitures; les cabriolets sont munis de lanternes
de papier.
Parmi les promeneurs il y en a même
beaucoup qui portent sur la tête de grandes pyramides renfermant une lumière. Dès ce moment personne ne se
présente plus dans la foule qu’eu portant un bout de chandelle ou de
bougie, et on entend
crier de tous côtés: malheur à celui
qui n'est pas
muni d’une lumière: en même
temps chacun cherçhe, en soufflant, à éteindre la lumière de son voisin.
Partout où l’on se rencontre dans les maisons, dans
en

vaux.

l’arène,

comme

197
les mes, n’importe que l’on sc connaisse ou non,
que l’on soit d’un rang intérieur ou supérieur, on
Nulle part la lumière
souffle la bougie des autres.
n’est en sûreté: on monte dans les voitures, aux
croisées : on pénètre au milieu des groupes et des
sociétés, pour augmenter les ténèbres, tandis que
l’on cherche à conserver la seule lumière que l’on
porte. Ces efforts puérils que l’on voit employer de
toutes parts, joints à la résistance qu’on y fait, produisent une scène tumultueuse, à laquelle l’étranger
ue
comprendrait rien, s’il n’en était pas averti d’avance.

MŒURS

DES

TURCS.

Le flegme et l’indolence de ce peuple sont conLa vie des riches se passe dans l’oisiveté la
plus complète. Il faut être Turc, pour n’v pas éprouLes beaux arts, qui nous fourver un ennui mortel.
Dissent tant de sources de plaisirs, sont méconnus
des Turcs, quoiqu’ils aiment le luxe.
Enfermées
dans leurs appartements, les femmes cultivent un
peu la danse pour se distraire; mais la musique turque, quoique assez douce, n’est pas bien attrayante
pour nous autres Européens: les principes de l’art
lui sont à-peu-près étrangers. La peinture et la sculpture ne servent qu’à l’ornement des maisons; il y a
des peintres qui font de jolis arabesques, des paysages et d’autres décorations; leur art ne va pas plus
loin. Ce que les Turcs aiment le plus dans les peintures, ce sont les couleurs vives, goût qu’ils ont de
commun avec l’enfance et
qu’il n’est pas difficile de
satisfaire; car un peintre a plus tôt assemblé quelques couleurs tranchantes, qu’il ne peut tracer un
tableau conforme aux règles de la proportion, de la
perspective, des ombres, et autres conditions imposées à l’artiste. L’architecture ne brille en Turquie que
dans les mosquées ou temples, dans les tombeaux,
les bains et les fontaines publiques.
La propreté
est recommandée aux mahométans par les lois religieuses, et c’est un fort bon précepte dans un climat
nus.

/

198
chaud, où la malpropreté

cause dos maladies
dégoûVoilà pourquoi ou établit partout des bains
•et des fontaines pour faire des ablutions.
Il n’y a
presque pas de village qui n’ait un bain public, et
les fontaines sont si communes, qu’on en voit même
les routes loin des habitations;
sur
quelques-unes
sont de vrais monuments d’architecture, étant soutenues
par des colonnes, pavées de marbre et surmontées de coupoles.
Ordinairement, elles sont aussi
ombragées par des arbres touffus.
On ne met pas autant de recherche dans la
construction des maisons particulières.
Elles sont
habituellement d’une si grande simplicité, qu’un charpenticr en fait une dans l'espace de quelques semainés.
Vous vous imaginez bien qu’il ne faut que
du bois pour ce travail, et qu’une maison aussi promptemeut construite n’est pas très solide. Des treillis
de bois ou de petites lucarnes en vitres de couleur
tiennent lieu de fenêtres.
On étend un tapis sur la
terre.
On peint ou plutôt on barbouille les murs
de ces peintures, dont je parlai tout-à-l’heure; et
voilà la maison prête à recevoir son maître! Les
maisons riches se distinguent par leur étendue et la
richesse des décorations; mais un Européen y cherc,lierait en vain les objets de première nécessité. Un
Turc peut se passera la vérité de tables et de chaises, parce qu’il est accoutumé, comme tous les Orientaux, à manger et à travailler, accroupi sur un tapis; mais que penser d’un riche, qui fait briller l’or
et les diamants sur ses vêtements et dans son
ameublement, et qui ne connaît d’autre moyen dose
garantir de la rigueur passagère de la température
que de mettre dans les chambres des vases remplis
de charbons allumés! Tous les hivers, un grand
nombre de personnes, étouffées
par les vapeurs du
charbon, sont les victimes do cet usage: eh bien,
ces accidents ne
suggèrent point aux Turcs l’idée de
se servir
de cheminées ou de
poêles. Ce seul exemple suffit pour nous apprendre quelle est la force
de l’habitude chez les peuples orientaux.

tantes.

En général, les Turcs, par un préjugé funeste,
détournent presque jamais les dangers qui menaC’est ainsi que lorscent leur vie ou leur sûreté.
que la peste se déclare chez eux, ce qui malheureusement arrive souvent, ils ne font presque rien pour
étant aveuglément attachés
en arrêter les ravages,
au dogme de la fatalité, selon lequel ils se persuadent que l’homme ne saurait échapper au sort qui
lui est réservé, et que, si des maux le menacent,
tout ce qui lui reste à faire, c’est de s’y soumettre.
De là naît cette résignation qu’ils montrent dans les
malheurs, et qui est souvent plus raisonnable que
l’affliction immodérée qui naît de la vive sensibilité
Il n’est pas rare d’endes peuples occidentaux.
tendre un Turc dire tranquillement après la perte de
”Dieu me les avait donnés; il était le
ses biens:
»naître de les reprendre.”
Dans presque tout l’Orient, il règne Un ahsurde préjugé, selon lequel on croit que des objets
que l’étranger regarde d’un œil fixe, sont maudits et
périssent: c’est ce qu’on appelle le mauvais œil.
Un enfant tombe-t-il subitement malade, on s’imagine
que c’est un effet du mauvais œil de quelqu’un.
Aussi les mères grecques en Chypre, pour en préserver leurs enfants, les parfument le soir, en jetant
d’un rameau d’olivier qu’elles
sur le feu des feuilles
ont fait bénir dans l’église.
On croit de même chez les Musulmans que
ne

que l'on compte court grand danger de se
perdre. Aussi ne compte-t-on jamais le nombre
d’habitants, de soldats, de pièces de bétail ; le banquier se garde bien de faire l’addition des sommes
qu’il possède : il aurait peur de les voir s’évanouir.
Ainsi ce qui chez nous est une règle d’ordre et de
bonne administration, passe chez les Turcs pour une
imprudence, une maladresse.
L’industrie des Turcs brille dans les bazars ou
marchés, établis dans toutes les grandes villes. Ces
marchés, munis de portes que l’on ferme le soir,
p résentent des rangées de boutiques, des galeries
tout

ce

200
voûtées et des

rues

entières.

métier, chaque branche

Ordinairement, chaque

de commerce,
y occupe un
quartier ou une rue particulière. Ici ce sont les
orfèvres et les joailliers
là ce sont les marchands
d’étoü'es lines, de brocards, de schalls, de
tapis;
ailleurs on voit le quartier des
tailleurs, celui
des selliers, celui des. armuriers.
La fabrication
,

des

est du petit nombre des métiers dans
les Turcs excellent : nous n’imitons
que
faiblement leurs lames de sabres,
quoique nous
ayons appris d’eux le procédé de damasquiner
les lames, mot venu de celui de
Damas, car
dans cette ville on
fabriquait autrefois les meilleures
lames. Le commerce exige trop d’activité
pour plaire
beaucoup aux Turcs ; aussi la plupart des marchauds établis dans les villes
turques sont des Arméniens, des Grecs ou des Juifs. Les Arméniens
semblent nés avec le goût du commerce: ils se sont
répandus dans toute l’Asie, et y trafiquent et spéculent sans cesse.
C’est par les Arméniens que se
fait en parti le commerce de l’Orient avec
l’Europe:
laborieux, sobres et patients, ils vont dans la Perse
et les Indes,
y achètent les productions naturelles
et les étoffes, les
transportent en Turquie, où ils en
débitent une quantité; le reste s’envoie en
Europe.
Les Turcs ne conçoivent rien à
l’agitation des
commerçants ; pour eux, il n’y a pas de plus grand
bonheur que de se
reposer sur un coussin dans
leurs maisons ou à l’ombre de
quelques arbres, et
de fumer leur
pipe. Leur vie ordinaire est de se
lever de grand mafin, d’aller faire leur
prière à la
mosquée, et de passer ensuite une heure ou deux
dans les cafés, dont le nombre est très
grand en
Turquie. Revenus chez eux, ils s’occupent des affaires de leur profession, et,
lorsqu’ils y ont vaqué
quelques heures, iis se retirent dans cette partie de
leur maison qu’on
appelle harem, où ils se reposent, et passent le temps à prendre des sorbets ou
du café dont ils sont
grands amateurs, et à fumer
du tabac. La pipe est
pour ainsi dire leur compaarmes

lesquels

20 !

gnie ; c’est un meuble nécessaire qui
jamais; aussi mettent-ils beaucoup de
Le

tuyau

des

pipes

ne

les

quitte

luxe à l’orner.
des riches est d’un bois prégarni de diamants; l’embou-

deux et quelquefois
chure est d’ambre jaune, dont l’odeur agréable se mêle
Ce luxe puéril est le seul
à la fumée du tabac.
qu’ils se permettent, et tandis que leur pipe brille
de pierres précieuses, leurs maisons n’offrent quel-

que les quatre murs.
Leur société est aussi monotone que tout le
reste; les femmes vivent entre elles, et les hommes
mangent seuls; s’ils se rendent une visite, ils fument, échangent à peine quelques paroles, et s’en
On n’y entend point ces conversations qui
vont.
font les charmes de la société en France, où les
hommes âgés développent toute leur expérience et
le fruit de leurs lectures ou de leurs observations,
où l’amitié acquiert un nouveau prix par les politesses et les expressions délicates, enlin où chacun,
suivant son instruction ou son esprit naturel, répand de l’agrément et en prend à son tour. Chez
les Turcs, ou craint, pour ainsi dire, la fatigue de

quefois

charmer la société par une conversation spirituelle
La gravité de leur maintien et le
instructive.
sérieux de leur caractère les préservent de beaucoup
de fautes.
Ils jugent avec réflexion, tiennent à leur

ou

parole,

sont constants

en

amitié,

et n’ont pas cette

emportements qui brouillent souUs pratiquent généreusement le précepte de leur religion qui leur prescrit
la charité; ils respectent la vieillesse et l’enfance, et
ni

susceptibilité

ces

vent les meilleurs

leurs
ne

égards

s’étendent même

tuent pas

souvent

un

amis.

sans

nécessité

,

sur

et

les animaux,

grand nombre uniquement
MŒURS

DES

qu’ils

dont ils nourrissent
par

compassion.

ARABES.

Arabes, après avoir brillé par les arts et
les lettres, sont tombés dans la barbarie, et offrent
L’ariune nation déchue
de son ancienne hauteur.
dite de leur sol les empêche d’entretenir de grands
Les

202
deux

troupeaux;

animaux seuls, le chameau et le
état de supporter, avec eux, le sédans les sables brûlants du
désert; ces ani-

cheval,

jour

sont

en

leur sont même
indispensables. Le chameau
estomac capable de contenir de l’eau
pour
plusieurs jours et une constitution propre à résister
à la chaleur, franchit à
grands pas les déserts, et
porte d’énormes fardeaux à des distances considéramaux

ayant

un

bles.

L’Arabe met à
profit non-seulement le chaet boit son lait, mais aussi
profite-t-il
de toutes les parties du chameau
il est mort.
meau

vivant,

On mange

chair;

quand

de sa peau on fait de
grandes
l’eau, de gros sacs pour le beurre et
les grains, des
auges portatives, des courroies et de
Un fait d’autres cordes avec les
grosses cordes.
tendons de la nuque.
Le poil du chameau se
transforme sous la main d’adroits
Arabes, en tapis,
en étoffes et en sacs
La race des
pour les grains.
chevaux arabes semble
faite pour le pays
également
où elle vit: nerveux et
agiles, ils parcourent lestement les sables avec leurs
maîtres, en bravant les
chaleurs et en se contentant de
peu de nourriture.
Les services que rend aux Arabes un bon
coursier
leur sont si
précieux, que c’est ce qu’ils estiment
presque le plus au monde; on les a vus pleurer sa
mort.
Les vrais chevaux arabes se vendent à haut
prix : on conserve leurs généalogies ou titres de famille, et l’on distingue ces familles
par des noms
sa

outres pour

particuliers.

Mais il est triste
qu'un animal aussi utile soit
l’instrument des crimes de l’Arabe no-

si souvent

made, que l’on désigne par le nom de Bédouin.
Des troupes de cette nation
misérable, errent dans
les déserts,
y tendent des embûches aux caravanes,
fondent sur les marchands et les autres
voyageurs,
les pillent, et, comme les Bédouins
sont bons cavaliers, ils disparaissent en un clin-d’œil avec leur
proie. On les trouve en Egypte, dans la Turquie
asiatique, en Perse, dans la Barbarie et les déserts de
Zaharah en Afrique:
quelques-unes de ces hordes se

l

‘203

distinguent par leur état misérable et par leur fërole brigandage est leur seul métier, et elles ne

cité:

valent pas mieux que ces peuplades du Caucase,
qui passent leur vie à voler sur les grands chemins.
D’autres ont des troupeaux de chameaux, de moutons et de chèvres, et habitent des lieux moins arides que les déserts.
Souvent elles ne sont pas
moins guerrières que les autres, mais pour qu’elles
n’inquiètent pas les caravanes, celles-ci, ou bien les
gouvernements des pays voisins, leur payent des
tributs, ou sollicitent même l’alliance de ces nomades, tant ils sont redoutables. En effet, ils louent
des chameaux, des chevaux, des guides et des es-

veulent traverser les dépasser de leurs secours.
peuvent
Les pauvres voyageurs sont donc obligés de se metcar il
tre à leur discrétion
n’y a que les Arabes
qui connaissent les sources au milieu des sables;
s’ils ont la cruauté de les cacher aux caravanes, les
cortes

aux

qui

caravanes

sorts, et qui

se

ne

,

hommes et les animaux succombent à la chaleur ardente, et expirent eu peu de temps, malheureusement ce trait de barbarie est souvent un calcul de
vu des guides arabes être témoins
des angoisses d’une caravane qui
en
vain la moitié de ses biens pour
quelques outres remplies d’eau, et attendre avec une
insensibilité révoltante le moment où les voyageurs
expiraient pour s’emparer de tous leurs bagages ; ils
allant en secret pense désaltéraient eux-mêmes en
dant la nuit aux sources qu’ils connaissaient. Cette
avidité de recueillir du butin se lie même avec leur
grande hospitalité. Un Arabe sacrifie tout pour
bien recevoir l’étranger qui entre dans sa tente.
Quelquefois celui qui lui demande l’hospitalité est le
Eh
voyageur même qu’il a dépouillé dans le désert.
bien! il l’accueille comme un ami, et dépense peutD’autres
être plus en régal qu’il ne lui a enlevé.
lois l’Arabe, après avoir donné l’hospitalité àll’étranou
ger, le guette dans le désert pour le dépouiller,
J’anète lorsqu’il sort de sa tente, et lui dit: ”vous

leur

part.

pendant le
leur offrait

On

jour

a

/

204

I

d’être pillé en chemin; ainsi il vaut autant
soit moi qui
profite de la circonstance;” et
disant ces mots, il le
et rentre chez

risquez
que
en

lui

ce

avec

son

butin.

Mais

par des Bédouins ou
le secours d’un Arabe

dépouille,
lorsque l’étranger, attaqué

Arabes du désert, invoque

qui

n’est

de leur

pas

tribu,

celui-ci devient son défenseur, et sacrifie
quelquefois
sa vie
pour l’inconnu qui a réclamé son appui.
Les guerres
que les tribus se l’ont entre elles
sont terribles et
marquées par des vengeances barbares.
Les Arabes sont en
général vindicatifs ; les
haines se transmettent de
père en fils, et les violences faites par une famille ou une tribu à une
autre, provoquent des persécutions qui continuent

pendant des générations entières, et ne cessent qu’
après une vengeance complète. Si la famille de l’agresseur n’apaise pas celle de l’offensé par des présents, la dernière poursuit l’autie à outrance, et
quelquefois une tribu entière persécute avec acharnement
une autre tribu.
Cependant, il y a des mouvements
de générosité; lorsque l’offenseur se livre humblement
enlre les mains et à la discrétion de son
persécuteur, il est rare que celui-ci ne lui
pardonne et
n’oublie l’injure qu’il en a reçue.
L n homme menacé d’une vengeance de famille évite
également sou
sort, lorsqu’il vient réclamer la protection d’une femme.
T

Mais dans tous les autres

que

lorsqu’il

a

cas,

l’offensé n’a de repos
lui a été fait.

vengé l’outrage qui
CAFÉ

DE

L’ARABIE.

Quoique déchue

du rang des
puissances, la naconservé une grande considéles peuples civilisés, à cause du commerce.
Autrefois les richesses de l’Inde et de la
Perse venaient
en
par l’Arabie et
Europe;
mais depuis (pie la route du
commerce a
changé par
suite de la découverte du
Cap de
cette source de richesses est tarie Bonne-Espérance,
en
partie ; mais
il reste à l’Arabie des
productions par lesquelles
tion arabe a
ration parmi

pourtant

l’Égypte

elle rend presque toutes les nations tributaires. Les
gommes, les baumes, les encens, le séné, les (lattes,
s’exportent en quantité; mais ce qui attire surtout
les vaisseaux étrangers, c’est le calé.
Le hasard lit probablement découvrir les qualités particulières de ce fruit.
Etonnés de se voir
gais et éveillés après avoir pris des fèves de café,
les Arabes ont dû songer à en extraire une liqueur
Cependant il n’est pas
pour en faire leur boisson.
certain que cet usage ait commencé en Arabie.
Les Perses paraissent avoir pris du café depuis
long-temps. Quoi qu’il en soit, c’est des Arabes
que l’usage en est venu chez les autres peuples.
En Perse et en Turquie, on établit des maisons publiques où l’on préparait le café, et quoique plusieurs fois les gouvernements et les docteurs se soient
déclarés contre ces établissements, les Orientaux y
trouvèrent tant de goût, que les maisons furent
maintenues.
Un Arménien les lit connaître aux Parisiens en 1072 par la salle qu’il établit à la foire
St.-Germain.
Son exemple eut bientôt des imituteurs.
L’usage du café devint général en France
et dans les autres pays de l’Europe.
Des sommes
immenses refluèrent en Arabie pour acheter la fève
précieuse dont on ne pouvait plus se passer. L’industrie européenne ne voulut pas rester dans la dépendance des Arabes pour cet article de commerce :
elle sut se l’approprier.
Ce furent les Hollandais
qui les premiers tirèrent de l’Arabie quelques plantes
de caféyers. Louis XIV en reçut un de leur part :
il fut cultivé au jardin des plantes à Paris, et donna
des rejetons qui furent transplantés dans les colonies françaises où iis prospérèrent h souhait.
Les
Hollandais avaient vu réussir également les plantations qu’ils avaient établis dans l’île de Java, en
sorte que le caféyer devint une production des colonies européennes et perdit sa rareté.
L’Arabie exporte néanmoins encore environ 70
millions de livres pesant par an; tant la consommation du café est grande dans tous les pays. Un

/

206
a

remarqué d’ailleurs

romat

que celui

que le café Moka
des colonies, soit que

a

plus
le

d’a-

sol lui
de soin

donne cette qualité, soit
qu’on prenne plus
de la culture de l’arbre, de la récolte et de
l'apprêt
du fruit. La culture du café n’est
pas pénible, niais
la récolte demande
sans les.
quelques

précautions,

le café, comme tout autre fruit, se
gâte ou
perd de ses qualités. Dans la zone torride, les caléycrs croissent en pleine terre, même sur les hauteurs, où l’air est quelquefois assez frais. La
province d’yémen, en Arabie, renferme de
grandes plantâtions de caféyers, formées en terrasses les unes
plus élevées que les autres. Le caféyer est un arbuste de 10 à 18 pieds de haut.
Les fèves sont
les noyaux de son fruit, qui ressemble à une cerise.
Après avoir cueilli les fruits, on les sèche; puis on
les presse pour faire sortir le
noyau ou les deux
lèves, que l’on sèche ensuite de nouveau. Voilà tout
le travail
qu’exige la récolte. Betelfaky, à 40 lieues
de Moka, est le grand marehé au café ; c’est là
que
se rendent les marchands, surtout les Turcs et les
Persans, pour faire leurs achats ; les Arabes se corn
tentent de cultiver le café; ceux
qui en font le com*
merce, ce sont des Banians, marchands indiens, établis en Arabie.
De Betelfaky le café est
envoyé à
Moka, où arrivent aussi les marchandises apportées
Comme les Arabes
par les négociants étrangers.
n’ont pas de manufactures, ils ont besoin de leur
côté de prendre de la main des
étrangers des objets
manufacturés, ce qui diminue beaucoup les avantages qu’ils retirent de la vente du café.
Au Caire, et dans d’autres villes de
l’Egypte,
il y a de
grands ateliers où l’on brûle et pile le
café pour la consommation du
pays.
Après l’avoir
exposé au feu sur de grands plateaux de cuivre, on
le pile dans des mortiers de
granit. 11 y a autour
de chaque mortier deux ou trois ouvriers
qui chan-<
tent et laissent tomber^ [leurs
pilons en cadence: à
chaque tour un enfant enfonce la main dans le mortier pour remuer le café.
Si lui ou les ouvriers

quelles

207
n’observaient pas la

de l’air qu’on chante,
d’avoir la main écrasée, car
les ouvriers n’v font aucune attention.
Ils laissent
tomber régulièrement leurs pilons; c’est à l’enfant à
remuer le café à la 5"“ e note de la mesure s’il
y a
2 ouvriers, ou à la 4"
s’il y en a 3. Pour accouturner les enfants à ce métier adroit, les maîtres
dans les écoles se servent d’un moyen
plaisant, mais
ingénieux. Ils frappent en chantant et en cadence
avec une baguette sur la table; les enfants dans les
intervalles des coups y posent leurs mains ; s’ils ne
font pas attention, la baguette frappe leur main, et
cette petite leçon les accoutume assez vite à suivre
exactement la mesure de l’air.

l’enfant courrait

mesure

risque

ie

RÉCOLTE

DE

I. A

GOMME

MAURES

Les tribus

Sénégal
quelque

RU

I) A\S

LES

FORETS

DES

SÉNÉGAL.

Maures, qui habitent les bords du

Afrique, sont parvenues à se rendre en
sorte les Européens tributaires,
par la pro-

en

duction d’un seul arbre qui croît dans leurs forêts, et
qui, indépendamment d’un article de commerce très
important, leur fournit une/bonne nourriture pendant
une partie de l’année.
C’est le gommier, arbre appartenant au genre des acacias et ayant plus de quarante variétés; il est répandu sur la côte de l’Océan
depuis le cap Blanc jusqu’au cap Vert; il forme surtout trois grandes forêts qui sont la
propriété de
trois tribus du peuple Maure ; c’est à ce peuple que
les Européens sont obligés de s’adresser pour avoir
la gomme, article très nécessaire dans nos arts et
manufactures, surtout dans la teinture, la peinture
et la fabrication des étoffes, à cause de sa
qualité
glutineuse qui donne du liant et du lustre.
Le pays du Sénégal n’est pas le seul
qui produise la gomme. Les pays entre les deux
tropiques
produisent tous cette denrée. L’Arabie entre autres
en fournit
beaucoup ; il n’y a même qu’un siècle que
l’on tire la gomme du Sénégal : autrefois on ne con-

/

208
naissait dans le commerce que celle de l’Arabie, qui
par la qualité est inférieure à la première. On distingue au Sénégal surtout deux espèces de gommes, la
blanche et la rouge. Après la saison des pluies et des

qui dure dans ce pays depuis le commencejuillet jusqu’au milieu de novembre, il règne
vents tellement secs, qu’ils fendent le bois et

orages,

ment de

des
le rompent

fracas.
L’écorce des gommiers se
suinter un suc qui s’épaissit
promptement, et reste attaché à l’écorce sous la forme
d’une grosse larme brillante et limpide, c’est ce que
l’on appelle la gomme.
Au commencement de décembre cette production est prête à être récoltée. A
cette époque, les peuplades maures qui s’attribuent
la propriété des trois grandes forêts, quittent les déserts qu’elles habitent et se transportent en masse vers
ne laissant chez elles
ces forêts,
que les vieillards,
les enfants, les gardiens des troupeaux et les esclaves.
On dirait que la nation part pour une expédition
guerrière. Les princes et les riches montent des
chameaux; leurs femmes sont assises dans des espèces de paniers attachés au dos de ces animaux,
et surmontés d’une espèce de dais ; d’autres sont à
cheval ou montés sur des bœufs; le peuple va à
pied et traîne avec lui des vaches et des chèvres.
Une troupe de Maures, armés de longues lances,
cherchent à maintenir l’ordre dans cette caravane
singulière. Après une marche de dix à douze jours,
elle arrive aux forêts qu’elle veut exploiter, établit
ses
camps à l’entrée du bois et s’apprête à faire
Dès lors la gomme fraîche forme la
la récolte.
principale nourriture du peuple ; il la fait fondre
dans la bouche, ou la mêle au lait ou au jus de la
viande pour en faire des tablettes qui se conservent
S’étant dispersés dans les bois, les
long-temps.
Maures s’occupent pendant six semaines à recueillir
la gomme, à l’entasser dans de gros sacs de cuir
dont ils chargent ensuite les bêtes de somme. Quand
la récolte est finie, et quand le jour du marché est
fixé entre les Européens et les chefs des Maures, la
gerce

alors,

avec

et laisse

*209
caravane lève ses tentes et se met en
marche vers
l’embouchure du Sénégal,
vers
principalement
lecomptoir, dit l'échelle ou l’escale du désert où lesFranont
attiré
le
çais
grand marché de la *gomme. Le
,

jour du marché,

nuage de poussière annonce déjà
de la gomme ; le bruit
approche de plus en plus; toutes les bêtes de somme
sont ornées de branches de
gommiers; le désert
s’anime; on entend des bruits confus et l’on voit
les scènes les
Ici on
plus
un

de bonne heure la

caravane

princesse

singulières.
panier

là

un

maure

cheval

ou

sortant du
un

de

aperçoit

et ont

cantnr

fond

;

ces

:

bœuf porte la

progéniture d’une
partout on décharge

chèvre qui a mis bas en route ;
les gros sacs
pour les porter sur les
l’on mesure la marchandise dans de

appelées

une

chameau

son

cuves

sont

navires, où

grandes

cuves

au

pont,

attachées

conlisse que l’on retire
quand la
achetée, pour la faire couler dans
la cale du navire.
La gomme ne se
paye pas en
espèces, on donne en échange des toiles de coton
des Indes,
appelées dans le commerce toiles de Guinée.
Jusqu’au moment de la vente, les Maures et
les Européens ont été de la meilleure
intelligence ;
mais dès que le marché
commence, l’intérêt fait
place à toute autre considération. Le tumulte devient si grand
qu’on a peine à s’entendre ; les Maures se mêlent aux
Européens, escaladent les navires,
crient, cherchent à surprendre la
vigilance des gardiens, menacent et lèvent même leurs
poignards sur
les pauvres marchands,
obligés de garder leur sangfroid au milieu de cette mêlée confuse. Le
marché
est
quelquefois si loin d’être paisible, qu’on est
forcé de braquer les canons et de mettre
au

marchandise

sous

les

une

est

l’équipage

pour résister à la fourberie et à l’impétuosité des Africains. Mais le désir du gain rend
les Européens insensibles à ces
désagréments, et il
se fait durant le
marché des affaires considérables.
On évalue la récolte de
gomme qui provient annuellement des trois
grandes forêts, à douze cents milliers de livres.
11 y a
d’autres
armes

encore^'

forêts qui

/

210

produisent cette denrée, mais qui ne sont pas exploitées comme les autres. On croit que les bords

du Sénégal pourraient fournir, si l’on voulait, jusqu’à
Outre
deux millions’ de livres de gomme par an.
celle qu’ils vendent aux Européens, les Maures en
récoltent beaucoup pour eux, comme nourriture et
comme remède en plusieurs maladies.
PECHE

DE PERLES.

Les perles se trouvent dans de grosses huîtres
aux rochers sous les eaux.
Quelques
s’attachent
qui
naturalistes prétendent qu’elles sont comme un démaladie de l’animal ;
pôt d’humeur provenu d’une
mais

il

est de fait que les

perles

sont de la même

substance que la nacre qui couvre l’intérieur de l’éCette nacre s’est seulement arrondie en glocaille.
Elles sont souvent attabules ou petites boules.
chées à la coquille; d’autres fois elles tiennent à
11 paraît que l’huître les produit ou
l’animal même.
les façonne pour mieux se garantir contre un ennemi
Aussi a-t-on déjà eu l’idée de forcer les
du dehors.
en
des
huîtres à
perçant leur écaille

produire

perles,

de
d’un petit trou, que l'animal s’empresse alors
invendes
souvent
ont
boucher. Les Chinois, qui
tions ingénieuses, introduisent entre la double écaille
de l’huître, de petits morceaux de nacre, pour que
l’animal les recouvre de la substance des perles;

mais c’est un procédé long et pénible.
Les perles ont été dans tous les temps l’objet
des recherches de l’homme; leur lustre, leur jolie
forme et leur rareté les ont fait toujours estimer
et ^depuis l’anpresqu’à l’égal des pierres précieuses,
la
entrent avec les pierres fines dans
elles
tiquité
n’a
l’homme
son
industrie,
grande parure. Malgré
Aussi n’y a-t-il
pu rien inventer de plus précieux.
obse
procurer cet
pas de peine qu’il épargne pour
à
serez étonnés de son avidité
Vous
de
luxe.
jet
les
connaître
fait
vous
aurai
cet égard, quand je
les
s’exposent en allant à

dangers auxquels

pêcheurs

I

21t
la recherche des perles.
Plusieurs côtes les tournissent.
L’Europe même n’en est pas dépourvue.
Ou en pêche sur les côtes de l’Ecosse et de
l’Irlande, on en
prend dans quelques rivières de la Bohème, de la Mo-

ravie, et même de la France. Ces perles ont peu de
valeur, étant généralement petites et ternes. L’Âmé-

rique a des pêcheries considérables dans le golfe du
Mexique, surtout auprès de i’île de Marguerite. Mais

perles des pays occidentaux ont une coulaiteuse, qui les rend bien inférieures aux perles

toutes les

leur

orientales, qui brillent d’une belle couleur d’argent.

Les

de l’Orient sont surtout
importantes
de l’île de Ceylan, et à l’entrée du
golfe perLes Chinois ont une
pêcherie sur la côte de
la Tartarie; il y a d’autres
pêcheries auprès des îles
de la mer du Sud.
Mais elles cèdent toutes à celles de Ceylan et du golfe
persique.
La pêche des perles au port de Manaar sur la
côte de l’ile de Ceylan
présente plusieurs dangers.
D’abord le détroit où se trouve le liane des
perles
est extrêmement dangereux à cause des
gouffres et des
écueils qu’on y rencontre.
Les gens qui osent se
précipiter dans la mer au milieu des périls, ce sont
en
grande partie des noirs de la côte de Malabar,
et des Lubbahs ou Nègres de l’île de Manaar.
Accoutumes à plonger dès leur enfance, ces
gens s’en
font une habitude, et
beaucoup d’entre eux vont au
fond de l’eau sans aucune
Tout ce

pêcheries

auprès
sique.

craignent,

sont les

précaution.

qu’ils

La peur les fait recourir à des superstitions pour se
garantir du danger
d’être dévorés.
Ils s’adressent entre autres à de
prétendus sorciers, dont les imprécations doivent
écarter ces animaux.
Vous pensez bien que les
monstres marins n’en cherchent
pas moins à dévorer
ces

ce

requins.

pauvres gens, qui les redoutent

tellement,

que

l’apparition d’un seul requin suffit pour empêcher
tous les plongeurs de se
risquer dans la mer. La
pêche a lieu en février et en mars La baie de
Condatchy est alors le rendez-vous des bateaux de
Ceylan,

de la côte de Coromandel et de celle de MaH*

/

212
labar.
Chaque bateau porte environ 20 marins et
un tindal ou pilote.
Lorsque le gouvernement a désigné l’endroit de la pêche et adjugé au plus offrant
le droit de la faire, l’entrepreneur fait diriger les hateaux qui se mettent à son service, sur le banc où
La petite flotte part alors,
la pêche doit avoir lieu.
dans les bateaux à l’exet les

plongeurs s’apprêtent
leur métier.
Quelques-uns observent deet se frotpuis plusieurs jours une diète rigoureuse,
tent le corps très fréquemment avec de l’huile, avant
de se jeter à la mer; ils se bouchent les oreilles
le
avec du coton trempé dans l’huile, et se serrent
ercice de

de corne fendu 5 on
par le moyen d’un morceau
leur attache sous un des bras une éponge trempée
dans l’huile, dont ils se servent pour respirer, de
sorte à ne pas avaler l’eau, et sur la bouche ils
a la propriété de ne pas
une
nez

plante qui

appliquent

D’autres négligent toutes ces prés’imbiber d’eau.
Ils se font descendre dans l’eau le long
cautions.
d’une corde à laquelle est attachée une grosse pierre.
: il
Chaque bateau porte ordinairement dix plongeurs

descendent à la fois. Muy en a toujours cinq qui
nis d’un couteau et d’un sac ou d’un filet, ils s’enIls ramasfoncent enfin dans les abîmes de la mer.
sent à la hâte les huîtres, et dès que leur sac est
plein, ils donnent un signal par la corde, afin qu’on
les retire dans le bateau; quand ils sont remontés,
l’eau leur sort de la bouche, du nez et des oreilles.
Souvent ils rejettent même du sang. Ils se reposent
leur
pendant que les cinq autres plongent. Ensuite
tour revient.
sous l’eau au-delà de deux
Ils ne restent

guère
peuvent

rester quatre ou même
les premiers pionminutes,
Chacun plonge 40 à 50 fois par jour, et
geurs.
On les
fois une centaine d’huîtres.

minutes ;

ceux

qui

sont cités

six

rapporte chaque
en
argent

paye
sorte

y

ou

en

huîtres

encore

fermées, en
riches, s’il

courent la chance de devenir

qu’ils

de grosses perles,
sés, s’il ne s’en trouve

y

comme

a

(

ou

peine récompenAprès la pêche, les

d’être à

guère.

213
matelots portent les huîtres sur la côte,
pour les y
laisser pourrir dans des trous crensés en terre. Pendant ce temps il s’assemble une foule de marchands
de diverses nations
pour faire des achats, on pour
vendre des vivres durant cette foire.
Avant d’ouvrir
les huîtres, on en fait souvent des lots
que l’on vend
aux amateurs.
Ceux-ci les font ouvrir ensuite, et
vous
jugez de leur joie, quand ils y trouvent beauOn surveille avec un grand
coup de grosses perles.
soin l’ouverture des huîtres,
pour que les ouvriers
ne
puissent détourner des perles. 11 y a des fripons qui savent les soustraire avec une grande
adresse, et qui les avalent même, pour n’étre pas
découverts.
On leur a administré
quelquefois des
émétiques, pour faire rendre les perles qu’ils avaient
avalées.
11 arrive d’ailleurs
que les perles restent
cachées dans le corps de l’huître. Aussi les
pauvres
viennent après la pêche faire de nouvelles recherches
dans les tas d’huîtres
pourries, malgré l’odeur infecte que ces monceaux
répandent sur la côte. Ce
marché des perles dure
quelque temps. Les plus
grosses et les plus blanches ont en Europe un très
haut prix; les Indiens
préfèrent les perles jaunà-

tres ; la coquille se vend sous le nom de nacre.
Les Nègres sont très adroits à
percer les perles et
à les polir.
Autrefois la
n’avait lieu
très

rarement,

et occasionnait

pêche
grande

que

Les néde toute l’Asie venaient se rassembler sur
les bords de la mer des Indes,
y dressaient des
tentes, où ils demeuraient durant le temps de la
pêche. La réunion de tant de peuples différents, la
diversité de leur costume, leur trafic, la
pêche même,
accompagnée des plus grandes solennités; tout cela
offrait un spectacle vraiment
unique dans son genre.
Mais, dans la suite, cette pêche a été
souvent

gociants

une

fête.

trop
renouvelée, parce qu’on voulait gagner davantage, et
cette avidité a nui au succès; elle n’est
plus en ef-

fet aussi productive;
bon nombre de

cependant
spéculateurs.

elle attire

encore un

/

214
On fait à-peu-près de la même manière la pèche
des perles sur les côtes du golfe persique, particulièrement aux îles de Barein et de CarraC.
Chacun
est libre de s’y livrer.
Mais cette entreprise demande
Le marchand qui entrede l’argent et de la peine.
une
loue
une
pêche,
barque avec un équipage
prend
de 15 hommes, parmi lesquels il y a cinq ou six
plongeurs. On a remarqué que la pêche est meilleure quand les pluies sont abondantes. Alors aussi
les pêcheurs se font payer plus cher leurs journées.
Les plongeurs sont payés en proportion de la profondeur à laquelle ils descendent.
Ordinairement ils
plongent de dix à quinze brasses; les plus hardis
plongent encore davantage, surtout quand ils sont
engagés par quelque promesse de leurs maîtres, qui
savent que les plus belles perles se trouvent à de
grandes profondeurs. Les plongeurs ne restent que
cinq minutes sous l’eau : ensuite ils reviennent, pour
remettre entre les mains du chef de l’équipage les
huîtres qu’ils ont détachées ; immédiatement après ils
plongent de nouveau, et ils continuent jusqu’au soir
Ce métier pénible.
Jusqu’alors on né sait pas encore
Ce n’est qu’à la fin de
si la pêche a été heureuse.
la journée, en ouvrant les huîtres sur une toile
blanche étendue par terre, qu’on apprend le succès
Le pêcheur qui découvre dans une
de la pêche.
huître une perle d’une grande beauté, reçoit un pré11 arrive que le pauvre plongeur, qui est allé
sent.
la chercher au fond de la mer, n’a que sa paye,
consistant en une dixaine de piastres, tandis que celui qui ouvre l’huître, et qui n’a pas d’autre mérite,
est récompensé.
Les petites perles ne sont pas rares:
il y a des huîtres qui en ont même des raugées, c’est ce que l’on nomme de la semence de

Ouand le triage est fini, on vend les perles
marché de Mascate; de là, on les expédie pour
la Turquie et la Perse, ou pour l’Inde.
La ville de
Surate en fait surtout un grand commerce.

perles.
au

21S
RECOLTE

ET DEBIT DU

THE.

