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1831

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Statans

pædagogiske Stediesamling
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København

ANECDOTES.

Belles

réponses.

I^a

femme de Socrate disait, à son mari condamné
à mort: "Quoi! vous êtes innocent, et il faut que
”
vous mouriez?”
Aimeriez-vous donc mieux, lui
—

répondit Socrate,

que

je
2

mourusse

coupable?”

.

Quelqu’un disant un jour à Me'nédème, que
c’est un grand bonheur d’avoir ce qu’on désire, il
répondit: "C’en est un bien plus grand de ne désirer
que

ce

qu’on

a.”

3

.

Quand Phocion fut condamné à mort, un de
ses amis lui demanda, s’il n’avait rien à faire dire
à son fils: ”Dites-lui, répondit-il, que je lui défends
de jamais se souvenir de l’injustice qu’on fait à
son
I

père.”
,

4

.

Epaminondas répondit

un
jour à quelqu’un qui
voulait le séduire par des largesses: ”Si ce que
votre roi demande est juste, je le ferai pour
rien ; si c’est une injustice, il n’a pas assez de
trésors pour me séduire.”
*

5
Urbain IV, fils d’un savetier de Troyes en
Champagne, s’éleva par son mérite jusqu’au sou.

verain

pontificat. Le roi d’Espagne lui rappelant
jour la bassesse de sa naissance, il répondit:
”Ce n’est point une vertu de sortir d’un sang noble;
mais s’élever, comme je l’ai fait, c’est la haute
un

vertu et la véritable noblesse.”
i

2
6
Bourbon témoignant de la
compassion à Bayard en le voyant blessé mortelle
”Ce n’est pas
ment à la bataille de llomagnano :
moi qui suis à plaindre, lui dit l’iliustre chevalier,
je meurs en homme de bien; mais j’ai pitié de vous
.

Le connétable

de

-

qui

combattez contre votre

roi,

votre

patrie

et

vos

serments.”

7
Un homme de la cour demandait à Louis XII
la confiscation des biens d’un riche bourgeois
d’Orléans , qui s’était déclaré ouvertement contre
”Je n’étais
ce prince avant son avènement au trône.
En
son roi, répondit-il, lorsqu’il m’a offensé.
pas
le devenant, je suis devenu son père: je dois lui
pardonner et le défendre.”
.

8

Gustave III, roi de
ments de

lesquels

.

Suède, signala les

commence-

règne par plusieurs beaux traits, entre
peut placer celui-ci. Quelqu’un ayant

son
on

parler, dit qu’il venait l’avertir qu’un
homme en place formait des projets contre le trône.
Le l’oi n’ignorant pas que le dénonciateur était
ennemi de celui qu’il accusait, le renvoya en lui
disant: ”Allez vous réconcilier avec votre ennemi,
et je pourrai ensuite vous écouter et vous croire.”

demandé à lui

.

9

.

que Turenne commandait en
ville
une
neutre, croyant que l’armée
Allemagne ,
française passerait par son territoire, fit offrir cent
mille écus à ce général, pour l’engager à prendre

Dans

une. autre

cepter

le

temps

route

cette

:

”Je

somme,

ne

puis

en

conscience

répondit-il, n’ayant

pas

aceu

intention de passer par là.”
10

.

Rosbach, Frédéric U vit un
grenadier français qui se défendait en désespéré
A la bataille de

3
contre les hussards prussiens, et qui, malgré le
peu d’espoir qu’il avait de se voir secouru, refusait
de se rendre et préférait la mort.
Le roi s’approchant des combattants, cria au Français:
”Brave
grenadier, es-tu invincible?” ”Je le serais, Sire,
répondit le Français, si vous me commandiez.”

11
Un grenadier prussien portait à défaut de montre
une balle attachée à un cordon.
Le roi, Frédéric II,
en fut averti.
A la parade, il demanda à voir la
montre du soldat, qui se défendit d’abord, et finit
”Eh bien, lui dit le roi, à quoi peut
par obéir.
te servir cette balle?”
”Elle m’avertit, répondit
le grenadier, qu’à toute heure je dois être prêt à
mourir pour toi.”
Le roi satisfait de'cette réponse,
tira sa montre et la lui donna.
.

12

.

Hiéron, roi de Syracuse, ayant prié Simonide

de lui dire

ce que c’était
le poète deque Dieu
jour, pour examiner la question qu’on
lui proposait.
Le lendemain il en demanda encore
deux ; puis ces deux jours étant écoulés
encore
quatre, et ainsi de suite, en doublant toujours la
somme des jours. \ Iliéron voulant savoir la cause
de cette conduite: ”J’en use ainsi, dit alors Simonide,
parce que plus j’examine cette matière
plus elle

manda

,

un

,

,

me

semble obscure.”

Le

prince

de Saxe.

Le prince de Saxe, si connu par sa grande
force, entra un jour chez un maréchal-ferrant d’un
village sous prétexte de faire ferrer son cheval.
Il examina les fers qu’on lui présenta et en cassa
,

six l’un après l’autre , en disant qu’ils ne valaient
rien et qu’on devait lui en donner de meilleurs.
Enfin il feignit d’en trouver de convenables, et

lorsque

le cheval fut ferré,

il donna

au

maréchal

4

Celui-ci feignant à son tour
écu de six francs.
de trouver les écus mauvais, en cassa plusieurs aux
donna alors un louis, et
yeux du prince, qui lui
convint d’avoir trouvé son maître.
un

Amour de la vérité.
Madame la duchesse de Longueville, qui méfv
vita par ses grandes qualités l’estime dont elle
dans le dernier siècle, n’avait pas pu obtenir
Elle eu
grâce du roi pour une de ses créatures.
fut si vivement piquée, quÿl lui échappa des paroles fort indiscrètes et irrespectueuses. Une seule
personne qui les avait entendues, ne lui fut pas

jovflg^

La chose revint au roi, qui en parla au
frère de la duchesse. Celui-ci assura
et que sa sœur
au roi que cela ne pouvait être ,
n’avait pas perdu l’esprit. ”,Te l’en croirai elle-même,
répliqua le roi, si elle dit le contraire.” Le prince
va voir sa sœur,
qui ne lui cache rien. En vain
il tâche de lui persuader qu’en cette occasion la
sincérité serait une vraie simplicité; qu’en la justifiant auprès du roi il avait cru dire la vérité, mais
qu’il fallait laisser tomber cela, et qu’elle ferait
même plus de plaisir au monarque de nier sa faute
"Voulez-vous, lui dit-elle, que je
que de l’avouer.
la répare par une plus grande, non' seulement envers Dieu, mais envers le roi? Je ne saurais gagner
sur moi de lui mentir, lorsqu’il a la générosité de
m’en croire et de s’en rapporter à moi. Celui qui
m’a trahie a grand tort, mais après tout, il n’est

fidèle.

-v*

grand Coudé,

permis de le faire passer pour un calomniateur,
puisqu’en effet il ne l’est pas.” Elle alla le Iendemain à la cour.
Après avoir obtenu de parler au
roi en particulier, elle se jeta à ses pieds, et lui
demanda pardon des choses indiscrètes qui lui
étaient échappées. Elle ajouta que le prince n’avait
et que c’était pour cela
pu l’en croire capable
qu’il avait entrepris de la justifier auprès de sa
majesté ; mais qu’elle aimait mieux lui avouer sa
pas

».

,

a

faute, que d’être justifie'e aux dépens d’autrui.
Louis XIV, par une action également héroïque,
bon cœur, mais
non seulement lui pardonna de
lui fit quelques autres grâces quelle ne s’attendait
pas à recevoir ; elle crut même remarquer qu’il
la traita depuis avec plus de bonté et de considération qu’auparavant.
Secourez votre

prochain sans
récompense.

demander

de la

L’Adige, rivière d’Italie dans l’état de Venise,
s’étant débordée , le pont de la ville de Vérone
fut emporté, à l’exception de l’arcade du milieu,
sur
laquelle se trouvait une maison. Une famille
entière y était : on la voyait du rivage tendre les
mains et implorer du secours.
Cependant la violence du torrent détruisait à vue d’œil les piliers
de l’arcade. Dans ce danger extrême, le comte de
Spolvérini propose une bourse de cent ducats à
^celui qui aura le courage d’aller sur un bateau
délivrer ces malheureux: on risquait d’être emporté
par la rapidité du fleuve, ou d’être-écrasé par les
ruines de l’arcade, en abordant dessous. Le conv
cours
du peuple était innombrable , et personne
n’osait s’offrir. Dans cet intervalle passe un villa||
™
geois; on l’instruit' de l’entreprise proposée, et de
Il monte aussitôt
la récompense qui y est attachée.
sur un bateau , gagne à force de rames le milieu
du fleuve\ aborde, attend au bas de la pile que
toute la famille soit descendue dans le bateau.
"Courage, s’écria-t-il, vous voilà sauvés.” Il rame,
surmonte l’effort des eauy et regagne le rivage.
Le comte de Spolvérini '(put lui donner la récompense promise. ”Je ne vends point ma vie, lui dit
le villageois ; moq travail suffit pour me nourrir,
moi, ma femme et mes enfants : donnez cela à
cette pauvre famille, .elle en a plus besoin que moi.”

fi

Effet

1

de la

politesse.

On pourrait appeler la politesse une bonté
assaisonnée : c’est la bonne grâce ajoutée au bon
cœur.
Son empire est si puissant, qu’elle gagne
les ennemis mêmes, et les désarme quelquefois.
Le célèbre Montagne s’était retiré dans son
château en Périgord, pendant les troubles de religion et les guerres civiles qui, sous le règne de
Charles IX , désolaient la France.
Un jour un
homme se présenta devant les fossés du château,
feignant d’être poursuivi par des réformés. Introduit par Montagne, il lui raconta que voyageant
avec
plusieurs de ses amis, une troupe de gens
de guerre les avait attaqués ;
que leur bagage
avait été pillé; que ceux qui avaient opposé de la
résistance avaient été tués, et qu’on avait dispersé
les autres. Montagne 11e soupçonna pas un instant
la bonne foi de cet homme : c’était néanmoins un
chef de parti, qui était convenu avec sa troupe de
ce
stratagème pour s’introduire dans le château.
Un moment ap*rès, on vint avertir Montagne qu’il
paraissait deux ou trois autres cavaliers. Celui
qui avait été admis le premier dit qu’il les reconnaissait pour ses camaradest
Montagne, touché
de compassion, ne fit aucune difficulté de les recevoir.
Ceux-ci furent suivis de plusieurs autres,
en sorte
que la cour du château fut bientôt remplie
d’hommes et de chevaux. Montagne s’aperçut alors
de la faute qu’il avait faite; mais le mal était sans
remède. Il fit bonne contenance, et ne changea
rien dans ses manières.
Il s’empressa de procurer
à ses hôtes tout ce dont ils feignaient d’avoir hesoin, leur fit distribuer des rafraîchissements, et
en
agit avec tant de cordialité et de politesse, que
leur chef, séduit par ses bons procédés, n’eut pas
le courage de donner le signal convenu pour mettre
le château au pillage.

7

Égalité

d’humeur.

La douceur de l’esprit, la complaisance, l'alfala politesse vous feront rechercher; mais si
vous n’avez pas l’humeur e'gale, on ne tardera pas
Les inégalités et les
à vous fuir , à vous éviter.
et bientôt après
commencent
refroidir,
par
caprices

bilite,

éloignent pour toujours

ceux

qui

nous

aimaient.

Une dame de qualité n’ayant pu obtenir une
grâce qu’elle demandait à Mr. de Harley, premier
président du parlement de Paris, en fut très-piquée.
11 voulut la reconduire, elle s’y opposa: il feignit
de se rendre.
La dame poursuivit son chemin en
murmurant contre le magistrat, à qui elle donnait
à demi-voix plusieurs épithètes grossières.
L’ayant
aperçu, en se retournant: ”Ah, Monsieur! lui ditelle, vous êtes là!” ”Madame, lui répondit-il, vous
dites de si belles choses, qu’on ne saurait vous
quitter.” Il l’accompagna jusqu’à son carrosse.
Philippe II, roi d’Espagne, avait passé la nuit
à écrire des dépêches: c’était sa coutume d’écrire
lui-même ; son secrétaire n’avait qite la peine de
Toutes les
cacheter et de mettre les adresses.
lettres étant faites, il s’en trouva une qui était fraîche.
Le secrétaire, qui était à moitié endormi, voulut
mettre du sable dessus ; mais au lieu de prendre
le sablier, il prend l’encrier, et le jette sur cette
lettre , qui fut gâtée ainsi que toutes les autres.
Le roi regarda ce ravage avec tranquillité, et se
contenta de dire au secrétaire, en lui montrant l’un
et l’autre :
”Voilà l’encrier , et voilà le sablier.”
Ensuite il recommença toutes les lettres, sans en
paraître plus ému.

L’archevêque
Des

personnes

de Cambrai.

envieuses et

vèque,

jalouses

avaient

à Cambrai un homme d esde rendre visite à l’archeCet
devait examiner de près sa conduite.

envoyé exprès de Paris
prit qui, sous prétexte

i

8

liomme resta plusieurs mois à Cambrai, et fut à
la fin tellement pénétre' du mérite de Mr. de Fénélon,
de ses manières affables et de sa conduite édifiante,
qu’un jour parlant à ce digne prélat, il lui avoua,
les larmes aux yeux, le mystère odieux de son
voyage, et retourna à Paris rempli d’horreur pour
ceux qui voulaient rendre Mr. de Fénélon
suspect
à la cour.
Aimé et révéré de ses diocésains, les

étrangers les plus distingués lui payaient avec plaisir
le même tribut d’estime et d’amour.
Pendant la
guerre de la succession d’Espagne, le prince Eugène
et le tluc de Malbourough le
prévenaient par toutes
sortes de politesse. Ils envoyaient des détachements
Ils firent
pour garder ses prairies et ses blés.
même transporter et escorter jusqu’à Cambrai ses
grains, de peur qu’ils ne fussent enlevés par les
îourrageurs de leur armée. Lorsque les partis
ennemis
apprenaient qu’il devait faire quelque
voyage dans son diocèse, ils lui faisaient dire qu’il
n’avait pas besoin d’escorte française, et qu’ils
l’escorteraient.
Les hussards mêmes des troupes
impériales lui rendaient ce service : tant la douceur, l’amabilité et la vraie vertu ont d’empire
sur les esprits.
Amour

filial.

Dans la fameuse éruption du mont Vésuve,
occasionna la mort de Pline le Naturaliste,
son neveu Pline le
jeune était avec sa famille à
Miscène, ville peu éloignée de ce volcan. Tous
les habitants cherchaient leur salut dans la fuite.
Pline seul, redoutant peu pour lui-même le danger
qui l’environnait, ne songea qu’à sauver les jours
de sa mère. Elle le conjura de fuir sans elle d’un
lieu où sa perte était assurée ; elle lui représenta
que son grand âge et ses infirmités ne lui permettaient pas de le suivre, et que le moindre retardement les exposait à périr tous deux.
Ses prières
furent inutiles, et Pline le jeune préféra de mourir

qui

mère, plutôt que de l’abandonner dans un
aussi pressant. Il l’entraîna malgré elle. Déjà
la cendre tombait sur eux: les vapeurs et la fumée
dont l’air était obscurci, faisaient du jour la nuit
la plus sombre. Enseveli dans les ténèbres, ils
n’avaient pour guider leurs pas tremblants que
la lueur du feu qui les menaçait, et des flammes
qui les entouraient. Mais rien ne put ébranler la
constance de Pline, ni l’obliger de pourvoir plus
promptement à sa sûreté en abandonnant sa mère.
Il la consola, il la soutint, il la porta dans ses
bras: sa tendresse le rendit capable des plus grands
efforts.
Le Ciel récompensa une action si louable:
il conserva à Pline une mère plus précieuse pour
lui que la vie qu’il tenait d’elle, et à la mère un
fils digne de son amour.
avec

sa

péril

Trait de

magnanimité.

Un lieutenant-colonel prussien réformé à la
fin de la guerre de 1756, ne cessait de solliciter
le roi pour son replacement.
Il devint si importun,
que sa majesté défendit qu’on le laissât approcher
d’elle.
Peu de temps après il parut un libelle
contre ce monarque.
Quelque indulgent que fût
le grand Frédéric à cet égard, l’audace de. l’écrivain
l’offensa au point, qu’il promit cinquante frédérics
d’or à celui qui le dénoncerait.
Le lieutenantcolonel

se

fit

annoncer

au

roi,

comme

ayant

un

Il est admis. ”Sire,
dit-il, vous avez promis cinquante frédérics d’or à
celui qui dénoncerait l’auteur d’un certain libelle.
C’est moi; j’apporte ma tête à vos pieds. Mais je
compte que vous tiendrez votre parole royale, et
que, tandis que vous punirez le coupable , vous
enverrez à ma
pauvre femme et à mes malheureux
enfants la récompense promise au dénonciateur.”
Le roi n’eut pas de peine à reconnaître l’auteur
du libelle ; il fut frappé dé l’extrémîté à laquelle
le besoin portait un officier d’ailleurs estimable.

rapport intéressant

à lui faire.

10

N’iraporte, il s’avouait coupable. "Rendez-vous
sur-le-champ à Spandau, dit le roi; attendez sous
de cette forteresse les effets du courde votre souverain.”
”J’obéis, Sire, répond
l’officier; mais les cinquante frédérics d’or?” ”Dans
deux heures, reprit le roi, votre femme les recevra.
Prenez cette lettre, et la remettez au commandant
de Spandau, qui ne doit l’ouvrir qu’après le dîner.”
les

verrous

roux

Le lieutenant-colonel arrive au terrible château qui
lui était désigné pour demeure, et s’y déclare
prisonnier. Au dessert , le commandant ouvre la
lettre; elle contenait ces mots: Je donne le commandement de Spandau au porteur de cet ordre,
11 verra bientôt arriver sa femme avec les 50 fréLe commandant actuel de Spandau
dérics d’or.
avec
aura le commandement de la
place de B
Frédéric.
un
grade supérieur.

Le chien de Frédéric IL
Vers la fin de la fameuse guerre de sept ans,
entre les Prussiens et les Russes, Frédéric-le-Grand,
qui était myope, se trouva pendant une nuit entière

Il
absolument seul, et très-loin de son armée.
était aux environs de la Prégel, et il avait à craindre
la rencontre de nombre de détachements de Cosaques
qui rôdaient çà et là dans la campagne; il s’acheminait pas à pas, quand son chien , vigoureux
danois qui l’accompagnait toujours dans ses expéditions, se dressa tout-à-coup contre le poitrail du
cheval qu’il montait; voulant l’empêcher d’aller en
avant, et ne pouvant y parvenir, le danois se tourna
du côté du roi lui-même, et mordit légèrement le
bas de sa botte en grognant douloureusement.
Frédéric , qui avait éprouvé en diverses rencontres l’attachement particulier de son chien, fut
fort étonné de l’agitation où il se trouvait.
Soupçonnant quelque chose d’extraordinaire, il s’arrête;
il regarde autour de lui, mais il n’aperçoit personne
il prête l’oreille , il n’entend rien non plus.
Non
•

11
content de ces précautions, et toujours prudent,
il descend de cheval, et fait quelques pas en arrière, au grand contentement de Gengisk, qui
l’accable de caresses, et qui saute de joie. Choisissant ensuite un endroit ferme et uni, le roi se
couche à terre, et y applique l’oreille.
Il entend
aussitôt un bruit sourd et lointain qui se propage
le long des bords de la rivière; il écouté encore,
et il ne tarde pas à se convaincre que son chien
l’avait averti bien à propos. En effet, il aperçoit,
à la lueur de la lune, plusieurs cavaliers qui précédaient un gros corps de cavalerie ennemie, occupant au loin une vaste plaine.
Dans cette circonstance hasardeuse, Fréde'ric
ne perd point de temps; il court se
réfugier sous
la première arche d’un pont vers lequel l’ennemi,
se mettant en colonne, vint défiler,
quelques minutes
après, dans le plus profond silence. Jamais ce
prince ne s’était trouvé dans un péril si imminent;
le moindre mouvement pouvait le trahir; et devenu
prisonnier sans nulle résistance, il était en danger
de perdre au môme instant sa liberté, le fruit de
ses
grands exploits, et peut-être sa gloire elle-même.
Pour comble de terreur, Gengisk, tout bouillant de courage, et qui ne pouvait se contenir en
sentant de si près l’ennemi de son maître, fit un
mouvement pour aboyer. Dans cet instant si critique
tremblant alors pour la première fois de sa vie,
le grand Frédéric saisit soudain le museau de son
danois , puis le serrant fortement entre ses deux

mains, il resta immobile dans cette singulière
attitude, jusqu’à ce que les Cosaques eussent
entièrement défilé, et qu’il fût hors de danger.
Si l’on admire le génie supérieur des vrais
héros et des grands-hommes , ou n’est pas moins
ravi de lire dans leur vie ces traits bien rares,
hélas ! qui caractérisent la bonté et la reconnaisLe grand Frédéric se souvint toujours,
sance.
depuis cet événement, du péril d’où l’industrieux
Gengisk l’avait si heureusement tiré. Lorsque la
paix générale fut signée, il en eut un soin tout

l

12

courageux animal étant mort
à cause des fatigues et de
de
sabre
qu’il avait reçus en se
plusieurs coups
battant contre des hussards , le roi lui fit ériger
dans son parc de Sans-Souci un monument de
marbre blanc.

particulier
peu de

;

mais

ce

temps après

,

La véritable
On
taires

:

sacrifier
vaincre

ne

il y
ce

saurait
a

assez

cent fois

gloire.

le redire aux jeunes milide véritable gloire à

plus

qu’on appelle le point d’honneur, qu’à

La vie des
combats particuliers.
hommes illustres nous en fournit un exemple bien
éclatant dans la conduite de deux braves, nommés
d’Aussun et la Mothe-Gondrin. Le courage, ou
plutôt une bravoure mai entendue avait fait naître
entre eux une sorte d’émulation , ou de rivalité,
qui leur faisait mettre sans cesse, l’un contre l’autre,
Un jour qu’ils étaient en
les armes à la main.
présence de l’ennemi, ils prirent querelle comme
à leur ordinaire; iis s’échauffaient et le sang allait
couler: ”Que faisons-nous? dit alors à d’Aussun
la Mothe-Gondrin : nous nous piquons tous les deux
de bravoure; que ne la tournons-nous contre les
ennemis de l’état? Nous ne cessons de donner à
Le vrai counos soldats un exemple pernicieux.
en

cent

rage est de bien servir
Marchons à l’ennemi.”

son

prince

Aussitôt, baissant la visière de

et
son

sa

patrie.

casque, il

L’éclair est moins prompt,
met sa lance en arrêt.
il fond avec impétuosité sur un quartier d’ennemis;

d’Aussun le suit, et chacun donne des marques
On ne parla dans toute
d’un incroyable courage.
l’armée que de leur bravoure , et surtout de la
générosité qui, de deux rivaux, venait de faire
deux amis.

13

Le mal-entendu.
Un pauvre auteur venait de donner une pièce,
dont la première représentation e'tait fort tumuitueuse.
Au milieu du bruit, on entendait deux
hommes

se
parler tout bas; l’un répétait sans cesse:
"Couperai jc? couperai-je?” Leurs voisins crurent
qu’il s’agissait de couper la bourse de quelqu’un,

et s’adressèrent à la sentinelle.
On mène nos deux
messieurs au corps-de-garde, d’où ils allaient être
conduits en prison comme filous.
Tout-à-coup l’un
d’eux s’écrie :
”Nous sommes tailleurs de notre
métier; c’est moi qui ai l’honneur d’habiller Monsieur N., auteur de la pièce nouvelle.
Je dois lui
fournir un habit pour se présenter devant le public,
qui ne manquera pas de le demander à la seconde
représentation; comme je ne suis pas assez instruit
pour connaître le mérite d’un opéra, j’ai amené avec
moi mon premier garçon, qui a de l’esprit comme
quatre; car c’est lui qui compose tous mes mémoires.
Monsieur l’officier, je lui demandais de temps en
temps, s’il me conseillait d’aller couper l’habit en
question, qui devait m’être payé sur le produit des
représentations de cette pièce.” On rit de cette explication, et les deux tailleurs furent renvoyés absous.

Le

de

prote'e.

Le baron de Poelnitz avait changé deux fois
s’était fait catholique,

religion; de luthérien il
et de catholique réformé,
manquer aux maximes qu’il

le tout pour
s’était faites

ne

pas

sur

son

intérêt.
Il ne s’arrêta pas là, comme on va Je
voir.
Un jour qu’il parlait à Frédéric second de

pauvreté et de ses besoins, chapitre sur lequel
il était fort éloquent: ’’Je voudrais bien vous aider,
lui répondit le roi ; mais comment faire ? vous
savez
que je ne puis suffire à tout qu’à force d’écosa

nomie,
encore

tant

ce

pays

est

pauvre!

catholique, je pourrais

vous

.i

Si vous étiez
donner quelque

14

canonicat: j’en ai de temps
à

nomination;

et

en

temps d’assez bons

que j’aimerais
mieux vous en donner un qu’à bien d’autres. Mais
vous êtes maintenant réforme', c’est-à-dire, attaché
à la religion qui est la plus pauvre de toutes : elle
ne m’ofl're aucun moyen de vous être utile ;
c’est
bien dommage; et je vous assure que j’en ai un
Le baron fut trompé à l’air de
véritable regret.”
bonhomie avec lequel Frédéric lui avait dit tout
cela: il crut n’avoir rien de mieux à faire que de
renoncer à la plus grande perfection, et de revenir
à ce qu’il y a de plus utile : dès le soir même il
alla abjurer ; et comme le roi lui avait annoncé
qu’il y avait en ce moment un riche canonicat
catholique de vacant, il crut qu’il n’y avait pas un
instant à perdre , et vint le lendemain déclarer
que, suivant le conseil de sa majesté, il était redevenu catholique, et qu’il espérait qu’un si grand
roi effectuerait envers l’ancien serviteur de la famille royale, les espérances qu’il l’avait autorisé à
concevoir. ”J’en suis vraiment au désespoir, répliqua
le roi; mais j’ai donné ce matin le canonicat dont
je vous avais parlé. Ce contre-temps est cruel!
Mais pouvais-je deviner que vous étiez si prêt à
changer encore une fois de religion? Que puis-je
faire maintenant?
Ah! je me rapelle qu’il me
reste encore une place de rabbin; faites-vous juif,
et je vous la promets.”
ma

vous concevez

...

Présence

d’esprit.

Dgns un hospice d’aliénés d’une ville de France
dont j’ai oublié le nom, il y avait un belvédère
d’où l’on découvrait une très-belle vue.
Celui qui
était chargé d’y conduire les étrangers avait été
fou, mais comme depuis long-temps il n’avait donné
aucun
signe de démence, on le croyait parfaitement
guéri. C’était un homme de grande taille et d’une
force remarquable.
Un jour qu’il était monté au
belvédère avec un voyageur déjà avancé en âge et

15
de faible complexion, sa raison
tout-à-coup, il le saisit au collet

s'étant troublée
en disant :
”Je
vais vous faire sauter par-dessué la balustrade.
Je suis curieux de voir combien de
temps vous
mettrez à descendre.”
"Laissez donc, re'pliqua
le petit vieillard en se dégageant de ses mains,
je
vais vous montrer quelque chose de bien
plus eurieux. Restez ici, et quand je serai dans la cour,
je sauterai d’en bas sur la terrasse.” En prononçant
ces mots, il enfila lestement
l’escalier, et le fou,
comptant sur sa promesse, le laissa faire.
Dans l’hospice des fous de Glascow le médecin
en chef était un homme de
talent, passionné pour
son art; il s’était adonné
spécialement au traitement
de l’aliénation mentale; et il
exerçait sa profession
comme diraient les Italiens, con amore.
Il ne se
bornait donc pas à de simples visites; pour mieux
les observer, il passait souvent des heures entières
en société
avec
ceux des
pensionnaires dont la
raison commençait à se raffermir; et
comptant sur
l’ascendant qu’on acquiert aisément par des manières
fermes, mais affectueuses, et qu’il avaithabituellement
sur
eux, il ne prenait aucune précaution.
Cette
ne'gligence pensa lui être funeste.) et il ne dut son
salut qu’à sa présence d’esprit. Un
jour, plusieurs
convalescents lui portèrent des plaintes sur la
mauvaise qualité de la soupe; pour s’assurer si elles
étaient fondées, il entra avec eux dans la cuisine
où une énorme marmite était en ébullition.
Toutà-coup un de ces fous, homme très-vigoureux,
s’approche de lui, et le regardant avec ces yeux
animés qui annoncent un commencement d’accès,
"Docteur, lui dit-il, vous êtes gros et gras, je suis
sur
que vous nous feriez d’excellente soupe. Essayons.” Ses camarades lui applaudissent et entourent le médecin ;
déjà celui-ci leur répond avec
sang-froid: "Arrêtez, votre idée est bonne, mais
—

voyez-vous pas que mes vêtements gâteraient
le bouillon? il faut avant tout
que j’aille me déshabiller.” Ce raisonnement satisfit les fous, et ils
le laissèrent sortir de la cuisine.
ne

16

Voltaire et Frédéric II.
que Voltaire avait esle déterminèrent enfin à se
suyés
rendre aux invitations réitérées que le roi de Prusse
Il trouva dans
lui avait faites de s’établir à Berlin.
et
la
de
ce
le palais
presque la liberté,
prince,
paix
autre
aucun
que celui de
sans

Plusieurs
dans

sa

désagréments
patrie,

assujettissement

le roi pour corriger
les secrets de l’art
tous les soirs avec
11
d’écrire.
lui. Ces soupers, où la liberté était extrême, où
l’on traitait avec une franchise entière toutes les
et de la morale, où
de la

passer
ses

quelques

heures

avec

ouvrages et lui

apprendre
soupait presque

métaphysique
questions
plaisanterie la plus libre égayait ou tranchait
où le roi disdiscussions les plus sérieuses
ne laisser voir
paraissait presque toujours pour
n’étaient pour Voltaire qu’un
que l’homme d’esprit,

la
les

,

,

délassement agréable; le reste du temps était consacré librement à l’étude. La famille royale protédes vers
geait les goûts de Voltaire ; il adressait les frères
aux princesses , jouait la tragédie avec
et les sœurs du roi, et, en leur donnant des leil leur apprenait à mieux
çons de déclamation,
sentir les beautés de la poésie française. Voltaire
dans un palais enchanté ; mais
se crut

transporté

la jalousie des gens de lettres appelés plus anciennement que lui à Berlin, dissipa bientôt cet enchante'La Métrie, médecin du roi, vint dire à
ment.
Voltaire que Frédéric , auquel il parlait un jour
de bonté dont il accablait
de toutes les

marques
chambellan (Voltaire), lui avait répondu: J’en
ai encore besoin pour revoir mes ouvrages; on suce
dans
l'orange et l’on jette l’écorce. Ce mot jeta
l’ame de Voltaire une défiance qui ne lui permit
à Berlin. En même
pas de rester plus long-temps
un
on dit au roi que Voltaire avait répondu
temps
de
revoir
le
au
pressait
général Manstein, qui
jour
Le roi m’envoie son linge sale à
ses Mémoires :
blanchir, il faut que le votre attende. Ces rapfaux on non, remplirent fort bien leur but;
son

ports,

17
ils causèrent la de'sunion du roi et de Voltaire.
Mais Frédéric disait, long-temps après leur se'paration, que jamais il n’avait vu d’îiomme aussi aimable
que Voltaire; et Voltaire, malgré son ressentiment,
avouait que quand Frédéric le voulait, il était le
plus aimable des hommes.

La mémoire

prodigieuse.

Pendant que Voltaire était à Berlin , vint à
passer un Anglais qui avait une mémoire prodigieuse.
Le roi voulant rire aux dépens de Voltaire , et
savoir jusqu’où pouvait aller la mémoire de l’Anglais,
fit placer celui-ci derrière une tapisserie dans un
moment où Voltaire allait lui faire la lecture d’un
poème de plusieurs cents vers qu’il venait de comAussitôt qu’il les eut récités, le roi lui dit
poser.
d’un ton piqué: ”Vous vous moquez donc de moi,
de venir me donner pour votre ouvrage des vers
qu’un Anglais m’a déjà récités il y a plusieurs
jours.” Voltaire, tout surpris, assura au roi qu’il
avait à peine fini ces vers, et qu’il y avait encore
travaillé ce matin.
”Ce n’est pas ainsi qu’on me
joue,” répliqua le roi, feignant d’être bien irrité;
et aussitôt il ordonna à un page d’appeler l’Anglais
avec
lequel on avait concerté ce rôle. ”Eh bien,
voyons , lui dit le monarque en le voyant entrer,
re'citez-moi encore la pièce de vers que vous m’avez
présentée il y a quelques jours.” L’Anglais, dont
la mémoire fidèle n’avait pas perdu un mot derrière la tapisserie, se mit à réciter les vers tels
Celui-ci ne pouvant
que Voltaire les avait lus.
comprendre que deux poètes eussent rencontré les
mêmes mots dans une aussi longue pièce, commença
à se frapper la tête et à faire toutes les protestations imaginables, disant que les vers dont il avait
fait la lecture étaient à lui, et qu’il fallait qu’un
sorcier s’en fût mêlé pour inspirer à l’Anglais les
mêmes paroles.
Le roi, après avoir joui quelque

*

temps de son embarras, finit la scène par éclater
de rire, et par conter à Voltaire le tour qu’il lui
Celui-ci ne fut pas peu étonné de la
avait joué.
mémoire prodigieuse de l’Anglais , à qui le roi fit
un
joli présent pour le récompenser du plaisir qu’il
lui avait causé.

foliaire, deferiseuv

de Calas.

Voltaire eut plusieurs fois la gloire de protéger l’innocence contre les fureurs du fanatisme.
Tranquille dans sa retraite de Ferney, il voit arriver un jour une famille infortunée dont le chef
a été traîné
sur la roue par des juges fanatiques.
Il apprend que Calas, vieillard infirme, a été accusé d’avoir pendu son fils
jeune et vigoureux,
au milieu de sa famille, en présence d’une servante
catholique; qu’il avait été porté à ce crime par la
crainte de le voir embrasser la religion catholique.
Ce jeune homme passait sa vie dans les salles
,

d’armes et dans les billards, et , au milieu de
l’effervescence générale , personne ne put jamais
citer un seul mot, une seule démarche qui annonçât
de sa part le dessein de changer de religion tandis
qu’un autre fils de Calas, déjà converti, jouissait
d’une pension que ce père très-peu riche conseilJamais dans un évènement de ce
tait à lui faire.
de circonstances n’avaient
un
tel
concours
genre
plus éloigné les soupçons d’un crime, plus fortifié
les raisons de croire à un suicide. La conduite
du jeune homme, son caractère, le genre de ses
lectures, tout confirmait cette idée. Cependant un
capitoul, dont la tète ardente et faible était enivrée
de superstition, et dont la haine pour les protestants :n’hésitait pas à leur imputer des crimes,
fait arrêter la famille entière. Bientôt la populace
catholique s’échauffe ; le jeune homme est à ses
On répand que la religion proyeux un martyr.
testante prescrit aux pères d’assassiner leurs enfants,

19

quand ils veulent abjurer. Le tribunal inférieur,
conduit par le furieux David, prononce que le
malheureux Calas est coupable.
Le parlement

confirme le jugement à une pluralité très-faible.
Condamné à la roue et à la question, ce
père
infortuné meurt en protestant qu’il n’est pas coupable; et les juges absolvent sa famille, complice
nécessaire du crime ou de l’innocence de son chef.
Cette famille, ruinée et flétrie par le préjugé,
va chercher chez les hommes de sa
croyance une
retraite, des secours et surtout des consolations.
Elle s’arrête auprès de Genève. Voltaire, attendri
et

indigné,

se

fait instruire de

ces

horribles dé-

tails; et bientôt sur de l’innocence du malheureux
Calas, il ose concevoir l’espérance d’obtenir justice.
Le zèle des avocats est excité, et leur
courage
ses
lettres.
Il intéresse à la cause
de l’humanité l’ame naturellement sensible du duc
de Choiseul.
Le procès fut commencé. Aux mémoires des avocats, trop remplis de longueurs et
de déclamations , Voltaire
joignait des écrits

soutenu par

plus

séduisants par le style , propres tantôt à
exciter la pitié, tantôt à réveiller
l’indignation
publique. En plaidant la cause de Calas, il soutenait celle de la tolérance. Des lettres
remplies de
ces
louanges fines qu’il savait répandre avec tant
de grâce , animaient le zèle des défenseurs , des
protecteurs et des juges. L’arrêt de Toulouse
fut cassé, et Calas fut déclaré innocent.
Sa mémoire fut réhabilitée , et un ministre généreux fit
réparer par le trésor public, le tort que l’injustice
des juges avait fait à la fortune de cette famille
aussi respectable que malheureuse. Les applaudissements de la France et de l’Europe parvinrent
jusqu’à Toulouse, et le fanatique David, succomhaut sous le poids du remords et de la honte,
perdit bientôt la raison et la vie.
courts

,

20

Retour de

Voltaire à Paris.

revint à Paris en 1778, un
l’entourait sur le pont-royal,
on demanda à une femme du peuple qui était cet
”Ne savezhomme qui traînait la foule après lui.
vous pas, dit-elle, que c’est le défenseur de Calas?”
Voltaire sut cette réponse; et au milieu de toutes
les marques d’admiration qui lui furent prodiguées,
ce fut ce qui le toucha le plus.
Ces marques d’admiration furent cependant
A peine Voltaire était-il arrivé à Paris,
inouies.
d’hommes , de femmes de tous les
foule
qu’une
brûlaient du désir
rangs, de toutes les professions
La
de voir le grand homme qu’ils admiraient.
jalousie se tut devant sa gloire. Le ministère,
l’orgueil épiscopal furent obligés de respecter
L’enthousiasme avait passé
l’idole de la nation.
le
dans
; on s’arrêtait devant ses
peuple
jusque
fenêtres ; on y passait des heures entières dans
l’espérance de le voir un moment; sa voiture, forcée d’aller au pas, était entourée d’une foule
nombreuse qui le bénissait et qui célébrait ses
L’Académie française , qui ne l’avait
ouvrages.

Quand Voltaire
jour que le peuple

adopté qu’à cinquante-deux ans , lui prodigua les
honneurs , et le reçut moins comme un égal que
C’était
comme le souverain de l’empire des lettres.
au théâtre, où il avait régné si long-temps ,
qu’il
Il vint
devait attendre les plus grands honneurs.
à la troisième représentation d 'Irène, pièce faible
à la vérité, mais remplie de beautés , et où les
rides de l’âge laissaient voir encore du génie. Lui
seul attirait les regards d’un peuple avide de démêler ses traits, de suivre ses mouvements, d’obSon buste fut couronné sqr le
server ses gestes.
théâtre, au milieu des applaudissements, des larmes
d’enthousiasme et d’attendrissement. Il fut obligé,
son
pour sortir , de percer la foule entassée sur
passage; faible, se soutenant à peine, les gardes
qu’on lui avait donnés pour l’aider lui étaient inuLes spectateurs le suivirent jusque dans
tiles.

/

21

son appartement: les cris de Vive Voltaire, vive
la Henriade, vive Mahomet! retentissaient autour
de lui.
Jamais homme n’a reçu des marques plus
touchantes de l’admiration, de la tendresse publique;
jamais le génie n’a été honoré par un hommage
plus flatteur. L’ame sublime et passionnée de
Voltaire fut attendrie de ces tributs de respect et

de zèle.

”On veut

s’écria-t-il; et,

à

en

me

faire mourir de plaisir,”
par les apparences, il

juger

semblait dire vrai.

Ne jugez pas d’une personne par

son

habit.

Marivaux, auteur dramatique, avait rendu son
cabinet l’asile des malheureux. Un honnête homme,
qu’une chaîne d’adversités réduisait au point de
manquer du nécessaire physique, connaissait cet
Il crut pouvoir se présenter
auteur de réputation.
chez lui sans antre recommandation que sa misère,
Cepenpour l’engager à lui procurer un emploi.
dant un reste de vanité le porta à se parer, dans
le dessein de cacher, sous des dehors aisés, une
pauvreté réelle. Il alla donc voir Marivaux avec
Celui-ci ne se douta point qu’un
un habit élégant.
homme aussi bien mis eût des besoins pressants.
II était occupé à composer une comédie, et reçut
l’homme en question avec politesse, mais avec
assez de distraction.
"Monsieur, lui dit-il, à moins
de
que vous n’ayez à me communiquer des choses
la dernière importance, je vous prie de vouloir
bien revenir tel jour.” Le pauvre misérable si bien
vêtu, n’eut pas la hardiesse d’insister.
”Est-ce donc ainsi, disait-il en s’en allant,
que le plus vertueux des hommes reçoit ceux qui
devraient l’intéresser ; on m’avait tant vanté sa
sensibilité!”
Notre infortuné oubliait que son
Cette
extérieur n’était pas fait pour émouvoir.
pensée lui vint pourtant. Il la saisit si bien, qu’au
jour déterminé, il se rendit chez Marivaux avec
H le trouva aussi
des haillons pour ainsi dire.

22

fois. Mais à l'aspect d’un
Il
de l’académicien s’émut.
courut à lui avec un visage riant, et lui demanda,
de cet air ouvert, bon et prévenant qui engage à
tout dire, quel était le sujet de sa visite , et ce
qu’il pouvait faire pour lui. L’honnête indigent
s’expliqua avec franchise sur ses besoins. Marivaux
promit de l’obliger, eut la satisfaction de lui procurer une
place peu de temps après hors de la
et
lui prêta de quoi faire son voyage.
capitale,

occupé

que ia

première

malheureux, le

cœur

Le mauvais

précepteur.

Sous le règne du célèbre Kang-hi, empereur
de la Chine, un riche inspecteur de ce vaste empire, étant sur le point de faire une longue tournée,
donna un gouverneur à ses deux fils. Tous les deux
annonçaient d’heureuses dispositions. Le père fut
à peine parti, que le gouverneur , abusant de
l’autorité qu’on lui avait confiée , devint le tyran
de la maison.
Il éloigna les honnêtes gens qui
éclairer ses démarches , et fit chasser
ceux
d’entre les domestiques qui avaient le plus
On eut
à cœur les intérêts de leur maître absent.
beau instruire le père de ce désordre, il n’en
voulut rien croire , parce qu’ayant une belle ame
il n’imaginait pas qu’on pût jamais en agir ainsi.
Le mal n’aurait pas été sans remède, si ce méchant
pédagogue eût pu donner à ses élèves quelques
vertus et des talents.
Mais comme il en manquait
lui-même, il n’en fit que des enfants grossiers,

pouvaient

impérieux, faux, libertins, ignorants.

Après cinq

années de courses, l’inspecteur de retour vit enfin
la vérité, mais trop tard; et sans autrement punir
celui qui avait abusé de sa confiance, il se contenta
de le renvoyer.
Ce mauvais gouverneur eut l’imprudence de citer l'inspecteur au tribunal d’un
mandarin , pour qu’on eût à lui payer la pension
qu’on lui avait promise. ”Je la paierais très-volontiers,
et même

double, répondit le père

en

présence

du

juge,
tels

si

ee

que

je

malheureux m’avait rendu mes enfants
Les
devais naturellement l’espérer.
eu s’adressant à l’homme de la

voici, poursuivit-il
loi, examinez-les et prononcez.”
les avoir

interrogés,

et

après

En eilet, après
avoir entendu toutes

leurs inepties , le mandarin porta cette sentence :
”Je condamne cet éducateur à la mort comme homicide de ses élèves, et leur père à l’amende de
trois livres de poudre d’or, non pour l’avoir choisi
mauvais, car on peut se tromper, mais pour avoir
eu la faiblesse de le conserver si long-temps.”

Tenez votre

parole,

des promesses

mais

faites
irréfléchies.
ne

pas

Celui qui aime sa réputation, aime à tenir
la qualité d’honnête
inviolablement sa parole :
homme impose ce devoir. 11 se fait une loi, lorsle peut, de tenir ce qu’il a promis.
Pendant qne le jeune Pompée disputait l’em
pire avec Octave et Marc-Antoine, ils firent entre
eux une
espèce de trêve , et ils se donnaient des
repas tour à tour. Un jour que ces deux derniers
mangeaient dans la galère de Pompée , un de ses

qu’il

le tira à l’écart, et lui dit que s’il voulait
il serait bientôt le maître du monde.
"Voilà un coup de partie, ajouta-t-il, la fortune
vous favorise; si vous le voulez, vous n’avez plus
d’ennemis dans un quart d’heure.”
Pompée ne
voulut point y consentir: ”I!s sont venus de bonne
foi, dit-il, et j’aime mieux garder ma parole que
de commander à tout l’univers.”
La justice qui nous oblige à tenir notre parole

capitaines
le laisser

faire,

quand nous le pouvons légitimement, nous permet
aussi et nous ordonne même quelquefois d’y manAvez-vous promis de faire une mauvaise
quer.
action, de commettre un crime ou d’y coopérer,
gardez-vous de croire que vous soyez obligé de tenir
votre promesse. L’exécution vous rendrait doublement criminel.
Agésilas, roi de Sparte, cédant à

24

d’un de ses sujets, lui avait promis une
qui, après y avoir fait réflexion, ne lui parut
pas juste. Il différa, pour cette raison, de remplir
il lui dit
sa
Pressé par le Spartiate
promesse.
qu’il ne pouvait pas lui accorder sa demande, parce
qu’elle était injuste. ”Mais les rois, ajouta ce particulier, ne doivent promettre que ce qu’ils doivent
tenir.”
”Et les sujets, reprit Agésilas, ne doivent
demander aux princes que ce qu’ils peuvent accorder.”

l’importunité
chose

,

Aimez à rendre service.
Si les hommes savaient combien il leur est
facile de se faire aimer, et combien le plaisir de
l’être est doux et délicat, il n’en est aucun qui ne
voulut se le procurer.
Il n’y a personne, il est
vrai, qui ne soit bien aise d’être aimé; mais trèspeu le sont sincèrement, parce qu’on ne veut pas
prendre le seul moyen de se faire aimer, qui est
de se rendre aimable.
Aimer à rendre service, à obliger, c’est le plus
sûr moyen de gagner tous les cœurs.
Quand la
raison et la religion ne nous auraient pas fait un
précepte d’aimer à rendre service, en faisant pour
les autres ce que nous voudrions raisonnablement
qu’on fit pour nous , notre propre intérêt devrait
nous

y engager.
Le cardinal Albéroni dut sa haute .fortune à
un service
qu’il rendit: voici comment. Le poète
Campistron voyageait en Italie. En passant par le
duché de Parme , des voleurs l’attaquèrent et lui
enlevèrent jusqu’à ses habits. 11 gagna, à demi-nu
le village le plus voisin : c’était celui où l’abbé
Albéroni était curé.
Campistron trouva du secours
dans la générosité de cet ecclésiastique; il en reçut
des habits et de l’argent pour continuer son voyage.
Quelques années après, ayant suivi le duc de Vendôme en qualité de son secrétaire dans les guerres
d’Italie, il se trouva aux environs de la paroisse
de son bienfaiteur.
Comme ce prince avait besoin

25
d’un homme du pays, le poète saisit cette occasion
On fit venir le curé, qui
de lui parler d’Albéroni.
soutint parfaitement l’idée que Campistron avait
Le prince eu fit son aumônier.
donnée de lui.
Albéroni le suivit en Espagne, et y gagna la conIl s’attacha à
fiance de la princesse des Ursins.
son service,
après la mort du duc de Vendôme,
fut nommé agent du duc de Parme à la cour de
Madrid, ménagea le mariage de la princesse de
Parme avec le roi d’Espagne Philippe V, devint

conseiller du roi, puis
ministre d’Espagne.

La véritable

cardinal,

force
de

et enfin

est dans le

premier

calme

l’esprit.

La douceur de caractère est une des plus
aimables qualités qu’on puisse recevoir de la nature.
Si elle ne nous l’a pas donnée, nous devons faire
La chose n’est
tous nos efforts pour l’acquérir.
pas impossible: il ne faut que de la bonne volonté
et du courage.
François de Sales était né avec un
caractère vif et violent. Dès qu’il eut reconnu son
défaut, il s’appliqua fortement à s’en corriger, et
il devint un modèle de' douceur. Un jeune homme
qui le haïssait, vint faire un bruit horrible sous
ses fenêtres; il
joignit aux aboiements de plusieurs
chiens les injures de quelques valets insolents.
Non content de cela, il eut l’effronterie de monter
lui-même à la chambre de l’évêque, et y vomit
contre lui tout ce que sa fureur put lui suggérer
de plus offensant.
Le prélat regarda cet emporté
d’un œil tranquille, et ne lui répondit pas une
seule parole.
Le gentilhomme prenant cette modération pour un mépris, redoubla sa rage, et
poussa son insolence jusqu’aux derniers outrages.

François

de

Sales

conserva

toute

sa

patience.

fut enfin retiré, on demanda
à l’évêque comment il avait eu la force de souffrir
cet insolent, et comment il avait pu se taire dans

Quand

ce

furieux

se

une

un

telle rencontre.

pacte inviolable,

"Nous avons,
ma

langue

et

répondit-il,

fait

moi; nous^sommes

pendant que mon ccour serait dans
langue ne dirait mot. Pouvais-je
mieux apprendre à ce pauvre ignorant la manière
de se posséder qu’en me taisant, et sa colère pouvaitelle plus tôt s’appaiser que par mon silence?”
convenus

que,

l’émotion,

ma

sur la reconnaissance,
Vintérét vous en répond.

Comptez

quand

marchand avait une fille unique,
à un jeune homme de bonne
famille, et il leur fit donation de tous ses biens.
Il reconnut bientôt la grande faute qu’il venait de
faire, en se dépouillant de tout ce qu’il avait en
faveur d’une fille et d’un gendre qui n’avaient plus
lui parque du mépris pour sa personne, qui ne
ïaient qu’avec aigreur, et pour comble d’affliction,
lui refusaient ce qui lui était le plus nécessaire.
Dans cette triste conjoncture, l’infortuné vieillard
imagina un moyen de remédier au mal qu’il s’était
fait à lui-même par son imprudence. Il alla trouver
lui exposa le sujet de ses peines,
un ami fidèle,
et lui dit
pouvait les faire cesser, s’il voulait

qu’il

Un riche
donna en

mariage

qu’il

pour deux jours seulement, une somme
L’ami la lui prêta avec plaisir. Le
vieillard emporte l’argent, s’enferme dans sa chambre,
Leurs tintements
et verse les écus sur la table.
fréquents et assez forts furent entendus par la fille
Ceux-ci se hâtant d’accourir au
et par le gendre.
bruit, furent fort étonnés de voir une somme si
considérable entre les mains du vieillard. ”J’avais
prêté, leur dit-il, la somme que vous voyez, à un
lui

prêter,

considérable.

marchand qui m’avait fait banqueroute depuis longtemps. Je croyais que cet homme était si peu
capable de me payer, que j’avais entièrement oublié
Il est pourtant revenu des Indes, d’où
cette dette.
il a rapporté de grandes richesses, et il m’a totaleJe suis
ment acquitté la somme qu’il me devait.

\

J

v
■

27

•

charmé, mes chers enfants, que cette occasion me
procure l’avantage de vous témoigner l’amour que
j’ai pour vous ; et afin de vous en convaincre,
appelez un notaire: je veux faire mon testament,
et

vous

ma

instituer héritiers

de cette

somme

après

mort.”
A une

proposition si avantageuse , la fille et
le gendre ne manquèrent point de répondre de la
manière la plus obligeante, et avec les assurances
les plus fortes de leur sincère reconnaissance. Ils
firent ensuite venir le notaire. Le vieillard fait
et y ordonne que sa fille et son
son testament,
droit de succession , dès qu’il
aient,
par
gendre
aura rendu l’ame,
tout ce qui sera renfermé dans
son coffre.
Quand tout le monde fut retiré, il
remplit de cailloux plusieurs petits sacs , les enferme dans le coffre, et va rendre à son ami l’argent
qu’il lui avait emprunté.
Cependant tout change à son égard dans la
La fille et le gendre prennent de lui un
maison.
soin extraordinaire, lui fournissent avec abondance

qu’il peut désirer, et le préviennent en
la crainte qu’il ne fasse un testament
contraire, ou qu’il ne dissipe l’argent qu’ils croyaient
renfermé dans le coffre.
Ce changement de vie et
tout

ce

tout,

dans

nouvelles attentions retardèrent un peu la mort
du vieillard ; mais elle arriva enfin, et on le fit
enterrer avec grande pompe.
Qu’on juge de la
surprise, et en même temps de la fureur des deux
époux qui, après avoir ouvert le coffre, ne trouvérent que des cailloux et un papier qui contenait
ces

ces

paroles: Pierres

pour

lapider

ceux

qui donne-

ront leur bien avant leur mort.

Effet

de la

Marmontel rapporte
anecdote
dame de
terminer.

faveur.

dans ses Mémoires une
Il avait confié à MaPompadour une tragédie qu’il venait de
Tandis que le manuscrit de ma pièce,

assez

particulière.

28

était entre les mains de la favorite, je me
un dimanche à sa toilette, dans ce salon
où refluait la foule des courtisans qui venaient
d’assister au lever du roi. Elle en était environnée;
et soit qu’il y eût quelqu’un qui lui choquât la vue,
soit qu’elle voulût faire diversion à l’ennui que
tout ce monde lui causait, dès qu’elle m’aperçut:
”J’ai à vous parler,” me dit-elle: et, quittant sa
toilette, elle passa dans son cabinet, où je la
suivis.
C’était tout simplement pour me rendre

dit-il,

présentai

où elle avait crayonné ses notes.
six minutes à m’indiquer les
notés, et à m’expliquer ses critiques. Cependant tout le cercle des courtisans était debout
autour de la toilette à l’attendre.
Elle reparut, et
moi, cachant mon manuscrit, je revins modestement
me remettre
à ma place.
Je me doutais bien de
mon

manuscrit,

fut
endroits

Elle

*

cinq

ou

l’effet qu’aurait produit un incident si singulier;
mais l’impression qu’il fit sur les esprits passa de
fort loin mon attente. Tous les regards se fixèrent
sur moi ;
de tous côtés on m’adressa de petits
saluts imperceptibles , de doux sourires d’amitié;
et, avant de sortir du salon, je fus invité à dîner
Le dirai-je? un
au moins
pour toute la semaine.
homme titré, un homme décoré, avec qui j’avais
dîne' plusieurs fois chez Monsieur de X., se trouvant à côté de moi, me prit la main, et me dit
tout bas :
"Vous ne voulez donc pas reconnaître
Je m’inclinai, confus de sa
vos anciens amis ?”
en
dis
moi-même: Oh! qu’est-ce
et
bassesse,
je
donc que la faveur, si son ombre seule me donne
une

si

singulière importance?
Les voleurs

pris

sur

le

fait.

Un sexagénaire, jouissant de sept à huit mille
livres de rente, et retiré du commerce depuis
quinze ans], demeurait à Paris, avec une seule
servante, au second étage d’une maison située au

Marais.

29

Un homme passant auprès, enIl était nuit.
”Mon maître
une femme s’énoncer ainsi :
soupe ce soir avec un négociant de Rouen : il se
couchera par conséquent plus tard que d’ordinaire.
Revenez donc' vers une heure après minuit, muni
des choses utiles; vous me comprenez: point d’hésitation surtout, soyez franchement déterminé.”
Le sens amphibologique de ces derniers mots
lui parut si scabreux, qu’il se liàta d’aller en référer au commissaire du quartier. Le commissaire
ordonna sur-le-champ à un exempt de police de
cerner cette maison avec des soldats travestis, et
d’épier de loin les gens qui y entreraient. Il lui
communiqua en même temps le propos tenu par

tendit

la servante dénoncée.
Ce ne fut pas une

aperçut,

vers

une

précaution

heure du

inutile.

L’exempt

matin, deux hommes

d’assez mauvaise mine, qui se glissaient furtivement
dans l’allée, dont la porte n’avait été que poussée.
Il les suivit sans bruit, d’assez près pour acquérir
la certitude de leur admission au second. Dès lors,
rassemblant d’un signe ses satellites, il y monta
avec eux, sonna à une des portes, ordonna au nom
du roi d’ouvrir, étant chargé de procéder à une
recherche de livres défendus, que le gouvernement
savait être en dépôt chez le locataire de cet apparteLa servante, transie de frayeur, balança un
ment.
instant à répondre; mais bientôt l’appréhension des
forces de l’autorité la décida à les laisser entrer.
Son maître se leva pour assister à la fouille,
sa présence.
que l’exempt ne voulut faire qu’en
Il eut beau lui certifier n’avoir en sa possession
qu’une centaine de bouquins, peu dignes de la
sévère perquisition de la police, on ne l’écouta
La vieille poussière
pas ; il fallut les montrer.
dont ils étaient rongés ne les sauva point de l’examen
Il ne s’en tint pas là;
minutieux de l’exempt.

de surprendre l’ex-commerçant
il lui soutint que, d’après ses
renseignements secrets, les ouvrages prohibés devaient être recèles dans quelque armoire des autres

feignant l’espérance
en

contravention

,

disposés

et cabinets.
de manière à

Comme

gens étaient
que l’inspection des lieux
il passa au salon, ensuite
se continuât en règle ,
à la salle à manger; il y vit un grand buffet sans
clef.
Il la demanda à la servante.
Elle s’agita
d’abord, comme si elle la cherchait vraiment; mais
chambres

ses

ce

à la fin, ne la retrouvant pas, elle protesta de
l’avoir oubliée par mégarde chez une de ses amies.
Cette défaite était trop grossière pour en imposer.
y croyant bonnement,
que le buffet ne valait pas la peine d’ètre
sérieusement examiné ; il ne renfermait, disait-il,
que sa vaisselle, du linge de table, et nullement
des livres.
"Puisque c’est ainsi, poursuivit l’officier
de police, je n’insiste plus.
Allons, Mademoiselle,
s’adressant à la servante , allons , conduisez-nous
maintenant à votre chambre.”
"Volontiers, Messieurs.”
Quand ils y furent, l’exempt lui ordonna de
livrer la clef du buffet, sans quoi il la constituerait
Cette menace ne l’effrayant point
prisonnière.
Un si dur traiteencore assez, on lui mit les fers.
ment
confondit l’opiniâtreté de son effronterie.
Elle indiqua pour lors l’endroit où la clef était
cachée. L’officier de police, après s’en être saisi,
retourna à la salle, et y plaça des soldats l’arme
11 fut ouvert prompteen joue devant le buffet.
ment: on y captura deux bandits armés de toutes
pièces. ”Voilà, Monsieur, dit l’exempt au maître du
logis , voilà les livres en question ; le stratagème
dont nous nous sommes servis ayant paralysé leur
résistance, vous évite d’ètre égorgé cette nuit : vivez
désormais eu paix, la justice vous débarrassera à
la fois d’une domestique criminelle et de deux in-

Cependant l’ex-commerçant

assura

—

famés coquins.”
Ce bon humain qui, depuis quinze ans, n’avait
rien de caché pour sa servante , ne revenait pas
de son étonnement ; à peine pouvait-il croire à
Dans la joie d’y avoir
tant d’atrocité de sa part.
échappé, il appela l’exempt son sauveur, l’accabla
des plus vifs remercîments, et voulut encore savoir

afin de lui laisser par testament un te'de
sa
gratitude. Mais l’pfficier de police
moighage
refusa de se nommer: il le pria dé ne point insulter
à la purete' de ses vues. Malgré ce refus, le vieillard
de vingt mille livres,
en mourant lui fit un legs
sou

nom,

1

que ses héritiers
bien rare.

acquittèrent

avec un

empressement

Trait extraordinaire du Sultan

Sandjar.

a vu
régner peu de princes aussi repar leur équité, que le sultan Sandjar.
Après une" guerre sanglante où il avait donné les
preuves les plus éclatantes 4 e sa valeur et de son
habileté , il entrait en triomphe dans la ville de
Zalika. Son armée victorieuse le suivait. Le peuple,
empressé de revoir son prince et d’être témoin
d’une pompe aussi auguste, était sorti hors des
Il y avait aux environs de cette ville un
murs.
dôme d’une hauteur prodigieuse, porté sur quatre
Comme les troupes défilaient
colonnes de marbre.
au
pied de ce dôme, le fils d’un pauvre derviche,
pour mieux observer leur marche, était monté tout
Le sultan, en passant auprès du dôme,
au haut.
aperçut quelque chose qui était perché sur l’extrémité : il s’imagina que c’était un oiseau ; comme
ce
prince était fort adroit à tirer de l’arc, il voulut
faire voir son habileté : la flèche , décochée avec
violence, atteignit l’enfant, qui tomba à terre,
baigné dans son sang. Quel fut le tourment, ou
plutôt le désespoir du prince, lorsqu’il vit ce
spectacle si funeste. Il mit pied à terre, et, se
précipitant sur le corps de l’enfant, il s’abandonna
à la plus vive douleur.
11 fit venir aussitôt le père de l’enfant, et, le
prenant par la main, il le conduisit dans sa tente,
Prenant ensuite une
où il s’enferma seul avec lui.
bourse pleine d’or, et tenant son sabre qu’il posa
sur une table, à côté de la bourse, il dit au derviche: "Voyez dans moi le meurtrier de votre fils;

L’Orient

nommés

32

je pourrais
ne

justifier,

me

en

l’ai pas tué de dessein

disant que je
mais mon
vons accable pas

vous

prémédité ;

crime, pour être involontaire, ne
moins du coup le plus rude qu’on puisse porter à
Vous savez la loi: si, comme elle vous
un père.
la
donne
en
liberté, vous voulez me permettre de
racheter le sang de votre malheureux fils, voici
de l’or; mais si vorugvoulez user de la rigueur de
cette même loi, voici mon sabre, ôtez-moi la vie:

j’ai pris

mes

précautions

rien à craindre

en

sortant

pour que vous
de ma tente.”

n’ayez
”Ah,

dit le derviche, en se jetant aux pieds
du monarque, si vous êtes au-dessus des autres par
votre rang , vous l’êtes encore par votre équité.
A Dieu ne plaise que je porte une main sacrilège
sur mon prince ,
qui est l’ame et la vie de son
n’est point coupable de
Votre

Seigneur,

i

Majesté

royaume.

la mort de mon fils, et je ne dois pas en recevoir
le prix; je m’estimerais heureux moi-même, si je
»sacrifier ma vie pour celle d’un prince

pouvais

aussi bon et aussi équitable.” ”Ton désintéressemérite d’être
ment, lui répondit le sultan étonné,
fais
te
et
gouverneur de la ville
;
je

récompensé

de Zalika ; les hommes supérieurs aux autres par
leurs sentiments, sont faits pour commander.”

La

L’empereur

justice

s’étant
vieillard
pauvre

Cam-hi étant à la chasse,
il trouva

suite,
qui pleurait amèrement,
écarté de

rendue.

sa

et

un

et

paraissait affligé

de

de
quelque malheur extraordinaire. Il s’approcha ce
lui, et, sans se faire connaître, lui demanda
le vieillard,
qu’il avait. ”Ce que j’ai! lui répliqua
hélas !
,
quand je vous le dirais , c’est

Seigneur

aucun
auquel vous ne pourriez apporter
"Peut-être, mon bon homme, repartit
secours
l’empereur, vous serai-je d’un plus grand de
votre
le sujet
que vous ne pensez : confiez-mpi
le savoir, reprit
voulez
vous
affliction.
Puisque

un

mal

remède.”

/

33
le vieillard, je vais vous le dire:’ Le gouverneur
d’une des maisons de plaisance de l’empereur trouvant mon bien qui est auprès de cette maison impériale, à sa bienséance, s’en est emparé, et m’a
Il a plus fait: je n’avais
réduit à la mendicité.
qu’un fils , qui était le soutien de ma vieillesse;
il me l’a enlevé, et en a fait son esclave. Voilà,
Seigneur, le sujet de mes larmes.”
L’empereur fut si touché de ce discours, que,
ne pensant qu’à venger un crime qu’on commettait
sous son autorité, il demanda d’abord au vieillard
s’il y avait loin du lieu où ils étaient à la maison
dont il parlait ; et le vieillard lui ayant répondu
qu’il n’y avait qu’une demi-lieue , il lui dit qu’il
voulait y aller avec lui pour exhorter le gouverneur à lui rendre
sou bien et son fils, et qu’il ne
désespérait pas de le persuader. ”Le persuader !
reprit le vieillard; eh! Seigneur, souvenez-vous,
s’il vous plaît, que je viens de vous dire que cet
homme appartient à l’empereur; il n’est sur ni pour
vous ni
pour moi d’aller lui faire une pareille proposition; il ne m’en traitera que plus mai, et vous
en recevrez
quelque insulte que je vous prie de
vous
épargner.” ”Que cela ne vous inquiète pas,
reprit l’empereur, je suis résolu à tout; et j’espère
que nous aurons meilleure issue de notre négociation que vous ne pensez.”
Le vieillard, qui voyait briller dans cet inconnu
quelque chose de ce que la naissance imprime sur
le front des personnes de ce rang, crut ne devoir
plus faire de résistance ; il objecta seulement,
qu’étant cassé de vieillesse et à pied, il ne pourrait pas suivre l’empereur qui était à cheval.
”Je
suis jeune, dit le prince; montez sur mon cheval,
et j’irai à pied.” Le vieillard ne voulut pas accepter
l’offre : l’empereur ie prit en croupe derrière lui.
Ils arrivent, et le prince demande le gouverneur,
à qui il découvre, pour se faire connaître, le dragon en broderie que son habit de chasse cachait.
Pour rendre plus célèbre cette action de justice
et d’humanité, la plupart des Grands qui suivaient
3

34
à la chasse, se trouvèrent là autour de
si on leur eût donné rendez-vous.
Ce
fut devant cette grande assemblée qu’il fit des reproches sanglants au persécuteur du bon vieillard;
et après l’avoir obligé de lui rendre son bien et
il lui fit sur-le-champ trancher la tête.
son fils,
Il fit plus ; il mit le vieillard en sa place, et
l’avertit de prendre garde que, la fortune changeant
ses mœurs ,
un autre ne
profitât un jour de ses
injustices , comme il venait de profiter de celles
du méchant gouverneur.

l’empereur

lui,

comme

Aucune vertu n’honore

plus

que l’humanité.

De toutes les vertus , aucune n’honore plus
que l’humanité; mais rien aussi ne marque plus la
Le
bassesse du cœur que la disposition contraire.
duc de Vendôme était un excellent prince; il était
le père de ses soldats comme de ses domestiques.
Voyant un jour chez lui un jeune homme qu’il
•—

reconnut pour un garçon qui avait porté sa livrée,
et qu’il croyait même encore à son service, il lui
dit: "Comment, Laroche, est-ce que tu n’es plus à

prince, lui répondit tristement
de déplaire à Monsieur
le
malheur
j’ai
votre intendant, et il m’a donné mon congé.”
”Hé! pourquoi t’a-t-il chassé?”'—”Je n’en sais rien;
il m’a congédié sans m’en dire le sujet.”
”Tu ne
moi?”
le laquais ;
—

”Non,

mon

eu

—

—

dis sans doute pas la vérité, et tu n’oses me
la dire ; il faut bien que tu aies commis quelque
J’en suis
faute grave, puisqu’il t’a mis dehors.
fâché, mon enfant ; mais tiens , en tirant de ses
poches huit ou dix louis, voilà ce que je te donne
pour t’aider à'vivre jusqu’à ce que tu sois placé.”
Quinze jours après Laroche reparut devant le
prince, qui lui demanda s’il n’avait pas trouvé une
nouvelle condition. ”Non, Monseigneur, lui répondit
ce laquais les larmes
aux
yeux ; et quel maître
voulez-vous que je serve après vous? en est-il
quelqu’un qui puisse me consoler de n’être plus
me

Vs

35

service de votre altesse?”
Ces paroles attendrirent le duc, qui allait encore donner de
l’argent
au
laquais, lorsque l’intendant arriva. "Pourquoi,
dit le prince à ce dernier, vous êtes-vous défait
de ce garçon? quelle faute a-t-il commise?” L’intendant allégua des raisons qui ne justifiaient
que
trop l’expulsion du laquais; mais le duc plus touché
de l’affliction que ce domestique faisait
paraître,
qu’attentif au mal qu’on lui en disait, interrompit
son intendant :
”]N’en parions pas davantage.
Je
ne doute
pas que vous n’ayez eu raison de le congédier; cependant j’ai une chose à vous dire, c’est
que, si vous lie le reprenez pas , je vous avertis
qu’il me ruinera ; car toutes les fois qu’il viendra
se
présenter devant moi, je lui donnerai tout ce
que j’aurai dans ma poche.”
au

DESCRIPTIONS.

Le

printemps.

As-tu donc oublié, ina chère Emilie, la parole
que tu m’avais donnée de venir nous trouver à la
campagne aux premiers jours du printemps? Peutêtre les gens de la ville
s’imaginent-ils qu’il n’est
pas encore de retour. Je conçois cette méprise;
ils se tiennent toujours si
dans leurs

claquemurés
peine à s’en apercenous, nous jouissons déjà de ses facampagne, si triste pendant quelques

appartements, qu'ils

voir.

Pour
La

veurs.

mois,

ont de la

tous ses charmes. Les oiseaux recoinmencent à former les
plus agréables concerts ; les
a

repris

prairies s’émaillent de fleurs nouvelles; l’aubépine
qui blanchit, tapisse partout les bords des chemins;
il n’est pas
jusqu’au plus vieux espalier, qui ne
se
pare de bouquets, pour déguiser son grand âge.
3

*

36

Quel plaisir après le morne silence qui régnait
dans la nature, d’entendre les bêlements des troupeaux qu’on voit gravir sur le penchant des collines,
et les cris de joie des enfants qui se re'pandent
dans la campagne, pour sarcler les blés ou pour
Notre maison est bâtie
faire d’autres ouvrages.
sur une hauteur,
exposée aux premiers rayons du
Je pourrais de mon lit attendre sa visite,
soleil.
mais j’aime mieux me lever avec l’aurore, pour lui
offrir moi-même mon hommage sur le sommet du
coteau, et j’y reviens le soir pour lui faire mes
Ce spectacle magnifique
adieux à son coucher.
est toujours nouveau pour moi.
Viens donc bientôt, ma chère Emilie, pour
jouir de ces plaisirs avec toii amie, et tâche d’engager ta maman à venir avec toi.
Adieu, mon Emilie ; je t’embrasse de toute
l’amitié que je t’ai vouée pour la vie.

Hambourg
Ce que le
pour Londres,

et

ses

environs.

est pour Lisbonne, la Tamise
La
l’Elbe l’est pour Hambourg.
navigation de ce fleuve embrasse la Bohème, la
Saxe, le Brandebourg, le pays d’Hanovre, leMecklenbourg, le Holstein, et s’étend par les canaux intérieurs
jusqu’en Prusse et en Pologne. A douze milles
d’Allemagne au-dessous de Hambourg, l’Elbe se
jette dans la mer, et ouvre à l’industrie la route
de toutes les parties du monde.
Placés sur les
limites du midi et du nord, les Hambourgèois observent sans cesse,' non seulement l’Allemagne, mais
l’Europe entière. Au premier signal, ils placent
avantageusement tous les produits de la nature et
de l’art, dont ils se trouvent dépositaires, ou qu’ils
peuvent se procurer par leur vaste correspondance.
Leurs profits augmentent par la circulation continuelle des lettres de changé, par les gains du fret,
et par les assurances maritimes.
Une banque so-

lide,

et

Tage

qui jouit partout d’une réputation intacte,

/

37

dépôt à des fonds qui deviennent disponibles
des circonstances.
Selon les derniers recensements la population
de Hambourg monte à environ cent vingt mille
Cette masse d’hommes est dans un mouveaines.
ment continuel.
Depuis l’armateur jusqu’au porteballe; depuis le banquier qui va calculer à la Bourse
les chances de la fortune, jusqu’au petit marchand

sert de
au

gré

qui vend à l’aune et au colporteur, qui parcourt
les rues, ils s’agitent tous pour gagner de l’argent.
Leur travail est productif, et leurs logements, leurs
vêtements, leurs consommations, leur ton, indiquent
est
qu’ils sont au-dessns du besoin. La Bourse
le rendez-vous général, le centre des spéculations
et des projets; aux négociants se joignent les eurieux et les nouvellistes; l'édifice même, la place
dans laquelle il est situé, et les rues voisines, se
remplissent et s’obstruent. On entend parler toutes
les langues ; on rencontre des hommes de tous les
nouvelles de toutes les parpays; on apprend des
C’est là que se lient et s’enchaîties du monde.
nent par les rapports commerciaux les cités les
d’un
plus distantes ; c’est là que d’un mot suivi
trait de plume le spéculateur hardi gagne en un

moment des sommes que le laboureur, l’artisan,
l’homme de lettres , l’artiste, ne sauraient gagner
pendant une vie entière de travaux et de peines.de
On a construit deux ports dans l’enceinte
la ville; l’u.i destiné aux bateaux venant de l’intérieur; l’autre, beaucoup plus vaste, pour les vaisLes canaux, dont la
seaux arrivant de la mer.
sont pourvus au moyen des
des
quartiers
plupart
favorisent le versement des
eaux de la rivière,
marchandises dans les magasins. Tout ce qui conde l’Elbe est surveillé avec la
cerne la

navigation

plus grande attention.

Une allée de tilleuls, plantée le long du large
bassin que forme 1’Alster, sert de promenade publique dans l’enceinte de Hambourg. On se promène
aussi sur le rempart, où il y a des points de vue
très-variés sur l’Aister et sur l’Elbe ; mais c’est

surtout hors de la ville
que se rend la foule de
qui cherchent la re'cre'ation et l’amusement.
Les environs
pre'sentent partout le tableau de la
richesse champêtre. Le territoire est couvert d’une
population presque aussi serrée que celle de la
ville même; de belles allées
ombragent une multitude d’habitations
agréables ; ailleurs ce sont des
villages opulents, dont les habitants se livrent surtout à la culture des
légumes et des fruits. Les
ceux

influences que

répandent

les richesses et l’activité
les districts
voisins, appartenant au Holstein, et y ont fait
naître avec l’abondance toutes les
commodités de
la vie.
L’art a vaincu les inconvénients et les
difficultés que présentait le climat; les
sables, les
landes, les marais, tout a cédé aux efforts de
l’homme; et, si la belle saison était plus longue,
peu de contrées offriraient un séjour plus riant.
Les jardins des
négociants, et ceux où se
porte la foule, surtout les jours de fête, sont répandus sur tous les points des environs; mais les
plus vastes et les plus somptueux se trouvent le
long de l’Elbe , du côté de la ville d’Âltona. Ils

des

Hambourgeois se sont étendues dans

sont

placés sur une éminence, et descendent en
gradins vers l’Elbe. Ce fleuve fait mesurer à l’oeil
une
largeur de plus de deux lieues. Plusieurs îles
y sont répandues, et au fond du tableau, sur la
rive opposée, est le
pays d’Hanovre, où l’on distingue, avec un temps serein, la ville d’Harbourg
et un
grand nombre de villages. Les vaisseaux
qui remontent ou descendent augmentent la beauté
du coup-d’oeil.

On trouve des sites différents et des beautés
d’un autre
genre en se promenant sur les bords
de 1’Alster.
Là, tout est simple et modeste; l’art
et la richesse ne se montrent
que dans la variété
des cultures. On oublie le bruit de la
ville, le
faste des jardins ornés
et l’on
,
tout le
éprouve
charme de la solitude.

1

Voyage

en

Suisse.

les marques d’amitié que j’ai reçues
me
passage par votre bonne ville
de
d’avoir
aise
serez bien
vous
persuadent que
ce que je demes nouvelles, et de savoir un peu
à Bâle ; je n’y vis
En vous
viens.

Monsieur,

de vous, à

mon

quittant j’allai

fort intéressante de M. Haas, auquel
que la maison
qui se
j’étais adressé par M. Levraut ; l’occasionmanière
me rendre à Zurich d’une
de
présenta

très-convenable à

gratis,

avec un

ma

fortune, c’est-à-dire presque

commis-voyageur,

me

décida pour

Ce fut là que je commençai à me
ce voyage.
trouver en Suisse , pays vraiment admirable dans
2
La beauté tant vantée des sites fit
cette saison
.

moi l’effet ordinaire, me surprit et m’enchanta.
ses
Il y avait là un prince russe avec sa femme et
enfants , tous fort bonnes gens , parlant français
Leur connaissance que je iis me fut
avec pureté.
Nous vîmes le lac en bateau,
utile et agréable.
les environs en voiture (où les voitures pouvaient
à cause
aller), le reste à pied; tout me convenait
à
de la compagnie; on mangeait à crever, on riait
bien
J’osai
on
causait
n’en
sur

pouvoir plus,

gaiement.

leur parler de leur triste pays , dont je recueillis
là en passant quelques notions assez curieuses. Je
fus ainsi deux jours avec eux sans m’ennuyer; après

quoi toute cette famille, prince, princesse, petits
tout cela partit eu
princes, valets et servantes,
de
eaux
les
Baden, et partira
trois carrosses pour
en un seul tombereau pour
jour
peut-être quelque
Ce fut la réflexion que je fis sans la
la Sibérie.
leur

communiquer.

Sur le lac, Dieu m’est témoin que je pensais
et
à mes amis des bords du Rhin, vous compris
comment
voici
et
trouvez
le
vous
bon,
en tète, si
tout naturellement: je regardais les eaux

j’y pensais

L’auteur île cette lettre écrit à un ami il
Au mois d’août.
1

2

Strasbourg.

—

40
de ce lac
transparentes comme le cristal,
de la Limatte en sortent et vont se

jeter

celles
dans le

ttliin. Vous voyez, Monsieur, comme mes
pensées
en suivant l’onde
fugitive, arrivaient doucement à

Les vôtres n’auraient-elles
pas pu remonter
le cours de l’eau ?
Cela n’est pas si
naturel; aussi n’osai-je m’en flatter.
Après le départ de mes Russes, je ne fus pas
long-temps sans trouver une autre occasion aussi
peu coûteuse que la première pour venir à Lucerne
en
reprenant ma direction vers l’Italie. Arrivé
dans cette ville, je voulus, avant d’aller
plus loin,
reconnaître le pays, où
je vis beaucoup d’ombrages,
point de vignes, des sapins , et du côté du midi
un
rempart de montagnes toujours couvertes de
neiges. J’en conclus que c’était là un lieu trèspropre à passer le mois d’août, et l’asile que je
cherchais contre la rage de la
canicule, comme
parle Horace. Le hasard me fit connaître un jeune
homme qui venait d’hériter d’une
jolie maison de
campagne sur le bord du lac, à une demi-lieue de
la ville ; nous allâmes ensemble la
voir, et sur
l’assurance qu’il me donna de
n’y jamais mettre
le pied, j’y
acceptai le logement d’où je vous écris,
que j’occupe depuis un mois , et que
je compte
occuper jusqu’à la fin de septembre, car
je ne
crois pas que l’Italie, dans la
partie où je veux
aller, soit habitable avant ce temps.
Ma demeure est à
mi-côte, en plein midi,
au-dessus d’une vallée
tapissée de vert, mais d’un
vert inconnu à vous autres mondains
,
qui croyez
être à la
campagne auprès des grandes villes. J’ai
en face une
hauteur
chez
vous.

quelquefois

montagne,

qu’on appellerait

toute couverte
sont pleins de
loups dont
les visites dans ma cour
,
netz recevait ses

vous

de

bois, et ces bois
je reçois chaque matin

M. de Champeloin je vois dans
les grandes
Alpes l’hiver au-dessus du printemps,
à droite d’autres
montagnes, entrecoupées de valIons, à gauche le lac et la ville , et
puis encore
des montagnes ceintes de
comme

créanciers; plus

feuillages

et

couronnées

41

Ce sont là ces tableaux qu’on vient voir
de neige.
de si loin, mais auxquels nous autres Suisses nous
Ainsi l’habitude finit
faisons si peu d’attention.
le plus beau, simple
même
rendre
tout,
par nous
et commun.

à ma vie, j’en fais trois parts : l’une
et dormir, l’autre pour le bain et la
manger
pour
la troisième pour mes vieilles études
promenade,
matériaux. Le jardinier
dont

Quant

j’ai apporté d’amples

femme qui me servent n’entendent pas un
mot de français : ainsi, j’observe exactement le
silence de Pythagore et à peu près son régime.
Je ne vais jamais à la ville, où je ne connais pertous les jours dans le lac,
Je me
sonne.
et

sa

baigne

souvent dans un endroit qui est un port
Les eaux de ces lacs sont
bateaiix.
les
pour
et le baptême n’en est que
très-froides
,
toujours
on n’en use point ici, et je
Mais
salutaire.
plus
dans tout le pays
a
crois même
et le

plus

qu’il n’y personne
qui sache nager. Moi qui n’ai point d’autre plaisir,
m’en trouve
je m’en donne du matin au soir, et je
très-bien.

Voilà, Monsieur, comme se passe mon temps,
doucement, je vous assure, mais avec une
fais
rapidité qui m’effraierait si j’y songeais. Je ne
vous
vivre
ne
Je
folie.
cette
pour
qu’à
songe
pas
revoir un jour, et je m’y prends, ce me semble,
fort

assez

bien.

rend mes heures si rapides,
Je puis dire
suis guère oisif.
Je ne fus jamais si occupé que
n’ai plus rien à faire.
Enfin, si

Ce

que je
comme Caton
c’est

qui

ne
:

que je
de vos nouvelles, je ne désirerais rien, et
il y aurait au monde un homme content de son

depuis
j’avais
sort.

Écrivez-moi

donc bientôt.

Naples

et ses

environs.

Mon cher Alphonse, quoique je n’aie pas reçu
de lettres de vous depuis bien long-temps, j’espère
Je pense plutôt
oublié.
que vous ne m’avez pas

42

dernières lettres ne vous sont
point parJ’en serais fâché, mais
j’aime encore mieux
croire cela que de craindre d’avoir
votre amitié.
que

mes

venues.

perdu

J’espère toujours
voir et de

nous

correspondance.

que le moment viendra de nous
connaître autrement que
par notre

Voilà un an que je suis à
Naples avec mon
Mais nous ne devons
plus y rester bien

papa.

long-temps,
rons

et

je

pour aller à

crois que

nous

Constantinople.

embarque-

nous

Je

sais pas
papa voyage tant; il ne me l’a pas
dit, apparemment parce que je suis encore trop
jeune pour qu’il me fasse cette confidence. Au
reste, cela m’amuse et me procure de l’instruction
d’une manière bien
agréable. Je n’ai que le regret
de n’avoir pas
pu vous voir et vous embrasser avant
mon
départ, mon cher Alphonse.
Il faut que je vous dise
que Naples est une
des plus belles villes
voir. Elle
qu’on

pourquoi

ne

mon

puisse

comme vous

bâtie

est,

le bord de la mer,
dans une position
magnifique. 11 y fait très-cliaud,
et tout le monde dort au milieu de la
journée,
comme à Rome.
On appelle cela faire la sieste.
Ölais vers le soir, il y a un vent frais
qui vient
de la mer , et qui
dédommage de la grande chaleur du jour.
C’est alors qu’on se
promène.
Ce que j’ai vu de plus étonnant, c’est le mont
Vésuve. On vous a sans doute
expliqué , en apprenant la géographie , ce que c’est qu’un volcan ;
eh bien, moi, je l’ai vu , et
bien voulu
savez

,

sur

j’aurais

que vous fussiez là avec moi.
Figurez-vous qu’il
y a, au pied de cette terrible montagne, un
petit
village, nommé Portici, dont les habitants paraissent
aussi tranquilles que s’il
n’y avait rien à craindre
pour eux. Le bas de la montagne est très-fertile;
mais à mesure qu’on monte, on ne trouve
plus
que des rochers, des matières vomies par le volcan, qu’on appelle laves , et une cendre qui
manque
sous les
pieds. Mon papa a assez compté sur ma
force êt sur mon courage
pour me permettre de
monter avec lui jusqu’en haut, ce
est bien

qui

43

difficile et bien fatigant, je vous assure. Tout en
haut de la montagne, il y a un gouffre, qu’on ap-

le cratère, et duquel il sort continuellement
Le fond de
de la fume'e et souvent des flammes.
est une véritable fournaise.
ce
Quelque-

pelle

gouffre

fois il vomit des matières embrasées, des pierres,
de la cendre, qui coulent sur ses bords ou qui
C’est
sont lancées à une distance prodigieuse.
alors ce qu’on appelle une éruption; et cela doit
On a déêtre bien beau, mais bien effrayant.
couvert, en fouillant la terre auprès du Vésuve,
les restes d’une ville romaine , qui avait été en-

On

appelle
par les cendres du volcan.
cette ville Pompeïa; je vous en parlerai dans une
Nous avions mis beaucoup de temps
autre lettre.
monter
jusqu’au cratère; mais il ne nous en
pour
car il est
a
pas fallu beaucoup pour descendre,
de descendre lentement, parce que la
gloutie

impossible
cendre glisse

sous les pieds, et l’on roule presque
elle. Cela ne m’a pas fait peur; au contraire,
cela me divertissait d’aller si vite.
Mais voilà une lettre déjà bien longue, et j’ai
être mise
peur qu’elle ne vienne trop tard pour
dans le paquet de mon papa. J’espère, à présent,
mon cher ami, que vous me donnerez de vos nouJe
continuerai de vous écrire.
et moi
velles
avec

je

,

vous

embrasse de tout

mon

cœur,

et

suis votre

ami.

Pompeïa.
Je n’ai pas encore reçu, mon cher ami, votre
le 24 juin
réponse à la lettre que je vous ai écrite
bien
l’aurez
vous
dernier. J’espère, cependant, que
de jours
faut
sais
mais
beaucoup
qu’il
reçue;
je
d’ici à Paris; et puis
pour que les lettres arrivent
il faut encore le même temps pour que votre réNous sommes toujours à Naples,
vienne.

ponse

comme

vous

voyez

Avant d’aller à

,

mais

nous

Constantinople,

partirons

mon

bientôt.

papa veut que

44

allions

nous

en

Sicile.

La

Sicile,

comme

vous

savez, est une grande île qui fait
partie du royaume
où je suis.
On dit que c’est un
pays très-curieux

à

voir,

vous

et je
pourrai sans doute, mon cher Alphonse,
e'crire des choses amusantes de
Palerme, qui

est la

capitale de cette île.
attendant, il faut, comme je vous l’ai promis, que je vous parle de la ville de Pompeïa
qu’on a retrouvée sous la terre au pied du mont
En

Vésuve. Je vous assure que c’est
extraordinaire.
Figurez-vous

une

qu’il

chose bien

avait pardes jardins, des
Voilà qu’en creusant la terre, les liabivergers.
tants ont trouvé des murs.
Alors on a creusé
davantage, et l’on a découvert des maisons, et puis
des rues, et puis enfin une
grande partie de cette
ville. On se promène à
présent dans les rues, et
l’on entre dans les maisons, où l’on trouve encore
des meubles qui servaient aux malheureux habitants.
Il y a sur les murs des
peintures qui se sont conserrées d’une manière étonnante.
Mon papa m’a
expliqué que cette ville avait été jadis engloutie
par la cendre et par la lave du Vésuve.
Il y avait
dans ce temps-là un savant, nommé Pline
,
qui a
fait un livre sur l’histoire naturelle. Il aimait tant
à étudier et à s’instruire
qu’il ne craignit point
d’aller voir de près l’éruption du volcan.
C’était
pendant la nuit, et cela devait en effet être trèsbeau à observer.
Mais ce pauvre Pline en fut la
dessus cette ville

des

y

champs,

victime, et il périt avec
qui furent englouties.

tant d’autres
personnes

Ce Pline avait un neveu qui
s’appelait comme
et qui a fait des lettres très-célèbres.
Mon
papa m’a dit que quand je serai plus fort en latin,
il m’en fera lire une où ce neveu raconte la
mort
de son oncle.
Sachant que la ville de Pompeïa avait été en.terrée si long-temps , je ne revenais
pas de mon
étonnement, en voyant comme tant de choses se
sont conservées sous la terre.
Mais ce qui m’étonirait bien davantage, c’était de voir
qu’on bâtit des

lui,

45

maisons et qu’on cultive des jardins auprès d’un
qui engloutit ainsi une ville dans une nuit.
Mon papa m’a assuré cependant, que si je demeurais
là pendant quelque temps, je finirais par n’y penser
pas plus que les autres; et vraiment je le crois,
car à
Naples, nous n’en sommes pas bien loin, et
je n’ai pas la moindre crainte. Cela m’a fait réfléchir que l’habitude peut beaucoup sur nous, et
qu’on a bien raison quand on nous recommande
de ne contracter que de bonnes habitudes.
Adieu, mon cher Alphonse, je serai bien content quand je recevrai une lettre de vous.
En
attendant, je vous embrasse et suis de tout mon
cœur votre sincère ami.
volcan

La Calabre.
Pour la Calabre actuelle, ce sont des bois
des forêts d’oliviers, des haies de
,
citronniers.
Tout cela sur la côte et seulement
près des villes: pas un village, pas une maison
dans la campagne ; elle est inhabitable , faute de
Mais comment cultive-t-on,
police et de lois.
direz-vous?
Le paysan loge en ville et laboure
la banlieue; partant tard le matin, il rentre avant
le soir.
Comment oserait-on coucher dans une
maison des champs?
On y serait égorgé dès la
première nuit. Les moissons coûtent peu de soins;
à ces terres soufrées il faut peu d’engrais ; nous
ne trouvons
pas à vendre le fumier de nos ehevaux.
Tout cela annonce la richesse.
Cependant
le peuple est pauvre, misérable même. Le royaume
est riche ; car, produisant de tout, il vend et n’achète
Que font-ils de l’argent? Ce n’est pas sans
pas.
raison qu’on a nommé ceci l’Inde de l’Italie.
Les
bonses aussi n’y manquent pas.
C’est le royaume
des prêtres, où tout leur appartient.
On y fait
vœu de
pauvreté pour ne manquer de rien. Il n’y
a
point de famille qui ne soit gouvernée par un
prêtre jusque dans les moindres détails ; un mari

d’orangers

46

n’achète pas des souliers pour sa femme sans l’avis
du saint homme.
Ce n’est point ici qu’il faut prendre exemple
d’un bon gouvernement, mais la nature enchante.
Pour moi. je ne m’habitue pas à voir des citrons
dans les haies.
Et cet air embaumé autour de
Reggio ! on le sent à deux lieues au large quand
La fleur d’orange est
le vent souffle de terre.
meilleur que
cause qu’on y a un miel beaucoup
celui de Virgile: les abeilles d’Hybla ne paissaient
Toutes
que le thym , n’avaient point d’orangers.
choses aujourd’hui valent mieux qu’autrefois.
Un jour je voyageais en Calabre, c’est un
pays de méchantes gens, qui, je crois, n’aiment
personne, et en veulent surtout aux Français; de
cela serait long; suffit qu’ils
vous dire pourquoi,
nous haïssent à mort, et qu’on passe fort mal son
temps lorsqu’on tombe entre leurs mains. J’avais
pour compagnon un jeune homme d’une figure
comme
ce monsieur que nous vîmes au
ma foi,
et mieux encore
vous en souvenez-vous ?
;
Rincy
peut-être; je ne dis pas cela pour vous intéresser,
mais parce que c’est la vérité. Dans ces montagnes
les chemins sont des précipices, nos chevaux marchaient avec beaucoup de peine ; mon camarade
allant devant, un sentier qui lui parut plus praticable et plus court nous égara. Ce fut ma faute;
devais-je me fier à une tête de vingt ans ? Nous
cherchâmes , tant qu’il fit jour, notre chemin à
....

travers

ces

bois; mais plus

nous

cherchions, plus

il était nuit noire quand
perdions
nous arrivâmes près d’une maison fort noire; nous
y entrâmes, non sans soupçon, mais comment faire?
Là nous trouvions toute une famille de charbonniers
à table, où du premier mot on nous invita; mon
jeune homme ne se lit pas prier: nous voilà mangéant et buvant, lui du moins, car pour moi j’examirtais le lieu et la mine de nos hôtes. Nos hôtes
avaient bien la mine de charbonniers ; mais la
nous

nous

maison,

vous

n’étaient que

,

et

l’eussiez prise pour un arsenal ; ce
fusils, pistolets, sabres, couteaux,

47

coutelas.

Tout

déplaisais aussi;

me

déplut,

mon

était de la famille, il

et

je

vis bien que

je

camarade, au contraire: il
riait, il causait avec eux; et

par une imprudence que j’aurais dû prévoir, il dit
d’abord d’où nous venions, où nous allions, que nous
étions Français ; imaginez-vous un peu ! chez nos
plus mortels ennemis , seuls , égarés , si loin de
tout secours humain ! et puis, pour ne rien omettre
de ce qui pouvait nous perdre, il fit le riche, promit à ces gens pour la dépense, et pour nos guides
le lendemain, ce qu’ils voulurent. Enfin, il parla
de sa valise, priant fort qu’on en eût grand soin,
qu’on la mît au chevet de son lit ; il ne voulait
point, disait-il, d’autre traversin. Âh! jeunesse!
jeunesse! que votre âge est à plaindre! On crut
que nous portions les diamants de la couronne; ce
qu’il y avait qui lui causait tant de souci dans
cette valise, c’étaient les lettres de sa maîtresse.
Le souper fini on nous laisse; nos hôtes couchaient
en bas, nous dans la chambre haute où nous avions
mangé; une soupente élevée de sept à huit pieds,
où l’on montait par une échelle, c’était là le coucher qui nous attendait, espèce de nid, dans
lequel
on s’introduisait en
rampant sous des solives chargées de provisions pour toute l’année. Mon camarade y grimpa seul, et se coucha tout endormi,
la tète sur la précieuse valise; moi, déterminé à
veiller, je fis bon feu, et m’assis auprès. La nuit
s’était déjà passée presque entière assez tranquille-

ment,

et

je commençais

l’heure où il

à

me

rassurer,

quand,

semblait que le jour ne pouvait être loin, j’entendis au-dessous de moi notre
hôte et sa femme parler et se disputer; et prêtant
l’oreille par la cheminée qui communiquait avec
celle d’en bas, je distinguai parfaitement ces propres mots du mari : Eh bien enfin voyons, faut-il
les tuer tous deux?
A quoi la femme répondit:
Oui. Et je n’entendis plus rien.
Que vous dirai-je? je restai respirant à peine,
tout mon corps froid comme un marbre ; à me
voir, vous n’eussiez su si j’étais mort ou vivant.
sur

me

48

Dieu !

quand j’y

presque

qui

en

pense

encore

!....

Nous deux

armes, contre eux, douze ou quinze,
avaient tant ! Et mon camarade mort de
sans

sommeil et de

faire du bruit,
seul, je ne pouvais;
guère haute, mais en bas deux

fatigue!

je n’osais; m’e'chapper

L’appeler,

tout

la fenêtre n’e'tait
En
des loups.
gros dogues hurlant comme
si
vous
me trouvais ,
imagiuez-le
quelle peine je
fut long,
pouvez. Au bout, d’un quart d’heure, qui
et par la fente
sur l’escalier quelqu’un ,
j’entends
de la porte , je vis le père , sa lampe dans une
main, dans l’autre un de ses grands couteaux. 11
montait, sa femme après lui, moi derrière la porte;
il ouvrit ; mais , avant d’entrer il posa la lampe,
il entre pieds
que sa femme vint prendre ; puis
à voix basse,
disait
lui
de
et
dehors,
elle,
nus,
masquant avec ses doigts le trop de lumière de la
lampe, doucement, va doucement. Quand il fut
à l’échelle, il monte, son couteau dans les dents,
et venu à la hauteur du lit, ce pauvre jeune homme
étendu offrant sa gorge découverte, d’une main
il saisit
et de l’autre
son couteau ,
il
.

un

.

.

prend
jambon qui pendait

tranche,
porte se

au plancher, en coupe une
La
retire comme il était venu.
referme, la lampe s’en va, et je reste seul

et

se

réflexions.
la famille, à
que le jour parut, toute
nous éveiller, comme nous l’avions
vint
bruit,
grand
recommandé. On apporte à manger, on sert un
à

mes

Dès

déjeuner fort propre , fort bon , je vous
Deux chapons en faisaient partie , dont il fallait,
dit notre hôtesse, emporter l’un et manger l’autre.
En les voyant je compris enfin le sens de ces terribles mots : faut-il les tuer tous deux ? Et je
assez de pénétration pour deviner à
vous crois ,
assure.

présent

ce

que cela

signifiait.

4»)

Venise.
sur
la Brenta pour arriver à
des deux côtés du canal on voit les
palais des Vénitiens , grands et un peu délabrés,
comme la magnificence italienne.
Us sont ornés
d’une manière bizarre, et qui ne rappelle en rien
le goût antique. L’architecture vénitienne se réssent du commerce avec l’Orient; c’est un
mélange
de moresque ~et de gothique qui attire la curiosité
sans plaire à
l’imagination. Le peuplier, cet arbre
régulier comme l’architecture, borde le canal presque partout. Le ciel est d’un bleu vif qui contraste
avec le vert éclatant de la
campagne ; ce vert est
entretenu par l’abondance excessive des eaux: le
ciel et la terre sont ainsi de deux couleurs si fortement tranchées, que cette nature elle-même a l’air
d’être arrangée avec une sorte d’apprêt ; et l’on
n’y trouve point le vague mystérieux qui fait aimer
le midi de l’Italie.
L’aspect de Venise est plus
étonnant qu’agréable : on croit d’abord voir une
ville submergée, et la réflexion est nécessaire pour
admirer le génie des mortels qui ont conquis cette
demeure sur les eaux.
Naples est bâtie en amphithéâtre au bord de la mer, mais Venise étant sur
un terrain tout-à-fait
plat, les clochers ressemblent
aux mâts
d’un vaisseau qui resterait immobile au
milieu des ondes. Un sentiment de tristesse s’emOn
pare de l’imagination en entrant dans Venise.
prend congé de la végétation; on ne voit pas même
une mouche
en ce séjour ;
tous les animaux en
sont bannis ; et l’homme seul est là pour lutter
contre la mer.
Le silence est profond dans cette ville dont
les rues sont des canaux, et le bruit des rames
est l’unique interruption à ce silence; ce n’est pas
la campagne, puisqu’on n’y voit pas un arbre; ce
n’est pas la ville, puisqu’on n’y entend pas le moindre
mouvement; ce n’est pas même un vaisseau, puisqu’on n’avance pas; c’est une demeure dont l’orage
fait une prison; car il y a des moments où l’on ne

On

Venise,

s’embarque
et

'

4

On trouve
îles hommes du peuple à Venise qui n’ont jamais
été d’un quartier à l’autre, qui n’ont pas vu la
place Saint-Marc, et pour qui la vue d’un cheval
Ces
ou d’un arbre serait une véritable merveille.
gondoles noires qui glissent sur les canaux ressemblent à des cercueils ou à des berceaux, à la derLe
nière et à la première demeure de l’homme.
soir on ne voit passer que le reflet des lanternes
qui éclairent les gondoles , car de nuit leur couOn dirait
leur noire empêche de les distinguer.
que ce sont des ombres qui glissent sur l’eau,
guidées par une petite étoile. Dans ce séjour tout
est mystère , le gouvernement, les coutumes et
Sans doute il y a beaucoup de jouissances
l’amour.
le
cœur et la raison, quand on parvient à pénépour
trer dans tous ces secrets ; mais les étrangers doivent
trouver l’impression du premier moment singulière-

peut sortir ni de la ville ni <le chez soi.

ment triste.

Constantinople.
On vante le premier aspect de Naples et sa
situation pittoresque entre le Vésuve qui fume et
la mer bouillonnante ; on admire la position de
Gênes et celle de Lisbonne ; mais qu’on se figure
un port où toutes les puissances maritimes pourraient enfermer leurs escadres, et où des vaisseaux
de cent canons mettent une planche à terre sans
le moindre danger ; que l’imagination élève, sur
les deux rives de ce canal, une colline dont la
pente douce descend jusqu’au bord des flots légèrement agités.
A gauche, c’est l’antique Bysance,
avec ses bazars,
ses mosquées, ses innombrables
minarets, dont la forme n’imite aucun des édifices
connus
dans le reste de l’Europe ; à l’entrée du
port, du même côté , sont les jardins du sérail,
avec leurs touffes de
cyprès, dont la sombre verdure laisse à peine entrevoir les bâtiments, presque
tous surmontés d’un croissant ou d’une boule dorée.

/

51
A
de

droite, vis-à-vis ie se'rail,

on voit le
faubourg
de l’artillerie ottomane ; trois
rangs de casernes bâties depuis peu sur un plan
uniforme et re'gulier, la plus belle fontaine de la
ville , et un mouvement continuel qui contraste
la solitude profonde, le repos, la beauté
avec
champêtre que les jardins du sérail introduisent
dans ce paysage enchanteur.
Un peu plus loin,
sur la même ligne ,
est le faubourg de G"lata,
peuplé par les négociants, les marins, et tout ce
qui tient au commerce des Francs ; au-dessus de
celui-ci s’élève Péra, qui couronne le sommet de
l’amphitéàtre, où les ambassadeurs des peuples
chrétiens ont fait bâtir des palais, modèles inutiles
d’un luxe élégant et réfléchi.
Après avoir passé
Galata, on trouve l’arsenal des Turcs et le chantier de leur marine militaire.
A l’entrée du port
sur un coteau fertile où commence l’Asie
et qui
,
n’est séparé de la pointe du sérail et de Topana
que par un canal d’un mille de largeur, s’élève
Scutari, ville peuplée de quatre-vingt mille habitants, qui paraît à peine un faubourg de la métropôle ottomane. Jetez au milieu de ce cadre immense
cinq ou six cents navires , quarante mille
bateaux de la forme la plus légère, qui, d’un
crépuscule à l’autre , traversent en tous sens le
port et le Bosphore; des milliers d’oiseaux que la
charité musulmane protège, que l’absence du péril
rend familiers, et qui tantôt flottent sur les ondes
tranquilles, tantôt couronnent le toit des maisons et
les mâts des vaisseaux; ajoutez à ce tableau, sans
modèle et sans copie , les costumes des hommes
du nord et du midi, de l’occident et de l’aurore;
rappelez-vous la mollesse asiatique et l’activité
européenne, la superbe indolence des Turcs , la
vanité misérable des Grecs, l’industrie timide des
Arméniens, l’avare patience des Juifs , l’ambition
ingénieuse des Francs , et vous aurez une faible
idée de ce qu’un seul regard embrasse au milieu
du port de Constantinople.
Si vous sortez un moment de son enceinte, partout des objets nouveaux

Topana,

e'cole

4*

52

commandent votre admiration....
sance
ses

D’un côté,

prolonge, pendant cinq milles,

édifices,

ses

riches

bazars,

ses

ses

Bytemples,

minarets

mena-

la pointe du sérail jusqu’à
l’extrémité du château des Sept-Tours; la mer de
Marmara en baigne les antiques murailles ; en face,
sont les Iles des Princes , couvertes de maisons

çants,

et s’étend

depuis

de campagne et de jardins encore aussi simples
côtes de l’Asieque celui d’Alcinoüs : plus loin, les
Mineure, les golfes de Nicomédie et de Calcédoine,
le mont Olympe, au sommet de neige, ayant à ses
la ville de Brouse, ancienne capitale de l’em-

pieds

pire ottoman,

et

sous

vos

yeux les vaisseaux ap-

portant de la mer Égée les productions de la Grèce,
de la Natolie, de l’Egypte, de la Syrie et de l’EuSortez-vous du port par l’autre
rope occidentale.
canal, vous entrez dans le Bosphore de Thrace,
dont les deux rivages présentent, pendant plus de
vingt milles, une suite non interrompue de villages,
de sites délicieux ; toutes
de palais, de kiosks
,

•

les richesses et la pompe orientales dans les nombreux sérails que le grand-seigneur et les sultanes
ont fait construire sur la côte; une image du goût
européen dans les maisons que les ministres étrangers occupent à Tarapia et à Buyucldéré ; des
tours antiques et pittoresques bâties par les Génois
pour la défense du Bosphore, dans le temps de

des forteresses modernes,
dont la crainte des armées
russes a hérissé les bords du canal; enfin, à l’entrée de la mer Noire, les vaisseaux qui portent à
Constantinople les tributs de l’Arménie et de Trébisonde, ou les productions de la Tartarie, de la
Crimée, et des pays voisins du Caucase ; pays
arrachés à l’empire des Turcs par une nation aussi
barbare qu’eux, au commencement de ce siècle,
et qui, depuis trente ans, a souvent fixé tous les
regards, par l’audace de ses entreprises, par l’éclat
de ses victoires, et par le luxe des arts florissant
chez les peuples les plus civilisés. Eu un mot, il
n’est pas un seul point, sur ce rivage, qui n’éveille
leur

et

grandeur passée
peut-être inutiles
,

;

53

la mémoire et la
et le pinceau.

pensée, qui

ne

défie

l’imagination

Bordeaux.
Je ne sais pas au juste la place qu’il faut assigner à la ville de Bordeaux parmi les trois grandes
villes de France qui se disputent le premier rang
en
après la capitale ; mais il y a peu de villes
la
arrivant
dont
Bastide)
par
l’aspect (en
Europe
soit d’un effet plus magique, et présente une
disposition plus imposante. Bordeaux est bâti en
demi-cercle sur le beau fleuve de la Garonne, qui
forme précisément la corde d’un arc immense dont
l’œil embrasse à la fois la magnifique étendue. En
fait d’édifices modernes plus ou moins remarquables,
ville
je crois avoir déjà vu tous ceux que cette
renferme. On ne peut guère citer que le théâtre,
le moulin du Chartron , l’Archevêché , la Bourse
et

la

quelques églises, parmi lesquelles Saint-André,
cathédrale, est aussi la plus belle.

Le Moulin du Chartron, dont la construction
coûté des sommes énormes , est maintenant enIl en est de
vase de manière à ne plus servir.
cette machine hydraulique, si vainement compliquée,
on la reconstruirait à
comme de celle de Marly ;
neuf à moins de frais qu’on n’en mettrait à la
réparer. Ce moulin sert aujourd’hui d’entrepôt
général des douanes. L’Archevêché est un trèsle vaste jardin qui en dépend se
beau palais ;
termine aux allées d’Albret, et renferme une trèsgrande quantité de plantes et d’arbres précieux.
L’Archevêché est aujourd’hui la résidence royale
a

des princes
deaux.

français pendant

leur

séjour

à Bor-

La Bourse est un bâtiment carré, entouré
où l’on arrive par six grandes portes.
A deux heures, ce vaste espace, vide un moment
auparavant, se remplit d’une foule immense de
négociants de tous les pays ; chaque genre de

d’arcade,

54

commerce

île

agents

place invariablement marquée: les
change, les courtiers de marchandises,
a

sa

de commerce, d’assurance , circulent sans cesse
autour de ces differents groupes , pour aller des
vendeurs

aux acheteurs ,
des armateurs aux capides assureurs aux assurés, et pour condure, en moins d’une heure, les millions d’affaires
qui se traitent chaque jour dans cette enceinte.
Un centime, qu’on appelle denier à Dieu, mis par
le courtier dans la main du vendeur , et une fois
agréé par lui, scelle irrévocablement le marché de
la plus haute comme de la plus mince importance.
Le grand Théâtre de Bordeaux est un des
plus beaux monuments de l’architecture moderne.
Il a été construit par les soins du duc de Richelieu,
et l’ouverture s’en est faite en 1781.
La façade
principale est de l’effet le plus majestueux; l’entrée,
le vestibule et l’escalier qui conduit à l’amphitéâtre
sont d’une beauté remarquable.
Cet édifice renferme , indépendamment de la salle de spectacle,
qui aurait besoin d’être restaurée, une salle de
concert, un foyer d’hiver , un foyer d’été, et de
vastes appartements.
L’ouverture de la plus belle
salle de spectacle de l'Europe s’est faite par la
représentation de la plus belle tragédie française:
c’est dire assez que la première pièce qu’on ait
donnée sur ce théâtre est Athalie.
Pendant les
premières années de la révolution, on a compté
jusqu’à six théâtres ouverts à la fois à Bordeaux.
Le spectacle est le seul plaisir littéraire pour lequel on ait un goût décidé dans cette ville; encore
ce
goût ne se prononce-t-il qu’en faveur de l’opéracomique et des ballets. On ne va guère au grand
Théâtre, où se jouent l’opéra sérieux et la comédie,
que par habitude et par ton.
L’amphithéâtre et
les loges sont autant de succursales de la Bourse,
où l’on termine le soir l’affaire qu’on avait commencée le matin.
Les promenades , à Bordeaux , ne
répondent
ni à la grandeur ni à la beauté extérieure de la
ville. Le jardin public, que l’on
appelle aussi le

taines

,

Champ-de-Mars,
fréquenté.'

est

un

Les allées de

triste, aride et peu
Tourny, qui n’ont d’ail-

lieu

leurs rien de remarquable, sont, dans la belle
saison , le rendez-vous de la société la plus brillaute qui se fait un devoir d’y venir (comme à
Paris au boulevart de Gand) respirer l’ennui et la
poussière. Les environs de Bordeaux (autant qu’on

peut juger en hiver) ne dédommagent pas de
pauvreté des promenades : VEntre-Deux-Mers
excepté (c’est ainsi qu’on appelle une assez grande
étendue de terrain entre la Garonne et la Dordogne,
où se trouvent quelques beaux sites, quelques collines boisées), le reste du pays est piat et aride.
en

la

Le sol, sans aucun mouvement, est presque entièrement réservé à la culture des vignes, dont les
immenses produits avertissent annuellement les
propriétaires de tout ce qu’i'ls gagnent à ne rien
sacrifier à l’agrément.
Le Chapeau-Rouge et Je Chartron sont incomparablement les deux plus beaux et les deux
riches quartiers de la ville: ce dernier, situé

plus

au-delà du Château-Trompette, est principalement
habité par des familles d’origine étrangère , dont
la plupart y comptent déjà deux ou trois générations
successives. En opposition directe à ces deux quartiers célèbres, on peut placer celui des Juifs, situé
à l’autre extrémité de la ville , et dont les rues
Bouhaut et des Augustins forment la plus grande
des
partie. Les juifs de Bordeaux se distinguent

habitants, avec lesquels ils n’ont aucune
communication, par les traits alongés de la figure,
saleté d’habitude
par le teint, l’accent, et par une
leurs vêtements.
à
s’arrête
ne
pas toujours
qui
Les marchands juifs de la rue Bouhaut se tiennent
constamment à la porte de leur boutique, où ils
épient les chalands : ils ne se bornent pas avec
ceux-ci à de simples invitations, ils les pressent,
les persécutent par des instances si vives
qu’on
est quelquefois obligé d’employer la force pour s’y
On compte parmi les juifs bordelais
soustraire.
très-riches.
familles
plusieurs
autres

,

5ö
Le patois gascon est ici d’un
usage général
dans Ja classe inférieure du peuple, et les
gens
bien élevés sont obligés de l’entendre et de le
parler pour la facilité des communications. Il résuite de ce rapprochement qu’une foule
d'exprèssions populaires se sont introduites furtivement
dans le beau langage, qu’ils ont fini par

corrompre.

Les environs de Bordeaux.
Il est six heures du matin, je me lève, et
je
consulte mes tablettes , où j’ai soin d’inscrire la
veille ce que je me propose de faire le lendemain:

l’emploi

de

ma

journée s’y

trouve

indiqué

de la

manière suivante : Visiter la maison de
Montaigne ;
le château, de la Brède, où
naquit et travailla
Montesquieu; le soir, au théâtre
La renommée est une trace brillante que le
génie laisse après lui en passant sur la terre ; de
l’éclat réuni de ses sillons de lumière se compose
la gloire nationale, à la splendeur de
laquelle peu
d’hommes illustres ont autant contribué que Montaigne et Montesquieu. Je me mis en chemin pour
aller voir où ont demeuré ces deux grands hommes.
Je côtoyais le quai du Chartron, où
je fus distrait
de l’idée dont j’étais préoccupé par le mouvement
du port.
Quelle activité! quel ordre dans la coufusion ! Cette foule de matelots occupés à rouler
des. tonneaux, des caisses, des balles de marchandises au lieu de l’embarquement; ces cris qui vont
et viennent du
rivage aux navires , sans s’égarer
de leur direction ; ces monceaux de
cordages,
d’agrès de toute espèce, au milieu desquels je me
promenais ; ces bateaux qui se croisent dans tous
les sens,
chargés des productions des deux mondes;
ce tableau si varié de l’industrie et du commerce me
causait un plaisir d’autant plus vif qu’il se rattachait
à des impressions de
jeunesse que l’àge n’a point
affaiblies.... Huit heures sonnaient;
j’allai prendre
M. A*, comme nous en étions convenus la veille,

nous montâmes en voiture pour nous rendre au
Avant de quitter la ville,
château de la Brède.
nous nous arrêtâmes dans la rue des Minimes, où
mon guide me fit remarquer une maison d’assez
C’était
triste apparence, indiquée sous le n° 17...
La porte relà qu’habitait l’auteur des Essais.
courbée en ogive, une tourelle dont on ne retrouve
la forme gothique que dans sa partie supérieure,
sont les seuls restes de ce monument que le temps
et les hommes aient respectés : nul indice, nulle
inscription n’en consacre le souvenir; l’intérêt même,
qui fait ressource de tout, n’a pas appris aux propriétaires à qui ce terrain est successivement échu,
combien ils en augmenteraient la valeur en le
plaçant sous la protection de ces mots: Ici vécut

et

Montaigne.
Nous arrivâmes à dix heures à la Brède, située
de Bordeaux ; nous y fûmes reçus
par un ami de M. A* , parent d’un vieillard du
de Montesquieu, dont ce château est aunom
jourd’hui la propriété. Le château de la Brède
est un bâtiment hexagone, à pont levis, entouré
d’un double fossé d’eau vive, et revêtu de pierres
de taille. Il est placé dans un site charmant, au
Nous mîmes pied
milieu des prairies et des bois.
à terre dans la longue allée de chênes où Montesquieu se promenait tous les matins pendant la belle
saison, en méditant les chapitres de son immortel
ouvrage. L’ami de M. A*, qui était venu au-devant
de nous dans cette allée, nous fit remarquer l’endroit même où l’auteur de l’Esprit des Lois avait
coutume de donner audience aux paysans de sa
terre, dont il jugeait les différends en conversant
à

quatre lieues

eux en patois gascon.
L’inférieur du château est vaste et bien distribué,
mais les jours y sont mal pris, et les appartements
J’ai fait une
y manquent presque tous de lumière.
longue station dans la chambre où travaillait le grand
homme ; tous les meubles y sont conservés avec
un soin
qui fait honneur au propriétaire actuel du
château. L’ameublement, tel qu’il était autrefois.
avec

se
compose d’un lit très-simple, de quelques fauteuils
d’une forme gothique, et d’une galerie de portraits
de famille. L’appartement est boise', sans peinture;
à la place même où Montesquieu e'crivait, on remarque, au côte' gauche de la cheminée, un endroit
usé par le frottement de son pied, qu’il y
appuyait
d’habitude; une fenêtre de cette chambre, ouverte
au midi, laisse
apercevoir une prairie d’une immense
e'tendue. A l’issue de cette chambre se trouve' un
petit escalier très-raide, par où nous descendîmes
dans le cachot féodal où chaque seigneur (au bon
vieux temps) avait le droit d’enfermer, sans autre
forme de procès, ceux de ces vassaux dont il avait
à se plaindre ; on assure que c’est dans ce lieu
même que Montesquieu écrivit son chapitre De la
Liberté du citoyen.
Pour passer d’un extrême à
l’autre, en sortant de ce souterrain nous montâmes,
par un escalier intérieur, au sommet d’une espèce
de clocher fort élevé , sur les murs duquel on lit
les noms des personnes qui ont visité ces lieux.
J’inscrivis le mien au-dessous de celui d’un gentilhomme russe qui a fait le voyage de France exprès
Je ne m’amuserai point à
pour visiter la Brède.
décrire une longue suite d'appartements gothiques
qui ressemblent à tout ce qu’on a vu dans ce genre,
mais je me reprocherais de passer sous silence la
bibliothèque, sur les rayons de laquelle Montesqui eu a écrit de sa main les titres de quelques-uns
de ses ouvrages.

Oporto.
La première chose qui se présente à l’observation d’un étranger à son arrivée à Oporto, c’est l’exté rieur dévot des habitants.
La religion y semble
leur unique affaire.
Le jour, l’attention est attirée
par le son des cloches, le mouvement des processions et les prières des moines; la nuit, le sommeil
est interrompu par le chant des hymnes.
Oporto
est la seconde ville du Portugal pour l’étendue, la

11 est situé à environ
et le commerce.
lieue et demie de la mer, sur le penchant d’une
colline, et dans la partie au nord de la rivière
Les maisons s’élèvent graduellement
du Douro.
les unes au-dessus des autres, comme les gradins
Le fleuve majestueux qui coule
d’un amphithéâtre.
dans la vallée est couvert de navires et de bateaux.
On peut le comparer à un vaste théâtre où des
milliers d’acteurs jouent tous les jours aux frais

population
nue

du commerce.
Au-delà se projette une montagne
considérable qui termine la vue, et présente une
scène non moins vivante , on tous les plus beaux
effets de la perspective et du coloris sont parfaitement rassemblés.
Oporto, comme la plupart des villes anciennes,
a le
défaut d’être resserré , et les rues sont en
général si escarpées , que les passants ont plutôt
l’air de grimper que de marcher. Cet inconvénient,
il est vrai, est compensé par la propreté dont les
habitants soint redevables à la nature et non à la
police ; car, dans les temps de pluie, les eaux
des montagnes voisines se déversent en torrents,
et entraînent toutes les immondices de la ville.
D’ailleurs point de lumières le soir dans les rues,
excepté celles des lampes placées devant les chapelles de Madones.
Les maisons, vues à une certaine distance,
présentent une assez belle apparence. Les églises
sont de vastes et lourdes masses dénuées entièrement de ce qui constitue la belle architecture.
Les matériaux en sont excellents, et ce qui a trait
On aura
à la maçonnerie n’est pas sans mérite.
de la peine à se figurer les richesses qu’elles renferment.
Les colonnes, les autels, etc., quoique d’un
mauvais genre, sont couverts de dorures. L’or en
effet sert merveilleusement à cacher un manque
de goût ou de science.
Les Portugais cependant
ont des artistes de mérite; mais malheureusement
ils ne sont point encouragés par le gouvernement.
J’ai connu à Oporto un peintre nommé Glama,
qui eût fait honneur aux meilleures écoles d’Europe

00

pour peu

qu’on

eût secondé la nature dans le dé-

veloppement de son génie caché. Natif de Portugal,
il avait passé plusieurs années en Italie, où il était
parvenu à acquérir une correction de dessin et
une pureté de coloris qui
indiquaient des talents
peu

communs.