Le thé vient d’an arbuste de cinq à six pieds
les Chinois plantent dans leurs champs.
Ce
n’est qu’après la troisième et avant la septième année de la plantation que l’on cueille les feuilles de
l’arbuste.
Cette récolte, qui exige les plus grandes
précautions, se fait à diverses époques, et donne des
produits de qualités différentes: les ouvriers mettent
des gants très fins et ne cueillent qu’une feuille après
La première récolte, qui a lieu au commenl’autre.
cernent de mars, fournit les feuilles les plus tendres
et les plus savoureuses ; c’est ce qu’on appelle le
thé impérial : destiné pour la maison de l’empereur,
ce
thé n’entre point dans le commerce.
Un mois
après on fait une seconde récolte, dans laquelle on
fait encore un choix des feuilles tendres, pour les
La troisvendre comme la première sorte de thé.
fcème récolte a lieu au mois de mai, et donne le thé
ordinaire.
Fraîchement cueilli et infusé dans l’eau,
le thé étourdit et ressemble à l’opium.
Voilà pourquoi il faut le préparer, en faisant griller les feuilles. Mais comme elles sont très délicates, elles se
fanent et se gâtent si l’opération n’a pag lieu le jour
On a de grands fourneaux coumême de la récolte.
verts de plaques de tôle pour le grillage.
On y étend
les feuilles, et quand elles sont chaudes au point de
on
suer, on les retire avec des crochets en bois,
les étend sur des nattes de jonc, et on les roule
Ces procédés se répètent plusieurs
avec les mains.
que

fois,

mais

toujours

Les ouvriers sont

avec

la

plus grande précaution.

de mener, trois semaines
auparavant, une vie très sobre; car la moindre exhalaison de leur bouche gâterait les feuilles. Après
le grillage, on renferme le thé aussitôt dans des boîtes doublées en plomb ou en étain, afin que l’air ne
lui fasse pas perdre son arôme.
Celui qui vient par
les caravanes en Russie est meilleur que celui que

obligés

les Anglais apportent par eau, parce que la mer influe toujours un peu sur le goût de ces feuilles dé-

licates.
en

En Chine
fait des tablettes.

PARTIS

AVANTAGEUX

La nature
tal

on

a

fait

le# réduit

Çu’oN
présent

en

TIRE

poudre,
DU

et

ou

BAMBOU.

à la Chine d’un

végé-

plus utile que le thé ; c’est le bambou. On est
étonné d’apprendre à combien d’usages différents les
Chinois savent employer cet arbuste, dont la légèreté,
la souplesse, la ténacité,-la durée,
la longueur,

Avec des bambous
prêtent en effet à tout.
des cocotiers, on pourrait, à la rigueur, se
passer
de tout le reste de la végétation.
Le bainbou le plus gros sert de bois de construction ; on en
fait la charpente des maisons, en plaçant les troncs
aux
quatre coins. Fendu en deux parties concaves,
bois sert de couverture, et coupé en lattes, il
ce
sert de plancher.
Voilà la maison.
Maintenant, s’il
faut des meubles, le bambou sous la main des
indu^
trieux Chinois, devient table, chaise, bois de lit, uW
tensile de cuisine, baquets, échelles, cuves et paniers.
Veut-on des meubles pins commodes, la charpie du
bambou va remplir, au lieu de crin, les coussins et
les matela\s.
Mais je suis bien loin d’avoir nommé
tous les avantages qu’on retire de cet arbuste.
On
en fait encore des
chapeaux, des éventails, des raèches de chandelle, des cordages, des sacs, des nattes;
les agrès et les cables dans les
jonques ou bateaux
chinois, sont faits de filaments de bambou ; si des
navires on se transporte dans les cabanes des laboureurs, on voit encore le bambou
employé aux besoins
de l’agriculture ; ils en font des haies, des charrettes,
des brouettes, et des machines
hydrauliques fort ingénieuses. Nous construisons souvent à grands
frais de telles machines, tandis
que les paysans chinois avec leurs bambous, sans
employer le moindre
fer, font monter 150 tonneaux d’eau, en 24 heures,
jusqu’à la hauteur de 40 pieds, pour arroser leurs
champs ou pour d’autres usages. Enfin les bourgcons des jeunes bambous servent de nourriture au
se

et

217

peuple qui

même l’art de les confire
pour les confaut convenir que peu de nations montrent un esprit si
ingénieux. C’est à-peu-près de
la même manière que les habitants de
l’Arabie, de
la Perse et de l’i
gypte emploient le dattier. Tout
leur sert dans cet arbre; ils se nourrissent de son
fruit, et donnent les noyaux à leur chameaux; avec
les feuilles ils font des nattes, des
paniers, des sacs
et des brosses ; avec les
branches, des baies et des
cages, avec les filaments des rameaux, des cordes et
du fil ; le bois sert au
chauffage, et le süc de l’arbre se change
par leur industrie en une liqueur
a

Il

server.

spiritueuse.

FABRICATION

DE

Les Chinois sont le

LA

PORCELAINE.

premier peuple qui ait fala perfection, et
pendant

briqué la porcelaine à
long-temps l’Europe s’appauvrissait

sommes

considérables,

pour

se

tous

procurer

les ans de
d’eux cet

de luxe.
La porcelaine se fabrique
principalement au village de
King Tetehing, dans la province de Kiangsi; celle
que l’on fait en d’autres endroits de la Chine n’a ni la beauté ni la
réputation
de celle-ci.
On la recevait long-temps en

objet

-

avec une

sorte

d’admiration,

Europe
pouvoir pénétrer
missionnaires, qui

sans

le secret de la fabrication.
Les
étaient accueillis en Chine à cause de leur instruction, employèrent beaucoup de peine
pour pouvoir

communiquer

ce

secret

aux

Européens; enfin,

un

jé-

suite français parvint à connaître les
procédés usités
dans les manufactures chinoises, et en
envoya le détail en Europe. On sait maintenant
que les Chinois
prennent deux sortes de terres, le Kaolin et le Pétuntsé, dont la dernière est surtout très fine. Après
les avoir mêlées dans une
proportion convenable, ils
les trempent et les font fouler aux
pieds par les
ouvriers, dans des espèces de puits bien pavés. J’ai
vu des dessins
chinois où ce travail était
représenté
exécuté par des buffles. Deux
espèces d’huiles, dont
l’une est tirée des
de
sont aussi

pierres

Pétuntsé,

218

ingrédients nécessaires dans cette composition.
pétrit long-temps la pâte, afin qu’elle forme une
et purgée de tout corps étranger.
niasse bien unie

des
On

Car

un

grain

de

sable,

un

porcelaine dans
parfaitement pétri la pâte,

casser

la

cheveu même suffit pour
cuisson.
Après avoir

la

façonne, soit au
ensuite divers instruments pour polir ou embellir les objets façonnés.
Les ornements en relief ou en creux se font
Pour chaque opération, il y a, comme
avec le ciseau.
dans nos grandes manufactures, un ouvrier particulier en sorte qu’une simple tasse à thé passe 6 à 8
L’un la tourne grossièrefois en d’autres mains.
ment, l’autre en façonne le pied, le troisième l’arrondit et lui donne sa véritable forme : le quatrième polit les
dehors, un autre polit l’intérieur, et d’autres encore ajoutentlles ornements. Quand la façon ne laisse plus rien
à désirer, on embellit le vase de peintures, eny représentant des hommes, des paysages, des fleurs et beaule mauvais goût de ce peucoup d’objets bizarres, selon
un
pie. Autrefois la porcelaine chinoise acquérait
couleurs qu’ils y
nouveau prix par le brillant des
Mais le
surtout du bleu et de l’or.
tour, soit

au

moule.

prodiguaient,

secret de faire
le bleu de la

même éclat.
et tantôt par
ensuite d’un
est de cuire

façonnée
ce

gâte

on

la

emploie

beau bleu

parait

s’être

perdu :

et

porcelaine moderne est loin d’avoir le
Les peintures se font tantôt à la main,
le moyen de formes. Ils les recouvrent
La dernière opération
vernis très fin.
la pâte
une ou deux fois dans un four
11 faut dans
comme je l’ai dit.
peinte

et

procédé

ce

On

particulière ; une négligence
porcelaine et détruit le prix de
opérations précédentes. Aussi arrive-t-il
ce
une

attention

souvent toute la

toutes

les

c’est
qui
que la cuisson manque, et
chinoise est très chère : le transsi éloigné jusqu’en Europe, en
Aussi les
le prix.
encore de beaucoup
à
ne tardèrent-ils pas à chercher la terre

fréquemment
fait que la

porcelaine
port depuis un pays
augmente

Européens
porcelaine

chez euxj, et à imiter les vases chinois.
La Saxe fut le premier pays où l’on fit de la porce-

(

<> il.I <1
tJ

laine

line; d’autres pays imitèrent

.France trouva

briqua

une

terre

semblable

cet
au

exemple.
Kaolin,

La
et fa-

porcelaine, qui depuis ce temps est parhaut degré de perfection dans la manufacture de Sèvres auprès de Paris.
Peut-être la porcelaine chinoise est-elle plus solide, du moins la
pâte semble plus compacte; mais certes, les Chinois
n’ont jamais inventé d’aussi jolies formes, ni exévenue

une

à

un

cuté d’aussi beaux dessins que ceux que nous admirons dans les vases sortis de la manufacture de

Sèvres.

Puisque

nous

en

noise, il faut que je

à la
dise aussi

sommes

vous

porcelaine chiquelques mots

de la fameuse tour de porcelaine, érigée à Nankin.
C’est en effet un des monuments les plus curieux
qu’il y ait en Chine. Ne croyez pourtant pas que
cette tour soit entièrement de porcelaine
; ce serait un
C’est une
ouvrage trop précieux et trop fragile.
tour en briques à huit faces, haute de deux cents
pieds, et composée de neuf étages qui diminuent
successivement et qui sont surmontés d’une espèce
de coupole.
Chaque étage offre une salle ornée de
peintures et d’autres décorations, et le dehors est
revêtu de briques peintes et vernissées de basreliefs, de statues, etc. Chaque étage est percé de
huit grandes croisées.
MŒURS

ET

COUTUMES

DES

CH11VOIS.

La plupart des arts et métiers des Chinois sont
restés dans l’imperfection ; on s’est contenté des procédés que le hasard a fait découvrir, et
personne ne
s’est occupé à chercher les moyens de les simplifier
ou de les améliorer.
Quelques voyageurs ont vanté
les progrès des Chinois dans les mathématiques, l’astronomie et dans d’autres sciences
mais on sait

;

maintenant qu’ils sont bien moins avancés dans les
sciences que dans les arts ; leur langue est d’ailleurs
si imparfaite, qu’il est difficile de s’en servir
pour
expliquer et analiser les choses abstraites. Quelques

missionnaires ont porté en Chine les hautes connaissances des
Européens ; du reste on n’y souffre point
d’étranger, et les Chinois eux-mêmes ne voyagent
point chez d’autres nations, selon un préjugé qui
regarde comme déshonoré l’homme qui quitte sa patrie.
Ainsi ils se privent d’un grand moyen de s’instruire; car les voyages nous donnent beaucoup
d’expérience et nous délivrent de la plupart de nos
préjugés. Dans les relations que les Européens ont
avec
les Chinois à Canton, le seul port où le gouvernement chinois leur permet de commercer avec
des marchands chinois privilégiés qu’on appelle Hong,
ils s’aperçoivent facilement que les habitants de ce
pays sont rusés et fourbes, et qu’il faut se défier
de toutes leurs démarches.
Cette mauvaise qualité
éloignerait d’eux les marchands européens, si ceux-ci
n’étaient retenus par l’avantage d’exporter des marchandises qu’ils sont sûrs de vendre à haut prix en
Europe. Ainsi dans le commerce l’intérêt rend les
Chinois trompeurs et les Européens insensibles.
Il semble que les grands mettent leur distinction dans l’oisiveté: fiers de leur embonpoint, ils
regardent avec pitié un homme maigre, parce que
c’est à leurs yeux une preuve qu’il est par le besoin
Aussi représentent ils leurs
condamné au travail.
idoles avec des visages joufflus et des ventres énormes, comme vous pouvez le voir à ces magots dont
nous ornons quelquefois nos cabinets.
Leurs femmes
partagent cette idée erronée: on leur rétrécit
les pieds dans leur enfance ; aussi quand elles sont
grandes, elles ont les pieds si faibles et si chétifs,
qu’elles peuvent à peine marcher, et qu’elles sont
obligées de se faire porter en litière pour sortir.
Mais loin d’être affligées de cette infirmité, elles en
sont très vaines.
Pour prouver encore qu’elles ne
travaillent pas, elles laissent croître leurs ongles., et
les mettent même la nuit dans des étuis, afin de
leur conserver tout leur lustre.
Une Chinoise qui
ne
peut pas marcher, et qui peut à peine se servir
de ses mains, est aussi vaine que l’était autrefois
-

221
chez nous une clame serrée dans son corset et ses
énormes paniers, et que l’est encore
aujourd’hui telle
demoiselle parée à la dernière mode.
On peut dire que les Chinois dépendent totalement du cérémonial; car ils ne
peuvent faire l’action la plus insignifiante, sans consulter les
préceptes de leurs livres de civilité.
La science du cérémonial à observer dans la conversation exige beaucoup de temps et d’étude: si, par exemple, deux
Chinois d’un rang égal se rencontrent, ils ferment
le poing de la main gauche, le couvrent avec la
droite, le découvrent, s’inclinent un peu, lèvent les
deux mains, en disant: hoa, ou kin, kin ; si
lapersonne est d’un
rang supérieur, la révérence est plus
profonde, et quelquefois ils touchent la terre avec
leur front.
Une invitation pour un repas doit être
répétée trois fois, et si l’on veut rendre visite à quelqu’un, il faut envoyer une annonce écrite sur une
feuille de papier peint, et remplie
d’expressions d’un
style empoulé. Pendant les repas, à chaque service
ou à
chaque plat que l’on apporte, il y a une foule
de compliments et de cérémonies, dont on ne
peut

rien omettre, pas même parmi ses
parents et ses
amis.
Quand on a des convives, on prend les tasses
dans lesquelles on boit, et on se place au
milieu de la chambre.
On porte les tasses à la
bouche, puis on les baisse ; celui qui baisse la sienne
jusqu’à terre, passe pour le plus poli. L’un fait
comme l’autre,
et ce jeu se répète trois, six à neuf
fois.
Enfin tous vident leurs tasses à la fois.
Les
enfants aussi sont soumis au cérémonial.
Dans les
écoles où il s’assemble des enfants de diverses conditions, ceux des familles distinguées ne se départent pas d’une gravité affectée, et ont grand soin de
ne
pas se familiariser avec leurs camarades.
Les compliments des Chinois contrastent singulièrement avec les usages de quelques autres pays.
En Afrique, parmi les Nègres, par exemple, on
ignore que c’est ailleurs un signe de respect que de
s’incliner devant quelqu’un.
On raconte qu’un mar-

1

/

222
line
entrevue avec un roi de
n’avait jamais vu un Européen, ôta son
Le roi, qui avait
s’inclina profondément.
observé que les gros singes de son pays avaient la
coutume de se courber avant de se jeter sur les
hommes, crut que cet étranger allait sauter sur lui,

cliand danois ayant

Nègres qui
chapeau et

et cria

peine

L’interprète eut beaucoup de
comprendre que les Européens s’intémoigner leur respect.

secours.

au

à lui faire

clinent pour

Les Chinois nous ont pourtant devancés dans
découverte importante, celle de l’imprimerie, qui
est chez eux en usage depuis fort long-temps. Sur
du papier extrêmement fin et pourtant solide, ils impriment des planches de bois léger gravées en relief
De cette manière
et noircies à l’aide d’un pinceau.
on fait beaucoup de livres à peu de frais, qui se réet instruisent toutes les clasdans
une

l’empire

pandent

Nos procédés sont plus coûteux,
mais aussi nous exécutons de plus beaux ouvrages.
Les Chinois ont cela de louable, qu’ils honorent la
science, et que le savoir est une recommandation
dont au reste personne
pour les plus hauts emplois,
Ce sont les savants,
n’est èxclu par sa naissance.
ou mandarins,
qui forment en quelque sorte la noOn n’entre dans cette classe
blesse de la Chine.
des preuves écrites, et
que par des examens et sur
de même d’un degré à l’autre qu’après
on n’avance
La masse du peuple ne profite
un examen nouveau.
de la science ; elle est ignopas
beaucoup
pourtant
rante et superstitieuse ; on le voit à ses almanachs
où se trouvent indiqués les jours .où il est dangede pleurer, et d’aureux de sortir, de se baigner,
un enfant à l’école, de
tres où il est bon
ses

de la société.

présenter

un

d’envoyer
placet à l’empereur,

de consulter

un

médecin.
ils ont
l’état imparfait de leurs arts
spectacles et des fêtes. Pour honorer
l’agriculture, l’empereur, accompagné de toute sa cour,
se rend au commencement du
printemps à un champ

Malgré

,

inventé des

consacré à cette cérémonie, saisit

(

une

charrue atte-

225
lée de bœufs richement
parés, et trace un sillon ;
les principaux mandarins imitent son
exemple. On
distribue ensuite des présents aux laboureurs
qui
assistent à la fête.
Dans les provinces, les
gouverneurs
Tout le luxe des
répètent cette cérémonie.
Chinois se manifeste à la fête des Lanternes : on la
célèbre avec la plus grande pompe.
L’origine de cette fête se perd dans la plus
haute antiquité, et on la raconte de diverses maniéres; voici à ce sujet une des traditions chinoises:
11 y a quelques milliers d’années
qu’un prince nommé
Ki monta sur le troue.
Jeune, et entouré de vils
flatteurs, il se livra à la volupté, et abandonna les
rênes du gouvernement à ses courtisans
qui opprinièrent le peuple, et le rendirent tellement malheureux, qu’il vint implorer le secours du
prince dans
son
palais. Embarrassé par l’aspect de ces infortunés, et irrité d’être troublé,dans ses plaisirs, il fit
bâtir un palais sans fenêtres, et éclairé
par des lanternes.
Le peuple, toujours opprimé, se lassa enfin de la honteuse mollesse de son
prince; une sédition s’éleva, on força les
portes du palais, et le jeune
prince fut tué au milieu de ses courtisans. Pour
conserver, dit-on, le souvenir de cet évènement, on
en célèbre l’anniversaire sous le nom
de la fête des
Lanternes.
On voit pendant la nuit toutes les maisons, toutes les rues et toutes les places illuminées
par des lanternes, de la manière la plus brillante.
Les lanternes des personnes opulentes sont extrêmement

riches,

et souvent si

grandes, qu’une

nombreuse

compagnie peut s’y

asseoir et s’y divertir.
Elles
sont faites de .châssis de bois vernissé et
doré, et
couvertes d’une soie fine et
transparente; l’intérieur,

qui représente

nombre de

une

bougies,

est éclairé par un
grand
et tandis que les familles riches

tente,

en dedans de ces
pavillons légers, le
s’amuse au-dehors aux ombres chinoises,
que
l’on fait paraître derrière les
transparents, et qui en
tirent leur nom.
Ainsi vous voyez qu’un des
grands
amusements de notre enfance est dû à la Chine.
se

réjouissent

peuple

22i
Ceux qui n’ont pas assez de fortune pour construire
des lanternes aussi brillantes, en font de
plus petites,
mais également curieuses par les transparents dont
elles sont ornées; les plus jolies ont dix panneaux
de quatre pieds de hauteur, sur lesquels on a représenté des paysages en couleurs très brillantes.
Ces panneaux sont surmontés de figures sculptées et
ornées de banderoles.
Vous pouvez penser, mes
enfants, qu’une grande ville illuminée de cette sorte
offre un coup d’œil très intéressant.
Dans ces fétes, les Chinois tirent ordinairement des feux d’artifice,
mais en plein jour.
L’usage de la poudre à brûler
paraît leur être connu depuis long-temps. Aussi peuton
regarder les Chinois comme les premiers artificiers
du monde.
Leurs grands feux d’artifice sont de vrais
tableaux, et des tableaux très brillants. Du reste
les amusements des Chinois sont assez
puérils. Ils
prennent un vif intérêt aux combats des coqs, et ils
dressent même des sauterelles à se livrer les unes
aux autres des combats
acharnés; ils tiennent à cet
effet ces petits animaux dans des cages de bambou.
Plaignons des hommes qui se font ainsi un plaisir
du tourment des animaux.
Une qualité louable des Chinois c’est leur grande
propreté. Dans leurs habitations tout porte le cachet
du soin extrême qu’ils prennent de se rendre leur séjour agréable. Les bois sont peints ou vernissés;
les couleurs les plus agréables sont employées partout.
On a appelé avec raison les Chinois les Hollandais de l’Asie j dans les villes du moins on ne
peut pousser plus loin le goût de la propreté.
MAMF.RE

DE

VOYAGER

DASS

I.E

SORD

DE

I,A

SIBERIE.

On

moïèdes

rigueur
à

représente quelquefois les Lapons
comme

du

climat,

hommes

et souffrent

Il est vrai

l’esprit.

qu’ils

des

ont peu d’idées.

(

qu’ils

qui

à la fois
sont

Cependant

et les Sa-

succombent à la
au

corps et

laids, trapus
la nature leur

et
a

donné une constitution propre à résister à l’influence
du froid ; ils ont la poitrine large et la tête
grosse ;

ils sont

vigoureux, et leur esprit engourdi se déveIöpperait, s’ils avaient sous les yeux d’autres nations
qui pussent leur servir de modèles. Les Lapons
montrent de l’intelligence dans les ouvrages qu’ils
font, tels que leurs traîneaux et les berceaux de
leurs enfants.
Les Samojedes ont appris un
peu à
faire le commerce avec les Russes,
ils sont

auxquels
grande partie. Ils leur donnent les fourrures des animaux
qu’ils ont tués à la chasse, contre du tabac qu’ils aiment outre mesure, de l’eaude-vie, de la clincaillerie, des ustensiles de ménage,
soumis

etc.

en

Ils font

quelquefois cent
objets de la valeur

lieues pour échanger
de 10 ou 12 francs.
L’espèce de foire où se font ces échanges a lieu
auprès d'Obdorsk, au mois de février, pendant que
leur pays est privé du soleil et n’est éclairé
que par
les aurores boréales.
Dans le crépuscule du long
hiver de cette contrée, ils se réunissent avec les
Ostiaks et les Russes, échangent leurs fourrures, et
reviennent avec leurs menus objets dans leur famille.
Les longs voyages n’effrayent point dans des
contrées où l’on attelle aux traîneaux des rennes et
des chiens.
Le dernier attelage est usité aussi chez
les Ostiaks et les Kamtchadales.
On attelle 6 à 8
chiens à un traîneau extrêmement
léger; mais on a
soin d’emporter des provisions de poissons secs pour
nourrir les chiens pendant le voyage, car on n’est
Si par
pas toujours sûr d’en trouver sur la route.
malheur les vivres manquent, les chiens dévorent
les courroies de leurs traîneaux, tombent les uns sur
les autres, et les voyageurs mêmes ont. de la
peine
à se garantir de leur voracité.
Une partie de ces
pauvres animaux périssent de faim, et quelquefois
ceux
qui restent sont si exténués, qu’ils ont bien
de la peine à continuer le voyage.
Les chiens vont
d’ailleurs d’un train que rien ne peut arrêter ; que
le traîneau soit renversé, qu’il passe
par-dessus les
rochers et les précipices, peu leur
ils
de

menus

importe;

15

226
courent

jusqu’à

humaine, qu’ils

ce

qu’ils

trouvent

quelque

sentent de bien loin.

habitation

Mais

quelque

que soit cette manière de voyager, on est
heureux d’en faire usage dans des pays qui, étant
presque déserts, ne peuvent avoir ni postes ni auberges. Les Russes voyagent ordinairement de cette

imparfaite

manière le long du fleuve de Jénissey. On dresse les
chiens destinés à l’attelage, en les accoutumant dç
bonne heure à chercher leur nourriture en traînant.
Il faut une grande habitude pour conduire un attelage de cette espèce: aussi les femmes et les étrangers ont besoin d’un conducteur qui dirige ordinaireUn Franment les chiens par un long bâton ferré.
çais, M. Lesseps, partit de Kamtchatka avec une
caravane
de 45 traîneaux, attelés de 300 chiens;
après un voyage de six semaines ils avaient péri
tous, à l’exception de 27, de faim et de lassitude.
Quelquefois les loups, très affamés dans les
climats froids, se mettent à la poursuite d’un traîneau, et malheur au voyageur qui serait renversé
de son traîneau et abandonné sur la neige!
Ces
feraient bientôt leur proie.
animaux voraces en
D’autres fois des tourbillons s’élèvent dans les grands
déserts de la Sibérie; le vent chasse devant lui
d’épais nuages de neige, et menace les voyageurs
de les ensevelir sous des montagnes de flocons.
CHASSE

AUX

OURS
UE

BASS

UE

XORR

J)E

i/aSIE

ET

L’EUROPE.

Vous savez par l'histoire naturelle qu’il y a des
de terre et des ours marins.
Ces derniers,
qui habitent les pays les plus froids de l’Europe,
le Grænland, l’Islande, le Spitsberg, la NouvelleZemble et le Nord de la Sibérie, sont des animaux
Alors
féroces, surtout lorsque la faim les presse.
ils bravent tous les dangers pour saisir leur proie.
L’ours noir n’est pas aussi terrible.
Au Kamtchatka on trouve de ces animaux qui courent dans
les champs sans faire le moindre mal.
Ceux-ci aiours

(

227

beaucoup le miel que les abeilles sauvages
déposent dans le creux des arbres; aussi pour les
prendre, ou met sur leur passage un pot de miel
nient

mêlé d’eau-de-vie: cette boisson les étourdit, et on
les prend sans peine.
On suspend aussi sur la
ruche, au baut de l’arbre, un morceau de bois ou
un marteau très
L’ours, pour écarter cet
pesant.
obstacle, le soulève avec sa tête, mais aussitôt le
poids retombe ; l’animal furieux le soulève de nouveau

et

reçoit

tombe presque

un

coup

mort

encore

plus
de

fort.

l’arbre.

Enfin,

il

D’autres
fois on place sur le passage de l’ours un noeud
coulant avec une espèce de billot; l’animal ayant
passé sa tête par le noeud, se trouve pris, et pour
se débarrasser du
poids qui lui pèse au cou, il le
porte au sommet d’une colline dans l’intention de
lejeter en bas; mais le bois l’entraîne, et lui fait
faire la culbute jusqu’au pied de la montagne, ce
qui le rend si furieux, qu’il remonte, recommence la
même tentative, se précipite de nouveau, et se fatigue
tellement, qu’à la fin il tombe mort.
Les Baschkirs, peuples de la Sibérie, dont les
forêts ont beaucoup d’abeilles sauvages, recourbent
une
branche d’arbre et y suspendent une planche
carrée en forme de balance.
L’animal gourmand,
lorsqu’il aperçoit les rayons de miel, n’hésite pas à
grimper sur l’arbre, et voyant cette planche près de
la ruche, il s’y met à l’aise pour
manger le miel.
Mais à peine s’y êst-il placé, que sa pesanteur fait
céder les liens qui tenaient la branche, elle se redresse et emporte la planche et le malheureux ours,
qui, se voyant suspendu en l’air, se met à hurler
d’une manière effroyable.
Le chasseur accourt et
tire
à coups de flèches sur l’animal ; »'quelquefois
l’ours se jette au milieu des pieux que l’on a plantés en terre au pied de l’arbre.
Tous ces moyens sont peu dangereux; dans le
nord de la Sibérie, au contraire, le courage des *habitants va jusqu’à braver cet animal dans sa tanière.
Au Kamtchatka, il y a des hommes qui osent seuls
au

pied

/

228
terrasser

qu’un
suspendu

un

Ils n’ont point d’autres armes
de fer très aigu des deux côtés, et
une
courroie, que le chasseur attache
ours.

morceau

autour de

à

son

bras droit.

Armé d’un

fer

aigu

des

bouts, et d’un couteau, il s'avance sur l’ours
le voyant, se dresse sur ses pattes de derrière
en
qui,

deux

ouvre la gueule.
Dans ce moment le chasseur
enfonce
très adroitement la main droite avec le fer
y
aigu, ce qui non-seulement empêche l’ours de fermer
la gueule, mais lui cause encore de si vives douleurs,
que le chasseur peut le mener partout où il veut.

et

Celui qui tue un ours est regardé parmi les
habitants de ces pays comme un héros, et tout le

monde recherche son amitié.
11 y en a qui sont
tellement habiles dans cette espèce de chasse, que
dans l’automne ils se glissent dans les bois fourrés,
et quand ils aperçoivent un ours bien gras, ils se
jettent sur lui, le terrassent, le musèlent, et le chassent à coups de hâtons jusqu’au milieu de leur
bourgade. Ils font aussi de grandes battues, dont le
jour est fixé par leur chef huit jours d’avance. Dans
l’intervalle, ils chantent et font beaucoup d’exercice
pour fatiguer leurs corps, afin que, pendant le sommeil, ils puissent, d’après leurs superstitions, découvrir l’endroit où la chasse sera la plus avantageuse.
Après ces huit jours, on apprête un grand
repas ; le chef entretient les chasseurs du succès des
chasses auxquelles il a assisté.
On prend les armes
comme
s’il s’agissait d’une guerre, et tous les chasseurs se
mettent en marche, accompagnés des acclamations de toute la peuplade.
Eu marchant ils
cernent l’ours de loin.
Peu-à-peu ils rétrécissent le
cercle.
Si l’animal leur échappe, ils le poursuivent
à la course jusqu’à ce qu’ils l’atteignent.
Dès que
le chasseur a tué sa proie, il lui met un bout de sa
pipe à tabac entre les dents, et souffle la fumée
dans la tête et le gosier de l’animal, croyant se réconcilier ainsi avec
Il lui del’esprit de l’ours.
mande même pardon de l’avoir tué.
Car les peupies grossiers et superstitieux redoutent comme du

229
ou des
ce qui a des formes
qualités
C’est ainsi que les Cafres en Afrique,
quand ils sont parvenus avec beaucoup de peine à
tuer un éléphant, se hâtent d’enterrer sa trompe,
de peur que l’animal ne se relève et ne.se venge
Le Samoïède ou l’Ostiak, pour
avec cet organe.
n’avoir plus rien à craindre de l’ours mort, coupe le
lien qui se trouve sous la langue de l’animal, et le
garde jusqu’à ce que la chasse soit finie. On allume un grand feu de joie, dans lequel ils jettent
tous les liens qu’ils ont coupés, croyant se réconcilier
par-là l’esprit de l’ours. A leur retour, les chasseurs
sont accueillis par des chants, et l’on fait un grand
repas, dans lequel on sert les ours rôtis tout entiers.
En Laponie, une battue générale est la plus

surnaturel tout

imposantes.

l’année, et celui qui tue un ours
11 y a des
de distinction.
homme
passe pour
Lapons qui vont tout seuls à la chasse de l’ours ;
après avoir découvert sa tanière, i|p s’y rendent et
déposent leurs arcs à l’entrée. A la vue de cet
instrument, l’animal reste tranquillement couche et
Pendant ce temps-là, le Lapon ramasse
n’ose sortir.
autant de branches et de morceaux de bois qu’il en
peut trouver, retire insensiblement son arc, bouche
peu-à-peu l’entrée de la caverne, de manière à n’y
laisser qu’un trou, pour que l’ours puisse y passer
la tête.
Après cela, il l’excite et le tourmente
jusqu’à ce que celui-ci se lève en fureur, et avance
sa tête hors de l’entrée pour chercher son ennemi;
c’est précisément ce que le chasseur demande; car,
dans ce moment, il assène sur la tête de l’animal
à cet effet,
un coup avec la hache qu’il tient prête
Le Samoïède n’est pas moins hardi pour
et le tue.
Il s’affuble d’une
aller à la chasse de l’ours blanc.
peau de cet animal qui lui couvre tout le corps, la
Dans cet accoutrement hideux il
tête et les bras.
lui-même à un ours.
Mais
ne ressemble pas mal
Il part avec plusieurs
c’est justement ce qu’il veut.
camarades déguisés comme lui, se traîne à plat ventre
sui
la neige, et quand sa vue perçante lui a fait

grande

fête

de

un

r

250
i

découvrir

la

doucement,

demeure
et

d’un

il

ours,

cherche l’entrée de

s’eu

approche

tanière.

Dès
des filets et allume
La fumée chasse l’animal, il veut sortir et
tombe dans les lîlets; s’il est assez fort pour s’en
débarrasser, il faut que les chasseurs se hâtent de
le percer de (lèches, pour ne pas courir
risque
d’être mis en pièces par l’animal furieux.
Une peau
d’ours coûte quelquefois la vie de plusieurs malheureux.
Cependant l’habitude aguerrit les chasseurs, et ils se hâtent de tuer l’ours, pour ne pas en
être tués.
l’a
du feu.

qu’il

CHASSE

découverte,

AUX

il

PHOQUES

sa

y tend

CHEZ

l.ES

GK.E1W,AXDAIS.