L’hôpital-général, s’il
plus bel édifice d’Oporto.

était achevé , serait le
La façade devait consister en un portique à six colonnes de l’ordre
dorique, avec un pavillon de chaque côté. Quoiqu’il se soit écoulé bien des années depuis la
fondation de ce bâtiment, il n’y a qu’un côté de
l’un des pavillons achevé. Vers le nord-ouest de la
ville, et sur une éminence, sont situées les casernes.
Elles consistent dans trois rangées d’appartements
petits, mais propres, et d’environ dix pieds de
hauteur. En face est la place d’armes, qui occupe
un espace assez considérable.
Le tout est environné
d’un mur, et peut contenir environ cinq mille hommes
d’infanterie. L’usage veut qu’en entrant, on salue
la sentinelle.
Après la douane, les plus grands
édifices servant au commerce, sont les magasins
de vins.
L’un d’entr’eux a 140 pieds de long sur
90 de large.
L’intérieur est divisé en trois corridors, au moyen de deux rangées de colonnes qui
s’étendent d’un bout du bâtiment à l’autre.
En général, les femmes d’Oporto ne paraissent

en

qu’elles

public
en

lorsqu’elles vont à l’église ou
ce
qu’ordinairement elles
par jour, et encore sont-elles

que

reviennent,

réitèrent deux fois
entièrement ou à demi cachées par un voile blanc.
Elles sont plutôt petites que grandes , mais bien
faites; leur port et leur démarche ont de la grâce
et de l’aisance.
La taille des hommes répond à
celle des femmes; du reste les proportions y sont
bien observées. Leur couleur est brune, et leur
Ils sont pleins
contenance extrêmement réservée.
d’égards pour les étrangers et très-polis eutr’eux.
Leur habillement d’hiver est moins élégant que chaud.
C’est un large manteau qui leur descend jusqu’aux
pieds, et leur couvre une partie de la tête.

(il

Combat de taureaux.
Nous entrions dans la saison où l’on donne au
de taureaux.
peuple le divertissement des combats
reAprès une absence de quelques semaines , je
tournai à Leyria pour assister à ces fêtes sanguiLes démonstrations de joie de la part
naires.
des assistants , surtout de ceux des classes moins
instruites du peuple, ne me laissaient aucun doute
sur leur prédilection pour ce barbare amusement.
Une place carrée , située au milieu de la ville et
entourée de maisons, formait le champ de bataille.
Les spectateurs étaient rangés sur des sièges le
long des balcons de ces maisons, d’où ils voyaient
parfaitement, et sans qu’il leur en coûtât rien, ce

passait sur la place.
A trois heures l’arène s’ouvrit, et l’on vit s’y
précipiter l’un des taureaux, furieux des blessures
qu’on lui avait faites dans l’étable, et sur lesquelles
Le nombre des
on avait répandu de la saumure.
combattants était d’environ seize. Chacun d’eux porqui

se

tait dans
et

sur

main droite

sa

bras

son

gauche

une
un

lanc^ et

un

mante^j|jde
de r"e

poignard,

soie rouge.

A cette vue, le taureau plein
s’élança sur
l’un des champions qui, malgré le danger dont il
était menacé, resta ferme sur ses jambes, jusqu’au
moment où l’animal voulut le frapper avec ses cornes.
Alors, avançant son pied gauche pour se faire un
rempart du manteau, il lui plongea sa lance dans
la gorge.
La plus grande partie du spectacle ne
Même
fut qu’une répétition du combat précédent.
môme genre de défense; car tous
genre

d’attaque,

les combattants étaient à pied. Deux-d’entr’eux se
firent distinguer par leur courage, leur adresse et
leur agilité.
L’un était Espagnol, et l’autre Africain. Habiles à frapper l’animal dans sa partie la
plus sensible, celle qui est située entre les cornes,
du premier coup ils enlevèrent chacun la vie à un
taureau.

Mais

pris

par

combat plus périlleux encore fut entredes champions. Il jette bas ses armes,

un

un

62
et ose attaquer un de ces animaux; il court à lui,
le saisit par les cornes, s’y cramponne,- et se laisse
entraîner par le taureau autour de l’arène, jusqu’à
ce que ses camarades
accoururent le de'gager en
tuant l’animal qui, conformément aux règles établies en pareil cas , devint leur proie commune.
Lorsqu’il se présentait dans l’arène un taureau plus
foi't et plus sauvage que les autres, les combattants
s’amusaient à le faire souffrir le plus long-temps
qu’ils pussent, et il n’y avait pas de cruautés qu’ils
n’imaginassent. Un grand nombre de lances, dardées à la fois., perçaient de toute part la malheureuse
bête, et laissaient leurs tronçons dans sa chair.
Tandis que son sang coulait à grands flots, on
adaptait à des dards des tuyaux remplis d’artifices
qu’on lui lançait dans le corps, après y avoir mis
le feu.
Aux premières impressions de chaleur,
l’animal entra dans une rage qu’il est impossible
d’exprimer ; mais bientôt, la proie des flammes,
il tomba sans vie au milieu de l’arène.
La plupart des Portugais instruits sont bien
éloignés d’approuver un spectacle aussi barbare;
mais le peupdœ^y est trop attaché pour que l’on
tente de
ce n’est que par degrés qu’on prat y parvenir, et en substituant à
ces fêtes
quelqu autre divertissement.

l’ab^Pi-’subitement:

Lisbonne.
Je me mis en route pour Lisbonne sous la
conduite d’un muletier. Le pays que je traversai
était assez agréable, le sol fertile et bien cultivé,
mais les auberges mauvaises comme à l’ordinaire;
et cependant, au dire dè leurs
propriétaires, c’étaient
des palais en comparaison de celles des autres provinces du royaume. Plus nous approchions de Lisbonne, plus nous nous apercevions de l’influence de
cette capitale sur
l’esprit, les mœurs et l’aisance
des habitants voisins.'
A cinq heures nous nous
embarquâmes sur le Tage dans un grand bateau

passager, et nous fîmes voile pour Lisbonne. Le
bateau contenait environ cinquante personnes, divisées en deux classes comme dans le reste du
globe terrestre, les riches et les pauvres.
Nous sommes près d’arriver.
Les églises, les
couvents, les châteaux, les fermes et les jardins,
situés dans la partie du nord-ouest, présentent un
air de richesse et de grandeur qui étonne.
La
partie du sud-est offre un coup-d’oeil non moins
imposant, et d’un genre vraiment pittoresque. L’attention est bientôt détournée de dessus ces objets
par la vue de Lisbonne , qui des bords du Tage
s’élève insensiblement en un magnifique ampliithéâtre.
On ne pouvait pas’ faire choix d’un site
plus analogue à la grandeur d’une métropole. Cette
ville est bornée du côté du nord-ouest par des montagnes, et de celui du sud-est par la mer. Ses
maisons sont distribuées sur sept collines, qui ont
chacune leur vallée intermédiaire. Le désagrément
de l’inégalité du terrain est bien
compensé par les
belles vues que son élévation procure , et par le
voisinage de la mer qui fait de Lisbonne une ville
délicieuse et salubre.
Quand on réfléchit aux avantages immenses que le commerce du Portugal pourrait retirer d’une si magnifique rivière et d’un havre
aussi bien situé, par une communication facile avec
les hémisphères de l’est et de l’ouest, on est étonné
que Lisbonne ne soit pas la capitale la plus riche
et la plus peuplée de l’Europe.
Ulysse fut, dit-on, le fondateur de Lisbonne
après la destruction de Troie , et lui donna son
nom.
Les Arabes, maîtres de l’Espagne, transformèrent Ulisipo ou Lispo en Lisiboa.
De Lisiboa
on fit
avec
le temps Lisboa, que les Français
traduisent par Lisbonne. La capitale du
Portugal
contient actuellement environ 38,000 maisons et
300,000 habitants. Les cruels effets du tremblement de terre de 1756 sont encore visibles dans
plusieurs quartiers de la ville, et rappellent douloureusement à la mémoire du spectateur un évènement qui a coûté la vie à vingt-quatre mille
per-

04

Les nouvelles rues de Lisbonne sont larges,
bien percées , et garnies de trottoirs
,
Les maisons sont élevées,
pour les gens à pied.
uniformes et d’une construction solide.
Au centre de la place du commerce est une
sonnes.

régulières

bronze de Joseph premier,
en
et le seul de cette
d’un
mérite,
ouvrage
grand
espèce qui ait été élevé en l’honneur d’un roi de
Portugal. Ce monument fut érigé par les soins
En le consacrant à la
du marquis de Pombal.
il
le ministre, il n’oublia
du
dont
était
roi
gloire
En effet, son effigie en bronze
pas la sienne.
fut placée à côté du piédestal; mais elle n’y resta
A peine eut-il
que le temps de sa puissance.
et le roi et sa place, que le buste fut brisé
statue

équestre

perdu
par

ceux-mèmes

qui, quelques jours auparavant,

prosternaient aux pieds de l’original. Rien
n’approche de l'indifférence admirable avec laquelle
”Je m’en réjouis, dit-il
il apprit cet évènement.
se

car

ce

buste

ne

me

La

ressemblait pas.”

Jamaïque.

Il y a quatre semaines que nous sommes partis
de New-York, et tout ce temps-là, nous n’avons
rien vu que le ciel et l’eau, notre vaisseau, et
quelques autres bâtiments que nous avons renconIl y avait cent cinquante-trois hommes sur
très.
le nôtre, la plupart marchands, soldats ou mateDans ce nombre, il n’y avait que quatre
lots.
femmes et quatre enfants. Vers la fin du voyage,
nous
n’avions plus à manger que des pois, du
cochon et du biscuit; mais ce biscuit était si dur,
qu’à peine pouvait on y mordre. Tu sais que sur
la mer il n’y a point d’auberges où l’on puisse
descendre pour acheter de nouvelles provisions.
Plus nous nous sommes avancés vers les Indes
occidentales, plus la chaleur s’est augmentée, quoique
nous fussions au mois de novembre.
Nous n’avons
pu enfin supporter nos habits, et les matelots ont

couché la nuit sur le tillac, parce qu’on aurait
étouffé de chaleur dans l’intérieur du vaisseau.

Enfin,
île de

nous

avons

Saint-Domingue,

aperçu à

gauche la grande
plus grande

et à droite l’ile

de Cuba.
Alors nous avons eu l’espérance
de découvrir bientôt la Jamaïque: c’est ce qui est
arrivé la nuit dernière.
Le garçon servant dans
la cahute, est accouru nous apporter cette nouvelle
qui lui a valu un bon pourboire. Ce matin, avant
le lever du soleil, nous sommes tous sortis de
notre cahute enfumée, pour monter sur le pont,
encore

d’où

aperçu devant nous la Jamaïque.
cela nous a causée! Nous ne voyions
que de hautes montagnes et des rochers effroyables,
qui étaient couverts de buissons semblables à nos
genévriers; mais le charpentier du-vaisseau nous
a dit
C’est ici un tout
que c’étaient des poivriers.
autre monde : il n’y a aucun des arbres, des arhrisseaux, des plantes qui croissent en Europe; il
En avany en a d’autres d’espèce toute différente.
avons

nous

Quelle joie

çant

vers

l’ile,

nous

avons vu

la

première sucrerie,
champs que de

n’avons découvert dans les

et

nous

la

verdure,

tant que notre vue
pouvait s’étendre.
bien cela, Christian; tout est vert à
la Jamaïque au mois de décembre, tandis
que chez
vous tout est blanc ou foncé.
Le lamaneur est arrivé à onze heures du matin
pour guider le vaisseau jusqu’à la Jamaïque , sans
heurter contre les écueils. En approchant encore,
nous avons découvert le
port et la ville de PortRoyal. Tout près de là , à main gauche , nous
avons vu une
petite forteresse, appelée le fort des
vlpôtres, où iî y a douze canons; plus haut, un
autre fort plus grand, nommé le fort Muskito, où
il y a soixante-dix canons : fais-toi montrer cela
sur la carte.
A une heure, nous étions au milieu
du port, et nous y avons jeté l’ancre.
Sur-le-champ
il nous est arrivé une barque toute remplie de filles
et de femmes
nègres , pour nous offrir à acheter
toutes sortes de rafraîchissements.
Toutes étaient,
habillées des robes blanches les plus fines. Elles

Remarquez

5

66
sur leur tète laineuse qu’un chapeau bleu
Leur sein
de soie, pour se garantir du soleil.
noir était tout nu: elles avaient de très-beaux yeux
noirs et de belles dents fort blanches.
Nous avons acheté des citrons , des oranges,
des concombres, des carottes jaunes, des haricots
O Christian! comme ils
et d’autres légumes frais.

n’avaient

étaient délicieux

ces citrons,
ces légumes,
pour
qui, pendant quatre semaines, n’avions
rien mangé de frais, mais seulement des pois, de
la viande salée et du pain dur comme de la pierre!
Nous avons commencé par faire du punch. Jamais
Car tout
on n’a bu un punch pareil en Europe !
ce
nous y avons mis était autant d’ingrédients
que

surtout

nous

frais

,

frais ;

des citrons
et

nous

y

du

frais,
avons

du rhum
d’ananas et

frais,

sucre

exprimé

du

jus

d’oranges.

Nous ne resterons pas long-temps ici; dès ce
soir nous partirons au clair de la lune, pour nous
rendre à Kingston qui est la plus grande ville de Me.
C’est de là que je te manderai des merveilles.

Arrivée ù

Kingston.

Nous sommes arrivés la nuit dernière dans cet
Nous avons éprouvé une vériendroit délicieux.
table joie en entendant sonner minuit; car depuis
long-temps nous n’avions point entendu d’horloges.
Nous sommes descendus à terre ce matin dans une
barque. Un homme nous a souhaité une heureuse

arrivée,

en nous

parlant allemand,

à descendre chez lui.

et

nous a

engagés

Un Allemand à la Jamaïque!
il y a dss Allemands sur toute

Oui, mon cher ami,
la terre. Tu iras où tu voudras, au Cap, à Tobolsk,
à Madras, à ltio-Jauéiro , à Paris, à Stockholm,
tu trouveras partout de tes compatriotes: souvent
ce sont des
vagabonds, une canaille échappée, des
vauriens qui n’ont pas voulu obéir à leurs parents;
mais quelquefois aussi ce sont de braves et d’bon
nètes gens.

Celui

qui

était

le rivage était du Holstein
Il y a dix-sept ans qu’il est
pays avec son frère. Comme

sur

et il était menuisier.

s’établir dans ce
il est habile dans son métier, laborieux et
rangé,
et qu’il ne boit pas trop de rhum , ainsi
que le
font beaucoup d’Allemands et
d’Anglais, il est devenu fort riche.
Nous trouvâmes dans son atelier
dix-neuf nègres travaillant tout nus, et faisant les
plus beaux ouvrages an tour et en menuiserie, en
bois d’acajou et de cèdre. Il y a ici des forets
entières d’acajou, bois si rare en Angleterre et en
Allemagne !
A midi, j’ai été dîner à une
auberge appelée
la taverne d’Howard.
C’est une belle maison à
plusieurs étages, et tout entière de bois d’acajou.
Autour de chaque étage, il règne une
galerie assez
large pour que six personnes puissent s’y promener
de front. Les portes, les escaliers, les
planchers
sont de bois d’acajou; mais la boiserie intérieure
est de bois d’ébène.
Il n’y a point de fenêtres au
second étage, mais seulement des
jalousies peintes
en vert, à travers
lesquelles passe le vent frais de
la mer, pour rafraîchir les appartements. Dans la
salle principale , on voit de très-beaux
tableaux;
mais il n’y a aucune chambre avec des cheminées
où avec des poêles; car à quoi bon des
poêles et
des cheminées à la Jamaïque , où il fait
toujours
une chaleur de canicule?
Nous avons trouvé plusieurs autres Allemands
dans cette auberge. Quels plats nous a-t-on servis
là, en décembre ! Rien que des légumes frais
cueillis au jardin ; des laitues fraîches, des haricots
délicieux, des racines jaunes qui étaient sans suc
venu

et

très-fades.
Le

dernieifcde

nos
plats a été une tortue. On
servi pour le dessert des oranges, des noix
de cocos et des ananas; on en a ici de mûrs flans
tous les mois de l’année.
Ensuite est venu un bol
de punch, puis un
réchaud avec des
nous

a

l’our
Nous

terminer,
avons

petit

on

payé

a

une

apporté

la carte

demi-guinée,

cigarres.

à payer.

c’est-à-dire

68
de douze francs par personne.
Le service
se fait fort bien, chacun avait un
nègre
derrière sa chaise.
En sortant de table, je suis allé au cafe', où j’ai
trouvé une nombreuse compagnie de gens d’Europe,
d’Afrique et d’Amérique. Il y a dans ce café trente
jeunes nègres, habillés tout en blanc, pour servir
Parmi ceux qui y étaient, il y avait
le public.
de Kingston extrêmement rimarchands
plusieurs
La plupart d’entre eux demeurent hors de
ches.
Kingston, et se rendent de bon matin dans la ville,
où sont leurs magasins. A neuf heures toutes leurs
Ils passent au café le reste du
affaires sont faites.
jour, et ne partent que vers les dix heures du soir,
lorsqu’il commence à faire frais.

plus

à table

Le

cafier

et la

canne

«

sucre.

Parmi les personnes dont je fis connaissance
au café, je trouvai encore un de nos compatriotes d’Halberstadt, tailleur de sa profession,
mais actuellement homme riche et considérable.
Il a une grande sucrerie, à laquelle il a donné le
nom de la ville où il est né, le nom d’Halberstadt.
Sa sœur, qui est aussi dans le pays, a une montagne couverte de cafiers, qu’elle nomme le Blockshier

berg.
Je suis donc allé aujourd’hui sur ce Blocksberg
de la Jamaïque, et j’ai vu pour la première fois
Cette forêt de cades cafiers en grande quantité.
Les arbres
fiers est sur une montagne très-élevée.
sur
lesquels le café vient, ressemblent à de petits
sorbiers
sauvages. Le café, tant qu’il est encore
dans sa coque, est aussi rouge qip les baies des

sorbiers sauvages. Il y a deux fèves dans chaque
coque. Quand elles sont tout-à-fait mûres, la coque
devient brune, et tombe d’elle-même, comme nos
glands de chêne ou nos poires, ou bien, pour la
faire tomber, on secoue l’arbre, sous lequel on
étend un drap. Ensuite on étend la coque du café

f>y
se drap (comme nous étendons chez nous les
capsules du lin), afin que la pellicule extérieure s’en
détache; ce qui en fait sortir les fèves; puis on en
chasse tontes les malpropretés par le moyen d’une
sur

machine à vent. Cela fait, on les porte sur le marché
qui se tient toutes les [semaines à Kingston, et là on
les vend, non à la livre, mais au boisseau, comme
Les cafiers sont garnis
on vend l’avoine chez nous.
de branches à peu près comme nos aubépines, et
ces branches
commencent dès le pied de l’arbre
même.
Elles portent du café toute l’année: quand
l’une perd son fruit, l’autre est en fleur.
Parmi ces arbres , il y a une multitude de
citronniers et d’orangers, dont on surveille si peu
les fruits, qu’en donnant un faible pourboire aux
nègres, on peut en emporter dans ses poches autant que l’on veut.
J’ai vu encore dans ce pays
des caneliers, des cotonniers, des cocotiers et beaucoup de tamarins.
Après avoir vu les cafiers, j’ai fait une visite
à notre compatriote d’Halberstadt sur sa sucrerie.
C’est une grande plaine au-dessus d’une montagne
toute plantée de cannes à sucre.
La charmante
maison de ce tailleur d’autrefois, se trouve au pied
de la montagne, qui n’est pas d’une grande élévation.
Au moment où j’y étais, sont arrivés une foule de
mulets qui rapportaient des cannes à sucre coupées.
On les a mises dans un moulin qui est auprès de
la maison, pour en exprimer le suc.
Il y avait là
huit négresses occupées à placer ces cannes sous
les cylindres du moulin, mis en mouvement par
des mulets. Les cannes à sucre se pressent ainsi
deux fois, et alors elles sont sèches comme de la
paille ; car tout le suc en est exprimé. Ce suc
s’enfuit par une rigole qui est sous les cylindres,
et, cette rigole le conduit jusqu’à la chaudière où
on le fait bouillir.
Ici on le fait cuire jusqu’à ce
qu’il s’épaississe et devienne comme du sable, ou
se réduise
en miettes.
Dans cet état, le sucre
s’appelle cassonade. Cet après-midi, nous avons

-

■

Å

70

pour notre café de ce sucre qui était encore
matin dans les cannes.
On tire parti de tout dans la canne à
sucre,
comme nous le faisons cliez nous de la
du
plante
lin.
On nourrit les mulets avec les feuilles de
sa
tige , et l’on chauffe les chaudières du sucre
avec les cannes
qui ont déjà été pressées. Ce qui
est inutile
pour faire du sucre , sert à faire du
rhum ou du brandevin de sucre. On en boit dans
toute l’Amérique et dans toute
l’Angleterre ; mais
malheur à celui qui le trouve bon! il ne vit certainement pas au-delà de trente ans.
Quand on a planté de jeunes cannes à sucre,
il faut attendre deux ans avant
que l’on puisse les
moissonner ; mais elles durent ensuite de dix à
eu

ce

.

quatorze
on

peut

ans;

et

chaque année,

faire deux récoltes.

en

sans

interruption,

Kingston.
Kingston

est une jolie ville bien bâtie et bien
elle est à huit lieues de
Spanislitown.
Les rues n’en sont
point pavées; car on ne pourrait ici , par la chaleur
qu’il y fait, supporter la
réverbération des pierres. La plupart des habitants

peuplée

;

v

sont marchands

ou marins:
l’argent est très-commun
chez eux; c’est
pourquoi tout est si cher ici, que
l’on ne peut y vivre à moins d’un louis
par jour.
Les mœurs de
beaucoup de gens ressemblent à
celles de Sodôme et de Gomorrhe. Ils

mangent,
boivent, ils dansent, ils jouent à s’exténuer au
point de paraître des cadavres amihilants ; aussi

ils

meurent-ils

des mouches.
Quiconque a de
procurer toutes les jouissances de
la sensualité.
Il y a des artisans , mais ils ne
travaillent pas à aussi bon marché
que les nôtres.
A-t-on besoin du tailleur, il arrive en cabriolet et
en habit de soie :
il faut bien que les
pratiques
paient cela. Les femmes des marchands et des
ouvriers ont un grand luxe dans leur
parure. Elles
comme

l’argent peut

se

71

contribution, pour l’ornement de leur
plumes de tous les oiseaux des Indes
occidentales. Elles sont toutes chamarrées de perles
et de joyaux; et telle femme qui ne vaudrait pas
mettent à
tète, les

trois deniers dans son état naturel, vaut avec ses
Les demoiselles
écus.
parures plus de trois mille
ne savent que très-rarement lire; mais elles savent
Ce sont de grandes efflanquées
toutes danser.
comme nos

peupliers d’Italie;

et

une

petite mijaurée

de douze ans ressemble déjà à une femme faite;
aussi ont-elles, dès l’âge de treize ans, le visage
Au reste, on les aperçoit
de nos grand’mères.
rarement le jour ; elles craignent que l’air et la
chaleur ne liaient encore davantage leur teint jaune.
Les hommes se mettent aussi d’une manière
recherchée. Ils portent des chapeaux rabattus de
feutre blanc très-fin, et ne marchent jamais dans
les rues sans parasol. Leurs habits sont d’un drap
léger sans doublure; leurs vestes et leurs culottes
de soie blanche, ou de tafTetas, ou de lin des Indes
occidentales. Personne ne porte de chapeaux ou
d’habits galonnés d’or. Le luxe consiste à avoir
du linge bien blanc et très-fin. Ils changent de
deux ou trois fois par jour, à cause de la

linge

chaleur. A neuf heures, lorsque tu commences
seulement à te mettre au travail , ici la plupart
Alors on fait une
des affaires sont déjà faites.
seconde toilette, et l’on se met à table vers les
Ceux qui ont à faire ou à recevoir
deux heures.
des visites dans la soirée, font auparavant une
troisième toilette.
Les carrosses roulent ici sans interruption,
Les
bien plus encore qu’à Hambourg et à Paris.
dames se font ordinairement traîner par deux eheS’il y a
à deux places.
vaux dans une voiture
deux personnes dedans, ii faut deux personnes
derrière : ce sont deux nègres habillés d’un blanc
éblouissant comme la neige ; ils tiennent sur ces
dames un parasol, de peur qu’un rayon de soleil
couleur de citron.
ne vienne frapper leur nuque
Ces nègres ont une drôle de mine: leurs habits

72

sont

blancs, leurs culottes sont blanches; ils ont
escarpins; mais ils n’ont point de bas; ensorte
que vous jugeriez qu’ils en ont de soie noire. Le
nègre assis sur le sie'ge est habille' de la même
des

manière.

Les chevaux et les harnais sont d’une
Ces chevaux viennent ordinairement
de Londres.
Ils ont pauvre mine; car

élégance

rare.

l’avoine,

l’orge, le seigle, le froment ne croissent pas à la
Jamaïque: il faut qu’ils se contentent d’herbes pour
toute nourriture. La voiture ordinaire des
hommes,
c’est un cabriolet attele' d’un seul cheval : c’est

aussi de cette manière que se font traîner les
paysans de
l’Amérique septentrionale. Il y a derrière
ce cabriolet un
nègre avec un parasol étendu sur
son maître.
Souvent on fait courir devant soi un
nègre à pied ou à cheval.
Cette grande et superbe ville ne date pas encore de cent ans ;
car
auparavant tous ces riches
marchands de sucre habitaient
Port-lloyal. Mais
cette dernière ville ayant été
affligée plusieurs fois
d’ouragans et de tremblements de terre, qui renversaient dans la mer des rues entières , ou
qui faisaient écrouler les maisons au
point de faire périr
deux mille âmes à la fois, on
l’abandonna, et l’on
vint bâtir Kingston.
Cependant il y a encore un
ou deux cents maisons à
Port-Royal.

Suite.
J’ai été aujourd’hui, dimanche, à
l’église anComme j’y suis allé à neuf
et que
heures,
le service divin ne devait commencer
qu’à dix,

glaise.

me

où
Le

suis,

j’ai

lu

je

attendant, promené sur le cimetière,
les épitaphes qui sont sur les tombes.

en

cimetière est entouré d’un

mur fait de
pierres
ronges cuites. Presque toutes les tombes sont de
marbre ou d’albâtre
,
parfaitement travaillées , et
les inscriptions sont en lettres d’or.
J’ai lu plus
de cinquante
épitaphes dans une heure: mais quel
a été mon

saisissement, lorsque j’ai remarqué qu’au-

73
eun de ces morts n’avait vécu au-delà de cinquantedeux ans! La plupart étaient morts entre vingt et
trente-six. Ici il y avait une famille entière dont
le père avait vécu 33 ans, la mère 39, le fils aîné 17,
le cadet 11, l’aînée des filles 13, et la cadette 9 ans.
Tous étaient morts dans l’espace de 5 ans.
O les cruelles îles à sucre ! que ne puis-je
On dit que l’àge d’homme est
bientôt en partir !
ici de 30 ans , et que la vieillesse va jusqu’à 40.
C’est la chaleur, ce sont les pluies continuelles,

Il n’en
J’ai
lu,
l’Amérique.
à Ambov, dans le New-Jersey, sur une tombe: ”Ci
fut
gît madame Robin; elle a vécu 83 ans, et elle
la fin de sa vie.”
bien
jusqu’à
portante
toujours
Je n’avais pas encore achevé de lire toutes
les épitaphes, qu’il a sonné dix heures, et que l’on
Il est arrivé
a entendu la cloche du service divin.
aussitôt une foule de voitures et de cabriolets î
le

rhum, le libertinage, qui font

tout cela.

est pas ainsi dans le nord de

en équipage: j’étais, je
pied. Dans tout ce rassemblement, je n’ai vu ni hommes ni femmes qui
Tous les visages
eussent l’air de se bien porter.
et les personnes ressemétaient jaunes et pâles

tout le monde
crois , le seul

est

venu

qui fût

à

,

O pauvres habiblaient presque à des cadavres.
tants de la Jamaïque! vous amassez des monceaux
d’argent avec votre sucre, votre café et votre bois
d’acajou; mais, en vérité, je ne vous les envie pas.
Un corps bien portant vant mieux que des sacs de
guinées. J’aime mieux vivre de pommes de terre
en Basse-Saxe que d’ananas à Kingston.

Alger.
le 19 juillet (1830),
dans le trajet qui sépare
ces deux points, on parcourt une partie de la plaine
de Mitit-Ja, longue, en tout, de 25 à 30 lieues,
large de 7 à 8, bornée au nord par la mer, au

Je

pour

partis de Torre-Chica

me

rendre à

sud par le

Alger;

petit Atlas.

Elle serait d’un

grand

pro-

74

«luit, si l’on parvenait à refouler les Cabilles dans
leurs montagnes. On
pourrait les comprimer, mais
non les anéantir.
Le dey l’a
essayé en vain. Ils
sont le fléau des tribus
voisines; les Bédouins,
peuplades de la plaine, redoutent leur férocité et
leur vengeance.
La plaine de Mitit-Ja, dont la
trentième partie est à
peine cultivée, est couverte
d’orangers, de citronniers, de grenadiers, d’oliviers
sauvages, de myrtes, de lauriers; on y découvre,
çà et là de chétives habitations, entourées de figuiers
et de miiriers: le
palmier dattier est très-rare aux
environs d’Alger, et ses fruits sont inférieurs à
ceux
de Tripoli. En
sur le versant
approchant

d’Alger,
nord-est, on aperçoit un grand nombre de maisons
élégantes, appartenant aux consuls européens et aux
anciens

maîtres de ce
A mi-côte de cette
pays.
se trouve le fort
de
l’empereur, qui
domine la ville, et
qui est dominé lui-même, mais
de trop loin pour être battu en
sans tra-

montagne

brèche,

d’attaque. Au pied de cette montagne, à
quelques centaines de toises de la mer, se trouve
le palais de
l’Aga, dans les jardins duquel on a
construit un hôpital en
planches pour environ mille
malades. De l’autre côté de la
ville, également
sur le bord de la
vaux

mer, on voit la maison de cambâtie au milieu d’un vaste
jardin,
planté sans ordre. Les nombreux jardins dont parlent tant les voyageurs sont des cimetières
parfaitement ornés et
plantés. Chaque famille aisée a le
sien; les chemins sont, dans toutes les directions,
bordés de haies épaisses.
Alger se divise en ville haute et ville basse:
toutes les maisons sont
uniformes, la cour est au

pagne du

dey

,

milieu; chaque façade

est

une

pièce oblongue,

n’ayant pour ouverture qu’une porte haute
à huit

pieds,

et

de

sept

petite fenêtre d’environ deux
pieds, toujours grillée et donnant sur la cour. Du
côté de la rue, on ne voit
que la porte d’entrée,
et quelques trous
par lesquels on peut voir du desans
dans,

être

une

vu

arcades intérieures

;

toutes les maisons ont des

sous

lesquelles

on

se

promène.

75
Les massifs sont soutenus par des colonnes en marbre
blanc chez les gens riches, en pierre chez les gens
du peuple.
L’usage est de blanchir à la chaux,
tous les six mois, les habitations, tant en dehors
qu’au dedans; la vue en souffre beaucoup. On ne
connaît pas les tentures en papiers peints : dans
quelques maisons sont des fresques de mauvais goût.
La Casaubach, palais habite autrefois par le dey,
n’est remarquable que par sa position et le grand
nombre de canons qui en défendent l’approche.
Ce palais est situé à l’endroit le plus culminant
de la montagne sur laquelle une partie de la ville
La partie basse d’Alger n’a qu’une rue
est bâtie.
transversale, de mille à douze cents pas, large de
quinze pieds au plus, et souvent de cinq à six.
Les autres communications ne sont que des couloirs
obscurs et malpropres; presque partout les maisons
se touchent
par la partie supérieure, ce qui dérobe
la vue du ciel.
On s’occupe de percer des rues
établir
une
libre circulation dans cette ville
pour

où, il y

a

quelques
La

pouvait

mois

,

partie

l’artillerie
haute

française

n’est

ne

ni mieux

passer.
ni plus propre; les voitures ne peuvent y
monter.
Alger a la forme d’un triangle, dont deux
pointes aboutissent à la mer, la troisième à la Casaubacli. Ses maisons blanches et sans toitures donnent
de loin à cette cité l’aspect d’une vaste carrière.
11 serait impossible d’évaluer la population
d’Alger: on n’y tient point d’état civil. Je ne
suppose pas qu’elle aille à plus de soixante, ou
Cette population se
soixante et dix mille âmes.
compose de quelques familles turques qui n’ont
pris aucune part à la guerre, de Couloglis, fils

bâtie,

de Turcs et de femmes mauresques, d’Arabes, de
Maures, de Juifs, au nombre d’environ 15000, et
d’esclaves noirs. Les Couloglis sont grands; sans
leur constante inaction, ils seraient robustes. Ils
passent leur temps à fumer assis, les jambes croisées, en prenant force café. Leur figure est belle
et imposante; ils sont blancs, n’ont rien de l’Arabe;

aussi

ne

les

distinguons-nous

pas des Turcs.

Les

7«
/

'

Juifs, qui
fectes,

-

vivent entasse's dans des habitations in-

sont presque tous
scropliuleux. Les Maures,
les Arabes et les noirs sont
maigres, grands, vifs
et laborieux.
Rarement ils sont en

proie aux inles autres habitants.
que deux misérables fabriques
de
et une de ceintures de soie.
Toutes les antres e'toffes viennent
d’Europe: on
y teint la laine, la soie et le coton; mais les couleurs ne sont ni belles
ni solides.
On tire du
,
Levant la soie toute
pre'parée. La ville n’a pas
un seul
magasin ; tout le commerce se fait dans
de pauvres
boutiques, longues de sept à huit pieds,
larges de quatre à cinq. Le marchand, assis sur
sa natte,
vous
présente, sans se déranger, les
objets que vous demandez. Au dire des voyageurs,
il se fait ici
beaucoup d’essence de roses, et la
meilleure du pays : je puis assurer
que celle qui
se vend à
Alger vient de Smyrne, de Constantinople
et même de Marseille.
firmités

qui de'solent
Alger ne possède
gros drap blanc,

Alger possède vingt-trois mosquées, dont sept
fort belles et tenues avec une extrême
propreté.
Les Juifs ont treize
synagogues, presque toutes fort
grandes, mais d’une saleté repoussante. L’habillement est à peu près le même
pour toutes les sectes,
et ne diffère
guère que par la couleur; il est blanc
pour les Mahome'tans, noir ou foncé pour les Juifs.
Les femmes portent une
espèce de tunique et un
grand voile par-dessus : les femmes turques sont
toujours en blanc , les Juives ne peuvent jamais
s’y mettre. Toutes vont les jambes nues; mais
les Turques
portent un pantalon large tombant sur
les souliers : les Juives n’en ont
elles ne
chaussent que la sandale

pas ;

même dans les temps
de pluie.
Les femmes juives se
teignent les eheveux, les sourcils, les ongles, l’intérieur des
mains,
les talons-et la
plante des pieds avec du rocou.
Elles portent sur la tête un cône
,

tronqué, long
vingt pouces fait en fil de fer ou
d’argent, qu’elles ornent souvent de rubans, et sur
lequel elles jettent un grand voile qui retombe par
de dix-huit à

,

77

derrière. Les femmes turques ne sortent pas sans
bandeau sur le front; un autre morceau d'étoffe
leur couvre le visage jusqu’aux yeux: aussi, n’avonsLes femmes
nous pas pu juger encore de leur beauté.
juives ne sont jamais voilées. Le vêtement du Bédouin est le costume des anciens patriarches. Ils
vont, les jambes et les pieds nus, le corps en partie
couvert d’un morceau d’étoffe blanche, fixé sur leur
tète par une corde qui fait plusieurs tours.
Ils portent aussi pour ceinture une corde ou une lanière
de cuir non tané. Leur taille est élevée, leur figure
sévère , leur peau dure et d’un rouge brun-foncé.
Les Algériens n’ont aucune idée des arts d’agrément;
les arts d’utilité sont encore dans l’enfance.
Parmi leurs animaux, le bœuf, l’âne, le mouun

ton,

sont

très-petits;

le

cheval,

nullement de

race

est de taille moyenne; les mulets sont grands,
forts et très-beaux, ainsi que les chameaux. La

arabe,

volaille est petite et dure, la perdrix rouge infe'rieure à celle qu’on a en France, mais trèsabondante.
Les fruits sont de mauvaise qualité;
le raisin est peu sucré, très-aqueux, la pellicule en
est dure et acerbe ; les figues ont peu de saveur;
le melon n’est pas mangeable.
Ce qu’on mange ici
de passable , en fruits et en légumes, vient de
Palma.
La terre est sablonneuse , rougeâtre, et
parait contenir beaucoup de fer; dans tous les sens,
on
y trouve le sulfate et le carbonate de chaux.
L’eau n’est pas bonne ; elle contient une grande
quantité de sels et de chaux en dissolution. Le port
d’Alger est bon et sur, mais si petit que les frégates

n’y peuvent entrer,

et que tout au plus quinze à
inférieurs peuvent s’y ranger. Dans
toute saison la rade est mauvaise, d’un mouillage

vingt bâtiments

dangereux

et

fatigant.

Pendant les mois de juin et de juillet, le thermomètre est monté, sous les tentes, nommées marde 28 à 30 degrés Réaumur , de 32 à 34
les tentes ordinaires. Celles-ci, toutes les nuits,
étaient traversées de rosée. Depuis le 1 er octobre,
nous avons toujours eu de 18 à 20 degrés de cha-

quises,

sous

78
leur dans le jour, et
pas moins de 14 pendant la
nuit.
A l’exception de deux ou trois
orages, le
ciel a été constamment
pur depuis notre arrivée.
Le 9 juillet, vers huit heures du soir, le vent
souffla du sud avec une telle violence,
qu’il arracha
une
partie de nos tentes, souleva le sable de manière
à ce qu’à trois pas on ne se
Nous

étions

suffoqués

voyait plus.

air semblable à celui qui
sort de la bouche d’un four brûlant.
L’atmosphère
parut enflammée jusqu’à trois heures du matin ;
alors, le vent passa au nord-est, la brise de mer
s’éleva, et nous commençâmes à respirer; le lendemain nous étions tous malades. Cette nuit
pénible
nous enleva plusieurs
amputés qui allaient très-bien
à la visite du soir : ils moururent comme atteints
de tétanos ; leur
agonie ne dura pas plus d’uu quart
d’heure.
Depuis le mois de juillet, le vent du
désert nous a encore légèrement incommodés deux
fois.
par

un

Le cheval.
Noble compagnon de l’homme à la
chasse, à
la guerre et dans les travaux de
l’agriculture, des
arts et du commerce, le cheval est le
plus important et le mieux
soigné des animaux que nous avons
soumis. Il parait qu’il n’existe à l’état
sauvage que
dans les lieux où l’on a laissé en liberté des chevaux

auparavant domestiques,
Amérique ; ils y vivent
défendues chacune par

comme

en

Tartarie et

en

troupes, conduites et
un vieux mâle.
Les jeunes
qu’ils sont adultes, suivent
en

mâles, chassés aussitôt
ces
troupes de loin jusqu’à ce qu’ils puissent attirer
de jeunes
juments. En esclavage, le poulain tette
six à sept mois; on
sépare les sexes à deux ans;
on

les attacher et à les
panser à trois
les monte, et qu’ils
engendrer sans se nuire. La jument porte

commence à

ans;

ce

peuvent
onze

n’est

mois.

qu’à quatre qu’on

79

du cheval se connaît surtout aux inciCelles de lait commencent à pousser quinze
jours après la naissance; à deux ans et demi, les
mitoyennes sont remplacées ; à trois et demi, les
deux suivantes ; à quatre et demi, les, deux extrêmes,
appelées les coins. Toutes ces dents, à couronne
d’abord creuse, perdent petit à petit cet enfoncement par la détrition.
A sept ans et demi ou huit
ans, tous les creux sont effacés , et le cheval ne
Les canines inférieures viennent à
marque plus.
trois ans et demi, les supérieures à
quatre; elles
restent pointues jusqu’à six, à dix elles commencent à se déchausser.
La durée de la vie du cheval
ne
passe guère trente ans.
Tout le monde sait à quel point cet animal
varie par la couleur et par la taille.
Ses principales races ont même des différences sensibles dans
les formes de la tête, dans les
proportions, et se
caractérisent chacune de préférence pour les divers
emplois. Les plus sueltes, les plus rapides, sont
les chevaux arabes , qui ont aidé à
perfectionner
la race espagnole, et contribué avec celle-ci à
former la race anglaise : les plus gros et les
plus
forts, viennent des côtes de la mer du Nord; les
plus petits, du nord de la Suède et de la Corse.
Les chevaux sauvages ont la tête
grosse, le poil
crépu , et des proportions peu agréables.

L’âge

sives.

Le chien.
Parmi cette foule d’animaux que la nature a
créés soit pour notre utilité, soit pour nos
plaisirs,
le chien est sans contredit, un des plus inte'ressants.
On n’en saurait douter, quand on le considère sous le
l'apport de son caractère aimant, et
des affections douces
qui le lient avec l’homme.
C’est celui de tous qui a reçu en
partage les meilleures qualités , presque sans
mélange de vices.
Faut-il s’étonner que les peuples anciens en aient
fait

une

espèce

de divinité?

Les

Egyptiens

l’ado-

et les Grecs l’ont
sous le nom d’ Anubis,
dans le ciel au nombre des constellations.
Socrate avait coutume de jurer par le chien;
et sa raison était que cet animal est le symbole
de la franchise et de la fidélité.
Alexandre, ce
fameux conquérant , qui remplit l’univers de ses
exploits, fut si fâché de la mort prématurée d’un
chien chéri, qu’il fit bâtir en son honneur la ville
Ce qui excita de
de Périte, avec des temples.
si vifs regrets dans le héros macédonien, c’était
surtout la vaillance de ce chien, qui lui avait été

raient

placé

donné,

au

moment de

le roi d’Albanie.
se

mesurer un

son

départ

Cette bête

jour,

en

ne

présence

pour

l’Inde,

craignit point
de

son

par
de

maître,

même contre un éléphant ; et l’on sait que cet
Il le harcela avec tant
animal n’est pas poltron.
de feu, il s’anima d’une si vive colère , il revint
à la charge si long-temps , et avec une telle auCe n’est
dace , que l’éléphant n’y put résister.
ait été vaincu;
pas que ce formidable quadrupède
mais, désespéré qu’un adversaire si inégal en corpulence osât ainsi lui tenir tète , il se jeta par
terre comme une masse , et mourut de sa chute.
Sous plus d’un rapport les chiens sont d’une
utilité marquée pour l’homme ; ils l’amusent, le
servent; ils le défendent, et font souvent sa

société la

plus

sûre.

Gardien né de la propriété de son maître, le
chien y veille avec une assiduité dont le propriétaire lui-même est à peine susceptible. Vraiment
infatigable, il ne dort ni la nuit, ni le jour: si
l’extrême fatigue ferme enfin sa paupière appesantie,
son sommeil est si léger,
que le voleur le plus
Véritable
subtil tenterait vainement d’approcher.
Argus, il voit tout, il entend tout, il est partout,
il avertit de tout.
Toujours il a, l’oreille au guet
et la dent prête; mais connaissant bien son monde,
il n’en fait usage que contre les larrons et les mal■veillants : malheur alors à ceux qui tentent de

l’attaquer!
les

plus

les

armes

à feu

terribles blessures

ne

ne

lui l’ont point peur;
sauraient l’arrêter;

81
il commence nn combat terrible, et
presque toujours au désavantage des brigands, qu’il étrangle
ou qu’il met en fuite.
Il est certain que le cliien peut encore servir
dans les camps et dans les places fortes.
Les
Grecs étaient dans l’usage de dresser des bouledogues pour veiller à la sûreté des villes de guerre.
Le garde de la citadelle de Corinthe
reposait, d’ordinaire, sur ces hêtes intrépides et vigoureuses.
Postées les unes en dehors, les autres en
dedans,
au moindre bruit
qu’elles entendaient, elles se dressaient sur deux pattes pour porter leurs
regards plus
loin.
A l’aspect du premier inconnu, dès
i’apparence du moindre
danger, elles donnaient l’alerte,
et déconcertaient les tentatives des ennemis.
S’agit-il de rendre des services à l’homme, le
chien y met un zèle , une activité et une sorte
d’adresse qui semblent aller jusqu’au raisonnement.
”J’ai connu, dit M. Fréville, un barbet qui ne manquait jamais de frapper à la porte de son maître
à sept heures du matin et à onze heures du soir.
Il lui tenait lieu de valet, et il s’en
acquittait au
mieux, étudiant, jusque dans ses regards, ce qu’il
voulait lui commander.”
La manière dont le chien guide surtout les
pas
incertains des aveugles , excite vraiment l’admiraet
commande notre reconnaissance.
tion,
Quelle
sagacité , quelle patience , quelle sollicitude dans
ces animaux bienfaiteurs !
Jamais ils ne manquent
4
de s’arrêter à la porte des
personnes qui sont dans
l’habitude de donner l’aumone à leur maître ; ils
évitent avec grand soin les charrettes, les bêtes
de somme et les voitures
qui sont sur leurs routes;
ils s’en écartent même à la
plus grande distance

possible.

”J’en ai vu , dit Montaigne, qui laissaient un
chemin uni et dégagé, précisément parce que ce
chemin était bordé de fossés profonds ou
pleins
d’eau ; ces animaux
choisissaient un
autre

prévoyants

sentier, tortueux et plus étroit, mais où leur
maître ne pouvait courir nulle
espèce de risque.”
6

82

De

son

côté, l’homme chérit, protège

et cherche

chien par tous les moyens posCombien de pauvres gens se contentent
sibles.
d’un peu de salades et d’herbes, afin d’économiser
et d’avoir le moyen de mieux nourrir leur chien!
Rien enfin de si vrai que ce proverbe : s’attaquer
à mon chien, c’est s’attaquer à moi.
à

conserver

son

Si l’homme aime, soutient et protège son chien,
tendre retour aussi de la part de ce sensible
animal! Son maître sort-il pour quelque temps,
et donne-t-il ordre à son chien de ne pas le suivre,
il est tourmenté d’une inquiétude mortelle, et il
paraît être à la torture. Cependant, non moins
docile qu’attaché, il reste pour obéir; mais il se
il suit des yeux et de
vis-à-vis de la

quel

place

porte;

les pas de son maître, et attend avec constance
S’il voit au contraire,
le moment de son retour.
il agite la
son maître veut bien
l’emmener,
que
il monte, il descend,
queue avec l’air de la joie;
comme s’il voulait
va, tourne , revient et jappe
Le
raconter à tout le monde sa bonne fortune.
maître qui a paru avoir envie de sortir, tarde-t-il,
et parle-t-il à quelqu’un, son chien inquiet semble
veut faire
soupçonner qu’on délibère sur ce qu’on
il sort
de
par provision, et va atcœur

lui;

toujours

tendre à quelque distance.
C’est bien autre chose encore durant quelques
jours d’absence! il gémit, se lamente, et pleure
il parcourt toute la maison ;
comme un enfant ;
va s’adresser tantôt à la maîtresse, tantôt aux domestiques ; il va même interroger les voisins, et
semble leur demander quand reviendra son maître.
Vient-on seulement à prononcer le nom du maître
absent devant son chien, il dresse une oreille attentive, se ranime, saute d’allégresse, fixe au loin
ses regards, et court en avant, comme pour voler
à sa rencontre.
Ce cher maître revient-il enfin, oh !
pour le coup, son pauvre chien est dans le délire!
il ne sait plus où il en est : souvent une ou deux
heures ne suffisent pas pour lui dire tout
a sur le cœur.

ce

qu’il

88

Par l’habitude de vivre avec nous, le chien
nous imiter ;
il prend jusqu’à nos
travers et nos vices.
Si bon, si souple et si doux
de sa nature, le chien devient
rogue, fier, hargneux,
s’accoutume à

ingrat

cruel, quand

et

son

maître est

vices.

sujet

à

ces

C’est ainsi que le chien en nous
voyant regarder les pauvres avec indiflerence, souvent même
avec
me'pris, croit devoir les poursuivre et les
e'ioigner de nous. Dès long-temps on en a fait
la remarque : voulez-vous
juger du maître de la
maison? voyez son chien. ”J’aime à trouver, dit
M. Fréville, dans une maison de
campagne un chien
grand et vigoureux, allant et venant en pleine li-

berté, qui, sans me connaître, m’aborde d’un air
hardi, mais caressant; je juge par-là de son maître;
et il est rare
que je me trompe: c’est un homme
hospitalier et cordial.” Des chiens accoutumés, dès
leur jeunesse, à aboyer très-peu, et à ne
pas mordre,
n’en sont pas de moins surs
gardiens pour la nuit;
ils sentent que ce temps-là n’est, en
général, que
celui des mauvaises actions; ils
distinguent, sans
s’y tromper, les marches tortueuses des scélérats
et des malfaiteurs; ils les
regardent, surtout alors,
comme ennemis, se
jettent sur eux, et les décliirent avec fureur.

Veut-on

considérer

le

chien

sous

un

autre

aspect très-intéressant encore; que l’on fasse attention à celui qui est délaissé, malheureux, ou
qui

appartient

à

un

maître

indigent.

Excellent

physio-

nomiste, sachant parfaitement lire dans les yeux
de

l’homme,

ments dont

gent
à

ces

n’a

et connaissant ainsi les divers mouveâme est agitée, cet animal intelli-

son

garde

individus

de s’adresser

gens

sans

pitié,

dédaigneux qui, ayant

bien

dîné,

le pauvre

aux

et

chassent son compagnon
fidèle. Il s’arrête directement devant ces
personnes
qui portent l’empreinte de la bonté sur leur figure,
et qui ayant le moins , sont
portées à donner le
plus. Il approche doucement de la porte ; il s’y
tient dans une posture humble et
soumise; il n’aboie
point, ou il le fait avec retenue; il vous regarde

conspuent

6*

84

d’un œil débonnaire, et attend arec patience qu’une
main bienfaisante lui jette une croûte, ou bien un
petit os. Lui donne-t-on quelque chose, il entre
et va
pas à pas, prend le morceau, sort ensuite,
le manger dehors, pour ne point gâter la chambre
Ce léger repas est-il
de la maison hospitalière.
de
chien
le
nouveau,
pour obtenir
fini,
regarde
encore quelques bagatelles; mais nulle importunité;

point de ces bassesses ordinaires au chat, au tigre
domestique qui se frôle à vos pieds en demandant, et qui est toujours dans le cas d’égratigner
La persévérance, un regard
dès qu’il a obtenu.
et
beaucoup de douceur, voilà les armes
expressif
du chien nécessiteux.
N’y a-t-il plus rien à espérer,
il se retire avec l’air du regret; mais on sent que
ce regret part d’un bon cœur ;
qui est dans l’iinde
vous témoigner, comme il le voudrait,
puissance
,

contentement et sa reconnaissance.
Il est évident que la nature a créé le chien
tout exprès pour l’homme, pour lui servir de comd’aide, de défense, et qu’il ne saurait avoir
son

'

pagnie,
de plus

sincère ami;

le cheval et

de là

chien,

son

ne

ce

proverbe: L’homme,
jamais en-

s’ennuient

semble.

Le chat.

domestique infidèle, qu’on ne
garde que par nécessité, pour l’opposer à un autre
ennemi domestique encore plus incommode, et qu’on
Le chat est

un

ne peut chasser ;
car nous ne
comptons pas les
gens qui, ayant du goût pour toutes les bêtes,
n’élèvent des chats que pour s’en amuser; l’un est
l’usage, l’autre l’abus; et quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse,
ils ont en même temps une malice innée, un caractère
faux, un naturel pervers, que l’âge augmente enDe
core, et que l’éducation ne fait que masquer.
voleurs déterminés ils deviennent seulement, lors-

qu’ils

sont bien

élevés, souples

et flatteurs comme

85
ils, ont la même adresse, la même
même goût pour faire le mal, le même
penchant à la petite rapine; comme eux ils savent
couvrir leur marche, dissimuler leur dessein, épier
les occasions, attendre, choisir, saisir l’instant de
faire leur coup, se dérober ensuite au châtiment,
fuir et demeurer éloignés jusqu’à ce qu’on les rappelle. Ils prennent aisément des habitudes de
société, mais jamais des mœurs ; ils n’ont que
l’apparence de l’attachement ; on le voit à leurs
mouvements obliques , à leurs yeux équivoques ;
ils ne regardent jamais en face la personne aimée ;
soit défiance ou fausseté, ils prennent des détours
pour en approcher, pour chercher des caresses auxquelles ils ne sont sensibles que pour le plaisir
qu’elles leur font. Bien différent de cet animal
fidèle dont tous les sentiments se rapportent à la
personne de son maître, le chat paraît ne sentir
que pour soi, n’aimer que sous condition , ne se
prêter au commerce que pour en abuser ; et par
cette convenance de naturel, il est moins incompatible avec l’homme qu’avec le chien, dans lequel
les

fripons

5

subtilité, le

tout est sincère.

La forme du corps et le tempérament sont
d’accord avec le naturel ; le chat est joli, léger,
adroit, propre et voluptueux ; il aime ses aises,
il cherche les meubles les plus mollets pour s’y
Comme les mâles sont sureposer et s’ébattre...
jets à dévorer leur progéniture, les femelles se
cachent pour mettre bas; et lorsqu’elles craignent
qu’on ne découvre ou qu’on n’enlève leurs petits,
elles les transportent dans des trous et dans d’autres lieux ignorés ou inaccessibles ; et après les
avoir allaités pendant quelques semaines, elles leur
apportent des souris, de petits oiseaux, et les accoutument de bonne heure à manger de la chair:
mais, par une bizarrerie difficile à comprendre, ces
mêmes mères, si soigneuses et si tendres, deviennent quelquefois cruelles, dénaturées, et dévorent
aussi leurs petits qui leur étaient si chers.

86

Les jeunes chats sont gais, vifs, jolis, et seraient aussi très-propres à amuser les enfants, si les
coups de pates n’étaient pas à craindre; mais leur

badinage, quoique toujours agréable et léger, n’est
jamais innocent, et bientôt il se tourne en malice
habituelle ; et comme ils ne peuvent exercer ces
talents avec quelque avantage que sur les plus
petits animaux, ils se mettent à l’affût près d’une
cage, ils épient les oiseaux, les souris, les rats,
et deviennent d’eux-mêmes, et sans y être dressés,
plus habiles à la chasse que les chiens les mieux
instruits. Leur naturel, ennemi de toute contrainte,
les rend incapables d’une éducation suivie... Ils
n’ont aucune docilité, ils manquent aussi de la
finesse de l’odorat, qui, dans le chien, sont deux
qualités éminentes; aussi ne poursuivent-ils pas les
animaux qu’ils ne voient plus; ils ne les chassent
pas, mais ils les attendent, les attaquent par surprise, et, après s’en être joués long-temps, ils les
tuent sans aucune nécessité, lors même qu’ils sont
le mieux nourris et qu’ils n’ont aucun besoin de
cette proie pour satisfaire leur appétit.

Le lion et le

tigre.

Dans la classe des animaux carnassiers, le lion
premier, le tigre est le second; et comme
le premier, même dans un mauvais genre, est
toujours le plus grand et souvent le meilleur, le
second est ordinairement le plus méchant de tous.
A la fierté, au courage, à la force, le lion joint
la noblesse, la clémence, la magnanimité, tandis
que le tigre est bassement féroce, cruel sans justice, c’est-à-dire sans nécessité. Il en est de même
dans tout ordre de choses où les rangs sont donnés
par la force ; le premier qui peut tout est moins
tyran que l’autre, qui, ne pouvant jouir de la puissauce
plénière, s’en venge en abusant du pouvoir
qu’il a pu s’arroger. Aussi le tigre est-il plus à
craindre que le lion; celui-ci souvent oublie qu’il
est le

/

87

est le roi, c’est-à-dire le plus fort de tous les
animaux: marchant d’un pas tranquille, il n’attaque
jamais l’homme, à moins qu’il ne soit provoqué;
il ne précipite ses pas, il ne court, 'il ne chasse
Le tigre, au contraire,
que quand la faim le presse.
quoique rassasié de chair, semble toujours être altéré de sang; sa fureur n’a d’autres intervalles que
ceux du temps qu’il faut pour dresser des embûches ;
il saisit et déchire une nouvelle proie avec la même

rage qu’il vient d’exercer, et non pas d’assouvir,
il désole le pays qu’il
en dévorant la première ;
habite ; il ne craint ni l’aspect ni les armes de
l’homme; il égorge, il dévaste les troupeaux d’animet à mort toutes les bêtes
maux domestiques,
sauvages, attaque les petits éléphants, les jeunes
rhinocéros, et quelquefois même ose braver le lion.
La forme du corps est ordinairement d’accord
Le lion a l’air noble: la hauteur
avec le naturel.
de ses jambes est proportionnée à la longueur de
son corps; l’épaisse et grande crinière qui couvre
ses

épaules

et

ombrage

sa

face,

son

regard assuré,

démarche grave, tout semble annoncer sa fière
Le tigre, trop long de
et majestueuse intrépidité.
sur ses
bas
corps, trop
jambes, la tête nue, les
yeux hagards, la langue couleur de sang, toujours
hors de la gueule, n’a que le caractère de la basse
méchanceté et de l’insatiable cruauté ; il n’a pour
tout instinct qu’une rage constante, une fureur
sa

aveugle, qui ne connaît, qui ne distingue rien,
qui lui fait souvent dévorer ses propres enfants

et
et

déchirer leur mère, lorsqu’elle veut les défendre.
Que ne l’eùt-il à l’excès cette soif de son sang,
et ne put-il l’éteindre qu’en détruisant, dès leur naissance, la race entière des monstres qu’il produit.