Le phoque est un des dons les plus
précieux
de la nature aux yeux des Grœnlandais. Il est tout
pour eux et satisfait à la plus grande partie de
leurs besoins.
Sÿ peau leur fournit des habits, des
souliers, des bottes, des bas et des couvertures pour
leurs tentes et leurs bateaux ; sa chair leur sert de
nourriture; avec sa graisse' ils alimentent leurs
lampes, pour éclairer et chauffer leurs cabanes, et
pour apprêter leurs mets; avec les nerfs du phoque
ils font du fil, et ses boyaux servent de vitres, (le
chemises et de rideaux pour leurs tentes d’été ; la
poche de l’estomac de cet animal leur fait la fonction d’un pot-à-l’eau et d’une outre: enfin, de ses os
ils font toutes sortes d’outils.
Cependant depuis
que les Européens ont étendu leurs relations (le
commerce
jusqu’à ces tristes contrées, on échange
beaucoup de peaux et de graisse de phoques contre
de la toile, des outils de fer, et d’autres
objets nécessaires.
Ainsi un seul animal fait la richesse des
habitants du Groenland, et-toute leur industrie consiste dans les
moyens, à la vérité imparfaits, qu’ils
ont trouvés de
s’emparer de ces animaux. Aussi ne
faut-il pas s’étonner de ce que l’idée des
phoques se
mêle à toutes leurs pensées, et domine même dans
leurs croyances religieuses. Ils croient
la félicité
que

t

23 i
du

paradis

consiste

en

ce

que la chasse

aux

phoques

y est très heureuse.
Le Grœnlandais

n’a pas les ressources de
n’a pas de matelots, pas de
il
européen;
provisions de vivres, il est tout seul pour la
pèche, mais son habillement est précisément tel
qu’il le faut dans ce genre d’exercice; c’est un
vêlement
composé (le peaux de phoques, fermé
Ses outils de pêche
avec des boutons d’os blancs.
Sa nacelle étroite et légère
annoncent sa patience.
La mer étant hérissée de
facilité.
avec
se dirige
rochers de glaces, un grand bateau aurait de la
peine à y passer; le bateau grœnlandais a cinq
à six aunes de long; étant fait en os de baleine,
lattes et de
de
recouverts
peaux de phoques,

l’armateur

deux extrémités, qui
de baleine et de forts
boutons, pour empêcher que le bateau ne se brise
Quelquefois il est
contre les glaçons ou les rochers.
muni aussi d’une voile faite de boyaux de phoAprès s’être muni d’une rame, d’une quanques.
tité de llèches, d’un harpon attaché à une longue
corde et d’une vessie remplie d’air, le chasseur
la mer, se met
porte son bateau jusqu’au bord de
et
le
voilà lancé pour,
de
recouvre
se
peaux,
dedans,
Bientôt sa faible nacelle devient
son
expédition.
le jouet des flots qui tantôt l’élèvent, tantôt la font
descendre, tantôt même la couvrent d’eau; mais l’inbientôt sur l’eau et continue
marin

il

se

sont

termine

garnies

en

pointe

de lattes

reparaît
trépide
son expédition.
Quand il aperçoit

aux

d’os

bien
l’animal son
harpon, attaché à une corde dont il tient le bout.
Le phoque, dès qu’il se sent blessé, plonge; la
corde le suit en se déroulant, et la vessie remplie
d’air qui surnage, indique au chasseur l’endroit où
se retire l’animal, qui bientôt après revient sur l’eau
Alors, le chasseur achève de le tuer
pour respirer.
Aussitôt
avec sa lance munie de pointes crochues.
le Grœnlandais tire sa proie
que le phoque est mort,

doucement,

et

lance

un
phoque,
tout-à-coup

il

approche

sur

2 r><2
sur

que

le

rivage, endosse son bateau, et traîne le phojusqu’à sa maison. Sa femme dépèce le gibier;

on
mange une partie de la chair, et on enterre le
reste pour l’hiver.
Je vous ai dit
l’usage que l’on
fait de la peau et des autres
parties de cet animal.
Dans un climat aussi rude
que celui du Grainland, la mer, toujours dangereuse, offre des olts-

tacles sans nombre au
chasseur, quelque intrépide
qu’il soit. On est vraiment effrayé, quand on pense
qu’un seul homme ose pénétrer dans des mers hérissées de glaçons et souvent visitées
par les tempêtes.
Cependant le Grœnlaudais, doué de courage et d’a-

dresse, lutte

avec succès contre les obstacles
que
lui oppose la nature.
Il se prépare à cette lutte
dès son enfance par diverses sortes
d’exercices, qui
ont pour but de lui donner de
l’agilité et du coules
rage;
jeunes Grœnlaudais s’exercent fréquemment
à maintenir
l’équilibre d’un bateau que l’on fait peucher de tous côtés ; ils
apprennent à s’y tenir peudant qu’on le tourne sens dessus
dessous; car, comme
je l’ai déjà dit, il arrive
en
mer

qu’une vague
au
sou

renverse

chasseur qui

bateau,

c’est là

ou

le

quelquefois
bateau,

pleine

et malheur alors

peut se relever sur-le-champ avec
qui laisse échapper sa rame, car

ne

des objets dont il ne peut se
passer.
lui est nécessaire aussi
lorsqu’il s’embarrasse dans les cordes ou courroies
qu’entraîne le
phoque frappé du harpon, pour n’ëtre
renversé
un

L’équilibre

pas

entraîné sous l’eau.
En hiver il chasse sur la
glace; il faut alors une nouvelle adresse pour réussir.
Ne pouvant pas rester
sous
et

l’eau,
long-temps
glace pour prendre l’air; s’ils
s’endorment sur la glace, le chasseur les
surprend
aisément; mais s’ils restent éveillés, il faut employer
la ruse pour les
Revêtu d’une peau de
prendre.
phoque jusque par-dessus la tête, imitant le cri de
l’animal et se traînant sur la
glace à plat ventre, le
chasseur ne ressemble
pas mal à un phoque même;
du moins l’animal le
prend ordinairement pour un de
ses semblables, et le laisse
approcher sans méfiance.
les

phoques percent

la

2 5 «!
«

A

arrivé auprès du véritable phoque, il le
d’une lance qu’il a tenue cachée, redevient
Grœnlandais, et emporte le fruit de sa supercherie.
D’autres fois, plusieurs chasseurs se tiennent auprès
des trous pratiqués dans la glace, et profitent dumoment où un ou plusieurs phoques se font apercevoir, pour les tuer à coups de lance.
La pêche de la haleine et du saumon occupe
aussi ce peuple; la dernière se fait par le moyen
de filets que l’on tend à l’entrée des baies, quand la
mer est haute.
C’est pour cette pêche que les navires marchands visitent pendant la bonne saison les
côtes du Groenland.

peine

perce

ANECDOTES DU SEJOUR DU MISSIONNAIRE
ET

DE

SES

FILS

AU

BGUÉdÉ

GROENLAND.

Depuis un siècle les missionnaires ont porté
aussi dans cette rude contrée les lumières du chrisLe premier
tianisme et les arts des peuples civilisés.
missionnaire qui ait pénétré en Groenland, fut un ministre protestant de Norvège, appelé Erjuédé;
il
rendit en 1720 avec toute sa famille; son fils
aîné n’avait alors que douze ans.
Ces jeunes Européens eurent bien de la peine
à s'accoutumer à un genre de vie si différent du
leur; mais leurs camarades grœnlandais les aidaient
de leurs conseils, et peu-à-peu nos petits Norvégiens devinrent des chasseurs de phoques, quoique
bien moins habiles que les jeunes gens du pays.
Cependant ils ne réussirent jamais à se retourner
L’un
avec le bateau, et à se remettre en équilibre.
d’eux se serait noyé dans un de ces essais, sans le
Leur père ayant
secours d’un camarade plus adroit.
apporté de la Norvège différents livres d’étude, consacrait plusieurs heures de la journée à instruire
Les jeunes Grœnlandais ne concevaient
ses enfants.
pas quel plaisir on pouvait trouver à avoir les yeux
fixés si longtemps sur une étoffe blanche (c’est
ainsi qu’ils ^nommaient le papier), et ils croyaient

s’y

/->

que rien n’était beau comme de savoir bien diriger
bateau.
Parmi les livres des jeunes Eguédé, il
Un jour ils le
y avait un gros dictionnaire latin.
cherchèrent pour s’en servir, mais le volume avait
disparu. Un Groenlandais l’avait enlevé, croyant que
c’était une collection d’une espèce de
peaux, et rempli
un

de joie de sa découverte, il avait porté le livre à sa
femme pour qu’elle cousût ensemble les feuilles, et
Voilà le diequ’elle lui en fit un habit de parure.

tionnaire latin changé en
daise!
Un beau matin, le

une
redingote grœnlanjeune Eguédé voit arriver

bateau ce Groenlandais, tout fier de porter un
habit composé de feuilles imprimées, et bordé autour
du cou et des bras d’une belle
peau de phoque.
Mais en descendant du bateau, le Grœnlamlais y
laissa la partie inférieure de son accoutrement singulier, et le reste ne tarda pas non plus à s’en aller
peu-à-peu. Le jeune Eguédé, qui ne perdait qu’à
regret un livre utile, pria le Grœnlamlais de lui rendre les feuilles, et lui offrit en
échange une bonne
chemise.
Le sauvage croyant sans doute que le
jeune Norvégien voulait s’en faire un habillement,
lui assura que l’étoffe ne valait rien,
puisqu’on ne
pouvait pas seulement y faire une couture.
en

EXPÉDITION

DES

FRANÇAIS

RECHERCHE DE

LA

POUR ALLER

À

LA

PEROUSE.

Le commandement de cette expédition fut coufié au contre-amiral d’Entrecasteaux, qui
partit de
Brest en septembre 1791.
Il longea la côte d’Afrique, se dirigea sur le cap de Bonne-Espérance, le
doubla et fit ensuite voile
pour les contrées où La
Pérouse avait dû passer, en se rendant à l’ile de
France ; conformément au but de sa mission, il mettait le plus
grand soin dans ses recherches et se

tenait, toutes les fois que les vents le permettaient,
près des côtes, pour pouvoir distinguer ce qui

assez
se

passait

sur

le sort aurait

le rivage,
jetés sur

et pour donuer à
ces

plages,

ceux que
le temps de se

faire connaître par des signaux; souvent il commuaiquait aussi avec les habitants, dans l’espoir d’en
obtenir quelques renseignements ou de découvrir chez
eux
quelques effets provenant de vaisseaux européens, mais en vain; en lïDS il débarqua à la terre
de Van-Uiémen.
Nos voyageurs virent les indigènes assis par
familles auprès de plusieurs feux sur la plage, pour
prendre leur repas 5 chaque famille avait son feu
particulier: leur repas consistait en oreilles-de-mer
et en coquillages qu’ils font cuire sur la braise 5 ce
sont là leurs mets favoris, auxquels ils joignent le
goëmon, herbe marine qu’ils mangent grillée. Les
femmes seules sont chargées de la recherche et de
l’apprêt de ces aliments : à cet effet, elles vont avant
le repas sur la côte, munies d’un sac attaché à leur
cou ,
et d’un petit bâton pointu pour saisir les homards, les oreilles-de-mer et d’autres coquillages;
après en avoir pris une quantité suffisante, elles les
font cuire et les distribuent entre leurs maris et leurs
enfants, en se réservant la dernière part. Plusieurs
personnes de l’équipage se mêlèrent parmi eux et
s’assirent auprès de ces familles, que la présence
d’hommes aussi étrangers ne dérangea en aucune
manière ; elles firent même goûter leurs mets aux
Français qui témoignaient le désir d’en manger ; mais
aucun des
sauvages ne voulut toucher aux aliments
ni aux boissons que leur présentèrent les gens de
l’équipage. Les manières douces et familières de
ce
cette peuplade charmèrent nos voyageurs;
qui
leur parut surtout un spectacle intéressant, ce fut
de voir les témoignages de tendresse que ces hommes
simples et bons prodiguaient à leurs enfants: ils les
caressaient et jouaient avec eux d’une manière touDans cette entrevue ils promirent aux gens
chante.
de l’équipage qu’ils se rendraient au port où étaient
mouillées les frégates, après deux révolutions du
Ils vinrent effectivement le surlendemain sur
soleil.
la plage, mais ils refusèrent de se rendre à bord des
vaisseaux.
L’équipage des deux frégates descendit

230
à terre; chacun fit de
petits présents à ces habitants:
fut à qui leur donnerait le
plus de vêtements ;
on les couvrait d’étoffes de toute
; on ornait
ce

espèce

leur cou et leur poitrine de médailles, de sonnettes,
de miroirs, de colliers, etc.
Ces cadeaux leur faisaient d’abord beaucoup de plaisir, mais, semblables
aux enfants, ils les abandonnaient au bout de

que

temps,

et

ne

Ils

quel-

s’en

témoignaient
navigateurs
quand ceux-ci

'

occupaient plus.

dans toutes leurs entrevues
la plus grande confiance ; seulement
se
dirigeaient vers un bois où
étaient déposées les armes de ces
sauvages, les femmes
qui en avaient la garde, témoignaient beaucoup
de crainte et
jetaient de grands cris. Etant sûr de
trouver dans le sol fertile qu’il habite des
moyens
constants de subsistance, l’habitant de la terre de
Van-Diémen n’est tourmenté d’aucun soin ; aussi sa
physionomie riante et ouverte porte l’empreinte de sa
douceur. Voilà du moins comme d’Entrecasteaux a
jugé ce peuple pendant le court séjour qu’il a fait
dans son île.
Il eut bientôt occasion de
remarquer que tous
les sauvages n’avaient pas le caractère aussi
paisible
que ceux de Van-Diémen.
Ayant mouillé en 1793
dans le havre de l’île de Tongatabou , il se vit en
peu de temps entouré d’une foule de pirogues, remplies de sauvages aussi importuns que ceux par lesquels La Pérouse avait été molesté tant de fois.
Pour éviter les
désagréments ordinaires, d’Entrecasteaux fit établir sur la
plage un seul marché pour
les échanges, sons la direction d’un officier.
Pendant
la nuit, les sentinelles
les tentes furent
avec

nos

■

insultées,

et l’une

qui gardaient

d’elles fut renversée par un violent
Au lieu de
coup de massue.
venger l’outrage fait
à ses soldats, le commandant se
contenta de suspendre le lendemain les échanges et de faire démonter les tentes établies sur la
plage: c’était le meilleur
moyen de faire sentir aux
sauvages l’injustice de
leurs procédés envers les
étrangers.
Cependant un
des sous-chefs de Plie vint
apporter une immense

237
d’étoffe pour le soldat qui avait été Messé la
et le grand chef de Pile, accompagné de sa
à bord de la frégate l’insulaire qui
amena
avait assommé la sentinelle; le coupable était garotté
et avait déjà reçu deux ou trois coups de massue
Un des chefs prodont il était grièvement blessé.
posa aux Français de le tuer en leur présence ; mais
le commandant, rejetant cette offre avec horreur,
déclara qu’il ne voulait autre chose que le faire
châtier à bord de la frégate par quelques coups de
corde; cette punition bien méritée fut exécutée siirle-champ, et comme un des chefs n’en continuait
pas moins de menacer le coupable de l’assommer,
d’Entrecasteaux fit demander sa grâce par le soldat
Cette affaire étant
même qui avait été maltraité.
terminée, le commandant fit des présents au chef
principal, appelé Tombou, ainsi qu’aux autres chefs.
Le lendemain Tombou donna une fête au chef de

pièce

nuit;
suite,

l’expédition
une
partie
vidèrent

; mais

de

avec

pendant

que d’Entrecasteaux,

avec

l’équipage, y assistait, les insulaires
la plus grande adresse les poches de

rôdant autour des
leur habileté.
les pirogues
Mais voyant que
qui s’approchaient effrontément.
il fit jouer sur les
ces efforts étaient sans succès,
canots une pompe-à-feu ; cette inondation subite causa
d’abord quelque surprise aux sauvages ; mais ils
finirent par en rire, et continuèrent leurs pillages.
Persuadés alors que la douceur ne faisait qu’augmenter l’audace de ces voleurs, les Français en châfièrent quelques-uns, mais la plus grande partie des
voleurs échappèrent à la punition, grâce à l’agilité de
M. d’Entrecasteaux autorisa ensuite
leurs jambes.
l’équipage ÿ tirer sur les voleurs avec des fusils
chargés de sel, quand ils n’étaient pas loin du navire,
et à tirer à petit plomb quand ils étaient à une
grande distance; et afin de montrer à ce peuple qu’il
avait le moyen de l’exterminer, il fit tirer en sa présence une carronade de trente-six, chargée à mitraille.
nos

voyageurs;

d’autres filous,

frégates, épiaient l’occasion d’exercer
L’équipage essaya de tenir éloignées

«

/

238
Les insulaires virent avec quelque
frayeur l’eau de
la mer jaillir de toutes parts ; mais le 'malheureux
penchant au vol était tellement enraciné dans leur
cæur. que ni ce
spectacle, ni les punitions infligées
à quelques-uns d’entre eux ne
purent les corriger.
Un jour leur reine vint à bord de la
frégate
du commandant français, qui lui fit divers
présents,
et ordonna pour le soir, afin de lui
procurer une

surprise agréable, de tirer un feu d’artiiice que l’on
avait emporté de France.
Ce spectacle nouveau attira
sur le
rivage une foule de curieux. Le lendemain,
la reine donna à son tour une fête aux Français.
D’Entrecasteaux descendit à

ficiers

et

pagna

une

terre

avec

plusieurs

of-

de son équipage; il y trouva
une assemblée d’environ six mille
11 ofpersonnes.
frit à la reine les présents qu’il lui avait destinés ;
ensuite une musique passable, mais monotone, accomune

partie

sorte de ballet dont les

comprendre
à

le

sujet.

Après

ce

Français

spectacle,

ne

purent

on

offrit

d’Entrecasteaux, selon' la coutume de ces peuples,
une
quantité de fruits, tels que bananes, ignames,
etc., entassés en piles: on lui fit accepter aussi l’étoffe étendue sur le sol, et la natte sur laquelle il

s’était assis.

Après avoir pris congé de la reine. d’Entrecasteaux se rendit à bord de sa
frégate. A peine étaitil arrivé qu’il entendit des cris
qui partaient du rivage ;
il courut aussitôt au secours de ses soldats

qui, ayant

voulu poursuivre quelques voleurs, avaient été assaillis à coups de massue: up des soldats fut
remporté
à demi-mort, et un autre avait les dents cassées.
La journée suivante fut encore très tumultueuse,
llien déterminés à
repousser la force par la force,
les Français voulurent
Un
s’emparer des pirogues.
des sauvages, prêt à assommer le matelot
qui s’était
présenté le premier, fut abattu par un coup de fusil.
Ce naturel, et un autre
qui fut tué sur la grève, sont
les seuls qui aient
péri de la main des Français; un
troisième a été blessé d’un
coup de fusil chargé à
petit plomb. Ce ne fut. comme vous pouvez le re-

qu’à la dernière extrémité que nos navigatenrs eurent recours à ces moyens violents ; il s’agissait
de leur propre salut.
Il était temps de quitter Tongataliou et de remNotre expédition se
plir le reste de la mission.
dirigea donc sur la Nouvelle-Calédonie. Dans la relafion du voyage de Cook, on représente les CalédoAussi
niens comme des hommes doux et sincères.
les Français se comportèrent-ils à leur égard sans
méfiance; mais dès les premières entrevues, ils s’amarquer,

sauvages ne valaient pas mieux
de quitter.
venaient
Lorsqu’ils desqu’ils
que
cendirent à terre afin de se pourvoir d’eau, les saitvages vinrent en foule entourer les travailleurs, et
l’un d’eux fut assez hardi pour leur enlever une hache.
Un autre arracha à un officier, qui s’était assis sur
son sabre, le bonnet dont il s’était couvert, et au moment que celui-ci se redressa pour arrêter le voleur,
un troisième vint enlever son sabre.
Mais le vol n’est pas encore le plus grand vice
lieu de remarquer chez ces
que les Français eurent
insulaires: une découverte que l’expédition fit quellui fit connaître toute
que temps après son arrivée,
Un os humain fut
la férocité de ce peuple barbare.
trouvé entre les mains d’un insulaire qui venait de
On présenta cet os à deux autres inle ronger.
salaires, et ceux-là achevèrent de manger ce qui y
D’autres observations, et l’aveu
était encore attaché.
même de ces sauvages, ne laissèrent plus de doute

perçurent

que

ces

ceux

sur

C’est là, sans contredit,
cet abominable usage.
degré de férocité auquel l’homme puisse

le dernier

et qui le rend semblable aux tigres et
Les sauvages croient excuser
lions des forêts.
ce crime, en disant qu’ils ne mangent que les ennemis qui tombent dans leurs mains: leur dépravation
est telle, qu’ils n’ont pas horreur de dévorer leur
Ils firent part
semblable lorsque c’est leur ennemi.
à nos voyageurs des traitements barbares qu’ils font
essuyer à leurs prisonniers de guerre avant de se

descendre,
aux

repaître

de cette horrible

nourriture;

ils montrèrent

240
même

un instrument destiné à
découper la chair des
malheureux qu’ils condamnent à leur servir de
repas.
On ne peut entendre ces détails sans frissonner,
et vous pouvez juger combien les
navigateurs furent

affectés,

la

féroce avec laquelle ces
festins de cannibales.
Ce qui entretient dans Tårne des
sauvages de la
Nouvelle-Calédonie cette férocité, c’est la guerre continuelle que se font les petites
peuplades de ce pays.
Trop paresseuses pour s’adonner à la culture de la
terre, elles aiment mieux piller leurs voisins et les
priver de leurs moyens de subsistance, ou, ce qui
est infiniment plus cruel, faire des
prisonniers qui
doivent servir à leurs horribles repas.
Pendant que
l’expédition française était dans ce pays, elle voyait
quelquefois très peu de naturels, mais au bout de
quelques jours il en arrivait des hordes considéraIdes, parmi lesquelles plusieurs sauvages dévoraient
des lambeaux de chair.
Partout où les Français
pénétrèrent, ils rencontrèrent des traces de dévastation,
des cocotiers abattus, des Cases brûlées, des têtes
attachées à des piques pour servir de trophées. Quand
ces
sauvages ne' se font pas la guerre, ils sont conchés dans leurs petites cases enfumées,
auprès du
feu qu’ils sont obligés d’entretenir constamment
pour
se
garantir de l’importunité des insectes; cette halsitude de se chauffer les rend si frileux,
qu’ils craignent
de s’exposer à l’air dès
que le froid est un peu vif.
11 me reste à
ajouter quelques mots au récit
que je viens de vous faire de l’expédition française,
envoyée à la recherche de la Pérouse. Malgré tous
les renseignements que d’Entrecasteaux
prit partout
où il relâcha, il ne
put rien découvrir qui eût rapport
à ce célèbre
navigateur ; il est probable qu’il a fait
naufrage dans les parages entre les îles où il avait
à passer, et où il
y a d’immenses bancs de corail
qui deviennent funestes aux marins. D’Entrecasteaux,
peu de temps après son départ de la Nouvelle-Calédonie, tomba malade, et mourut en
pleine mer. Ainsi
l’expédition qu’il avait été chargé de conduire, n’eût
en

barbares leur

voyant

joie

dépeignaient

ces

3*r

241
le succès qu’on en avait attendu; mais du
la relation do son voyage nous a procuré,
venez
comme vous
d’entendre, de précieux détails
les mœurs et le caractère des peuples qu’il a
sur
visités, et sur les pays qu’il a examinés. Ces détails ne continuent malheureusement que trop la triste
remarque faite par d’autres voyageurs, savoir, que de
toutes les nations qui habitent le globe, les sauvages,
à quelques exceptions près, mènent la vie la plus
contraire aux lois de l’humanité.
Une vingtaine d’années après l’expédition française, le capitaine anglais Dillon eut plus de succès.
Ayant aperça entre les mains des insulaires de la
mer du Sud des
objets de fabrique européenne, il
apprit qu’ils provenaient du naufrage de deux vaisseaux
Il suivit ces traces, et se coneuropéens.
vainquit que les deux bâtiments de La Pérouse avaient
fait naufrage sur les bancs de coraux qui entourent
la petite île Manicolo ou Vanicoro, habitée par des
Ces insulaires avaient
sauvages tout-à-fait noirs.
pris les Européens pour des êtres malfaisants et surnaturels qu’il fallait tuer; ils avaient massacré ces
malheureux par une haine aveugle et superstitieuse,
et leurs effets avaient été répandus dans les îles
d’alentour.
Ces renseignements furent confirmés par

point

moins

une
expédition française qui, peu de temps après,
visita les mêmes parages, mais ne jugea pas à propos de séjourner long-temps auprès d’une île difficile
à aborder, et habitée par une race d’hommes redoutable pour sa perfidie.

EA

CAVERAE

MJ

TIGRE.

au
Pérou
182(5, pour y surd’une compagnie formée à Londres,
l’exploitation de mines qui n’existaient pas. L’inspection des localités me fit bientôt reconnaître que
mes
patrons avaient été pris pour dupes ; mais avant
de retourner en Europe, je voulus du moins que cet
immense voyage le long des rivages de l’Atlantique
et de la mer Pacifique, ne fût pas perdu pour ma

J’étais

veiller,

au

venu

en

nom

(6

/

242
mon instruction, et je résolus avec deux
compagnons, MM. Wharton et Lincoln, de le mettre
à profit, en allant visiter la plus haute et la pins
importante des montagnes du Pérou, le Chimboraço.
Un jour, après avoir passé la nuit précédente
dans un village indien, nous continuions à circuler
autour de la large base de ce géant des Indes, lorsqu’en élevant la tête, je remarquai que l’éclat dont

curiosité et

les neiges éternelles environnent sa cime, disparaisLes Insait peu-à-peu sous un épais brouillard.
diens qui nous servaient de guides jetaient des regards alarmés vers ces vapeurs sinistres, et assuraient,

la tête, qu’un violent orage éclaterait
en secouant
bientôt sur nous.
Nous nous abritâmes sous l’ombre
d’un grand arbre, tandis qu’un de nos guides nous
Il ne tarda pas à revecherchait un asile plus sûr.
nir, et il nous annonça qu’il avait découvert une
caverne
spacieuse où nous trouverions une protection
Nous en
suffisante contre la violence des éléments.
ce ne fut pas sans
mais
la
à
route
prîmes
l’instant;

beaucoup de peines et
vînmes à y arriver
.

quelque danger

que

nous

par-

..

Cependant, quand la tempête eut un peu diminué de sa violence, nos guides sortirent pour voir
La grotte
si nous pourrions continuer notre route.
dans laquelle nous avions cherché un asile, était si
sombre que, lorsque nous nous éloignions de l’entrée,
à un pied en avant de
nous ne pouvions plus voir
Tandis que nous parlions des embarras de
nous.
notre position, des cris et des gémissements plaintifs,
sortis du fond de la grotte, vinrent tout-à-coup fixer
notre attention.
M. Wharton et moi nous écoutions
avec un sentiment d’effroi
ces
cris sinistres ; mais
et
notre
étourdi
Lincoln,
jeune ami, se jetant à plat
ventre, se traîna avec Franck, mon chasseur, le long
de la caverne, pour reconnaître la cause de ce bruit.
A peine avaient-ils fait quelques pas, que nous les
entendîmes pousser une exclamation de surprise, et
bientôt ils reparurent portant chacun sous le bras
un animal singulièrement tacheté,
qui avait la taille

245
d’un petit chat, et dont les mâchoires étaient armées
de dents incisives formidables.
Les yeux de ces
animaux étaient d’un ton verdâtre ; ils avaient de
longues griffes à leurs pattes; leur langue d’un rouge
de sang pendait hors de leur gueule.
A peine M.
Wharton les avait-il regardés, qu’il s’écria: "Juste
ciel! nous sommes dans la caverne d’un...”
Mais
il fut interrompu tout-à-coup par les voix de nos
guides qui accouraient vers nous en s’écriant: ”Un
Et aussitôt ils grimpèrent avec
tigre! un tigre!”
une
singulière prestesse au haut d’un cèdre placé
près de ia caverne et se cachèrent dans ses branches.
La première impression d’horreur et de surprise avait d’abord glacé mes sens ; mais dès qu’elle
fut un peu dissipée, je me jetai sur mes armes à
feu.
M. Wharton, revenu d’un premier effroi, nous
appela à lui pour fermer l’ouverture de la caverne
avec une énorme
pierre, qui heureusement se trouvait
Le sentiment du danger qui s’aptout près de nous.

prochait augmentait

notre

force;

car

nous

commen-

distinctement les rugissements de
l’animal, et nous étions perdus s’il atteignait l’entrée de la caverne avant que nous eussions pu la
cioris à entendre

fermer.

Nous n’avions pas encore fini que nous le
en bondissant vers son
repaire. Dans
moment terrible, nous redoublâmes nos efforts, et

vîmes
ce

se

diriger

la grande pierre, interposée entre nous et lui, nous
11 y avait cependant
mit à l’abri de son attaque.
un
petit espace vide entre cette pierre et le haut de
l’ouverture, à travers laquelle noué pouvions voir la
tête du tigre et ses yeux étincelants, qui lançaient
des regards furieux.
nous
Scs rugissements
sur
ébranlaient les profondeurs de la caverne, et ses
petits y répondaient par des gémissements aigus.
Notre redoutable ennemi avait d’abord tenté
d’enlever la pierre avec ses puissantes griffes, et en-

suite de la reculer avec sa tête ; l’inutilité de ses
Il poussa un
efforts ne fit qu’augmenter sa rage.
cri plus perçant que tous les autres, et ses yeux
enflammés semblaient darder la lumière dans l’épais16 *

244
des ombres de notre retraite.
Un instant je
fus presque tenté de le plaindre, car c’était un sentiment de paternité qui irritait sa colère.
”11 est
temps de tirer sur lui,” me dit M. Wharton, avec le
sang-froid qui ne le quittait pas ; visez à ses yeux,
la balle traversera son cerveau, c’est une chance
d’en être délivrés.
Frank prit son fusil à deux coups, et Lincoln
ses pistolets.
Le premier plaça le canon de son
arme à
quelques pouces du tigre, et le second fit de
même.
Au commandement de M. Wharton, l’un et
l’autre lâchèrent leurs détentes au même instant,
mais le coup ne partit pas.
Le tigre qui, en entendant le bruit de la détente, avait compris que c’était
seur

—

contre lui, fit un bond pour se
de côté, mais voyant qu’il n’avait
pas été atteint, il revint à sa première place avec un redoublement de furie.
La poudre des deux amorces avait
été mouillée; tandis que Frank et Lincoln la

une

attaque dirigée

jeter

répan-

daient par terre, attendu qu’elle ne pouvait plus être
bonne à rien, M. Wharton et moi nous nous occupions de la recherche des boîtes à poudre. Il faisait si sombre, que nous fûmes obligés de chercher
à tâtons

en nous traînant
sur
le sol.
Lorsque je
trouvai en contact avec les petits du tigre, j’entendis un bruit semblable à celui du frottement d’un
morceau de métal,
et bientôt je reconnus
que ces
animaux jouaient avec nos boîtes h
poudre. Par
malheur ils avaient ôté le bouchon avec leurs griffes,
et la poudre répandue sur le sol humide ne
pouvait
plus nous servir. Cette cruelle découverte nous jeta
dans la plus profonde consternation.
”Tout est perdu ! s’écria M. Wharton, il ne nous
reste plus qu’a voir s’il vaut mieux mourir de faim
avec les animaux enfermés avec nous ou mettre un
terme immédiat à nos souffrances, en laissant
pénétrer dans la caverne le monstre
qui nous assiège-”
En parlant ainsi, il alla se
placer près de la pierre
qui nous protégeait, et fixa des regards intrépides
sur les
Le jeune Linyeux étincelants du monstre.

me

—

245
an désespoir, faisait mille imprécations.
Franck,
avait pins de sang-froid, prit un morceau de
corde qu’il portait dans sa poche, et se dirigea
vers l’autre bout de la caverne sans nous dire dans
Bientôt nous entendîmes un sifflement
quel but.
étouffé, et le tigre, qui l’avait entendu également,
Il allait et
parut éprouver un plus grand trouble.
revenait devant l’entrée de la caverne, d’un air égaré
et furieux; puis il s’arrêta tout-à-coup, et dirigeant
il poussa des cris assourdissa tête vers la forêt,
sants.
Nos deux guides indiens profitèrent de ce
moment pour lui lancer des flèches du haut de l’arbre
Il fut frappé plusieurs fois;
où ils étaient cachés.
mais sa peau épaisse repoussait ces traits inofl'ensifs. A la fin, cependant, l’une de ces flèches l’atteignit près de l’œil et resta fixée dans sa blessure.
Sa fureur fut alors portée à son comble; il s’élança
vers l’arlire, et, se dressant sur sa tige en la saisissant avec ses griffes, il parut vouloir le renverser;
mais quand il fut parvenu à se débarrasser de sa
flèche, il redevint plus tranquille, et se plaça de nouveau à l’entrée de la grotte.
Franck reparut alors, et un coup d’œil m’apprit ce qu’il venait de faire. De chacune de ses
mains pendait un petit tigre attaché à la corde avec
laquelle il l’avait étranglé. Avant que je fusse averti
de ce qu’il méditait, il les avait jetés l’un et l’autre
au
tigre à travers l’ouverture. L’animal ne les vit
attenpas plus tôt qu’il commença à les examiner

coin,

qui

tivement et en silence, en les retournant avec préDès qu’il fut convaincu
caution de côté et d’autre.
qu’ils étaient morts, il poussa un cri de désespoir
si pénétrant, que nous fumes obligés de boucher nos
oreilles.
Quand je reprochai à mon chasseur cet
acte d’une barbarie gratuite, je vis bien par la rudesse
de ses réponses qu’il avait perdu tout espoir de salut, et que dès lors il regardait comme dissous les

rapports de subordination du serviteur au maître.
Pour moi, sans que je susse pour quelle raison, j’es-

/

246

•

pérais toujours qu’un
tirer de l’affreuse

secours

inattendu viendrait

me

où j’étais.
Cependant le tonnerre avait cessé de se faire
entendre, et un vent paisible et doux succédait à la
violence de l’ouragan.
Les chants des oiseaux résonnaient de nouveau dans la forêt, et les
gouttes
de pluie, frappées par les
rayons du soleil, étincelaient sur les feuilles comme des milliers de diamants.
Je voyais par l’ouverture de notre caverne
ce réveil de la nature succéder au tumulte des éléments, et le contraste de cette scène
avec

position

tranquille

notre situation la rendait encore
plus affreuse. Nous
étions dans un tombeau d’où rien ne
paraissait pouvoir nous faire sortir; car un monstre

épouvantable,
plus épouvantable que le Cerbère de la Fable, en
gardait l’entrée. 11 s’était couché près de ses petits.
C’était un animal superbe et d’une
grande taille 5 ses
membres, étendus dans toute leur longueur, laissaient voir la force prodigieuse de ses muscles; de
ses mâchoires armées de
grandes dents tombaient de
larges flocons d’écume.
ïout-à-coup un long rugissement se fit entendre
à distance; le tigre y répondit
par un gémissement
plaintif, et les Indiens poussèrent un cri qui nous
annonça

qu’un

nouveau

danger

craintes furent confirmées
mîtes; car nous vîmes un

nous

Nos

menaçait.

bout de

mimoins grand que le
premier, se diriger on courant vers l’endroit où nous
étions.
”Cet ennemi sera encore plus dangereux
que l’autre, dit M. Wharton ; car c’est la femelle, et
elles sont impitoyables pour ceux qui les ont
privées
de leurs petits.”
Les rugissements de la tigresse,
quand elle eut examiné le corps de ses petits, surpassèrent tout ce que nous avions déjà entendu, et
le tigre y mêla des cris lamentables.
Tout-à-coup
ses cris cessèrent;
elle ne fit plus entendre qu’un
murmure sombre, et nous la vîmes avancer ses naseaux fumants à travers l’ouverture et
regarder de
au

quelques

tigre,

—

—

tous
ces

côtés, pour découvrir

petits.

Ses

ceux

qui avaient détruit

yeux tombèrent bientôt

sur

nous,

247
et aussitôt elle

s’élança

en

avant

avec

fureur,

comme

Peut-être
dans notre lieu de refuge.
serait-elle parvenue, par sa force prodigieuse, à pousser la pierre, si nous n’avions réuni tous nos efforts
Quand la tigresse vit qu’elle ne
pour la retenir.
pouvait pas réussir, elle se rapprocha du tigre: puis
ensemble d’un pas rapide, et disils

pour

pénétrer

s’éloignèrent

regards. De moment en moment, à
qu’ils s’éloignaient, leurs rugissements deveplus faibles, et bientôt ils cessèrent de se

parurent
mesure

à

nos

naient
faire entendre.
Dès qu’ils se furent éloignés, nos deux guides
indiens parurent à l’entrée de la caverne, et nous
pressèrent de profiter, en fuyant, de cette seule occasion de nous sauver, attendu que les tigres étaient
probablement allés chercher dans le haut de la monsans
tagne une autre ouverture qu’ils connaissaient
doute, pour pénétrer dans l’intérieur de la grotte.
En conséquence, nous nous mîmes tous en grande
hâte à pousser la pierre qui en fermait l’entrée, et
nous sortîmes de ce tombeau où nous avions craint
M. Wharton le quitta le
d’être ensevelis vivants.
voulut
ne
pas en sortir avant
dernier, parce qu’il
d’avoir retrouvé son fusil à deux coups ; pour nous,
Nous entennous ne songions qu’à nous échapper.
dions de nouveau les mugissements des tigres, quoila trace de nos guides,
que à distance, et, suivant
Le grand
nous nous jetâmes dans un sentier à côté.
nombre de racines et de branches dont la tempête
avait jonché le chemin, rendait notre fuite lente et
M. Wharton, marin plein d’activité, n’avandifficile.
çait cependant qu’avec peine, et nous étions obligés,
de nous arrêter de temps en
pour ne pas le perdre,

temps.

Nous marchions ainsi depuis un quart-d’heure,
un cri perçant, poussé par un des Indiens, nous
Nous
nos traces.
que les tigres étaient sur
nous trouvions alors devant un pont de roseaux jeté
Il n’y a guère que les Indiens assur un torrent.
de
sez hardis pour traverser sans crainte des ponts

quand
apprit

\

248
genre, qui tremblent et oscillent à chaque pas que
Profondément enfoncé entre ses deux
l’on y fait.
rives semées de roches aiguës, le torrent coulait audessous avec violence. Lincoln, Franck et moi, nous
passâmes sur ce pont sans accident; mais M. Wharton était encore au milieu, tâchant de garder Son
équilibre, quand les tigres débouchèrent du bois voisin; sitôt qu’ils nous aperçurent, iis bondirent vers
nous, en poussant des hurlements épouvantables.
Cependant M. Wharton était parvenu sans accident de l’autre côté du torrent, et j’étais occupé avec
Franck, Lincoln et mes deux guides à escalader les
rochers qui se trouvaient en face de nous. M. Wharton, quoique les tigres fussent tout près de lui, ne
perdit pas son courage et sa présence d’esprit. A
peine parvenu de l’autre côté, il tira son couteau de
chasse, et coupa les liens qui attachaient le pont à
l’une des rives; il espérait de cette manière mettre
un
obstacle insurmontable à la poursuite de nos
ennemis; mais vain espoir, nous vîmes la tigresse se
précipiter vers le torrent et tenter de le franchir
Ce fut un spectacle curieux de voir ce
d’un saut.
redoutable animal suspendu au-dessus de l’abîme;
Sa force
mais cette scène passa comme l’éclair.
n’était pas égale à la distance; il tomba et avant
qu’il eût atteint le fond du torrent, il avait été déchiré en mille pièces par les pointes des rochers.
ce

Cette catastrophe ne découragea point son compagnon
qui d’un vigoureux élan parvint à franchir le ravin.
Toutefois il n’atteignit la rive opposée qu’avec

griffes de devant. Suspendu au-dessus du précipice il s’efforçait de prendre pied. Les Indiens
poussèrent de nouveau un cri sauvage, comme si
toute espérance était perdue; mais M. Wharton, qui
était tout près du tigre, s’avança courageusement
vers lui,
et lui plongea son couteau de chasse dans
la poitrine.
Aussitôt le monstre furieux rassemblant
toutes ses forces, et fixant Ses griffes de derrière sur
ses

le

rocher, parvint à

mon

héroïque

.

ami

saisir M. Wharton par la cuisse;
toute son intrépidité; il

conserva

249

prit de sa main gauche un tronc d’arbre pour lui
servir de support, et tourna avec
vigueur son couteau de chasse dans la
poitrine du tigre. Tout
cela fut l’ouvrage d’un instant.
Les Indiens, Lincoin, Franck et moi nous courûmes à son aide 5
Lincoln saisissant le fusil de Wharton
qui était près
de lui, assena un coup de crosse si
vigoureux sur
la tète du tigre, que l’animal étourdi lâcha
prise et
fut précipité dans l’abîme. Mais ce malheureux
jeune
homme n’avait pas calculé la force de son
coup;
penché en avant, scs pieds glissèrent et ses mains
ne trouvant
aucun
point d’appui, il tomba dans le
torrent, se débattit un instant à sa surface, et s’y
enfonça ensuite pour ne plus reparaître.
Nous poussâmes d’abord un cri de
désespoir;

puis, pendant quelque temps, nous gardâmes un morne
silence.
Dès que je fus revenu de ma
stupeur, j’ale
perçus
pauvre Wharton évanoui au bord du précipice. Nous examinâmes sa blessure ; elle était profonde,

et

le

sang

Indiens cueillirent

en

coulait

avec

abondance.

Les

quelques plantes dont l’application
arrêta l’hémorrhagie.
Wharton continuait à être insensible ; mais son pouls était très agité.
Le soir
étant venu, il fallut nous
résigner à passer la nuit
dans cet endroit, sous l’abri de
quelque rocher. Je
mangeai quelques fruits que nos guides me donnerent, et ce fut assurément le plus triste repas que
j’eusse fait de ma vie. Je ne goûtai aucun sommeil
pendant toute la nuit ; assis près de Wharton, j’écoûtais avec effroi ses profondes aspirations.
Le lendemain matin nos guides,
pensant que
nous ne
pouvions rien faire de mieux que de transporter notre malheureux ami au village où nous avions
couché la nuit précédente, construisirent à la hâte,
avec
des branches et des roseaux, un
petit pont
pour repasser le torrent.
Lorsque nous fûmes de
retour au village, Wharton ne
reprit pas connaissance,
malgré tous les soins qui lui furent prodigués. Le
troisième jour ses membres éprouvèrent
tout-à-coup
un frémissement
convulsif; il se leva sur son séant

2'iö

et

mots confus; la main de la
lui ; bientôt il retomba sur son chevet,
minutes après il n’existait plus.

prononçant quelques

en

mort était

sur

quelques

EN

VOYAGE

Je vais

BOHEME

vous

PEND AMT

l’hIVER.

un voyageur aileil y a deux
arrivée
m’est
qui
réelle et qui n’a rien de mer-

conter, disait

aventure

mand,
ans, qui n’est que trop
une

veilleux.
C’était

en

Bohême... A peine avions-nous

passé

avaient
de
au château de madame
une
mon
nous reçûmes la triste nouvelle que
que
malade.
père était tombé subitement et dangereusement
ramener à
de
but
outre
en
avait
Ce voyage
pour
élevé
madame de V*** son (ils unique qui avait été
dame
cette
de
Les
moi.
et
frère
mon
avec
regrets
si tôt, et surtout ceux de se sépade nous

la moitié du
accordé pour

temps

que
visite

perdre

rer

de

ma

sœur,

gardait déjà

nos

parents

nous

qu’elle
purent nous

de cette douce Aninia,

comme sa

belle-fille,

ne

rere-

et
Nous nous décidâmes à partir sans délai,
tenir.
à continuer même notre route de nuit, d’autant plus
cessé de tomber, qu’il faisait clair
que la neige avait
et que nous avions un conducteur sûr dans
de

lune,

le vieux chasseur de mon père.
provisions,
Enveloppés de fourrures, munis oùde Léon
aurait
nous montâmes dans notre traîneau,
retenu
bien voulu reprendre sa place, s’il n’avait été
Nous atteignîmes avant la
par l’amour maternel.
maison
nuit la grande forêt qui nous séparait de la
à
une grande distance vers
s’étend
et
qui
paternelle,
de ce
la Lithuanie, pour se réunir aux immenses forets
nous suivions était assez large
La
route
que
pays.
les rayons
pour que les arbres n’empêchassent pas
de la pleine lune de nous éclairer; mais la quantité
de monticules de neige et de glace rendait cette route
aller aussi
trop mauvaise pour que nous pussions
vite que nous l’eussions voulu, et fatiguait excessiveIl régnait un grand silence parmi
ment nos chevaux.

251
nous,
qui n’était interrompu que par le trot des
chevaux et par le ronflement de la femme de chambre
endormie.
Mes pensées étaient vers mon père ma-

lade; je

ne
pouvais me cacher qu’à son grand âge
il y aurait peut-être du danger; que ce danger devait même exister; que sans cela il ne nous aurait
pas appelés avant le temps fixé pour notre retour de
chez la mère de Léon.
Aninia de son côté ne se
sentait pas portée à rompre le silence.
Son âme
était partagée entre deux sentiments : nous

appro-

chions

toujours plus de l’objet de
pendant que nous nous éloignions

de celui à
tendre.
Il était
naire n’avait

qui elle

avait voué

amour

filial,

de plus en
un
sentiment

plus
plus

déjà près de minuit et
interrompu notre

son

rien d’extraordi-

voyage, lorsque
chevaux montrèrent une inquiétude
inaccoutumée; ils respiraient avec difficulté et commençaient à aller beaucoup plus vite, sans que la
parole ni le fouet ne les y engageassent. C’étaient
des animaux que nous avions depuis plusieurs années, qui ne pouvaient être détournés de leur allure
habituelle que par quelque chose d’extraordinaire; ils
paraissaient effrayés, retournaient souvent la tête, et
ils semblaient être poussés par une puissance inconnue à redoubler de vitesse.
Bientôt leurs sauts devinrent plus forts, et Rosko, notre conducteur, sévit
forcé de leur appliquer quelques corrections, auxquelles ils se soumirent, mais avec une inconcevable
résistance. Aninia était trop profondément préoccupée
pour donner la moindre attention aux chevaux; mais
moi, connaissant leurs habitudes, je me sentis singulièrement ému, et pour ainsi dire averti d’un évènement extraordinaire.
C’est alors que le vieux Rosko parut saisi d’un
sentiment pénible ; il regarda plusieurs fois, coup sur
coup, derrière lui, il prêta l’oreille avec grande attention et lâcha tout-à-coup les rênes aux chevaux,
qui purent alors suivre leur instinct, et prirent ausJ’étais assis sur le devant du tralsitôt le galop.

tout-à-coup

encore

nos

/

252
en nie tournant un
peu, ma bouche était près
de l’oreille de notre cocher.
Ou’avez-vous, Rosko?
lui dis-je assez bas pour qu’Aninia ne pût l’entendre ;
vous
paraissez effrayé, et il me semble
que vous partagez l’inquiétude des chevaux, inquiétude qui m’est inconcevable.
Le vieillard réfléchit
un instant,
puis il me répondit tout aussi bas : Je
crains que les loups ne soient sur nos traces ; le
froid les a fait sortir des forêts; la faim nous les
si la vitesse de nos
amène, et nous sommes

neau;

perdus

chevaux ne nous sauve.
Je suis un homme qui ai vu la mort sous de
terribles formes; mais ni le bruit des batailles ni les
batteries meurtrières ne m’ont vu pâlir comme ces
paroles. Ma première pensée était pour Âninia ; je
voyais déjà ses formes belles et délicates déchirées
On m’avait souvent
par ces monstres dévorants.
parlé de la ténacité et de la vélocité avec lesquelles
les loups poursuivent leur proie.
Si nos chevaux ne
succombaient pas, nous étions sauvés ; mais mon esprit
se
représentait avec plus de certitude que leurs forces
seraient

épuisées

par la

persévérance

des

loups,

et

J’avais un
que nous deviendrions leurs victimes.
couteau de chasse, un fusil et deux pistolets, mais
ma
provision de poudre et de plomb était petite, et

pouvait servir qu’à abattre quelques-uns de
persécuteurs, dont l’habitude est d’entreprendre
ne

nos

par
centaines leurs attaques nocturnes.
En attendant, le
vieux Rosko pressait les chevaux sans relâche ; mais
il n’avait pas besoin de les presser, car l’instinct
naturel de ces pauvres animaux leur fit mieux connaître le danger que nous ne le connûmes nousmemes.

J’étais continueilemefit occupé à regarder dans
le lointain derrière nous, à écouter dans le silence de
la nuit le moindre bruit qui devait me donner l’horrible certitude de notre sort.
Rosko avait la vue et
l’ouïe plus fines que moi; tout-à-coup il me dit: ”Ils
viennent!... ils viennent!... N’entendez-vous pas leur
bruit et leur ronflement! C’est ce point obscur qui

s’avance là-bas, c’est un troupeau de plus de cent.”
Dans ce moment je reconnus ce que la vue perçante
de Rosko avait découvert la première.
Une énorme
et sombre masse se mouvait d’une manière singulière,
et approchait de plus en plus; elle semblait voler
au-dessus de la plaine de neige ; on ne pouvait pas
se rendre
compte de sa marche, et pourtant elle avançait tellement qu’elle menaçait d’atteindre et de dépasser bientôt nos chevaux, dont les forces commençaient à faillir. Des sons sauvages et terribles percèrent la nuit; poussés du fond de la poitrine, ils
ressemblaient tantôt à un grognement, tantôt aux
gémissements sourds et douloureux d’un homme en
danger, et dont on veut empêcher les plaintes par la
violence.
Aninia ne se doutait encore de rien ; tout ce
qui s’était passé ne pouvait la réveiller des rêves
qu’elle faisait sur les évènements prochains dans la
maison paternelle, et sur ceux plus éloignés, dans
lesquels l’image de son bien-aimé Léon figurait prin«paiement. Plus tard elle m’a souvent raconté ce
qui se passait alors dans son cœur. Je ne pouvais
pas la laisser plus long-temps dans cette bienheureuse
ignorance du danger qui nous menaçait. Déjà
je distinguais les groupes séparés de ces monstres
dévorants ; déjà plusieurs précédaient la grande masse
et s’approchaient à la distance d’une portée de fusil
de notre traîneau.
Je levai mon arme, je visai sur
le premier de ces monstres.
„Baisse-toi,” m’écriai-je,
et Aninia se réveilla comme d’un profond sommeil.
Elle me regardait comme pour me questionner, mais
elle put lire sur ma figure que ce n’était pas le moment des explications ; elle baissa machinalement la
tête et la poitrine; le coup frappa le plus grand et
le premier en tête des loups; il tomba.
La détonation avait éveillé la femme de chambre ; elle jeta des
cris perçants, croyant que nous étions attaqués par
des voleurs.
„Ce ne sont que des loups, dit le vieux
Rosko avec un horrible sang-froid, ils mangent celui
qui vient de tomber. Nous voici débarrassés d’un

/

2 üt
une
centaine d’autres resteront nos
Il ne
de
voyage jusqu’à ce que...”
compagnons
continua pas, ne voulant pas faire connaître aux fernLes chevaux,
mes toute l’horreur de notre situation.
animés par le coup de feu, s’élancèrent avec un nouvel effort, pendant que les loups s’arrêtèrent autour
du cadavre.
”Ccla ne les arrêtera pas long-temps,
ils seront
murmura lîosko ; je les connais, bientôt
de nouveau derrière nous et nos chevaux suceomlieront.
C’est alors que j’eus occasion d’admirer la force
d’âme d’Aniuia ; elle ne s’occupa que de la femme
de chambre, la consola, l’engagea à se résigner, et
surtout à mettre sa confiance en celui dont la voElle se
lonté seule peut adoucir les bêtes féroces.
ainsi
fond
du
à
au
traîneau,
que la
genoux
jeta
femme de chambre ; mais celle-ci ne put rassembler
ses idées
pour prier, et cette infortunée recommençait sans cesse ses cris et ses lamentations, en mauLa belle figure d’Adissant le malheureux voyage.
ninia, tournée vers le ciel, était éclairée par les raelle avait
yons de la lune comme par une auréole ;
les mains jointes, priait à demi-voix avec une quiétude parfaite et sans que ses esprits parussent auCette vue m’encouragea et me
cunement troublées.
Je chargeai de nouveau
donna quelque espérance.
leur
mon fusil
que je tins prêt; les chevaux firent
à
leurs
sanguinaires persepossible pour échapper
Au même instant nous entendîmes de noucuteurs.
veau le bruit de leur marche, et j’aperçus bientôt
de ces monstres qui devançaient la

ennemi; mais

quelques-uns
et qui dirigeaient

contre nous leurs gueules
altérées de sang.
Un second coup fit tomber le plus hardi, et
j’espérais gagner de nouveau du temps. J’espérais
que, favorisés par la halte répétée de ccs animaux
auprès des cadavres, nous pourrions atteindre les
limites de la forêt ou quelque habitation.
Mais, hélas ! combien mes calculs étaient mal fondés ! Cette
fois il ne fallut à ces monstres que quelques instants

troupe

pour dévorer leur camarade ; j’avais à peine eu le
temps de charger de nouveau qu’ils étaient déjà derrière nous.
"Tout cela ne sert à rien, me chuchota
Rosko ; bientôt les chevaux s’abattront et nous serons
perdus.” En effet, on remarquait déjà un ralentis*
sement dans les efforts de ces pauvres animaux.
Leur souffle devint haletant, leur course inégale; ils
firent tout ce qui était en leur pouvoir, parce qu’ils
savaient qu’il n’y avait que la plus grande hâte qui
pût les sauver; mais leurs forces s’épuisaient de
plus en plus. Plusieurs fois déjà l’un après l’autre
s’était abattu, et alors il ne se relevait que par un
effort désespéré.
Nous nous trouvâmes dans une
position horrible. Je tremblais, non pour ma vie,
mais pour celle d’Aninia ; j’abattis encore quelquesuns de ces monstres,
mais rien ne les arrêta plus
dans leur course ; ils étaient maintenant tout-à-fait
derrière nous; leur grognement devint plus distinct;
je pouvais reconnaître leurs gueules sanglantes, leurs
dents terribles, leur langues pendantes et altérées, et
leurs yeux qui jetaient des flammes.
Et quelle quantité! quelle troupe innombrable!... Je n’avais plus de
poudre; je ne possédais plus d’autres armes, pour
me défendre contre ces
loups furieux, que mes deux
pistolets qui n’étaient pas encore déchargés, mon
couteau de chasse et la crosse de mon fusil. Rosko
avait remarqué tout cela.
”11 nous reste encore une
espérance, dit-il; je me rappelle avoir vu en venant
une cabane de chasseurs délaissée,
qui ne doit pas
être bien éloignée d’ici ; si nous pouvons parvenir à

l’atteindre,

nous sommes

trement les

loups

nous

faim dévorante avec
tinua-t-il d’une voix

là, alors,

car

vous

nos

sauvés momentanément, audéchirent et rassasient leur

cadavres.... Monsieur,

tremblante,

avez encore

si

vos

nous

ne

con-

venions

pistolets chargés,

oh ! alors soyez assez charitable, et donnez à notre
chère demoiselle une mort prompte pour qu’elle n’ait
pas à en souffrir une lente et cruelle sous les dents

des

loups.”

viteur;

une

Je regardai
larme roulait

avec

stupeur

sur ses

ce

vieux seril me

joues ridées;

256

signe encore avec la tète, pour affirmer le sens
terrible de ses paroles. Jamais je n’oublierai ce moUn froid glacial me saisit; je regardai la
ment.
douce et charmante figure de ma sœur ; je levai les
yeux au ciel avec désespoir; il me semblait que le
salut devait venir d’en-haut sur cet être innocent et
pieux, qui, dans sa résignation à la volonté de l’Ùternel, oubliait tous les dangers qui l’environnaient.
Tout-à-coup nous vîmes paraître des deux côtés nos ennemis acharnés; je remarquai comme ils
flairaient le contenu du traîneau, comme ils semblaient
chercher à le reconnaître, avant d’oser l’attaquer.
Dans ce terrible danger je désespérais de Dieu et de
Ma main gauche saisit le pistolet ; avec
sa présence.
un
regard incertain je cherchai à la tête de ma sœur
la place où la mort l’atteindrait le plus sûrement et
le plus promptement.
Je n’étais plus un homme ; je
me figurais être un monstre du désert destiné à enlever cette proie à d’autres de mon espèce. Ma main
droite avait machinalement tiré le couteau de chasse ;
un voile de
sang s’était répandu sur mes yeux, et à
fit

travers ce sang je voyais Aninia qui priait, je voyais
les loups affamés et les immenses plaines de neige.
U’est alors qu’un des monstres s’approcha du traîneau
en faisant un bond terrible
pour y entrer ; mais mon
couteau l’atteignit, et il tomba en râlant de l’autre
côté.
Aninia s’évanouit à côté de la femme de
chambre, qui depuis long-temps était sans connaisBien fait, s’écria le vieux Rosko avec une
sance.
<t
voix ranimée; épargr.ez votre poudre, servez-vous du
couteau et de la crosse! Je vois déjà la cabane!
Soutenez la lutte encore quelques instants et nous
sommes sauvés.”
Alors le voile sanglant tomba de
mes yeux, et
je repris mes esprits ; Rosko fouetta
sans miséricorde les chevaux, et les
pauvres animaux
firent encore un effort; ils semblaient prévoir que
c’était le dernier service qu’ils rendaient à leurs
maîtres, et qu’ils voulaient y mettre aussi leurs dernières forces.
J’avais mis en attendant mon pistolet

dans la

poche du devant de mon habit; j’étais debout tenant la crosse levée.
Etait-ce cette position menaçante qui
produisit
une
impression inattendue sur nos persécuteurs, ou
était-ce la course rapide de nos chevaux? Le fait
est qu’ils restèrent à une petite distance derrière nous,
et

gagnâmes une avance qui, quoique minime,
inappréciable dans notre position. Je regardai
autour de moi ; j’aperçus tout près de nous la cabane
dont la porte était ouverte.
Rosko jeta des cris de
joie en arrêtant avec force les chevaux, et en sautant à bas de son siège il dit: „Nous
y sommes,
nous

était

nous
y sommes! Maintenant vite, vite, et ne perdons
Et déjà Aninia avait quitté le
pas un instant.”
traîneau avec une grande présence d’esprit, et s’était
réfugiée dans la cabane. Rosko la suivait avec la
femme de chambre dans les bras, toujours évanouie}
j’étais le dernier. En y entrant, le vieux serviteur
m’arracha avec une grande hâte le fusil et ressortit
promptement; je restai tout ébahi, et, en le suivant
des yeux, je vis comment les loups
en

nombre innombrable, et

reparurent

qu’ils

seraient dans un instant auprès de nous.
J’appelai Rosko et je le conjurai de ne pas s’exposer ; mais son œuvre était déjà
faite.
Avec deux coups de fouet il avait fait repartir
les chevaux au galop, et il revint au même moment
où deux des monstres sanguinaires s’élançaient vers
la cabane. Il les tua tous les deux avec la crosse,
entra et ferma sur nous avec des verrous la forte
porte de chêne de la cabane. 11 était temps. Je
chercherais en vain à dépeindre les sentiments dont
j’étais alors pénétré; bien des années se sont écoulées depuis; beaucoup d’évènements les ont
remplies
dont le cœur peut être profondément frappé, mais
rien ne ressemble à ce que j’éprouvai dans ce moLa joie la plus pure de voir ma sœur hors
ment.
de danger m’électrisa ; en même temps je me regardai
comme un criminel d’avoir
pu douter de la puissance et
de la grandeur de Dieu; je me sentais élevé vers
lui, et pourtant indigne de sa grâce. J’étais touché
17

/

258
du plus profond repentir ; je n’osais pas parler à
Aninia dont la confiance en Dieu n’avait pas failli,
et qui lui adressait maintenant d'une voix ferme sa
prière d’actions de grâces. Le bruit des loups contre
la porte bien fermée m’arracha enfin à ces réflexions.
Je rassemblai mes idées, je cherchai à réunir ma
prière à celle de ma sœur, ce qui me réussit si bien
que je me sentis bientôt assez tranquillisé pour me
persuader que Dieu me pardonnerait ce manque de
confiance que ce terrible danger avait produit en moi.
Lorsque Rosko avait fait partir les chevaux,
seule possibilité de les sauver peut-être, il avait eu
la présence d’esprit d’arracber la "lanterne allumée
du traîneau et de l’apporter dans la cabane hospitaPendant que les hurlements des loups se
lière.
faisaient entendre, pendant qu’ils sautaient contre la
porte et qu’ils essayaient de grimper contre les fenôtres, qui étaient munies de forts volets, nous examinions l’intérieur de la cabane et les objets qui
Nous ne vîmes que des murs nus
nous entouraient.
de terre grasse; un banc de terre s’étendait le long
d’un de ces murs; dans un des coins se trouvait un
peu de paille à moitié pourrie, mais à côté il y avait
un trésor inestimable: une quantité de bois suffisante
pour nous garantir pendant vingt-quatre heures contre
Le vieux domestique ne perdit pas
un froid glacial.
un moment de s’en servir, et bientôt un feu bienfaisant flambait au milieu de la cabane. La fumée montait
vers le plafond et se perdait par une de ces ouvertures du toit qu’on pratique ordinairement dans les cabanés de chasseur. Je respirais plus librement maintenant;
je regardais avec plus de tranquillité ma sœur bienaimée; elle était assise sur le banc, occupée «à ranimer la femme de chambre que Rosko avait couchée
là.
Quelques gouttes d’une boisson spiritueuse la firent revenir à la fin, et nous nous rassemblâmes autour du feu, dont la chaleur vivifiante fit son bon
effet sur nous tous.
Tout en entendant nos terribles ennemis, nous
être échappés.
La femme
nous félicitions de leur

chambre, finitte de la paralysie de la terreur,
avec une volubilité
commença maintenant à raconter

de

inépuisable tout ce qu’elle avait souffert,
à chaque instant elle avait craint de voir

et comment

sauter dans

traîneau un de ces animaux furieux pour nous
Je tenais la main
avaler tous, selon son expression.
se rencontrèrent et nous pûmes
nos
d’Aninia;
regards
émotion de notre délivrance.
y lire la plus joyeuse
Rosko qui semblait insensible
le
vieux
avait
Il n’y
que
Il
à la faveur que le ciel nous avait accordée.
sombres dans les flammes vacillandes

le

regards

jetait

front était soucieux et de temps en temps
il secouait la tète.
J’y fis peu d’attention, j’étais trop heureux.
Tout-à-coup nous entendîmes
nous nous
jeter un cri perçant au dehors, et cri montraregarque
dûmes avec anxiété; la force de ce
ce
n’était pas une voix d’homme qui l’avait pousil fût prosé; je ne connaissais aucun animal à qui
l’horrible
mais
cessa
Il
plainte qu’il
bientôt,
pre.
renfermait retentit encore long-temps au fond de nos
Ce cri terrible nous anRosko dit alors :
cœurscheval favori; j’ai
nonce, monsieur, la mort de votre

tes;

son

(1

souvent entendu

ce

cri

sur

le

champ

n’appartient qu’aux chevaux jeunes

de

bataille;

et forts

qui

il

com-

des efforts
jusqu’aux derniers moments avec
inouïs contre la mort; je gage que la jument a moins
pauvres
souffert; mais ce qui est certain, c’est que les en
sont
bêtes sont devenues la proie des loups, qui
de
instant
un
ainsi
laissent
nous
et
encore occupés
ils reviendront plus affamés, plus
bientôt
mais
repos;

battent

sanguinaires qu’auparavant.”

Le vieux serviteur disait la vérité; ils recomleurs attaques contre la cabane; nous
même reconnaître que leur fureur était augpûmes
mentée, car ils essayèrent de grimper le long des
Nous étions dans une
murs pour arriver au toit.
horrible attente, les yeux fixés sur l’ouverture du
toit.
Quand un coup de vent écartait la fumée, nous
distinguer le ciel brillant d’étoiles. En ce

mencèreut

pouvions

moment la

femme

de chambre tomba

17 *

sans

connais-

260
montrant cette ouverture.
Nos regards y
une
terrilde : quatre tètes
apparition
de loup avec leurs
gueules encore écumantes de sang.
A travers la fumée ces
têtes
effroyables ressenifilaient à des dénions de
l’enfer, à des monstres fabuleux.
II n’y eut que liosko
sa
sauce

en

rencontrèrent

qui garda
présence
d’esprit; il jeta un fagot dans la flamme, et dit:
„Nous n’avons rien à craindre de ceux-ci; ils ont
peur du feu, ils en sont aveuglés et ne nous distiuguent pas.” Mais tout-à-coup un craquement horrible se fit entendre
; trois des monstres
disparurent
au moment où la
partie de la toiture qui n’était
s’était
qu’en bois,
cassée sous le
quatrième, qui
tomba au milieu du feu.
„Retirez-vous, s’était écrié
le vieux
Rosko.

Tirez,

votre coup soit sûr.”

nimal

jeta

des cris

moment

me

dit-il à moi, mais que
L’a-

Lui-même prit le fusil.

effrayants ; je tirai,

et

au

même

Rosko l’acheva avec un
coup de crosse.
Nous le retirâmes du feu où son
sang répandu avait
produit une fumée épaisse et infecte, et nous le poussûmes dans un coin.
Rosko me dit : „C’est
probaldement le seul essai de ce
genre que nous aurons à
craindre dans le courant de cette nuit; mais le

ajouta-t-il,
que

nous

le

jour

ne

nous

amènera

plus

de

jour,

hôtes

ces

pourrons en tuer.”
Ces paroles n’avaient été entendues
que par
moi.
Je lui demandai à voix basse
quelle crainte il
pourrait avoir pour le jour, puisque moi j’avais l’espérance qu’avec l’aurore les loups quitteraient notre
retraite pour se retirer dans
l’épaisseur des forêts.

„Quand
cela

même

ce

serait, répondit-il tristement,

à

quoi

servirait-il? Les chevaux sont morts, et
comment une faible créature comme
mademoiselle
Aninia, pourrait-elle atteindre à pied les limites de la
forêt?
La nuit nous
de nouveau, et
les loups sauraient biensurprendrait
nous retrouver;
mais eetle
espérance même est tout-à-fait en vain. Là où les
1 nips se rassemblent en si
grand nombre, là ils ne
nous

craignent
provision

pas la clarté du jour.
Tant que
de bois durera, notre feu
nous

notre

préservera

d’en haut; cependant de jour la tlamIl
fait pas une si forte impression sur eux.
toutes nos
nous faut rassembler tout notre courage
forces, pour les évènements prochains, pour défendre
les femmes et notre vie jusqu’au dernier moment.
Mais tout cela ne servira à rien”, ajouta-t-il avec une
voix éteinte.
Ma seule espérance, fondée sur le retour du jour, était donc détruite, et maintenant notre
perte me paraissait certaine; aussi l’amertume du
d'une

nie

attaque

ne

,

désespoir s’empara-t-elle de mon âme.
Craignant qu’Aninia ne vît mon trouble, et voulant qu’elle conservât aussi long-temps que possible
le peu de tranquillité qui lui restait, je m’approchai

Les heures s’écoulèrent pour moi avec lenAninia s’était endormie; elle reposait comme un ange de paix, comme un enfant qui
ne connaît
pas les dangers qui l’entourent; elle souriait en dormant, ce qui me perçait le cœur. Le
vieux Rosko continua silencieusement à entretenir le
feu ; il avait eu raison, aucun de ces animaux ne se
fit voir à l’ouverture du toit; mais leurs grattements
contre la porte, leurs bruits, leurs hurlements contiAvant que Rosko ne m’eût
nuèrent toute la nuit.
d’elle.

teur et anxiété.

fait part de ses observations, tous mes voeux rappe
laient le jour, maintenant je désirais que la nuit fût
Vœux insensés de l’homme! qu’aurionssans
fin.
nous obtenu
par là, si ce n’est la mort lente de la
famine au lieu de celle qui nous était réservée par

la

des loups.
Les étoiles commençaient à pâlir et le jour reLe moment où les prédictions de Rosko
douté parut.
devaient s’accomplir s’approchait. Les monstres, encouragés par le grand jour, grimpèrent jusqu’à vingt
sur le toit, qui était sur le point d’être écrasé sous
Aninia dormait toujours; j’en rendais
leur poids.
Dans cette extrémité, quand tout esDieu.
à
grâce
poir de salut semblait perdu, nous entendîmes partir
plus de cinquante coups de fusil; des cris de chasse
et des aboiements de chiens frappèrent nos oreilles-

gueule

Les femmes

se

levèrent.

Nos

persécuteurs

se

pré-

'202
en bas ilu toit et
s’éloignèrent en poussant
des hurlements affreux.
Rosko ouvrit la porte avec
précaution et s’écria tout aussitôt : ltLes loups sont
déjà loin et voici les chasseurs qui sortent de la forèt.” Nous nous précipitâmes vers la
porte ! La liberté nous était rendue, et avec elle la
jouissance
de la terre, la magnificence des lieux ! La source de la
vie se renouvelait en nous en respirant cet air délicieux.
Nous vîmes alors paraître notre libérateur à la
tête de beaucoup de chasseurs: c’était Léon deV***.
Qui pourrait dépeindre ce moment! J’étais hors de
moi, je l’entourais de mes bras, ivre de joie, car je
voyais saine et sauve, à côté de moi, ma sœur bienaimée, douée de tous les charmes de la jeunesse et
de la vertu. Elle tendit avec un doux sourire sa main
à Léon, qui la pressa contre ses lèvres. Pendant
que
ses compagnons
poursuivaient les loups, nous lui
fîmes part de ce que nous avions souffert, et il nous
raconta comment il était venu si à propos à notre
La nouvelle s’était répandue dans le chàsecours.
teau de sa mère qu’un grand troupeau de
loups,
descendus des immenses forêts de la Lithuanie,
remplissaient celle que nous avions à parcourir; que
plusieurs malheurs étaient déjà arrivés, et que les habitants des alentours s’étaient réunis pour en faire
La plus grande inquiétude
la chasse.
s’empara de
lui ; il rassembla aussitôt tous les hommes en état
de se servir d’armes, et partit au moment où d’autres
propriétaires arrivaient avec leurs paysans ; il est vrai
que ceux-ci ne comptaient partir pour cette chasse
que le lendemain, mais rien ne put arrêter Léon ; son
éloquence, en décrivant nos dangers présumables,
l’emporta sur eux tous et sur les inquiétudes de sa
mère.
C’est ainsi, mes chers amis, continna-t-il, que
j’ai été assez heureux de contribuer à vous sauver.”
Ici se termina le récit du
jeune voyageur.

cipitèreut

((

4*

263

&vevftfttelfc
af wanffelige Si'b 03 Salcmaabcr.
©tbe 1. Condamné, forbomt. Innocent, uffølbtg. CouSe souvenir de, erttibre
paille, fïpïbig. .Défendre, forbpbe.
Séduire, befitffe; for»
f.,
ttretfærbigbeb.
L’injustice,
ftg.
©aber. Un
føre. La largesse, ©abtnilbbeb; des largesses,
en ©fofftffcr.
S’élever,
I;æbe
Un
©fat.
savetier,
en
trésor,
pabeltgc Sætbtgbeb ; le
ftg. Le souverain pontificat,Laben
bassesse de sa naissance,
souverain pontife, ^»abcn.
Un
pané ficrfontftø Sîtngbeb. Sortir, nebftamme; ubgaae.
83lob. Le connétable, Dberfelbtmar»
sang noble, et abeligt
de la coinfcfaflen ; forben en Site! t granfrtg. Témoigner
berømt.
passion, bcbtbnc ftn ©eettagelfe. Illustre,

Un bomme de bien, en retfïaffen fWanb. Avoir
3T?cblibenl)eb mcb. Combattre, fœittpe, flrtbc.
b«be
de,
pitié
Un serment, en ©eb. L'avènement au trône, SLftronLefii*
m.
Offenser, fornærme.
gclfen; ogfaa btot: avènement,
Former des projets,
Signaler, ubntœrfe. Avertir, unberrette.
Accuser, an»
Le
ülngtberen.
dénonciateur,
ubfafte fJHaner.
Renvoyer, btfe bort. Réconcilier, forlige. Neutre,

©. 2.

ffage.

neutral.

En conscience, meb
Avoir intention, bnbe til §enftgt. Le
Le village, Sanbsbpen. Conserver,

Engager, bcbœge, formaae.

gob ©ambittiglfeb.

prisonnier, gangen.

La fierté, ©foltfieb. L’esclavage, m., gangenffabet.
Se défendre, forfbare ftg. En désespéré, fom
0. 3.
bægre ftg beb.
fortbiblet. Secourir, bfefpe. Refuser de,
A défaut de, t fWangel af. Une
uoberbtnbeltg.
invincible,
Se
en ©nor.
balle, en ©ebœrfugle. Un cordon, etSaanb;
i IBegpnbelfen. Obéir, ab»
D’abord,
ftg.
unbfïaae
défendre,
une question,
løbe. Satisfait de, fornotct.Ober. Proposer
Ecouler, forløbe. Obscur, bunfel.
et

bebare.

forelægge

©pørgbntaal.

maréchal-ferrant, en ©robfnteb, fom ffoer fiefte; en
et goregtbenbe. Exa©urftneb. Un prétexte et ^aafïub,
bære bœrb; ils
miner, efterfee, unberfoge, probe. Valoir,
Un

—

,

valent rien, be bue iffe.
A
0. 4. Feindre, labe font. Convenable, paèfenbe.
un tour, en Omgang.
Casser, brœïfe
son tour, ligclebeê;
Un

ne

Convenir, tnbrømme. Provoquer, ubæffe.
SSognmanb. Enlever, føre bort. .La boue, /.,
Le défi, Ubforbrtngen. La blouse, Eitlen. Un
©abeffarnet.
Accabler de,
tombereau, en ©farnagerbogn, en Sræbebogn.
La huce, pben og fmjen.
bitfe meb; oberbælbe meb.
t

©tpffer.

charretier,

en

—

18

265
saillie, bet öittigc ©Dar. Reprocher, bcbretbc. Mal-à*
en upaéfenbe
fTOaabe; til urette îtb. L’émotion,
La
f., ©inbébepœqelfen.
Eprouver, føle; fornemme.
Un emiaisanterie, ©fjernt, ©pøg.
Solliciter, anføge.
loi, et Grmbebe.
0. 5. Le poisson (l’avril, 3ïprtlé Starren ; le poisson,
giften. S’évader, unbBtge. Déguisé, forftccbt. Une hotte,
La pointe du jour, ©aggrp. Prévenir «jn.,
en Sœrefurü.
unberrette Gsn.
S’éclaircir, opipfe ftg. Prendre les devants,
femme t gor»eten ; faae gorfpring. Grâce à, taftet »ære, »eb
Un quacre, en
£>jetp af. La recherche, ©fterføgetfen.
fîoeefer. Un fiacre, en ffprefarct.
Donner passage à, ttl»
jlebe ©jcmtemfjorfel.
Reculer, rpffe tilbage. Se disposer,
Ia»c ftg tü. Céder, »tge, gi»e efter. La reculade, SEtlbage*
rpfningen. Un persifllage, en ©pot. Disputer, aftôifte. Le
Achever de fumer, ubrpge, futbenbe at
calme, 3totigbeb.
rpge. Imperturbable, ubeBcegelig, font tffe laber ftg forfiprre.
©. 6. Une grâce, en @unjl. Le sang-froid, Solbblos
btgfeb. La partie adverse, fpîobpartiet. Rétrograder, f føre
Une taverne, et 3Siinftuu3.
tilbage.
Indiquer, an»tfe,
angioe. Qualifier, benæ»ne ©n meb en Sttel. S’empresser,
ffpnbe ftg meb ; bejlrœbe fig for. Un saut, et ©pring. Descendre, flige ub. Jurer, banbe. Traiter de, benceone. Un
La

propos, peut

—

f

—

—

@a»tp». Le siège, ©æbet, tSuffen. Epier, paêfe
ubfpetbe. Se replacer, feette ftg tnb igjen. Un étourdi,
en Ueftcrtccnffom ; en Ubcftttbig.
Trembler, jfjoclôe. Gronder,
flambe paa. Â d’autres! ®e ftal tffe narre mig! penpenb
©em til Slubre. Empaumer qn., faae gtngre i ©n. Fouetter,
Se sauver, fjøre fin Sfci; lobe fin Sei,
gi»e af ÿtbfïen.
A toute bride, alt, t;»ab Stemmer og $øt fan ftblbc.
rebbe ftg.
La méprise, geiltagetfen.
Ramener, bringe fjern meb.
S’efforcer de, gjøre ftg Umage for. A tel endroit o. f. ».,
paa bet og bet ©teb, ben og ben $plbe. Faire ses délices,
fotaarfage fenbe megen @lœbe; les délices, f., grpb. Soigneusement, ontfpggeltgen.
©. 7. De s’incliner (s’inclina), buffebe ftg. Partager
sincèrement, tage oprigtig ©cel t. Â merveille, fortræffeligt.
Le ravissement,-fôenrpffelfe. Au comble, paa fit fiøtefte. La
solitude, ©enfombeb. Effaré, forOtlbe't. Se pencher vers,
pelbe ftg o»er imob. La malice, Dnbfïab.
L’Adige, ©tfdj.
Se déborder, ffplle ober fine Srebber.
Emporter, ri»c bort.
Une arcade, ett Sueb»œl»tng.
Implorer, attraabc. A vue
d’œil, øtenfpnltg. Délivrer, rebbe, befrte. Écraser, fnufe.
Aborder dessous, lægge tnb uttber (ont etgartoi). Leçoncours du
peuple, gclfefliutlen. A force de rames, »eb at
roc af alle kræfter; une rame, en Slare. Surmonter, o»er»tnbc.
escroc, en

paa ;

—

—

0. 8.