L'aigle.
L’aigle

a

morales

avec

l’empire

sur

plusieurs

convenances

le lion: la force,
les autres oiseaux,

physiques

et par
comme

et

conséquent
le lion

sur

88

les

quadrupèdes ; la magnanimité ; ils dédaignent
également les petits animaux, et méprisent]leurs
insultes ; ce n’est qu’après avoir été long-temps
provoqué par les cris importuns de la corneille ou
de la pie que l’aigle se détermine à les punir de
mort; d’ailleurs, il

ne

veut d’autre bien que celui

qu’il conquiert, d’autre proie que celle qu’il prend
lui-même; la tempérance; il ne mange presque jamais son gibier en entier, et il laisse, comme le
les débris

et les restes aux autres animaux.
affamé qu’il soit, il ne se jette jamais sur
lès cadavres. Il est encore solitaire comme le lion,
habitant d’un désert dont il défend l’entrée et l’usage
de la chasse à tous les autres oiseaux; car il est
peut-être plus rare de voir deux paires d’aigles
dans la même portion de montagnes, que deux familles de lions dans la même partie de forêt; ils
se tiennent assez loin les uns des autres
pour que

lion,

Quelque

l’espace qu’ils

se

sont

départi

leur fournisse

une

subsistance ; ils ne comptent la valeur et
l’étendue de leur royaume que par le produit de
la chasse.
L’aigle a de plus les yeux étincelants,
et à peu près de la même couleur que ceux du
lion, les ongles de la même forme, l’haleine tout
aussi forte, le cri également effrayant.
Nés tous
les deux pour le combat et la proie, ils sont également ennemis de toute société,
également féroces,
également fiers et difficiles à réduire ; on no peut
les apprivoiser qu’en les prenant tout
petits.. Ce
n’est qu’avec beaucoup de patience et d’art
qu’on
peut dresser à la chasse un jeune aigle; il devient
même dangereux pour son maître dès qu’il a pris de
la force et de l’âge.
C’est de tous les oiseaux celui
qui s’élève le plus haut ; et c’est par cette raison
que les anciens ont appelé l’aigle l’oiseau céleste,
et qu’ils le
regardaient dans les augures comme le
messager de Jupiter.

ample

Le
C'est

perroquet cendré.

l’espèce qui

par la douceur de

ses

se

fait le

mœurs

docilité;

plus aimer,

que par

son

tant

talent et

en
quoi il égale au moins le perroquet
avoir ses cris
désagréables. Tout son
corps est d’un beau gris de perle et d’ardoise, plus
foncé sur le manteau, plus clair au-dessus du
corps
et blanchissant au ventre
; une queue d’un rouge
vermillon termine et relève ce
plumage lustré, moiré,
sa

vert,

sans

et

comme
poudré d’une blancheur qui le rend toujours frais; l’œil est placé dans une peau blanche,
nue et
farineuse, qui couvre la joue ; le bec est
noir, les pieds sont gris, l’iris de l’œil est couleur
d’or, la longueur totale de l’oiseau est d’un pied.
Ces oiseaux apprennent aisément à
parler; ils
semblent imiter de préférence la voix des
enfants,
et recevoir d’eux
plus facilement leur éducation à
cet égard. Néanmoins ils imitent aussi le ton
grave
d’une voix adulte; mais cette imitation semble
pénible, et les paroles qu’ils prononcent de cette voix

sont moins distinctes.

Non-seulement cet oiseau a la facilité d’imiter
la voix de l’homme, il semble encore en avoir le
désir; il le manifeste par son attention à écouter,
par l’effort qu’il fait pour répéter; et cet effort se
réitère à chaque instant, car il
sans cesse

quelques-unes

des

gazouille

syllabes qu’il

vient d’entendre,
le dessus de toutes les
voix qui frappent son oreille, en faisant éclater la
sienne.
Souvent on est étonné de lui entendre
répéter des mots ou des sons que l’on n’avait pas
pris la peine de lui apprendre, et qu’on ne le soupçonnerait pas même d’avoir écoutés; il semble se
faire des tâches et chercher à retenir sa
et

il

cherche à

chaque jour:
meil; il jase

il

prendre

est

occupé jusque

leçon

dans le somencore en rêvant.
C’est surtout dans
ses
premières années qu’il montre cette facilité,
qu’il a plus de mémoire, et qu’on le trouve plus
intelligent et plus docile. Quelquefois cette faculté
de mémoire, cultivée de bonne
en

heure, devient

étonnante ;

n’apprend

mais plus âgé il devient
que difficilement.

L’attacliement de la

poule

pour

rebelle,

ses

et

poussins.

Cette mère qui a montré tant d’ardeur pour couqui a couvé avec tant d’assiduité, qui a soigné
avec tant d’intérêt des embryons qui n’existaient point
ne se refroidit pas lorsque ses
encore pour elle ,
son attachement, fortifié par
sont
éclos;
poussins
la vue de ces petits êtres qui lui doivent la naissance, s’accroit encore tous les jours par les nouveaux soins
qu’exige leur faiblesse : sans cesse
elle ne cherche de la nourriture
d’eux
,
occupée
elle gratte
que pour eux; si elle n’en trouve point,
la terre avec ses ongles pour lui arracher les aliments quelle recèle dans son sein , et elle s’eu
prive en leur faveur ; elle les rappelle lorsqu’ils
s’égarent, les met sous ses ailes à l’abri des intempéries, et les couve une seconde fois; elle se
livre à ces tendres soins avec tant d’ardeur et de
souci, que sa constitution en est sensiblement altére'e, et qu’il est facile de distinguer de toute
autre poule une mère qui mène ses petits, soit à
ses
plumes hérissées et traînantes, soit au son enroué de sa voix, et à ses différentes inflexions toutes
et ayant toutes une forte empreinte de
ver,

expressives,

sollicitude et d’affection maternelle.
Mais si elle s’oublie elle-même pour conserver
ses petits, elle s’expose à tout pour les défendre:
paraît-il un épervier dans l’air, cette mère si faible,
si timide , et qui, en toute autre circonstance,
chercherait son salut dans la fuite, devient intrépide par tendresse ; elle s’élance au-devant de la
serre redoutable,
et, par ses cris redoublés, ses
battements d’ailes et son audace, elle en impose
souvent à l’oiseau carnassier, qui, rebuté d’une
résistance imprévue, s’éloigne et va chercher une
proie plus facile. Elle paraît avoir toutes les qualités du hon cœur, mais ce qui ne fait pas autant

S)1

d’honneur au surplus de son instinct, c’est que si
par hasard on lui a donné à couver des œufs de
canne ou de tout autre oiseau de rivière, son affection n’est pas moindre pour ces étrangers qu’elle
le serait pour ses propres poussins : elle ne voit
pas quelle n’est que leur nourrice ou leur bonne,
et non pas leur mère ; et
lorsqu’ils vont, guidés
par la nature, s’ébattre ou se plonger dans la
rivière voisine, c’est un spectacle singulier de voir
la surprise, les inquiétudes, les transes de cette
se croit encore mère, et
qui,
du désir de les suivre au milieu des eaux,
mais retenue par une répugnance invincible
pour cet
élément, s’agite, incertaine sur le rivage, tremble
et se désole, voyant toute sa couvée dans un
péril
évident, sans oser lui donner de secours.

pauvre

nourrice, qui

pressée

Le
C’est

surtout

serpent
dans

l’Afrique qu’exerçant

une

devin.

les

déserts brûlants de
domination moins trou-

blée, le serpent devin parvient

à

une

longueur plus

considérable.
On frémit lorsqu’on lit, dans les
relations des voyageurs qui ont pénétré dans l’intérieur de cette partie du monde, la manière dont
cet énorme
serpent s’avance au milieu des herbes
hautes et des broussailles, ayant
quelquefois plus
de dix-huit pouces de diamètre, et semblable à

longue et grosse poutre qu’on remuerait avec
vitesse.
On aperçoit de loin, par le mouvement
des plantes qui s’inclinent sur son
passage, l’espèce
de sillon que tracent les diverses ondulations de
son
corps ; on voit fuir devant lui les troupeaux
de gazelles et d’autres animaux dont il fait sa
proie;
et le seul
parti qui reste à prendre dans ces solitudes immenses,
pour se garantir de sa dent meurtrière et de sa force funeste, c’est de mettre le
feu aux herbes
déjà à demi brûlées par l’ardeur
du soleil. Le fer ne suflit pas contre ce
dangereux
serpent, lorsqu’il est parvenu à toute sa longueur,

une

!)2

Ou ne
et surtout lorsqu’il est irrité par la faim.
éviter la mort qu’en couvrant un pays immense
de flammes qui se propagent avec vitesse au milieu

peut

de végétaux presque entièrement desséchés, en excitant ainsi un vaste incendie, et en élevant, pour
ainsi dire, un rempart de feu contre la poursuite
de cet énorme animal.
Il ne peut être en effet arrêté ni par les fleuves
qu’il rencontre, ni par les bras de mer dont il
fréquente souvent les bords; car il nage avec facilité, même au milieu des ondes agitées ; et c’est
en vain, d’un autre côté, qu’on voudrait chercher
arbres ; il se roule avec
un abri sur de grands
promptitude jusqu’à l’extrémité des cimes les plus
hautes: aussi vit-il souvent dans les forêts. Enveloppant les tiges dans les divers replis de son
baucorps, il se fixe sur les arbres à différentes
en embussouvent
et
demeure
long-temps
tenrs,
y

cade, attendant patiemment
pour l’atteindre,

Lorsque,

le passage de sa proie.
ou pour sauter sur un
distance à fran-

voisin, il a une trop grande
chir, il entortille sa queue autour d’une branche,
et suspendant son corps allongé à cette espèce
d’anneau, se balançant, et tout d’un coup s’élançant avec force, il se jette comme un trait sur sa
victime, ou contre l’arbre auquel il veut s’attacher.
Lorsqu’il aperçoit un ennemi dangereux ce
n’est point avec ses dents qu’il commence un combat, qui alors serait trop désavantageux pour lui;
ai’bre

,

mais il se précipite
malheureuse victime,

avec

tant de

rapidité

sur sa

dans tant de couavec tant de
la
serre
force, fait craquer
tours,
ses os avec tant de violence, que, ne pouvant ni
s’échapper, ni user de ses armes , et réduite à
pousser de vains mais d’affreux hurlements, elle
est bientôt étouffée sous les efforts multipliés de
ce

monstrueux

l’enveloppe

reptile.

Si le volume de l’animal expiré est trop considérable pour que le devin puisse l’avaler, malgré
la grande ouverture de sa gueule, la facilité qu’il
et l’extension dont presque tout
a de l’agrandir,

corps est susceptible, il continue de presser
proie mise à mort; il en écrasé les parties les
plus compactes ; et, lorsqu’il ne peut point les
son
sa

il l’entraîne , en se roulant
arbre dont il renferme
le
il place sa proie entre
l’arbre et son corps; il les environne l’un et l’autre
de ses nœuds vigoureux; et, se servant de sa tige
noueuse comme d’une sorte de levier, il redouble
ses efforts ,
et parvient bientôt à comprimer en
tous sens, et à moudre, pour ainsi dire, le corps
de l’animal qu’il a immolé.
Lorsqu’il a donné ainsi à sa proie toute la
souplesse qui lui est nécessaire, il l’allonge en
continuant de la presser, et diminue d’autant sa
grosseur; il l’imbibe de sa salive, ou d’une sorte
d’humeur analogue qu’il répand en abondance.
11
pétrit, pour ainsi dire, à l’aide de ses replis, cette
masse devenue informe,
ce
corps qui n’est plus
qu’un composé confus de chairs ramollies et d’os
concassés.
C’est alors qu’il l’avale en la prenant
par la tête, en l’attirant à lui, et en l’entraînant
dans son ventre par de fortes aspirations plusieurs

briser

avec

facilité

,

elle, auprès d’un gros
tronc dans ses replis ;

avec

fois répétées; mais, malgré cette préparation, sa
proie est quelquefois si volumineuse, qu’il ne peut
l’engloutir qu’à demi ; il faut qu’il ait digéré, au
moins en partie, la portion qu’il a déjà fait entrer
dans son corps, pour pouvoir y faire pénétrer
l’autre ; et l’on a souvent vu le serpent devin,
la gueule horriblement ouverte, et remplie d’une
proie à demi dévorée, étendu à terre, et dans une
sorte d’inertie qui
accompagne presque toujours sa
digestion.

La chasse

aux

chamois.

Le chasseur de chamois doit être doué d’une
excellente constitution , pouvoir endurer le froid
après avoir été trempé de sueur; coucher sur la
terre humide, quelquefois dans la
neige ; n’être

<>4

point sujet aux vertiges; avoir la vue perçante,
Ja main assurée ; pouvoir grimper tout le jour
chargé d’un fusil en bandoulière, de ses provisions, et finalement de son gibier. Le chamois est
craintif, et ce n’est pas sans raison; ayant la vue
perçante et l’odorat très-fin, il est difficile d’en
approcher assez près pour le tirer : on le chasse
le plus souvent sans chiens, parce que ceux-ci
l’éloignent bientôt et lui font gagner les lieux les
plus inaccessibles; mais lorsqu’on se sert de chiens
on est sur
qu’ils ne perdront jamais la trace dont
l’odeur est très-forte.
Le chasseur va se poster
à l’affût dans l’endroit où il présume que les chamois passeront, ou bien il suit ses chiens, et, en
évitant les détours, il peut aisément leur tenir pied;
en moins d’une heure, l’animal souvent relancé se
couche pour se reposer, et on peut alors en approcher sans beaucoup de difficulté. Les vieux
mâles s’arrêtent quelquefois pour faire tête aux
chiens, et, cessant alors de faire attention au chasseur, celui-ci en profite. Les chasseurs, commune'ment deux ou trois ensemble, sont pourvus d’outils
pour tailler des escaliers dans la glace ; chacun
d’eux a sa petite lunette d’approche , ses souliers
à crampons, son bâton ferré, sa carabine, et porte
dans sa carnassière du pain d’orge, un morceau de
fromage et de l’eau-de-vie de gentiane ou de cerises.
Ils passent la première nuit au plus haut chalet,
où l’on trouve toujours un peu de bois pour faire
du feu, et, dès le point du jour, iis se trouvent
au rendez-vous de chasse, c’est-à-dire dans quelque
endroit élevé où l’on a pratiqué ce qui s’appelle un
luegi forme' de deux grosses pierres posées debout,
avec assez
d’espace entre elles pour voir sans être
vu :
c’est là qu’un des chasseurs se traîne doucement, et, observant de tous côtés avec sa lunette,
dirige ses camarades par signes du côté où il voit
les chamois.
Il faut beaucoup de circonspection
et de patience
pour en approcher sans leur donner
l’alarme; toujours sous le vent, se traînant de rocher
en rocher, la chemise
passée par-dessus les habits

96
pour être moins aperçu dans la
est souvent

obligé

de

se

tenir

neige où le chasseur
pendant des demi-

heures sans mouvement lorsque l’attention des chamois paraît dirigée de son côté.
Parvenu enfin assez
près pour distinguer la cambrure des cornes, c’està-dire à deux cents ou deux cent
cinquante pas, il
se
juge assez près pour faire feu; mais si au moment d’ajuster son coup le chamois
regarde, il faut
reprendre l’attitude immobile , au risque de faire
partir l’animal qu’il n’essaierait pas de tirer à la
course.
Lorsqu’il y a plusieurs chamois, le chasseur
choisit celui qui est de la couleur la
plus
foncée, étant toujours le plus gras: cette couleur
passe graduellement du bai clair en été au brun
foncé , même au noir en hiver.
Accouturryîs aux
détonations fréquentes des glaciers , ces animaux
s’épouvantent beaucoup moins du bruit des armes
à feu que de l’odeur de la
poudre à canon ou de
la vue du chasseur qui, s’il est bien caché et sous
le vent, peut souvent
recharger et tirer une secoude fois.
Il faut être chasseur
pour se faire
une idée des
transports de joie de celui qui, après
tant de travaux , voit enfin tomber sa
proie ; il
s’élance à travers la neige en
poussant des cris
de joie, achève sa victime si elle
respire encore,
boit souvent de son sang comme
spécifique contre
le vertige: après en avoir arraché les intestins
pour
l’alléger, il attache les pieds ensemble de manière
à y passer les bras et à l’endosser comme une
hotte,
et il
l’emporte ainsi commodément. Revenus chez
les
chasseurs découpent les chamois
eux,
qu’ils
ont tués
pour en saler la chair ou l’exposer à la
ils
vendent la peau dont on sait les
fumée;
usages,
et
suspendent les cornes en triomphe dans leur
maison. Un chamois ordinaire
pèse de cinquante
à soixante-dix livres , et a
jusqu’à sept livres de
graisse. Assez fréquemment les chasseurs choisissent le meilleur tireur
pour le placer à l’affût,
muni de tous leurs fusils chargés ,
pendant que,
faisant l’office de chiens, ils relancent les chamois
de manière à les faire
passer à la portée de leur

camarade.

Il

ne

faut pas que

ce

passage soit trop

le chamois s’apercevant de son danger
s’élance quelquefois tête baissée sur le chasseur
d’autre
qui, pour n’ètre pas précipité, n’a souvent
ressource que de se coucher et de laisser l’animal
une
effrayé lui passer sur le corps ; quelquefois
de
et
entière se
que
plutôt

étroit,

car

troupe

précipite,

périt

On les voit souvent gravir
laisser prendre.
des endroits en apparence inaccessibles, et s’arrèter sur des saillies où un oiseau pourrait à peine
la corniche la plus étroite leur suffit
se percher ;
et, sans s’arrêter un instant, faire
élancer,
s’y
pour
de ce point d’appui un autre bond suivi d’autres
A la
encore comme la pierre lancée à ricochet.
de neige, on les voit fransur un
se

descente,

champ

de dix grands pas à chaque élan.
Les mâles font ordinairement bande à part,
ou plutôt se tiennent entièrement isolés jusqu’en
novembre et décembre, et les femelles mettent
de
bas en mai ; leurs petits marchent au moment
leur naissance : ils sont fort jolis et point faroune les
dies; on les élève facilement, pourvu qu’on
Chaque
tienne pas trop chaudement ni renfermés.
année ajoutant un anneau à leurs cornes, l’âge d’un
chamois se connaît aisément : en hiver ils subsis-

chir

l’espace

d’une espèce de mousse qui
les arbres, ressemblant à la mousse d’Isde l’écorce
lande; des jeunes pousses de sapin et
de plusieurs espèces d’arbres ; écartant la neige avec
sol.
leurs pieds, il parviennent aussi à l’herbe du
Il arrive souvent que toute la neige d’une pente
rapide, glissant en masse, découvre des pâturages
abondants. Les chamois des forets sont ordinairement plus grands et plus forts que ceux du sommet
tous conservent leur embonpoint en
des

tent

croît

principalement
sur

montagnes:
hiver, et c’est au contraire

au
printemps que l’herbe
Qui aurait
les rend souvent malades.
eu rien à
eussent
des
cru que
les chamois
Alpes
démêler avec la révolution française? elle a pourtant diminué leur nombre de moitié, et menaçait
l’espèce entière par le droit de chasse illimité.

nouvelle

07
Au lieu de troupeaux de
cinquante de ces animaux
l’on voyait autrefois ensemble, à
peine en
aperçoit-on dix à présent. Les restrictions que l’on
a rétablies
de repourront leur donner le
que

peupler.

temps

Il n’est pas rare au
printemps de rencontrer
les glaciers les corps de chamois entraînés dans
des avalanches, assommés par des
pierres détachées
des hauteurs , ou victimes d’un saut
trop hardi.
Quelquefois, poursuivis par le lammergyer, un coup
d’aile les précipite et les fait
périr au fond des
abîmes où cet oiseau vorace va les chercher et les
dévore à loisir.
Les chasseurs eux-mêmes sont
exposés à de teri'ibles accidents. En 1799, sur le
sur

Wetterhorn,

une
pierre en tombant emporta la tête
de l’un d’eux à trois
Ils
pas de son camarade.
doivent sans doute à l’habitude des
dangers, à la
vie dure et solitaire
qu’ils mènent, ce caractère
taciturne et ce tour d’esprit
romanesque qui les
distingue. On se procure de jeunes chamois d’une
manière singulière et assez cruelle: les vieux sont
si sauvages, que blessés et pris en vie ils ne
s’apprivoisent jamais, et les petits sont si agiles, qu’à
moins d’être surpris au moment de leur naissance
ils s’échappent
toujours ; c’est pourquoi les chasseurs se mettent à l’a dût dans les endroits
où les
femelles ont coutume de venir
pour mettre bas,
et tuent le malheureux animal à l’instant même de

sa

délivrance.

98

LE

BON FILS.
Comédie.

PERSONNAGES.

Marcelle, vieille paysanne.
Firmin

,

son

fils.

Thibaut, paysan du village.

Agathe,

fille.

sa

Girant, fermier.
La scène est dans

ACTE

nn

village.

PREMIER.

Le théâtre représente des arbres et des maisons; celle
de Marcelle se distingue sur un des côtés de la scène.
Marcelle, assise devant sa porte, file sa quenouille ; Firmin
son fils, assis auprès d’elle, tient un livre dans ses mains.

SCÈNE

I.

Marcelle, Firmw.
Ces fables sont assez jolies, ma mère;
Firmin.
voulez-vous que j’en lise encore une?
Marcelle. Comme tu voudras, mon fils: mais
il y a long-temps que tu Iis haut, je crains que
cela ne te fatigue.
Firmin. Bon! fatiguer! je m’interromps pour
causer avec vous; cela me repose.
Voyons encore
celle-ci.
(Il Ht-)

La brebis et

l’agneau.

Une brebis un jour disait à son agneau:
Mon fils, je suis toute saisie
En songeant aux dangers qui menacent ta vie:
Tout le monde t’en veut; le maître du troupeau
Attend que tu fasses envie
A quelque bon boucher, autrement dit bourreau,

Qui

nous

prend,

nous

achète, et,

sans

De sang froid vient nous égorger.
Son confrère le loup t’épie,
Comme lui voulant te manger.

cérémonie,

99

Enfin contre mon fils tout à la fois
conjure;
Tu vois le jour à peine , on va te le ravir
;
Et, plus vieille que tpi, je te verrai mourir,
Contre l’ordre de la nature.
Hélas ! répond
l’agneau, c’était un de mes vœux:
Mourir jeune n’est pas un déstin si contraire:
Je serais bien
plus malheureux
Si je survivais à ma mère.

jè

Ah! ma mère! cette fable
suis le frère de cet

me

agneau-là.

plaît beaucoup;

Marcelle. Celui qui l’a fait ainsi
parler t’avait
sûrement entendu. Mais laisse ton
livre,' mon ami,

et viens

m’embrasser ; l’émotion où je suis m’emd’être attentive.
Firmln l’embrasse. J’aime encore mieux cela

pêcherait

que la fable.

Marcelle. Regarde, mon ami, combien ta tendresse me rend heureuse! Nous sommes
pauvres,
nous n’avons rien au monde
que cette chaumière
et notre
petit jardih. J’ai perdu mon mari, je n’ai
plus de parents , je suis souvent tourmentée par
des créanciers de ton
père, qui avait un peu Je
défaut d’emprunter, et qui, de bons
bourgeois que
nous étions
autrefois, nous a réduits à devenir des
paysans pauvres. Tout ce qu’il a laissé de dettes
me
regarde , parce que je me suis engagée pour
lui. J’ai soixante-neuf ans, et
je commence à souffrir des infirmités de la vieillesse: hé
bien, quand

tu es près de
moi, quand je te vois
quand je
t’entends, surtout lorsque tu m’embrasses, je suis
jeune riche, bien portante je retrouve tout ce
que j’ai perdu : une seule de tes caresses me fait
oublier dix ans de
chagrin; et, quand tu m’appelles
ta mère,
j’éprouve un plaisir cent fois au-dessus
de toutes les
peines que j’ai souffertes. Je te dis
cela, mon cher fils, parce que je m’aperçois bien
,

,

,

que tu crois m’avoir des obligations ; que tu t’occupes sans cesse de me prouver ta reconnaissance;
et il ne faut
pas t’abuser, vois-tu : c’est ta mère
qui t’en doit.
T

100

Firmin.

jolis propos!
pas dire

ces

moquerait
heure, il n’y
se

vous

oui, par exemple, voilà de
Tenez, je vous parle en ami; n’allez

Ah bien

choses-là devant du monde , car on
Devant moi, à la bonne
de vous.
a
parce que je
d’inconvénient,
pas

passe tout ;

mais

Marcelle. Non, je veux que tu sois bien sur
Firmin. Oui, je le suis aussi bien que vous
êtes pour moi ce qu’il y a de plus cher au monde;

et que,
ne pourrais pas vivre,
que sans vous je
si vous ne m’aimiez pas, je n’aurais plus de plaisir
à rien, pas même à aimer Agathe.
Marcelle. Tu l’aimes bien ton Agathe?
Oh ! c’est la seconde personne de
Firmin.
cœur.
D’abord vous, puis Agathe, puis moi,
puis plus rien.
Marcelle. Heureusement qu’Agathe a un frère
M.
qui l’empêche d’être riche, et que son père, de
Thibaut, a déclaré qu’il ne lui donnerait point
Sans cela, tu n’aurais pu prétendre à Agathe.
dot.
Mais comme elle est pauvre et toi aussi, on vous
permettra d’être heureux.
Firmin. Oui, ma mère, tout ira bien. Agathe,

mon

est la filleule de madame la
comtesse de Gircourt, à qui appartient ce village.
Madame de Gircourt m’a promis hier encore de
maparler pour moi à M. Thibaut. Cette bonne
dame de Gircourt, elle m’a dit qu’elle était bien
comme

vous

savez

,

fâchée de n’être pas riche ; car , sans cela, elle
Oh ! maaurait donné une bonne dot à Agathe.
vous
faut
gêner: je
pas
dame, lui ai-je dit, il ne

état de travailler, de
nourrir ma mère et ma femme, et encore tous les
drôles
pourront venir par la suite augme

porte bien, je

petits

suis

en

qui

menter la famille.

Madame de Gircourt ne t’a pas
Elle n’a pour tout bien que cette terre
roffiqui ne rapporte pas grand’chose; et son fils
de la
le
revenu
ans
cier mange tous les
plus que
Elle est bien moins heureuse que moi,
terre.
madame de Gircourt; elle vit loin de son fils, qui

Marcelle.

menti.

101
ne

je

lui écrit jamais que
pour demander de l’argent;
suis toujours avec le
mien, et c’est lui qui me

nourrit. Mais va te dissiper un
peu, mon ami, va
voir ton Agathe.
Firmin. Non, ma mère;
je suis bien aise de
rester ici.
Marcelle. C’est que j’ai
quelque chose à faire.
Firmin. Quoi donc ?
Marcelle.
Je voudrais aller sarcler ce
petit
carré de légumes qui est
auprès du mûrier.
Firmin.
Il est sarclé.
Marcelle. Comment cela donc ? il ne l’était
pas hier au soir.
Firmin
C’est vrai. Mais comme il
n’y a rien
de plus malsain à votre
âge que de se tenir baissée
pendant deux heures à arracher de mauvaises herbes,
je me suis levé ce matin avant le jour, et j’ai
sarclé le petit carré.
•

•

Marcelle,

à part.
C’est égal,

Je m’en étais bien doutée.
ami va-t’en;
j’ai beaucoup filé cette semaine, il faut que je mette mon
fil en écheveau : cela ne me
fatiguera pas ; et je
n’ai pas besoin de toi.
Firmin. Votre fil est en écheveau.
J’avais
les bras un peu
engourdis ce matin d’avoir sarclé
dans la rosée; pour les
dégourdir, j’ai dévidé votre
fil: ensuite j’ai été chercher notre
vache, que ce
drôle de vacher n’avait
pas ramenée hier au soir
du bois. Je l’ai mise dans notre
étable; j’ai donné
de la litière fraîche au
petit veau ; j’ai fait votre
lit, le mien aussi; la vache a du foin, notre dîner
cuit; vous n’avez rien à faire qu’à vous
tranquilliser,
et je ne veux
pas m’en aller: c’est-il clair cela’?
Marcelle. Mais écoute. Je suis un
peu fatiguée, et je voudrais dormir: tu ne peux pas dormir
pour moi; et si tu restes, tu rne réveilleras.
Firmin. Je ne vous réveillerai
point, parce
que je vais m’amuser à lire ces fables; et en lisant
des yeux, comme madame fait
toujours quand elle

(Haut.J

se

promène, je
Marcelle.

ne

Si

mon

ferai

fait,

point

si fait.

de bruit.

102

Finnin.
Non, non, ma mère.
Marcelle. Nous allons voir ; Je t’avertis que
je dors.
Finnin. Bonne nuit.
Marcelle, à part. Faisons semblant de dormir,
c’est le seul moyen de le faire aller voir son Agathe.
(Elle fait semblant de dormir ; Firmin lit et la resigarde de temps en temps; après un assez long
de
sa mère,
doucement
il
se
lève, s’approche
lence,
basse
Firmin. Dors , dors, ma bonne et tendre
mère. J’ai tant de plaisir à te voir reposer! Quand
tu ne me
pas ; tu veillais
et dit à voix

j’e'tais enfant,

quittais

il est bien juste qu’à mon tour
et que je rende à ta
sur le tien,
veille
aussi
je
vieillesse tous les soins que tu donnas à mon enfance. Dors, m*bonne mère, dors.
sur

mon

sommeil;

SCÈNE IL
Agathe, Firmin, Marcelle, endormie.
Agathe. Bonjour, mon ami

Chut donc! Ma mère
à voix basse.
Ah! c’est toi, ma chère Agathe: que
aise de te voir ! Mais , parlons bas , je

Firmin,
dort

je

suis

t’en

prie.
Agathe,

Est-ce qu’elle est maà voix basée.
1
mère?
lade,
Firmin , à voix basse. Non; mais cela fait du
bien de dormir; prenons garde de la réveiller. Et
toi, comment te portes-tu ? Tu es encore plus
jolie aujourd’hui qu’hier! Mets-toi là, ne fais pas
de bruit, et dis-moi bien doucement si tu m’aimes
ta

toujours.
Agathe, àvoixbasse. Voilà une

bonne question!
Est-ce que l’on aime autrement que pour toujours?
Mais d’où vient que tu n’es pas venu ce matin?
Firmin, à voix basse. Ma bonne amie , je
n’ai pas pu ; j’ai travaille' pour ma mère.
Agathe , haut. En ce cas, vous ne m’avez
pas

regrette'e.

103

si

Firmin, à vois basse. Chut donc!..... Oh!
fait; dès que je ne te vois plus, je te regrette.

Agathe, à voix
d’abord,

à te dire!

basse.

notre

Firmin, haut.

Agathe,
Firmin,

J’avais tant de choses

mariage

Ah! ah! notre mariage
à voix basse.
Chut donc, toi-même!
à voix basse.
J’ai peur que nous ne

la réveillions:

tiens,

ne

causons

cela fera moins de bruit.
Agathe, haut. Non pas, s’il

pas; embrassons-

nous,

tranquille,

vous

plaît:

tenez-

vais parler tout haut.
Firmin, à voix basse. Paix donc, paix donc,
quel train tu fais! tu vas réveiller ma mère.
Agathe, à voix basse. Ecoute donc ce que
j’ai à t’apprendre. Tu connais bien M. Girant, le
fermier de ma marraine?
Firmin, à voix basse. Oui; hé bien?
Agathe, à voix basse. Hé bien, il est amoureux
de moi.
vous

ou

je

Firmin, haut.

M. Girant est amoureux.
Paix donc! quel train tu
fais! tu vas réveiller ta mère. M. Giraut est artioureux de moi, et il est venu ce matin me
demander
à mon père.
Il lui a conté,
je ne sais pas quoi,
qu’il était déjà bien riche ; qu’il le serait bientôt
davantage, parce qu’aujôurd’hui même ma marraine
renouvelle ses baux, et que la ferme est excellente;
enfin, il a fait le détail de tous ses journaux de
terre, de tous ses quartiers de vignes, pour prouver
Mon père,
que je serais heureuse avec lui.

Agathe,

à voix basse.

qui est’bon et brusque, comme
pondu que c’était à moi à régler

tu

sais,

tous

lui

a

ré-

compteslà ; il m’a appelée
et m’a dit : Tiens, ma
fille,
voici encore un épouseur : tu m’as déjà parlé de
Firmin, vois celui des deux qui te plaît le plus,
ce sera celui-là
que je choisirai.
Firmin, à voix basse. Ah! l’honnête homme
que ce M. Thibaut! Oh! je me doutais bien que
ces

,

M. Giraut ne lui conviendrait pus,
mauvaise réputation.

il

a

une

trop

104

Agathe, à voix basse. J’ai répondu à mon
père que, par politesse pour M. Girant, je ne m’expliquais pas tout de suite mais qu’avant ce soir
il aurait ma réponse.
Mon père a dit que c’était
bon ; j’ai vite couru t’apprendre ces bonnes nou,

velles.

Finnin, à

voix basse.

Combien je te remercie
chère Agathe! Nous serons donc
mariés! tu seras donc à moi! et pour toujours encore !
Ah , si avec cela ma pauvre mère peut se
bien porter, si elle peut vieillir entre nous deux,
je ne désirerai plus rien dans le monde que de
voir une petite Agathe, qui ait le cœur et le visage
de celle-là qui est à moi.
Agathe, à voix basse. Mon ami, si tu venais
dire un petit bonjour à mon père avant qu’il sache
que c’est toi que j’ai choisi?
Firmin, à voix basse. Je le veux bien, mais
Il est vrai qu’elle n’a pas besoin de
c’est que
moi quand elle dort
et puis
ja serai de
retour avant qu’elle soit éveillée.
Agathe, à voix basse. Oui, oui, viens toujours. (A Marcelle.J Bonjour ma mère; je suis
fâchée de m’en aller sans vous embrasser.
Firmin, à voix basse. Baise-lui tout doucement
la main, et viens vite.
(Agathe baise la main de Marcelle, Firmin
aussi.
Ils s’en vont avec précaution.)
mon

Agathe,

ma

SCÈNE

Marcelle,
Ces

III.
seule.

pauvres enfants ! que de plaisir j’aurais
perdu si je n’avais pas fait semblant de dormir!
Quand mon mari vivait, qu’il me faisait la cour,
il y a bien
long-temps de cela, je croyais que rien
au monde ne
pouvait valoir le bonheur d’être aimée d’un mari tendre et ben:
je me trompais, un
fils vaut mieux encore.
L’amour maternel n’est
mêlé d’aucun de ces
petits tourments qui troublent
souvent l’autre amour.
Point de jalousie, point
de défiance.
On n’a pas même besoin d’être chérie,

105
autant

qu’on chérit:

aime

fils, cela suffit;
le suis, c’est un
surcroît de bonheur que notre âme a
peine à soutenir
Mais que me veut monsieur Giraut.
et

quand

on

Giraut.
Ile'

bien,

Marcelle.

durs

son

je

SCÈNE IV.
Marcelle, Giraut.
Dieu vous garde, madame

comment

la vôtre?

on

est aime'e comme

va

Assez

Marcelle.

la santé?

bien, monsieur Giraut.

Et

Giraut.
Comme cela.
Les,temps sont bien
madame Marcelle.
,
Marcelle. Oui; les gens riches s’en

beaucoup.

plaignent
,

Giraut.

Le fils de madame la comtesse tire
temps en temps de petits mandats sur moi qui
ne mé
réjouissent guère. Je n’ose pas m’en plaindre
à madame de Gircourt,
parce qu’elle est bien vieille,
et que, si elle venait à
mourir, M. le comte, fâché
contre moi, ne me laisserait
pas ma ferme : de
sorte qu’il faut payer mes
quartiers à madame,
envoyer de l’argent à monsieur, et, par-dessus tout
cela, renouveler mes baux aujourd’hui.
Marcelle.
Mais cela ne vous coûtera rien de
renouveler vos baux.
Giraut.
Qu’appelez-vous rien? ne faut-il pas
donner mille écus au factotum de madame
à ce
,
M. Finaut qui fait si fort
l’important? Si je ne lui
donnais pas ce pot-de-vin, il serait
capable de me
faire ôter le bail, et je
perdrais alors, non-seulement ma ferme , mais toutes les avances
que j’ai
faites au fils de madame. Or, ces mille
écus, il
faut les trouver, et voilà
justement ce qui in’emde

barrasse.
Marcelle.

Je suis bien fâchée de ne
pouvoir
les offrir.
Giraut.
Oh ! ce n’est pas pour cela
que je
vous
en
parle : mais vous sentez que, dans une
pas

vous

pareille circonstance, on ramasse tout son petit
avoir; et, en cherchant dans de vieux papiers que

106
encore eu le temps d’examiner demois que mon père est mort, j’ai trouvé
dont
un petit billet de feu monsieur votre mari,
il est nécessaire que vous ayez connaissance.
Marcelle. Un billet de mon mari, monsieur
Giraut ? Mon Dieu ! vous me faites trembler !
Girant
Rassurez-vous ; ce n’est pas une si
grande affaire. Je crois l’avoir sur moi, ce billet
oui, le voici, tenez: ce n'est pas grand’chose, il
ne s’agit que de mille écus.
Marcelle. Ah ! mon Dieu î monsieur Giraut,
mille écus!
Giraut. Oui ; c’est venu fort à propos. Car

je n’avais
puis trois

pas

.

voyez que c’est tout juste le pot-de-vin qu’il
faut payer à ce fripon de M. Finaut.
Marcelle, à part. Je n’ai pas une goutte de
sang dans les veines. (Haut.) Le billet est bien
de mon mari; voilà bien sou écriture; mais, monsieur Giraut, ce billet est bien ancien, il a trente

vous

et vous n’ignorez pas
Giraut. Non, non ; le billet n’a pas trente
S’il les avait, il ne
ans: diable! ne badinons pas.
vaudrait rien, il y aurait prescription. Mais, à la
vérité, il aura trente ans demain. Voilà pourquoi,
madame Marcelle, il est indispensable que vous le

ans,

payiez aujourd’hui.

Marcelle. Nous vous le renouvellerons, mon
fils et moi; nous engagerons notre maison, notre
jardin, tout ce que nous possédons; mais de grâce,
monsieur Giraut, accordez-nous un peu de temps.
Vous sentez bien
Oh! de tout mon cœur; je vous donGiraut.
lierai tout le temps que l’on me donne à moi-mème.
Ce n’est que ce soir que l’on signe les baux ; ainsi,
pourvu que vous me remettiez ce soir mes mille
suis content.
Marcelle.
Hélas ! j’ai bonne envie de vous
bien
bonne
,
envie, je vous assure, et je
payer
cours de ce pas chez notre bailli,
qui m’a touces
fait
un
remboursement
Il
a
amitié.
reçu
jours

écus, je

107

jours passés ; je vais faire tout au monde
l’engager à me prêter ces mille écus.
Girant
Allez, je vous attends ici.

pour

Marcelle. Ici?
Giraut. Oui ; cela vous gêne-t-il ?
Marcelle. Non ; mais c’est que mon fils

va

revenir sûrement, et je crains
Je vous demande en grâce , monsieur Giraut, ne lui
parlez
de rien: il est si sensible, ce
jeune homme! vous
le connaissez
Et si M. le bailli me
prête,
je veux lui épargner l’inquiétude; s’il ne me prête
lui
aurai toujours sauvé un petit moment
pas , je
de chagrin.
....

Giraut.
et

Allez, allez, songez

apportez-moi

les mille écus.

SCÈNE
Giraut,

à votre

affaire,

(Marcelle sort.J

V.
seul.

Je t’en

argent.

défie; car le bailli m’a déjà prêté son
Ah, monsieur Firmin, vous vous donnez

les airs d’aimer Agathe, et d’en être aimé de
préférence à moi! Vous n’avez
pas le sou, et vous
plaisez! C’est trop insolent aussi; et je suis bien
aise de vous donner une
petite correction, d.ont
vous vous souviendrez,
j’espère. Le voici ; nous
allons voir comment il s’en tirera.

SCÈNE VI.
Giraut, Firmin.
Firmin.
Ah ! c’est vous , monsieur Giraut?
Mais où est ma mère?
quel hasard?
Giraut. Elle est dans le village.
Firmin. II ne lui est rien arrivé?
Giraut.
Non ; elle est allée chez le bailli
pour une affaire qui me regarde.
Firmin. Je m’en vais la chercher.
Giraut.
Elle m’a chargé de vous dire
que
vous l’attendiez ici.
Firmin. Oui ?
Giraut.
Oui.
Elle a ses raisons.
Firmin.
A la bonne heure.
Par

108

Girant. Hé bien, monsieur Firmin
Finnin. Le bailli est son ami, ifne la laissera pas revenir seule, n’est-il pas vrai?
Girant. Eh! n’ayez pas peur, vous dis-je, et
causons en l’attendant.
Firmin. Volontiers, monsieur Giraut, volontiers. Vous avez bien des affaires aujourd’hui: on
dit que vous renouvelez vos baux.
Giraut.
Que voulez-vous ? chacun a ses peLes uns ont une ferme dans
tites occupations.
Celui-ci pense
la tête, les autres une jolie fille.
à l’amour, celui-là pense à l’argent.
Moi, par
exemple, je dois signer aujourd’hui un bail, vous
un contrat de mariage: il s’ensuivra que votre soirée
sera plus gaie que la mienne.
Firmin, à part. Je crois qu’il veut se moquer
de moi, voyons un peu à le lui rendre.
Giraut. Que dites-vous?
Firmin. Je dis que vous renouvelez mes douleurs; car je vois bien que vous voulez me parler
de mademoiselle Agathe.
Giraut. Justement.
Firmin.
Ah, monsieur Giraut! je suis le plus
Le cœur d’Agathe va
malheureux des hommes.
m’être enlevé, j’ai appris ce matin que j’avais un
rival.
Giraut.
Qui vous a dit cela?
Une personne qui me dit tout ce
Firmin.
c’est
sait
;
Agathe elle-même.
qu’elle
Et vous l’a-t-elle nommé, ce rival?
Giraut.
Non ; mais elle m’a dit que c’était
Firmin.
un
jeune homme charmant, de la plus jolie figure
du

monde, aimable, riche, rempli d’esprit, et
à -tout cela une grâce dans les manières,

joignant

douceur dans le parler , une gentillesse dans
les propos, une
Giraut. Et vous ne devinez pas qui c’est?
Firmin. Non; j’ai beau chercher dans le village, je nç vois point
Giraut. Je m’en vais vous le dire, si vous
voulez ; c’est moi
une

109

Firmin.
au

Cela n’est pas
m’a fait.

portrait qu’on
Girant.

Je

vous

franchise m’engage à
entier.
Firmin.
choses.
Giraut.

Pardi !

répète
vous

je

possible;

songez donc

que c’est moi: et votre
ouvrir mon cœur tout

vais

donc voir de belles

Dites-moi d’abord si vous aimez beaucoup mademoiselle Agathe.
Firmin. Franchement,
je ne l’aime pas plus
qu’elle ne m’aime ; mais il y a un peu de temps
que cela dure.
Agathe et moi nous sommes du
même âge ; et nous n’étions
hauts

pas plus
que
appelions mari et femme.
Tout ce que
j’avais était à Agathe, tout ce qui
lui appartenait était à moi
; nous allions à l’école
ensemble, et je savais toujours la leçon d’Agathe,
comme
Agathe savait toujours la mienne ; c’était
égal au magister, et cela nous faisait plaisir. Enfin, monsieur Giraut, jamais on ne vit d’amitié si
tendre; et cette amitié a toujours été en augmentant depuis notre enfance
jusqu’à ce matin.

cela, que

nous

Giraut.

nous

Plus elle est

finir; je crois même que

vieille, plus

le moment
Vous croyez cela?

tôt eile doit

en

est arrivé.

Firmin.
Giraut.
Oui, et voici mes raisons. J’ai ici
un petit billet de feu M. votre
père, qui devait
mille écus au mien.
Par des circonstances trop

longues

à vous détailler,
j’ai besoin de ces mille
écus pour
lesquels madame Marcelle est aussi engagée : à l’heure qu’il est, elle cherche dans la
bourse de tous ses amis de
quoi acquitter cette
dette ; mais
j’ai de fortes raisons de
ne

trouvera pas

ce

soir

meubles

penser

ce

même, je
,

qu’il

lui

faut;

et dans

qu’elle

ce

cas,

fais saisir votre maison,
et madame votre mère ira coucher

vos

en

prison.
Firmin.
Giraut.

Que dites-vous ?
Écoutez jusqu’au bout. Comme je
suis votre ami, et
que je vous vois tourmenté de
l’idée d’avoir un rival
pt du danger de votre mère,

110
emveux vous délivrer à la fois de ces deux
barras-là : vous n’avez qu’à me céder Agathe, je
de votre père,
vous donnerai quittance du billet
madame Marcelle ne courra plus le moindre péril,

je

n’aurez plus d’inquiétude sur le rival dont
Si ce parti ne vous convient
m’avez parlé.
de le refuser, et de laisser
pas , permis à vous
aller votre mère en prison.
Que dites-vous? vous
et

vous

vous

rien?
Finnin. Hélas; je respire à peine.
Je veux vous
Vous êtes troublé.
Girant.
Je reviendrai
laisser le temps de vous remettre.
dans une heure savoir ce que vous aurez décidé.
Mais ne perdez pas de vue l’état de la question ;
mille écus ce soir, ou votre mère en prison.
ne

répondez

Pensez-y; et, d’après votre réponse, j’épouse
Sans
Agathe ou je vais chercher les huissiers.
M. Firmin.
(Il sort.J
adieu
,

SCÈNE

VII.

Firmin,

seul.

Je demeure immobile de surprise et de douleur. Comment! il faut perdre ma mère ou céder
Ma mère, à qui je dois tant; ma
ma maîtresse!
bienfait est de m’avoir donné
moindre
mère, dont le
la vie ! je la verrais à son âge traînée dans une prison,
où, sans secours, sans consolation, elle ne mangerait
et
qu’un pain noir, qu’on lui épargnerait encore, ne
Non
ses pleurs !
de
je
qu’elle tremperait
le souffrirai pas ; non , grâce au ciel, je ne suis
je mourrais plutôt
pas capable de le souffrir
Mais abandonner Agathe! manquer
mille fois
à tant de promesses, à tant de serments, pour la
voir passer dans les bras d’un autre, et la livrer
Jamais, non jamais!
moi-même à mon rival!
Ma mère, mon
cet effort est au-dessus de moi.

Agathe, je
cœur

vous

je sens
qu’Agathe

ne

puis choisir

entre

vous

deux;

mon

chérit également: je sens même, oui,
Allons vite trouver ma mère, pour
ne

l’emporte

pas.

w
111

ACTE SECOND.

SCÈNE I.
Marcelle, Firmiiv.
Marcelle. Monsieur Giraut m’avait
promis de
cacher notre malheur; il n’a
pas tenu parole.
Firmin.
Je lui en sais
gré, ma mère. S’il
vous arrivait
quelque chose d’heureux, je serais
fâché de ne pas
mais
le serais
te

l’apprendre;
je
davantage d’ignorer un de vos chagrins.
Marcelle.

bien

Tu ne l’aurais su
que trop tôt: il
fallait bien finir par te le
dire, puisque personne
ne
peut venir à notre secours.
Firmin. Vous n’avez donc
plus d’espérance?
Marcelle. Aucune, mon cher ami
; tu viens
d’entendre toi-même ce que m’ont
le père
répondu
Thomas et la veuve Mathurine.
Auparavant,
j’avais
été chez le bailli ; il a
prêté son
Deux

autres de

mes

anciens amis,

à

qui

service autrefois, m’ont
reçue à
fait les offres les

argent.

même

j’ai rendu

merveille,

m’ont

plus obligeantes, m’ont embrassée
plusieurs fois; mais, quand j’ai parlé des mille écus,
leur visage s’est
allongé, ils ont cessé de m’embrasser, et, en me conduisant doucement vers la
porte, ils m’ont donné mille raisons pour aller
m’adresser à leur voisin.

Enfin, mon cher enfant,
je n’espère rien que

n’ai plus de
ressource, et
de la pitié de M. Giraut.

je

Firmin. Cela étant, ma
mère, tout est perdu.
Marcelle. Non, tout ne l’est
pas, puisque le
danger ne peut te regarder. Tu n’es pour rien
dans tout ceci; tu n’étais
pas au monde quand ce
malheureux billet fut
M. Giraut n’a rien à
signé.
te demander, et voilà ce
qui me console. M. Giraut
vendra ma maison , mes meubles
tout ce
,
que je
possède ; il en est le maître. Cela ne suffira
pas
pour le payer: hé bien, je suis prête à me rendre
en

prison : mais tu resteras libre, toi ! tu
épourton Agathe, tu demeureras chez
elle, tu seras
et
cette idée
heureux,
empêchera ta mère d’être
malheureuse. Va, mon fils, j’ai du
courage contre
seras

112
que moi ; et M. Giraut
faire
beaucoup souifrir, puisqu’il
peut pas
ne peut te faire du mal.
Firmin. Ma mère, ma bonne mère , comme
mal mon
vous me traitez! comme vous connaissez
cœur! Moi libre, tandis que vous seriez dans la
vous seriez mal! Moi heureux ,
un

malheur

qui

ne menace

me

ne

quand

captivité

Et

heureuse!
me

vez

le dire!

pardonne,

pouvez le

Tenez,

vous

plus grande marque
puisse vous donner.
en prie, ni d’Agathe ni

de

vous

de
occupons-nous de vous,
sauver

,

ou

,

vous

si

et

si

mère,

c’est la

plus, je
nous

penser!

ma

cœur

mon

que

vous

vous

je

poule

vous

de tendresse
Ne parlons
de mariage;

seule; occupons-

nous

ne

le pouvons

du moins de souifrir ensemble.
Marcelle. Hélas! mon ami, malgré mes chade joie : ta
grins, tu me fais verser des larmes
tendresse pour ta mère, l’amour si pur et si vrai

pas,

parlons

d’être

as pour elle,
l’empêchera toujours
malheureuse. Mais comment veux-tu faire? Giraut
demande son argent, nous n’en avons point, et je

que tu

ne

puis

trouver.

en

Firmin. Avez-vous été chez madame la comtesse?
Madame la
A quoi bon y aller ?
Marcelle.
elle a un
comtesse elle-même est dans le besoin;
est
elle
mais
sais
le
trop
pauvre
;
bon cœur, je
nous être utile.
pour pouvoir
Firmin, à part. Giraut va venir, il faut éloigner
ma mère.
Allez-y, je vous le conseille,

(Haut.)

Je sais bien qu’elle ne peut vous prêter
les mille écus: mais c’est aujourd’hui le renouvelleson
ment de ses baux ; Giraut restera sûrement
lui dire un mot en notre
et
elle
peut
fermier,
à nous donner du temps.
elle

alîez-y.

peut l’engager

faveur;

Allez-trouver madame la comtesse, parlez-lui d’Aga-

tlie;

c’est

sa

aussi:
filleule; elle l’aime, elle m’aime

peines; tâchez de l’intéresser
elle vous donnera peutsait-on?
Que
conseil: à coup sur, elle vous plaindra,

contez-lni toutes
pour

nous.

être quelque
et cela soulage

/

nos

toujours.

Allez

au

château,

ma

113

mère ;

moi, pendant ce temps, je chercherai de
côté les moyens
d’engager M. Girant à nous
accorder un an ou deux.
Marcelle. Tu le veux, mon fils,
j’y consens;
mais c’est bien pour le plaisir de faire ce
que tu
veux, car je n’espère rien de madame la comtesse.
mon

Adieu,
ne

mon

t’éloigne

j’ai

ami;
pas ;

t’éloigne pas, je t’en prie,
serai bientôt de retour, et

ne

je

tant besoin d’être

toi !

(Elle sort.)
SCÈNE II.
Firmin, seul.
Enfin je respire
et Girant
peut venir, nous
serons seuls.
Voilà déjà l’effet du malheur:
j’ai
désiré de voir sortir ma mère :
je lui ai menti
pour l’éloigner de moi. Ah! que ces deux efforts-là
m’ont été nouveaux et
pénibles! Il va donc venir:
et que lui dirai-je?
Agathe, ma chère Agathe,
non, je ne puis vous abandonner; je lie puis consentir à vous livrer à un homme
indigne de vous
avec

,

posséder,

car, du

si

moins,

vous

deviez être heu-

reuse; si

j’étais sûr, en renonçant à vous, de demeurer le seul à
plaindre ce serait un motif de
consolation ; mais Giraut n’a rien de ce
qu’il faut
à Agathe; Giraut n’est
pas assez sensible pour de,

venir

bon

mari; et, en lui cédant ma maîtresse,
maîtresse malheureuse à jamais. Cette
idée est horrible, et fait évanouir tout mon
courage.
Mais ma mère
J’entends quelqu’un, c’est Giraut sans doute
Non , c’est M.
le
un

je rends

ma

de

ma

père

chère

Thibaut,

Agathe.

SCÈNE
Firmin,

III.

Thibaut.

Thibaut. Bonjour, Finnin : ta mère n’y est
pas ?
Finnin. Non, monsieur Thibaut; elle est sortie. Lui voulez-vous quelque chose?
Thibaut. Je voulais lui parler de toi?
Finnin. De moi?
Thibaut. Oui, de toi et de ma fille. L’un
ne va
guère sans l’autre; n’est-il pas vrai?
8

f

114
Ah!
Ah! te voilà corame

Finnin, soupirant.
Thibaut.

nia

fille.

Elle

répond pas autrement quand je lui parle de
toi. Pardi! je serai bien heureux, moi qui aime
serez
à causer le soir au coin du feu, quand vous
inarie's ensemble, et qu’assis entre vous deux, j’en
et puis des soupirs
tendrai des soupirs à droite
à gauche: cela fera une jolie conversation!
Si j’avais le bonheur d’être le mari
Finnin.
de mademoiselle Agathe, je ne soupirerais plus.
Thibaut. Je l’espère. C’est de ce mariage-là
à ta mère,
que je venais parler
Finnin. De mon mariage avec Agathe?
Thibaut. Je compte qu’il se fera demain.

lie

me

,

Finnin. Demain! demain! monsieur Thibaut,
ah! que nous en sommes loin!
(Il soupire.)
Thibaut. Dès demain. Va, je t’assure qu’avec
Mais
de la patience nous finirons par y arriver.
il ne s’agit pas de compter les heures, il est
confier à ta
question d’un secret que je venais
à
dire
te
vais
et
qu’au fait
toi,
parce
que je
mère,
c’est toi qu’il intéresse le plus, et que je te crois
bon et serviable.
Je vous écoute, monsieur Thibaut.
Finnin.
Thibaut. Tu sauras que M. Giraut, le fermier de madame la comtesse, est venu me demander ma fille en mariage. Giraut est plus riche
le crois un fripon, et dès-lors
que toi ; mais je
Tu es pauvre, toi; mais
son bien est un tort.
ma fille t’aime: ainsi il
et
tu es honnête homme,
Tu auras donc mon Agathe;
ne te manque de rien.
choix pour
je l’ai laissée exprès maîtresse de son
eusses toute l’obligation, et elle tout
en
lui
tu
que
le
C’est ce soir que tu seras choisi par

plaisir.
elle, et alors
Firmin, tristement.

Cela n’est pas sûr, monn’est
cela
pas sur.
Thibaut,
Thibaut. Fais-moi le plaisir de me dire qui
pourrait s’y opposer quand Agathe et toi le désirent , que ta mère y consent, et que je le veux

sieur

bien.

115

Firmin.

Cela ne suffira
pas.
Thibaut. Non! et qui
pourra l’empêcher?
Firmin. Mon. malheur.
Thibaut le contrefait. Ton malheur! En
effet,
tu es un garçon bien à
plaindre! Ma fille ne rêve

qu’à toi,

elle ne parle
que de toi : sitôt que je
faire l’êloge de
quelqu’un, elle cite toujours
une bonne
qualité de Firmin qui l’emporte sur celle
que je loue : ta mère t’adore , moi je t’estime et
je t’aime ; je laisse ma fille maîtresse de suivre
le penchant
qu’elle a pour toi ; et quand je t’annonce tout
cela, tu prends ce moment pour te
plaindre de ton sort ! Morbleu ! ne
veux

plus

entends-tu

m’interromps

ou
je me fâche tout de bon.
m’as troublé.
e'tais-je?
firmin. Ce n’e'tait pas mon intention. Vous
me disiez
que je serais choisi par Agathe: et puissiezvous dire vrai!
Thibaut. Je ne mens
jamais, entends-tu. Ce
qui m’a fait le plus de plaisir en toi, c’est de te
voir rechercher ma fille,
dit hautequoique

Où

,

ment

,

tu

en

qu’elle

n’aurait

point

de

j’aie

dot,

et
que j’avais
bien pour soutenir son
frère,
que j’ai placé à la ville chez un riche
négociant.
Mais tu ne sais
pas pourquoi j’ai dit cela ? tu ne
sais pas pourquoi
je n’ai pas voulu donner de dot
à ma fille?

besoin de tout

mon

Firmin. Non, monsieur. Thibaut.
Thibaut.
C’est pour son bien ; c’est
pour

qu’elle en fût plus
sans

doute,

présent
lui rien

dot,

que

tu

as

j’aie

riche. (Firmin le
regarde.) Oui,
beau me regarder. Le
plus beau
pu faire à ma fille, a été de ne

donner, parce qu’Agathe,

s’en est fait

nomie,

une

de

sa

se

croyant

sagesse, de

sans

écoet, si elle
son

de son amour
pour le travail;
être riche , elle aurait
peut-être négligé
ce trousseau-là.
J’avais encore une autre raison:
c’est
qu’Agathe, passant pour n’avoir rien, ne pou
vait être recherchée
que par quelqu’un véritablement amoureux d’elle ; et autant
je haïrais un gendre
qui aurait épousé ma fille pour son
autant
avait

cru

argent,
8

*

116

l'épouse que pour son cœur.
Comme je
présent que c’est pour cela
difficulté de
seul que tu l’épouses, je ne fais pas
de donner
été
a
mon
t’avouer que
projet toujours

j’aimerai

celui

qui

lie

suis sûr à

fille.
quatre mille francs à ma
mon
Finnin, transporté. Quatre mille francs!
sieur Thibaut, quatre mille francs! est-il possible?
c’est
Ah! miel bonheur! quelle joie? C’est trop,
suis heureux, monire mille francs.
je
Que
trop
je
sieur Thibaut !
(Il lui saute au cou.) Quecela
votre fille; oui,
heureux!
Oui,
j’épouserai
sqis
est sûr à présent ; rien ne peut plus s’y opposer,
mon
et l’amour que j’ai pour elle peut seul égaler

bonheur.

Thibaut, étonné.

Comment donc!

ces

quatre

mille francs rendent-ils ma fille plus jolie?
ce
Finnin. Non, monsieur Thibaut ; non ,
c’est imposmon Dieu non,
Oh!
cela.
n’est pas
sible. Mais si vous saviez quelle joie, quel plaisir
francs !
me causent ces quatre mille
Je le vois bien.
à

Thibaut,

part.

Si

Finnin.

vous

connaissiez à quel

Et, dites-moi, pouvez-vous
avant

ce

me

point

donner cet

argent

soir?

Avant ce soir?
Oh! tâchez, tâchez, monsieur Thi
Jamais je n’ai rien
haut, de me rendre ce service.
désiré avec tant d’ardeur, et Vous ne pouvez pas
recevoir ces
avoir d’idée du plaisir que j’aurai à
francs.
mille
quatre
Thibaut. Mais entendons-nous donc. Quand
fais cette confidence, uniquement parce que
te
je
tu montres une
je crois que tu n’aimes pas l’argent,
des transports qui me font
éclater
fais
tu
joie,
et me donpresque repentir de ce que je t’,ai dit,
à
lient de l’inquiétude pour ce que j’ai encore

Thibaut.
Finnin.

t’apprendre.

Finnin.