Menacer ruine, true meb at falbe. Tarder, bte,
vivacité, Çefttgfeb. S’écrouler, ftprte fatttnten.
Une poutre, etiSjelfe. Embrasé, brænbenbe, antænbt. Lelibé-

tO»e.

La

SBefrtercn. La maîtrise, 23orgcrfïabet font fDJefter. Un
(I fiøreé tffe), et IBccrftøt. Exiger, forlange. Le nuage.
©fpen. Sillonner, fure. Un eclair, et ?pnglimt. Le tonGronder, rutte. Rompre, brpbc. Disnerre, Sortenen.
ratenr,

outil

perser, abfprebe.
©. 9. Soucieux, befpmret. La tète baissée, meb ncb«
flaget f) 0 »eb. Croisé, oserforé. La plage, Spften. Chargé
de, fplbt meb, befat meb. Monter, bemanbe, »ære omborb
Lutter, fœrnpe. La vague, Solgctt. Furieux,
t; heftige.
rafenbe. Réclamer, anraabe om. Frissonner, ft'ttre. L’horLe dévouement, ©pofrelfe. Une
reur, f., ©træf, jRœbfcl.
barque de sauvetage, en 3îebntngébaab. Passer et repasInondé,
ser, »ebbltoe at gaae ober; gaae frem og tilbage.
gjennembløbt, »»erffptlct. Une lame, en fPølge. Faillit jeter,
Le choc, ©tøbet. Electrisé, begéiftret.
»ar nær »eb at fafte.
Se mirent etc., ga»e ftg til at fbømntc, etter fafte fig i

Saabc.

Essayer, forføge. Composer, ubgjøre; fammcnfætte.
FaUn cadavre, et Sitg.
m., fKanbffabet.
naonfunbtg. Une éruption, et Ubbrub. Occasioner,

L’équipage,
meux,

—

foranlebige. Éloigné, fjernet;

peu

tffc

éloigné,

langt fra.

Redouter, frpgte. Conjurer, bebe inbftænbigt; bef»œrge. Sa
perte, pcnbes Unbergang. Le retardement, gorftnîelfen, Op«
fiolbet.

péril pressant, en o»er|jængenbe gare. Faire
omffabc Sagen til ben mørfefte 5îat.
sombre,
jour
Ensevelis dans les ténèbres, tttbftpllebe i fWørfet ; ensevelir,
for«
begrase. La lueur, ©finnet. Ébranler, roffe. Obliger, PréPourvoir à, forge for. Soutenir, unberftøttc.
maae.
InvioLa réputation, bet gobe Dîpgte.
cieux, bprebar.
lablement, ubrøbeligen. Imposer, paalœggc, forejïriôe. Une
trêve, en SSaabenftilffanb. Un repas, et SÄoaltib ; se donner
des repas, gjøre ©jæftebub for fttnanben. Tour-à-tour, »erel«
»ité. Voilà un coup de partie, ber ttlbpber ftg en fjurttg Slfgjø«
reife, et £o»ebflag, et afgjørenbe Soup. De bonne foi, tro«
Y manquer, brpbe bet.
fïplbtgen. Légitimement, lo»mœéftgen.
©.11. Y coopérer, mcbbtrfc bertif, beeltage beri. Cri©, 10.

Un

du

—

minel, fîrafflplbig.

Céder à, gt»e efter for.

L’importunité,

Différer, op«
f., Çaatrængenfjcb. Faire réflexion, o»er»eie. Le
sujet, Un?
fcette. Pressé, oserbængt. Accorder, ttlfîaac.
Combien
délicat, b»or fob og befmgelig
berfaatten.
ben ©læbe er o. f. ». Procurer, forfîaffe. Obliger, ttbbtfe
Un précepte, en gor«
en gorbtnbtltgfeb, »ære forefommenbe.
Engager, besœge
fjrift- Raisonnablement, meb Hîimeligbeb. naae.
lin curé,
til. Le duché, £>ertugbømmet. Gagner,
en
protejîanttfï ÿrœft).
(IJn pasteur,
en fatljolfï ©ognepræfl.
Un ecclésiastique, en ©ciftltg.
Aux environs de la paroisse, i 9?ærl)cbcn af
©. 12.
l’idée
©Ognet; les environs, Omegnen. Soutenir en que, f»are
©frtftefaber
til bet Segrcb, fom o. f. ». Un aumônier,
—

....

18

*

266
boê

fprjîetig f erfon, en Sltmiéfeubbetcr. Ménager, bringe
Un belvédère, en Sagab
Aliéné, afftnbig.
tan.
Chargé fat til, paalagt. La démence, Slfftnbigbcb.
Guéri, belbvebct. Avancé, fremrpllet; avancé en âge, tit
Starene. La complexton, fiegemébejïaffenbeb ; de faible coinplexion, af fpagelig Statur. Se troubler, førbirreø. Le
collet, Svanen. La balustrade, Stœfbœrfet. Se dégager,
ribe fig lob. Enfiler, tage en bié Slet, tube inb ab eller neb
ab.
Lestement, rafl, nteb Setbeb citer SSebœnbtgbeb. Passionné, Itbenflabetig. S’adonner, bengibe ftg til, befatte ftg
nteb.
Spécialement, t ©œrbeteébeb. Le traitement, 33e>
banbtingen. L’aliénation mentale, ©inbbforbitbelfe.
S. 13. Se borner, inbfïrœnte ftg. Observer,
iagttage.
Se raffermir, benbe tilbage, ftprleO paa np. L’ascendant,
m.,
oberbeienbe
SJtpnbtgbeb,
gnbflpbetfe. Acquérir, erl;berbe. Affectueux, bentig, tf ærlig. Habituellement, fæbbanttgen. La
en

i ©tant«.

,

précaution, gotftgttgbcb.
bain bprt tit

Pensa

...

funeste,

bar nœr

font»

at

ftaae; funeste, ubetbbringenbe, af for*
getige gotger. La cuisine, ftjotlenet. Une marmite, en Sje*
bet.
Etre en ébullition, boire i Sog, lege. Un accès, et
Stnfatb.
Essayer, probe. Le sang-froid, Solbblobigijcb.
Satisfaire, ttlfvebéfîilte.
Assaisonner, îrpbrc. I,a bonne
grâce, ben gobe ütitftanb. L’empire, m., fierrebømmct. Puissant, mægtig. Désarmer, afbcebne. La guerre civile, Sor*
gcrlrigen. Désoler, obetægge. Le fossé, (firaben. Feindre,
foregibe, tabe font. Poursuivre, forfølge. Pillé, ubplpnbret.
S. 14. Disperser, abfptitte. Soupçonner, miétænle,
fatte Sbibt øm. La bonne foi, üS'rtigbeb. Etre convenu,
bære btebet enig cm, bnbe aftalt.
Un stratagème, en Sift, et
Srtgêpubb. S’introduire, batte ftg 2Sei tnb, flaffe fig gnbgang.
Admettre, tnbtabe. Etre sans remède, ftaae üfc tit at cens
bre; on remède, et fDîibbet imob. Faire bonne contenance,
botbc gob îlfine. S’empresser de, gjøre fig Umage for. La
cordialité, §)jertetigbeb. Un procédé, en grcmfœrb. Mettre
au
pillage, cbergtbe til Çlpnbring. Contraint de, nøbt tit.
nten

—

S’aviser de, ubtœnfc. Coûter cher à qn., tomme (?n bprt
tit at ftaae.
Ecarté, afftbeb tiggenbe. Le poison, ©iften.

(Le poisson, giflen).

Appliquer, pœfte faft.

tag ©tg i 2tgt, bogt Dig for.

11 irait de

Gardez-vous,

vie, bet bilbe
Ne manqua pas, forbigil iffe,. unbtob iffe.
S. 15. Rendre compte, fortætte,
gjøre Støbe for. N’eut
rien de plus
pressé, (aftebe mcb gntet mere, enb etc. DéLa maréchaussée,
noncer, angtbe.
Sanbpolittet. Le prévôt,
fîanbfogeben, Sanbpotitimefteren. Un archer, en fpotitifotbat.
La
Interroger, forbøre.
valise, SBabfæffen.
Une escorte,
ma

gjcetbc mit Stb.

Sebæfiting, et ©cletbe. Faire part de, unberrette ont.
La ruse, fltftcn.
Rien monté, gobt rtbenbe. Aux frais de
Le vigneron,
qn., paa Cénb fSelofhting.
Sîiingaarbbman»
ben.
Dispenser, forbete, anbenbe.
Une
ett

—

Placer, ubfætte.

2ß7

gferbcparteu. Le gain, ©es
l;œ»e ÿettge, mobtage ;
Toucher,
»infini.
Faire cas de qn., fætte Çriib paa Ën, gforc af
eg. røre.
Ën. Traiter, unberfianbfe. Le chancelier, .SfantsSleten.
Le plancher, Softet*
La fente, ©prœffen.
0. 16.
Déloger, flptte.
Menacer ruine, true nteb at ftprte neb.
Prendre leur avis, fore bereê SJÎening, bereé fSetœnfning.
L’exactitude, /’., 9loiagtigl;cb.
Etre attribué, tiltæggeb.
de qn., tabe Ën
Machinal, mafftnmcebftg. Se faire précéder
La sentiLa
gorftffrtngcn.
protestation,
foran
ftg.
gaae
Cou-

énigme,

©aabe.

en

Le quart,

Elever, opbrage.

—

—

nelie, ©ftlbsagten. Le corps-de-garde, £o»eb»agten.
fond, fpttfe ttlbunbé. Tendre, ubftrœffe.
0.17. Enfoncer, gaae tilbunbé.— Accompli, opnaact,
9îa*
fptbt. Se corriger, rette ftg. Le naturel, ©intelagct,
turen.
Contribuer, bibrage. Le succès, bet Ipffetige Ubfalb.
Mùr, mcben,
Un plan de réforme, en Ombannelfcôptan.
Se prosteraf en moben Sliber. Le courtisan, fiofmanben.
La préneb for.
ner devant, beunbre; fafte ftg ærbøbtgen
1er à

pas
Approuver, billige. M’avoir
voyance, gorubfeenfeb.
Plein de
d’elfet, iffe lebe tit Stoget; ingen SSirfning giøve.
L’humeur frondeuse, Spften
son idée, inbtaget af ftn3bee.

©abtefpge. Défier, opforbre, ubforbre. Appuyer,
Plier, lægge
Une objection, en 3»b»cnbing.
Le pli, Saget.
Absolu, utnbfïrœnfet. Venir à
fatnmen.
si
bout de qu. ch., ubfore Sieget, fatte ffîcget igfennent ;
bet.
S’égarer, for?
vous etc., om £>e formaaer at giøre
tit at babte,

unberftotte.

—

»ilbe

fig.
AccomFaire semblant de, fabe font ont.
©. 18.
tffe
moder qn., anfiaae Ën. Ne pas lui savoir mauvais gré,
Une chaîne
t Ëné Sommer.
itbe
Fouiller,
føge
ep.
faut
tage
tit at flotte i.
d'or, en ©utbfjœbc. Un sii'llet, en fjlibe
Un friben
La
Ëgenffab.
fortrinlige
vertu,
Oter, fratage.
pon,

en

©Ipngel.

Le

gibet, ©algen.

—

Le

marmiton,

cuisine, Sfoffcnet. La broche, ©pibbet.
$offebrengen.
Avoir l’air fin, base et flogt Ubfeenbc. Ingénu, ligefrem,
Les
La

»ære »cerb.
aabcnfqertig. Valoir, forffaffe ; eg. gfclbe', Dans la suite,
Combler, oßerofe.
bonnes grâces, gnbeft.

fiben efter.

Désappointé,
0. 19. L’ambitieux, ben SËrgjcrrigc.
Utmœrfelfen. Se vanter
bebraget, fïuffet. .La distinction,
Un
»ære t ©tanb tit
de, rofe fig af. Être à portée de,
Instruit de, unberrettet om.
en ^frisatmanb.
particulier, en
Un propos,
fptring. Une insouciance, en Sigegplbtgfeb.
Tirer qn. à
Prétendu inbbübt. La tentation grifielfen.
,

l’écart, træffe Ën tit ©iben.

,

Etre à même de,

»ære i

©tanb

tit. Coulamment, flpbenbe. L’assiduité, f., SfebpOtbenfeb,
forfeert,
ftabig glib. La traduction, Oserfœttetfen. IJaroque,
La
bagsenbt, pubfeerltg. La fleur, hjernen; S3lomften.
—

268
paie, (Solben. Adopter, antage. Prévenir, unbcrrcttc forub
Ont.
Apprendre par mémoire, tccrc ubettab.
6. 20. Traiter en fou, befanble font @al. Épuiser, ubs
tomme.

S’aviser, falbe paa.

Une aventure, et Sbentpr,

en

La magnanimité, ftotmobigpeb. Réformé, afs
S3egibenfeb.
taltct, affïebiget. Solliciter, anfoge. Le replacement, (Sjjentnb*
fœttetfe. Importun, paatrœngenbe, oberfcengenbc. Un libelle,
et ©famffrift. Indulgent, oberbceretibe. L’audace, f., Bris
ftigfeb. Offenser, fortørne. Dénoncer, angibe. Annoncer,
metbc.
Un rapport, ett frøctbing, en Seretning.
Compter,
fiole paa. L’extrémité, f., bet fortbibtebe ©fribt, ben 2)ber=
ligfeb. Le besoin, Brangen. D’ailleurs, etteré, iobrigt.
forN'importe, tîfe beftominbre; bet er tigemeget. Sous
teresse, unber benne gceftntngé gorbaring; un verrou, en
—

...

©taabc.
0. 21.

Remettre, ïebere. DéLe porteur, Obcrbrins
geren. Actuel, nubœrenbe.
Myope, îortfpnet. Roder çk
et là, ftretfe om.
S’acheminer, fortfcctte fin Set. Vigoureux,
fraftfttib. Une expédition, et $og. Se dresser, reife ft g.
Le poitrail, Srtngett. Ne pouvant y parvenir, ba bet iffe
funbe Ipfteé ^ant ; parvenir, opnaae. Mordre, btbe. .Grogner,
fnurre. Douloureusement, pnfeligen, bebrobcligen. Éprouver,
erfare, probe. Attachement, m., £engtbenbeb. L’agitation,
f., Uro. Prêter l'oreille, Iptte. Des précautions, f., gor<
fotbéregtcr, gorftgttgfeber, Scfïpttctfeémibter. Prudent, forftgs
tig. Accabler, oberbælbe.
Un bruit sourd, en
©. 22. Sauter, fpringe, foppe.
bump Spb; sourd, bot». Se propager, ubbrebe ftg. Le long
de, langé meb. Il ne tarde pas etc., fan obcrtpbcr ftg fnart
A propos, t rette Bib.
La lueur, ©tinnet. La lune,
om.
fOîaanen.
Précéder, rtbe foran. Occuper, optage, opfptbe.
Hasardeux, bobctig. Se réfugier, tpe fen, tage fin Bitflugt.
Une arche, en 3fue. Imminent, ooerbcengetibe. Trahir, fors
Pour
raabc.
Un exploit, en Scbrift, en ÎBaabenbaab.
comble de terreur, tit cnbnu ftorre 2lngft; le comble, ©pib»
fen. Se contenir, tæmme ftg. Aboyer, gjoe. Soudain, plubs
felig. Serrer, ttemme. Une attitude, en ©titting. Supérieur, opfotet. Ravi de, glab Ober, fenrpft ober. Industrieux, aarbaagen, paapaéfenbc ; binbffibetig.
Signer, ttnbers
tegne, affïuttc.
©• 23.
Une poste, ett ^JofljTafton.
Eriger, opretfe.
L'apparition, f., jtnfomft ; gremtrœben. Dégarni de, blottet
for. Des chevaux de relais, gorfpanbøfefte. Le baptême,
Baaben. Du bon sens, gob funb gorftanb. Du patriotisme,
gicbretanbéfjerligbcb. Parrain, gabbcr. Le compère, ben,
font fotber SSaruct ober ®aaben og gtber bet fit 9îabn. Le
fermier, gorpagtercn. L’acte, m., £anblingen. Le curé,
Sanbébpprcejten. Rester interdit, ftaae fom fcrftenet. ReleLe courroux, tßrebcn.

signer, anbtfe.

Contenir, inbefotbe.
—

,

—

269
ver, reife ep. Le filleul, ©ubfønnen. Parvenir, naae, am
femme. Un serrurier, en lleinfnteb. L’artisan, m., Çaatibs
härteren. Faire jouer le soufflet, treeffe üfœlqett. Qu’à
cela ne tienne, bet fïal tffe femme berpaa an. S’échauffer,
carme

Forger, fmebe.

ftg.

S. 24. Le surplus, Dberftubet.
Admirateur, ©eunbrer.
Concevoir le dessein, fatte bet gorfœt. Monter, inbrette, bringe
op. Réclamer, forbre nbleceret. Telle rue, ben cg ben @abe.
—

renseignements, m., Dplbêntngcr. Insister, penbetibc
ftg paa np btice Ceb fin fßaaftanb. Désigner', angtbe.
Insensible, ttfolfom. Distribuer, ubbele. La Bohème, Sep,
men.
Exorbitant, oOerbreoen. Un bailli, en Slmtmanb.
©. 25. Le clerc, ©friCeren. Souffrir, Itbe. Le retard,
gorfintelfen, iDppolbet. Être de trop, cœre ocerflebig. Regarder, angaae. Expédier, gjere fœrbtg. Casser, affcette.
Se faire reconnaître, gice ftg titfjenbe.
Disparaître, for»
feinbe.
Intègre, ubejtiffelig. Le prévôt, gorflanberen. Enchérir, forpote Çrifen paa. Adroitement, ubemarft, bepeem
Pigen. Efficacement, fraftigen. Peser, bete. De poids,
Une cherté, en bpr ^riié.
bœgtige; le poids, Sorgten.

Des

—

,

—

Mal fondé, ubefotet.
Confondu, Ucfïjccnts
©. 26. L’aumône, f„ SllmtOfen.
met. Sur le point de, i 23egreb meb. Embarrasser, bringe
Le dépôt, bet 3?etroebc, at pace mebtagct
i gorlegcnpcb.
9Jcget. La loi civile, ben borgerlige ?0b. Rêver, toenfe
Le dépositaire, Sflobtageren af TScttgenc; ben, pccnt
efter.
Steget er betroet. L’ami prétendu, ben fôlffe S?en; prétendu,
—

formeent, tnbbilbt. Découvert, opbaget. Restituer, tilbage*
Courtisan, Çofmanb. Avoir la haute main sur, pace
giCe.
uinbjfrcenfet fOîagt ocer, pace ftalé og ffaanb ober. Le proLa
pos, gttringen. Scier, affauge. Une corde, et ©oug.
cime, ©oppen. Le bûcheron, Srœnbepuggeren.
©. 27. Revenir à la critique, gjentage ffornpe) fin bab*
lenbe Semœrfning. La veille, ben fottige ©ag. Un clin d’oeil,
Le prodige, Unberbocrfct. De même, ItgelcbcO.
et Çficblit.
Une auberge, et ©feffgtbcrfieb. Ivre, Prüften. Résoudre,
bcfïutte. Un coin, et Björne. S’aviser de, falbe paa. La
craie, Âribtct. Surmonté d’une croix, mcb et fioré Oben»
—

—

ober.

Le

Un sorcier, en ©rolbmanb, ctt
La franchise,
Se remuer, rore ftg, bebœge ftg.
Tenir
En quelque façon, paa en bté Slîaabe.

gobelet, Sœgeret.

jbexemejter.

grimobtgpeb.

—

de, tilpore, egne ftg for.

©.28. S’exposer, ubfcette ftg, bobe ftg.
Impatient,
Gravir, befitge. Une
utaalmobig. Consumé, forteeret.
mule, et SKutoefet; egentlig en SWutpoppe. La vallée, ©alen.
Il se plaisait à, pan fanbt goinotelfe i.
Provoquer, frem*
falbe. Les confidences, f., fortrolige ©îebbelelfcr. Atteindre,
La campagne, gelbttoget. Joindre, tilfote. Des arnaae.
pents de terre, ©tpffer îlgerlanb ; un arpent, et Slgermaal,
—

/

270
La conquête, erobringen. InGoabratsgob.
fatigable, Utrættelig. Enlever, fratage. Doucement, fagtc.
Le
Faire la faction, ftaae paa hoften.
Relever, aftøfe.
trouble, llngfl, gorotrrtng. Ene attitude, en ©tilltng. Se
rassurer, berolige ftg, fatte fig.
©. 29. L’intrépidité,
itførfærbetfcb. Tenir, fjolbe
©tanb. Se replier, træffe ftg tilbage t Orbett. Un gueusard,
en Uøltng ; egenti. en Siggerbreng.
Glorieux, foomobig. Un
étrier, en ©ttgbøtle. Raccourcir, forforte. Une opération,
et goretagehbe. Un boulet, en Sanonfugle. Emporter, borh
La selle, ©ablen.
rioe, tage mcb ftg.
L’album, ©tanu
bogen. La rencontre, STœfningcn. Un asile, et grifteb, et
Sdlflugtfteb. Ardent, fprrig. Mystérieux, jtemmeligl)ebèfulb.
Unir à, forene ftg meb.
Vaste, ubpre, »ibt etnfattenbe.
Un auteur dramatique, en ©fuefpilbtgter.
©. 30. Une chaîne, en Slæbe. L’adversité, f., ©fem
oorbiglteb. Réduire au point, bringe faaoibt, til ben 5)bers
Itgfteb. Le nécessaire physique, bet Sløbtørftige, bet legcnts
lige 9îob»enbige. Engager qn., formaae Gtt til. Se parer,
ponte ftg. Des dehors aisés, et anftœnbigt libre. Se donter, aime. La distraction, IDiftractton, abfprebte £anfer. Insister, blioe »eb, paaftaae. Vanter, rofe. Emouvoir, røre.
Saisir, opfatte.
Déterminé, bcfletnt. Des haillons, ni.,
pjalter. Prévenant, forefommenbe. Le sujet, Inlebntngen.
La satisfaction, ©læben.
Lui prêter de quoi, laane Itarn
Sdîibter til, fjfenge til.
Égalité d’humeur, ©tnbmStgbcb. La
douceur de l’esprit, ©agtmobigbeb. La complaisance, SSef
»tilte. L’affabilité,/l, Sjcnltgbcb, ©mgængeligpeb. Vous....
rechercher, »tl gjore Gber affolbt, at inan foger Gberé
©elffab.
©. 31. Ne farder pas à, tffe bie nteb. L’inégalité) f„
Soranbcrligbeb, Uooereenéjicmmetfe. Refroidir, foltte. Élolgner, bortjïobe. Piqué, ftøbt. Reconduire, følge ttb. Feindre,
labe font. Se rendre, gt»e efter, foie ftg i. L’épithète, /’.,
Stina »net.
Grossier, plump. 'Mettre l’adresse, flribe uben
Un ravage, en
paa (Ubffrtftenj. Frais, »aab, iffe tør ; friff.
Le
Çîbelæggelfe. Ému, »reb, opbragt; émouvoir, røre.
calme, 3îoltgf)cb. I.a douceur, ©agtmobtgl;eb. Faire ses
efforts, gjøre, libab ber fiaaer i Gné SOTagt. Acquérir, erlfbcm.
Vif, fprrtg, ftibftg.
©. 32. S’appliquer fortement à, beflitte ftg flœrft paa.
L’aboiement, m.. ©joen. Des injures, f., ©fjelbéorb. Insoient, grc», uforfïammct. L’effronterie, f„ Uforjïammetfieb,
græffcb. Vomir, ttbgpbe, ubfppe. Suggérer (begge g ttbfas
leé, bet forfic fom et banfï g), tnbgtbe. Emporté, opfarenbe,
opbragt. Les derniers outrages, be pberltgfie fjornœrmelfer.
Une rencontre, en Segtoettbeb ; et Diøbe.
Un pacte, et gom
bunb. Inviolable, ttbrobeltg. L’émotion, f.. pæfttg ©inbé*
beoægclfe. Se posséder, læmme ftg, beferfïe ftg. S’appaiser,
omtrent 1800

—

—

—

—

271
Faire donation, gjøve en ©abe, (ïccnfe. Ses
fftllcé, lægge (tg.
biens, fine ©tenbomme. Reconnaître, inbfee. Se dépouiller
de, (fille ftg beb. Le gendre, ©bigerfønncn. (La lim, elfer
la belle-fille,
©bigerbatteren.) L’aigreur, f., Sttterlteb. Pour
—

comble d’affliction, ttl enbnu (iorre fïummer le
comble, bet
;
ftøiefte, ©ptbfett. Une conjoncture, ett Dmffœnbtgbeb, et
©ammenftøb af 33egtben(teber. Imaginer, nbftnbe. Remédier,

raabe 33ob paa.
S. 33.
Exposer le

sujet, ubbtfle ©runben, fremfcette
Slarfagcn. Faire cesser, gjore Gnbe paa, faae til at opjtore.
Emporter, tage meb ftg.. Verser, pelbe ttb. Le tintement
fréquent, ben bppptge ftlang. La dette, ©jelben. Acquitter,
tilbagebetale. Témoigner, bepibne. Convaincre, opcrbeoife.
Instituer héritiers, inbfccttc til Irbtnger.
Obligeant, for=
binbtlig. Par ilroit de succession bcb ?lrberet. Rendre
,

l’âme, opgtbe ïtanben.

Se retirer, gaae pber til ©it.
Le
caillou, gltnteftenen.
Emprunter, laane af ©n. (Prêter,
laane ttl ©tt). Fournir avec abondance, forjîaffc rigeligctt,
meb Dberflobigbeb.
Prévenir qn., fovetomme ©né Çinffer.

Dissiper, forobe.
^
S. 31. Retarder,
o^fcctte, forfntfe, forl;ale. x Enterrer,
begrabe. Lapider, ftene. -^Rappontert -fortælle ; Ireretjf. Cote

fier, betroe. Terminer,
à sa
toilette, tnbftnbe ftg t penbeê paaflcebntngê IBcéreifeV. iïettueiy
(fromme til, lomme tilbage. Assister, sære tiljîcebe. Le lever,

f«æe.færbt^.fjtlifin3x..S.e.p'résen’t£r

Slîorgenaubtentfen.

Choquer la vue, ftobe Spiet. Faire dil’ennui, abfprebe (forbrtbe) ftjebfombeben. Crayonner, (fripe meb S31pant.
Indiquer, otfc. Etre debout, ftaae.
Un incident, et Ïilftïlbc.
Les esprits, ©emptterne.
lmperceptible, untœrfelig. Un homme décoré, en ÏHanb meb
version à

Orbner.
S. 35. S’incliner, bote ftg. Confus, ffamfulb, forbtrrct.
La bassesse, Sabpeb.
Prendre sur le fait, gribe t ©jernins
Retiré
gen. Un sexagénaire, en trebfinbotpöeaarig Sfîanb.
—

ilu commerce, fom ÇaPtoe opgtbet (truffet ftg tilbage fra)
ftanbelen. S’énoncer, ubtrpfîe ftg. Muni de, forfpnet meb.
L’hésitation,
©etœnfning, Sfaflen i at bejîemme ftg. Frauchement déterminé, bel (fttlbfomnten) beftemt. Amphibologit|ue, tbetpbtg/bunfel. Scabreux, beteenfelig, rntélig. Référer,
inclbe, mcbbele Unberretntng om. Un exempt de police, en
politibetjent. Cerner, omringe. Travesti, forflœbt. Epier,
polbefpie meb, fpeibe. Se glisser, fnige ftg tnb. Furtivement,
bemmeltgen, ubemcerft. L’allée, ©angen. Pousser, ffpbe ttl.
La certitude, 33isf>eb.
Leur admission, f., bereé (fnblabclfe.
Dès lors, fra bet fptebltf af, flrar berpaa. Un satellite, en
®rabant. Procéder à une recherche, aitjîtlle (jfrtbe ttl) en

Unberfogclfe.

Etre

en

dépôt,

gorbartng. Le locafrayeur, ©frœf.
grpgt, 21ng(f. La fouille,

bære t
La

taire. Scicrcn. Transi, bejlprtfct.
0. 30. L’anuréhension. f.,

'

.

272
II ent beau, bet npttebe (sam iffe. Certifier,
bouquin, eu gamme! Sog. La perquisition,
Rongé gnabet.
(fftcrforjïntngen. La poussière, ©tobet.
Minutieux, omftænbclig, fmaatig. I! ne s’en tint pas là, !;an
lob ftg iffe nøie bermeb, lob bet ifte bltbe berbeb. L’ex-comLa contravention,
inerçant, ben forbenbœrenbe ftjøbmanb.
Dbertræbelfen af Soben. Des renseignements, m., Unberreb
Une armoire, et
ntnger. Prohibé, forbubt. Receler, fïjule.
©fab. Disposer, orbne, forbele. L’inspection des lieux, ©p;
fpnet meb Socalet. lin règle, paa behørig Sîaabe. Un buffet,
S’agiter, gjøre
eu ©fjænf, et ©fab til at gjemme Sorbtøi i.
ftg megen Umage, faae meget trablt. Par mégarde, af Ùagb
fomfteb. Une défaite, en UbjTugt. Grossier, plump. En
imposer, føre bag Spfet. Bonnement, troffplbtgen, eenfolbigen.
Du linge
La vaisselle, Sorbferbicet, gabe »g ©atlerfener.
de table, ©œffetoi.
Insister, paajîaae. Livrer, ublebere.
Gonstituer prisonnier, be(anble fom Strrefiant, fætte i Slrrejt.
Des fers, Sænfer.
Confondre, forbirre. L’opiniâtreté etc.,
ftcnbed baarbnaffcbe græøeb ; l’opiniâtreté, f, fiaarbnaffcn*
gxæfticb. L’arme en joue, meb @ebæ*
f»eb ; l’effronterie,

©fterføgningen.
forftffre.

Un

,

ret

lagt

an.

^

B. 37. Capturer, tage ti! gange. Armé de toutes pièlamme, tilintetgøre.
ces, bæbnet fra Xop tit $t}a.^ Paralyser,
af meb. L’atrocité, f„
Égorger, mprbe. Débarrasser, fftlleoberbeelbe.
Insulter, for*
©fjænbigbeb. Accabler, oberøfe,
Un legs (ubt. lè), et Scgat; faire un legs, tefiamen»
ncernte.
; gber.
tere en ©abe.
L’empressement, m., punîtltgbeb
Donner une preuve
L’équité, f., fRctfœrbtgbeb ; ©ttligbeb. IPcbiié.
Empressé de,
éclatante, gibe et ubmœrfct (fïmnenbe)
Un
en ftøtttbeltg ^3ragt.
Une
auguste,
efter.
pompe
begjerlig
doute, en fhtppel. Etre perché sur l’extrémité, ftbbe paa
ben
©ptbfe. Tirer de l’arc, jïpbe meb Sue. Décocher
—

pberfie

flèche,

piil.

ubffpbe
i
S. 38. Baigné dans son sang, fbømntenbe (habet)
De
Jcltct.
La
tente,
Se
précipiter, flprte ftg.
fît Slob.
Pour être
dessein prémédité, forfœtltg; meb belberaab fut.
ramnte,
involontaire, pborbel ben èr uforfœtltg. Accabler, Dieu
ne
A
Oberbeelbe. Racheter, affføbe, opbete meb penge.
frænfer
plaise, @ub forbpbe. Sacrilège, gubébefpottelig, font
une

en

désintéressement, Uegennpttigbeb. Supérieur
opboiet ober 21nbre. Le sentiment, golelfen,
©œnfemaaben.
S’écarter, fjerne ftg noget fra. (S’éloigner,
fjerne ftg langt fra).
Vous
Ce qu’il avait, fbab ber fattcbcé hant.
S. 39.
til
©em
föjelp)
bit
funne
ftørre
(bære
secours,
jeg
serai-je
gjøre mere for ©em o. f. b. Le sujet, Slarfagen, Slnlebntngen.
de
maison
Une
plaisance, et Spftfïot. A sa bienséance, at
à
ftaac (am an.
S’emparer de, bemægtige ftg. Réduire
la mendicité, bringe til Setlcrfiaben. Un soutien, en ©totte.
bet

fiettige.

aux

Le

autres,

—

....

Exhorter, opmuntre. Persuader, obertate. Une insulte, en
gornærmelfc. S’épargner, forffaane ft'g. Inquiéter, œngfie,

forurolige.

Une

issue, et Ubfalb;

en

Une

Ubgang.

négo-

ciation, en Unberpanbltng. Imprimer sur, paatrpffe, præge;
trpfte. Objecter, inbbenbe. Cassé, affrœftct, fbag.
0. 40. En croupe, bag paa fiefien. Découvrir, blotte.

Le dragon en broderie, ben broberebe
Donner
©rage.
rendez-vous h qn., beflitte ©n til at ntobe. Des
reproches
bittre
Sebreibelfcr ; sanglant, blobig. Un persésanglants,
cuteur, en forfølger, en ©fterflrœber.
Prendre garde, tage
Le faux-tnonnoyeur, galffmpntneren. Des
ftg t Stgt for.
affaires de conséquence, f., forretninger af
Sigtigf;eb. Un
hameau , en Sonbebp.
Un cabaret, et
Aban—

2?ertépliué.
fermier, en forpagter. 11 y revient
Des
21anber.
Maltraiter,
tgfen.
esprits, ni.,
Peureux, frpgtfom. Un revenant, en ©fcnganger.
Sur le mintdt, benimob fOîtbnat.
Épouvantable,

donné, fortabt.

Un

etc., ber gaaer

miépanbte'.

0. 41.

forfœrbeltg.

La

lebeé

ceinture, Seltet.

Dans cet

équipage, faa«

ubftpret, i benne Ubruftning. Le fantôme, ©pøgclfet.
Manquer, gioe efter, fpnfe. Une cloison, en 23rœbcbœg. joint,
fammenføiet. Une souricière, en falbe; en 50?ufcfœlbe. Un
étourdi, en Ubetcentfom. Lâche, feig. Décider, beflemnte.

Se lier, fiole paa.
0. 42.
Signifier, betpbe. Un éclair, et Çpn. Perdre
de vue, tabe af
©tgte. Donner naissance à, gibe Slnlebntng
til.
Jouir, npbe. Obtenir, erpolbe. Vivement, peftigen, te»
benbe. Piqué, fornærmet. Indiscret, ubetænffom.
—

Irrespec-

tueux, uærbøbig.
Revenir à qn., lomme for ©né ©ren.
Elle dit le contraire,
pan figer (bet fDîobfatte), at bet itfe

forpolber ftg faa.
0. 43.
Tâcher, forføge. Persuader
©n cm.
Une simplicité, en
©enfolbtgpeb.