Allez,
pas 1

mon

argent

Parlez, parlez,
cœur

ne vous

et

ne

craignez

est pas connu,

ce

rien.
n’est

francs
que j’aime: mais ces quatre mille

Thibaut. Semblent t'avoir tourne la tète. Je
l'ai tout prêt, cet argent, et je me faisais un
plaisir
de le remettre dans tes mains en
signant le cou
trat de ma fille; mais un malheur affreux arrive à
fils vient de de'ranger tous mes projets.
Finnin. O ciel !
Thibaut. Tu sais que j’ai place mon fils chez
le plus riche négociant de la ville, et
que, grâce
à sa bonne conduite, il est devenu son caissier; il
vient de m’écrire dans le dernier désespoir
qu’on
a volé dans sa
caisse cent cinquante louis dont il
est responsable: et il
ajoute qu’il mourra de douleur s’il ne peut remplacer cet
argent d’ici à demain.
Tu juges que mon premier devoir est de
sauver l’honneur de mon fils avec la dot de ma fille.
Agathe n’y perdra rien par la suite; mais, pour le
moment, il ne me reste pas un écu.
Finnin, à part. Ma joie n’a pas duré longmon

temps.
Thibaut. Voilà le secret que je venais confier
à ta mère ; je t’estime assez pour t’en faire
part,
pour te prier même de partir à l’instant, et d’aller
porter à mon fils l’argent que j’avais destiné pour
toi
Tu ne réponds rien
tu rêves
Est-ce que tu désapprouves l’emploi que j’en veux
faire ?
Firmin. J’en suis bien loin, monsieur Thibaut,
j’en suis bien loin , et je ferais de même à votre
place. Agâthe n’a pas besoin de dot: celui qui sera
son
époux sera trop heureux.
Thibaut. Comment! ne t’ai-je pas dit que cc
serait toi?
Firmin. Kien n’est plus incertain, malheureuse
ment.

Thibaut.

Quand je

t’ai

Mais tu n’y penses pas,

parlé

des

quatre

doutais pas d’épouser
Agathe;
suis forcé de
disposer de sa dot, tu n’es
de l’épouser?

que

Finnin, tristement.
trop vrai.

Firmin.

mille francs, tu
et à présent que

Ce que

vous

plus

ne

je

sur

dites n’est

118
Thibaut le regarde d'un air mécontent. Puis-je
du moins compter sur vous pour aller porter cet
argent à la ville ? elle n’est qu’à une demi-lieue
d’ici; me rendrez-vous ce petit service?
Firmin. J’y aurais plus de plaisir que vous;
Ma
mais dans ce moment je ne puis m’éloigner.

mère a besoin de moi; elle en a trop besoin, ma
Ce soir ou demain j’irai ou vous
pauvre mère.
voudrez.
Thibaut. Ce soir ou demain il sera trop tard.
Adieu, monsieur Firmin.
Firmin. Vous êtes fâché?
Thibaut. Point du tout; je ne me fâche que
contre mes amis.
(Il s’en vu.)
Firmin le rappelant. Monsieur Thibaut! mon-

écoutez-moi, je vous en prie.
Thibaut, dans la coulisse. J’ai tout entendu.

sieur Thibaut!

SCÈNE
Firmin

,

IV.
seul.

Il me quitte avec l’air de la colère. Hélas ! il
serait honteux, s’il savait tout ce que je souffre,
s’il savait combien il a augmenté mes maux par ce
moment d’espérance qu’il m’a donné et ravi surle-champ. Quel bonheur c’eût été pour moi de pouvoir délivrer ma mère avec la dot de ma maîtresse!
de sauver ce que j’ai de plus cher par ce que j’aime
plus que ma vie! Ah! j’aurais été trop heureux!
Tout se réunit contre
La fortune ne l’a pas voulu.
elle n’a plus que moi, que moi seul
ma mère;
Hé bien, seul je dois lui suffire; seul je dois lui
tenir lieu de tout. Pourvu que la vue d’Agathe ne
Loin d’elle j’aurai du
vienne pas m’affaiblir !
la
si
revois, je n’en aurai plus
mais,
je
en

courage;
Voici Giraut;

mon

cœur

m’abandonne déjà.

SCÈNE V.
Giraut, Firmin.
Girant. Me voici, monsieur Firmin. Je crois
vous avoir donné le
temps de faire toutes vos réflexions; je viens chercher-votre réponse.

Finnin.
Monsieur Girant, je vous supplie de
m’écouter un moment, sans vous fàclier, sans vous
ennuyer de ce que je vais vous dire. Je suis bien
à plaindre, voyez-vous, et les inalheureùx parlent

longuement.
Ne vous gênez pas, j’ai de la patience,
suis venu pour vous écouter.
Finnin.
Vous êtes mon rival , vous désirez
de m’enlever Agathe; cela est juste, et je ne vous
en fais
pas un crime: mais vous ne désirez pas de
me voir mourir de douleur;
cela ne vous rendrait

Girant.

et

je

n’est-il pas vrai?
Il n’est pas question de votre mort,
il est question de me payer ce qui m’est dû, ou
de renoncer à Agathe.
Voilà le point dont il s’agit,
et sur lequel il me faut une réponse positive.
Firmin. Et c’est cette réponse si terrible que
je ne puis faire sans mourir.
Girant.
Ne croyez pas cela, monsieur Firmin;
si l’on mourait toutes les fois qu’on le dit, il n’y
aurait presque plus de vivants dans ce monde. Moi
qui vous parle, j’ai eu de très-grands chagrins, et

plus heureux*

pas

Girant.

voyez comment je me porte.
Firmin.
D’abord, il ne faut rien vous déguiser.
Je suis certain du cœur d’Agathe, je suis sûr d’en
être aimé autant que je l’aime : et vous pouvez
compter d’avance que ce sera moi qu’elle choisira
vous

pour

époux.

Girant.
En ce cas , je n’ai plus rien à vous
dire, et c’est madame votre mère seule que cette
afl'aire-ci regarde.
Serviteur, monsieur Firmin.

(Il
en

veut s’en

Firmin,
prie.
Girant.
Firmin.

aller.J
le retenant.

Arrêtez, arrêtez, je

vous

Il me semble que vous avez tout dit,
Vous demandez que je vous cède
Agathe; mais réfléchissez que, même en faisant ce
que vous voulez, vous n’en serez pas plus heureux,
Girant. Pourquoi donc, s’il vous plaît? Est-on
malheureux d’épouser celle que l’on aime?

Oui, quand cm n’eu est pas aime'.
Et voilà positivement le motif de ma
C’est vous,
ma conduite envers vous.
vous seul,
qui m’empêchez d’être aimé d’Agathe,
et ce n’est pas la première fois que je vous trouve
sur mon chemin: partout où je suis avec vous, on
aux deux dervous cherche et l’on me repousse;
nières fêtes du village , vous m’enlevâtes le prix
l’ai pas pardonné. Je vous
ne vous
de l’arc :
Finnin.
Giraut.
haine et de

je

dis franchement que je vous déteste, que je vous
ferai le plus de mal que je pourrai; et, si je ne
puis vous chasser du cœur d’Agathe, je me vengerai
du moins de vous voir toujours préféré à moi.

Mais vous vous en vengez sur vousFinnin.
même : mais le cœur d’Agathe est à moi, et il
m’appartiendra toute la vie. Vous ne connaissez
c’est un pays
pas ces cœurs-là, monsieur Giraut;
qui vous est étranger. Vous ne savez pas qu’Agathe
choisira pour époux que dans le premier
ne vous
moment de colère que lui causera mon feint abandon; que, ce premier moment passé, elle en sera
désolée; que son amour pour moi se réveillera plus
fort que jamais; que, si elle apprend surtout que
c’est pour sauver ma mère que j’ai renoncé à sa
main, elle m’aimera cent fois davantage, elle me
regrettera cent fois plus ; et l’idée de l’affreux
marché que vous m’avez proposé vous ôtera pour
jamais sa tendresse, et peut-être son estime. Serezvous heureux, monsieur Giraut?
Je ne suis pas si grand raisonneur
Giraut.

jourque vous, monsieur Finnin; vous passez
nées à lire tous les beaux livres du château , et
vous me répétez ici ce que vous avez lu ce matin.
Je ne lis vieil, moi, que mon livre de compte; et
vos

n’ai pour me conduire que le bon sens que m’a
donné ma mère.
Firmln. Vous avez eu une mère?
Giraut. La belle demande ! apparemment.
Firmin. D’après la proposition que vous m’avez
faite, je ne l’aurais pas cru.

je

121

Girant. Tout cela et rien, c'est la même chose.
Il ne s’agit que de deux
partis, c’est que votre mère
aille en prison, ou bien que
j’épouse Agathe. Voilà
sur
quoi il faut me répondre. Qu’Agathe ensuite
m’aime ou me haïsse, me fasse
enrager, ou tout
ce qu’il lui
plaira, c’est mon affaire, entendez-vous?
la vôtre, c’est de vous décider.
Finnin. Mais, monsieur Giraut, vous aimez
n’est-il pas vrai?
Giraut. L’argent! l’argent asonmérite.
Après?
Firmin. Agathe n’a rien ; et,
pour épouser
fille qui n’a rien, vous
perdez encore mille

l’argent,
une

écus.

Au lieu de cela

écoutez ce que je vous
laissez-moi ma mère;
et je
m’engage à vous servir toute ma vie, je serai
votre domestique, le dernier de vos valets.
Je
labourerai vos champs,
j’aurai soin de vos attelages,
je ferai l’ouvrage de deux : vous 11e me paierez
Je suis fort et robuste,
pas.
je travaille bien,
achetez-moi, je me vends à vous.
Giraut.
Pardi ! je le crois bien ; le marché
ne serait
Vous vous estimez donc
pas mauvais.
mille écus?
Firmin. Hélas ! je ne m’estime rien; et
j’estime
tout ma mère et
Agathe. Laissez-les-moi toutes
,

propose: laissez-moi

Agathe,

deux,

ma

vous

et

employez

vie entière à tout

voudrez.
Giraut.
Ah çà, finissons tous

Je n’ai pas besoin d’un

ces

ce

que

contes-là.

valet, mais j’ai besoin d’une

femme. D’abord, Agathe n’est pas si
pauvre que
vous le dites :
je le sais de bonne part. Agathe
me convient de toutes
façons; et, sans vous, M.
Thibaut ne ferait pas difficulté de me la donner.

L’amour, l’intérêt, le bon sens m’engagent à employer tous les moyens possibles pour l’emporter
sur mon
rival; et plus vous aimez votre mère, plus
je persiste à vous donner le choix de la voir en
prison ou de céder Agathe. Votre réponse, que
m’en
je

aille.
Firmin. Ma

réponse?

122
Girant.
Firmln.
Girant.
Finnin.
Girant.
Finnin.

Oui, finissons.
Ah ciel !
Je vais chercher les huissiers.
Un moment
Vous balancez toujours.
Ah! je dispute, mais je ne balance

pas.

je

Girant. Hé bien ?
Finnin, lié bien !.....
Girant. Je suis las de tant d’incertitude, et
vais sur-le-champ
(Il veut sortir.)
Firmin, Varrêtant. M. Giraut ! M. Giraut !
Girant, s’en allant. Non; je ne reviens plus
e'couhé bien !
Firmin. Hé bien !

tez

écoutez

Giraut,

s’en allant

Firmin.

Agathe

toujours.

Non, je

n’écoute

rien.

Agathe

est à

vous.

Giraut, revenant. Ah! voilà parler, cela.
Finnin, pleurant. Donnez-moi la quittance
de

mère.
Giraut.
Un moment, s’il vous plaît. La voilà
toute prête, cette quittance; mais comment voulezvous
qu’Agathe me croie quand je lui dirai que
Vous sentez bien qu’il faut
vous renoncez à elle?
que tout soit égal; et, puisque j’irai dire moi-même
à votre mère qu’elle ne me doit plus rien, il faut
ma

que vous disiez vous-même à Agathe que vous ne
l’aimez plus.
Firmin.
Quoi! vous voudriez
Vous convenez
Giraut.
Je veux la raison.
vous-même qu’Agathe vous aime, et quelle doit
vous choisir.
Vous seul pouvez l’engager à ne plus
Sans cela,
vous aimer et à me préférer à vous.
vous feriez un marché de fripon, et moi je serais
une
dupe; et tout l’ordre serait renversé. Venez
donc avec moi trouver Agathe, et je ne vous demande autre chose que de lui dire que vous ne
l’aimez plus, et que vous consentez à son mariage
avec moi.

Firmin, pleurant. Jamais, jamais, M. Giraut.J’aurais beau faire un effort, ma
langue , malgré
moi, lui dirait que je l’aimerai toute ma vie.
Giraut. Alors, malgré moi,
je ferai arrêter
madame Marcelle.
(Il veut s’en aller.)
tirmin.
Un moment, je vous en
conjure;
ayez pitié de moi, M. Giraut.
Giraut. Décidez-vous donc.
Finnin. Je vous le promets,
je m’engage à
renoncer à
Agathe. Mais n’exigez pas que je le
lui dise moi-même,
je n’en aurais jamais la force;
ne
l’exigez pas, M. Giraut. Je vous promets, je
m’engage à le lui écrire, et vous porterez vousmême la lettre.
Giraut. Non, non;
voudrait une ex-

Agathe

plication,

et cette explication raccommoderait tout.
Venez tout à l’heure avec moi dir.e à

Agathe que
l’aimez plus; et
sur-le-champ je vais porter
quittance à votre mère. Si vous refusez
Mais voici Agathe; ce moment va tout décider: si
vous lui faites le moindre
signe, si vous lui dites
le moindre mot qui
puisse lui faire soupçonner ce
dont il s’agit, sans rien dire
je vous quitte, et je
vais faire arrêter votre mère.
vous ne
ma

Finnin, à part.
là pour

me

Ah!

du

soutenir !

SCÈNE

moins,

si elle était

VI.

Giraut, Agathe, Firmin.
Agathe. Ah! je suis charmée de vous trouver
ensemble, messieurs; mon père est chez nous, et
voici le moment où
jé dois me décider entre vous
deux. Suivez-moi donc, s’il vous
plaît, chez mon

père,

et

resterez

promettez-moi

préféré.
Giraut.

,

que

quel

vous

n’en

que soit le

Oh! mademoiselle, il s’est passé bien
depuis ce matin.
Agathe, gaiment. Comment! ne m’aimeriezous
plus par exemple ? je suis résignée à tous

des choses
v

d’avance

pas moins bons amis

,

les malheurs.

124

Cette résignation vous sera peut-être
Giraut
nécessaire.
Quant à mon amour, il est toujours
le même, aussi vif, aussi tendre, aussi constant.
Agathe, riant. Eu ce cas-là, que puis-je
craindre ?
Giraut. Demandez-le à M. Finnin.
Mais qu’avez-vous donc ?
Agathe. Firmin
d’où vient cet air triste, et ces larmes qui baignent
votre visage? que vous est-il arrivé? Parlez, tirez.

....

moi

d’inquiétude;

avez-vous

Firmin.
(Il dévore
voix tremblante ; Giraut

ses
a

quelque chagrin?
sanglots, et parle d’une

les yeux

sur

lui,

et suit

je n’ai
m’est rien arrivé
Mais j’ai une grâce à vous demander , une grâce
me sera chère
C’est
(il requi
garde Giraut) c’est d’oublier le malheureux Firde vivre heureuse , et
min
d’épouser
M.,Giraut. (A part.) Je n’en puis plus, je me

mouvements.)
point de chagrin, il
tous

Non, Agathe,

ses

(Il
Agathe le

meurs.

expliquez-vous; je
Giraut.

ne

veut s’en

retient.
ne

non,

aller.)

Que dites-vous! Arrêtez,
vous comprends point.

Mademoiselle

Agathe ne vous coinExpliquez-vous plus clairement.
Firmin, faisant effort. Hé bien
Agathe,
mademoiselle Agathe, vous que
(Giraut le
regarde, il s’arrête.) Je ne puis jamais être à
Je vous
vous
épousez monsieur Giraut
Je
un
rends votre foi.
déchirant.)
sanglot
(Avec
ne vous aime plus
(A part.) Allons retrouver
ma mère.
(Il sort.)

prend point.

,

SCÈNE VII.
Agathe,

Agathe, stupéfaite.

Giraut.

Je rêve sûrement,

ou

je

n’ai pas bien entendu.

Girant.

Non, mademoiselle,

vous

ne

rêvez

point; et depuis deux heures que Firmin est avec
moi, je puis vous assurer qu’il ne in'a parlé d’autre
chose que de la difficulté qu’il trouvait à vous dire
ce qu’il vous a dit.

125

Agathe.

Comment !

vous

étiez dans

sa

con-

fidence?
Il y a long-temps, mademoiselle; et,
Girant.
s'il laut ne vous rien déguiser, je ne me suis déclaré votre amant que parce qu’il m’avait avoüé que
son amour pour vous était passé.
(Agathe le regarde et rêve profondément.J Firmin est timide
naturellement, jamais il n’aurait osé vous avouer
Mais enfin, quand il s’est vu au
son inconstance.
dernier moment, je lui ai conseillé moi-même de
ne
pas laisser aller les choses plus loin , et de
vous épargner l’affront de le choisir pour en être
ensuite refusée.
Agathe, froidement. Je vous en remercie.
Girant. Puis-je me flatter de quelque espoir,
mademoiselle , à présent que vous voilà bien cerCar enfin on
taine de l’inconstance de Firmin ?
ne
peut pas en être plus certaine ; il vous l’a dit
lui-même, et ce n’est pas dans un moment de co1ère où de dépit; c’est à l’instant de vous épouser,
quand monsieur votre père vous laisse maîtresse de
votre choix; quand il devait tomber à vos genoux
pour obtenir votre aveu ; c’est dans ce moment-là
qu’il vous a bien clairement articulé : Epousez
monsieur Giraut, je ne vous aime plus.
Vous
l’avez bien entendu, n’est-il pas vrai, mademoiselle ?
Agathe. Oui.
Giraut. Hé bien, mademoiselle, suivrez-vous
ses conseils ,
et serai-je assez heureux pour vous
faire accepter mon cœur, ma ferme et ma fortune?
Agathe. Monsieur Giraut, ce n’est pas le moJe vais
ment de me faire une pareille question.
retrouver mon père; ce soir je vous répondrai.
Giraut.
Ah ! je vous entends, charmante
Agathe, et je suis le plus heureux des hommes.
Me permettrez-vous de vous suivre?
Agathe. Non ; j’ai besoin d’être seule.

(Elle sort.)

126

SCÈNE VIII.
Giraut

,

seul.

Ne la perdons pas de vue, et allons porter
à Finnin sa quittance: c’est le moyen de l’engager
davantage à me tenir parole. Je connais la probité de Finnin ; dès qu’une fois il aura reçu cette
quittance, il n’osera plus regarder Agathe. Ainsi
je ferai tourner à mon avantage jusques aux bonnes
qualités de mon rival.

ACTE

TROSIÈME.

SCÈNE
Agathe,
Thibaut.
ferai

qu’aller
Agathe.

I.

Thibaut.

Retourne chez nous,

ma

fille, je

ne

et venir.

Mais quelle affaire si pressante vous
force d’aller à la ville? Attendez à demain, mon
père ; il est déjà tard ; pour peu que l’on vous
retienne, vous reviendrez la nuit; vous savez que
je n’aime pas cela.
Il est absolument nécessaire que j’y
Thibaut.
aille aujourd’hui; mais je n’y serai qu’un instant,
Pendant ce temps
et la demi-lieue n’est pas forte.
tu réfléchiras sur le choix que tu dois faire, et tu
à mon retour, lequel de Finnin ou de
me diras,
Giraut tu choisis pour ton mari.
Agathe, tristement. Jusqu’à ce moment j’étais
décidée, mais je ne le suis plus.
Thibaut.
Voilà donc la cause de ce chagrin
Je n’osais pas
que j’ai remarqué sur ton visage.
t’en parler, parce que je me souviens que les
mais je me
amoureux n’aiment pas les questions;
suis douté que tu étais brouillée avec Finnin.
Agathe. Plût à Dieu que nous fussions brouillés! cela n’empèche pas de s’aimer; au contraire.
Thibaut. Ah! si vous n’êtes pas brouillés, il
devient plus difficile de vous raccommoder. Tu
as donc
beaucoup à te plaindre de Finnin?

127

Agathe.

Beaucoup,

mon

père, beaucoup.

Firmiu n’est plus le môme, il n’a plus le même
amour: et malheureusement ma tendresse
pour lui
n’en peut diminuer :
je le verrais , je crois , inconstant, que je l’aimerais encore. Tout cela me
rend bien malheureuse,
de conseils.

Thibaut.
cas

de

ceux

et

j’aurais grand

besoin

S’il était d’usage que les filles fissent
de leur père, je sais bien ce
que

je

te conseillerais.

Comme vous n’ordonnez jamais, on
tenté de faire ce que vous dites.
donc comment vous vous conduiriez à ma

Agathe.
est

toujours

Voyous
place.

Thibaut.
drait savoir
Finnin.

Agathe.

des détails.

ingrat,

un

à

Pour te répondre là-dessus, il fauprécisément ce que tu reproches à
Ce n’est pas la peine d’entrer dans
Mais supposez que Firmin soit un

inconstant, qu’il m’oublie,

et

qu’il

re-

moi
nous n’en sommes pas là, au
moins , il s’en faut ; mais
supposez pour un moment que j’aie des raisons de croire à l’inconstance
de Firmin, vous
décideriez-vous, pour le punir,
à épouser M. Giraut ?
nonce

Thibatit.

fqnt

sont

Ces sortes de

toujours

pour celui

ressemblerait tout

punitions-là,
qui

les

fait;

mon en-

et cela

justement à notre voisin GrosPierre, qui, pour punir les moineaux qui venaient
manger ses cerises, abattit son cerisier. A ta place,
je n’épouserais point Giraut.
Agathe. Ah! que vous êtes de bon conseil,
mon

père! je

Thibaut.
Firmin.

Agathe.
Thibaut.

qu’il
et

veux

suivre

Mais
Et

aveuglément tous vos avis.
pas non plus

je n’épouserais

s’il vous plaît?
parce que tu dis toi-même

pourquoi donc,

Pardi !

est un ingrat, un inconstant, et
que
Agathe. Je ne vous ai pas dit cela, mon père,
je ne l’ai jamais pensé.

128

Thibaut.
toi ;

j’ai
Finnin,

eu

Non ?
une

je i’ai pensé pour
longue conversation avec
que j’en aié été content.

hé bien

assez

,

faut
Une conversation sur moi?
J’ai commencé par
Sur toi-même.
Thibaut.
l’assurer que son mariage avec toi était certain ; il
s’est obstiné à me dire que non ; et il m’a toujours
répondu là-dessus froidement et tristement.
Agathe. Tristement, cela peut être ; mais
non pas froidement, j’en suis sûre.
Je le veux bien, il in’a répondu
Thibaut.
tristement. Ensuite je lui ai dit que je voulais
te donner une dot, et alors il m’a répondu trèsn’a plus douté
gaîment, il m’a sauté au cou, et
de t’épouser demain. Après cela, je lui ai confié
des raisons dont je l’ai fait juge, je ne
que, pour
de ton mapas
payer la dot le jour même
pouvais
et il est retombé dans ses doutes et dans
et il s’en

Agathe.

riage,

tristesse. Oh! tout cela m’a paru clair; et j’ai
conclu ce qu’un autre aurait conclu à ma place,
t’aiine pas.
que Firmiu ne
Agathe. Que Finnin ne m’aime pas! Ali, ciel!
comment pouvez-vous croire une pareille chose!
Thibaut. C’est-à-dire, il t’aime bien quand je
il ne se
te donne une dot; mais, sans la dot,
toi.
de
soucie plus
mais
Agathe. Mais vous l’outragez, mon père;
de croire un seul mot de toutes
bien
gardez-vous
vous l’ont
ces calomnies! et soyez sur que ceux qui
dit vous ont menti.
Tu ne m’entends donc pas? C’est
Thibaut.
Finnin lui-même qui me l’a dit.
il a menti.
Agathe. C’est égal, mon père;
Je connais Finnin, je connais son cœur; et c’est
sa

le meilleur, le plus noble, le plus tendre de tous
les cœurs.
Lui, aimer par intérêt ! Eh ! depuis
ne sait-il pas bien que
que nous nous connaissons,
un frère?
Ne
sait-il
que vous avez toujours
pas
j’ai
déclaré vouloir me marier sans me donner de dot?
Est-ce
est

y a seulement songé? Est-ce qu’il
dans la tète, à l’un ou à l’autre, que

qu’il

venu

nous
nous

avions besoin

d’argent pour être aimables? Non,
père, je vous le re'pète, vous aurez mal entendu, ou il s’est mal explique ; et Firmin est le
plus désintéresse, le plus aimable et le plus lionmon

nête des hommes.
Thibaut. Voilà ce qui s’appelle bien recevoir
un conseil
qu’on a demandé ! Explique-moi donc
à présent comment, d’après cet
éloge, tu peux
avoir à te plaindre de Firmin.
Agathe. Cela n’empêche pas, mon père. Oui,
sans doute
j’ai à m’en plaindre; oui, je suis fâchée
contre lui, et fâchée peut-être au point
que je ne
le prendrai pas pour époux : mais en cessant de
l’aimer, en le haïssant même, je ne souffrirai jamais qu’on le calomnie devant moi; je le défendrai
toujours, parce que je sais combien il est estimable.
Thibaut.
Pourquoi donc es-tu tentée de le
quitter ?
Agathe. C’est différent cela, mon père; cela
ne
regarde que Firmin et moi. Quand on s’aime,
il y a tout plein de petits torts qui n’existent
que
pour les amants. Ils ont raison de les punir; mais
tout autre qu’eux n’a pas le droit de
juger ces
torts-là.
Thibaut. C’est pour cela que je te laisse seul
juge entre Firmin et Giraut. Tu m’as demandé
conseil, je t’ai dit mon avis ; tu feras à ta tête:
c’est toujours ainsi que cela se pratique; et je ne
t’en sais pas mauvais gré.
Il se fait tard, je vais
me

mettre

en

route.

Tout ce que vous m’avez
l’arrêtant.
dit de cette dot, et de la joie et de la tristesse
de Firmin, me donne un
soupçon que je veux
éclaircir; et, pour m’en réserver les moyens; je
vais de ce pas parler à ma marraine.
Adieu, mon
père; revenez de bonne heure, je vous le recommande, et embrassez mon frère pour moi.

Agathe,

(Elle sort.)

SCÈNE

II.

Thibaut, seul.
et je
Elle est toujours folle de son Firmin
A la bonne heure !
suis sur qu’elle l’e'pousera.
Moi-même j’ai approuvé son choix jusqu’à 3a conEt peut-être me suis-je
versation de ce matin
me suis-je pressé de juger trop
trompé, peut-être
,

sévèrement Firmin. A mon âge on est défiant; et
mal.
dès que l’on est vieux, on croit facilement le
il
Au fait, c’est pour elle que ma fille se marie ;

moi.
est plus important que son mari lui plaise qu’à
Je lui ai dit ce que je devais lui dire : elle n’est
c’est à son père d’être du sien
pas de mon avis;
Voici Firmin, évitons-le, et allons au secours de
....

mon

(Il

pauvre fils.

SCÈNE

va

pour

sortir.)

III.

Marcelle, Firmin, Thibaut.
donnant le bras à sa mère', il voit
arrive
(Firmin
M. Thibaut, il l’appelle.)
Firmin. Monsieur Thibaut! monsieur Thibaut!
Thibaut, s’en allant. Je n’ai pas le temps; je
suis

(Il sort.)

pressé.
SCÈNE IV.

Marcelle,
Firmin,

à

part.

Firmin.

Il est fâché contre moi.

Tout

réunit pour m’accabler.
Marcelle. Plus j’y pense, mon cher ami, plus
étonnée de la bonne nouvelle que tu es
suis
je
Comment est-il possible que
m’annoncer.
venu
M. Girant se soit montré généreux?
Firmin. C’est un bonheur qui m’a étonné moimême. Mais il s’agissait de vous, de votre repos,
se

de votre

liberté;

et

ma

tendresse,

ma

crainte,

ma

m’ont fait si bien parler, rendu si pressant, que M. Giraut n’a pu résister. Npus sommes
satisconvenus de quelques arrangements qui l’ont
votre
à
vous
et
il
tarder
ne
doit
apporter
fait,
pas

douleur,

quittance.

w
181

Marcelle.
fils,

est

gation,

La joie que
( «prouve , mou eher
doublée par le plaisir de t'en avoir l’ohliet je te la dois toute entière.
Sans

toi,

toi seul, je perdrais ma liberté ;
et, je ne
crains pas de te l’avouer à présent
que le péril est
passé, j’aurais aussi perdu la vie ; car je n’aurais
jamais consenti que tu me suivisses en prison j et
tu juges bien
qu’à mon âge, accablée comme je
le suis par les ans, par les
infirmités, je n’aurais
pu supporter une prison oit je n’aurais plus vu mon
fils. Non, mon enfant,
je serais morte à l’instant
où l’on nous aurait
séparés. Et c’est toi qui m’as
sauvée !
C’est à toi que je dois la vie 1 Je sens
qu’elle m’en est plus chère; je sens que j’aurai du
plaisir à te dire tous les matins : Je te dois ettsans

core

ce

jour-ci,

Firmln.
faction vous

portez
devoir;
votre

et

je

vais

l’employer

à

t’aimer.

Ah , ma mère ! quelle douce satisme faites
éprouver! quel calme vous
dans mon âme ! Je n’ai
rempli que mot!
mais votre reconnaissance, votre

tendresse,

amour me
prouvent qu’aucun bien au monde ne
peut valoir Je bonheur de servir et d’aimer sa mère.

Marcelle.
tu

as

quels

Explique-moi, je

Giraut.
Firmln. N’en parlons
Cette malheureuse histoire

chagrin.
est

te

prie, comment
difficile, et

pu venir à bout d’une chose si
sont les
arrangements que tu

plus, je

faits

avec

vous en

prie.

as

donné assez de
le demande. Girant

nous a

Oublions-la, je vous
vous êtes tranquille;

content,

tout le reste est
inutile à savoir.
Marcelle.
Tu redoubles mes alarmes en tefusant de m’expliquer les conventions
que tu as
faites. Je connais ta tendresse, mon fils;
je suis
sûre que tu t’es engagé pour mol, et
que par la
suite
Si je le croyais, vois-tu, j’irai tout à
l’heure
Firmln. Ecoutez, ma mère, vous savez bien
que je ne vous ai jamais menti; hé bien, je voirs
proteste, je vous jure que tous les engagements
que j’ai pris avec Girant sont remplis, que jamais
9K

ne pourra rien me demander,
que je ne
et qu’il est impossible
pas le moindre péril,
malheureux
que je
que je devienne jamais plus
ne le suis.
(Il pleure et cache ses larmes.)
Marcelle. Mais d’où vient donc cette tristesse

Giraut

cours

....

que tu veux en vain
toi sur ton visage?

me

et

cacher,

que

je

lis

malgré

mère, je
point
Marcelle, le regardant. Tu n’es pas triste?
Finnin, s’efforçant de sourire. Au contraire,
heureux.
je vous ai sauvée, je suis trop
(Il fond en larihes.)
Marcelle. Tu es heureux, et tu pleures ! Tu
tu me caches
pleures, mon fils, mon cher fils! Ah!
! tu me trompes
malheur
j’en suis cerquelque
taine. Mon fils, mon cher enfant, je te supplie
ma tendresse, dis-moi
au nom du ciel, au nom de
la cause de ton chagrin, dis-la-moi, Firmin; je
!
suis si pressée de m’affliger avec toi ! Eh quoi
ta contu ne me réponds pas ? j’ai donc perdu
fiance! Si cela est, reprends tes bienfaits, j’aime
mieux y renoncer; j’aime mieux aller en prison que
fils.
de ne pas partager la moindre douleur de mon
Firmin. Ma mère, c’est vous seule, c’est votre
de chatendresse qui me fait pleurer. Je n’ai point
Firmln, essuyant

ne

ses

Moi,

yeux.

ma

triste.

suis

,

grin, je

vous

c’est

assure;

et

sais pas mentir, Firmin, et
vain que tu l’essaies: songe que mon cœur
et que ces deux cœurs-là
au tien,

Marcelle.
en

Tu

ne

parle toujours
ne peuvent se tromper.
Firmin.
dire

l’intéresse.

Hé bien,

(A part.)

ma

mère, je vais

Marcelle. Hé bien ?
Firmin. Hé bien

Agathe

;

de

voilà la cause
Je respire ;

Marcelle.

ce

Je suis brouillé
mon

chagrin.

c’est

réparer.
Firmin. Non, ma mère,
reverrai jamais, jamais.
pourra

tout vous

Cachons-lui du moins

un

qui
avec

malheur

qui

se

c’est

fini; je

ne

la

I

133

Marcelle.

Jamais,

en

langage d’amoureux,

signifie dans un quart d’heure. Dis-moi seulement
si c’est toi qui as tort.
Firmin. Oui, ma mère ; c’est moi qui ai tout
le tort.
Marcelle. Tant mieux, cela se raccommodera
Je
plus vite, et ce sera moi qui. m’en chargerai.
vais aller trouver Agathe ; je vais lui demander
pardon pour toi, lui dire que tu l’adores ; lui
peindre
Firmin.
voulez
Marcelle.
sois

tranquille

Que dites-vous,
Oui, je
,

je

Est-ce que tu crois
ces
mon

veux

mère ?

ma

te rendre

au

vous

bonheur;

réponds d’apaiser Agathe.
que je ne connais pas toutes

te

petites querelles ? Je m’eu souviens encore,
ami, et je veux employer pour toi toute

l’expérience qu’une vieille

femme

a

toujours

là-

Laisse-moi, laisse-moi aller parler à Agathe,
j’aurai du plaisir à m’acquitter en partie de tout ce
mes
affaires avec
que je te dois ; tu as arrangé
Giraut
je vais arranger les tiennes avec Agathe;
attends-moi, je ne tarderai pas. (Elle veut sortir,
dessus.

,

Firmin la retient.)
Firmin. Arrêtez, ma mère, arrêtez. Gardezvous bien d’aller rien dire à Agathe! vous me eauseriez la plus mortelle douleur. Agathe ne m’aime
plus, puisqu’il faut vous le dire: Agathe me préfère un rival ; 'ce soir même elle doit l’épouser.
Je ne veux de ma vie revoir Agathe, je souffre
même d’en parler; et si vous vouliez me faire plaisir, nous changerions de conversation.
Marcelle. Et tu me disais que c’était toi qui
avais tort?
Firmin. Hé oui, ma mère, j’ai eu tort dans
il est arrivé
et ensuite
le principe
Mais, au nom du ciel, ne parlons plus de tout
cela, vous me faites souffrir le martyre.
Marcelle. Hé bien, mon fils, pardon, pardon,
t’en dirai plus rien, je ne t’en parlerai plus
ne
je

Hélas !

Dieu ! qui l’aurait cru rie cette petite
avait l’air de t’aimer taut, qui me disait

mou

Agathe, qui
encore

hier que, si tu

sûre d’en mourir?
ne

qui
en

te fâche pas,
est dit; mais

mon

changeais jamais,

elle était

Pardon, encore une fois,
ami, ne te fâche pas, voilà

puis m’empêcher de pleurer
Allons, allons,
perfide
fini, je ne parlerai plus de rien.
Pardonnez-moi, ma mère, il faut me
je

ne

que cette

songeant

voilà

qui est
Firmln.
parier de vous; il faut

me dire,
pour me consoler,
m’aimez , que vous êtes heureuse , que
votre tendresse me rendra tout ce
que je perds
dans celle d’Agathe ; il faut m’entretenir de ma
mère, voilà le moyen de me faire oublier mes

que

vous

maux.

Marcelle. Pauvre enfant! Eh! que te dirais-je
que tu ne saches pas déjà ? Plût à Dieu que je
pusse te rendre tout ce que tu as perdu! Je n’en
désespère pas encore: et, malgré ta résistance, je
veux tout à l’heure aller trouver
Agathe. Je suis
sûre de la ramener à toi.
Laisse-moi, laisse-moi
sortir.
(Elle fait des efforts pour s’en aller.)
Finnin.
Non, ma mère, non, je ne le souffrirai pas. D’ailleurs voici l’instant où M. Girant
doit vous apporter sa quittance ; il faut que vous
y soyez pour la recevoir.
Marcelle. Que me font M. Giraut et sa quittance, et tout ce qui ne regarde que moi? C’est
ton bonheur qui peut me rendre heureuse, et je
aller essayer
Finnin. Voici M. Giraut. Ma mère, au nom
du ciel, ne parlez de rien de ce que je viens de
vous dire:
vous me mettriez au
désespoir.

veux

SCÈNE V.
Marcelle, Firmes,

Giraut,
comme vous

bas à Firmin.

voyez.

(Haut,

Giraut.
Je suis

à

de

Marcelle.)

madame Marceil,e: votre fils vous
que nous nous étions arrangés.

a

dit

parole,
Bonjour,

sans

doute

monsieur Giraut ; mais il n’a
dire quels moyens vous avez pris
jamais
ensemble; et je vous avoue que cela m’inquiète.
Giraut. Allez , allez , madame Marcelle , ne

Marcelle.
voulu

Oui,

me

inquiète de
jamais je ue veux
soyez

porte

votre

rien ; pour vous prouver que
revenir là-dessus , je vous ap-

billet.

à

(A Finnin,

jusqu’à quel point je compte

voyez
Firmin.
Giraut.

part.)

sur

votre

Jamais je n’y ai manqué.
Le voilà, madame Marcelle.

Vous

parole.

(Il le lui

donne.)

Marcelle. Mais , je vous demande en grâce,
monsieur Giraut, de m’expliquer à quelles conditions mon fils l’a pu obtenir de vous.
A quelles conditions ?
Giraut.
(Il regarde.

Firmin.)

Firmin,

bas à Giraut.

Inventez

quelque

moyen,

et cachez-lui le véritable.

Tenez, madame Marcelle, il ne faut
fils et moi, en nous promepas vous tromper: votre
un trésor, sur lequel chatrouvé
nous
avions
liant,
Giraut.

de nous avait des droits. Firmin me cède ses
droits sur le trésor; et, pour le posséder tout seul,
je lui ai remis votre créance.
Tout cela ne me paraît pas clair,
Marcelle.
et j’ai de la peine à prendre ce billet, tant que
cun

précisément
SCÈNE VI.
Agathe, Thibaut.
Marcelle,
Giraut,
Firmin,
nous
Agathe. Bonjour, madame Marcelle: vous
à
mon père et à moi, de venir
bien
permettrez
demander à votre fils une dernière explication néet d’après laquelle je dois
cessaire à mon repos
Vous savez peut-être ce
décider mon mariage.
s’est
passé.
qui
Marcelle. Oui; je le sais, je le sais, mademoiselle ; et je ne conçois pas comment, après
l’avoir trahi, après avoir manqué à toutes les pro-

je

ne

sais pas

,

,

messes, à tous les serments que
vous

venez

jusque

vous

chez lui faire

lui

avez

parade

faits,

de votre

inconstance,

et chercher de mauvaises raisons
pour

répéter
Agathe.

vous

que

c’est lui

qui

l’aimez plus.
ne l’aime
plus ! ô ciel ! Et
l’a dit : c’est lui qui m’a déclaré
ne

Que je
me

qu’il renonçait

à

ma

c’est lui

mon

cœur;

sans

brouillerie,

est

main, qu’il ne voulait plus de
qui, sans raison, sans sujet,
venu me rendre ma foi, et a

le courage et la cruauté de me dire que son
amour
Mais je ne l’ai pas
pour moi était passé.
cru lui-même ;
et c’est la première fois que j’ai
douté de ce que Finnin m’a dit.
(Finnin veut
parler.) Oui, Finnin, vous avez menti, j’en suis
sûre ; et il faut qu’un puissant motif vous ait forcé
à ce mensonge; il faut que, par une cause inconnue
que je ne puis pénétrer, Finnin, le fidèle Finnin,
qui m’a toujours aimée, qui m’adore plus que jamais
se
soit vu obligé de dire qu’il renonçait à
son
Agathe. Ce qui me le prouverait, quand mon
cœur ne me le dirait
pas , c’est que , connaissant
mon
mépris pour l’amour de M. Giraut, il m’a conseillé de l’épouser.
Marcelle, vivement. Giraut vous aime, et mon
fils vous conseille de l’épouser!
Ah, ma fille! ce
seul mot m’éclaire; et je vais t’expliquer tout ceci.
Je dois mille écus à M. Girant: il fallait les payer
aujourd’hui ou être arrêtée. Mon fils a sacrifié sa
maîtresse à sa mère; je suis sûre que, pour me
sauver ,
pour obtenir la quittance des mille écus,
mon fils a cédé ton cœur ;
j’en suis certaine ; le
eu

,

mien

me

le dit.

enfant, viens
que j’accepte

te

Viens ,
jeter dans

mon cher
Eh! crois-tu

enfant,

mon

mes

bras.

tes dons?

Mon fils,

depuis quand penses-tu

ne

mou

m’es

cher

fils,

pas plus
cher que moi-même?
Giraut, voilà votre
quittance, faites tout ce que vous voudrez.
Agathe, prenant le papier. Que je suis heureuse! et que
je lui sais gré de tout ce qu’il m’a
fait souffrir !
Finnin, dès ce moment, je vous
aime cent fois plus
que je ne vous aimais; et recevez
ici le serment que je vous fais devant M. Giraut, de
que tu
Monsieur

vous

adorer

jusqu’à

mon

dernier

soupir.

Tout cela est charmant, mais il
billet ou mon argent.

Girant.
faut

mon

Agathe. J’espère que je vais tout
Lorsque Finnin m’a dit en pleurant qu’il
mait

plus, je
quelque

pour

me

arranger.
ne

m’ai-

suis bien doute'e que vous étiez
chose dans cet affreux mystère ; et,
me

pouvoir le pénétrer, j’ai été me jeter aux pieds
Je savais
de madame la comtesse , ma marraine.
devait se faire l’adjudicaque c’est aujourd’hui que
tion de sa ferme ; je la lui ai demandée pour moisans

et

même,

je l’ai

obtenue.

Comment ?
Agathe. Oui, monsieur Girant, c’est moi qui
suis fermière de madame la comtesse.
Girant. Mais je ne pressais tant madame Marcelle pour les mille écus qu’elle me doit qu’afin de
les donner à l’intendant de madame, pour qu’il me
fit continuer mon bail.
Agathe. lié bien, donnez-les-moi , je vous
cède le mien. Madame Marcelle sera quitte avec
Girant.

et
vous, vous resterez fermier, j’épouserai Firmin,
tout le monde sera content.
Thibaut.
Non, tout le monde ne le serait pas.

chacun
vous écoute tous , et je vous admire ;
de vous fait son devoir, heureusement je puis faire
Voici quatre mille francs que je
le mien aussi.

Je

t’avais destinés, ma fille, et qu’un malheur affreux
arrivé à ton frère me forçait de lui porter aujourd’hui.
Firmin était dans mon secret. Comme j’allais à la
ville, j’ai trouvé mon fils en chemin qui venait
m’instruire que son voleur était pris , et l’argent
restitué. Je t’ai bien vite rapporté le tien. Voilà
ta
et

dot,
qu’il

fait
tout

ma

fille; paie-lui

demeure

puni

Firmin.
Agathe. Mon

son

billet, garde

de Pinfàrae marché

ta

ferme,

qu’il

avait

avec

cela,

c’est à

père,

vous

c’est à

de le

punir;

vous

de

régler-

car, pour

moi,

vouloir à M. Giraut , et je lui pardonne de tout mon cœur d’avoir rendu mon amant
le plus vertueux et le plus aimable de tous les

je

ne

puis

hommes.

en

Thibaut,

à Girant...

Tenez, monsieur,

payez-

VOUS.

Girant, prenant l’argent.

Cela n’est pas si
mais enfin
je suis charmé que tout
ceci ait tourné à la satisfaction de tout le monde.
S’il faut vous avouer la vérité
c’était une petite épreuve à laquelle j’ai voulu mettre la vertu
de ces deux jeunes époux, qui sont tout-à-fait intéressants.
(Il s’en va.)
Thibaut.
N’oubliez pas de me rapporter mon
reste ; et vous , mes enfants , venez tous , venez
chez moi, où mon fils semble être arrivé exprès
pour assister à vos noces.

pressé

;

Finnin.
et vous,

ma

Ah! M. Thibaut, ma chère Agathe,
bonne mère, j’éprouve une joie, un

bonheur que tous mes chagrins n’ffut pas trop payé.
Marcelle.
Sois heureux, mon fils, sois heureux, tu le mérites si bien! Puisses-tu être récompensé de ta vertu par un fils qui te ressemble!

7

J

139

INTERPRÉTATIONS.

LES

PERSONNAGES.
M. Lescc.
M. Dubourg.
M. Robert, ami de M. Dubourg.
Madame liabylas, revendeuse.
Le commissaire.
M. Godiveau, pâtissier.
Rose, servante de madame Babylas.
Catherine 9 cuisinière chez M. Dubourg.
Jacquot, garçon pâtissier, neveu de madame

Baby las.

La scène se passe dans une rue de Paris. D’un côté du théâtre, ou voit
la maison de M. Dubourg-, de l’autre la boutique de madame Babylas'.

SCÈNE
M. Dubourg

,

I.

M. Robert.

Je vous assure que je suis confus
que je vous cause ; j’aurais fort
bien été' tout seul à la diligence.
M. Dubourg.
Quel dérangement de se lever
à cinq heures du matin, dans le mois de mai, par
Vous plaisantez.
un temps aussi beau!
M. Robert. Je n’oublierai de ma vie la bonne
•réception que vous m’avez faite, vous, madame

M. Robert.

du

dérangement

Dubourg

et

charmante fille,

votre

mademoiselle

Annette.
M. Dubourg.

temps

avec

et

fille;

ma

nous
ce

Vous n’ètes pas resté assez longma femme
pour pouvoir apprécier
sont des anges, monsieur Robert.

Promettez moi de revenir bientôt, et que vous me
donnerez au moins une quinzaine. Le Havre n’est
pas si loin.
M. Robert. Vous avez quitté le commerce ; moi,
suis
encore.
Une absence, quelque courte qu’elle
j’y
soit, est toujours une absence; vous devez vous
le

rappeler.
M. Dubourg.

que

vous

l’êtes,

Ma foi ! quand on est aussi avancé
peut bien se donner un peu ses

on

aises. Puisque me voilà sur pieds de si bonne heure,
aussitôt que je vous aurai emballe', j’irai prendre
un bain.
M. Robert. Sans savoir si cela vous est bon?
En province, il y a encore beaucoup de gens qui
ne se baigneraient pas sans avoir consulte'.
M. Dubourg.
Oh! bien, à Paris , pour tin
oui, pour un non, ou va se jeter à l’eau; c’est ainsi

qu’on parle.
SCÈNE

II.

M. Dubourg, M. Robert, Madame Babylas.

(Cette dernière paraît sur le devant de sa boutique avec
différents objets qu’elle dispose en étalage, ayant soin de
marquer par son jeu la part qu’elle prend à la conversation
de MM. Ùubourg et Robert, qui ne font pas attention à
elle.)
M. Robert. L’heure avance.
Que je ne vous
Faisons-nous
nos adieux ici;
et, puisgêne pas.
que vous voulez vous jeter à l’eau , ne faites pas
une course inutile;
allez-y de suite.
M. Dubourg. Je veux vous conduire à la dilià l’eau.
gence d’abord, et, après, j’irai me jeter
Dès qu’on ne peut rien gagner
M. Robert.
à la bonne heure.
sur vous,
(Ils sortent.)

SCÈNE

III.

Madame Babylas, seule, continuant ses arrangements avec le plus grand soin.

Qu’est-ce qu’il a donc, ce monsîeut Dubourg?
a-t-il perdu la tète?
(Elle passe ses doigts dans
la garniture d’une robe pour en relever les plis.)
Il va se jeter à l’eau!
(Elle attache une couronne
de fleurs artificielles qu’elle époussette avec un petit
plumeau.) Ét cet autre monsieur qui le laisse faire!
(Elle avance un peu sur le théâtre pour juger l’effet
de ses étalages, et s’arrête tout-à-coup en se frap
pant le front) Mais c’est un événement que cela
un
très-grand événement ! Où diantre ai-je donc
l’esprit? (Elle appelle avec tous les signes du plus
violent effroi) Rose ! Hose !
-

...

141

SCÈNE IV.
Bose.

Madame Babylas,

Madame

tique

comme

Bose,

vite

Rose,

Babylas, s’appuyant contre sa
une. personne prête à se trouver

une

chaise.

rentrant dans la

boutique. Ah ! moiiDieu !
dépêche-toi.

Bose ,
Rose, apportant une chaise.
Madame

vous

boamal.

Babylas.

Èst-ce

que

vous

trouvez mal ?

Madame

Babylas.

milieu de la rue.
Bose! quel malheur!
au

Mets la chaise

(Elle s’assied.)

(Elle

a

l’air de

peu plus
Ah! Bose,

un

perdre

con-

naissance.J

Rose, lui frappant dans les mains. Madame!
madame!.... Est-ce qu’on l’aurait volée?.... C’est
peut-être le pâtissier à qui il sera arrivé quelque
chose.
Madame Babylas, entr’ouvrant les yezix. Passet-il du monde ?
Rose.
Personne, madame.
Madame Babylas. La boutique de l’épicière
est-elle ouverte du moins?
Rose. Pas encore.
Madame Babylas. Qu’ils deviennent paresseux
dans cette maison-là! ( Elle reperd connaissance.)
Rose.
Si je criais au feu.
Madame Babylas, d’une voix éteinte. BoSe,
tu sais bien, monsieur Dubourg ?
Rose.
Oui, madame.
Pour qui tu voulais me
Madame Babylas.
^

....

quitter t....
Ce n’était qu’à cause des gages qui
Rose.
étaient plus forts.
Madame Babylas. Par l’événement, mon ehfant, tu aurais fait une sottise. Ah! juste ciel !
un
père de famille se noyer !
Rose, épouvantée. Serait-il possible !
Madame Babylas, un doigt sur la bouche.
Paix!
Oui, mon enfant; à l’heure qu’il est, c’est
peut-être une affaire faite.

142

Monsieur Dubourg! le mari de madame
père de mademoiselle Annette !
Dubouug
savez-vous
cela, madame ?
Comment
Madame Babylas. De lui-même, ma fille; de
Il e'tait là tout-àmon enfant.
sa propre bouche,
ce monsieur qui loge chez eux depuis
avec
l’heure,
huit jours, qui lui donnait les meilleures raisons
rien.
du monde pour le calmer; mais il n’e'coutait
Rose.

le

!

à l’eau;
”Laissez-moi, disait-il, je veux me jeter
Si je ne me détruis
de
ressources.
n’ai
plus
je
vous

pas

n’y

comme

cela, je

me

détruirai autrement;

gagnerez rien.”
chez
Rose. Mais, madame, il faudrait avertir

lui.

Cela te regarde-t-il? Est-ce
Ne faut-il pas
fait cette découverte ?

MadameBabylas.
toi
se

qui

as

consulter avant ?

SCÈNE

Y.

Jacquot , Madame Babylas , Rose.
milieu de la rue!
Jaoquot. Ma tante assise auen
Madame Babylas, retombant faiblesse. C’est
toi, Jacquot?

Jacquot.

Madame

donc

plus

Oui,

ma

Babylas.

tante; qu’avez-vous donc?
Tu cries, Jacquot. Parle

Ne vois-tu pas
Qu’est-ce qu’il y

bas.

Jacquot.

comme
a

je

suis ?

?

à Rose.
Madame Babylas. J’étouffe, demande
s’est
noyé.
Monsieur
Rose.
Dubourg

Jacquot.

Madame

Hier

au

Babylas,

Jacquot, ce matin.
Jacquot. Vous
à dix

heures,

comme

soir.

d’une voix mourante.

vous

trompez,

ma

tante.

des
je revenais de porter

Non
Hier

pâtis-

reconnu
series pour une soirée, rue de Richelieu, j’ai
Pont
du
le
parapet
monsieur Dubourg qui longeait
s’arrêtait de temps en temps pour
et

royal,
regarder

qui

dans la rivière.
Le malheureux !
Madame Babylas.

prendre

ses

mesures.

il allait

Jacquot.

Dans

moment-là, un cheval est
monde, moi comme
autres; et,.quand j’ai repris le trottoir, mon-

venu

à

s’abattre; çà

ce

attiré du

a

les
sieur Dubourg avait disparu.
Madame Babylas. Malgré cela, il était encore
ici ce matin, mon garçon; mais ton récit n’en est
pas moins à considérer. D’abord, personne ne regarde dans la rivière sans avoir de mauvaises intentions. (Elle se laisse retomber sur sa

Jacquot,

toi ?

à Rose.

Qu’est-ce que

tu

chaise.)

as

donc,

Rose.

Belle question?
Tu ne me dis pas seulement un petit
mot d’amitié.
(Il la frappe légèrement sur le bras.)
Madame Babylas, ouvrant les yeux. Je vous

Jacquot.

vois, Jacquot. Ne
façons-là ?
Rose. Madame,

vous

ai-je

pas défendu

ces

voici mademoiselle Catherine,
la cuisinière de monsieur Dubourg,
qui sort de chez
elle.

Madame

Babylas,

se

cette chaise ; laissez-moi
mêlez de rien.

levant.

lui

Bon.

parler,

et

Rangez
ne

vous

SCÈNE VI.
Rose
Jacquot Catherine.
Madame Babylas
d’un air triste.
Bonjour,

Madame Babylas

,

,

,

,

mademoiselle Catherine.
Catherine. Bonjour, madame Babylas. Votre
boutique est bien parée ce matin.
Madame Babylas.
C’est l’effet du hasard, je
vous

je
présent.

assure;

occuper à

car

n’aurais pas le courage de m’en

Catherine.
Comme vous dites cela.
Madame Babylas.
Mademoiselle Catherine,
beau avoir des voisins

fiers, des voisins qui
plus garde à vous que si vous
étiez des anthropophages; quand on est
bonne,
sensible et humaine, on ne peut pas
s’empêcher
de gémir sur les événements qui leur surviennent.
on

a

ne

prennent

pas

144

Madame

Catherine.
à

sa

Babylas,

façon.
leur parti
Madame Baby las. Vous prenez donc

aujourd’hui?

que du

jamais

et madame n’achetant
rien à de'ruêler avec
n'ont
ils

Monsieur

Catherine.

neuf,

VOUS.

Madame

je

chacun est fait

tais.

me

Babylas.

Ah!

dès que c’est

ainsi,

•

d’événements?

Catherine. Mais que parliez-vous
à démêler avec
Madame Babylas. Ils n’ont rien

moi.

chose?
Catherine. Sauriez-vous quelque
comne fais qu’un petit
Je
Madame Babylas.
ne vends que
je
merce, mademoiselle Catherine;

mais j’ai des affaires bien
vieux, des chiffons;
merci! et l’on n’entendra jamais
en ordre, Dieu
sois
jetée à l’eau.
dire que je me

du

Catherine. Madame Babylas, expliquez-vous.
Qu’est-ce que fait votre
Madame Babylas.

maître

ce

matin ?

Il est sorti.
Catherine.
bien.
Mariante Bubylas. Je le sais
un de ses amis à
conduire
Pour
Catherine.

la

diligence.

Madame Babylas.
Catherine. Je ne
Madame Babylas.

Belle conduite!

comprends pas.
Qu’est-ce qu’il vous

vous

doit

de gages ?

Catherine. L’année courante.
d’arMadame Babylas. Vous n’aviez pas placé

gent

sur

lui.

Non.
de madeMadame Babylas. Voilà le mariage
aventerriblement
notaire
le
moiselle Dubourg avec

Catherine.

turé.

Catherine. Pourquoi aventuré?
Madame Babylas. Ce serait le

cas de parler
à
n’a
il
Comme
pas de charge
de votre protégé.
dot.
de
qu’il ne demanderait pas

payer

/

celui-là,

145

qu’il

se contenterait de deux beaux
yeux, c’est son
affaire.
Catherine.
Ecoutez , madame Babylas, vous
savez sans doute ce
que vous voulez me dire; mais

comme, moi, je n’en sais rien, si
pas vous expliquer, je m’en vais.

vous

ne

voulez

(Elle va pour sortir.)
Madame Babylas. Arrêtez donc, cruelle fille,
et dites-moi un peu si vous annonceriez de but en
blanc à

quelqu’un

Catherine

,

Monsieur, noyé

que son maître est noyé.
reculant de quelques pas.
!

Noyé

!

Madame Babylas. Hélas! oui, mademoiselle
Catherine ; je l’ai vu et Jacquot aussi.

C’est-à-dire,
Babylas. Je

Jacquot.

ma tante
t’ai recommandé de te
taire.
Qu’est-ce que tu fais ici ? Retourne chez
toi, et dis à monsieur Godiveau, ton maître, de
venir me parler le plus tôt possible
Approche

Madame

encore.

Excepté
monde.

Ne

vos

va

pas bavarder

pratiques

,

au moins sur la route.
bouche close pour tout le

Va-t’en.

Jacquot. Oui,
esjnègleries à Rose,
Madame

ma

tante.

et sort

en

(Il fait quelques
courant)

SCÈNE VII.
Babylas, Rose, Catherine.
Babylas. On doit toujours ménager

Madame
l’honneur des familles.

Catherine. Monsieur , noyé !
Madame Babylas.
Demandez à Rose l’état
dans lequel elle m’a vue.
Rose.
J’ai cru que madame allait mourir.
Catherine. Je suis si bouleversée, que je ne
puis pas deviner la raison qui a pu pousser monsieur

Madame
dant

Babylas.

N’aviez-vous pas cru, pen-

quelque temps, qu’il

mettait à la loterie ?

Catherine.
Ce n’était pas vrai.
Madame Babylas. C’est donc qu’il
Catherine. Pas davantage.

jouait alors?
10

146

Madame

qu’il
qui

Mais cette

Babylas.

vient «l’établir.
C’est
Catherine.
ils ont avancé de

une

petite lingère

filleule de

l’argent

par bon

Madame,

à

cœur.

Madame Babylas. Si vous expliquez tout comme
cela , je crois bien que vous ne trouverez jamais
la raison.
Catherine. Madame Babylas, quand les choses
deviennent si sérieuses , on ne doit plus dire que
la vérité.
Madame Babylas.
Quand on la sait ; mais
taire?
on ne la sait pas, il faut donc se
quand
Catherine. Je crois encore que c’est un rêve....

Vous l’avez vu?

Malheureusement.
Madame Babylas.
A votre place , j’aurais crié de
Catherine.
toutes mes forces.
J’ai crié aussi ; Rose est
Madame Babylas.
On
ne peut rien me reprocher, madedire.
le
pour
fait tout ce que j’avais à faire.
moiselle Catherine ;

j’ai

Ces choses-là

ne se

manquent plus aujourd’hui.

Et Madame, qui avait donné l’ordre,
hier au soir, de lui avoir un remise pour faire des
visites ce matin !
Madame Babylas. Il y a long-temps que j’ai
dit qu’on ne devrait jamais rien commander la veille.
Catherine. Quel parti prendre ? Pour annoncer
cela à Madame, je ne l’oserai jamais. Il faut pourle sache. N’écrit-on pas des lettant bien

Catherine.

qu’elle

en pareille circonstance ?
Fi ! l’horreur ! mademoiMadame Babylas.
selle Catherine.
Catherine.
Quand c’est pour le bien.
Madame Babylas. C’est égal. Jamais de let-

tres anonymes

très anonymes.

On

Catherine.

peut la faire faire si honnête

qu’on le veut.
Madame Babylas.

chose par
que ça

une

Mais

lettre anonyme,

produit.

en

annonçant quelque

on ne

voit pas l’effet

7
-

W-.

147

SCENE

VIII.

M.

Lesec, Madame Babylas, Catherine, Rose.
M. Lesec. Catherine, je voudrais vous parler.
Catherine.
Ah! monsieur, je devine; vous
savez déjà la nouvelle.

M. Lesec. Elle est donc vraie? Mon domestique
chez le pâtissier.
Madame Bahylas.
Nous en sommes dans la
consternation, monsieur.
M. Lesec. Je n’ai pas l’honneur de vous connaître, madame.
Madame Bahylas. Monsieur, vous êtes monsieur Lesec, dont le fils doit épouser mademoiselle
Dubourg, afin de pouvoir payer une charge de notaire.
M. Lesec.
Quelle est donc cette femme, Catherine ?
F emme ! cette femme est
Madame Bahylas.
madame Bahylas dont vous voyez la boutique, et
qui a été témoin de tout ce qui vient de se passer.
M. Lesec. Vous avez vu cet infortuné Dubourg
se jeter à l’eau ?
Tout comme je vous vois,
Madame Bahylas.
monsieur; et de plus mon neveu l’a vu aussi.
M. Lesec. Fatale punition d’une aveugle cupidité! C’est à la bourse qu’il aura perdu sa fortune.
S’il m’eût écouté, cela ne lui serait pas arrivé. Je
lui ai répété assez de fois de ne pas se fier aux
rentes; que ce n’était que ruses et tours de gibecière ; que les gros poissons devaient finir par
manger les petits ; il s’étonnait de ce langage, et
voilà le résultat.
ne voulait pas y croire:
Catherine.
Mais Monsieur n’aimait pas les
rentes, car il m’a toujours empêchée d’y placer le
l’a

apprise

d’argent que j’avais.
M. Lesec. Il avait peut-être ies yeux ouverts
à cette époque-là, mais il n’e'tait plus temps. Comment n’est-on pas raisonnable! Je n’avais qu’à faire
comme lui, vouloir doubler ma fortune; Je serais
Je vous dedans le même état à cette heure-ci.
mande un peu ce que va devenir sa fille.

peu

10 *

148

Babylas. Par bonheur pour elle, il
votre fils.
monsieur
lui reste
M. Lesec. Vraiment, madame, de quoi vous
mêlez-vous ?
Catherine. Est-ce que vous penseriez à nous
abandonner, monsieur ?
Catherine , il n’y a que mon fils
M. Lesec.
les sacrifices de tous genres
sachions
moi
et
qui
Nous y
nous avons faits dans cette affaire.
Madame

que

le dire, une patience et une
savions très-bien
générosité sans bornes. Nous
Annette avait une préférence
mademoiselle
que
sa mère
marquée pour un autre jeune homme, que
mis

avons

,

je puis

elle-même partageait cette préférence, et nous avons
toujours feint de l’ignorer.
Catherine.
Quoi ! monsieur, on vous avait
dit
M. Lesec. Oui, Catherine; et au lieu d’éclater
et de troubler la bonne harmonie
en reproches ,
entre monsieur Dubourg et sa femme
qui régnait
d’un secret aussi important pour
par la révélation
le repos de mon fils , nous n’en avons pas moins
continué nos relations.
Voilà de la délicatesse.
Madame Babylas.
Mais on se lasse à la fin.
M. Lesec.
Madame Babylas. Je conçois bien cela, monsieur.

Dubourg trouvait singulier
augmentation de dot; elle
que j’eusse
ce que nous
en était comme choquée ; mais d’après
Je
la
de
n’e'tait-ce
prévoyance?
pas
voyons,
de cela ; cependant il
ne devrais pas vous
parlei^
Madame
demandé une

M. Lesec.

faut bien qu’on le sache; car je ne doute pas qu’on
nous
ne jette les hauts cris quand on apprendra que
La fille
Je n’ai pas de préjugés.
nous retirons.
d’un homme qui aurait fait une folie, si cette folie
n’avait en rien dérangé sa fortune , me paraîtrait
un
une bru tout comme une autre ; je me ferais
son malheur
de
de
servir
lui
;
plus
père
plaisir
l’entourerais de soins et de
serait

grand, plus je

prévenances ;

c’est tout naturel.

Mais que

peut-on

149
faire pour une jeune personne comme mademoiselle
Annette ?
C’est pourtant vrai, madeMadame Baby las.
moiselle Catherine.
M. Lesec.
Qui a une autre inclination, je le
a
De
ce qu’on
commencé à se sacrifier,
re'pète.
s’ensuit-il qu’il faille consommer sa ruine ? J’ai
ma famille,
à laquelle je me dois encore plus qu’à
celle de monsieur Dubourg.
Catherine. Si vous vouliez entrer à la maison,
monsieur.
M. Lesec. Non, Catherine, je n’ai rien à y
faire.
C’est cruel à dire ; mais quand j’ai donné
des conseils et qu’on ne les a pas écoutés, je ne
me mêle plus de rien, pas même de plaindre les

(Il sort.J

gens.

Catherine,

SCÈNE

IX.

Madame

Babylas, Rose.

Catherine.
Grand Dieu ! que c’est vilain le
malheur pour vous faire voir les hommes tels qu’ils
sont. (Se tournant du côté de la maison, en p/eurant.) Pauvres dames ! que de choses elles vont
avoir à apprendre à la fois !
Madame Babylas.
C’est en tout comme ça,
mademoiselle Catherine. J’ai chez moi des robes,
des schalls que tout le monde admirait quand ils
étaient dans leur brillant; à présent, personne n’y

prend plus garde.
Catherine. Je vais aller chez monsieur Constant;
un bon
jeune homme qui n’a ni père, ni mère,
pour lui donner de mauvais conseils d’avarice; je
suis bien sûre qu’il ne se conduira pas comme monsieur Lesec, et qu’il se fera au contraire une grande
joie de revenir chez nous. Il a de la fortune; lui
et mademoiselle s’aiment depuis long-temps
Si l’on pouvait oublier Monsieur, qui était un si
brave homme !
Au revoir madame Babylas.
c’est

(Elle sort.)

150

SCÈNE X.
Madame Babylas, Rose.
Madame Babylas. Vois-tu Rose,

comme

tout

de'roule.
Rose. Il faut avouer que mademoiselle Catherine est une bien bonne fille.
On est toujours bon pour
Madame Babylas.
au-dessus de nous. La
sont
les
gens qui
plaindre
C’est
ses maîtresses.
de
voilà comme la protectrice

cela

se

rôle superbe.
Rose. Que de cuisinières, cependant, choisiraient ce moment-là pour les accabler!
Madame Babylas.
Quelles cuisinières aussi ?
maisons , des sottes.
Des cuisinières de
un

petites

diraient pis que pendre !
être juste.
Babylas. Avec cela, il faut aux
de
chose
riches,
il
glorieux
Quand arrive quelque
ils se mettent en quatre afin que personne ne l’ignore;
dame! s’il leur arrive quelque chose d’humiliant, il
vais
faut bien qu’ils souffrent qu’on en parle. Je
ce n’est pas une
chez
un
moment
;
entrer
l’épicière
celle-là. Si l’on me demandait, tu vienRose.

Qui

en

Madame

hypocrite,
drais

me

(Elle soit.)

chercher.

SCÈNE

XI.

Rose seule.
Ce bon monsieur Dubourg, qui me disait en:
”Rose, puisque
core, pas plus tard qu’avaiit-liier
tu n’es pas entre'e chez nous où je ne t’aurais pas
elle
trouvée de trop, quand ma fille se mariera,
au bout de
et
te prendra pour femme-de-chambre,
à
deux ou trois ans tu auras ton tour, et je penserai
ta dot.”
Et cela, rien que pour m’avoir vue quelquçfois chez lui causer avec mademoiselle Catherine.
Qui sait si je me marierai à présent?

SCÈNE

XII.

Cette scène contient un épisode, dans lequel M. Godiveau
vient faire la cour à Rose qui finit par lui dire: "Mais,
monsieur, je n’e'tais pas si folle de vous.”

SENE XIII.
M. Godiveau, Madame Babylas, Hose.
Madame Babylas, après les avoir regardés
tous les deux.
Qui est-ce qui est folle de monsieur Godiveau ?
Rose, se retournant avec surprise. C’est vous,
madame !
Madame

Babylas.

croyais

Allez faire

tout de

et

suite,

Effronte'e !
uu

paquet

préparez-vous

à

Si
de

je

me

hardes
de chez

vos

déloger

moi.

Mais

Rose, sanglotant.

madame, madame

Babylas. Ne répliquez pas, Rose ;
croyez-moi, ne répliquez pas. (Rose rentre dans
la boutique, en tenant son tablier sur ses yeux.)
Madame

SCÈNE XIV.
\
Godiveau, Madame Babyi.as.
Madame Babylas. A nous deux, à présent.
M. Godiveau, faisant quelques pas pour s’en
aller. C’est-à-dire, à vous seule, madame; car je
M.

m’en vais.
Madame

m’emporterai pas;
hylas sait ce quelle
vous
rappellerai pas,

ne

M. Godiveau.

rappeler

l’arrêtant.
Arrêtez. Je ne
Madame Barien.
craignez
Je ne
se doit à elle-même.

Babylas,

monsieur

Ah! je le vois,

vous

allez

me

tout.

Madame Babylas, lui prenant le bras avec,
violence.
Quoi donc! traître, c’est au moment où
je suis occupée à prendre des renseignements pour
remonter à la source d’une catastrophe
M. Godiveau. Abrégez, et lâchez-moi le bras.
11 faut croire que c’est un
Madame Babylas.
grand plaisir pour les hommes que de tromper.
M. Godiveau, cherchant à se débarrasser. Moins
grand que pour les femmes.
Madame Babylas, le retenant plus fort. Une
petite fille de rien, que j’avais prise par charité

152
ni de subterfuges
,
tout, je devine tout, je vois tout.
Alors je n’ai rien à
M. Godiveau.

Pas de mensonges

Je sais
vous

ap-

prendre.
M. Bubylas. Je revenais satisfaite; vingt personnes, chez l’épicière, avaient confirme' mes soupme reconnaissait
çons sur monsieur Dubourg; on
comme e'tant la
première
qui avait
ge'ne'ralement
donné l’éveil : je pouvais expliquer toute sa vie
comme lui-même, et montrer que, malgré les apau
surplus
parences, ce n’était qu’un homme

comme tous les hommes.
(En voulant porter sa
main sur ses yeux, comme pour cacher ses larmes,
elle quitte le bras de M. Godiveau qui s’enfuit.)

SCÈNE XV.
Babylas, seule.
sans me répondre,

Madame

sans cherIl me laisse
J’ai pleuré
cher à se justifier! celui-là est fort.
Que voulait-il de plus? Ah! il n’est
pourtant
sont une espèce à part.
que trop vrai; les pâtissiers
Rien ne les touche, rien ne les attendrit. Ingrat

Godiveau !

SCÈNE

XVI.

commissaire.
Madame Babylas,
Le commissaire. Madame Babylas, je voulais
le

vous

faire

prier

Madame

de passer chez moi.

Babylas,

troublée.

Quelle plainte

faire, monsieur le commissaire?
Le commissaire. Mais, comme j’avais à sortir,

a-t-on pu

vous

trouver pour ne vous déranger.
Babylas. Vraiment, monsieur le commissaire, vous prenez trop de peines. Monsieur

j’ai préféré venir vous
Madame

Godiveau

est

bylas; et,

s’il

à fermer
servante

ma

ancien ami de feu monsieur Bala bonté de venir quelquefois m’aider
boutique, c’est que je n’ai pour toute
un

a

qu’une petite paresseuse, une petite
quette que je renvoie tout justement à cause
cela.

co-

de

153
Le commissaire. Il n’est question ni de monsieur Godiveau, ni de votre servante, dans ce que

j’ai

à

vous

dire.

Madame Babylas. Qu’est-ce donc alors, monsieur le commissaire? Jamais je n’attends que votre
sonnette m’avertisse pour faire balayer le devant
de ma porte, pour le faire arroser dans les grandes
chaleurs, et, l’hiver, pour faire casser la glace.
Tous les dimanches , comme je vends des
objets
de luxe, je barbouille moi-même mes carreaux de
vitre avec du blanc d’Espagne , ainsi que doit le
faire toute personne honnête qui a des mœurs et
qui connaît ses devoirs. Je ne vois pas , d’après
cela, monsieur le commissaire, ce qui a pu m’attirer l’honneur de votre visite.
Le commissaire.
Vous n’êtes pas sans avoir
entendu parler des bruits qui se re'pandent sur votre
voisin monsieur Dubourg?
Madmne Babylas.
Je sais que monsieur Dubourg demeure au n° 45, qu’il a une femme et
une

tille; mais je

n’en sais pas

davantage.

Le commissaire. Allons, allons, madame Babylas ne vous faites pas prier.
Madame Babylas. Je vous de'clare, monsieur
le commissaire, que si c’est pour me faire appeler
comme témoin
Le commissaire.
Il ne s’agit pas ici de témoignage, madame Babylas? Est-ce qu’un commissaire peut rien apprendre? Est-ce qu’il ne sait pas
tout? Est-ce qu’il ne connaît pas à fond les personnes qui demeurent sur son arrondissement?
Madame Babylas. Je le croyais, moi.
Le commissaire, un peu étourdi.
Et vous
aviez raison.
Madame Babylas. Oh ! que nenni.
Je vois
à présent que vous ne savez les choses
qu’en les
demandant, et au moment que vous avez besoin
de les savoir.
Le commissaire, reprenant de l’assurance.
Qu’ai-je besoin, par exemple, de savoir que monsieur Godiveau
?
,

i

I

IL

Z

•

1

'

154
\

Madame

C’est bien, c’est bien,

Babylas.

sieur le commissaire.
Le commissaire.

.

mon-

Babylas.

Je le sais pourtant.
Et vous pensez qu’il pour-

rait faire cette folie ?
Le commissaire,

ayant l’air de comprendre

Madame

madame

Babylas.

Comment! si je le

pense! j’en

suis certain.

Madame

Mais cette

Babylas.

Rose n’a

petite

lieu que moi je puis lui apporter
obole,
pas
de
écus.
mille
près
Nous reviendrons sur cela
Le commissaire.
tard.
plus
Madame Babylas. Oui, monsieur le commisde lui dire un mot,
et vous vous
au

une

chargerez

saire,

n’est-il pas vrai?

Quant

apprendrai rien
joueur déterminé.

ne vous
un

Le

à monsieur Dubourg, je
vous disant que c’était

en

commissaire, cachant

surément

non.

Mais

,

son

Asmadame

étonnement.

voyez-vous

,

une panous ne pouvons guère assigner
reille cause à l’action qu’il a commise, parce que
et
l’on crié déjà assez contre les maisons de jeu,
ça
c’est
un mal nécessaire par l’argent que
que

Babylas,

rapporte.

Madame

chose

sur

Babylas.

la

loterie,

Vous
où il

répondrez la même
risquait des sommes

immenses.

Le commissaire, même jeu. La loterie !
Il ne faut
La loterie est autorisée par les lois.
lois.
les
dans
mal
du
la
cause
jamais chercher
Madame Babylas. Ah ça! mais, est-ce aussi
monsieur Dubourg
accuser les lois que de dire que
s’est ruiné à tripoter sur les rentes ?
Le commissaire. Ce sont des causes générales.
Un rapport qui ne contiendrait que cela n’appren
on n’y ferait pas attention.
drait rien à

personne;

Monsieur Dubourg
Cherchons donc autre chose.
quelques-unes
n’avait-il pas des intrigues ? là
de

ces

belles dames

que des
amasser.

pères

qui mangent

de famille ont

si lestement
pris tant de

l’argent
peine à

-

155

Madame Babylas. Le jeu des rentes fait beaucoup de tort aux dames dont vous voulez parler,
monsieur le commissaire. Dans mon état, je sais
Autrefois je rachetais
cela mieux que personne.
pour rien des robes et des parures presque toutes
neuves; à présent les hommes ne se ruinent plus
qu’à la Bourse: c’est plus moral, si vous voulez;
mais c’est bien moins agréable pour tout le monde.
Le commissaire. Ainsi, nous ne trouverons rien.
Madame Babylas.
C’est-à-dire que vous ne
voulez vous servir de rien.
Le commissaire, après avoir réfléchi quelque
temps. Non, non, il vaut mieux croire que monsieur Dubourg avait une conscience qui le tourmentait.
Madame Babylas. Ah !
Le commissaire, improvisant. Les mauvaises
doctrines de la philosophie moderne (c’est cela)
n’avaient pu déraciner entièrement de son cœur un
reste de souvenirs d’enfance ; et ces souvenirs et
ces mauvaises doctrines, se combattant sans cesse
dans son cœur et dans son esprit, avaient fini par
le porter à une mélancolie sombre.
Madame Babylas.
En vérité.
Le commissaire. A une espèce de spleen
Madame Babylas. Qu’est-ce que c’est que cela?
Le commissaire , d’un ton d’impatience.
Ce
n’est pas pour

vous que
je parle. (Reprenant son
d’improvisation.) Comme tous les élèves de
cette philosophie exécrable, à l’âge où les passions

ton

s’amortissent, monsieur Dubourg était

tombé dans
vague qui est une mort anticipée ; son regard
était devenu farouche, sa conversation chagrine,
tout lui déplaisait.
Son aspect n’offrait plus qu’une
image effrayante du désespoir et de la terreur.
ce

M.

chantant dans la coulisse.
Bouton de rose,
Tu seras plus heureux que moi;
Car je te destine à ma Rose,
Et ma Rose est, ainsi que toi,
Bouton de Rose.
(bis.)

Dubourg,

15fi

SCÈNE XVII.
Madame

Babylas,

un

bouquet

du

théâtre,

le

commissaire, M.

roses

Rose.

Catherine, apercevant
Monsieur !

Dubourg,

à, la main, entrant d’un côté
Catherine, entrant de l’autre, ensuite

de

mon

maître !

son

(Elle

maître.
se

jette

O
sur

ciel !
mie

Mon cher maître !
des mains de M. Dubourg.)
ont donc repêché?
vous
Ils
maître!
mon bon
La pauvre Catherine est-elle
M. Dubourg.
devenue folle ?
Rose, sortant de la boutique de madame Batomber
bylas avec un petit paquet qu’elle laisse
et sur lequel elle
de monsieur
aux

Dubourg

pieds

se

Monsieur Dubourg! Mon probienfaiteur! Je suis sauvée! Il ne

met à genoux.

tecteur!

mon

(Elle lui baise le pan de son
nous quittez plus, monsieur , n’ayez
Ne
habit.J
pas si
plus de mauvaises idées. La vie n’est déjà
avoir.
ce n’est qu’un peu de patience à
longue;
dans le plus grand étonnement.
M.

m’abandonnera pas.

Dubourg,

Quel jeu

est cela ?

Madame Babylas, qui s’était rangée dans

un

toucoin du théâtre avec le commissaire. J’avais
ce n’était que des mensonges, et que
dit
que
jours

reverrions monsieur.
M. Dubourg, stupéfait. Se moque-t-on de moi?
Le commissaire, saluant M. Dubourg. Monsieur
M. Dubourg.
Quoi! vous aussi, monsieur le

nous

commissaire,

vous

vous

Le commissaire. Un

Madame
commissaire.

Babylas,
Oui, oui,

mettez de la

mal-entendu,

partie.

sans

moderne.
M.

Sophie

Dubourg.

Qu’ai-je

Dubourg.
philosophe ? Que

/

à démêler

avec

la

philo-

moderne?

Le commissaire.
M.

doute....

hâtant d’interrompre le
à cause de la philosophie

se

Taisez-vous, madame Babylas.
Aurais-je été dénoncé comme
de

me

veut-on ?

Je

n’ai pas

157

places, je

n’en demande pas ;

et

cependant je

ne

difficulté d’avouer que je me conduis
par conscience, comme tant d’autres ne le font
que par ambition.
Le commissaire.
Monsieur, il ne s’agit pas
de cela.
M. Dubourg. Depuis que j’ai l’âge de raison,
n’ai
je
jamais manqué un seul dimanche, une seule
fête
Le commissaire.
Cela ne me regarde pas.
M. Dubourg. J’avoue que le maigre m’incom?
mode, et pourtant Catherine peut attester
Le commissaire. Mais, monsieur, je n’ai aucun
caractère pour recevoir de pareilles confidences.
M. Dubourg.
Je n’en sais rien, moi.
Que
voulez-vous que je pense de tout ce que je vois?
Je suis sorti à cinq heures, ce matin, de chez moi,
fais

où

aucune

j’avais

conduire

pris
les

laissé tout parfaitement tranquille;
de mes amis à la diligence; de

un

j’ai

été

là, j’ai

un bain; en revenant,
j’ai acheté ces fleurs pour
apporter à ma fille, qui les aime beaucoup

et l’on vient

me
parler de la philosophie moderne !
Le commissaire.
Vous n’aviez pas annoncé
d’autres projets ?
M. Dubourg.
Je n’ai rien annoncé du tout.
Le commissaire.
Vous n’aviez pas parlé de

vous

noyer ?

M.

Dubourg.
préserve.

De

me

noyer !

Le ciel m’en

Le commissaire. De vous jeter à l’eau ?
M. Dubourg, éclatant de rire.
Ah! ah! ah!
ah! j’ai peut-être dit que
j’allais me jeter à l’eau,
dit en plaisantant lorsqu’on veut prendre
mais excepté mon ami, monsieur Robert,
qui est sur la route du Havre dans ce moment-ci,
personne ne peut m’avoir entendu. Je vous répète
qu’il était cinq heures du matin.
comme on

un

bain;

Madame Babylas.
Je ne me suis levée qu’à
moi.
Catherine. Vous disiez pourtant que vous aviez
monsieur se noyer, vous, madame Babylas.

six,
vu

158

Madame Babylas.
Catherine! Comment

qui

Quel conte, mademoiselle

aurais-je

pu voir

une

chose

n’est pas arrivée ?

à M. Dubourg. Depuis une
du quartier.
nouvelle
la
c’est
heure,
saurai d’où cela vient,
Je
Madame Babylas.

Le

commissaire,

monsieur le

compte;

car

commissaire,

et

je

si les honnêtes gens

vous

en

rendrai

soutiennent

ne se

pas

fais mes
Le commissaire. Monsieur, je vous
et
s’en
M.
va.)
Dubourg
excuses.
(Il salue

SCÈNE XVIII.
Rose.
M. Dubourg, Madame Babylas, Cathkriîve,
suis
me
Je
toujours bien
Madame Babylas.
commissaire
le
qui voulait
monsieur
avec
tenue
me faire parler à sa fantaisie.
et
M. Dubourg, à Catherine. Et ma femme,
ma fille,-Catherine ?
être encore
,

Catherine.

Elles

ne

doivent pas

levées, monsieur.

Babylas. Rose
quitté cette place, afin

Madame

pas

et

moi,

de

ne

nous

n’avons

laisser entrer

elles.
personne chez

madame.
Dubourg. Je vous en remercie, ce
que
Madame Babylas. J’ai fait pour vous
à ma place. C’est si
toute autre personne aurait fait
monsieur
naturel. Allons, Rose, n’importunons pas
vous
pardonne.
je
davantage. Revenez chez moi;
ne
Rose. Puisque voilà monsieur revenu, je
M.

i

le

quitte

pas.

Madame Babylas. Je vois ton intention, petite
tu
se doute pas que
sournoise; c’est pour qu’il ne ce tumulte.
C’est
cause de tout
es la
bon.

première
(Elle

rentre dans

SCÈNE
Dubourg,

sa

boutique.)

dernière.
Catherine, Rose.
au moins, monsieur.

XIX et

M.

Rose.

Ne la croyez pas,
Ce jour-ci m’aura donné une bonne
Croiriezleçon pour ne me fier dorénavant à personne.

Catherine.

159

monsieur, que monsieur Lesec lui-même, le
futur beau-père de mademoiselle, n’a pas eu honte
de venir retirer sa parole ?
M. Dubourg.
Monsieur Lesec !
Catherine. Oui, monsieur. Rose e'tait là quand
il a eu le courage de dire qu’aussitôt que les gens
devenaient malheureux, il ne s’occupait pas même
de les plaindre.
(M. Dubourg appuie sa main sur
son front comme pour chasser un sentiment
pénible.')
Heureusement, monsieur, tous les cœurs ne ressemblent pas au sien.
(Elle tire une lettre de sa
une lettre
Voici
que monsieur Constant
poche.)
m’avait remise pour madame
Elle doit être
bien sensible; car il pleurait comme un enfant,
tandis qu’il l’e'crivait.
M. Dubourg ouvre la lettre et la lit des yeux.
Excellent jeune homme ! comme il parle bien de
moi !
Annette et lui s’aimaiént autant que
cela !
Je croyais que ce n’était qu’un amour de
tête.
Pauvres enfants !
Je ne suis plus si fâché
Au fait, j’avais écouté les
qu’on m’ait noyé
propositions de monsieur Lesec, parce que, quand
on a donné sa fille à un notaire, on dit:
”J’ai donné
ma fille à un notaire,” et tout est dit.
Mais, d’après
ce
que je vois, les fortunes même ne seraient-elles
Monpas égales, c’est une bien meilleure affaire.
sieur Constant ne sera pas un gendre, ce sera un
fils
C’est si rare ! Rentrons, Catherine.
Rose.
Et moi, monsieur, qui n’ai plus de
place ?
M. Dubourg.
Dame ! mon enfant, si tu es
vous,

une

langue

Catherine. Mais monsieur, n’écoutez donc pas
madame Babylas. Est-ce à l’âge de Rose que l’on
fait des propos ?
Il faut avoir fait bien d’autres
choses avant.
La plus mauvaise roue d’un chariot fait toujours le plus de bruit.

NARRATIONS.
Une aventure de Gil-Blas.
Blas de

temps porté

père, après avoir longde la mopour le service
retira dans la ville où il avait

Santillane,
les

mon

armes

narchie espagnole, se
pris naissance. II y épousa

une

petite bourgeoise,

dans sa première jeunesse, et je
Ils
vins au monde dix mois après leur mariage.
furent
où
ils
à
demeurer
Oviédo,
allèrent ensuite
Ma mère deobligés de se mettre en condition.
et
mon
de
père écuyer. Comme
vint femme
chambre,
ils n’avaient pour tout bien que leurs gages, j’aurais
mal élevé, si je n’eusse
couru risque d’être assez
chanoine. 11 se nomeu dans la ville un oncle
pas
aîné de ma mère,
frère
était
Il
Perez.
mait Gil
un petit homme

qui

et

n’était

mon

plus

parrain.

haut de trois

Représentez-vous

pieds

et

demi, extraordinairement

tète enfoncée entre les deux épaules:
gros,
Au reste, c’était un ecclésiastique
oncle.
voilà mon
ne songeait qu’à bien vivre, c’est-à-dire, qu’à
qui
n’e'tait pas
faire bonne chère; et sa prébende, qui
mauvaise, lui en fournissait les moyens.
et se
Il me prit chez lui dès mon enfance,
si
lui
Je
éveillé,
parus
chargea de mon éducation.mon
de cultiver
esprit. Il m’acheta
avec une

qu’il résolut
un alphabet,

de m’apprendre lui-même
moins utile qu’à moi;
fut
lui
pas
à lire:
qui
mes lettres, il se remit
car en me faisant connaître
fort négligée, et,
à la lecture, qu’il avait toujours
à lire couramà force de s’y appliquer, il parvint
fait aun’avait
ce
jamais
son
ment
qu’il
bréviaire,
voulu
bien
encore
m’enseigner
paravant. Il aurait
la langue latine; c’eût été autant d’argent d’épargne
Gil Perez! il n’en
pour lui; mais, hélas! le pauvre
avait de sa vie su les premiers principes ; c’était
un fait
peut-être (car je n’avance pas cela comme
le chanoine du chapitre le plus ignorant.
ce

certain),

et

ne

entreprit

161
Aussi j’ai oui dire qu’il n’avait pas obtenu son bénéIl le devait uniquement à la
fice par son e'rudition.
reconnaissance de quelques bonnes religieuses dont
il avait été le discret commissionnaire, et qui avaient
eu le crédit de lui faire donner l’ordre de la
prêtrise
sans

examen.

Il fut donc
d’un maître: il

obligé de
m’envoya

sous

la férule

chez le docteur

Godinez,

me

mettre

qui passait pour le plus habile pédant d’Oviédo.
profitai si bien des instructions qu’on me. donna,
qu’au bout de cinq à six années j’entendis un peu
les auteurs grecs et assez bien les poètes latins.
Je m’appliquai aussi à la logique
qui m’apprit à
raisonner beaucoup.
J’aimais tant la dispute, que
Je

,

les passants, connus ou inconnus, pour leur
Je m’adressais quelqueproposer des arguments.
fois à des figures hibernoises, qui ne demandaient
pas mieux , et il fallait alors nous voir disputer.
Quels gestes! quelles grimaces ! quelles contorsions!
nos
yeux étaient pleins de fureur et nos bouches
On lions devait plutôt prendre pour
écumantes.
des possédés que pour des philosophes.
Je m’acquis toutefois par-là dans la ville la réputation de savant. Mon oncle en fut ravi, parce
qu’il fit réflexion que je cesserais bientôt de lui être
à charge.
”Ho çà, Gil-I}Ias, me dit-il un jour, le
temps de ton enfance est passé ; tu as déjà dix-sept
ans, et te voilà devenu habile garçon; il faut songer
à te pousser: je suis d’avis de t’envoyer à l’université
de Salamanque ; avec l’esprit que je te vois, tu ne
Je te
manqueras pas de trouver un bon poste.
donnerai quelques ducats pour faire ton voyage,
avec ma mule
qui vaut bien dix à douze pistoles;
tu la vendras à Salamanque, et tu en emploieras
l’argent à t’entretenir jusqu’à ce que tu sois placé.”
Il ne pouvait rien me proposer qui me fût plus
agréable , car je mourais d’envie de voir le pays.
Cependant j’eus assez de force sur moi pour cacher
ma joie, et lorsqu’il fallut partir, ne paraissant sensîble qu’à la douleur de quitter un oncle à qui j’avais
tant d’obligations, j’attendris le bon homme, qui me

j’arrêtais

donna

plus d’argent qu’il

eût pu lire

part, j’allai

fond de
embrasser

au

ne

m’en aurait donné s’il
Avant mon dé-

mon ame.
mon

père

et

ma

mère, qui

Ils m’expas les remontrances.
Dieu pour mon oncle, à vivre en
honnête homme , à ne me point engager dans de
mauvaises affaires, et, sur toutes choses, à ne pas
prendre le bien d’autrui. Après qu’ils m’eurent
très-long-temps harangué, ils me firent présent de
leur bénédiction, qui était le seul bien que j’attendais
d’eux.
Aussitôt je montai sur ma mule, et sortis
de la ville.
Me voilà donc hors d’Oviédo , sur le chemin
de Pennaflor , au milieu de la campagne, maître
de mes actions, d’une mauvaise mule et de quarante
bons ducats.
La première chose que je fis, fut de
laisser ma mule aller à discrétion, c’est-à-dire au
petit pas. Je lui mis la bride sur le cou, et, tirant
mes ducats de ma poche, je commençai à les compter
Je n’avais jamais
et recompter dans mon chapeau.
vu tant d’argent; je ne pouvais me lasser de le regarder et de le manier. Je le comptais peut-être
pour la vingtième fois, quand tout-à-coup ma mule
levant la tête et les oreilles , s’arrêta au milieu
Je jugeai que quelque chose
du grand chemin.

m’épargnèrent
hortèrent à prier
ne

l'effrayait ; je regardai ce que ce pouvait être.
J’aperçus sur la terre un chapeau renversé, sur
lequel il y avait un rosaire à gros grains et en
même temps j’entendis une voix lamentable qui
prononça ces paroles: "Seigneur passant, tyez pitié,
de grâce, d’un pauvre soldat estropié; jetez, s’il
vous
plaît, quelques pièces d’argent dans ce chapeau, vous en serez récompensé dans l’autre monde.”
Je tournai aussitôt les yeux du côté d’où partait la
voix; je vis au pied d’un buisson, à vingt ou trente
pas de moi, une espèce de soldat qui, sur deux
bâtons croisés, appuyait le bout d’une escopette
et avec
qui me parut plus longue qu’une pique
laquelle il me couchait en joue. A cette vue, qui
me fit trembler
pour le bien de l’église, je m’arrêtai tout court; je serrai promptement mes ducats;
,

,

tirai quelques réaux, et, m'approchant du
chapeau
disposé à recevoir la charité des fidèles effrayés, je
les jetai dedans l’un après l’autre, pour montrer au
soldat que j’en usais noblement. 11 fut satisfait de

je

et me donna autant de bénédictions
de
donnai
que je
coups de pieds dans les flancs de
ma mule,
pour m’éloigner promptement de lui : mais
la maudite bète, trompant mon impatience, n’en alla
pas plus vite; la longue habitude qu’elle avait de
marcher pas à pas sous mon oncle , lui avait fait
ma

générosité,

du galop.
Je tirai de cette aventure un augure peu favorable
Je me représentai que je n’étais
pour mon voyage.
pas encore à Salamanque, et que je pourrais bien
faire une plus mauvaise rencontre.
Mon oncle me
parut très-imprudent de ne m’avoir pas mis entre
les mains d’un muletier.
C’était sans doute ce
qu’il
aurait dû faire; mais il avait songé qu’en me donnant
sa mule, mon
voyage me coûterait moins ; et il avait

perdre l’usage

plus pensé
chemin.

en

à

cela, qu’aux périls que je pouvais courir
Ainsi, pour réparer sa faute, je résolus,

si j’avais le bonheur d’arriver à Pennaflor,
d’y vendre
mule, et de prendre la voie du muletier pour aller
à Astorga, d’où je me rendrais à
Salamanque par la
même voiture.
Quoique je ne fusse jamais sorti
d’Oviédo , je n’ignorais pas le nom des villes par
où je devais passer ; je m’en étais fait instruire
ma

avant

mon

départ.

J’arrivai heureusement à Pennaflor. Je m’arrêtai
à la porte d’une hôtellerie d’assez bonne
apparence.
Je n’eus pas mis pied à terre,
que l’hôte vint me
recevoir fort civilement.
IJ détacha lui-même ma
valise, la chargea sur ses épaules, et me conduisit
à

chambre, pendant qu’un de ses valets menait
mule à l’écurie.
Cet hôte, le plus grand babillard
des Asturies, et aussi
prompt à conter sans nécessité
ses
propres affaires , que curieux de savoir celles
d’autrui, m’apprit qu’il se nommait André Corcuélo;
qu’il avait servi long-temps dans les armées du roi
en
qualité de sergent, et que depuis quinze mois
il avait quitté le service
pour épouser une fille de
ma

ma

11

*

164

bien que tant soit peu basanée, ne
11 me dit
laissait pas de faire valoir le bouchon.
encore une infinité d’autres choses, que je me serais
fort bien passé d’entendre.
Après cette confidence,
se croyant en droit de tout exiger de moi, il me
demanda d’où je venais, où j’allais, et qui j’étais:
à quoi il me fallut répondre article par article, parce
qu’il accompagnait d’une profonde révérence chaque
me faisait, en me priant d’un air si

Castropol, qui,

question qu’il
respectueux d’excuser

sa curiosité, que je ne pouvais
Cela m’engagea dans
défendre de la satisfaire.
et me donna lieu de
un long entretien avec lui,
parler du dessein et des raisons que j’avais de me
défaire de ma mule, pour prendre la voie du muletier.
Ce qu’il approuva fort, non succinctement, car il me
représenta là-dessus tous les accidents fâcheux qui
pouvaient m’arriver sur la route. 11 me rapporta
même plusieurs histoires sinistres de voyageurs. Je
croyais qu’il ne finirait point. Il finit pourtant, en
disant que si je voulais vendre ma mule, il connaisJe lui
sait un honnête maquignon qui l’achèterait.
témoignai qu’il me ferait plaisir de l’envoyer chercher.

me

Il y alla sur le champ lui-même avec empressement.
Il revint bientôt accompagné de son homme, qu’il
Nous
me présenta, et dont il loua fort la probité.
entrâmes tous trois dans la cour, où l’on amena
On la fit passer et repasser devant le
ma mule.
maquignon, qui se mit à l’examiner depuis les pieds
jusqu’à la tête. Il ne manqua pas d’en dire beauJ’avoue qu’on n’en pouvait dire beaucoup de mal.
mais quand ç’aurait été la mule du
de
bien;
coup
II assurait donc
à redire.
pape, il y aurait trouvé
du
défauts
les
tous
avait
et, pour
monde;
quelle
mieux me le persuader, il en attestait l’hôte, qui
”Hé
sans doute avait ses raisons pour en convenir.
combien
le
froidement
me
dit
bien,
maquignon ,
prétendez-vous vendre ce vilain animal-là?” Après
l’éloge qu’il en avait fait, et l’attestation du seigneur
Coreue'lo, que je croyais homme sincère et bon connaisseur, j’aurais donné ma mule pour rien: c’est
pourquoi je dis au marchand que je m’en rapportais

1

i«r>

qu’il n’avait qu’à priser la bête en
que je m’en tiendrais à la prisée.
Alors, faisant l’homme d’honneur, il me répondit
qu’en intéressant sa conscience , je le prenais par
Ce n’était pas effectivement par sou
son faible.
fort; car, au lieu de faire monter l’estimation à dix
il n’eut pas
ou douze pistoles comme mon oncle ,
à

sa

bonne foi ;

conscience

,

et

honte de la fixer à trois ducats, que je reçus avec
autant de joie que si j’eusse gagné à ce marclié-là.
Après m’être si avantageusement défait de ma
mule, l’hôte me mena chez un muletier qui devait
partir le lendemain pour Astorga. Ce muletier me
dit qu’il partirait avant le jour, et qu’il aurait soin
de

me

venir réveiller.

tant pour le louage d’une
ture; et quand tout fut

Nous

du prix,
nourripour
entre nous, je m’en

conviâmes

mule, que

réglé

ma

retournai vers l’hôtellerie avec Corcuélo, qui, ehemin faisant, se mit à me raconter l’histoire de ce
muletier. Il m’apprit tout ce qu’on en disait dans
la ville. Enfin, il allait de nouveau m’étourdir de
son babil importun, si par bonheur un homme assez
bien fait ne fût venu l’interrompre , en l’abordant
Je les laissai ensemble,
avec beaucoup de civilité.
et continuai mon chemin, sans soupçonner que j’eusse
la moindre part à leur entretien.
Dès que je fus dans l’hôtellerie, je demandai
C’était un jour maigre : on m’accomà souper.
Pendant qu’on me les apprêtait,
moda des œufs.
avec l’hôtesse ,
conversation
liai
que je n’avais
je
point encore vue. Lorsque l’omelette qu’on me
faisait fut en état de m’être servie-, je m’assis tout
Je n’avais pas encore mangé le
seul à une tab!e.
premier morceau, que l’hôte entra, suivi de l’homme
qui l’avait arrêté dans la rue. Ce cavalier portait
une
longue rapière, et pouvait bien avoir trente ans.
Il s’approcha de moi d’un air empressé: "Seigneur
écolier, me dit-il, je viens d’apprendre que vous
êtes le seigneur Gil-lllas de Santillane, l’ornement
d’Oviédo, et le flambeau de la philosophie. Est-il
bien possible que vous soyez ce savantissime , ce
bel esprit dont la réputation est si grande en ce

166

pays-ci?

Vous

ne savez

gant à l’hôte et à

pas, continua-t-il

l’hôtesse,

vous

en

s’adres-

ne'savez pas ce
trésor dans votre

que vous posse'dez. Vous avez un
maison.
Vous voyez dans ce jeune gentilhomme la
huitième merveille du monde.
Puis, sç retournant
de mon côté, et me jetant les bras au cou:
”Exousez

mes

transports, ajouta-t-il; je
joie que votre présence

maître de la

ne
me

suis point
cause.”

Je ne pus lui répondre sur-le-champ, parce qu’il
tenait si serré que je n’avais pas la respiration
libre , et ce ne fut qu’après que j’eus la tête dégagée de l’embrassade que je lui dis : "Seigneur
cavalier: je ne croyais pas mon nom connu àPennaflor.” "Comment, connu! reprit-il sur le même ton:
nous tenons registre de tous les
grands personnages
qui sont à vingt lieues à la ronde. Vous passez ici
pour un prodige, et je ne doute pas que l’Espagne
ne se trouve un
jour aussi vaine de vous avoir produit, que la Grèce d’avoir vu naître ses sages.”
Ces paroles furent suivies d’une nouvelle accolade,
qu’il me fallut encore essuyer , au hasard d’avoir
le sort d’Antliée.
Pour peu que j’eusse eu d’expe'rience , je n’aurais pas été la dupe de ses démonstrations, ni de ses hyperboles ; j’aurais bien
connu à ses flatteries outrées,
que c’était un de ces
parasites que l’on trouve dans toutes les villes, et
qui, dès qu’un étranger arrive, s’introduisent auprès
de lui pour remplir leur ventre à ses dépens: mais
ma
jeunesse et ma vanité m’en firent juger tout autrement.
Mon admirateur me parut un fort honnête
homme, et je l’invitai à souper avec moi. ”Ah! trèsvolontiers, s’écria-t-il; je sais trop bon gré à mon
étoile de m’avoir fait rencontrer l’illustre Gil-Blas
de Santillane, pour ne pas jouir de ma bonne fortune le plus
long-temps que je pourrai. Je n’ai pas
grand appétit, poursuivit-il ; je vais me mettre à
table pour vous tenir
compagnie seulement, et je
me

mangerai quelques morceaux par complaisance.”
En parlant ainsi, mon
panégyriste s’assit vis-

à-vis de moi.

jeta d’abord

sur

On lui

apporta

l’omelette

avec

un

tant

couvert.

Il

se

d’avidité, qu’il

HT?

semblait n'avoir mangé de trois jours.

A l’air

com-

s’y prenait, je vis bien qu’elle serait
bientôt expe'die'e. J’en ordonnai une seconde, qui
fut faite si promptement, qu’on nous la servit comme
plaisant

dont il

achevions, ou plutôt comme il achevait de
Il y proce'dait pourtant d’une
manger la première.
vitesse toujours e'gale, et trouvait moyen, sans perdre
un coup de dent, de me donner louanges sur louanges,
ce
qui me rendait fort content de ma petite perIl buvait aussi fort souvent; tantôt c’était
sonne.
à ma santé, tantôt à celle de mon père et de ma
mère, dont il ne pouvait assez vanter le bonheur
En même temps il
d’avoir un fils tel que moi.
versait du via dans mon verre, et m’excitait à lui
faire raison. Je ne répondais point mal aux santés
qu’il me portait; ce qui, avec ses flatteries, me mit
insensiblement de si belle humeur, que, voyant notre
seconde omelette à moitié mangée, je demandai à
l’hôte s’il n’avait pas de poisson à nous donner.
Le seigneur Corcuélo , qui, selon toutes les apnous

parences, s’entendait avec le parasite, me répondit:
”J’ai une truite excellente, mais elle coûtera cher à
ceux qui la mangeront: c’est un morceau trop friand
? dit alors
pour vous.” "Qu’appelez-vous trop friand
mon flatteur d’un ton de voix élevé: vous n’y pensez
rien de
pas, mon ami. Apprenez que vous n’avez

trop

qui

bon pour le seigneur Gil-Blas de Santillane,
mérite d’être traité comme un prince.”
Je fus bien aise qu’il eut relevé les dernières
de l’hôte, et il ne fit en cela que me pré-

paroles

venir. Je me sentais offensé , et
à Corcuélo: ”Apportez-nous votre
L’hôte
embarrassez pas du reste.”

je dis
truite,

qui

ne

fièrement
et

ne vous

demandait

se mit à l’apprêter, et ne tarda guères
la servir.
A la vue de ce nouveau plat, je
vis briller une grande joie dans les yeux du parasite,
qui fit paraître une nouvelle complaisance, c’est-àdire, qu’il donna sur le poisson comme il avait donné

pas mieux,
à

nous

Il fut pourtant obligé de se rendre,
d’accident, car il en avait jusqu’à la gorge.
Enfin, après avoir bu et mangé tout son soûl, il

sur

les œufs.

de peur

voulut finir la comédie.
"Seigneur Gil-Blas , me
dit-il en se levant de table, je suis trop content
de la bonne chère que vous m’avez faite, pour vous
quitter sans vous donner un avis important dont
vous me paraissez avoir besoin.
Soyez de'sormais
en
garde contre les louanges. Défiez-vous des gens
Vous en pourrez
que vous ne connaîtrez point.
rencontrer d’autres qui voudront, comme moi, se
divertir de votre crédulité', et peut-être pousser
les choses encore plus loin: n’en soyez point la dupe,
et ne vous croyez point, sur leur parole, la huitième
merveille du monde.” En achevant ces mots, il me
rit au nez, et s’en alla.
Je fus aussi sensible à cette baie, que je l’ai
été dans la suite aux plus grandes disgrâces qui me
sont arrivées.
Je ne pouvais me consoler de m’être
laissé tromper si grossièrement, ou, pour mieux dire,
de sentir mon orgueil humilié. ”IIé quoi ! dis-j.e, le
traître s’est donc joué de moi! 11 n’a tantôt abordé
mon hôte que pour lui tirer les vers du nez ,
ou
plutôt ils étaient d’intelligence tous deux. Ah !
pauvre Gil-Blas , meurs de honte d’avoir donné à
ces fripons un
juste sujet de te tourner en ridicule.
Us vont composer de tout ceci une belle histoire,
qui pourra bien aller jusqu’à Oviédo, et qui t’y fera
beaucoup d’honneur. Tes parents se repentiront
sans doute d’avoir tant
harangué un sot. Loin de
m’exhorter à ne tromper personne, ils devaient me
recommander de ne me pas laisser duper.” Agité
de ces pensées mortifiantes, et enflammé de dépit, je
m’enfermai dans ma chambre et me mis au lit: mais
je ne pus dormir, et je n’avais pas encore fermé l’œil,
lorsque le muletier me vint avertir qu’il n’attendait
plus que moi pour partir. Je me levai aussitôt; et,
pendant que je m’habillais, Corcuélo arriva avec un
mémoire de la dépense, dans lequel la truite n’était
pas oubliée; et non-seulement il m’en fallut passer
par où il voulut, mais j’eus encore le chagrin, en lui
livrant mon
argent, de m’apercevoir que le bourreau
se ressouvenait de mon aventure.
Après avoir bien
payé un souper dont j’avais fait si désagréablement

160
nie rendis chez le muletier avec
donnant à tous les diables le parasite,
l’hôte et l’hôtellerie.

la

ma

digestion, je
valise,

en

L’hermite.
Zadig rencontra en marchant un hermite, dont
la barbe blanche et vénérable descendait jusqu'à
la ceinture.
Il tenait en main un livre qu’il lisait
attentivement.
Zadig s’arrêta et lui fit une profonde inclination.
L’hermite le salua d’un air si noble et si
doux, que Zadig eut la curiosité de l’entretenir.
Il lui demanda quel livre il lisait.
”C’est le livre
des destinées, dit Thermite, voulez-vous en lire
quelque chose?” 11 mit le livre dans les mains de
Zadig, qui, tout instruit qu’il était dans plusieurs
langues , ne put en déchiffrer un seul caractère.
Cela redoubla encore sa curiosité. "Vous me paraissez bien chagrin,” lui dit ce bon père.
”HéIas,
”Si vous permettez
que j’en ai sujet!” dit Zadig.
que je vous accompagne, repartit le vieillard, peutêtre vous serai-je utile:
j’ai répandu quelquefois
des sentiments de consolation dans Tarne des malheureux.”
Zadig se sentit du respect pour l’air de
Thermite. Il lui trouva dans la conversation des lumières supérieures. L’hermite parlait de la destinée,
de la justice, de la morale, du souverain bien, de
la faiblesse humaine, des vertus et des vices, avec
une
éloquence si vive et si touchante, que Zadig
se sentit entraîné vers lui par un charme invincible.
Il le pria avec instance de ne point le quitter. ”Je
vous
demande moi-même cette grâce, lui dit le

vieillard, jurez-moi

que

vous

ne

vous

séparerez

point de moi d’ici à quelques jours, quelque chose
que je fasse.” Zadig jura, et ils partirent ensemble.
Les,deux voyageurs arrivèrent le soir à un
château superbe.
L’hermite demanda l’hospitalité
pour lui et pour le jeune homme qui l’accompagnait.
Le portier, qu’on aurait pris pour un grand seigneur,

v

170
les introduisit avec une espèce de bonté dédaigneuse.
On les présenta à un principal domestique ,
qui
leur fit voir les appartements magnifiques du maître.
Ils furent admis à sa table au bas bout, sans que
le seigneur du château les honorât d’un regard ;
mais ils furent servis , comme les autres , avec
délicatesse et profusion.
On leur donna ensuite
de l’eau pour se laver dans un bassin d’or

garni

d’émeraudes et de rubis.
On les mena coucher
dans un bel appartement, et le lendemain matin
un domestique
leur apporta à chacun une pièce
d’or, après quoi on les congédia.
”Le maître de la maison, dit Zadig en chemin,
me
parait être un homme généreux, quoiqu’un peu
fier; il exerce noblement l'hospitalité.” En disant
ces paroles
il s’aperçut qu’une espèce de poche
très-large, que portait l’hermite, paraissait tendue
Il y vit le bassin d’or garni de pierreries
et enflée.
,

celui-ci avait volé ; il n’osa d’abord en rien
mais il était dans une étrange surprise.
Ver^ le midi Thermite se présenta à la porte
d’une maison très-petite, où logeait un riche avare;
il y demanda l’hospitalité pour quelques heures.
Un vieux valet mal habillé le reçut d’un ton rude,
et le fit entrer ainsi que Zadig dans l’écurie, où
on leur donna quelques olives pourries, de mauvais
pain et de la bière gâtée. L’hermite mangea et
but d’un air aussi content que la veille ; puis s’adressaut à ce vieux valet, qui les observait tous deux
pour voir s’ils ne volaient rien, et qui les pressait
de partir, il lui donna les deux pièces d’or qu’il
avait reçues le matin et le remercia de toutes ses
attentions.
”Je vous prie, ajouta-t-il, faites-moi
parler à votre maître.” Le valet étonné introduisit
les deux voyageurs.
"Magnifique Seigneur, dit
Thermite, je ne puis que vous rendre de trèshumbles grâces de la manière noble dont vous nous
avez
reçus: daignez accepter ce bassin d’or comme
un faible
gage de ma reconnaissance.’’ L’avare fut
près de tomber à la renverse. L’hermite ne lui
que

témoigner,

171
donna pas le temps de revenir de son saisissement,
il partit au plus vite avec son jeune voyageur.
”Mon père, lui dit Zadig, qu’est-ce que tout
ce
Vous ne me paraissez en rien
que je vois ?
ressembler aux autres hommes: vous volez un bassin
d’or garni de pierreries à un homme qui vous reçoit magnifiquement, et vous le donnez à un avare
qui vous traite avec indignité!” ”Mon fils, répondit
le vieillard, cet homme magnifique, qui ne reçoit
les étrangers que par vanité et pour faire admirer
ses richesses, deviendra plus sage; l’avare apprendra
à exercer l’hospitalité: ne vous étonnez de rien et
suivez-moi.”
Zadig ne savait encore s’il avait à

plus fou ou au plus sage de tous les hommes;
Thermite parlait avec tant d’ascendant, que
Zadig, lié d’ailleurs par son serment, ne put s’empêcher de le suivre.
Ils arrivèrent le soir à une maison agréablement
bâtie, mais simple, où rien ne sentait ni la prodigalité, ni l’avarice. Le maître était un philosophe
retiré du monde , qui cultivait en paix la sagesse
et la vertu , et qui cependant ne s’ennuyait pas.
Il s’était plu à bâtir cette retraite, dans laquelle
faire

au

mais

il recevait les étrangers avec une noblesse qui n’avait
rien de l’ostentation.
Il alla lui-même au devant
des deux voyageurs, qu’il fit reposer d’abord dans
un

appartement commode.

Quelque temps après,

lui-même pour les inviter à un
On convint dans la conversation que
repas propre.
les choses de ce monde n’allaient pas toujours au
gré des sages. L’hermite soutint qu’on ne connaissait pas les voies de la providence, et que les
il vint les

prendre

hommes avaient tort de juger d’un tout dont ils
n’apercevaient que la plus petite partie.
On parle des passions : ”Ah ! quelles sont funestes !” disait Zadig.
’’Ce sont les vents qui enfient les voiles du vaisseau, repartit Thermite, elles
le submergent quelquefois ; mais sans elles il ne
pourrait voguer. La bile rend colère et malade,
mais sans la bile l’homme ne saurait vivre.
Tout
est dangereux ici-bas et tout est nécessaire.”
Zadig

172

admirait comment un homme qui avait fait des
choses si extravagantes pouvait raisonner si bien.
Enfin, après un entretien aussi instructif qu’agre'able,
l’hôte reconduisit ses deux voyageurs dans leur appartement, en bénissant le ciel qui lui avait envoyé
11 leur offrit
deux hommes si sages et si vertueux.
de l’argent d’une manière aisée et noble qui ne

pouvait déplaire. L’hermite le refusa, et lui dit,
qu’il prenait congé de lui, comptant partir pour
Babylone avant le jour. Leur séparation fut tendre ;
Zadig surtout se sentait plein d’estime et d’inclinahomme si aimable.
Thermite et lui furent dans leur appartement, ils firent long-teinps l’éloge de leur hôte.
Le vieillard au point du jour éveilla son camarade.
”11 faut partir, dit-il, mais tandis que tout le monde
dort encore, je veux laisser à cet homme un témoignage de mon estime et de mon affection.” En
disant ces mots, il prit un flambeau, et mit le feu
à la maison.
Zadig épouvanté jeta des cris , et
voulut l'empècher de commettre une action si affreuse.
L’hermite Tentrainait par une force supé-

tion pour

un

Quand

maison était enflammée.
L’hermite, qui
était déjà assez loin avec sou compagnon, la regar"Dieu merci, dit-il,
dait brûler tranquillement.
voilà la maison de mon cher hôte détruite de fond
L’heureux homme!” A ces mots Zadig
en comble!
fut tenté à la fois d’éclater de rire, de dire des
injures au révérend père, de le battre et de s’enfuir:
mais il ne fit rien de tout cela ; et toujours subjugué par l’ascendant de Thermite, il le suivit malgré
Ce fut chez une veuve
lui à la dernière couchée.
chax-itable et vertueuse qui avait un neveu de qua-

rieure; la

torze ans,

plein d’agréments,

et

son

unique espé-

Elle fit du mieux qu’elle put les honneurs
de la maison.
Le lendemain elle ordonna à son
neveu
d’accompagner les voyageurs jusqu’à un pont,
qui étant rompu depuis peu, était devenu un passage dangereux. Le jeune homme empressé marche
devant eux. Quand ils furent sur le pont: "Venez,
dit Thermite au jeune homme, il faut que je marque

rance.

t

17S
II le prend alors
ma reconnaissance à votre tante.”
L’enpar les cheveux et le jette dans la rivière.
faut tombe, reparaît un moment sur l’eau, et est
engouffre' dans le torrent. ”0 monstre! ô le plus
scélérat de tous les hommes!” s’écria Zadig. "Vous
avez promis plus de patience, lui dit Thermite en
l’interrompant, apprenez que sous les ruines de
cette maison où la providence a mis le feu, le maître
a

trouvé

un

trésor

homme, dont
assassiné

sa

la

tante

que ce jeune
tordu le cou, aurait
et vous dans deux.”

immense; apprenez

providence
dans

un

a

an

dit, barbare? cria Zadig;

et quand tu
aurais lu cet évènement dans ton livre des destinées, t’est-il permis de noyer un enfant qui ne t’a

”Qui

te Ta

fait de mal ?”
Tandis que Zadig parlait, il s’aperçut que le
et que son visage
vieillard n’avait plus de barbe
prenait les traits de la jeunesse. Son habit d’hermite avait disparu ; quatre belles ailes couvraient

point

,

un

majestueux
envoyé du ciel !

corps

et

resplendissant

de lumière.

ô ange devin ! s’écria Zadig,
tu es donc descendu de l’empyrée pour apprendre
à un faible mortel à se soumettre aux ordres e'ter-

”0

nels.” ”Les hommes, dit l’ange, jugent de tout sans
rien connaître; tu étais celui des mortels qui me'ritait le plus d’être éclairé.”
Zadig lui demanda
la permission de parler. ”Je me défie de moi-même,
dit-il, mais oserai-je te prier de m’éclaircir un
Ne vaudrait-il pas mieux avoir corrigé cet
doute?
enfant et l’avoir rendu vertueux que de le noyer?”
L’ange reprit: ”S’il avait été vertueux et qu’il eût
vécu, son destin était d’être assassiné lui-même
avec la femme qu’il devait épouser et le fils qui
en

devait naître.”

quoi? dit Zadig, est-il donc nécessaire
ait
des crime3 et des malheurs, et que les
y
qu’il
malheurs tombent sur les gens de bien ?”
”Les
”Mais

méchants, répondit Tange,
ils

servent à

répandus
dont il

ne

sur

éprouver

toujours malheureux:
petit nombre de justes

sont

un

la terre, et il n’y a point de mal
un bien.”
”Mais, dit Zadig, s’il

naisse

174

avait que du bien, et
cette terre

de mal*/” "Alors,
serait une autre terre,
l'enchaînement des e'vènements serait un autre ordre
de sagesse, et cet ordre qui serait parfait ne peut
être que dans la demeure éternelle de l’Être suprême,
de qui le mal ne peut approcher ; il a crée' des
millions de mondes, dont aucun ne peut ressembler
à l’autre.
Cette immense varie'te' est un attribut
Il n’y a ni deux feuilles d’arbre
de sa puissance.
sur la terre, ni deux globes dans les
champs infinis
du ciel, qui soient semblables, et tout ce que tu
vois sur le petit atome où tu es ne', devait être
dans sa place et dans son temps fixe, selon les
ordres immuables de celui qui embrasse tout.
Les
hommes pensent que cet enfant qui vient de périr
est tombé dans l’eau par hasard ; que c’est par hasard
que cette maison est brûlée : mais il n’y a point
de hasard; tout est épreuve, ou punition, ou ré"Mais” dit Zadig....
compense, ou prévoyance.”
Comme il disait mais, l’ange prenait déjà son vol
vers la dixième sphère.
Zadig à genoux adora la
providence et se soumit.

n’y

point

reprit Tauge,

Trait de

bienfaisance

de Paul et de

Virginie.