à qn.,

Obertpbe

Justifier, ret«
II faut laisser tomber cela, man maa labe bet
falbe pen, ilfe btbere tale berom. Gagner sur moi, bringe ober
mit ©tnb. S’en rapporter à moi, bett at
penpotbe ftg til mtg.
Avoir tort, pabe Uret.
Après tout, naar 2flt lommer tit 2tlt.
Un calomniateur, en
En
SSagbaflcr.
particulier, alene, i Sen«

færbiggføre.

rum.

Entreprendre, paatage ftg. Héroïque, pøimobtg, pette«
La

considération, àgtelfe.
Soyez sage, opfør Sem
fïnbtg, flog. Supplier, bønfalbe. Se charger de,
paatage ftg Omforg for.
0. 44. D’un ton piqué, i en fornærmet
(ftøbt) £one. Se
de

mobtg.

—

bel ; sage,

moquer

qn., pabe @n til ISebjle.

Jouer qn.,

firere ©n,

brtbe @iæf meb Sn.
Concerter, aftale. Rencontrer, træffe,
møbe. Des protestations, f., f orfilfrtnger.
Imaginable, op«
tænlcltg. Etre à lui, bære pané, af
Un
en

Srolbmanb,
more

fPubé.

en

£>exemefier.

pam.

Se mêler de, blanbe
Jouer un tour à qn.,

ftg ober; npbe.
Récompenser, belønne.

sorcier,

ftg i. Jouir,
fpilte ©n et
Causer, foraarfage,

274
La sobriété, 9?ø u
Se lancer etc., begibe fig
de, forfinet met. La tribu, ©tants
hurtig paa tBcien.
Serrer, trplfc.
ilten. Aborder «jnùiblabe ftg i Sale meb Œtt.
Il eut toiit lieu de, l;an faBbe al Seiligfeb til, etc. Observer,

0. 45.

L’hospitalité,

©jæftfrifeb.

opljolbe ftg.
fcnt^cb. Séjourner,Muni

OBerfolbe. Religieusement, faniBittigbcbêfutbt. Errant, ont»
flaffenbe, ømøanlenbe. Se conformer à, rette ftg efter. Abondamment, rigeligen, i Doerfløbigbeb. Emerveillé, forunbret,
futb af

gcruiibring.

La datte, ©abbeten.

line

poignée,

en

3lifett.
ÿaanbfulb.
0. 46. Défaillir, blt»e afmægtig. La chère, Seoemaaben.
Le sort, ©Ijœbnen. Mettre ordre à, crbne bet; beftemme, b»ab
ber fïal ftee.
L’érudition, f., Særbom. La confédération,
gorbunbet. L’élection, f., SSalgct. L’électeur, m., Qi(mr<
fprften. Entrer, tnblabc fig t. Assigner, tillægge; anøife.
Proclamer, forlpnbc. Un début, en Scgpnbelfc ; en førfte
Dptrœben. Auguste, bot Cent fprfteligc ÿerfener). Le convive, ©jæfien. Très manpié, meget tjenbetig. Retiré, til*
bagetruften. Complaisant, foretontmenbe.
©. 47. Malicieusement, onbjïabêfutbt. Aller au delà
de, lomme oibere. 11 lui prend un éblouissement, ber paa*
lommer {tant en ©oimmet. Surmonter, ooeroinbe. Un étourdissement, en tSebooelfe. Sans y parvenir, uben at bet
îunbe Iptfeé mtg; parvenir, opnaae. En guise de, Iigefom,
t ©tebet for.
Serrer, trpîîe, ftutte i fine Sinne. Briser, føn>
ReberjTaae. Un accès, et Ubbrub. L’hilarité, 9Jînnterf)eb.
venir à la charge, fornpe Slngrebet. 11 est fâcheux, bet cr
fortrœbeligt. Elle est folle de, fmn er forgabet i, inbtaget
af. Un échantillon, en f)5røBe. Mon savoir-faire, h>»ab jeg
formaaer at gforc. Fredonner, npnnc. S’y prendre, bccre
ftg ab. Gauche, forfeert. Convaincre, oBertpbe.
Le riz,

—

Une bannette,
La gourmandise, ©raabigfeb.
@. 48.
iturB til at forfenbe SSarer i. De l’osier, Sßibier. Une aile
de poulet, en Sfinge af en Splliitg. Une apparence, en 3îi<
nteligbeb. Il lui prend fantaisie, Imn faaer bet fjnbfatb, fan
faacr i ©inbe. Enlever, fortære; borttage. Une cuisse, et
Saar. Se mettre en devoir de, gibe fig til. Sonner, ringe.
Avec vivacité, meb $>œfttgl)eb. Prendre son parti, beftemme
en

Il détache, fan jlærer af ; fan løbgjør. Présenter, bpbe.
Plus de moyen, ingen llboei mere. Démembré, fønberlent*

fig.

ubftpflet. Tiens, l;ør engang. Confus, forbitret. Drôle,
©fjelm.
@. 49. Que je t’y reprenne ! £ab mig ilte træffe ©ig
Je vous
ber tiere.
Une communication, en SDIebbelclfe.
S’aviser
donne à deviner, jeg Bit fee, om ©c fan gjette.
Un
de, faae i ©inbe, falbe paa. Approche, lom nærmere
Autrichien, en ©jlerrigcr. Couper, affljærc. Les traîneurs,
følerne. Résoudre, bejlutte. Faciliter, lette. Joindre, ftøbe
tit. L’état-major, m.. ©taben. Bandé, tilbnnbct. Sommer,
met,

—

opforbre.

Former

en colonne
d'attaque, opftiCCe tit 2irtgreb.
Débander, tage IStnbet fra.
0. öO. Poser, neblœgge. Passé ce temps, efter benne
£ib, naar benne £ib er fortoben. L'insolence,
Uforffant»
metpeb. Stupéfait, fïaaet af ©frœf, bejiprtfet. Le trouble,
Slngft, gorbtrring. Saisi, betaget. Exagérer, ooerbrioe. La
valeur, Selobct. Le regard, Sltlfct. Longer, folge (rtbe)
langé mcb. Envelopper, omringe. A discrétion, paa 9laabe
og Unaabe. Subir, unberlajîe ftg, unbergaae. Imposer, fore»
Le plateau, ftøiben,
ftrioe.
fjøifletten. flanger en bataille,
fülle t ©lagorben. Bivouaquer, tilbringe Slatten unber aabett
-Summe!. Creuser, grase. Le roc, Âtippcn. S’acheminer,
bcgioc fig paa 3?ei. Donner un coup-d’oeil à, tage i §)ic»
fpn, fajîe et 53ltf paa. La sentinelle, ©filboagten. Qui
vive! poem ber! Faire feu, fpre. Préoccupation, SBefïjœf»
tigelfe meb fine egne Sanier, gorbpbelfe i ftg felb. Une
balle, en GJebœrfugle. Siffler, pibe. Se jeter à plat-ventre,
îajie ftg plat ncb. La précaution, gorfigtigpeben.
0. 51. Sage, bel beteenft.
La décharge, ©ÎUbct, 2lf»
føringen. Essayer, ubpotbe, ubfiaae. Relevé de, aflojt.
Pincer, fnibe. Jeter sa poudre aux moineaux, fpilbe fit
Krubt, fEpbe efter ©purbe. Troublé, ube af ftg felb, forbirret.
Adorer, ttlbebe. La consigne, gnfiruren.
Viser, ft'gte. A
tâtons, i Sîltnbe; famlenbe.
Tirailleur, Slinler, forrefte
©fptte. Se trouver à son aise, befinbe ftg bel tilpaé. Ex-

Enlever, erobre.

—

—

borter, opmuntre.
0. 52.

ftg tilbage. Un apprenti,
fugitif, ben Sortlobne, glpgtningen. La
veille, ben foregaaenbe ©ag. Retentir, gfenlpbe._ La fusillade, ©ebeerilben. Meurtrier, morberiff. L’inquiétude,
en

Særling.

Slngft.

Reculer, btge, trceffc
Le

La crosse,

.Kolben.

rebe
ter,

fig tit. Enragé, eplnbfet.
feette tit Slette.
0. 53.
L’interlocuteur,

fpnberjlaae,

flaae neb.
et ©teb.
S’apprêter, be»
Une lame, en Klinge. Ajus-

Enfoncer,

S’installer, tage ÿlabé, fülle ftg

m.,

Vaguement, utpbeltgen, ubeftemt.

ben, ber taler meb (Jtt.
La victoire

ba ©etren bar bunbet.

remportée,

Célébrer, botttbeltgpolbe.
L’interprétation, gortollningen. Une revendeuse, en Kone, fom
pofrer. Un pâtissier, en Kagebager. Une cuisinière, en
Koffeptge. Confus, unbfeelig, ffantfulb. Le dérangement,
—

Ulciltgpeben.

@. 51—56.

La
Un ange, en (Sitgel.

flatte.

réception, SDîobtagelfen.

...aises,
ïct.

©mule
tage fig
Un bain, et 23ab.
Se

fporge
opftille

en

en

Apprécier,

Avancé, tit Slaré. Se donner
ÏUageltgpeb. Emballé, tnbpaî»
baigner, babe ftg. Consulter,

Sccge titraabé; raabfporge.

Disposer en étalage,
plis, reife benô Sceg.
Artificiel, funftig. Epousseter, afjtobe. Un plumeau, en
Sferfojt. Un évènement, en Stlbragelfe. Diantre, for folier.
til ©lue.

—

55.

En relever les

276

L’épicière, Urtcfrœmmerfonen.

tr'ouvrir, aabne
Crier

En-

connaissance, befpime, täte fin SePibftbeb.

Perdre

Une voix

feu, raabc Sranb.

au

éteinte,

cil

—

56.

qøalt

(maO ©temme. Les gages, m., Sønnen. Une affaire faite,
en gjort ©jerning.
Calmer, berottge, fîttlc titfrebö. Des resDétruire, titintetqjøre. Se consulter,
sources, f., ltbbcte.
raabfpørge binanben, ooeroete meb ^inanben. En faiblesse,
i Slfmagt.
S. 57—59.
Longer, gerne langø nteb.
Prendre ses mesures, tage ftne

Le

parapet,

gorpolbéregler.
Disparaître, for;

3îœf»cerfet.

S’abattre, flprte. Le trottoir, gortouget.
N’en est pas moins, er tffe beflo mtnbre øotrb.
foinbe.
Considérer, tage i Setœnfning, Iccgge füîa'rîe til. L’intention,
58. On a beau avoir, bet nptter libt, at
f„ ftenfïgten.
man bar.
Un anthropophage, en fOîenneffeœber. Survenir,
titflobe, fomme ubentet til. N'avoir rien à démêler avec
Des chiffons, gamle
<|n., bnbe gntet at beflitte mcb ©n.
59. L’année courante, Sønnen for bet inbeocc*
(Stoffer.
renbe Star.
Aventuré, bragt i gare, gjort uftffer. Une
charge, et ©mbcbc. Une dot, en fWebgift. De but en blanc,
raff øæf. Reculer, trœbc titbage. Bavarder, ftabbre. Bouche
©fjetméfipffer.
close, Sianb for £unge. Des espiègleries,
©. 60—62. Ménager, ffaane.
Bouleversé, forftprret ;
bouleverser, oenbe op og neb paa. Une lingère, en ©ppige.
Une filleule, en ©ubbatter. Avancer de l’argent à qn., fors
ftrœffe ©n meb Çenge. Un remise, en Seteoogn. (Une remise, et SBognffuur.)—61. Commander, beflitte. La veille,
62. La euSagen forub. La consternation, Seflprtelfen.
pidité, Sfegjcrtigbeben. La ruse, Sifi. Des tours de gibecière, Safïenfpitferfunfîer; la gibecière, îafïcnfpttterlommen.
Un sacrifice, en Dpoffretfe, et Dffcr. Une préférence marquée, en beftemt gorfjerligbeb. La révélation, Stabenbaretfen.
La délicatesse, giinføtclfcn.
—

—

—

La préUne augmentation, en gorøgelfe.
gorftgttgbcb, gorubfeenfeb. Jeter les hauts cris,
Hage »ibt og brebt. (Pousser un grand cri , fïrige boit.)
Un préjugé, en gorborn. Déranger, forftprrc. Une préve-

©.63—65.

voyance,

nance,

en

gorefommenbeb,

en

Strtigbeb. Consommer, fttibenbe,

64. L’avarice f., ©jerrtgbeb. Se dérouler, op*
Hareø, ubnifte ftg. Pour les accabler, for at operoœlbe bem
meb tBebreibetfer. Dire pis que pendre de qn., fige om ©n
Se mettre
ait bet SJcerfte; tffe tebne Sn S©re for fire ©fitting.
en
quatre, gjøre ftg at optœnfetig Umage. Humiliant, freem
65. EfUne hypocrite, en £>pîlcrfïe.
fenbe, pbmpgenbe.
fronte, uforfïammet. Allez
hardes, gaa og paf bit $0t
fammen ; des hardes, f., jUccbningéflpffer. Déloger de chez

futbbprbc.

—

—

...

moi, fïtfte, flptte fra mig. Répliquer, føare tgjett.
blier, et gorftœbe. S'emporter, btioe bœfttg.
S, 66—68.

Un

traître,

ett

gorrccber.

Un ta-

Abréger, faite

t

277
■Sortljeî», forførte. La charité, frifletig Sjœrtigbeb, SÜÎebttbens
peb. Un subterfuge, en Ubftuqt. Donner l’éveil, gipe 9îpd
cm,

pœffe

©logé.

©øren

Dpmcerffombeben.

espèce à part, et fœreget
Renvoyer, jage paa
sonnette ittoffcn. Balayer, feie. ArBarbouiller, operflrpge. Un carreau
Une

Ingrat, utafnemmetig.

,

afjïebige.

La

—

67.

,

"

roser, jtœnfe, Panbe.
de vitre, en SBinbiteørube.

Le blanc d’Espagne, ben (Pibe
arrondissement, et ©iftrict. Nenni (ubt.
nanni), ingentunbe. Une obole, en f)»tb. Ne pouvoir guère,
funne neppe. Assigner, anføre, angipc.
S. 69—71. Rapporter, ittbbrtnge. Tripoter sur,
(petits

©mitife.—68.

Un

lere i ; egentlig Mante uorbenttigt fammen,
bringe gorpirring
i. Lestement,
bepambigen. Déraciner, ubrpbbc, oprpffe meb
3îcb. Le spleen, bet
i

nagenbe Sungiïnb, ©œrbeteëbeb eget
Exécrable, afjïpetig. S’amortir, fløs
Peø, bœmpesS. Ce vague, benne Ubcftemtbeb. Une mort anticipée, en forubfølt ‘bei; anticiper, forubføte, forubfatte.
Chagrin, førtrcebelig. Repêcher, fifle op igjen. Le pan, giis
for Engettcenbere.

gen.

Én

—

71.

til

—

70.

Stupéfait, beftprtfct.

Se moquer de qn.,

pape

Sebfle. Démêler avec, beflitte meb. Se conduire
par conscience, lepe efter ©amPittigbeb. Le maigre, gafles
lepnet, Slfpolb fra Sjøbfptfer i gafletiben. Attester, bepibne.
Un caractère, en gulbmagt; eg. et
Hjenbetegn; je n’ai aucun

caractère pour, jeg er iffe
befiiffet etter bempnbiget tit. Des
confidences, fortrolige 3)?ebbetetfer. Annoncer, bebube.
S. 72—74. Préserver, bepare. Rendre
compte de, afs
tcegge giegnffab før. Se soutenir, unberfløtte pinanben. A
sa fantaisie,
73. (Importuner qn., pære
efter fit -£>OPeb.
Øn tit Sefpcer. Sournois, tumfl. Se douter, apne. Dorénavant, før grcmtiben. Un amour de tète, en gorlibetfe.
74. Au fait,
tøjerningen, egenttigen talt. Une langue (une
mauvaise langue), en
tïtaffertunge. Faire des propos, ops
fpinbe fùflorier, bigte ütnecboter.
Un nègre marron, en
bortløbet 9îegerflape. Un bananier, et spifangtrce. Décharné,
Ubtœret. De la serpilière, ©æffetøt, fpaftcerreb. Les reins,
—

—

—

m.,

Scenberne.
€5. 75—77.

Errer, Panfe øm. Sillonné, furet. Une
©framme, et Str. Un fouet, en fpibfl. Un
sentier, en gobfti. Grimper, ftattre Op ab. Passer à gué,
pabe ooer.
Un morne, en f>øi; faatebeø fatbeø fiøiene t
Slmeriîa. Un rotin, en Sîotttng, et ©panflror. Emu, angfl;
émouvoir, røre, bepcege ©inbet. Faire (etter tenir) compte
de qn., gjøre meget af @n ; il ne fit
pas gr. compte de, ban
agtebe tffe meget paa. Une capote, en SOîantet, en Saabe.
76. Le revers, ben anben ©ibe;
SBagfiben. A jeun, fas
flenbe. Du gravier, Øruuø. Un tamarin, en Samartnbe.
Exaucer, bønbøre. Se désaltérer, fülle fin £ørfi. Du cresUn palmiste, et Sofoépatmetræ. Le chou, fiaas
son, Âarfe.
ten. La cime, £oppen.
La tige, ©tammen.
Un paquet
cicatrice,

—

H

en

/
278
de

filaments, en ©ammenfœtning af SEræbler. L'aubier,
©plinten, font banner ©»ergangen fra Sajlcn til Sctet. Fait
rebrousser, faaer til at fpringe tilbage. Une hache, en fj)xe.
77. Un briquet, et
gprftaal. L’angle, f„ ben fptbfe Âant,
-fjjørnet. Assujettir, polbe fait. Le tranchant, ben jïarpe
Le point de contact,
Kant.
Serøringbpunftet. Une étincelle, en @ni(l. Dépouiller l’enveloppe, ffille Kaalen fra
£>m»ifltngen. Ligneux, træagtig. Cru, raa. Savoureux,
»elfmagenbe. Une case, en £>ptte, egentlig en Hîegerpptte.
Un piton, en Sjergtop.
S. 78—80. Barrer, fpccrre. En
bouillonnant, bru fente.
Glissant, glat. Penché sur, betet ub Cher. La scolopendre,
Çfortetunge, et ©logé Sarre. Un brodequin, et ©lagd -IpalPs
ftePler, font forben brugtcé peb (øittbeltge Seiligfiebcr. L’empressement, m. 3»ercn. Se chausser tage gobtoi paa.
Le roseau, Hiøret,
Frayer, bane. La liane, en atncrifanfï
©Ipngeurt eller Hïattfe. Un fourré (un bois fourré), et Krat,
et Sorncfrat.
79. Le bramement, Hiaonet
paa Çjortened
©frig. Le gîte, Hlatteleiet. À Fallut, paa Üuur. Reprendre
ses sens, fatte
80. Je les
ftg, tontine igjen lit ftg fel».
ai
à Fidèle, jeg l;ar labet
g* lugte til bent. Quêter sur
vos pas,
opfpore tfber, oplebe efter Sberé ©por. Remuer la
queue, logre meb £>alen. Un billot de bois, ett Srccblof.
Un crochet, en fiage, en
.Krampe. Une calebasse, en ©ræb>
tarflafte, et Srittetar bannet af et ©rœbfar, fom ïalbed glaffes
græbfar (calebasse). (St faabant Srittetar falbe» ellerb aU
tninbelig : une gourde. La courge cr HîaPnet paa et anbet
©lagé glafïegrœstar. Le jus, ©aften. Tortu, truminet,
breict. Enflé, opfpulmet.
©. 81—83. La
perplexité, HlaabPilbfieb. Un brancard,
en Særeflol.
La liane, en
©Ipngeurt. La croupe de la
—

...

,

,

—

—

...

montagne, Sjergtoppen.

Des feux, m., S5tuê.

Un tison,

en

gaffel af SErœ ; et ©tpffe £ræ, t (Pib ene @nbe ber er fiuttet
3lb. Flamber, brænbc tlart, flamme. L’angoisse, f., âlnge=
82. La prospérité, Spîte. L’association,
ften.
©anis
fingen; gorbunbet. Garantir de, ftttre for. Un surnom, et
£ilna»tt.
Cela y prête, bet ittbbpbcr bcrtil.
Un jour de
congé, ett gtibag. Le principal, Hicetorcn. Le professeur,
Særeren.
83. Épancher son coeur, ttbgpbe, aabtte fit
Çjcrte. Jouer h la balle, fpitle S3olb. Jouer à la corde,
fpringe igjennem en ©nor, fom man (olber i £>ænberne. Jouer
aux barres,
lege SEagfat. Le tertre, gorboolben. Se débattre, »ære t îîtodfare, eg. tumle ftg af alle Kræfter.
^Enfoncer, fpnfe. Privé de sentiment, berøpet SfePibftbeb. FrotA l’insu de
ter, gutbe.
La perqn„ uben Gnô IBitciibc.
sévérance, 58ebbolbenl;eb.
Un berceau, et Spfifmub. De
lilas, ©prenen.
©. 81—8(1. Gronder,
fïjættbc. Le sanglot, m., Çulten.
Une
—

,

—

bonne,

en

fSanteptge.

Faire battre le tambour, labe

279
Strømmen gane.
Les vacances, f.,
Faire
rer, fuite.
ter
en

au

Un

9îefî.

hjertet til

at

gorefpørgfel,

son

om

—

L’hôtel des

(Drccé, @rønf»æren.

bet grønne

îlbertiSfcmcnt.

et

Bondir, poppe, fpringe. Sonpipaquet, patte fit Bøt fammen. Sau-

getieme.

85. Un débris, en ©tump,
Ralfen.
joujou, et Scgctøi. Fendre le coeur, faae
trifte. La pelouse, ©renpletten. Le gazon,

falbe

cou,

Un avis, en

messageries,

tpoftgaarben. Un revendeur, Gên, fom ubfcelger brugte ©a*
ger, en SPÎarftpanbifer. Incrusté, inblagt. La vente, Sluc*
tionen. Quitter, gaae tort berfra. Le carrefour, Âoréga*
ben.

—

86.

eenfolbig.

Vous êtes bien de votre pays , Be er meget
bavardage, ben ufornuftige ©nat. Une com-

Le

mère, en ©labberfefter. L’affiche, /'., ÿlafaten. Un fripier,
lin mantelet, en tort gruen*
en Ubfcelger af garnie Âlœber.
timmertaate. Distraire, forjiprre, abfprebe. Grimper, tl aU
Un gradin, en oppeiet Dîœtfe; eg. et Brin i
tre op paa.
et Slmppitpeater. L’adjudication, f.
Bilflagct. La nippe,
Âlœbningéftptfet. Le confrère, üollcgaen. Piétiner, trœbe
paa meb gøbberne, trampe. Coudoyer, gebe raeb Slibuen.
Faire dégringoler, fïpbe neb; dégringoler, fare neb. Vaciller, »afle. Un aubergiste, en ©jeefigtber. Hors d’haleine, forpufîet, aanbeløs. Un bavard, en SBrobler.
,

0. 87—89.

verbiage

Le

,

SreBlctt.

Un faiseur de

Bufinbfünfiner, en Bajïenfpiller. En bas âge, i
umpnbtg Silber. L’indication, f., Slngtbelfen. Une étable,
La toile
en Sabe.
Une grange
en £l»œgftalb.
Beppet.
tours

,

en

,

,

gjenncmftgtig. Silencieux taub. Une baraque, en gjellebo, en £>ptte. Apparent, anfeelig, fornem.
La loge, ©tabet. Le
88. En tous sens, i aile Sîetninger.
Paillasse
IPajabé.
Sintebanbfereq.
sauteur, (Springeren
L’assistance, f., ©amltngen af Biïfïucrne. Béant, gatenbe.
Préluder, forberebe. Une balourdise, et taabeligt gnbfalb.
Un soufflet, et ørefigen. Estropier, rabbreetfe. Echanger, ont*
bptte. Trancher du beau parleur, agere ftjen Baler. Butor,
Bumrtan, Bolper. Les planches, f., Srceberne. Son étalage,
ftn Ärambo, fine opftitlebe SSarer. Un échantillon, en ÿrooe.
Un sauteur-voltigeur, en Suftfprtnger; en ©prtnger, fom

Transparent

,

,

—

,

,

flaaer SSolter i Suftcn. Assaut, «?., IBœbbcfirib, ©træben ef*
ter at obergaae pinanben, ©tormleben. L’élévation, f., Dp*
ftablen i Reiben. L’allemande, ben tpbfte Banbê, SSaltfen.
Que nous importent, p»ab brpbe »i oé om? »i »ille iffe
brpbe oô om.— 89. Ombragé, omftpgget. Petit drôle,
Le maire,
Un scélérat, en gorbrpbcr.
Bu lille Ärabat.
La
gegeben. Tenter, forfege. La disparition, gorfbinben. carlanterne magique, Saterna magica, Brolblpgten. La
riole, en lutt 58cgn paa 2 $jut.
©. 90 92. Dresser procès verbal, føre til protocol.
Soutenir, paajtaac. À perpétuité, paa Sibétib. La chaîne
des galères, ben Iccntebunbne Branéport af ©aleiflaper.
—

—

19

280
Du bon sens, goto,
La piété,

Un principe, en ©runb<
©ubSfrpgt. Évaporé, flpgttg. Un va91 Une correction,
gabon J, en Sagbrtoer, en Sanbflrpger.
en 9îe»fetfe. Le
désoeuvrement, febiggang. Un passe-temps,
et £tbêforbrt». Assommer, prpgle ; ibfelflaae.
La disposition
Sflboietigbeb, ütnlccg. Il n’en est pas de même de,
bet fcrijolbet ftg iîfc faalebe« meb. Gai, munter. A force
de rétlécliir
»eb at tœnfe længe efter. Se tirer de, raabe
Søb paa, rebe ffg ub af. S’arrêter à,, bolbe faft »eb, bltøe
Le curé, fjfræficn.
ftaacnbe »eb.
Étourdi, ubetænffom.
92. Prendre qn. en affecKnchanté, førnøiet, l;enrp!t.
tion, fatte @obf>eb for Ên. L’assiduité, f., »ebboibenbe glib,
©tabigbeb t Strbeibe. L’envoyer promener, af»tfe pam

ftmb ffcrflanb.

fœtntng.

—

,

,

—

nteb ©na!, fenbe pant hoffer {Selb. À mesure
que, efter=
Jjaanben føm. Grandir, »ore. Détester, affîpe. Exister,
faae Ubtømmct ; base $il»œretfe. Donnez-moi de vos non-

veiles, lab mig børe fra Sig.

Se tirer d'affaire, ftaae
ftg
grande obligation à qn., ba»e Én
Le souci, Setpmringen.
Les bonnes
meget
grâces gnbeft. L’oisiveté, f,, Sprfeéiøébob. La dissipation, Stbfprebelfe. Se repentir, fortrpbe, angre. Les voeux,
m., 3>nfïerne.
©. 93—95. L'émotion, f., ©tnbêbeoægelfe. Se sous-

Avoir
at talfe før.

igfennem.

une

,

traire, unbbrage ftg fra. Au tribut
réclame, fffaturenø
$ra»; tribut, m., Stfgift ; réclamer, førlangc, førbre. Se
remettre, fatte ffg, lomme ftg. Le piéton,
gobgœngcren.
Qui se ressemble, s’assemble, ürage føget Sfîage. Se lécher les lèvres, ftiffe ffg cm fPîunben; la lèvre, Sæben.
94. 11 en sait long, ban er burfbreøen. Une
partie de cartes, et ©lag Haart.
Intarissable, uforgængelig, uubtørrelig.
Aux prises, f Haft.
Un tour, en
Omgang. La chance,
Splfe, Ipîfeltg Çœnbelfe, llbftgt tif et gobt Itbfalb. Faute
d’avoir, for iüe at ba»e. Les frais, Ubgtfterne, Dmfojintn!
95. Tirer parti de ,
gerne.
brage 9îptte af. Un bon
vivant, en gob ©elflabøbrobcr. Engagé, bber»et. Incorporé, inblemmet i Horpfet. Endosser, iføre ftg. Le mot
pour rire, @tof til Satter, muntert fjnbfalb. La giberne,
....

—

—

ÿatrcntafïen.

©. 96—98.

i

Un

scrupule,

en

Setænfning.

En réserve,

Sagbaanben. Troquer, cmbptte. Une veste, enfortHfote,
en fjatfe.
Un chemin de traverse, en ©tbc»et.
Arpenter,
gjennemlobe. Â la belle étoile, unber aaben fnmntel. Se
soustraire à, unbgaae,
unbfïippe. Lucratif, tnbbrtngenbe.
97. Ambulant, omoanlenbe.
Un histrion, en ©jøglcr.
Touche-là, gf» mig bin fôaattb! c’est entendu, bet cr et
Orb ! cela lui va à merveille, bet flœber barn
fortræffeligt.
La recette, Snbtægten.
98. Séduisant, forførenbe. S’esquiver, løbe bort, lifte ftg bemmetigen bort. Flairer, ub>
fpeibe; eg. lugte til.
S’y connaître forftaae ftg berpaa—

—•

,

281
Réaliser la valeur de ses billets, ojøre fine SMffcttcr i ^JJcitgc;
Verla valeur, SBcerbtcn. Faire son sac, fplbc fin (pofe.
ser, ubtømmc. Loyalement, oøcrecnøftentmenbc meb fît Søfte.

Rejoindre,
feette ftg

t

at

træffe, ftøbe fammen meb.

Se mettre à

l’abri,

©ifterpeb.

©. 99—101. Le poitrail, Srtngen. Un otage, et @tbs
Mettre le pistolet à la gorge, fotbe (pifiolen for Srp*
ftet; la gorge, ©trüben. La chevrotine, gtæøefagt, Sugter tit
100. litre des vôtres, pøre tit
at fïpbè ®aabpr meb.
Cfberø golf. La masse, laøfen ; et ©amfunbø |5engebef>øtbs
101. L’infamie, f„
Un éclaireur, en tîbfpeiber.
ntng.
©tjcenbfet. Un cultivateur, en Stgerbprter. Se décider, tage

fet.

—

—

en

Sejtutning.

S. 102—105. La vigne, SSuntanb. Le pré, Qtngen.
Il y a commencement à tout,
pâtre, en Qøægbprbe.
2ltt maa paøe en Se'gpnbelfe. Désoler, mtøtrøjle. Soigner,
røgte, pletc. Une étable, en Qøægftalb. Sain, pet ubtuftet ;
103. L’hésifunb. La litière, ©trøelfen. Paître, græøfe.
tation, f., SBetcentntng. Régir, brtøe, ftpre. La friche, ubprfet
Sanb. Une jachère, en (Warf, fom bøtter etter ligger ü!œ. En
plein rapport, t futb Srtft. Un engrais, et (Ujøbningørnibbel.
La routine, SBanen. En dépit de, uagtet, trobø. li ne tient
104. Mettre en
qu’à vous, bet beroer tun paa Gsber fetø.
rapport, gjøre tnbbrtngenbc. Léguer, tcjlamentere. Un préjugé, en gorbont. 1ms appointements, m., ben aartige Søn.
105. Il ne se possédait plus de joie, fan øarube affig
fetø af @tcebe ; posséder, beftbbe. Les instances, /'., tnbs
ftœnbtge 23ømter. Un hectare, en Sagø (jfløtlanb; eg. 100
Stcreø ; ^»er Stere er 100 fWetre i Døabrat. La probité, 3îets
ftaffenbeb. Professer, ubøøe.
Un

—

—

—

©. 106—108.

Le

ventriloque, Sugtateren.

Par

ex-

cellence, fortrtnøøttø, frem for 2lnbre. Le commérage, ©tabs
ber. La médisance, Sagtatetfe.
Chuchoter, bøiffe. La paIndiscret, ubetæntfom, uførjtgttg t Sale.
roisse, ©ognet.
Fêlé, fprutfet, reønet. La complaisance, Sfeløtllie. Traverser,
tføre Oøer. Le balai, Soften. Abandonner, fortabe,
Le seuil, Sørtcerffes
gtøe ©ttp paa. Raccommoder, (toppe.
ten. Nonchalamment, Itgegplbigen. Un bateleur, en ©(øgler.
Une redingote, en Døertjote. Un gilet, en SSejt. En divorce
Un
avec, fom itte flutter ftg tit; le divorce, ©filømtøfen.
lambeau, en ^jalt. Des bottes à revers, ©tøøler meb firas
La semelle, ©aalen. Veuf de, berøøet ; veuf, Ente*
øer.
ntanb. La bordure, øtanten. Atfamé, forfuttet Un flageolet, en gugteftøite, en glageotet. Un tambourin, en Sambous
La
rtn, en Srontme, (tøorpaa ber ftaaeø meb een Srommeftif.
107. Branmesure, Satten. Faire le cercle, (lutte ttrebfen.
dir, føinge. Des passes, f., ©Ping t ©attbø meb (legemet
ben
og Strmene ; t gœgteubtrpt : Ubfalb, ber ftee øeb at feette
øenftre gob foran ben £>øire, naar üïïobparten Piger. Une
—

19

*

282

©titling. Pittoresque, materif!. Joyeux, munter.
Bouffon, pubfeerlig, naragtig. Etre à même, »ære i ©tant;
lit. La crédulité, Settroenljèb. Finement,
fnebtgen, lifftgen.
Hausser, træffe paa ©fulberen. Avec brusquerie, t en Breb
Jane.
Le
cg opfarenbe
gousset, Surelemmen. Faire le
plaisant, agere Bittig. Goguenard, ffjemtenbe. Je t’en fais
mon
compliment, jeg gratulerer ®tg. La gueule, gtaben.
Le saisissement, @pfen, fîttrenbe
2lngfl. La stupeur, gor«
baufelfen. Consterné, beftprtfet. Hébété, ftøBet. Vide de
dents, tanbtød. Le brouillard, Laagen. Le spleen, Lung»
108. L’enclume,
Slmbotten. Une rave, en
ftnbigijeb.
fftoe. Eperdu, fotBtrret, ube af ftg felB. La chaîne, Sœns
fen. Sourd, bump, puul (cm Spben) ; bøB. Le grognement,
.Knurren; ©renten. Enfoncer, trpîfe neb paa SoBebet. A
ses trousses, t fine
£æte; les trousses, en gamme! SenœBs
nelfe paa SBeenflæber. Insouciant, forgtød, ubefpmret. Une
amplification, en Ubfplbning, en DøerbrtBelfe. Un commentaire, en gorflaring, en gortelfning. Secouer, rpjtc. Incrédule, Bantrb. Merveilleux, Biburiberltgt. Insister, bÜBe Beb
fin fßaaftanb. Avancer, fremføre, fremfœtte.
©.109—111. La défiance, SDÎiôtilüb. Persuadé, 0Ber<
t»bet cm. Rusé, liflig. Narquois, fnebig. Le mystificateur,
girereren ; ben, føm fører en ülnben bag Spfet. Déconcerté,
fat i gorlegenfeb, bragt ub af gatning. Un rustre, en Uøt*
La lourde
benbe; en ©robrtan. Détruire, tilintetgjøre.
croix, bet tunge Kord. Perpétuel, beftanbig, flebfesarenbe.
Un poison, en ©ift. Une épine, en Lorn. La chaussure,
gebtøtet. Une intelligence, en gorflaaetfe. Le loyer, Seien.
En grommelant, fmtrrcnbc mellem Lænterne. Solder, afbe>
täte. La redevance, ben aarliqe Slfgift eller Stente. Hère,
in., ©taffel. Nouer les deux bouts, fammenfnptte be 2 Sm
110. Le créancier, Srebitorcn.
ber, flutte.
Les doléances, f., Klagerne. Le thème, gmnet. S’arriérer, btiBe tilbage.
Le retard, llbfœttetfe, gørftnfelfe.
Réprimander, irettefætte.
Productif, tnbbringenbe. Une jambe de chêne, et 33cen af
La
Crgetræ.
disposition, ©inbdjtemningen. Pesant, tung,
111. Être disposé à, Bære tilbøieltg til, Bære
trpffenbe.
fînbct, Bære beftemt paa. Exempter de, fritage fer. Acceptable, t ©tanb tit at mobtaged. La craie, Kribtet. La folie, ®aarffaben. Redire sur, ubfætte paa. Remonter, træffe
øp. Le poids, IBægtcn. La pendule, ©tueubret. Le coucon, Kutteren.
Aigre
ffærenbe (em Spben) fuur. Un
ivrogne, en ©ruffenbolbt. Un nigaud, en Lødfe, en ©odmer.
Un accoutrement, en fpaaflæbntng. Brosser,
afbørfie. S’écarter, fjerne ftg.
©. 112—113.
Tricoter, flrtffe. La veste, Lrøicn.
Perçant, ffingrenbe, gjennemtrœngenbe. Devenir la risée,
bltøe til Satter. Dusse-je, ffttlbc jeg enbogfaa. Mettre en
pièces, fønberribe. La ménagère, £uudmøberen. La résispose, en

—

—

—

—

-

,

,

283
lance, fDîobflanb.

Blasphémer, banbe.

Insolemment, ufor«

ffammet.