Le bon naturel de ces enfants se développait
de jour en jour. Un dimanche, au lever de l’aurore,
leurs mères étant allées à la première messe, une
négresse marronne se présenta sous les bananiers
qui entouraient leur habitation. Elle était décharnée
comme un
squelette, et n’avait pour vêtement qu’un
Elle se
lambeau de serpilière autour des reins.
jeta aux pieds de Virginie, qui préparait le déjeûner
de la famille, et lui dit:
”Ma jeune demoiselle,
ayez pitié d’une pauvre esclave fugitive; il y a un
mois que j’erre dans ces montagnes , demi-morte
de faim , souvent
poursuivie par des chasseurs et
Je fuis mon maître, qui est un
par leurs chiens.
riche habitant de la Rivière-Noire ; il m’a traitée
comme vous le
voyez.” En même temps elle lui

montra son corps sillonné de cicatrices profondes,
par les coups de fouet quelle en avait reçus. Virginie tout émue lui répondit: "Rassurez-vous, infortunée créature ! Mangez, mangez;” et elle lui donna
le déjeuner de la maison, qu’elle avait apprêté.
L’esclave en peu de moments le dévora tout entier.
Virginie , la voyant rassasiée , lui dit: "Pauvre
misérable ! j’ai envie d’aller demander votre grâce
à votre maître; en vous voyant, il sera touché de
pitié. Voulez-vous me conduire chez lui?”
"Ange
de Dieu, repartit la négresse, je vous suivrai partout ou vous voudrez.”
Virginie appela son frère,
et le pria de l’accompagner.
L’esclave maronne les
conduisit par des sentiers, au milieu des bois, à
travers de hautes montagnes, qu’ils grimpèrent avec
bien de la peine, et de larges rivières qu’ils passèrent à gué.
Enfin , vers le milieu du jour , ils
arrivèrent au bas d’un morne, sur les bords de la
ltivière-Noire.
Ils aperçurent là une maison bien
bâtie, des plantations considérables , et un grand
nombre d’esclaves occupés à toutes sortes de travaux.
Leur maître se promenait au milieu d’eux, une pipe
à la bouche, et un rotin à la main. C’était un grand
homme sec, olivâtre, aux yeux enfoncés et aux
sourcils noirs et joints.
Virginie, tout émue, tenant
Paul par le bras , s’approcha de l’habitant, et le
pria , pour l’amour de Dieu , de pardonner à son
esclave, qui était à quelques pas de là derrière
D'abord l’habitant ne fit pas grand compte
eux.
de ces deux enfants pauvrement vêtus; mais quand
il eut remarqué la taille élégante de Virginie, sa
belle tête blonde sous une capote bleue , et qu’il
eut entendu le doux son de sa voix qui tremblait,
ainsi que tout son corps, en lui demandant grâce,
il ôta sa pipe de sa bouche, et, levant son rotin
vers le ciel, il
jura par un affreux serment, qu’il
—

à son esclave, non pas pour l’amour
mais pour l’amour d’elle.
Virginie aussitôt lit signe à l’esclave de s’avancer vers son
maître ; puis elle s’enfuit, et Paul courut après
elle.

pardonnait
de

Dieu,

17G
Ils remontèrent ensemble le revers du morne par
où ils étaient descendus, et, parvenus à son sommet,
ils s’assirent sous un arbre, accablés de lassitude,
Ils avaient fait à jeun plus
de faim et de soif.
de cinq lieues depuis le lever du soleil. Paul dit
à Virginie: ”Ma sœur, il est plus de midi, tu as
faim et soif; nous ne trouverons point ici à diner;
redescendons le morne et allons demander à manger
”Oh non, mon ami, reau maître de l’esclave.”
prit Virginie, il m’a fait trop de peur. Souviens-toi
de ce que dit quelquefois maman : Le pain du mé"Comment
chant remplit la bouche de gravier.”
ferons-nous donc? dit Paul.
Çes arbres ne produiIl n’y a pas seulement
sent que de mauvais fruits.
ici un tamarin ou un citron pour te rafraîchir.”
”Dieu aura pitié de nous, repartit Virginie ; il exauce
la voix des petits oiseaux qui lui demandent leur
nourriture.” A peine avait-elle dit ces mots, qu’ils
entendirent le bruit d’une source qui tombait d’un
rocher voisin. Ils y coururent, et après s’ètre désaltérés avec ses eaux plus claires que le crystal,
ils cueillirent et mangèrent un peu de cresson qui
Comme ils regardaient de
croissait sur ses bords.
côté et d’autre, s’ils ne trouveraient pas quelque
nourriture plus solide, Virginie aperçut parmi les
Le chou
arbres de la forêt, un jeune palmiste.
au milieu de
que la cîme de cet arbre renferme
ses feuilles est un fort bon manger; mais quoique
sa tige ne fût pas plus grosse que la jambe, elle
avait plus de soixante pieds de hauteur. A la vérité, le bois de cet arbre n’est formé que d’un
paquet de filaments ; mais son aubier est si dur,
qu’il fait rebrousser les meilleures haches, et Paul
L’idée lui vint de
n’avait pas même un couteau.
mettre le feu au pied de ce palmiste : autre embarras; il n’avait point de briquet, et d’ailleurs,
dans cette île si couverte de rochers, je ne crois
pas qu’on puisse trouver une seule pierre à fusil.
La nécessité donne de l’industrie, et souvent les
—

—

•—

inventions les plus utiles ont été dues aux hommes
les plus misérables. Paul résolut d’allumer du feu

\Ti

Avec l'angle

à la manière des noirs.
il lit un petit trou dans

sèche, qu’il assujettit

une

sous

d’une pierre
branche d’arbre bien

ses

pieds; puis,

avec

le tranchant de cette pierre, il fit une pointe à
un autre morceau de branche également sèche, mais
d’une espèce de bois different. 11 posa ensuite ce
morceau de bois pointu dans le petit trou de la
branche qui e'tait sous ses pieds , et, le faisant
rouler rapidement entre ses mains, en peu de moments il vit sortir du point de contact de la fume'e

Il ramassa des herbes sèches et
d’autres branches d’arbres, et mit le feu au pied
du palmiste, qui bientôt après tomba avec un grand
fracas. Le feu lui servit encore à dépouiller le chou
de l’enveloppe de ses longues feuilles ligneuses et
piquantes. Virginie et lui mangèrent une partie de
ce chou crue et l’autre cuite sous la cendre, et ils
Ils firent ce
les trouvèrent également savoureuses.
de la
repas frugal remplis de joie pat le souvenir
bonne action qu’ils avaient faitdR matin ; mais cette
joie était troublée par l’inquiétude où ils se doutaient
bien que leur longue absence de la maison jetterait
leurs mères. Virginie revenait souvent sur cet ob jet ;
cependant Paul, qui sentait ses forces rétablies,
l’assura qu’ils ne tarderaient pas à tranquilliser leurs
et des e'tincelles.

parents.

Après dîner,
car

ils

ils n’avaient

chez

eux.

Virginie:

se

plus
Paul qui

"Notre

trouvèrent bien embarrassés,
guide pour les reconduire

de

ne

case

s’étonnait de rien, dit à
vers le soleil du milieu

est

jour; il faut que nous passions, comme ce matin,
par dessus cette montagne que tu vois là-bas, avec
Allons , marchons, mon amie !"
ses trois pitons.
Cette montagne était celle des trois mamelles, ainsi
nommée, parce que ses trois pitons en ont la forme.
Ils descendirent donc le morne de la Rivière-noire,
du côté du nord , et arrivèrent, après une heure
de marche, sur les bords d’une large rivière qui
La rivière sur le bord de
barrait leur chemin.
en bouillonnant sur un
ils
coule
étaient,
laquelle
lit de rochers. Le bruit de ses eaux effraya Virdu

178

elle n'osa y mettre les pieds
pour ia passer
Paul alors prit Virginie sur sou dos , et
passa, ainsi chargé, sur les roches glissantes de
la rivière, malgré le tumulte de ses eaux.
Quand
Paul fut sur le rivage, il voulut continuer sa route,
chargé de sa sœur, et il se flattait de monter ainsi
la montagne des Trois-mamelles,
qu’il voyait devant
lui, à une demi-lieue de là; mais bientôt les forces
lui manquèrent, et il fut obligé de la mettre à.

ginie;

à

gué.

terre,

et de

se
reposer auprès d’elle. Cependant
s’étant un peu reposée, cueillit sur le tronc
d’un vieux arbre, penché sur le bord de ia rivière,
de longues feuilles de scolopendre
qui pendaient
de son tronc.
Elle en fit des
(le brode-

Virginie,

espèces

quins dont

elle s’entoura les pieds, que les
pierres
des chemins avaient mis en
sang; car, dans l’empressement d’être utile , elle avait oublié de se
chausser.
Se sentant soulagée par la fraîcheur de
ces feuilles, elle
rompit une branche de bambou, et
se mit en marchelih
s’appuyant d’une main sur ce

roseau, et de l’autre sur son frère.
Us cheminaient ainsi doucement à travers les
bois; mais la hauteur des arbres et l’épaisseur de
leur feuillage leur firent bientôt perdre de vue la

montagne

des

dirigeaient,
de

se

Trois-mamelles,

et même le

coucher.

sur

laquelle

ils

se

soleil, qui était déjà près
Au bout de quelque temps, ils

s’en apercevoir, le sentier frayé
ils avaient marché jusqu’alors , et ils
se trouvèrent dans un
labyrinthe d’arbres, de lianes
et de roches qui n’avaient plus d’issue.
Paul fit

quittèrent,
dans lequel

sans

asseoir Virginie, et se mit à courir çà et là, tout
hors de lui, pour chercher un chemin hors de ce
fourré épais; mais il se fatigua en vain. Il monta
au haut d’un
grand arbre, pour découvrir au moins
la
montagne des Trois-mamelles, mais il n’aperçut
autour de lui
que les cimes des arbres, dont quelquesunes étaient éclairées
par les derniers rayons du
soleil couchant.
Cependant l’ombre des montagnes
couvrait déjà les forêts dans les vallées
; le vent
se calmait, comme il arrive
au coucher du soleil;

(

179
un profond silence
régnait dans ces solitudes, et
l’on n’y entendait d’autre bruit que le bramement
des cerfs , qui venaient chercher leurs gîtes dans
ces lieux ëcarte's.
Paul, dans l’espoir que quelque
chasseur pourrait l’entendre, cria alors de toute
sa force:
"Venez, \enez au secours de Virginie!”
Mais les seuls e'chos de la forêt répondirent à sa voix,
et répétèrent à plusieurs reprises :
"Virginie,

Virginie.”
Paul descendit alors de l’arbre, accablé de
et de chagrin ; il chercha les moyens de
passer la nuit dans ce lieu, mais il n’y avait ni
fontaine, ni palmiste, ni même de branches de
bois sec, propre à allumer du feu; il sentit alors,
par son expérience, toute la faiblesse de ses res-

fatigue

et il se mit à pleurer.
,
Virginie se prit
aussi à verser des larmes.
Cependant elle dit à
Paul:
"Prions Dieu, mon frère, et il aura pitié
de nous.”
A peine avaient-ils achevé leur prière,
qu’ils entendirent un chien aboyer. ”C’est, dit Paul,
le chien de quelque chasseur qui vient, lé soir, tuer
des cerfs à l’affût.”
Peu après, les aboiements du
”11 me semble, dit Virginie,
chien redoublèrent.
que c’est Fidèle, le chien de notre case.
Oui, je
sources

sa voix.
Serions-nous si près d’arriver,
pied de notre montagne?" En effet, un moment après, Fidèle était à leurs pieds, aboyant,
hurlant, gémissant, et les accablant de caresses.
Comme ils ne pouvaient revenir de leur surprise,
ils aperçurent Domingue qui accourait à eux.
A
l’arrivée de ce bon noir, qui pleurait de joie, ils
se mirent aussi à pleurer, sans
pouvoir lui dire un
mot. Quand Domingue eut repris ses sens: ”0 mes
jeunes maîtres, leur dit-ii, que vos mères ont d’inquiétude ! Comme elles ont été étonnées quand
elles ne vous ont plus trouvés au retour de la messe,
où je les avais accompagnées.
Marie, qui travaillait

reconnais
et

au

,

dans un' coin de l’habitation, n’a su nous dire où vous
étiez allés* J’allais, je venais autour de l’habitation,
ne sachant moi-même de quel côté vous chercher.
Enfin j’ai pris vos vieux habits à l’un et à l’autre.
12 ’

ISO

les ai fail flairer à Fidèle, et sur le-champ, comme
il s’est mis à
ce pauvre animal m’eût entendu,
quêter sur vos pas. 11 m’a conduit, toujours en
C’est
remuant la queue, jusqu’à la Rivière-noire.
là que j’ai appris d’un habitant que vous lui aviez
ramené une négresse marronne, et qu’il vous avait
II me l’a
accordé sa grâce.
Mais quelle grâce!
montrée attachée, avec une chaîne au pied, à un
billot de bois , et avec un collier de fer à trois
De là Fidèle
crochets autour du cou.
toujours
quêtant, m’a mené sur le morne de la RivièreNoire, où il s’est arrêté encore en aboyant de toute
sa force :
c’était sur le bord d’une source auprès
d'un palmiste abattu , et près d’un feu qui fumait
encore, Enfin il m’a conduit jusqu’ici. Nous sommes
au pied de la montagne des Trois-mamellés, et il

je
si

,

quatre bonnes lieues jusque chez nous.
mangez, et prenez des forces.” 1) leur présenta ensuite un gâteau, des fruits et une grande
calebasse remplie d’une liqueur composée d’eau, de
vin, de jus de citron, de sucre et de muscade’, que
leurs mères avaient préparée, pour les fortifier et
les rafraîchir.
Virginie soupira au souvenir de la
pauvre esclave, et en pensant à l’inquiétude de
y

a

encore

Allons,

jeurs
qu’il

mères.

Elle

répéta plusieurs

est difficile de faire le bien!”

fois:
”Oh,
Pendant que

Paul et elle se rafraîchissaient, Domiugue alluma
dû feu, et, ayant cherché dans les rochers un bois
tortu , qui brûle tout vert
en jetant une grande
ilamrne, il en fit un flambeau qu’il alluma, car il
était déjà nuit.
Mais il éprouva un embarras bien
,

plus grand, quand

il

fallut

se

mettre

en

route:

Paul et Virginie ne pouvaient plus marcher; leurs
pieds étaient enflés et tout rouges. Domingue ne
savait s’il devait aller bien loin de là leur chercher
du secours, ou passer dans ce lieu la nuit avec eux.
”Où est le temps, leur disait-il, où je vous portais
tous deux à là fois dans mes bras?
Mais maintenant vous êtes
Comme
vieux.”
suis
et
je
grands,
il était dans cette
perplexité, une troupe de noirs
marrons se fit voir à
vingt pas de là. Le chef de

181

teile

troupe, s'approchant de Paul et de Virginip,
'lions petits blancs, n’ayez pas peur;

leur dit:
nous

vous

avons

vus

passer

ce

matin

,

avec

une

négresse de la Rivière-noire ; vous alliez demander
En reconnaissance,
sa grâce à son mauvais maître.
nous vous reporterons chez vous sur nos épaules.”
Alors il fit un signe, et quatre noirs marrons des

plus robustes firent aussitôt un brancard avec des
branches d’arbres et de lianes, y placèrent Paul et
Virginie, les mirent sur leurs épaules; et, Domingue
marchant devant eux avec son flambeau, ils se mirent en route, aux cris de joie de toute la troupe,
qui les comblait de bénédictions. Virginie attendrie
”Oh! mon ami! jamais Dieu ne
disait à Paul:
:
laisse un bienfait sans récompense.”

Ils arrivèrent, vers le milieu de la nuit , au
de leur montagne , dont les croupes étaient
éclairées de plusieurs feux. A peine ils la montaient,
qu’ils entendirent des voix qui criaient : ”Est-ce
les noirs:
vous, mes enfants?” Ils répondirent avec
Et bientôt ils aperçurent leurs
c’est nous!”

pied

"Oui,

mères et Marie, qui venaient au-devant d’eux avec
"Malheureux enfants, dit
des tisons flambants.
madame de La Tour, d’où venez-vous? Dans quelles
”Nous venons,
angoisses v ous nous avez jetées !”
dit Virginie, de la Rivière-noire, où nous avons
été demander la grâce d’une pauvre esciave marde la
ronne, à qui j’ai donné ce matin le déjeûner
et voilà que
de
mourait
faim,
maison, parce qu’elle
Madame de
les noirs marrons nous ont ramenés.”
—

La Tour embrassa sa fille sans pouvoir parler; et
Virginie, qui sentit son visage mouillé des larmes
"Vous me payez de tout le
de sa mère, lui dit:
souffert!”
mal que j’ai
Marguerite, ravie de joie,
serrait Paul dans ses bras, et lui disait: ”Et toi
mon fils, tu as fait nue bonne, action.”
Quand
elles furent arrivées dans leurs cases avec leurs enfauts, elles donnèrent bien à manger aux noirs marleurs bois, en leur
vous, qui s’en retournèrent dans
souhaitant toutes sortes de prospérités.

aussi,

IS2

Le

petit

bossu.

Il y avait autrefois en
Casgar, extrémité de
la Grande-Tartarie, un tailleur
qui avait une trèsbelle femme qu’il aimait
beaucoup et dont il était
aimé de même. Un
jour qu’il travaillait, un petit
bossu vint s’asseoir à l’entrée de sa
boutique et
se mit à chanter en
jouant du tambour de basque.
Le tailleur prit
plaisir à l’entendre, et résolut de
l’emmener dans sa maison
pour réjouir sa femme.
11 se dit à lui-même: ”Avec ses chansons il nous
divertira tous deux ce soir.”
Il lui en lit la proposition; et le bossu l’ayant acceptée, il ferma sa
boutique et le mena chez lui.
Dès qu’ils y furent arrivés, la femme du tailleur, qui avait déjà mis le couvert, parce qu’il était
temps de souper, servit un bon plat de poisson
quelle avait préparé. Ils se mirent tous trois à
table; mais en mangeant, le bossu avala par malheur une grosse arête dont il mourut en
peu de
moments, sans que le tailleur et sa femme y pussent remédier.
Us furent l’un et l’autre d’autant
plus effrayés de cet accident, qu’il était arrivé chez
eux, et qu’ils avaient sujet de craindre que si la
justice venait à le savoir, on ne les punît comme
des assassins.
Le mari néanmoins trouva un expédient pour se défaire du corps mort. 11 lit réflexion qu’il demeurait dans le
voisinage un médecin
juif; et là-dessus ayant formé un projet, pour commencer à l’exécuter, sa femme et lui
prirent le
bossu, l’un par les pieds, l’autre par la tête, et
le portèrent jusqu’au logis du médecin.
Us frappèrent à sa porte , où aboutissait un escalier trèsraide, par où l’on montait à sa chambre. Une
servante descend aussitôt, même sans
lumière, ouvre,
et
demande, ce qu’ils souhaitent. "Remontez, s’il
vous
plaît, répondit le tailleur, et dites à votre
maître que nous lui amenons un homme bien malade, pour qu’il lui ordonne quelque remède. Tenez,
ajouta-t-il, en lui mettant en main une pièce d’ardonnez lui cela
gent
par avance, afin qu’il soit
,

.

(

183

persuadé que nous
perdre sa peine.”

n’avons pas dessein de lui faire
Pendant que la servante remonta
médecin juif d’une si bonne nou-

pour l'aire part au
velle, le tailleur et sa femme portèrent promptement le corps du bossu au haut de l’escalier, le
laissèrent là, et retournèrent chez eux. en diligence.
Cependant la servante ayant dit au médecin
la porte,
qu’un homme et une femme l’attendaient à
et le priaient de descendre pour voir un malade
les
qu’ils avaient amené, et lui ayant remis entre
mains l’argent qu’elle avait reçu, il fut transporté de
Se
d’avance, il crut que c’était

voyant payé

joie.

bonne pratique qu’on lui amenait, et qu’il ne
"Prends vite de la lumière,
fallait pas négliger.
dit-il à sa servante, et suis-moi.” En disant cela,
il s’avança vers l’escalier avec tant de précipitation,
qu’il n’attendit point qu’on l’éclairât, et venant à
rencontrer le bossu, il lui donna du pied dans les
le fit rouler jusqu’au bas
côtes si
une

rudement, qu’il

de l’escalier; peu s’en fallut qu’il ne tombât et ne
roulât avec lui.
"Apporte donc vite de la lumière,”
cria-t-il à sa servante. Enfin elle arriva; il descendit avec elle, et trouvant que ce qui avait roulé,
était un homme mort, il fut tellement effrayé de
ce

spectacle qu’il invoqua Moïse, Aaron, Josué,

Esdras

,

et tous

les

autres

prophètes

de

sa

loi,

'"Malheureux que je suis! disait-il, pourquoi ai-je
voulu descendre sans lumière? J’ai achevé de tuer
suis cause de
ce malade qu’on m’avait amené ; je
sa

mort; je suis perdu.

Hélas!

on

va

bientôt

me

tirer de chez moi comme un meurtrier.”
Malgré le trouble qui l’agitait, il ne laissa pas
d’avoir la précaution de fermer sa porte, de peur
venant à passer par la
que par hasard quelqu’un
dont il se croyait la
malheur
du
ne
rue,
s’aperçût
Il prit ensuite le cadavre, le porta dans
cause.
la chambre de sa femme, qui faillit à s’évanouir,
quand elle le vit entrer avec cette fatale charge.
”Ali, c’est fait de nous, s’écria-t-elle, si nous ne
trouvons moyen de mettre cette nuit hors de chez
Nous perdrons indubitablenous ce corps mort.

J 84
la vie, si nous le gardons
jusqu’au jour. Quel
malheur! Comment avez-vous donc fait
pour tuer

meut

cet homme ?” ”11 ne
s’agit point de cela, repartit
le juif, il s’agit de trouver un remède à un mal
si pressant.”
Le médecin et sa femme délibérèrent ensemble
sur le
moyen de se délivrer du corps mort pendant
la nuit. Le médecin eut beau
rêver, il ne trouva
nul stratagème pour sortir d’embarras ; mais sa
femme,
plus fertile en inventions, dit: ”11 me vient une

pensée; portons ce cadavre sur la terrasse de notre
et le jetons par la cheminée dans la maison

logis,

du musulman notre voisin.”
Ce musulman était
des pourvoyeurs du Sultan ; il était
chargé du
soin de fournir l’huile, le beurre, et toutes sortes
de graisses. Il avait chez lui son
magasin, où les
rats et les souris faisaient un
grand dégât.
Le médecin juif ayant approuvé
l’expédient proposé, sa femme et lui prirent le bossu, le portèrent
sur le toit de leur maison;
et, après lui avoir passé
des cordes sous les aisselles , ils le descendirent
par la cheminée dans la chambre du pourvoyeur,
si doucement, qu’il demeura
planté sur ses pieds
contre le mur comme s’il eût été vivant.
Lorsqu’ils le sentirent en bas, ils retirèrent les cordes,'
et le laissèrent dans l’attitude
que je viens de dire.
Ils étaient à peine descendus et rentrés dans leur
chambre, que le pourvoyeur entra dans la sienne.
Il revenait d’un festin de noces
auquel il avait été
invité ce soir-là, et il avait une lanterne à la main.
Il fut assez surpris de voir à la faveur de sa lumière, un homme debout dans sa cheminée; mais
comme il était naturellement
courageux, et qu’il
s'imagina que c’était un voleur, il se saisit d’un
grand bâton, avec quoi courant droit au bossu :
”Ah ! ah ! lui dit-il,
je m’imaginais que c’étaient
les rats et les souris
qui mangeaient mon beurre
et mes
graisses , et c’est toi qui descends par la
cheminée pour me voler! Je ne crois
pas qu’il te
reprenne jamais envie d’v revenir.”
En achevant
ces
mots, il frappa le bossu et lui donna plusieurs
un

f

Le cadavre tomba le nez contre
coups de bâton.
terre; le pourvoyeur redouble ses coups; mais remarquant enfin que le corps qu’il frappe est sans
mouvement, il s’arrête pour le considérer. Alors
voyant que c’était un cadavre, la crainte commença
de succéder à la colère.
”Qu’ai-je fait, misérable,
Je viens d’assommer un homme: ah! j’ai
dit-riV
Grand Dieu , si
porté trop loin ma vengeance !
c’est fait de ma vie !”
vous n’avez pitié de moi,
et défait; il croyait déjà voir les
Il demeura

pâle

ministres de la justice qui le traînaient au supplice;
il ne savait quelle résolution il devait prendre....
Le pourvoyeur du Sultan de Casgar en frappant le bossu , n’avait pas pris garde à sa bosse.
Lorsqu’il s’en aperçut, il fit des imprécations contre
lui: "Maudit bossu! s’écria-t-il, chien de bossu!
plût à Dieu que tu m’eusses volé toutes mes graisses,
et que je ne t’eusse point trouvé ici! je ne serais
l’amour de toi
pas dans l’embarras où je suis pour
Etbiles qui brillez aux
et de ta vilaine bosse.
eieux , ajouta-t-il, n’ayez de la lumière que pour
En disant ces
moi dans un danger' si évident.”.
paroles, il chargea le bossu sur ses épaules, sortit
alla jusqu’au bout de la rue, où
de sa chambre
,

l’ayant posé debout
il

reprit

le

chemin

et

appuyé

de

sa

contre

maison

une
sans

boutique,
regarder

derrière lui.

Quelques moments avant le jour, un marchand
chrétien qui était fort riche, et qui fournissait au
palais du sultan la plupart des choses dont on y
avait besoin, après avoir passé la nuit en débauche,
s’avisa de sortir de chez lui pour aller au bain.
Quoiqu’il lut ivre, il ne laissa pas de remarquer
allait bientôt
que la nuit était fort avancée, et qu’on
du
la
à
la
de
pointe
jour; c’est pourappeler
prière
quoi précipitant ses pas, il se hâtait d’arriver au
bain , de peur que quelque musulman en allant à
la mosquée , ne le rencontrât et ne le menât eu

Néanmoins quand il fut
comme un ivrogne.
bout <le la rue, il s’arrêta nu. instant près «le
la boutique où le pourvoyeur du sultan avait mis

prison
au

IHti
le corps du bossu, lequel venant à être ébranlé,
tomba sur le dos du marchand, qui, dans la pensée
que c’était un voleur qui l’attaquait, le renversa
par terre d’un coup de poing qu’il lui déchargea
sur la tête; il lui en donna
beaucoup d’autres ensuite, et se mit à crier au voleur.
Le garde du quartier vint à ses cris; et
voyant
que c’était un chrétien qui maltraitait un musulman,
(car le bossu était de sa religion): "Quel sujet
avez-vous, lui dit-il, de maltraiter ainsi un musulman?” ”11 a voulu me voler, répondit le marchand,
et il s’est jeté sur moi pour me prendre à la
gorge.”
”Vous vous êtes assez vengé, répliqua le garde,
en le tirant par le bras, ôtez-vous de là.”
En même
temps il tendit la main au bossu pour l’aider à se
relever, mais remarquant qu’il était mort: ”Oh !
oh! poursuivit-il, c’est donc ainsi qu’un chrétien a
la hardiesse d’assassiner un musulman.” En aclievant ces mots , il arrêta le chrétien, et le mena
chez le lieutenant de police, où on le mit en prison
jusqu’à ce que le juge fût levé et en état d’interroger l’accusé.
Cependant le marchand chrétien
revint de son ivresse, et plus il faisait de réflexions
sur son aventure, moins il
pouvait comprendre comment de simples coups de poing avaient été capables
d’ôter la vie à un homme.
Le lieutenant de police , sur le rapport du

garde,

le cadavre qu’on avait apporté
le marchand chrétien, qui ne
put nier un crime qu’il n’avait pas commis. Le
lieutenant de police ne voulant pas faire mourir
le chrétien sans avoir auparavant appris la volonté
du Prince, alla au palais pour cet effet rendre compte
de ce qui se passait au Sultan, qui lui dit:
”Je
n’ai point de
grâce à accorder à un chrétien qui tue
un
musulman; allez, faites votre charge.” A ces
paroles, le juge de police fit dresser une potence,
et envoya des crieurs
par la ville pour publier qu’on
allait pendre un chrétien qui avait tué un musulman.
Enfin on tira le marchand de prison, on
l’amena au pied de la potence; et le bourreau, après

chez

t

et

ayant

vu

lui, interrogea

187

lui avoir attaché la corde au cou, allait l’élever eu
l’air, lorsque le pourvoyeur du Sultan fendant la
presse, s’avança en criant au bourreau! "Attendez,
attendez ; ne vous pressez pas, ce n’est pas lui
qui a commis le meurtre, c’est moi.” Le Heutenant de police qui assistait à l’exécution, se mit à
interroger le pourvoyeur, qui lui raconta de point
en point de quelle manière il avait tué le bossu,
et il acheva en disant qu’il avait porté son corps
à l’endroit, où le marchand chrétien l’avait trouvé.
"Vous alliez, ajouta-t-il, faire mourir un innocent,
puisqu’il ne peut pas avoir tué un homme qui n’était
plus en vie. C’est bien assez pour moi d’avoir
assassiné un musulman, sans charger encore ma
conscience de la mort d’un chrétien, qui n’est pas
criminel. Le pourvoyeur du Sultan de Casgar s’étant
accusé lui-mème publiquement d'être l’auteur de la
mort du bossu, le lieutenant de police ne put se
dispenser de rendre justice au marchand. "Laisse,
dit-il au bourreau, laisse aller le chrétien, et pends
cet homme à sa place, puisqu’il est évident par sa
Le bourpropre confession, qu’il est le coupable.”
reau lâcha le marchand,
mit aussitôt la corde au
cou du pourvoyeur ,
et dans le temps qu’il allait
l’expédier, il entendW; la voix du médecin juif, qui
le priait instamment de suspendre l’exécution , et
qui se faisait faire place pour se rendre au pied
de la potence.
Quand il fut devant le juge de police: ”Seignenr,
lui dit-il, ce musulman que vous voulez faire pendre,
n’a pas mérité la mort ; c’est moi seul qui suis
criminel. Hier, pendant la nuit, un homme et une
femme que je ne connais pas , vinrent frapper à
ma porte avec un malade
qu’ils m’amenaient. Ma
servante alla ouvrir sans lumière , et reçut d’eux
une pièce
d’argent pour me venir dire de leur part
de prendre la peine de descendre pour voir le ma
lade. Pendant qu’elle me parlait, ils apportèrent
le malade au haut de l’escalier, et puis disparurent.
Je descendis sans attendre que ma servante eût
allumé une chandelle; et dans l’obscurité, venant

à donner du pied contre le malade, je le iis rouler
bas de l'escalier.
Enfin je >is qu’il était
mort, et que c’était le musulman bossu dont ou
veut aujourd’hui venger le
trépas. Nous prîmes
le cadavre, ma femme et moi; nous le portâmes
sur notre toit, d’où nous le
passâmes sur celui du
pourvoyeur, notre voisin, que vous alliez faire mourir
injustement, et nous le descendîmes dans sa chambre
Le pourvoyeur l’ayant trouvé
par sa' cheminée.
chez lui, l’a traité comme un voleur, l’a frappé et
a cru l’avoir tué; mais cela n’est
pas, comme vous
le voyez par ma déposition.
Je suis donc le seul
auteur du meurtre ; et quoique je le sois contre
mon intention,
j’ai résolu d’expier mon crime, pour
n’avoir pas à me reprocher la mort de deux musul
mans, en souffrant que vous ôtiez la vie au pourvoyeur du Sultan, dont je viens vous révéler l’in-

jusqu’au

Renvoyez-le donc, s’il vous plaît, et me
place, puisque personne que moi n’est
cause de la mort du bossu.”
Dès que le juge de
police fut persuadé que le médecin juif était le
nocence.

mettez à

sa

il ordonna au bourreau de se saisir de
personne, et de mettre en liberté le pourvoyeur
du Sultan. Le médecin avait déjà la corde au cou
et allait cesser de vivre, quand on entendit la voix
du tailleur, qui priait le bourreau de ne pas passer

meurtrier,
sa

qui faisait ranger le peuple pour
le lieutenant de police, devant lequel
étant arrivé:
"Seigneur, lui dit-il, peu s’en est
fallu que vous n’ayez fait perdre la vie à trois
personnes innocentes ; mais si vous voulez bien
avoir la patience de m’entendre, vous allez connaître
le véritable assassin du bossu.
Si sa mort doit
être expiée par une autre, c’est la mienne.
Hier
vers la fin du
jour, comme je travaillais dans ma
boutique, et que j’étais en humeur de me réjouir,
le bossu à-demi ivre arriva, et s’assit.
Il chanta
quelque temps, et je lui proposai de venir passer
la soirée chez moi. U
y consentit, et je l'emmenai.
Nous nous mîmes à table,' et
je lui servis un mor
ceau de
poisson; en le mangeant, une arête s’arrêta
plus avant,
s’avancer

et

vers

chose que nous pûmes
Je soulager, il mourut
Nous fûmes fort afflige's de sa
en peu de temps.
mort, et de peur d’en être repris, nous portâmes
le cadavre à la porte du médecin juif. Je frappai,
je dis à la servante qui vint ouvrir, de remonter
promptement et de prier son maître de notre part
de descendre pour voir un malade que nous lui
amenions; et afin qu’il ne refusât pas de venir, je

tisuis

l'aire,

so«

nia

gosier,

quelque

et

femme et

moi, pour

main propre une
Dès qu’elle fut
haut de l’escalier
sortîmes aussitôt,
et moi, pour nous retirer chez nous.
ma femme
Le médecin , en voulant descendre , fit rouler le
bossu; ce qui lui a fait croire qu’il était cause de
sa mort.
Puisque cela est ainsi, ajouta-t-il, laissez
aller le médecin et faites-moi mourir.”
Le lieutenant de police et tous les spectateurs
ne pouvaient assez admirer les étranges évènements
"Lâche
dont la mort du bo.ssu avait été suivie.
donc le médecin juif, dit le juge au bourreau, et
pends le tailleur, puisqu’il confesse son crime. Il
faut avouer que cette histoire est bien extraordi«aire, et qu’elle mérite d’être écrite en lettres d’or.”
Le bourreau ayant mis en liberté le médecin, passa

chargeai de lui remettre en
pièce d’argent que je lui donnai.
remontée, je portai le bossu au
sur la première marche, et nous

la

une

corde

au

cou

du

tailleur,

et

pendant qu’il

se

le Sultan de Casgar,
préparait pendre
qui ne pouvait se passer long-temps du bossu, son
bouttbn, ayant demandé à le voir, un de ses officiers lui dit: ”Sire, le bossu dont votre Majesté
est en peine, après s’être enivré hier, s’échappa
à

cet

homme,

pour aller courir par
On a
ce matin.
conduit devant le juge de police un homme accusé
de l’avoir tué, et aussitôt le juge a fait dresser
une potence.
Comme on allait, pendre l’accusé,
et après lui un autre, qui
un homme est arrivé,

du

palais

la ville

,

contre

sa

coutume

et il s’est trouvé mort

s’accusent eux-mêmes, et se
Il y a long-temps que cela

déchargent
dure,

l’un l’autre.

et le lieutenant

100

«le

police esl actuellement occupe à interroger un
troisième homme, qui se «lit le véritable assassin.”
A ce «liscours, le Sultan de
Casgar envoya un
huissier au lieu du supplice: "Allez, lui dit-il, en
toute

diligence

dire

incessamment les

au

juge

accusés,

de

et

police qu'il m’amène

qu’on m'apporte aussi

le corps du pauvre bossu que
fois.”
L’huissier partit ,

Voir encore
arrivant dans le
temps que le bourreau commençait à tirer la corde
pour pendre le tailleur , il cria de toute sa force
que l’on eût à suspendre l’exécution. Le bourreau
ayant reconnu l’huissier, n’osa passer outre, et lâcha
le tailleur.
Après cela , l’huissier ayant joint le
lieutenant de police, déclara la volonté du Sultan.
Le juge obéit , prit le chemin du palais avec le
tailleur, le médecin juif, le pourvoyeur et le marchaud chrétien, et lit porter par quatre de ses gens
le corps du bossu.
Lorsqu’ils furent tous devant le Sultan, le juge
de police se prosterna aux pieds de ce prince, et,
quand il fut relevé, il lui raconta fidèlement tout
ce qu’il savait de l’histoire
du bossu.
Le sultan
la trouva si singulière, qu’il ordonna à son historiographe particulier de l’écrire avec toutes ses circonstances.
une

Histoire d’un

je

veux

et

parapluie.

Parmi les inventions dues à l’esprit de perfectionnement moderne, il en estune, qui, regardée
comme
indispensable par beaucoup de gens m’a
toujours inspiré une singulière aversion; c’est celle
des parapluies. Je ne rechercherai pas quand, comment, et par qui, cette machine fut inventée; mais
je me bornerai à raconter les nombreux inconvénients,
,

ou, pour mieux dire, les
ont résulté
pour moi de la

calamités véritables, qui
possession d’un parapluie.
Il n’est personne
qui n’ait éprouvé une fois ou
une autre
le désagrément de voir son parapluie
perdu, volé ou échangé; qui ne sache combien il
t

HM

est difficile de cheminer avec un parapluie ouvert
dans une rue populeuse, de le tenir sur l’impériale
d’une voiture publique , ou dans certains détours
de rue par un gros vent ; qui n’ait déploré la
disparition presque miraculeuse d’un très-joli parapluie tout neuf; personne enfin qui n’ait été atteint
par un parapluie porté sans précaution, ou qui du
moins n’ait pu craindre de l’être. Je me sonviens
à cette occasion d’avoir entendu parler d'un ouvrage
publié, il y a peu d’années, sur l’art de porter son
parapluie, avec des planches explicatives pour indiquer les différentes manières dont un piéton peut
s’en servij pour incommoder ceux qui passent à
côté de lui.
Cependant malgré cette nombreuse
énumération des désagréments que causent les parapluies en général, il en est encore d’un genre particulier qui n’ont été connus que de moi seul.
Une économie mal entendue fut l’origine de
mes maux.
Dans l’année 1819 j’errais un jour dans
la rue de ***. Un ciel nuageux annonçait une averse,
lorsque mes regards furent attirés par l’écriteau
d’une boutique décorée d’une grande variété d’ob jets
à bon marché.
Je regardais machinalement et en
silence la liste nombreuse des articles offerts aux
acheteurs, et je me disposais à aller à la recherche
d’une voiture pour me mettre à l’abri de la pluie,
lorsque l’idée me vint tout-à-coup que je pourrais
atteindre le même but en achetant un parapluie;
il ne me coûterait pas plus qu’un fiacre et me resterait ensuite à tout jamais, tandis qu’une voiture....;
mais il était inutile de pousser le raisonnement
plus loin , et sans hésiter davantage j’entrai dans
la boutique aux parapluies. Le marchand s’empressa
à l’ouïe de ma requête : il étala devant moi une
armée de parapluies eh soie mi en coton, de toutes
nuances.
Si j’en achète un de soie, pensai-je, il
sera
perdu au bout de trois jours ; et d’ailleurs
c’est l’économie qui m’amène ici.
En raisonnant
ainsi je tournai mes regards vers le coton modeste
qui, déprécié par le marchand lorsqu’il avait cru
que je préférerais la soie, devint à son tour l’objet

11)2

•le
un

,

panégyriques.
guingliam vert, et
ses

Mon choix

se

fixa enfin

sur

j’en eusse cru le dire du
qualités, son imperméabilité, sa
si

marchand sur ses
solidité, c’était la merveille de l’industrie humaine.
Son
Mais quoiqu’il en fût, il valait bien son prix.
prix! je rougis de l’avouer; il coûtait quatre francs!
Au premier moment je n’éprouvai que du contentemeut, et tout en étalant avec complaisance ma nonvelle emplette, je m’avançai hardiment dans la rue.
Ma route fut longue et
pour en l'aire l’épreuve.
ses moyens de réle
d’observer
tout
temps
j’eus
sistance à la pluie. Le résultat me satisfit entièrement. J’étais content de mon acquisition et je croyais
devoir l’être toujours ; illusion qui fut bientôt dissipée. Les vives espérances avec lesquelles nous
accueillons un nouvel ami, un nouveau projet, sont
presque toujours déçues; l’histoire de mon parapluie
offre un exemple frappant de cette vérité.
Pendant la semaine qui suivit, j’éprouvai sur
Mon
mon emplette une satisfaction sans mélange.
et mes
moi
de
était
pour
requête
toujours
parapluie
amis, et on le trouvait toujours à côté de l’horloge
de l’antichambre, en cas de besoin.
Cependant au
bout de quelques jours le lustre factice de l’étoffe
fut enlevé par la pluie, et mon admiration pour
lui s’altéra. Mon refroidissement encouragea bientôt
quelques libertés de la part des domestiques. Ils

sans permission pour
au remessage à la hâte, et le laissaient
tour sécher sans précaution à sa place accoutumée.
L’impunité produisit la récidive , et bientôt mon
de chacun. Je
pauvre parapluie devint la propriété
tolérai cet état de chose, car un jour l’épithète de

s’eu
faire

emparaient quelquefois
un

l ’homme

au

mon
oreille,
faire suivre par-

guingliam ayant frappé

je commençai

à

me

lasser de

me

inséparable compagnon. De plus mou
naturelle pour les parapluies s’était réveillée; j’avais toujours eu de la répugnance à en
porter un ; cela me donnait le torticolis , gênait
ma
marche, m’empêchait de regarder aux fenêtres,
Ce retour
enfin me contrariait de toute manière.

tout de cet

aversion

1<)3

était dû, je dois l’avouer, aux changes’étaient ope're's dans la figure de mon
Battu par les orages , touché par des
mains sales, sa couleur primitive s’e'tait tout-à-fait
altérée ; l’humidité avait dérangé la gracieuse symétrie avec laquelle s’épanouissaient ses branches;
l’anneau de cuivre ne glissait plus que difficilement
sur sa circonférence
épaissie , et la rouille avait
attaqué sa ferrure; enfin il était tel, qu’envoyant
l’économie au diable, je préférais le plus souvent
mouiller mes habits plutôt que de le prendre.
Un jour cependant qu’une affaire m’appelait
hors de chez moi, et que des nuages lourds et noirs
annonçaient clairement une averse, je vis en traversaut le vestibule, mon parapluie appuyé contre la
muraille, immobile et piteux. Un remords me saisit.
”11 va pleuvoir,” me dis-je ; ”je ne rencontrerai
Pendant la
personne; prenons mon parapluie!”
première demi-heure de marche je ne vis personne
de ma connaissance ; mais j’observai bientôt avec
effroi que le ciel se découvrait.
En effet un soleil
brillant succéda aux menaces de pluie. Il était trop
tard pour songer à la retraite et je continuai à
marcher en avant, maudissant le soleil, le parapluie
et le remords de conscience qui m’avait porté à

d’antipathie

ments

qui
parapluie.

-—

m’en

charger.

Chacun sait qu’à Londres, lorsque le soleil
brille au printemps, tous ceux qui peuvent mettre
un pied devant l’autre sortent de chez eux pour en
jouir. Ce fut précisément ce qui arriva ce jour-là,
et je rencontrai plus de gens de ma connaissance
En
que durant les deux mois qui avaient précédé.
vain je tâchais de passer tout droit et comme en
grande hâte, en faisant un simple signe de tête ;
chacun semblait s’être donné le mot pour m’arrêter
et me causer sans avoir rien à dire.
Plus de dix
fois je vis arriver ce fatal moment de silence, où,
après avoir épuisé les phrases de politesse usitées
quand on se rencontre , on regarde autour de soi
pour trouver encore quelque chose à dire avant
de prendre congé, et alors je voyais toujours les
13

I :M

regards se fixer sur mon parapluie. Vainement je
tâchais de le dissimuler; il semblait qu’il eût un
J’aurais voulu le
charme pour attirer les regards.
voir cent pieds sous terre.
Au retour je voulus
malheureusement abroger le chemin en traversant
le jardin de hensington,, et j’eus lieu de m’en repentir. Je cheminais à l’écart dans une de ces
allées ombragées qui sont si agréables par le beau
temps. La vue d’aucun promeneur ne venait renouveler mes craintes, et je pouvais sans effroi comparer
la couleur fanée de mon guingliam avec le vert frais
et foncé des mousses humides ; lorsque le ciel inconstant d’avril venant tout-à-coup réaliser ses meje déployai mon parapluie pour me mettre à
Dans cette opération, l’anneau se détacha
couvert.
et roula par terre.
Après l’avoir ramassé et remis
dans ma poche, je vis, en relevant la tète, un
Sa brushomme en habit vert s'avancer vers moi.
me fit faire un mouvement de surapparition
riaces,

que

prise, ce qui le confirma sans doute dans l’opinion
qu’il s’était formée à mon égard. Il me barra le
chemin et me dit sans autre préliminaire: "Qu’avez"Dans
Monsieur?”
vous mis dans votre poche,
ma
poche! Comment dans ma poche!” dis-je
avec étonnement.
"Allons,” reprit-il, "répondez
Nous savons pourquoi certaines gens
franchement.
aiment à se promener par la pluie dans ces allées
"Sur ma foi,” répondis-je, "vous en
sombres.”
"Point de balivernes,
savez donc
plus que moi.”
—

—

—

•—

Monsieur ! Donnez-moi ce que vous avez relevé.
C’est la règle que tout ce qu’on trouv e dans le jardin
soit déposé chez le portier en sortant.”
J’étais partagé entre la gaîté que m’inspirait
la méprise du questionneur et le dépit que me causait
son impudence; mais bien résolu à ne point satisfaire à son impertinente requête, je lui dis en le

regardant

fièrement de

me

laisser

Monsieur,” répondit-il, ”je
tranquille
avez

que

vous

mis dans votre

m’écriai-je, "que je

ne

tranquille. ”Non,
laisserai point

vous

m’ayez montré ce que vous
poche.”'—■ "Alt vraiment, oui!”
ne

vais vider

mes

poches

à votre

105

commandement! Qui êtes-vous donc pour m’arrêter
Laissez-moi passer, mon ami, je suis un peu
”Je le crois bien, mou cher Monsieur.

ainsi?

pressé.”
Mais puisque
—

vous
voulez savoir qui je suis, je
et en même temps il me mit devant
le dirai
La chose
les yeux le signe officiel des constables.
devenant plus sérieuse, j’entrai décidément en co-

vous

sortis de ma poche le malencontreux anje m’écriai: ”Tenez, mal avisé que vous
êtes! C’est l’anneau de mou parapluie. Maintenant,
arrêtez-moi si vous l’osez !”
Le constable ne parut qu’à moitié satisfait. Il
murmura , en me tournant le dos , quelque chose
entre ses dents, où je crus distinguer les mots de
"vieux parapluie,” qui tout le jour avaient résonné
Je perdis alors tout empire sur
à mes oreilles.
moi-même. Prompt comme l’éclair, je fermai mon
parapluie, et je m’en servis pour étendre tout de
son
long le constable sur l’herbe. Après cette belle
et je fus hors
prouesse je tournai sur les talons ,
Je sais à peine comdu jardin en quatre sauts.
ment j’arrivai chez moi, et comment je ne jetai
de mon
pas dans la Tamise la cause innocente
Le lendemain je pus lire dans les
humiliation.
journaux un récit amplifié de l’insulte audacieuse
faite à l’un des constables du jardin de Kensington.
L’exactitude des faits était trop peu observée dans
cette narration, pour qu’on put y reconnaître la
la description du parapluie
vérité; mais
1ère:

je

neau, et

cependant
parfaitement fidèle, et la crainte que son aspect
ne pùt me dénoncer, m’engagea à me rendre sans
où j’achetai
dilférer dans un magasin du Strand
un beau
parapluie de soie brune qui me coûta sept
Huit jours après
fois autant que mon guingham.
était

,

il me fut volé par un homme de loi dans la salle
de Westminster.
Je retrouvai mon guingham in statu quo auprès
Les résolutions de l’homme sont
de la pendule.

variables,

surtout

lorsqu’un

moment

d’effervescence

Plus d’une fois je jurai de ne plus
retoucher mon vieux parapluie, et plus d’une fois
les

inspire.

J 3*

>

la
J’eus

l’occasion,

hâte,

me

firent manquer à

mes

ser-

toujours lieu île m’en repentir. Un
jour j’en enfonçai la canne clans une grande glace
des fenêtres d’un magasin. Après cet accident mon
parapluie fut deux mois sans voir le jour. Dans une
autre occasion je faillis au théâtre m’attirer un due),
en
applaudissant trop énergiquement avec mon parapluie sur les talons cl’un voisin en moustaches et
en bas de soie.
Etant un soir d’humeur bachique
je me joignis à une bande joyeuse dans l’entreprise
de mettre à bas la guérite d’une sentinelle.
Ce
délit nous amena devant le Commissaire de police,
après une nuit passée aux arrêts; et en preuve de
ma
culpabilité on produisit mon parapluie dont le
bout avait disparu dans l’action.
En vain niai-je
ma paternité, dans
l’espoir d’être enfin' débarrassé
ments.

de cet/ami incommode; la sentinelle fut obstinée,
et le commissaire péremptoire.
Je fus condamné
à payer l’amende et à reprendre mon parapluie.
Trois fois j’essayai de le perdre en le laissant
chez mes amis , et autant de fois un domestique
me le
rapporta en disant: ”J’ai bien reEt il me
que c’était celui de Monsieur.”
fallut donner un pour boire à l’officieux. Découragé
par tant d’essais infructueux, je ne tentai plus rien
en ce genre.
Mais le temps avait fait un nouvel
outrage à mon parapluie. La tête de bois peint
dont se glorifiait le corbin dans ses beaux jours,
chancelait sur sa base, et souvent un passant courait après moi dans la rue avec le morceau à la

soigneux
connu

main,

en me

disant:

"Monsieur,

îe corbin de votre

parapluie!”
peu habitué aux recherches métaphyje ne saurais expliquer par quelle anomalie de l’esprit humain je continuai à garder auprès
de moi cet ennemi de ma paix intérieure.
Des
circonstances particulières m’ayant enfin obligé à
un
voyage sur le Continent, les préparatifs de déJe suis

siques,

et

part

firent pour

Je

me

un

temps oublier

mon

parapluie.

pris place sans songer à lui dans la diligence
de,Douvres qui était encombrée de passagers. Les

i y;

de ”Toui est prêt!” venaient de se faire enet le cocher avait donné son premier coup
de fouet lorsque les cris : "Arrêtez! arrêtez!” frappurent mon oreille. Le conducteur articula un juron
d'impatience qui fut répété à la ronde, et tous les
jeux se tournèrent vers un messager haletant qui
arrivait tenant en l’air quelque chose qui n’était
autre que mon vieux parapluie.
Le désespoir me
mots

tendre,

donna
mes

l’apparence du calme, j’étendis la main et
doigts se refermèrent en silence sur le guingdétesté, quoique je l’eusse plus volontiers en-

ham
foncé dans la gorge de ce messager de malheur.
Nous atteignîmes bientôt Douvres et un vent
favorable nous accompagna dans la traversée.
J’avais été debout toute la nuit, et arrivé à Calais
je sentis le besoin de me reposer jusqu’au moment
du départ de la voiture pour Boulogne.
Fatigué et
endormi, je remis le soin de mes effets à un comLe lendemain, en examinant mou
missionnaire.
bagage , je vis que deux articles étaient restés en
arrière, un uniforme et mon parapluie. Je ne vou
lais pas perdre le premier de ces objets , et en
conséquence j’écrivis à l’aubergiste pour le réclamer,
en me
gardant bien toutefois de parler du parapluie.
Eu retour de ma démarche je reçus les deux objets

égarés.
Je suis à Paris depuis quelques mois. Dans cette
joyeuse capitale, chacun est libre de ces actions et
je puis m’y servir de mon parapluie sans risquer
d’être remarqué de personne.
Toutefois, lorsque
je suis pris sur le fait par un compatriote, je dis
un mot d’un air indifférent sur la nécessité
ou
je
me suis vu
d’emprunter le parapluie du portier.
Hier il pleuvait des hallebardes
comme je me
trouvais au Jardin des Plantes
et je me réfugiai
dans un omnibus, abandonnant mon parapluie à son
malheureux sort. A présent, Dieu merci que j’en
suis débarrassé tout de bon, je puis terminer ici
i’hïstoire de mon vieux parapluie
,

,

,

|

196

J’allais ajouter mes initiales au bas de ce ma
nuscrit lorsque le portier entre dans ma cliambre.
Il avait un frère employé dans la police, et connaissant l’adresse de tout le monde , ce frère qui le
suit, a en main mon vieux parapluie.