L’épicière, Urtcfræmmerfonen. Le hareng, ©il«
ben.
Interdit, forbløffet, forfagt. Le boucher, ©lagteren.
Bariolé, fpragtet, broget. Le tablier, gorffffbet. C'est une
horreur etc., bbor bet cr fïroeffeligt, faatebeé font ©ereø Hit;g

Une enseigne, et ©filbt.
Le cabaret, fîroen.
La sorcière, ftexen. S’élancer, fare ub. Une espièglerie, et ©fjelmoftpffe. Un cri de moquerie, et fpottefulbt
©frtg. La boucherie, ©lanterftebct. Le croisé, Sorëfare«
ren.
Hargneux, bibfï. Que vous importe, bbab tommer Dent
beb ?
114. S’incliner, butte ftg. Une quittance générale,
en ftobebqbittering.
Le charpentier, ©ømmermanben. Le
bel esprit, bet »litige ftobeb. La place
tenable, men
bet oar ifte tit at ubpotbe paa bet ©tcb. La rixe, ©triben.
Bouleversé, forfîprret. Une perdrix, en Slgerbøne. La couvée,
Atteint, truffen. Le chaume, ©tubberne,

feer ub!

—

113.

—

....

gngeien.

£atmen.
S. 115—117.

Raser les murs, gerne tæt inb tit ©æg«
Bohémien, en 3tgeuncr. La grange, gaben. Une
pesanteur, en ©pngbe. La manche, âtïrmet. Exaspéré,
forbittret. Rudement, baarbt. Le scandale, fÇorargelfert.
La réprobation, 2Âi0bitligelfen. L’impétuosité, f, Çœfttgbeb.
Consumer, fortære. Alimenter, nære. Épuiser, ubtømme.
Une émotion, en ©inbøbebægelfe. Ile son propre mouveSe repentir de,
116.
ment, efter fin egen ©ilfîpttbelfe.
angre, fortrpbe. Proportionner
chacun, afmaate ÿrøbet«
ferne efter (Énbberø ftræfter.— La marche, ©iftriïtct cm en
Sp. ©rugen af bette Orb i benne ©ctpbning er fjetben, og
egentlig tun beb biéfe ©tœber. Un vigneron, en ©ttngaarbø«
Un pourceau, et ©bttn.
matib.
L’abaissement, m., beu
fornebrebe ©ttlling. Un cordelier conventuel, en grancifïa«

gene.

Un

—

...

ncrmunt af ben celbre Orben, font ifte par antaget ben nperc
117. Le monastère, ftlofteret.
Un tour de maSleform.
lice, en onbffabøfutb ©treg. Contrefaire, efterabe. Le provincial, Dbetforfîanberen for aile ©rbenenø Slojîre i en Çro«
binbø. Une avanie, en baanenbe gornærmelfe. Un bachelier,
en ©accataureuø.
0. 118—120. Vous sentex le pape à pleine bouche,
ben pabetige ©toltbeb fitnfer ©eut ub af §>alfen; il sent le
pape, pan lugter af ÿabefioltbeb. Mettre en œuvre, feette t
Sebccgelfe (t Slrbetbe). Porté à la cruauté, ttlbøteltg tit
©rufombeb. Une verge inflexible, en ubøieltg ©bøbe. .luUn consulteur, en af ^iaben
ger à propos, ftnbc beteiligt.
ubnœbnt tRaabgiber i ©rceøfager. La congrégation, Srbenø«
Le procureur général de l’ordre,
brøbreneø ©amfunb.
Grbenenø ©eueralprocureur; en (fmbcbømanb, ber bar at paa«
fee£>rbenenø 3«tereöfc. Le Saint-Office, 3n<lbijtftonø«9ietten.
Un caractère facile, en føieltg (îfarafteer.
119. Un bref,
La tiare, ÿabc«
en pabeltg Ubnæbnelfe, egentlig : et ©rebe.
—

—

284
Un foyer de ruses, en ©rute futb af Sîœnfer ; un
foyer, et Strnefleb, et Srcenbpunlt. Artificieux, fnetoig, rtenfc»
fuib. Des brigues, f., i»rtg ©øgen øm Grmbebe. Une voix
cassée, en mat ©tontine. Entrecoupé, afbrubt, La toux,
Dans cet équipage, i benne ©fiffetfe. L’humilité,
£>ofte.
Se re120. Le moribond, ben Bøcnbe.
/'., gbmpgbcb.
dresser, reife ftg igfen op. Entonner, iftemme. A bon droit,
meb 9?ctte, fom be »et fortjente. Une métamorphose, en
gor»anbling. Un souverain remède, et ufeitbartigt, et for*
treeffetigt ïcegcmibbel. Impérieux, bpbenbe, berflefpg.
S. 121—123. L’appareil, m., S£tIbef>oret. La licence,
£øiteøløøf>eben. Infester, fjeerge. Le libertinage, jRpggeè»
tøøfeben. Le barigel, Oöerpooebet for Çotttifolbaternc (les
122. Une perquisition, en (Sfterføgen.
sbires) i 9fom.
Ingénument, aabenfiertigen. Replier, tcegge fammen tgjen.
Une licence
poétique, en poetijï Srifeb. Ramer, roe. Un
jule, en romerff ÏRpnt, af Beerbt omtrent 10 ©fitting Sanff.
tmon.

—

—

—

Les

123.

intérêts, Stenterne.

Termin

Disposé à, ffiffet

tit.

Un

Sctatingétib. Transi de peur, beta;
Slngjl. S’acquitter d’une dette, afbetate en @jelb.
Le majordome, .£)uuêf) 0 »mc|lcren.
S. 121—126. Le principal, £>0»ebjioten. Congédier,
tabe gaae, afflebtgc.
Un procédé ruineux, en obetoeggenbe
ffremfœrb. Un religieux servite, en ©erpttcrmunf. Un
évêché, et Sifpebom" Le chapitre général de l’ordre, Or»
benené ©eneratforfamting.
La bienveillance, S3e»aagenf)eb.
125. La chaire pontificale, ben papettge ©toet.
Un frère
convers, en op»artenbe 33rober. Envisager, pa»c for Ç)ic.
Scandaleux, forargelig. Avoir égard à, tage ftenfpn tif.
Epuisé, ubmattet. Excessif, ooerBcetteé. Un poison, en @ift.
126. Licencier, afjïebige. Dissiper, abfprebe,
tiltntetgføre.
Une natte, en SRaatte, en gtetning af ©i». Éclatant, ftin»
nenbe.
Faire sa cour à, inbftnigrc ftg Ijoø fftogen.
Faire
terme,
get af

en

,

en

—

—

semblant de, labe font ont.
B. 127—129. Avec dédain, faantigen. Un plat de
fèves, en 9tct Bønner, Mortifier, pbrnpge. N’avoir garde
de, tffe teenfe paa, iffe fa»e i ©inbe.
128. La grandeur
factice et de convention, ben funfltge og
»ebtagne ©torfeb.
Fouler, trccbe paa. Une économie, en ©parepenge; eg.
en
La
©parfommettgbeb.
querelle, ©trtben. L’acharnement,
—

m., gorbtttrelfe.
Défaire, ftaae, bibringe
partisan, ett Xitbcenger. Austère, fîreng.

Sîcbertag. Un
L'emportement,
m., $ibft'gbeb.
Accorder, fïcenfe. Maladif, fpgelig. S’appliquer à, beflitte ftg paa. Adopter, bpibe, antage ftg. Equitable, rctfœrbtg.
La déroute, Sficbcrtaget.
S’embarquer,
129. Le banquet, StRaattibet.
tnbfftbe ftg. Délier, tøfe.
©jeflebubct. Chétif, fpinfet, f»ag. La belle-mère, ©tcbnto»
beren. Lâche, feig.
S’endurcir, ftcrbc ftg. La brutalité,
ben raae Scfyanbltng.
Etre en butte à, »epre en tSolb for.
—

et

285
La
ett

Le châtiment,
Subir , ubflaae.
Suivre le cours, beeltage i Unber»üSningen, pøre

férule, Sampen.

Straffen.

Un

goretœsning.

rideau,

et

©arbin.

Réveiller, »alle.

En sursaut, plnbfeltgen, ubentet.
Ayant failli, ba jeg »ar
nær »eb.
Déchirer, fønberriBe, Une trouée, en Stift, en
Slabntng. Le dégât, ÇJbelœggeifen, ©faben.
Trahir, fors
S. 130—132. Le trouble, 2fîtgft, Uro.
Se
raabe. Chanceler, »alle. Ivre, berufet. Glacer, iêne.
dérober, ilfeftaaebi. La sueur, ©»eben. Ruisseler, trille, riéte.
La lanière, Sîæmmen. Réclamer, forbre.
Saignant, biøs
bcnbe.
S’accrochera, gribe fat t. Le sanglot, frntfen.
Avoir en horreur, pa»e 2lfflp for.
Surmonter, o»er»inbe.
Etre parvenu, pa»e opnaaet, »ære lommen faaöibt. Le convive, ©jeften. Heurter, flobe. Un toast, en (Staat. Faire
131. L’iniquité, f., Uretfœrbigpeb. Préocdéfaut, flaac feil.
i ©anler. Sanglant, blobig. Fléchir, bøte. L’in—

cupé, forbpbet
timité, f., gnbertigpeb, gortroligpeb.
soir,
ren.

Aftenbøn poé (5atl>clifcrne.
Secouer, rpjte. L’aftliction

en

,

—

Le

132.

L'Angelus

du

créancier, (ircbitOs

f. ©orgen.

Préserver

de, beffptte tmob. Tomber dans la peine, lomme i Støb.
Racheter, afbetale, frifføbe.
La récolte,
Un désastre, en Utpffe.
S. 133 135.
Røflen. La grêle, £aglen. Décimer, bortrtoe b»er ïtcnbe.
Un usurier, en Slagerfarl. Dissiper, abfprebc. Précipitainment, plnbfeltgen, poBebluïbb. Une apparition, en Slnlomfi,
en ©itfpnelommen.
Brusquement, pœftigen. Soupçonneux,
—

Rassuré, beroliget. Un proscrit, en Sanlpft.
découvrir, blotte fit f)0»eb. Un empressement, en
Un
134.
gorelontmenpeb. La compassion, ©eeltagelfe.

mtOfæntelig.
Se

—

|)ôerbagêbegi»enpeb. Vulgaire, alminbes
journalier,
lig. La retraite, Stilflugtbftebet. Désoler, pfemføgc, pœrge.
fait

en

Successivement, ben

@nc

efter

ben Stnbcn.

Un

exilé,

en

La proscription, ©øbøbommen, Sanlpèningen.
La pâleur , Slegpeben.
La veille, ben foregaaenbe ©ag.
Un réduit, et Slflulle.
Apparent, iotnefalbenbe. S’écouler,
135.
Se dépenrinbe, forløbe. Un surcroît, en $it»ært.
OnéLa charge, Sprben.
barrasser de, fülle ffg af meb.

Sanbflpgtig,

—

reux,

bprbefulb.

gner à, ftnbe
La bouchée

,

Le dévouement
Opoffrelfen. Se résiLe sacrifice, Offeret.
Chétif, ringe.
t.
ÎDtunbfulben. Sourd , flum, pemmcltg ; eg.
,

ftg

repentir, Jlngcren. L’éclair, m. ©timtet. L’éLa pose,
goïsme, m., Qêgenfjerligpeb. Invisible, ufpnltg.
(Stillingen, ftolbntngen. La rêverie, ©rømmeriet. Creuser,
gra»e. La ride, Sîpnfen, guren. Le remords, ©am»ittig=
pebénaget.
©. 136 138. Une lucarne, en Stube ; eg. en ©agrube.
La cachette, ©fjulet. Chuchoter,
Le seuil, ©ørtcerflelcn.
pBifïe. Etre en mesure de, »ære belattet paa. La coiffure,
La toque, et @1agø fme; eg. en giltpat,
§o»ebppnten.

bo».

Le

—

286
obertrutfen met> gtøiet og met) en fmat ftant.
Effaroucher,
forflræffe, forjage. Ricaner, fmaatee, tee onbfïabéfulbt. Un
137.
délai, en Hbfocttetfe.
Compromettre, bringe i Såre,
compromittere. Courir cette chance, ubfættc ftg for benne
fKutigbeb. Dénoncer, angibe. La créance, ©{etbéforbrin*
gen, STIgobefmbenbet. Une angoisse, en Slngjt. Convulsif,
trampeagtig. Joué, paataget, forflilt. Le prétexte, fpaafïu»
Feindre de, tabe font.
bet.
138.
Imprévu, ufombfeet.
Frêle, ftrobetig. Un anneau, en Sting. Le calice, Satten
La
(i Sîabberen). Exaucer, bonbore.
guérison, Çelbrebet*
—

—

fen.

L'ivresse, Stufen.

Inonder, oberbcetbe; Oberfïptte.

La

prévoyance, goritbfeenbeb, Ubftgt i gremtiben. La veille,
35agen forub. Sillonné, furet. Reculer, fare tilbage.
S. 139—111.
Indulgent, naabtg, oberbccrcnbe. La
Sainte Vierge!
conséquence, gotgen.
pelltge fyontfru!
Convenu, bebtaget, bejîemt.
Mettre

Tirer

d’affaire, bringe

ub

af

Un bervente, (titte.tit ätuction.
140.
Imhécilie, eenfolbtg. Grommeler,
ceau, en SSugge.
mumte.
Saigner, btobe. Répugner, boere (In imob (mob»
bpbettg). Une agitation, en ©inbéttro. Balancer, batte,
betænîe fïg paa. Bouleverser, bringe ub af gatning. Pé141. Soinnible, fmertelig. Prêter appui, pbe Stftanb.

gortegent;eb.

en

—

—

Dépossédé, (tilt bcb. Eperdu, fortabt, fors
Un tertre, en tille (poi.
bitbet.
Le gazon, ©ronfbærcn.
La résignation, gatning, fiengibenfjeb (i ben gubbommelige
SSittie). Sans remède, ubett Stebntng ; le remède, Sœgemib»
La calomnie. ®agba(ïetfen.
tet.
Laborieux, atbctbfom.
Les dépouilles, bel berobebe @obé.
Un lâche, en Uéting,
en Sttbbing.
Une iniquité, en Uretfœrbigfieb.
Croisé, fotbet,
lagt obertoré. Invoquer, paatalbc.
mer,

opforbre.

©. 142—144.

Le vacillement, tBaftcn.
Une attitude,
fajî ©tüttng. La base, ©runbbotben. Une
affection, en tjccr Satboietigbcb. S'entasser, opbpngeô. Avide,
begfertig, graabig. Un lambeau, ctt ÿjatt. Les enchères,
Ütuctionébubene. Suspendre, (îanbfe, opfœtte. Se presser,
trænge (tg frem. S’interroger, ubfporge (iberanbre. Hésiter,
bctæntc ftg. Une torche, en gattet. La cloison, Srœbebæg*
gen. Ebaucher
itbtajîe. La fierté, 58ærbigt)cb ©tottbeb.
en

£>Otbtng,

en

,

La pose,

©tittingen.
Contempler, befïite.

,

Une extase,

143.
SJcgeiftring.
stupéfaction, gorbabfetfe. Une
Un dessin, en Stegning.
Une ébaliesquisse, en ©fitfe.
ehe, et Ubîafl. Recueillir, tage (Én i £>ufet. Muni de, for»
Se délasser, ub*
fpnet meb. Joyeusement, gtabetigen.
bbile ftg. Une fonction, et Sntbebe, en Sejlitttng. S'a144.
Un bois taillis, en ttnber»
donner, pengibe fig tit.
ftob. Une remise de chasse, et grijîeb for fSitbtet. Agreste,
lanbtig. La vicissitude, Onibexting, Uflabtgbeb. Touffu, tcct,
tobfutbt. Somptueux, prægtig, fojîbar.
S. 145—147. Le solstice, ©ot^berb. La rosée, Sug*
en

—

La

—

—

287
(ubt. fûn), Sîaafalbcn.
Stilling for at fljule ftg ; butte
ftg neb. La candeur, Uffplbtgbeb, ©jæl« Sîeenbeb. Une
116.
cruchée, enSrutfefulb. Aborder qn., nærme ftg ttlQrn.
Prendre qn. sur le fait, gribe en paa fxtjï ©jerning. C’est
à qui.... année, (Snpöer af o« unge ^Jtger længe« efter at
Une

gen.
Se

biche,

en

tapir, fættc ftg

i

Çinb.
en

Le faon

frum

—

fplbe fit
naae o.

I5be 2lar ; bet gjælber om, b»» of o«, ber forjt flat
». ; c’est à qui, er en ©alltciøme, ber betegner en

f.

3$œbbeftrib.—147. Contempler, betragte, befïue. Asonaise, i
ftn 3JfageItgf)eb. Jaser, flabbre. Un différend, en ©tribigbeb,
en Uenigbeb.
Aplanir, bilægge, je»ne. Assorti par le coeur,
fom paéfer gobt fra fqertetë ©ibe. Concilier, forene.
S. 148—150. Comblé de bénédictions, ooerbœlbet tncb
SSelftgneïfer. Le moyen que.... danseuse? boorlebe« fore«
bpgge, at mangen ung Sno« berrneb fmpffer fin ©ame? Le
corset, Sioftpffet af kjolen, Srpftet. Allons, nu »el. Le
dégât, fjbelœggelfcn. Passer au râteau, ri»e, renfe me»
en 9ti»e.
Eternelles, f., (Soigbcbéblomfler. Folâtre, ober«
149.
Bannir, fortage, banlpfe. Troquer,
gi»en, munter.
ombptte. Imposer, paalægge £»ang ; inbgpbe JSrbøbigbeb.
La ferLa marraine, ©ubmoberen.
La fête, Jîabnebagen.
mière, ©aarbmanbøfonen, gorpagterfonen. Un ivrogne, en
©ruffenbolt. Maudit, fæl, forbanbet. Tenter, frifie. S’en
donner, at more ftg hjertelig, »ære munter og glab. De
coutume, efter ©œb»ane. Avoir beau prier, bebe forgjæbe«.
150.
Ke vouloir plus de qn., brpbe fig tffe mere om (Sn.
Un débebe
om.
forbømt.
Réprouvé,
anføge,
Implorer,
bat, en ©trtb. La réprobation, gorbømmelfen. Doter, ub»
La véftpre, gi»e SDÎebgtft. La prétendue, ben gorlo»ebe.
Arrêter, tage en Seftern»
nération, ÿSrbobtgbeb, fKSrefrpgt.
L’emblème,
melfe, faftfœtte. Dorénavant, for gremtiben.
Grâce à votre souvenir, taftet »ære (»Cb
m., ©tnbbillebet.
f>iœlp aff) @ber« Srtnbrtng. La commémoration, 3bufont*
lommelfe af en 2lfbøb. Prématuré, altfor tibltg.
Le commerce maritime, ©øpanbelen.
@. 151—153.
Les denrées, /'., gøbebarerne. Equiper, tiltafle. Armer, ub«
Forger,
Radouber, fortømre, reparere et ©fib.
rufle.
frnebbe. Du goudron, SJære. Une chaudière, en Siebel.
Un atelier, et
Brasser, brpgge.
Le cable, Slnfertouget.
La taverne,
152.
SBœrffteb. Le métier, 35œ»erjtOlen.
IBærtôbufet. Stimuler, anfpore. Le discernement, ©fjøn«
153.
Assidu,
foinpcb. Le bénéfice, gorbelen, ©eBinfien.
fiabtg, »ebbolbenbe. Ralentir, ftanbfe, fagtne. L’ardeur, 3»e«
—

—

—

—

ren.

Uni, je»n.

©. 154—156.

Le coton, Somulben.

Débarquer, loéfc, ubfltbe.

La

cargaison,

et desSabningen. Le chantier, ©fib«»erftet. Remonter
cendre, feile op og nebab. Le tissu de coton, Somnlbø«
Expédier, affenbe. Lustrer, gtoe fpoli«
tøiet. Brut, raa.
La voie ordinaire, ben alminbeligc S3efor=
tur, ©lanb«.

ÉÊ

288
bring.
bogn.
Un

—

Une ornière, et fqttffpoer.
Un fourgon, eu
Une étable, en gœflalb. Un trait, en
155.

tourbillon,

en

-pbirbet,

en

bbtrblenbc fNaofe.

ttbfafie. Une bouffée de fumée,
La gueule, ©abet.
SZœfeboret.

en

Støgjlrøm.

La

Safl*
Çül.

Lancer,
narine,

La bouille, ©tecnfullet.
Alimenter, ncere. La chaudière, fijebelen. Accrocher, fafh
156.
Un appareil à
l;æfte. La filature, ©ptnbefmfct.
Battre le blé, tcerjïc Sont.
vapeur, et ©amp apparat.
Battre le beurre
Ijœrne ©mør. Râper, rttfpe.
Scier,
fange. Tailler, ttlfïjœre. La brasserie, ©rpggertet. La
drèche, ÇOÎaltet. La cuve, Srpggerfarret. Le sol, ©ulbet.
Le comble, Saget. La précipitation, gtl. S'opérer, fore»
tages. La manipulation, frøaaben til at »irfe paa; Searbeü
helfen. Une barrique, et Srepobeb. Crever, rePne.
©. 157—159. Course de chevaux, Seftcbcbbclob. L’émulation, Sappelpflen. Distribuer, nbbete. Une sonnette,
—

*

,

en

Slofte.

Une coupe, et

ISœger,

en

©!aal.

Une verge,

SÂaal, omtr. 2 gob. Leste, let t fine Sebægelfer. FourMonter en or, inbfatte i ©ulb.
158.
nir, tilbagelægge.
Sobrement, tarbeligcn.
Concourir, tappeS.
Suer, foebe.
Transpirer, ubbunfle. Se purger, bruge afførenbe SOîtbler. Une
Le poumon. Sungen. Fen159.
bottine, en fjalbfloble.
et

—

—

dre, gjennemflœre, flotte. Effréné, utæmmelig, tøtleøløS.
Une chance, en Ubftgt til at btnbe.
La pèche du,hareng,
©tlbeftjïeriet. Le procédé, grcmgangémaaben. Evaluer,
anfïaae. Un navire ponté, et ©œfsfartot.
©. 160—162. Revendiquer, gjore gorbrtng paa, til»
egne ftg. Frayer, lege, lafle Sîognen. La mouette, ©traite*
maagen. Planer, fbœbe ober. —, 161. Huileux, tranagtig.
Surnager, fpømme oben paa. Émaner, ubgaae fra. Un
La maille, SJÎafïcn.
Les ouies, f.,
cabestan, et ©ptl.
Lin
©jætterne. Le requin, f>atcn. Détourner, forjage.
La
162.
caqueur, en SîatroS, ber lægger ©tlb neb.
Une couche, et Sag. Saurer, røge
saumure, ©attlagen.
©ilb. Tremper, ubbløbe.
Un hareng-saur, en røget ©üb.
Les intestins, m., gnbbolbcne. L’encaquetage, m., Stebfalt*
Le fumier, ©jobningen.
tungen.
Fondre, oplofc; fmelte.
L’huile, f., Srantten ; Olien. Un mets accessoire, en Streb
L’àcreté, f., ©farppebett. Confire, nebfalte ; cg. fplte.
S. 163—165. Le pin, ©rannen.
La résine, Çarpiren.
Le débit, Slffœtningen. Lucratif, tnbfringenbe, forbeelagtig.
La glissoire, ©Itbebanen neb ab en
©fraaptan. Uni, glat,
jcbn. L’échaffaudage, m., ©ttllabfet. Une esplanade, ett
jebn glabe. Une banderole, en bimpel. L’impulsion, f.,
164.
Se rassasier, mættcé.
garten.
L’élan, m., ben
hurtige gart. Heurter qn„ (løbe paa @U. La balançoire,
©pngen. Une perche, en ©tang. La semaine sainte,
©en flûte ^Uge.
165.
Un oignon, et Søg.
Pourri,
raabben. Enfreindre, obertræbc.
Officier, forrette ©ubé»
—

—

—

—

,

289
La
Ressusciter, øpflaae; opbœffe fra be ©øbe.
L’aube,
iftennne.
Lntonner,
Slœtbigbebcn.
Sangen,
dignité,
f., ©aggrp. Du lait caillé, tpt SDîelî. Indistinctement, uben
Sorfïjel.
Le pou0. 166—168. S’établir, opfïaae fin ©Olig.
lailler, fiønfebufet. Pondre, lopgge SSg. Un baladin, en
SDanbfer, en ©(øgler. Des comestibles, rn., gøbeøarer.
Une pelisse, en ÿeltd.
Une affluence, et Stiløb.
167.
Tailler, tilhugge. Le morL’abstinence, f., Slfbolbenbeb.
tier, Slîuurlevet. Un miroir, et ©peil. Un lustre, en §9«
Un mortier, en ©îorfer, en Kanon, ber
168.
feftone.
Somber. Réfléter, tttbagelafte Søøftraas
at
tit
ubïafle
brugeø
Parvenir à l’idée, fontttte
Une bougie, et IBoplpØ.
1er.
Le minerai, Grtfet.
pan ben Santé; parvenir, anlontme til.
Le cuivre, Kobberet.
Griller, opbebe Sieget paa en 3tift.
De l’argile,
Liquide, fløbenbe. Le moule, ©melteformen.
Seer. Une usine, en ©meltebøtte. Une forge, en ©ntcs
bie. S’ensevelir, begraøe (tg.
0. 169—171.
Exhaler, ubgaae, ubbunfte. Un abîme,
Blême, bleg, guften.
Une échelle, en ©tige.
en Slfgrunb.
et
Un
Exploiter, bearbeibe. Saillant, fremfiaaenbe.Søt. jupon,
Tutoyer,
©fjørt. La bure, 33abmet, grost ulbent
170.
L’écorce, f., ©{allen, Sælgen. La
fige ©u tit.
De l’orge,
Søg.
STÎelet.
La
Sønnen.
farine,
fève,
Du seigle, 3tug.
Séjourner, forbliøe, blibe ftaaenbe. Un
Se
enclos, et ffnbeluffe. Un marais salant, en ©altgrube.
d'épines,
dépouiller, (ïtUe ftg Peb affonbre ftg. Un fagotUne
chauÙn réservoir, et ©(emmefleb.
et Sjørncfntppe.
Les monts Kradière, en Kjebel. S'évaporer, forbunjîe.
171.
Un cable, et Soug. Elles sont
paks, Sarpaterne.
be base ncefien ingen ©fraantng ; penà peine
penchées,
en fiorègabe. À
ché, fat t en (ïraa ©ttlltng. Le carrefour,

tfencflcn.

—

—

—

—

,

—

L'écroulement, m., Slebftørtningen.
Procéder, gaae frem, gaae tiløærfø.
fflebfønfen. Le sel
Engloutir, opjluge. L’affaissement, m„
Un juste-au-corps, en
bet
©ait,
©icrgfaltet.
gebigne
natif,
Un tablier,
Kofte; en gratte, font flutter tæt til firoppen. uben
©fpgge.
Une toque en feutre, en giltbat
et gorflœbe.
S’abandonner à la
Affublé, iført. Grotesque, pubfeerltg.
oøergiøe ftg til.
penfe, følge ©fraantngcn ; s’abandonner,
S'enfoncer en glissant, labe ftg
Une poutre, en ©jelte.
trænge neb til Sunben,
glibe neb til Sunben; s’enfoncer, Une
en ©rønb.
opération, et göre«
Un
puits,
ftg.
forbøbe
Ebranler, røfle.
en ftirbiulet ©ogn.
Un
chariot,
tagenbe.
Le charbon de terre,
Un éboulement, etSorbfïreb.
173.
Une excavation, en Ub*
La houille, ©teenfttl.
©runtul.
Un
Â la longue, paa langø.
Creuser,
grase.
buuliting.
neb.
Bouclier, ttlfloppc.
antre, en fmlc. S’affaisser, fønte
DétourSe conjurer, forene ftg ont ; famtnenfPærge ftg.

la file, paa 3îab.
0. 172—174.

—

290
ner,

aflebe.

L'inflammation, f„ Stntcenbeïfen.

Asphixier,

Jøccle, tiltntetgførc plubfcligcn alle üioâfunctionerne meb en
uaatibbar ©aéàrt.— 174. Prévenir, forebpgge. L'insouciance,
f., Sigegplbtgbeb. Un ver à soie, en ©Üfcorm. Un mûrier,
et »Morbærtræ. Excessif, oøerbreøen. La croisade, florétoget.
La routine, Satten.
La soie écrite,
0. 175—177.
ken raae ©ilfc. Une pépinière, en fptantefïole.
Indigène,
inbenlanbjl. La présomption, Snbbtlbfïbeb. Solliciter, an<
Un
Un
en
176.
Æaffeloøn.
four, en Døn.
poêle,
føge cm.—
Une claie,
Une tablette, en £>plbe. Une latte, en Sccgte.
Un roseau, et
meb anbragte Støbninger.
Une chambrée, en ©tuefulb ; en fDîœngbe, ber boe
fammen. La croissance, Sœrten. Les mettre [tins au large,
gt»e bem flcrre ^3Iabé, fcctte bcm længere fra bøeranbre.
Un brin, et ©fub, en
177.
Un berceau, en Søøbøtte.
Une
©ttlf. La bruyère, Songplanten. Le genêt, ®pøel.
Une bassine de
et éøøb.
Prut, raa.
coque, et
La gotncuivre,’ et bpbt fîobbetbccffen. Détacher, loéne.
en

Sîtiéffetmng

Siør.

—

£>plft’cr,

me,
Un

leé.

Coller, fltftre. Un balai, en Soft.
Se dérouler, opø if»
SBtnbe, en ©tlfeøtnbe.
Se dévider, affwépcd. Tordre, tøtnbe. Mu, fat 1 5Pe<

Simen, ©mumien.

guindre,

en

Un apprêt, en
Un fuseau, en Seen.
; mouvoir.
L’organsin, m., Dr»
Slppretur, en ©ttøbeb og dSlanbê.
ganftnen tounben ©ilîe. La trame, Qfletten. Le satin,
Itlaffen.
©. 178—180. Teindre, farøe. Décruer, affoge, betage

øoegelfe

,

Simen.
ter les

Du savon, ©cebe. imprégner, gfennemtrcenge. Monmétiers, fcctte ©ilfcfloffernc i Sfccø. Le métier, bSœ*

Appliquer les dessins, anbringe ®?øtifterne. Esquisser, ublafte, gjøre Dmribfct af. Un dessinateur, en
Stcgnemefler. La dentelle, .Kniplingen. La vie pastorale,
£>prbeltøet. Pittoresque, malettff. La fonte, ©melten. Déborder, fïplte øøer Srebberne. Le pin, ©rantrcret. Le sa179. Isolé,
pin, gprrctræet. Les glaciers, m., ©letfcberne.
affonbret, afjïaaret fra al gorbinbelfe. Un antre, en £u(e.
Un potager, en Äjoffenbauge.
Un verger, en grugtftauge.
Une flèche, et ©ptir.
Retentir, gfettlpbe. Vaste, rumine»
lig. Un moellon, en ©anbflecn. Une ardoise, en ©fiferfleen.
øcrjlclen.

—

La

menuiserie, ©nebferarbeibet. La charpenterie, Commets
180. La confection, SEittøøntngen. Jouir d’une
Un quintal, et
grande réputation, ftaae i flor Slnfeelfe.
©entner. Succulent, faftfulb. S’arranger avec qn., flutte
Slccorb, gjore Slftale tneb @n. Le beurre, ©mørret. Le procédé, gremgangömaaben. Verser, ticlbe ub. Tiède, lunfen.
Une truelle, en flab ©fee, eg. en
fDîuurfîee. S’épaissir,
bliøe tpf. Le fromager, Dftetillaøeren. Tendre à, ftrcebe
efter. Des huiles, f., 33 obier.
©• 181—183. Se consommer, forbrugeg, fortcereê. Des
arbeibet.

herbes

—

aromatiques, f., Krpbcr urter.

La chèvre,

©jebett

291
Un maître chevrier,

ctt

©jebelfprbe.

Engraisser, febe.

La

Savoureux, »elfmagenbe. La faux, £øffleen.
1S2. Tenir à, polbe faft
Faucher l’herbe, flaae ©rœdfet.
tit. Fo»eb, fœtte firtid paa. Disposé à, flernt for, oplagt
183. La fruSe
fammen.
ffpbe
nære.
cotiser,
menter,
galité, £ar»eligf)eb. La sobriété, SiSbruetigpeb. Sombre,
©tø»»
mørf, inbfluttet i ftg fef». Des guêtres, f., ©amafdjer,
Du milletter. Une bouillie, en @røb. Du maïs, 2>?aid.
let, £>irfe. La rosée, »Duggen.
S. 184—186. Un sifflement, en gløiten. Aigu, fftngs
Elles sont
rcnbe. Le museau, ©nuben. Arqué, b»el»ct.
crête. SCoppeit.

—

—

ligge tættere inb til; serrer, trpffe
bêlement, Srœgen. La grêle, fmgelen.
Se resserrer, trænge ftg fammen. Soigné, pietet. Tondre,
paa en inbbeg»
flippe. Parquer, fœtte i gotb, famle gaarene
185. Un chalet, en Oft»
net ^labd. Rude, paarb, bnrjï.
Le chamois, ©teengfeben. Franbotte, et ©djtoeitferbuud.
Une lunette
chir, fpringe o»er. Inaccessible, utilgængelig.
Se frayer
en X»erfæf.
d’approche, en Siffert. Une besace,
Des crochets, m ., £ager,
bane ftg en ISei.
un chemin,
Se
186. Alerte, aar»aagen.
Sroge. Le jarret, |>afen.
ab. Gravir, ffattre op ab. La crevasse,
ftg
fprebe
disperser,
bans
Steôncn. La ravine, SBjcrgflrømmen ; egentlig ben, fom
ned af fJlegnen ; ogfaa: £>uul»eten. Du pain d’avoine, £>a»re»
Le
plus serrées
faji, flemme.

contre, be
Le

—

—

—

Chétif, mager, udfef. La gibecière, fjagttaffen.
du
brouillard, SEaagen. Envelopper, inbbpffe. La plante
pied, gobfaulen. S’élancer, fpringebenfrem.
fleife Slfgrutib. Ren0. 187—189. Le précipice,
Farouche, mennejfcffp, Hagard, »ilb.
verser, fafte omfttfb.
Une paCrédule, lettroenbc. Un sorcier, en $røibmanb.
Se susciter des rixes, pppe Å'lammert
roisse, et ©ogn.
De memeb b'nanben. Tanner, tilberebe meb Sarf, garøe.

brøb.

nus

objets,

m„

©maating.

—

188.

Le

sentier,

gobflien.

grifteb, et SEilflugtdjleb.
tæmme.
Intrépide, uforfœrbct. Abolir, afftaffe.
L’arène, /., ©fueplabfen ; ben Seel af ämpbitbeatrct, b»or
le tour
©labintorernc fœmpebe. La lice, Sampplabfen. Faire
de, qrngioe, gaae ruttbt om. L’enceinté, f., jîrebfcn.
aaben, ubfat for ©olen. Â l’abri, be»
189. Â

Excessif,
Dompter,

o»erbrc»en.

Un

asile,

—■

et

—

découvert,
ffpttet fut ob ©oleitj

Pratiqué, anbragt. Assouvir,
; i Sp.
tUfrebdflilfe. Un piqueur, en Slnfporer; (£n, fom cp»
Mettre la lance
bibfer ®prêt »eb nt ftiffe bet meb en Sanbfe.
l’arrêt, m., ©tøttepunftct for
en arrêt, .lægge Sanbfcn an;
La
Sanbfen. Eblouissant, blœnbenbe. Percer, gjennembore.
mætte,

monture, Spret, ber rtbed paa.
0. 190—192. La tlêche, jiilett. Harceler, brille. .Une
Ecarbannière, en gane; et 33anner. Du velours, gløtel.

late, ffarlagendrøb.

tig. Aguerri,

Fougueux, bibftg.

»ant til ©trib.

Circonspect, forftg»
Esqui-

Provoquer, ubœjfe,

292
ver, ttnbgaae
Ot angribe.

bebanibtgcn.

—

191.

l’offensive, gitter ftg til
épinière, 3îpgmarttcn. Le

Prend

La moelle

hjernen. Une vertèbre, et httirttetbeen. Il le vise
ban ftgtcr ben efter giertet. Secouer, rpftc. Ter192. Vu, naar
nir, forbuntte. L’athlète, m., Kccmperen.
man tager i Setragtning. Franchir, tilbagelægge. Faire jaillir, fafte i Seiret. Dégoûtant, tteentmetig. Supprimer, op<
bœtte. Lancer des excommunications, ubfïpnge Santpéninger.
Disséminer,
S. 193—195. Rétablir, tnbføre paa np.
forbele; ubftrøe. L’Ascension, f., SrtfH himmelfart. Un
anneau, en 9ting. Enchaîner, teentebinbe. Les saturnales,
©aturnalierne, gefier til ffôre fer ©aturmtb. Délier, lofe.
Les différends, m.,
194. Retracer, forefîitle, afbiibe.
©tribigbeberne. Élargir, løbtabe. Des étrennes, f., 9îpt*
aarbgaser. Panaché, prpbet meb £op. La housse, hefteî
bœffènet. Un échafaud, et ©tiltabb. Éloigner, ubeluffe,
195. Le déguisement,
fjerne. La contrainte, £»angcn.
gorftœbningen. Un palefrenier, en ©talbfnœgt. Une brosse,
Des miquelets, m., Sanbitter, Siøttere. Une
en Sorfte.
espingole, en Dîtffeï. Un zig-zag, en SEræfar, beftaaenbe af
tttenbe jigjagfermige Sinier, font man fan famtttentrœffe og
forlænge. Des quaqueri, Àttœtcre. Affublé, inbbpltct. Épuiser, ubtømme. Un balai, en -SU'ft. Une nourrice, en îlminc.
Un nourrisson, et pattebarn. Émmaillotté, font er i ©Søb.
Une tire-lire, en ©parebøbfc. Des dragées,
©uffcrhtg*
1er. Des noisettes, f., ftabfetnobber. g e munir de, fcrfpne
ftg meb. Blanchir, mate b»tb. Des matti, Starre. Une
bordée, et Sag. L’usure, f., øserbretten 9îentc, Stager. Un
polichinelle, en puffetrpgget ftarleftn. Une jaquette, en fort
•Kjole, en SEroie. Des lazzis, m., ttittige fjnbfalb. Plissé,
tagt i Socg, frufet.
©. 196—198. Se quereller, trœtteb. Un coutelas, en
Çlatlaff. Industrieux, ttinbfïibetig. La bougie, SBortpfet.
Un effort, et fjorfog, en
197. La croisée, SBtnbuebfaget.
fSeflrœbetfe, en Stnftrœngetfe. Puéril, barnlig. Le flegme,
fPblegma. L’indolence, /’., $orfff)eb. Attrayant, tiltrœffenbe.
Tranchant,
Des arabesques, f., pi., Søttttcerf, ïïrabeffer.
198. Des
brajïenbe, fïærenbe. Un précepte, en gorfïrift.
bains, 23abel;ufe. Une ablution, en jRenfelfe. Pavé, brolagt.
Surmonté, cmgittet forotten. Ombragé, omfïpgget. Touffu,
løttfutb, tæt. Un charpentier, en SEomutermanb. Promptement, purtigen. Des treillis de bois, m., SEræjatoufter; un
treillis, en ©ammenfœtning af Siremmer. Une lucarne, en
title Stabning, en SEagrube. Une vitre, en fJtube. Barbouil1er, otterftrpge. Se passer de, unbttære. Accroupi, fibbenbe
paa fmg. Suggérer, inbgpbe.
La fatalité,
©.199—201. Un préjugé, en jforbom.
ben uunbgaaclige ©fjæbne. La résignation, gafning, f>engb
»ett^eb i gorfpnetb SSiltie. Absurde, urimelig, befpnbertig.
cerveau,
mi

coeur,

—

.

—

—

.

—

—

—

293
200. Voûté, p»cet»et.
Un orS’évanouir, forfötnbe.
févre, en ©utbftneb. Un joaillier, en 3u»etecr. Du brocart,
©ttletøi, inböirfet meb ©utb etter ©et». Un sellier, en ©ab«
betmager. Un armurier, en «Baabcnfmeb. Ua lame, Stin«
gen. Damasquiner, bamaéfcrc. L’agitation, tBirlfempeb. Un
coussin, en f|5ube, et ftpnbc. Vaquer à un travail, befatte
ftg itteb et 2lrbeibe, befïjœfttge ftg bermeb. IJn sorbet, eu
201. Le tuyau, gieret. L’emføtenbe tDrtf, en Stmonabe.
bouchure,
Slîunbftpffet. De l’ambre, in., Dîa». ÉchanLa susger, »erte. Un maintien, en Jlbfeerb, en f)»tbing.
ceptïbilité, Çtrretigpeben. Un emportement, en Spfarenpeb.
La compassion, fpîebtibenpeb.
Déchu, nebfatben. L’aridité,
f., ©ørpeb, fj>be. Le sol, Sorbbunben.
—

—

—

Indispensable, uunbPOcrtig. Une ouSceberftajïe. Une auge portative, en fmanbfpanb;
une
auge, en ©panb, et ©rug. Une courroie, en 3iem. Le
tendon, ©enen. La nuque, 9îaflcn. La généalogie, ©tam«
203. Solliciter, an«
tasten.
Une embûche, et Sagpotb.
føge om. La discrétion, ©obtbeftnbenbe. L’angoisse, f.,
Sibetfe, pttnttg ©titting. Se désaltérer, fïutfe fin ©ørjl. GuetUne tribu, en
204. Invoquer, paafalbe.
ter, ture paa.
©tamme. (Un tribut, en 2lfgtft() Déclamer, anbotbe om,
begjcere. Vindicatif, pe»ngterrtg. Provoquer, fremfatbç.
L’agresseur, m., Ingrtberen. Apaiser, fîilte titfrebê. À
outrance, paa Si» og ©øb. L’acharnement, m., gorbittretfe.
Des mouvements de générosité, Ubbrttb af Stëbetmobigpeb ;
un mouvement,
et Ubbrub af en gøtetfe, af en ©tnbéjlem«
Tarir, itbtørre.
mng. L’outrage, m., gornccrmetfen.
La gomme,
S. 205—207.
Tributaire, fïatfïptbtg.
©Utnmt. Le baume, Satfam. L’encens, m., 3iøgetfe. Le
séné, ©eneébtabe. La datte, ©abbetfrugten. Extraire, ub«
■trælle, ubbrage. Maintenir, paanbpce»e, »ebtigebotbe. Refluer,
firømme pen tit, titbage tit. Le caféyer, Saffetræet. Un
206. L’aromate, m.,
rejeton, et ungt ©ÎUb, en îtftœgger.
ïrpbret (aromattfï) ©nft. Le sol, Sotbbunben. L’apprêt,
©ttberebetfen, Sepanblingen. Le noyau, hjernen. Pim.,
1er, fiobe. Un plateau, et gab. Un mortier, en Slîorter.
297. La mesure, ©aften. L’air, m.,
Le pilon, ©tøberen.
SJîetobten. C’est à l’enfant, bet er Sarneté ©our. Remuer,
røre om. Ingénieux, ftnbrig.— Une variété, en Sfart. Glutineux, tiimagtig, îtffbrig. Du liant, Støbpeb, ©mibigpeb.
S. 202—204.

tre,

en

—

—

—

—

—

Une denrée, en $otontai»are.
Le fracas,
Fendre, ttøse, fpatte.
Srageit. Le gommier, ©ummürceet. Se gercer, fprœfle.
Suinter, ubfïpbe, ubfoebe, affœtte gugtigpeb. Limpide, Itar.
Un dais, en Satbafin, en ©pronptm«
Un panier, en Sur».
Des tablettes, f.,
Etablir le camp, opftaae Seircn.
inet.
Une bête de somme, et
Entasser, fplbe t.
flabe Sager.
Le comptoir, fmnbetêftebet. L’échelle, f.,
209Sajîbpr.

Du lustre, ©tanbsî.
S. 208—210.

—

294

Çanbetéptabfer paa fipjîcn af ScPanten. La progéniture, Slffommet. Mettre bas, fafic (cm ©prene Per føbc
Unger).
Décharger, aftceøfc. Une cuve, en Summe, et
Le pont, ©ceffet.
Une coulisse, en Saage, et ïïrœt
Sar.
La cale,
tit at fïpbe frem og tilbage. Retirer, trætte fra.
Etre de bonne in©übérummet. En échange, tit ©Ujï.
teliigence, »ære i gob gorftaaetfc. Escalader, bcftige. Surirendre, fïuffe. La vigilance, jpaapafffenfeb, Starøaagenfeb.
Îja mêlée, ©triben. Braquer le canon, rette Sanonen.
L’équipage, ni,, ?Pïanbfïat>et. La fourberie, tSebragertet.
210.
L'impétuosité, f. ^æftigfeb. Evaluer, anftaae.
L’huître, f., SKué;
Exploiter, benptte, bri»e, bearbeibe.
lingen, cg. Ç)flerfcn. Un dépôt d'humeur, en îtffœtning af en
L'écaille, f., ©talten.
fBœbfte. La nacre, ÿertcmoer.
Façonner, ferme. Percer, gjennCttlbore. Boucher, ttljicppe.
Ingénieux, finbrig. Recouvrir, Oøertræffe. Un procédé,
Le lustre,
en gremgangémaabe.
Pénible, møifommcltg.
Otanbfen. L’avidité, f., Segjertigbeb.
S. 211—213. Dépourvu, blottet for. Terne, bunfel.
Laiteux, mettepoib, mat poib. Céder, fîaae tilbage for. Le
gouffre, SSiatfirømmen, Ütfgrunben, ©»œtget. Un écueil, et
©fjeer, en fïjult Stippe.. Plonger, bptte, gaae ttlbunbé. Le
requin, fjaififten. Des superstitions, f., ooertroiffe SSîibter.
L’imprécation, f., gorbanbetfen. Ecarter, fjerne. La baie,
212. Un pilote, en ©tprnmnb.
Adjuger, tit»
Sagten.
ftaac »eb Sluction. Tremper, bpppe, ubbtøbe. Une éponge,
Us courent la
en ©»amp.
S’imbiber, gjennemtrccffeé.
213. Pourchance de etc., be prose bet Spttefpit o. f. ».
rir, raabne. Surveiller, pane £)pftgt meb, paëfe paa. Détourner, titöenbe ftg. Soustraire, bortfnappc, borttifte. Ava1er, nebftuge. Administrer un émétique, gi»e et Srœfmibbet
La solennité, Çoitibeltgpebeit.
tnb. Le trafic, fmnbelcn.
Productif, tnbbrtngenbe.
Une rangée,
Une brasse, en ga»n.
S. 211—216.
Le
La semence de perles, ÿerte ©cebcn.
en 3tab.
Le
Le débit, Stffœtntngen.
215.
triage, tîbbatget.
gant, f>anb(ïen. Infuser, ubbtøbe Sieget, faa at Slanbet traef=
1er ©afterne.beraf tit ftg. Étourdir, bebøoe.
Griller, pebe
o»er en Siifi, rifle.
Délicat, ftitt, fart. Se faner, førtørreff.
Un fourneau, en ©ôn.
Une plaque de tôle, en Slifptabe.
9la»n paa

—

,

—

—

—

;

—

Un crochet en
Une natte, en SSÎaatte.

Suer, ubbatnpc.
rager.

bois,
Du

en

©ravage,

jonc, ©i».

ett

©rte;

Une

ex-

halaison, en ttbaanbing, en ©unft. Doublé, betlæbt, foret.
De l’étain, m., ©in.
216. Réduire en poudre, fmulbre
—

lit

Le bambou, 3?ambuørøret.
La souplesse,
©mibtgbeb. La ténacité, ©etgpeb. La charpente, ©øm;
Le tronc, ©tammen.
mcrôecrïet.
Le bois de lit, ©enge;
jiebet. Un ustensile de cuisine, et Sjøftenrebjtab. Un ba-quet, en Satie. La charpie, ©renterne. Du crin, Ärolfaar.

puiser.

295
Une
Un éventail, en SBifte.
Le matelas, SJÎabratfen.
Les agrès, in., Sjatte«
mèche de chandelle, en ?pfepœge.
lagen. Le cahle, Slnfertouget. La brouette, hjulbøren.
Arroser, banbe. Le bourgeon, knoppen.
©. 217—219. Confire, fplte. La cage. Suret. S’ap-

pauvrir, forarmed.

Usité, brugelig.
pétuntsé, ÿetuntfe,

Le

kaolin, Saoltn,

ben pbtbe
Un puits,

gelbtfpat.
en ffirenb.
pieds, celte meb jobberne.
218. Ingrédient, m., Sejlanbbeel. Pétrir,
Pavé, brolagt.
Uni, jebn. Purgé, renfet. La
celte. La pâte, ©eigen.
Slrbetbe. En creux,
cuisson, kogningen. En relief, t
forbpbet. Le ciseau, Sîeijïen. Prodiguer, øbflc, anbenbe t
flor Sîcengbe. Le vernis, gernidfen. La cuisson, Âognin*
219. Compact, toet, faft. Fragen. Manquer, jïaae feil.
gile, ftjør. Etre percé de huit croisées, pabe 8 gag Sins
buer ; percé de, gjenncmbrubt af. Améliorer, forbebre. Expliquer, forflare. Analiser, ubbifle, opløfe.
©. 220—222. Un préjugé, en fjorbom. Délivrer, befrie.
Rusé, liflig. Fourbe, lurnft, bebragerfl. Se défier de, tage
La distinction,
ftg t 2tgt for. Une démarche, et ©frtbt.
be-

sporcellainforb.

Fouler

Le

aux

—

—

Ubntcerfetfe. L’embonpoint, bet gobe fiolb, gebrne. Le
soin, ©rang. Une idole, en 2lfgub. Joufflu, oppuflet, fpls
big. Un magot, en cptneftfï ©ufte, eg. en Sabian. Erroné,
btlbfarenbe. Rétrécir, tnbfnerpe, formtnbfïe. Chétif, liben,
et
fpinfel. Une litière, en Scerejloel. Un étui, 221.gutteral.
Serré,
Le lustre, ©lanbfen.
Vain, forfængelig.
—

panier, ^iflebeendftjørtet.
fnørt.
Ils ferInsignifiant, intetfigenbe. Le précepte, gorffriften.
ment le poing de la main gauche, be lutte ben benflre
Le convive,
fiaanb ; le poing, Sîceben. Empoulé, foulflig.
©jœflen. Soumis, unberfaflrt. Se départir de, aflægge.
Le corset,

©norlibet.

Le

—

222.

©ammenîomjl. L interprète, m.,
Devancer, tomme forenb en Slnben. L’imprimerie,

Une entrevue,

©Oltcn.

en

Sogtrpffertunilen. Une planche,Unen Çlabc.
mandarin,
Exclure, ubeluffe.
en Çenfel.

Un
en

pinceau,

fÔîanbatL

Un placet, et fSonfïrtft, en Slnføgntng.
S. 223—225. Un sillon, en spiougfure. Vil, nebrig,
La molUéfet. La rêne, ©ømmen. Implorer, anraabe.

ner.

Honteux, ftammelig. Une sédition,
Une houOprør. Un châssis de bois, en ©rceramme.
be cpincfifte ©fpgges
gïe, et IBoxIpd. Les ombres chinoises,

lesse, Sløbagtigbeb.
et

224. Un panneau, et inbfattet ©ibeftptte, en fjplbs
ubjïaaret, ubpuggct. Une banderole, en
Sculpté,
ning.
Un artificier,
Simpel. Des feux d’artifice, gprbœrîerier.
Acharné,
Une sauterelle, en ©rœépoppc.
en gprsxerter.
itnbet:
Paarbnaffet. Le cachet, præget, ©eglet. Trapus,
borff. La
fcetfig, fort og tpî.— 225. Engourdi, inbfïumret,
De
fourrure, fJfeWbcerfet. Outre mesure, ober al üJîaabe.
la clincailicrie, gfenframbare. Le crépus ule, ©uâmorfet.

btlleber.

—

296
Echanger, omtnfïe.

Un

attelage,

et

jfjørctøi,

et

gorfpanb.

courroie, Stemmen. La voracité , ©raabigbeb. Exténué, uttoeret. Un train, en gart. Peu leur importe, fcet
La

cr

bem

tigemeget.

©. 226—228. La lassitude, £rcetl)eb. Affamé, fmngtig. Un tourbillon, en £>birbelbinb. Des montagnes de
flocons, ©nebjerge, ©nefog ; un flocon de neige, en ©ne*

flot.
bøbe.
en

Un

Le miel,
Etourdir, bcs
Un noeud coulant,

Braver, trobfe.
Déposer, affeette, nebtœgge.

Féroce, gtubenbe.

jôonningen.

marteau,

Stenbeløffe.

Un

—

en

jammer.

billot,

en

Slof.

Une

227.

tentative,

et

planche, et Srcet. Une balance, en SccgG
ftaal. Gourmand, graabig. Se mettre à l’aise, feette fig
til 9îo, feette fig i al Sîagetigbeb. La pesanteur, Spngben.
Céder, gibe efter. Le lien, Saanbet. Se redresser, inb»
Hurtage tgien ftn forflc ©tilling. Emporter, ribe meb fig.
228. La gueule, ©abet.
1er, tube. Un pieu, en Çcet.
Un bois fourré, en fïratffob. Museler, btnbe en iÔîunbfurb
paa. La bourgade, gteeffen. Une battue, en Älappefagt.
Cerner, omringe. Rétrécir, forminbffe. Le gosier, ©bcelgct.
Se réconcilier, forfone ftg.
Rôtir, ftege.
S. 229—231. La trompe, ©nabefen.
Un arc, en Sue. La caverne, £ulen. Assener, bibringe
et Çttftigt ©lag.
S’affubler, iføre fig. Un accoutrement,
en befpnbertig Sragt.
Hideux, fcet, bceétig. Déguisé, for»
La vue perçante, bet ffarpe ßdefpn ; perçant, giens
flccbt.
230. Aguerrir, gjøre frigéoant, giøre fon
nemtreengenbe.
trolig meb garen. Le phoque, ©celpunben. Alimenter,
bebligepolbe, nccrc. Le nerf, ©enen. Le boyau, Carmen,
231. Une nacelle, en lille Saab,
lin outil, et Sccrftoi.
Hérissé de, opfplbt meb, eg. befat meb fremra*
en Sotie,
genbe Segcmcr. Une latte, en ©finne. Une rame, en 2lare.
Un harpon, en £>arpun. Une vessie, en Slœre. Le voilà
lancé, berpaa ftiffer f>an i ©øen; lancer, bringe et gartoi
i ©øen, labe bct.løbe af ©tablen; ogfaa, ubfafte ©ppb,
SHte o. f. o. Le jouet, Saftebolben. Plonger, bpffe unber.

gorjøg.

Une

—

—

—

Surnager, foømtne Obenpaa.

Crochu, tilbagebøtet.

©. 232—234. Endosser, tage paa Sîpggen.
ffcere i ©tyller. Le gibier, Sitbtet. Enterrer,

Dépecer,

nebgrabe.

©mtbtgbeb. L’équilibre, m., Sigebægten.
L’agilité, f
Faire pencher, bœtbe. Tourner sens dessus dessous, benbe
.,

233. La superSunbcn op paa ; benbe op og neb paa.
cherie, Sift, Sebragert. Le saumon, Saxen. La baie, Sug^
ten. Consacrer, anbenbe, fettige.
234. Coudre, fpe. Un
habit de parure, en ©tabéffole; la parure, ffipnten. Une
redingote, en Dberfjbte. Bordé, fantet. Une couture, en
—

—

Longer, feile langé meb. Se diriger sur, fîpre
©pning.
bentmob, tage Sourfen. Doubler le cap, paéfere forbi gou
bjerget. Faire voile pour, feite tit.
—

297
S. 235—237.
gaae i Sattb. Un

Des effets, m., ©ager.
Débarquer,
indigène, en Snbføbt. Une oreille-deLe

La braise, ©løber.
et ©døre; en ©fatorm.
du soleil, ©otcné Om=
goëmon, ©øgrceø. La révolution
236. Ce fut à qui etc.,
benë
cg
Siebgang.
Dp,
bretntng,
Une sonbe îappebed ont, p»o ber fîutbe gi»e bem o. f. ».
Un collier, et
nette, en Stoffe. Un miroir, et ©pett.
îtnfer.
£>atøbaanb. L’empreinte, f., Çrceget. Mouiller, fafte
Importun,
et 9ta»n paa be SSitbeé SSaabe.
La
mer,

—

pirogue,
en Søtie.
paatrœngenbe. Molester, bef»(ere. Une massue,
237.
L’outrage, m., gorncermetfen. Démonter, nebtage.
Un insulaire, en Øboer. Assommer, OBerfalbe mcb ©tag.
Garotter, biitbe Çœnber og gøbber. Grièvement, paarbt.
—

Rejeter, forfafte.

Vider,

tømme.

Rôder autour de, polbe

ftg bcffanbig op omfrtng. Épier, ture paa. Effrontément,
Une pompe-à-feu, en tBranb,
mcb Uforffammetpeb, frceft.
fprøite. Une inondation, en DocrffpUen, en D»erf»ømmetfe.
Grâce à, »eb Çjetp af. Tirer à petit plomb, ffpbe meb Ça»
Une carronade,
gel. Exterminer, ubrpbbe, titintetgføre.
en ©»tngbaé.
Chargé à mitraille, tabet meb ©fraa
tœtfcper).
Des
S. 238—240. Un feu d’artifice, et gpr»cerfcri.
en ©tabet.
Assaillir,
Une pile
m.,
gamérob.
ignames,
La grève, ©tranb,
oocrfatbe, beftormc. Abattre, fcetbe.
239. Enlever, fratage. La hache, fpren. Le
brebben.
bonnet, £>uen. La férocité, ©rumpeb. Ronger, gna»e.
L’aveu, Xitftaaelfen. La dépravation, ben moratffe gor,
bœrbetfe. Essuyer, ubpotbe, ubjiaae. Se repaître de, for*
210. Le cannihal, ftilenneffeœberen.
teere, mætte ftg meb.
Des lambeaux de chair, m., Sjøbfiumper. La dévastation,
Un trofteergen, Dbetœggelfe. Une case, en fltegerpptte.
^iaatreena
Sefseeren,
et
L’importünité,
©eierétegn.
phée,
anløbe en £>a»n.
genpeb. Frileux, fulbflcer. Relâcher,
Avoir rapport à, pa»e ftcnfpn tit. Le parage, gar»anbet.
La trace,
©. 211—213. Le naufrage , ©ftfebrubet.
om.
fEa=
Malfaisant,
Se
ftg
0»ertpbe
convaincre,
©poret.
fnb tit San*
befro. Séjourner, oppotbe ftg. Aborder, tcegge
La perfidie, £ro,
bet, neerme ftg. Redoutable, frpgtetig.
Surveiller, pa»e Dpft'gt meb. L’exploitation,
løépeb.
Searbeibetfen. Etre pris pour dupe, »ære ført bag Spfet ;
242.
Circuler, besage ftg, gaae om»
la dupe, Daaben.
Le
Sinistre, itbeøarétenbe. EciaScempen.
géant,
ïring.
fætte
tøé.
ftg i Sp. Spacieux, runts
S’abriter,
ter, brpbe
La mâchoire, StœbebC;
243.
plettet.
Tacheté,
mettg.
Verdâtre,
,

—

—

—

—

—

Les dents incisives, ©fceretcenberne.
Glacer, idne.
grønlig. La prestesse, Çmrtigpeb.
Bondir, fpringe. Le repaire, fntten.

net.

Dissiper,

Interpoabfprebe.
Étincelant, funftcnbe. Lancer,
ser, ftitlc 5loget imetiem.
fafte. Ebranler, rpfie. Le gémissement, ©uffen, Âtagctpfe.
,

298
Aigu, ffarp fToerenbc. Tenter, forføge. Reculer, fløbe til*
tage. Darder, ubfafte, ubjfpbe.
0. 214—246. Viser, figte.
Le cerveau, hjernen.
Une chance, en ©anbfpnttgpeb, et rimeligt SEilfoelbe.
Làcher, flippe. La détente, Slftrpîferen paa ©esœret. Un bond,
,

et ©prtng.
Atteindre, ramme, træffe. La furie, Sîaferiet.
L’amorce, f., gamgfrubtet. La boite à pondre, jïrubtfaéfcn.
A tâtons, famtenbe.
Le sol, ScergulPet.
Lu contact, i
Le frottement, ©nibningen, Slibningen.
Le
Serørctfe.
Un
bouchon, proppen. La consternation, Sejtprtelfcn,
terme immédiat, en øiebliffetig
umibbelbar ©rœnbfe. As245.
Une imprésiéger, beteire. Intrépide, uforfeerbet.
cation, en gorbanbetfe. Une corde, et 9îeb. Un sifflement,
en ^Siben.
Etouffé, fpatt. Assourdissant, bebøsenbe. Inoffensif, ufïabetig. Porté à son comble, bragt tit fit £)øies
fie (le comble). Etrangler, foœlc, mprbe. Méditer, ppnfc
La précaution, gsrfiøtigbeb.
paa, øøerlægge.
Boucher,
floppe. Gratuit, unptttg, font iffe teber tit Sfoget. La rudesse, Staapeb. Dissous, opløft. —; 246. Résonner, gjeiu
ïpbe. Le réveil, ©jenoppognen. Épouvantable, forfeerbe»
ïig, rœbfetfutb. L’écume, f., ©fummet. La femelle, £>un»
tien.
Impitoyable, ubarmhjertig. Lamentable, ftagenbe,
pnfetig. Naseau, 9lœfeboret.
©. 247—249. Un sentier, en gobjti.
Joncher, befirøe.
Le roseau, Sløret.
248.
Osciller, Pafle. Semé de, ops
af.
fptbt af, beffaaenbe
L’équilibre, m., Sigescegtcn. Déboucher, femme ub fra. Escalader, beffige, ïfattre op ab.
Un obstacle, en Çinbring.
Insurmontable
uoperffigeltg.
La poursuite, gorføtgetfen.
Franchir qu. ch., fœtte OS er.
IJn saut, et ©prtng. Suspendu, fpcesenbe. Un abime, en
L’éclair, m. Spnitben. Déchirer, føitberriøe.
Slfgrunb.
,

—

—

,

,

Le

249.
Un
précipice, Stfgrunben. La cuisse, Saaret.
tronc d’arbre, en Erœbut.
Un coup
Assener, bibringe.
de crosse, et ©tag meb fîotben. Lâcher prise, flippe tøs?.
Se débattre, feempe mob Søben.
La surface, Docrftaben.
Évanoui, befptmet. L’application, Stnsenbetfen. L’hémorrhagie, Sftobtabet. Agité, urolig. Se résigner, fïnbe
ftg t. Une aspiration, et Stanbebrcet. Un frémissement,
en ©pfen.
Convulsif, frampeagtig. Se lever sur son séant,
—

reife ffg

oper Gênbe.
S. 250—252.

Confus, forpirret. Le chevet, jpopebs
La Bohême, Søfmtcn.
gjeerbet.
Merveilleux, pibunber*
ligt. Accorder, titfîaae. En outre, beêforuben La bellefille (la bru),
©Pigerbatteren. Le délai, Opfættetfen. La
fourrure, ^iettbPœrfet. La Lithuanie, Sitpaucn. Un mon—

ticule, en titte -fjøi.
251.
Le trot, Srapct.
Le ronflement, ©norfen. Porté à, fatbet tit, ftcmt tit.
Vouer,
—

bettige.

Une

L’allure, f,,

inquiétude,

en

Urotigbeb. Inaccoutumé,

fWaaben at gaac paa.

Le

saut,

usant.

©pringet

299
des corrections à qn., tiïbeïe Ont Stebfetfer. Le
soumettre, unbcrfajic ftg, abtpbe. Une résistance, enï>?ob»itlic,
en IKobftanb.
Préoccupé, befïjœftiget mcb fine Janter. Emu,

Appliquer

til SDtobe, ftnbøbeøæget. Pénible, püntig. Coup sur coup,
©tag i ©lag. Lâcher, flippe. Les rênes, f., tømmerne.
252.
Prendre le galop, flaue inb i ©alop.
Meurtrier,
morbertjï. Pâlir, blegne. La ténacité, 35ebpotbenl)Cb. La
vélocité, fil, fmrtigpeb. La persévérance, Ubpotbenbeb.
Abattre, fcetbe. Nocturne, natlig. Sans relâche, ttben Dp»
$ør. Le rondement, ©nøften.
S. 253—255. Atteindre, itaae. Dépasser, femme foran.
—

Faillir, folgte.

Le

grognement, ©rpnten.

gémisse-

Le

ment, ©uEEet. Se douter, afme. Viser, figte, Icegge an
La détonation,
Une explication, en forftaring.
paa.
254. S’éSnatbet. Débarrassé de, befriet fra, fïilt »eb.
lancer, ftprte fig frem. Succomber, bttffe unber. Se résigner,
—

Adoucir, formilbe. Une lamentation, en Slagen.
Une quiété, en
en ©lorie, en ©traalcgtanbø.
Jrpgbeb. Troublé, œngfiet. Sanguinaire, blobtørfttg. Le
persécuteur, forfølgeren. Devancer, løbe foran, faae for*
lifprtng. La gueule, ©abet. Altéré de, tørjitg efter. La
255.
Charger, labe. Chuchoter, b»i*
mite, ©rœnbfen.
fïe. S’abattre, ftprte. Un ralentissement, en ©agtnen. Haletant, ftønnenbe. S’épuiser, ubtømnteø. Se relever, reife
ftg paa ttp. Trembler, ffjœlbe. Distinct, tpbeltg. Déchargé,
affpret. La crosse, Solben. Délaissé, forlabt. MomentaCharitable,
Rassasier, mætte.
nément, for SpiebliEfet.
menncfïefjatrlig. La stupeur, !5cbø»cife, Seftprtetfe. Ridé,

fatte ftg.

Auréole,

—

rpnfet.
©. 256—258.

La

résignation, Çengtôenfeb

i

forfpnetâ

SSillie. Acharné, roogierrtg, opirret. Flairer, fnttfe efter.
Un bond, et ©pring.
Râler,
Le contenu, 3ttbpolbet.
ralle. S’évanouir, befotnte. Ranimer, gjenoplibe. La lutte,
Fouetter, pibfïe. Sans miséricorde, uben Sarm*

Sampen.

Une
Le persécuteur, forfølgeren.
257.
forfpring. Minime, meget title. Inappréciable,
uffatteerlig. Se réfugier, tpe inb i, tage fin tilflugt til.
Evanoui, befotmct. Ebahi, forbaufet. Conjurer, bebe inb*
ftœnbig ont, befocerge. Le verrou, ©îaaben. Dépeindre,
258. Le repentir, Singe*
fïilbre. Électriser, begeifire.
Le
ren.
Faillir, fotgte. Le hurlement, Juben, £>plen.
Le plafond,
Flamber, flamme.
volet, Sinbuebfïaaben.
Softet. Pratiquer, anbringe. Vivifiant, opliøenbe.
S. 259—262. La paralysie, SebøOelfe, Samfjcb. Une
volubilité inépuisable, en uubtømmeltg Orbfirøm. Avaler,
La délivrance,
ftuge. Une emotion, en ©inbébebœgelfe.
JBefrietfe. Vacillant, bæoenbe. Soucieux, forgfutb, fulb af
èefpraring. Secouer, rpfte. Retentir, gjentpbe. La ju-

Çjertigbeb.

—

avance, et

—

r

300
L’attente, f., gorbenb
260.
Ecnmant, fraa»
benbe. Un fagot, ét fRuéfnippe. Aveuglé, forblinbet. Un
Achever, giøre Cinbe paa. Incraquement, en Snogen.
Le
281.
L’amertume, /., Sittcrpeb.
feete, ffinfenbe.
grattement, Srobfcn. Insensé, ubettrnffom. La prédiction,
gorubfigetfen. S’accomplir, opfplbeé, gooc i Opfplbelfe.
La précaution, gorftg=
262.
Ecraser, nebtrccbe, fmtfe.
tigpeb. Le libérateur, Sefrieren. Ivre, berufet. Doue,
begaöct. Tendre, ubffrceffe. Les alentours, Omegnen.
SBettalenpcb. Présumable, forubfflt. L’emL'éloquence,
porter sur, feirc etter.
ment,

ningen.

poppen.

Affamé, pungrig.

Écarter, flaae

til @ibcn.

—

—

\

—

©ibe

Belles

1

réponses
Le prinre de Saxe
Saillie de Raphaël
Heureuse plaisanterie
Le poisson d’avril
,

®

•

^
4

®
®

Patience d’un quacre
L’arlequin et le cocher de fiacre

®
®

Plaisante

méprise
Secourez votre prochain
Autre trait de générosité
Trait de courage de Napoléon

7
8
8

9

Amour filial

Tenez votre

W

parole

H

Aimez à rendre service
Présence

d’esprit
politesse
Plaisant stratagème de Rabelais
Henri quatre et le vigneron

13

Effet de la

1-1

1®
!•*

Le meilleur ministre

Le soldat

1®

russe

le naturel

Certain âge accompli,
Présence d’esprit de Charles

Le roi et le marmiton
L’ambitieux désappointé

se

ne

corrige plus

.

17
17

quint

18
....

*

19

Réponses baroques

19

Trait de

20

magnanimité

Le chien de Frédéric II.

second

voyage
Joseph
La police de Paris
Le magistrat insensible
Le magistrat intègre
en

21
23
24
24
25

302
©ifce

Le

trompeur confondu

26

Le gouverneur courtisan
Reuchlin et les paysans

26
27

La franchise d’Oxenstierna

.

Napoléon et le paysan du Saint-Bernard
Napoléon après la bataille d’Arcole
Intrépidité du maréchal Masséna
L’album !
Ne jugez pas d’une personne par son habit

28
28
29

.29

•

Égalité

d’humeur

en

sur

la

Les voleurs

reconnaissance, quand l’intérêt

Les

.

.

32

pris

sur

rendue

34
le fait

.

35

•

Sandjar

.....

40

■.

Amour de la vérité

42

.

Plaisante

réplique de Voltaire
La mémoire prodigieuse
Hospitalité et sobriété des Arabes
Érudition de Napoléon
Leçon de valse donnée à Napoléon

43
44
>

.

......

ans

plus
II.

Les

par

........

Napoléon

.

.....

Pierre)
Albin.(M
Guizot)

53

Narrations.

bienfaisance de Paul

et

Virginie (de

Saint
74

me

82

.

.

.

Les deux frères

(de Jussieu)
ventriloque (Magasin pittoresque, 1838)

La lourde croix

*

-i*

50

Partie dramatique.
III.

Le

49
SI

tard

interprétations (Leceercç)

Trait de

46
48

PrésVhce d’esprit de Napoléon
couru

45
46

Gourmandise de Roustan
de mort

37
38

......

.

faux-monnoyeurs

Danger
Quinze

31

vous

.

Trait extraordinaire du sultan

justice

29
30

l'esprit

répond

Effet de la-faveur

La

...

•

.

La véritable force est dans le calme de

Comptez

27

(Magasin pittoresque, 1837)

90
...

.

.

.

106
109

303
©tøe

Sixte

116

quint (RlaNchard)

(Mag. pilt 1837)
Le paysan de Carigliano (Mag. pilt. 1837)
Les roses de monsieur de Malesherbes (I5ovii.lv)
Les deux écoliers

128

.

.

.

132

.

113

.

Descriptions.

IV.

du peuple anglais (Dkpping, auteur
151
des morceaux suivants jusqu'aux deux derniers)
153
Les machines à vapeur
157
Courses de chevaux

Esprit commercial

.

Pèche du

.

159

hareng

163

Amusements favoris des Russes
Fête de pàques en Russie

165

167

Saint-Pétersbourg
Palais de glace
Travaux des hommes dans les mines
de filer la soie
Manière d’élever des vers à soie et
construit à

La vie

pastorale

Chasse

aux

.

.

168

174
178

.

185

chamois

Combats de taureaux en Espagne
Le carnaval à Venise et à Rome

.......

197

Moeurs des Turcs
Moeurs des Arabes

201

204
207

Café de l'Arabie

Récolte de la gomme
Pêche des perles
Récolte et débit du thé
Partis

.

avantageux qu$n

Fabrication

de la

210

215
tire du bambou

....

porcelaine

219
.

.

224

de
226

•

.

216

217

Moeurs et coutumes des Chinois
Nord de la Sibérie
Manière de voyager dans le
de l’Asie et
le
dans
Nord
Chasse aux ours

l’Europe

188

193

.

230
les Groenlandais
Chasse aux phoques Vhez
et de
missionnaire
du
Eguédé
Anecdotes du séjour
233
ses fils au Groenland
234
de la Pérouse
Expédition à la recherche
livre des jeunes personnes, 1837) 241
La caverne du tigre (le
.

.

.

....

304
(Sit*

Voyage

en

pendant l'hiver (Musée,

Boheme

des

fa250

milles, 1837')
V.

Ømjccttflfr flf vattjMge

Ørt) og Solemaaber

liî38aC

?<i

Wetteifer*.

(Sit* 21, Sfnie 1, corroux laê
5* qu’elle
W,
40. champêtre
148,
“

—

—

—

—

—

—

—

•—

—

—

—

—

—

—

119,

35.

reçu

175,
170,

21.

qu'un

178,
191,
208,
210/
210,

233,

—

—

5.

e

—

—

lesautres

—

38.

entassées

11.

moelle

2.

aromat

0.

Pêche tic

—

22.

matelots

—

20,

leur

—

—

—

—

:

courroux

qu’il

champêtre
reçue

qu’un
les autres

—

entasses

—

moelle

—

aromate

perles—Pêche
—

—

maiclajf
leurs

tt&s

perles

.

263

m«

Ô/ÇKMAG.

45001 1489333