Sixte
Sixte V est

qui

nous

quint.

hommes extraordinaires
que peut inspirer l’amdans un village de la
en 1521
les
Grottes, pres du cliâappelé
dont il prit le nom dans la suite.

un

de

montrent tout

ces
ce

Il naquit
bition.
marche d’Ancône,
teau de Montalte,
Son père était un pauvre vigneron qui, ne pouvant
nourrir sa famille, mit le petit Félix Peretti, c’était
le nom de Sixte, chez un laboureur des environs.
Les occupations les plus viles furent celles dont
il eut soin des pourceaux , et les
on le chargea ;
conduisit aux champs. Une circonstance bien simple
le tira de cet abaissement. Un jour qu’il s’acquittait de son emploi ordinaire, un cordelier conventuel
vint à passer, et demanda le chemin qu’il devait
prendre pour aller à Ascoli. Le jeune Félix quitta
aussitôt son troupeau , et marcha devant lui pour
le conduire. Dans la route le cordelier le questionna,
et fut si satisfait de ses réponses et de la vivacité
de son esprit qu’il lui proposa de venir avec lui
Félix ne demandait pas mieux ;
dans le couvent.

répondit, avec une hardiesse, mêlée de modestie, qu’il le suivrait non seulement jusqu’à Ascoli
mais jusqu’au bout du monde. Le religieux, étonné
il lui

de la fermeté et de la résolution de cet enfant,
résolut de le mener avec lui, mais il lui dit auparavant d’aller ramener son troupeau chez son maître,
et de venir ensuite le trouver dans le couvent de
Saint François d’Ascoli.
Félix, qui ne le voulait
point perdre de vue, lui répondit que ses bêtes
avaient coutume de s’en retourner toutes seules,
sitôt que la nuit
s’approchait, et continuant toujours
son
chemin, ils arrivèrent ensemble sur la fin du

|J

19»

Ce fut Jà que
monastère des cordeiiers.
Il re'pondit si bien aux soins
ses e'tudes.
fut parvenu
que l’on prenait de lui, que lorsqu’il
à un âge convenable , on le revêtit de l’habit de
Pin peu de temps il devint bon gramcordelier.
mairien et bon logicien. Les talents et les progrès
rapides qu’il fit dans ses e'tudes, lui valurent la
faveur de scs supérieurs et la jalousie de ses confrères; son humeur indocile et violente contribuait
beaucoup à l’aversion qu’on lui portait. Il savait
faire sa cour à ses maîtres, mais il semblait prendre
plaisir à exciter la haine de ceux qui ne pouvaient
Il irritait toujours ses
rien pour son avancement.
disait sans
compagnons par ses railleries , et leur
Veux-tu disputer contre
cesse avec un air moqueur!
moi ?
Ces jeunes gens, offensés de cette plaisanterie, cherchaient à s’en venger par quelque tour de

jour

au

Félix fit

Ils résolurent un jour entr’eux de contrefaire le cri des cochons, d’aussi loin qu’ils l’aperce-

malice.

vraient,
donner

et

ils

se

tenaient

sur son

passage pour lui

cette cruelle mortification.
Félix,
insultes, dit tout haut, qu’il casserait

sans cesse

de ces
la tête au premier qui se trouverait sous sa main,
et saisit à ce dessein un gros bâton où étaient attachées les clefs de l’église. Le neveu du provincial
alla malheureusement pour lui recommencer la même
avanie. Frère Félix le trouvant à portée, lui déun
coup de son bâton sur le derrière

ennuyé

chargea

grand

”J’ai gardé les cochons,
de la tête, en lui disant:
mais je ne l’ai jamais été, et puisque tu les contrefais si mal, c’est à moi à t’apprendre à mieux
parler leur langage.”
A son retour de Lucques, où il était allé voir
le pape , un certain bachelier l’ayant trouvé avec
quelques autres religieux dans la chambre du gai*-

dien,

le

lui fit

en

riant

une

prenant par le bras,

profonde révérence,
"Depuis

et lui dit:

en

que
à
vous sentez le pape
vous avez vu sa Sainteté ,
pleine bouche.” Félix repartit sur le même ton:
”Si vous êtes si jaloux de l’honneur et du plaisir

200

que cette vue in’a procuré, quel dépit n’aurez-vous
point, lorsque vous me verrez remplir sa place?”
A vingt-quatre ans, suivant la coutume, on le
fit prêtre.
11 devint ensuite docteur et
professeur
de Théologie à Sienne.
Ce fut alors qu’il changea

nom de Peretti en celui de Montalte.
Le
désir qu’il avait de s’avancer, lui fit mettre en œuvre
tous ses talents ; il prêcha à Rome, à Gènes, à
son

Pérouse, ailleurs encore, et avec tant de succès
qu’il fut nommé commissaire-général à Bologne, et
Il était fort bien à cette
inquisiteur à Venise.
dernière place ; mais son caractère
porté à la
cruauté, se plaisait à écraser les autres sous une
,

Le sénat de Venise et les reliverge inflexible.
gieux de cette ville, ayant bientôt reconnu en lui
un véritable
tyran, ne négligèrent rien pour le perdre;
ne se sentant
pas de force à leur résister, il prit
le parti prudent de fuir en secret. Comme un de
ses amis l’en
plaisantait, il répondit, qu’ayant fait
vœu d’être
pape à Rome, il n’avait pas jugé à propos
de se laisser pendre à Venise.
De retour à Rome, on le fit l’un des consulteurs
de la congrégation, et ensuite procureur-général
de l’ordre. Il accompagna en Espagne le cardinal
Buoncompagtio, en qualité de théologien du légat
et de consulteur du Saint-Office.
Ce fut pendant
ce
voyage que son ambition et les réflexions quelle
lui inspira, lui firent commencer ce rôle dissimulé

qu’il ne quitta plus qu’après son élection au trône
pontifical. Jusqu’alors il avait été violent, opiniâtre;
tout-à-coup il changea, on le vit doux, complaisant,
et laissant briller toute la beauté de son esprit sans
chercher à humilier qui que ce fût. Ce caractère

facile lui fit autant d’amis que l’autre lui avait donné

d’ennemis.

et

Cependant

le cardinal

Alexandrin,

son

disciple

protecteur, étant devenu pape, lui envoya,
en
Piémont, un bref de général de son ordre, et
dans la suite il
y ajouta le chapeau de cardinal.
son

C’était
beaucoup, mais quand est-ce que l’ambition
a dit aux hommes, c’est assez?
Montalte ne pou-

.201
vait

esperer que la tiare ; il y porta toutes
toutes ses actions.
Mais cet homme
n’était rien moins qu’un ambitieux vulgaire: il avait
prévu que, s’il laissait seulement deviner ses désirs , tous ses rivaux s’empresseraient de l’écarter
du chemin.
Son esprit était un foyer de ruses que
l'honnête homme se gardera bien de justifier: cet
artificieux cardinal renonça à toutes sortes de
brigues
et d’affaires, se tint chez lui, se
plaignit continuellement des infirmités de vieillesse, et ne
parut ocses

cupé
sous

plus

vues

,

que de la prière. Ou le voyait courbé comme
le poids des années, la tète penchée sur
l’épaule,

les yeux baissés, et
s’appuyant sur un bâton, comme
s’il n’eût pas eu la force de se soutenir.
A l’entendre, il allait mourir. Quand il parlait, c’était
avec
peine, d’une voix cassée et entrecoupée d’une
toux qui semblait à chaque instant le menacer de
la mort.
Ce fut surtout dans cet équipage qu’il
parut au conclave, après la mort de Grégoire XIII,
qui avait succédé à Pie V. Tous ses confrères les
cardinaux , dupes de ses artifices, se
moquaient
presque de lui, l’appelaient l’âne de la Marche', la
bête romaine, et ne se doutaient guère qu’il allait
devenir leur maître, et un maître terrible. Divisés

factions pour le choix d’un nouveau pape,
vinrent à penser à Montalte , qui, par un
art que lui seul possédait, les avait amenés à ce
point sans qu’ils s’en fussent doutés. On l’en avertit.
”Hélas ! dit-il avec l’air d’une profonde humilité,
je suis bien indigne d’un aussi grand honneur.
Ai-je donc assez de vaient pour me charger seul du
gouvernement de l’Eglise? Ma vie ira-t-elle même
à la fin du conclave?.... Ah! si c’est moi,
ajouta-t-il,
qui dois porter ce fardeau, vous ne m’abandonnerez
donc pas? et en me donnant le nom de
pape, vous
en ferez donc valoir l’autorité?”
Un candidat qui
parlait ainsi, parut précieux à la troupe ambitieuse
des cardinaux: chacun espéra bien avoir une
part
dans la puissance
qu’un vieillard si faible semblait
ne
pouvoir en effet exercer. Le rusé Montalte fut
élu. Ce fut alors que la scène changea. Le moribond
en

cinq

iis

en

ih'

'

202

se

redresse

aussitôt, jette

sou

bâton de

côté,

entonne d’une voix de tonnerre le Te Tienm.

et

On

des cardinaux trompés,
lis remarquèrent, lorsque
les maîtres des cérémonies l’habillaient, qu’il se
tournait et étendait les bras avec une promptitude
Le cardinal Rusticucci
et une force merveilleuse.
qui ne pouvait comprendre une si grande métamorphose, lui dit assez familièrement: ”Le pontificat,
très-saint Père, est un souverain remède, puisqu’il
rend la jeunesse et la santé aux vieux cardinaux
Montalte répondit d’un ton qui sentait
malades.”
la
majesté d’un pontife: ”J’en suis persuadé
déjà
En sorpar l’expérience que j’en viens de faire.”
tant du conclave , le nouveau pape , dit Grégorio
Leti, donnait la bénédiction avec tant de facilité,
que le peuple émerveillé ne pouvait croire que ce
fût là ce triste et faibie Montalte , qui venait de

peut juger
et trompés

de la

surprise

à bon droit,

avec tant de peine.
Le cardinal de Médicis étant allé l’adorer, seIon la coutume, avec tous les autres cardinaux, et
le voyant debout appuyé tout droit contre le dos
"Votre Sainteté a bien
de son fauteuil, il lui dit:
air que lorsque vous
une autre mine et un autre
”Je cherétiez cardinal.” A quoi Sixte répondît:
chais alors les clefs du paradis, et pour les mieux
trouver je me courbais et je baissais la tète; mais
se

traîner

sont entre mes mains, je ne regarde
que le ciel, n’ayant plus besoin de toutes les choses
de la terre.”
Sixte V, c’est le nouveau nom qu’il avait pris,
montra bientôt qu’il se portait bien de corps et
d’esprit: son ancien caractère, ce caractère impérieux et sévère qui voulait voir tout fléchir, tout
trembler, se remontra dans toute sa vigueur. 11
faut cependant commencer par dire que, s’il déploya

depuis qu’elles

autorité avec tout l’appareil de la tyrannie et
môme de la cruauté, il s’éloigna rarement du sentier de la justice.
Rome, en ce moment, avait le
son

plus grand besoin d’un
pût épouvanter le crime.
/

comme
homme qui
La licence avait été
,

lui,
sans

203

les derniers pontificats; les terres de
de brigands qui exerçaient impunément toutes sortes de violences; la sûreté publique
n’existait plus, mêmé* dans la ville, où le libertiSixte, avec une
nage était porté à son comble.
verge de fer, fit tout rentrer dans l’ordre: sa rigueur
fut excessive; mais les brigands de toute espèce
tremblèrent à son seul nom.
Lorsqu’on le voyait
dans les rues, le peuple, au lieu de sortir des maisons et de faire une double haie sur son passage,
se retirait, ne
pouvant soutenir ses regards, et il
ne trouvait en son chemin
que de pauvres vieillards,
qui n’ayant pas eu la force de prendre la fuite comme
les autres, se jetaient à genoux et le saluaient dans

bornes

sous

l’Église infestées

profond silence. Cette frayeur s’était tellement
répandue parmi la populace, que les mères et les
un

nourrices n’avaient pas de meilleur moyen pour
faire taire leurs enfants que de leur dire : ”voilà
le pape Sixte qui passe.”
Un poète napolitain, qui s’était établi à Rome,
fit paraître quelques vers à la louange de certaines
dames romaines, parmi lesquelles il y avait une
femme d’une vertu reconnue, mais dont le mari,
qui était avocat, n’était pas des amis de l’auteur.
Celui-ci, après avoir dit beaucoup de bien de cette
femme, finissait son poème par un vers très-offensant pour sa vertu.
Une copie de ces vers qu’on
faisait courir par la ville, tomba entre les mains
Il l’apporta au pape, qui donna ordre en
du mari.
même temps au barigel de faire arrêter ce poète
et de le lui amener, voulant l’interroger lui-même
et savoir par sa bouche la vérité de cette accusation.
L’avocat, craignant que la fuite de cet homme ne
lui fit perdre l’occasion de se venger, en fit faire
une telle
perquisition qu’il fut arrêté dès le soir
même.
Ce malheureux fut étrangement surpris de
se voir entouré de sbires ,
et conduit devant le
pape: quoiqu’il ignorât la cause de son emprisonnement, sa conscience commença à lui reprocher son
Le pape tenait en main la copie de ces
crime.
il lui demanda s’il en était l’auteur.
vers ;
Cet

homme le lui avoua ingénument.
Sixte lui ordonna
ensuite de lire lui-même ces vers jusqu’à l’endroit
où cette femme était maltraitée; et puis, lui ayant
commandé de les replier, il l’interrogea sur ce qui
l’avait obligé à déchirer la réputation d’une honnête
femme.
Le coupable répondit que ce qu’il y avait
d’injurieux contre elle dans ses vers, était le pur
effet d’une licence poétique; que cette liberté avait
été accordée de tout temps aux peintres et aux
poètes, et qu’enfin la nécessité de la rime l’avait
obligé à s’exprimer ainsi. Tous les assistants ne
purent s’empêcher de rire de cette bizarre excuse,
à la réserve du pape qui lui répondit d’un ton
”Si vous autres petits poètes
grave et sérieux.
prenez la licence de faire des vers de ce style-là,
je crois que les papes pourront jouir du même
droit. Voyons donc un peu\ si je pourrais encore
faire des vers et les tourïtèr selon mon goût.”
Après avoir rêvé l’espace d’un moment, il prononça
ces deux vers:
”Vous méritez, seigneur Matère,
De ramer dans une galère.”
Ce qui fut exécuté.
Lorsqu’il était encore simple religieux, demeurant dans le couvent de Mace'rata,- il alla un jour
marchander une paire de souliers chez un cordonnier.
Après avoir long-temps disputé sur le prix, le cordonnicr les lui laissa à sept jules , et frère Félix
qui ne lui en voulait donner que six , le pria de
se contenter de ce
qu’il lui offrait pour ses souliers,
ajoutant qu’il serait peut-être en état de lui payer
quelque jour le septième jule. "Mais quand me le
donnerez-vous, lui dit le cordonnier, quand vous
serez pape ?”
”Si vous m’en vouliez faire crédit
jusques-ià, lui répartit frère Félix, je promets de
vous le
Le cordonnier
payer avec les intérêts.”
se
prit à rire et lui dit : ”Je vous vois si bien
disposé à vous faire pape, que je consens à n’être
payé qu’à ce terme-là;” et il lui donna les souliers.
Frère Félix demanda sou nom, et lui promit de
se souvenir en
temps et lieu du marché qu’il venait de faire.
Sitôt qu’il fut dans sa ceilule, il
mit cette aventure dans un journal, où il marquait

205

exactement tout ce qui lui arrivait
chaque jour.
Etant devènu pape, il
prenait quelquefois plaisir à
lire ce journal, qui lui rappelait toutes les aveu
tures de sa vie.
Un jour , en le feuilletant, il
tomba sur l’article du cordonnier, et donna ordre
qu’on s’informât de ce qu’il e'tait devenu. Le gouveriieur de Macérata le fît conduire à
llome, sans lui
faire savoir le sujet de son
voyage. Le cordonnier,

qui depuis quarante ans avait oublie' les souliers
et le jule
que frère Fe'lix lui devait, ne pouvait
revenir de sa surprise et tremblait à mesure
qu’il
approchait de Rome. Sitôt qu’il fut arrivé, on le
mena devant sa
Sainteté, qui lui demanda s’il ne
se souvenait
point de l’avoir jamais vu à Macérata.
Ce pauvre homme transi de
peur lui répondit que
Sun,, ”Hé quoi! ajouta Sixte, ne te souviens-tu
point 3e m’y avoir vendu une paire de souliers ?”
Le cordonnier plus embarrassé
que jamais haussait
les épaules, et témoignait par cette contenance
qu’il

n’avait aucun souvenir de ce
qu’on lui demandait.
”Hé bien, lui dit le
pape, je sais que je suis ton
débiteur, et je t’ai fait venir ici pour m’acquitter
de cette dette.” Ce discours
qui augmentait de plus
en
plus l’embarras du cordonnier, lui fit perdre
entièrement la parole, et Sixte lui expliqua ainsi
tout le mystère :
”Tu m’as autrefois vendu une
paire de souliers , sur laquelle tu me fis crédit
d’un jule que je m’obligeai de te
avec les

payer
intérêts , lorsque je serais devenu
pape ; puisque
je le suis devenu , il est juste que je satisfasse à
ma parole.”
il envoya en même
temps chercher
son
majordome et lui dit: "Voyez un peu à quoi
se

montent depuis
à raison de

jule,

ans les intérêts d’un
pour cent par an; et quand

quarante

cinq

ce calcul sera
fait, joignez le principal à cette
somme, et la mettez entre les mains de cet homme.”
Il congédia ensuite le cordonnier et ordonna au

de remarquer, s’il paraîtrait satisfait
de ce payement.
Le cordonnier sortit de la chambre
du pape, croyant aller recevoir
beaucoup d’argent,
mais lorsqu’il vit que le majordome ne lui donnait

majordome

206

qu’environ

trois

murmurant;

et

jules

,

il

se

retira tout confus en
eu sortant du palais

ayant rencontré,

plusieurs gens de sorr^Sys qui l’attendaient
impatience, pour savoir ce que Sixte lui vou-

du pape,
avec

il leur dit que sa Sainteté l’avait fait venir à
Home pour lui donner trois juies, et se plaignait
hautement qu’on lui eût fait faire, pour si peu de
chose, un voyage qui lui coûtait déjà plus de vingt
Sixte
écus , saus compter la dépense du retour.
éclatait de rire au récit que lui tirent ses espions
des plaintes de ce cordonnier, qui en sortant de
Rome tenait encore ses trois jules dans la main,
A
et criait contre un procédé si ruineux pour lui.
hors de la ville , qu’il reçut ordre de
était-il
peine
revenir parler au pape, qui lui demanda, s’il avait
un, reliquelque garçon. 11 en avait heureusement
un prêtre de
était
de
et
plus
qui
gieux servite,
bon exemple. Sixte ordonna à sou père de le faire
venir à Rome avant qu’il en partit, et il lui donna
Il
de Naples.
un petit évêché dans le royaume
"Faites présentement
dit ensuite au cordonnier :
il
votre compte, et voyez si je vous paie comme
faut les intérêts de votre jule.”
Il lit tenir à Rome le chapitre général de l’ordre
aux
de S. François; et lorsqu’il fut fini, il fit dire
leur donner à tous des marvoulait
religieux, qu’il
et qu’ils n’avaient qu’à
ques de sa bienveillance ,
lui demander chacun une grâce qu’il leur accorde-

lait,

plusieurs jours pour songer
avaient à lui faire, et les fit
où il
ensuite entrer dans la salle du consistoire ,
chaire
sa
dans
pontificale, ayant
les attendait assis
écrire le nom et
un secrétaire à sa gauche pour
chacun
la demande de chaque religieux, à mesure que
baiser les pieds de
son rang,
selon
pour
venait,
sa Sainteté.
La plupart de ces moines demandèrent
des choses bizarres et extravagantes, qui divertirent
qui lui demanda
beaucoup le pape. Il y en eut un dans
le couvent,
la liberté d’avoir deux chambres
dans lesquelles il aurait la permission de faire tout
ce
bon lui semblerait sans dépendre d’aucun

rait.
aux

Il

que

/

leur donna

demandes

qu’ils

*

20

ni

supérieur,

du pape même.

Un certain frère
le pape de lui permettre de faire sa demande en secret, et lui dit
à l’oreille qu’il désirait
quitter l’habit pour se marier.
Il se présenta, sur la fin un bon frère
âgé
de soixante ans , qui
supplia sa Sainteté de faire
faire une fontaine dans son couvent,
qui était fort
incommodé par la rareté de l’eau. Entre six cents
religieux, il fut le seul qui, dans sa demande,
envisageât le bien commun de la maison. Aussi
fut-il le seul qui obtint ce
qu’il avait demandé.
Le pape , ayant fait assembler tous ces
religieux,
leur dit: ”Si vos souhaits avaient
répondu à mes
bonnes intentions, je me serais fait un
plaisir de
les accomplir ; mais
puisque vous avez abusé de
la permission que
je vous ai donnée , pour faire
des demandes scandaleuses et
extravagantes, trouvez bon
11 les renque je n’y aie aucun égard.”
voya ainsi tous confus et mortifiés.
Mais il se
ressouvint du bon frère, qui n’avait
pensé qu’au
bien de son ordre, et ii fit aussitôt travailler à la
corn ers

,

napolitain, supplia

fontaine qu’il avait demandée.
Le désir qu’il eut d’immortaliser

son
règne de
lui fit élever plusieurs monornents.
On redressa par ses ordres le fameux obélisque que Caligula avait fait transporter d’Espagne
à ltome, et l’on bâtit un
magnifique tombeau h l’ie
Y, son bienfaiteur. Il répara la bibliothèque du

plusieurs manières,

Vatican,
par

un

et

l’augmenta beaucoup.

travail

excessif,
croire, attaqué

porte à le
en 1599, à soixante-neuf

Enfin, épuisé
plutôt, comme tout
d’un poison lent, il mourut
ou

ans.
Sa dernière maladie
lui fit point
interrompre ses soins. ”Un prince
disait-il d’après
Vespasien, doit mourir debout.”
”Ce qui le distingue des autres
papes, dit un auteur, c’est qu’il ne fit rien comme eux.
Il sut
licencier les soldats, les gardes môme de ses
prédécesseurs, et dissiper les bandits par la seule force
des lois, se faire craindre de tout le monde
par
sa
place et son caractère, renouveler Home et laisser
le trésor pontifical très-riche.”
Malgré ses services
ne

il n’en fut pas moins généralement détesté, parce
qu’encore une l'ois il ne suffit pas de montrer un
visage terrible aux coupables, il faut encore savoir
rassurer les honnêtes gens.
Quoique sorti des derniers rangs de la société,
11 prenait,
il n’eut pas la faiblesse d’en rougir.
au contraire, plaisir à parler de la bassesse de sa
naissance; c’était même de sa part une sorte d’orgueil. Etant souverain pontife, il entendait un jour
parler de quelques maisons illustres d’Italie: ”Pour
suis d’une maison plus illustre enLa maison de mon père est à demi découverte, les murailles n’en sont faites que de vieilles
nattes toutes rompues , en sorte que le soleil y
entrant de tous cotés , je puis me vanter qu’elle
La sigest une des plus éclatantes de l’Europe.’’
nora Camilla, sœur du pape, étant venue à Rome,
les cardinaux de Médicis, d’Est et Alexandrin allèrent au-devant d’elle , et avant de la présenter"
au
pape, la conduisirent dans un palais voisin, où

moi, dit-il, je
core.

ils la firent habiller en princesse , croyant par ce
moyen faire leur cour à Sixte , qui aimait cette
sœur avec tant de tendresse qu’il ne pouvait s’empêcher de témoigner devant eux l’impatience qu’il
Ces cardinaux la conduisirent
avait de la voir.
ainsi vêtue chez le pape, qui, ayant été averti
quelle était dans le Vatican, donna promptement
ordre qu’on la fit venir devant lui; mais la voyant
il fit semblant de
avec des habits si magnifiques,
la pas connaître, en demandant toujours où
ne
elle était. Le cardinal Alexandrin, qui donnait la
main à Camilla, la lui présenta en lui disant: ”La
voilà, très-saint Père.” Mais Sixte répondit avec
”Je n’ai qu’une sœur qui est une pauvre
des grottes de Montalte, que je ne vois
point sous les habits d’une princesse romaine; mais
si elle se présentait à moi de la même manière
dont elle est vêtue dans son village, je saurais bien
la reconnaître.”
Ï1 se retira, en achevant ces parôles, dans une autre chambre. Camilla retourna
le lendemain chez le pape avec ses habits ordinaires.
dédain

:

bourgeoise

209

Sixte ne i’eut pas plus tôt aperçue
tendrement et lui dit: "Vous êtes à

qu’il l’embrassa
présent véritablement ma sœur, et je ne
prétends pas qu’un autre
que moi vous donne la qualité de princesse.”
Se

de

promenant un jour par la ville, il descendit
à la porte du couvent des Saints
Apôtres

carrosse

qu’il trouva ouverte. Il entra dans la chambre du
frère portier, qui mangeait alors un
plat de fèves.
La pauvreté de ce repas lui
rappelant le souvenir
de sa première condition, il s’assit sur une marche
du degré auprès de ce frère, et lui aida avec encore
plus d’appétit que lui à manger cette portion,
après laquelle il en fit encore venir une autre. Les
gens de sa suite furent étrangement étonnés de cette
action; mais Sixte, sans se soucier de leur surprise,
ne songea
qu’à manger ces fèves à l’huile avec une
cuiller de bois : il remercia ensuite son hôte
et
,
puis se tournant vers ses gens il leur dit : ”Ce
repas me fera vivre deux ans de plus que je n’aurais vécu; car je l’ai fait avec
appétit, sans crainte
ni inquiétude.” Il fit donner l’habit au frère convers qui l’avait si bien
régalé, et lui dit en lui
donnant sa bénédiction: ”Je me suis autrefois vu
dans l’état auquel vous êtes, faites en sorte de
vous trouver un
jour dans celui auquel vous me
voyez à présent.”
Il aimait, par cette manière
d’agir, à mortifier
les nobles qui, se réservant tous les
privilèges,
finissent sottement par croire
qu’ils sont capables
de tout, et que Dieu n’a
garde de traiter aussi
bien le reste du genre humain.
Sixte leur faisait
durement sentir le contraire, et ce
n’estjpas en
quoi il agissait le moins sagement. Il est bon que
le génie et la véritable
grandeur rappellent quelquefois à sa nullité la
grandeur factice et de convention.
Son histoire est une
leçon qui rapelle au
moins l’homme à l’homme. Elle dit
énergiquement
aux
grands et aux petits ; ”Nous foulons tous la
même terre.”

U

210

Jean Sobieshi.
Kotzim est un château fort, situé à quatre
lieues tlt^K aminick. mais hors du territoire polonais , sur les escarpements de la rive droite du
Dniester, inexpugnable du côté du fleuve, et entouré
partout ailleurs de ravines profondes. Un pont,
jeté sur les ravines; le liait au camp retranché où
Husseim pacha avait établi son armée.
Ce camp,
défendu par d’anciens ouvrages, s’étendait le long
du Dniester sur de hautes collines dont le pied,
hérisé de rochers aigus, se perdait du côté de la
Moldavie, le seul qui fût abordable, dans des précipices taillés à pic et d’impénétrables marécages.
L’art des Ottomans avait joint des fortifications
régulières à celles de la nature, et la plaine que
dominait au loin cette colonie militaire, à la manière des Romains, était coupée de canaux et de
ruisseaux rapides dont on avait encore armé les
rives d’épaisses palissades. Une artillerie puissante
achevait de rendre cette place d’armes formidable.
Là reposaient, sous des tentes magnifiques, le

généralissime turc et ses soixante ou quatre-vingt
mille vétérans, lorsque tout-à-coup l’armée polonaise parut. Elle déploya sur-le-champ autour des
retranchements ennemis ses nombreuses enseignes,
et prit position presque sous le feu des batteries
musulmanes.

Déjà une fois les mêmes lieux avaient vu décider les destinées de la Pologne.
Cinquante ans
auparavant Jacques Sobieski avait conquis et signé
glorieusement la paix sous les murs de Kotzim.
C’était ce môme camp aux pieds duquel, après le
désastre duKobilta, la puissance du jeune empereur
Mais cette fois les
Osman était venue se briser.
rôles étaient changés. Les Turcs tenaient le camp
retranché, et le fils de Jacques combattait dans la
plaine. Le petit nombre avait à livrer l’assaut ;
le grand nombre n’avait qu’à se maintenir derrière
des remparts mieux fortifiés, mieux armés de canons qu’au
temps où Osman et ses trois cent mille

*
211

hommes ne surent pas
emporter ce poste sur la
faible armée de Wladislas.
Aujourd’hui ou n’y
comptait que des soldats blanchis dans les succès;
et les assaillants e'taient de
jeunes troupes^-la plupart leve'es à la liàte, mal arme'es, indisciplinables.
Ils campaient dans un
champ aride, sans

d’appui et sans refuge

point

comme sans

provisions;

l’hiver

et ses misères infinies étaient
pour eux des ennemis de plus ; ils avaient à vaincre le ciel et la terre.
Des fossés profonds, des lits de
torrents, des murailles de rochers .étaient
Tunique champ de bataille
qui leur fût offert pour joindre un ennemi pourvu
de tout, tranquille sous ses tentes

somptueuses,

et

confiant dans son nombre ainsi
que dans ses
remparts. Ces lieux, pleins de si grands souvenirs,
accablaient Tarne des Polonais , loin de l’exalter.
La nuit s’écoula dans des
pressentiments sinistres;
le général avait, comme ses soldats
le cœur dé,
voré d’angoisses.
L’entreprise qu’il allait tenter
était surhumaine à tous les
yeux, excepté aux siens.
11 n’y avait pour son armée de salut
que dans le
succès, et, trop fondé à craindre que les trahisons
de la haine et de la peur ne le lui
ravissent, il
sentait les reproches de son
pays et ceux de la
postérité peser sur sa mémoire.
Le lendemain, il
disposa tout pour l’attaque.
grand-lietman de Lithuanie lui déclara l’attaque
impraticable, et annonça la résolution de fuir. ”Fuir
n’est plus possible! s’écria Sobieski.
Nous ne pourrions qu’aller chercher honteusement la mort dans
les marais, sous les
coups des barbares, à quelques
lieues

Le

d’ici; mieux vaudrait la trouver

railles.

Mais

pourquoi

sur

terreurs?

leurs

mu-

Rien ici ne
m’étonne
hormis ce que j’entends.
Vos menaces sont notre
unique danger; vous ne les exécuterez pas.
Si la Pologne doit être effacée du
rang des nations, et, à ce qui se passe, on pourrait croire qu’un tel destin nous est
réservé, vous
ne voudrez
point que nos enfants puissent dire
que , si un Paz n’avait pas fui, ils auraient une
,

ces

patiie.”

14

*

212

Lithuanien, vaincu par les cris des Sapieha
Radziwill, promit de combattre. Sobieskï

Le
et de

rangea
Turcs

bandes chancelantes

ses

en

bataille,

et les

préparèrent à braver, derrière leurs retranchements, l’attaque désespérée des chrétiens.
Jablonowski, appuyé au Dniester, commandait l’aile
droite; le brave palatin avait devant lui le château
se

La Lithuanie formait l’extrême
même de Kotzim.
gauche, et avait affaire à un camp séparé, moins
fort d’assiette et de résolution ; quelques milliers
de Walaques et de Moldaves y combattaient avec

prince Georges Cantacuzène, hospodar de Moldavie, sous l’étendard du croissant. Le grandhetman, le prince Démétrius, Etienne, Czarnecki,
le grand-enseigne, tenaient le centre. Les quarante
le

de campagne, distribuées sur le front de ce
vaste demi-cercle, battaient en brèche les palissades
qui défendaient les approches des retranchements.
Konski fit, sous le feu de l’Ottoman, des prodiges
de courage et d’adresse. Dès le soir un assaut put

pièces

être tenté; et quand la nuit fut venue, l’armée chrétienne des deux principautés, en désertant le camp
des infidèles pour se ranger sous le drapeau de
la croix, fit entrer avec elle la confiance dans les
escadrons polonais : on ne déserte guère que pour
le côté où doit être la victoire.
La neige tombait à
Le temps était affreux.
flots; les rangs en étaient obstrués. Avec ce ciel
ennemi, Sobieski tint ses troupes sous les armes
et manoeuvrant, pendant le cours de la nuit tout
Le matin les trouva perdues dans la neige,
entière.
engourdies de froid et de soulFrance. Ce fut alors
qu’il donna le signal si longtemps attendu par les
deux armées.
"Compagnons ,” s’écria-t-il en parcourant les lignes, ses habits, sa moustache épaisse,
ses

armes,

couverts de

frimas, "compagnons, je

ennemi plus qu’à moitié vaincu. Vous
Ces hommes
avez souffert; les Turcs sont épuisés.
d’Asie ne pouvaient tenir aux vingt-quatre heures
qui viennent de s’écouler ; le froid les a vaincus

f

vous

livre

pour

nous.

un

Voyez

les tomber par

troupes^

et nous,

213

debout encore; nous aurons la force
eux!
Il n’en faut pas plus pour
re'publique de la honte et du vasselage.

nous sommes

de courir
sauver la

jusqu’à

Soldats de la Pologne, songez que vous combattez
pour la patrie, et Jésus-Christ combat pour vous.”
Sobieski avait entendu trois messes depuis le
On ne comptait pas celles que
lever de l’aurore.
Jablonowski et beaucoup d’autres seigneurs s’étaient
fait dire. Ce jour-là e'tait la fête de saint Martin
dè Tours.
Les chefs fondaient lin grand espoir
sur sa
puissance ; et les religieux , qu’ils avaient
avec le reste de leur maison, parcouraient
ligne, rappelant les grandes actions de cet illustre
apôtre des Français, et tout ce qu’on devait attendre

amenés

la

Il était Slave de
connu pour la foi.
Comment douter du triomphe, quand
sa gloire était plus que jamais intéressée dans un
tel jour, à faire des miracles?
En effet, le grand-maréchal avait poussé une
dernière reconnaissance le long des retranchements
ennemis; il revint portant sur ses traits la victoire
et criant:
”Mes compagnons, dans une demi-heure
nous logerons sous çes tentes dorées.”
Il avait
reconnu
que ie point sur lequel il comptait porter
les coups décisifs, n’était défendu que par quelques
troupes à moitié assoupies, et, ordonnant plusieurs
fausses attaques pour distraire l’attention deïlusseim,
il pointa sur les pallisades qu’il roulait franchir une
batterie déjà dressée. Tous les soldats se souvinrent
qu’on avait voulu traîner ces pièces ailleurs, et
qu’une force surhumaine les avait clouées au lieu
d’où maintenant elles foudroyaient heureusement
les obstacles et frayaient un chemin pour arriver
à la victoire ou au martyre, t^ui pouvait méconnaître
dans ce prodige la main de saint Martin de Tours?
En ce moment, l’armée s’inclina sous la bénédiction d’un père de la Société de Jésus, Przeborow
ski, confesseur du grand hetman, et la prière linie.
Sobieski mettant pied à terre lança son infanterie
sur la tranchée qui venait d’être ouverte.
”Le sa
bre à la main, lui-même la guidait avec toute la
de

sou

zèle

naissance.

214

résolution, dit une gazette du temps, qu’on pouvait
attendre d’un si grand homme.” Les valets d'armes
s’étaient élancés sur ses traces,
pour se gorger de
butin.
Cette race avide et féroce ne
craignait pas
de conquérir sa proie. Les fossés furent comblés
et franchis ; on arriva d’un bond au
pied des rochers. Le grand-lietman,
après ce premier effort,
avait à peine eu le temps de remonter à
cheval,
que déjà sur les hauteurs du camp escaladé flottaient
l’étendard de la croix et l’aigle de la

Pologne.
Petrikowski, un Denhoff, seigneur du sang des
un
Piast,
Korycki, avaient les premiers pris possession des remparts et arboré leurs
enseignes. A
cette vue,

un houra de
triomphe et de joie s’éleva
des rangs polonais jusqu’au ciel. Les Turcs furent
consternés. Ils avaient été étourdis de cette
attaque
si brusque, à une heure où ils ne
croyaient plus
que les chrétiens persistassent dans la folie de
vouloir tenter l’assaut.
Cette terrible nuit d’une
vaine attente les avait en effet désarmés. A la fois
rassurés et abattus, ils ne s’étaient défendus un
moment contre les assaillants
que par l’avantage
de la position et du nombre.
Précisément alors,
Husseim, trompé par une démonstration de Czarnecki, se précipitait vers l’autre extrémité du camp.
Les spahis pensèrent qu’il fuyait, et le désordre
fut à son comble.
Cependant les janissaires couraient aux armes;
ils formaient leurs rangs, et les milliers de valets,
dont l’audace avait emporté cette citadelle
escarpée,
en se livrant
sur-le-champ au pillage des tentes
ottomanes , étaient devenus eux-mêmes
pour l’infidèle une proie facile. Par bonheur, Sobieski avait
eu le
temps d’employer ses fantassins à niveler le
sol, et à frayer des sentiers à travers les rochers
jusqu’au sommet des collines. Les compagnies des
Leczinski s’y précipitent.
La division de Jablouowski s’élance; ses hussards et ses
pancernes, le
poing armé de la lance aux flammes éclatantes,
escaladent à cheval ces escarpements
qu’il ne serablait pas que l’infanterie même
pût gravir. Inactif

(

215
Paz se réveille, et toujours le rival de
court avec les siens, au milieu de tous
les obstacles et de tous les périls, pour essayer
d’arriver le premier dans le camp de l’infidèle.
C’était trop tard. Déjà la lance de guerre du grandhelman de la couronne brillait sur les hauteurs,
et appliqué à rétablir l’ordre au milieu de ses
escadrons qui arrivaient débandés par l’assaut et
par le succès, Sobieski se disposait à livrer bataille au sein de cette ville de tentes qui n’était

jusqu'alors,
Sobieski, il

surprise, et qu’il pensait avoir à conquérir.
Mais l’étonnement et le désordre des assiégés,
les cris des femmes renfermées dans les harems,
les grands coups de cette cavalerie bardée de fer,
invulnérable , armée de toutes pièces , composée
de jeunes gentilshommes qui brûlent de signaler
leur foi et leur courage, ces charges sous lesquelles
tout est écrasé, ne laissent aux Turcs ni le temps
de se reconnaître , ni celui de se défendre.
Ce
que

n’est

point un combat, c’est un carnage. Soliman,
pacha de Bosnie à la tête de plusieurs milliers
de janissaires
essaie de se frayer un passage au
travers des escadrons, et de chercher dans la plaine
un
champ de bataille ou un refuge. Le prince
Démétrius Wiecnowiecki, le prince Constantin son
,

,

et les Potocki, dont les troupes n’ont pas
donné encore, accueillent Soliman; ils le taillent
en pièces.
Démétrius et les Lithuaniens arrivent
ensemble, sur ces débris, dans la place envahie.
Alors il n’y a plus que cris de désolation et de terUn pont de
reur, qu’efforts désespérés pour fuir.
bateaux unissait les deux rives du Dniester et mettaitKotziin en communication avec Kaminiek. C’est
là que les Turcs affluent, se tuant entre eux, pour
arriver à l’étroit passage.
Vain espoir! Sobieski
a pensé
à tout.
Son beau-frère Radziwill s’est
glissé dans le fond des ravines; il se trouve comme
par miracle maître du pont et de la porte qui le
maîtrise; l’unique ressource des fuyards est de se
jeter du haut de la falaise dans le fleuve. Vingt
mille hommes tombent : la moitié ont péri sur la

frère,

210

grève ; le
pides et à

reste

trouve la mort dans les eaux rademi glacées qu’ils essaient de franchir.
Insatiables de carnage, des hussards, conduits par
Athanase Myaczynski, les poursuivent à cheval dans
le lit du Dniester, et les sabrent
extermi-

nation,

jusqu’à

milieu des Ilots.
On dit que pendant
plusieurs lieues ces flots funestes ne roulaient que
des cadavres et du sang.
L'effroyable boucherie dura trois heures ; la
hache, la lance, le cimeterre avaient, dans l’enceinte seule du camp , jonché le sol de
quarante
mille morts, la moitié janissaires et
spahis. Sobieski
s’était saisi de l’étendard vert de Husseim,
présent
de Mahomet IV, que le
vainqueur envoya comme
un hommage filial au chef de
l’église, et qui orne
aujourd’hui encore les voûtes de saint Pierre. Le
prince Michel Radziwill avait abattu de sa main
le malheureux séraskier ; une foule de
pachas se
rencontraient parmi les morts. La plaine était couverte de blessés et de fugitifs que les
vainqueurs
recevaient à merci par lassitude de tuer; mais d’un
bout des retranchements à l’autre il n’y avait plus
des bandes infidèles ame vivante.
Alors le père
Przeborowski , dressant un autel au milieu de ce
sépulcre fumant, donna sa bénédiction aux soldats
de la croix; et inclinés sur leurs
armes, les yeux
mouillés des larmes de la reconnaissance et de la
joie, ils entonnèrent avec lui l’hymne de louange
au Dieu
qui prescrit la paix aux hommes et qu’invoquent les armées.
Parmi les combattants s’était signalé, aux côtés
du grand-maréchal, son
beau-frère, le comte
de

au

jeune

Maiigny-la-Grange d’Arquien

tirer

coup de

;

il

ne

peut

se

dans aucun coin du monde,
sans
qu’un Français ne s’y rencontre pour en jouir.
Les Polonais entouraient le frère de madame Sobieski, en le félicitant de la gloire que saint Martin
de Tours et Sobieski s’étaient
acquise. Modestes
dans la victoire, tous reconnaissaient
qu’à l’apôtre
de France et au
grand-hetmann appartenait l’hon
ueur de la
journée.

(

un

canon

217
De cette immense armée
îa

Pologne,

la

qui tenait la Moscovie,
Hongrie, l’Allemagne en alarmes, rien

restait que le château de Kotzim et des monceaux
de ruines.
Le vainqueur employa ie jour suivant à
ensevelir ces de'bris sanglants sous un mohila, sorte
de montagne et de sépulture triomphale , que les
Polonais imitaient des races du nord dont ils étaient
les derniers représentants.
Le grand Zolkievvski
put, au fond de son tombeau, se sentir vengé.
Deux historiens de Sohieski, fort amoureux
de la gloire de leur héros , racontent que des re~
ne

ou une
politique plus barbare
le déterminèrent à tuer après la victoire
tout ce que la victoire avait épargné.
Nous n’avons
trouvé nul fondement à ce récit dans aucune relation contemporaine.
Des historiens peu partiaux
pour l’illustre Polonais, tels que Connor, ne parlent pas de cette monstruosité.
On y verra au
contraire que les grands seigneurs polonais, lorsqu’ils rentrèrent dans leur pays, traînaient entre
autres trophées un immense attirail de captifs.
Le
fort de Kotzim restait à prendre ; il capitula , et
le pacha de Kaminiek fut si touché de la manière
dont le vainqueur traita la garnison, qu’il lui renvoya, en présent, une centaine de prisonniers polonais.
Tout cela dément la barbarie qu’on suppose.
Elle est démentie encore par le caractère de Sobieski ; elle l’est par sa politique , car il voulait
conquérir la paix; et c’était assez de victimes tombées les armes à la main, pour rendre la Porte
Ottomane tout-à-fait pacifique, ou bien tout-à-fait
intraitable.
A la nouvelle de ce désastre , capitan paclia,
qui venait grossir l’armée de Kotzim , mit le feu
à son camp de Ce'cora, et s’enfuit au-delà du Danube.
Toutes les garnisons turques se replièrent,
en laissant pour monuments
de leur passage la
dévastation et l’incendie. Jassy fut saccagé en même
temps qu’affranchi; les Moldaves et les Walaques
offrirent au vainqueur le protectorat de leurs pro
vinces ; et l’Europe, instruite de ces merveilles,

pre'sailles barbares,
encore

,

L.

218

rendit grâce dans tous les temples de la
plus niémorable bataille qui se fût gagnée, disait-on, sur
les

infidèles, depuis

trois cents ans. La chrétienté
joie et d’admiration, comme
si elle échappait tout entière à
l’ignominie du tribut,
et à des chances de servitude.

s’émut tout entière de

L’enfance

de

Bonaparte.

On a beaucoup parlé et fort diversement de
l’enfance de Bonaparte. On en a parlé avec entliousiasme et line ridicule exagération ; on l’a
peint
aussi comme enfant, sous les plus noires couleurs,
pour se donner le plaisir d’en faire un monstre

plus tard. Il en sera toujours ainsi de ceux que
leur génie et les circonstances élèveront au-dessus
de leurs semblables.
Pourquoi vouloir sans cesse
trouver dans les premiers pas d’un enfant le
germe
de grands crimes ou de
grandes vertus ? C’est
trop faire abstraction des circonstances, des jeux
de fortune, des évènements,
qui poussent comme
malgré lui un homme aux plus hautes destinées
Combien a-t-on vu de ces enfants précoces, et dont
les dispositions annonçaient, disait-on , un avenir
brillant, rester des idiots, et traverser la vie de la
manière la plus insignifiante? Bonaparte riait luimême beaucoup de tous les contes, de toutes les
espiègleries dont on a embelli on noirci ses premiers
ans dans ces livres dictés
par l’enthousiasme ou par
la haine. On a
beaucoup parlé d’un ouvrage anonyme
intitulé : Histoire de Napoléon Bonaparte depuis
sa naissance
jusqu’à sa dernière abdication, 4 vol.
in 12.
C’est celui qui renferme le plus de détails
faux et ridicules sur son enfance.
On y voit le
jeune Napoléon fortifier son jardin contre les attaques de ses camarades, qui (deux lignes plus bas)
l’estiment et ont du respect pour lui. Je merapelle
l’anecdote qui a pu donner lieu à cette invention,
mais il n’y a
pas dans la narration une seule circonstance vraie.

210

Dans l’hivër de 1783 à

1784, si mémorable

par
les routes,
sur les toits, dans les
cours, dans toutes les campagnes enfin, à six, sept, huit pieds de hauteur,
Napoléon fut singulièrement contrarié: plus de petit
jardin, plus de ces isolements heureux qu’il recherchait. Àu moment de ses récréations, il était forcé
de se mêler à la foule de ses camarades, et de se
promener avec eux en long et en large dans une
salle immense. Pour s’arracher à cette monotonie
de promenade, Napoléon sut remuer toute l’école,
en faisant sentir à ses camarades
qu’ils s’amuseraient
bien autrement, s’ils voulaient, avec des pelles, se
frayer dans la cour différents passages au milieu
des neiges, faire des
ouvrages à corne, creuser des
tranchées, élever des parapets, des cavaliers, etc.
”Le premier travail fini, nous
pourrons, dit-il, nous
diviser en pelotons, faire une
espèce de siège, et,
comme l’inventeur de ce nouveau
plaisir , je me
charge de diriger les attaques.” La troupe joyeuse
accueillit ce projet avec enthousiasme ; il fut exéla

quantité

de

neige qui s’amoncelait

sur

et cette petite guerre simulée dura
l’espace
quinze jours. Elle ne cessa que lorsque des
graviers, ou de petites pierres, s’étant mêlés à la
neige dont on se servait pour faire des boules, il
en résulta
que plusieurs pensionnaires, soit assiégéants, soit assiégés, furent avez grièvement blessés.
Je me rappelle même
que je fus un des élèves les
plus maltraités par cette mitraille.
]\ous n’avions guère que huit ans
Bonaparte
et moi, lorsque notre liaison
commença. Elle de-

cuté,
de

,

vint bientôt très-intime.
Il y avait entre nous une
de ces sympathies de cœur
qui s’établissent vite.
J’ai joui constamment de cette amitié et de cette
intimité d’enfance jusqu’en 1784,
époque à laquelle
il quitta l’école militaire de Brienne pour
passer à
celle de Paris. J’étais un des élèves
qui savaient
le mieux s’accommoder à son caractère sombre et
sévère.
Son recueillement, ses réflexions sur la
avait
conquête de son pays, et les

reçues dans

son

impressions qu’il
des maux qu'avaient

premier Age

soufferts la Corse et

sa famille ,
lui faisaient re-.
chercher la solitude et rendaient sou abord, mais
en
apparence seulement, fort désagréable. L’âge
nous
plaça ensemble dans les classes des belleslettres et de mathématiques.
Dès son entrée à
l’école , il manifesta le désir bien prononcé d’ac
quérir des connaissances. Comme il ne parlait que
l’idiome corse, et que, sous ce rapport, il inspirait
déjà le plus vif intérêt, le sieur Dupuis, alors sousprincipal , jeune homme aussi complaisant qu’excellent grammairien, se chargea de lui donner seul
des leçons.de langue française. Son élève répondit
à ses soins au point qu’après un très-court espace
de temps, ou lui enseigna les premiers éléments
de la langue latine.
Le jeune Napoléon étudia
cette langue avec une telle répugnance , qu’ayant
atteint l’àge de quinze ans, il était encore trèsfaible en quatrième. Je l’ai quitté dans cette classe
de très-bonne heure , mais je .suis resté constamment avec lui dans la classe de mathématiques,
où il était incontestablement, selon moi, le plus
fort de toute l’école. J’échangeais quelquefois avec
lui la solution des pi'oblèmes que l’on nous donnait
à résoudre, et qu’il trouvait sur-le-champ avec une
facilité qui m’étonnait toujours, contre des thèmes
et des versions, dont il ne voulait absolument pas
entendre parler.
Bonaparte se faisait remarquer à Brienne (je
ne parlerai pas de l’école militaire de Paris, où
je
ne l’ai pas suivi, n’étant pas élève du roi) par la
couleur de son teint, que le climat de la France a

beaucoup changé depuis^, par
investigateur par le ton de

son

regard perçant

et

conversation avec
ses maîtres et ses camarades.
Il y avait presque
toujours de l’aigreur dans ses propos. Il était trèsfieu aimant; il ne faut, je pense, l’attribuer qu’aux
malheurs qu’avait éprouvés sa famille au moment
de sa naissance, et aux
impressions qu’avait faites
sur ses
premières années la conquête de son pays.
Les élèves étaient invités tour-à-tour à la table
du père Berton.
principal de l’école. Le tour de
,

sa

étant renn,
voient admirateur de

Bonaparte

des

professeurs; qui

le

Paoli, affectèrent d’en

sa-

mal

”Paoli, répliqua Bonaparte, e'tait un grand
homme. Il aimait son pays, et jamais je ne pardonnerai à mon père, qui a e'té son adjudant, d’avoir
de la Corse à la France.
concouru à la réunion
Il aurait dù suivre sa fortune, et succomber avec
lui.”
Bonaparte était en général peu aimé de ses
camarades, qui, certes, n’étaient pas ses comptaiIl les fréquentait peu et prenait rarement
sants.
part à leurs jeux. La soumission de sa patrie à la
France ramenait toujours dans sa jeune ame un
sentiment pénible qui l’éloignait des bruyants exerJ’étais presque toujours
cices de ses camarades.
avec lui.
Dès qu’arrivait le moment de la récréation, il courait à la bibliothèque, où il lisait avec
avidité les livres d’histoire, surtout Polybe et
Plutarque. Il aimait beaucoup aussi Arrien et ne
faisait pas grand cas de Quinte-Curce. Je le laissais souvent seul à la bibliothèque pour aller jouer
Le caractère du jeune Corse
avec rnes camarades.
était encore aigri par les moqueries des élèves, qui
le plaisantaient souvent et sur son prénom Napoléon,
et sur son pays.
II me dit plusieurs fois avec humeur:
”Je ferai à tes Français tout le mal que je
pourrai.” Et lorsque je cherchais à le calmer :
"Mais toi, disait-il, tu ne te moques jamais de
moi, tu m’aimes.”
Notre professeur de mathématiques, le père
Patrault, homme assez ordinaire, aimait beaucoup
Bonaparte. Il en faisait grand cas ; il était fier de
l’avoir pour élève, et il avait raison.
Les autres
professeurs, avec lesquels il ne travaillait pas, s’en
Il n’avait aucune disposition
souciaient fort peu.
pour les belles-lettres , l’étude des langues et les
arts d’agrément.
Comme rien n’annonçait qu’il fût
jamais un savant en us, les pédants de la maison
l’auraient volontiers regardé comme un idiot.
Cependant, à travers son caractère pensif et réservé,
ou apercevait en lui une grande
intelligence. Si les

parler.

r
222

-

moines, bien minimes, auxquels était confié l’éducation de la jeunesse, avaient eu le tact
d’apprécier
son organisation,
s’ils avaient eu des professeurs
forts
en
plus
mathématiques, s’ils avaient pu nous
donner une impulsion plus habile
pour la chimie,
la physique, l’astronomie, etc.,
je suis convaincu
que Bonaparte aurait porté dans ces sciences toute
l’investigation, tout le génie qu’on lui a connu dans
une carrière,
beaucoup plus brillante, il est vrai, mais
beaucoup moins utile à l’humanité. Malheureusement pour nous, ces moines ne savaient
rien, et
ils étaient trop pauvres pour
payer de bons maîtres
étrangers. Il est donc faux, comme on le répète
souvent, que Bonaparte ait eu à Brienne une éducation soignée. Les minimes étaient
incapables de la
donner ; et j’avoue que, pour mon
compte, l’instruction
de nos jours me rappelle bien
désagréablement celle
On ne
que j’ai reçue chez ces ignorants en froc.
conçoit pas comment il a pu sortir un seul homme
capable de cette maison d’éducation.
Bien que Bonaparte eût rarement à se louer
de ses camarades, il dédaignait de
porter des plaintes
contre eux; et lorsqu’il avait, à son tour, la surveillance de quelque devoir que l’on
enfreignait, il
aimait mieux aller en prison que de dénoncer les

petits coupables.
Bonaparte a

fait d’assez grandes choses dans
le cours de sa vie , pour
qu’il ne soit pas nécessaire de l’illustrer encore par le prétendu merveilleux de son enfance. Je serais injuste, si je disais
que c’était un enfant ordinaire ; je ne l’ai jamais
pensé. Je dois déclarer, au contraire, que, sous une
foule de rapports, c’était un écolier très-distingué.
Il y avait un inspecteur des écoles militaires chargé
de faire tous les ans un rapport sur chaque élève,
soit qu’il fût aux frais de l’état, soit qu’il fût à la
charge de sa famille. J’ai copié la note qui suit,
du rapport de 1784:
Inspection des écoles militaires
1784 (Compte rendu au Roi par M. de Kéraho.)
”M. de Bonaparte (Napoléon) né le 15 août 1761?,
taille de 4 pieds 10 pouces 10 lignes , a fait sa
(

quatrième; de bonne constitution; santé excellente;
caractère soumis, honnête, reconnaissant; conduite
très-régulière;

s’est

toujours distingué parsonapplf-

cation aux mathématiques. Il sait très-passablement
son histoire et sa
géographie. Il est assez faible
pour les exercices d’agrément, et pour le latin, où
il n’a fait que sa quatrième.
Ce sera un excellent
marin.
Il mérite de passer à l’école militaire de
Paris.” Cependant le père Berton s’opposa à la
sortie de Bonaparte, parce qu’il n’avait pas fait sa
quatrième, et que d’après les règlements, il fallait
être en troisième.
On envoya à l’école de Paris une
note sur Napoléon , dans laquelle on le désignait
ainsi: "caractère dominant, impérieux, entêté.” Je
connaissais bien Bonaparte ; je n’aurais pas rédigé
autrement la note de M. de Ke'ralio.
Je crois cependant qu’on aurait dû mettre : il sait très-bien son
histoire et sa géographie ; il est très-faible pour
les exorcices d’agrément et pour le latin.
Rien ne
m’eût engagé à dire que ce serait un excellent mavin.
Bonaparte ne pensait nullement à la marine.
D’après la note de M. de Kéralio, Bonaparte passa
à l’école militaire de Paris avec MM. de
Montarby,
de Dampierre, de Castries, de
Comminges, de
Langier, de Bellecourt, tous, comme lui, élèves
du roi, et tous aussi bien notés
pour le moins. Il
n’y avait que les élèves du roi qÿi eussent le droit
d’entrer dans cette école militaire.
Bonaparte avait quinze ans et deux mois, lorsqu’il passa à l’école militaire de Paris. Je l’accompagnai dans une carriole jusqu’au coche de Nogentsur-Seine. Nous nous séparâmes avec un véritable
chagrin, pour ne nous revoir qu’en 1792. Notre
correspondance pendant ces huit années fut trèsactive, mais tel était mon peu de prévision des
hautes destinées qu’annonçaient les
prétendus pro-

diges

que, depuis son élévation, on a trouvés dans
enfance , que je n’ai pas gardé une seule de
ses lettres de cette
époque; je les déchirais après
y avoir répondu.
sou

224

PENSÉES
1.

Le ton

plus précieux.

emploi

DIVERSES.

du

temps rend le temps
J. J. Rousseau.

2.

ce

La fainéantise est une mort
pre'mature'e;
n’est pas vivre que de ne
pas agir.
Ségur.
3.

Il faut mettre bien du

qui

avec

on

liaisons de

se

lie

longue

pour
durée.
,

ne

temps

à

juger

contracter

ceux

que des

Mme Lambert.

4.

Il ne faut pas toujours se lier avec tous
ceux qui s’attachent
trop aisément à nous ; mais
il faut nous unir étroitement à des hommes
éprouvés

qui
ne

méritent notre tendresse, et dont l’attachement
peut manquer de nous être moralement utile.

Plutarque.
5.
Civil envers tout le monde, ne vous familiarisez qu’avec les gens vertueux; c’est le
moyen
d’éviter l’inimitié des uns et de vous concilier
l’amitié des autres.
Isocrate.
6.

De la bonté

avec

tout le

monde,

excuser

les

fautes, pardonner les torts, être gai et complaisant, c’est la pierre philosophale de la félicité.
Mme Necker.

7. La bonne foi
société.

est le

lien et l’ame de la

Ségur.
L’amitié est une ame qui habite deux corps ;
cœur
Aristote.
qui habite deux âmes.
8.

un

9.
Lorsqu’on a sujet de se plaindre d’un ami,
il faut s’en détacher
peu à peu, dénouer plutôt que
de rompre les liens de l’amitié.
Caton.

10.

Le

plus grand plaisir qu’un

puisse ressentir, c’est celui
amis.

11.
les

honnête homme

de faire

plaisir

à ses

Voltaire.

Le vice empoisonne les plaisirs, la passion
la modération le» aiguise, l’innocence

frelate,

22 .',
les
les

épure, la bienfaisance les multiplie, la prudence
perpétue, l’amitié les double.
12. La vraie façon de se venger d’un ennemi,

c’est de

ne

pas lui ressembler.

Marc-Aurèle.

13.
Exerce l’hospitalité envers ton ennemi
même ; les arbres ne refusent pas leur ombre à
Indiens.
l’impitoyable bûcheron.
La voix de la renommée console moins
que le souvenir d’une bonne action.

14.
un

mourant

Boistc.

Une tombe !

15.

c’est le terme où nous devons tous parvenir;
avant d’y arriver, semons du
moins de quelques actes de bienfaisance la route

qui

nous

y mène.

Laliouissc.

L’un des premiers devoirs pour celui qui
donne, c’est d’oublier ce qu’il a donné, et pour celui qui a reçu, de s’en souvenir et de le publier.
16.

Ségur.
17. Un bienfait reçu est le
les dettes.
18. La reconnaissance est
besoins d’une belle ame.
19.
blent à

à

plus

sacré de toutes
Mme Kecker.

un

des

premiers
Livry.

Les gens d’un mauvais caractère ressemun
pot de terre, facile à casser et difficile

; ceux d’un bon naturel sont comme
d’or qui se rompt avec peine, et qu’on
raccommode aisément.
Indiens.
un

rejoindre
vase

20. La douceur des formes n’exclut pas la
force du caractère : ainsi la câble flexible résiste
à la fureur des flots, et préserve du
naufrage.
Le'vls.

21. La propreté est à l’égard du
corps ce
qu’est la décence dans les mœurs; elle sert a témoigner le respect qu’on a pour la société et pour

soi-même.

Scgur.

15

Le temps ou un
22.
peu d’eau nettoie les
taches du corps ; le temps ni les eaux d’aucun
fleuve ne peuvent enlever les taches de Tarne.
Cicéron.

23.
L’honneur ressemble à l’œil, qui ne saurait souffrir la moindre
impureté sans s’altérer; c’est
une
pierre précieuse dont le moindre défaut diminue le
Bossuet.
prix.
24. Le plus court chemin pour
parvenir à une
bonne renommée , c’est d’être tel qu’on désire

paraître.
25.
Notre mérite nous attire l’estime des lionnètes gens, et notre étoile celle du public.
La
plupart des gens ne jugent les hommes que par la
vogue

qu’ils ont,

ou

par leur fortune.
La Rochefoucauld.

26.
Il y a des reproches qui louent, et des
louanges qui médisent. Peu de gens sont assez
sages pour préférer le blâme qui leur est utile, à
la louange qui les trahit.
Le même.
27.

Le médisant est la plus cruelle des bêtes
et le flatteur la plus dangereuse des

farouches,
bêtes

privées.

Diogène.

28.
L’homme se connaît par la langue,
même qu’une mauvaise noix à sa légèreté.

de

Ségur.
29. JLa langue est la partie du corps par laquelle les médecins reconnaissent les maladies du
corps, et les philosophes celles de Tarne.
Le même.

30.

La langue
d’un menteur.
31.

Les

vides, qui

d’un muet vaut mieux que celle

grands parleurs
plus que

sonnent

Arabes.

sont
ceux

les vases
sont pleins.

comme

qui

Oxenstiern.

32.

On peut dire des mauvais plaisants : ils
ont voulu être ménétriers à quelque prix que ce

>

225

fût; mais, n’ayant
ils

sont faits

se

pu apprendre à jouer
joueurs de vielle.

►

violon,
Balzac.

33. La raillerie est souvent une marque de
la stérilité de l’esprit; elle vient au secours
quand
on
La Rochefoucauld.
manque de bonnes raisons.
34.
on

ne

La raillerie la

peut

fâcher

se

plus piquante

est celle dont

rendre

se

sans

plus
Ségur.

encore

ridicule.
35. C’est au fond du
dressé leur échafaud.

cœur

des méchants

qu’est

Lingrée,

36. Le génie seul peut
triompher de toutes
les erreurs, mais non de l’envie; en l’éclairant, il

l’enflamme.
suit

Ségur.

L’envie est l’ombre de la gloire,

37.

hommes ;

et la
la tombe des grands
reconnaissance tardive la remplace.

Elle s’arrête

toujours.
une

sur

t

i

du

Le même.

ne

38. Tout ce qui ne nous rend pas meilleurs
saurait nous rendre heureux.
Le même.

39.
On ne fait
de celui des autres.
49.
on

ni

Il

n’y

son

s’occupant
St. Pierre.

d’utile que

qui est honnête ;
que par la justice,
heureux que par la vertu.

a

n’est véritablement

complètement

bonheur qu’en
ce

grand

Ségur.
41.
La vertu seule est courageuse, tandis que
le crime est bas dans le malheur et insolent dans
la prospérité.
Le môme.
42.
vers

La bassesse est

43.
le

médaille dont le

une

est l’insolence.

péril

Les hommes les plus
les plus lâches

sont

présomptueux avant
après un échec.

I

44.

de

se

re-

Théophraste.

Ségur.
Rien n’est
faire

aimer

plus
de

rare

ceux

ni

plus glorieux

qu’on

a

que

vaincus.
Le même.
15

"

228
45. Avouer qu’on s'est trompé, c’est manifester
que l’esprit a fait un pas vers la perfection, car c’est
déclarer qu’on a une erreur de moins que la veille.
Le même.

46.
sont

Ceux

presque

qui veulent toujours
toujours des gens peu

et de peu d’entendement.

avoir raison
raisonnables
Amelot.

On fait bien des chutes avant d’attraper
la raison: elle se sauve, parce qu’elle croit valoir
la peine qu’on coure après elle ; elle passe par les
endroits les plus glissants, et veut-éprouver ses véritables amants.
Celui qui pre'tend l’avoir acquise tout
de suite est un fat.
Le prince de Ligne.
47.

48.
C’est un effet de notre faiblesse, que les
vérités négatives sont à la portée de tout le monde,
tandis que les raisons positives ne se découvrent
qu’aux grands hommes. Un sot vous dira aisément
une bonne raison contre, presque
jamais une bonne

raison pour.
Chateaubriand.
49.
Il faut gouverner la fortune comme la
santé; en jouir quand elle est bonne, prendre patience quand elle est mauvaise, et ne faire jamais
de grands remèdes sans un extrême besoin.
La Rochefoucauld.

50.
Il faut éviter la société lorsqu’on souffre,
parce qu’elle est l’ennemie naturelle du malheureux;
sa maxime est: infortuné
coupable. Un infortuné parmi les enfants de la prospérité, ressemble
à un gueux qui se promène en guenilles, au milieu
d’une société brillante: chacun le regarde et le fuit.
Plus la fortune nous abaisse, plus il faut nous
élever, si nous voulons sauver notre caractère.
....

Chateaubriand.

Lorsque les chances de la destinée nous
hors
de la société, la surabondance de notre
jettent
ame, faute d’objet réel, se répand jusque sur l’ordre
muet de la création, et nous y trouvons une sorte
de plaisir que nous n’aurons jamais soupçonné.
51.

Le même.

\

I

220
sont

52. Les sages qui ont écrit avant nous
les sendes voyageurs qui nous ont précédés dans
et
la
tendent
nous
main,
tiers de l’infortune, qui
nous invitent à nous joindre à leur compagnie lorsque
Un bon livre est un bon ami.
tout nous abandonne.
St. Pierre.

Le ilambeau de l’histoire montre constamde l’amour,
justice entourée de la paix,
le
fanatisme,
tandis
l’ambition,
et de l’estime;
que
la rébellion et la tyrannie sont toujours punis par
de longs malheurs, et flétris par les inflexibles
Ség-ur.
arrêts de la postérité.
de
la
craindre
de
a
tort
On
supériorité
54.
elle est très-morale cette sul’ame:
de
et
l’esprit
très-indulgent,
périorité; car tout comprendre rend
et sentir
inspire une grande bonté.
53.

ment la

profondément

55.
de la

Mn» e de Staël.

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible

nature; mais

c’est

un roseau

pensant.

Il

ne

faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser.
le tuer.
Une vapeur, une goutte d’eau suffit pour
Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait
le tue ; parce qu’il
encore plus noble que ce qui
a sur
sait qu’il meurt ; et l’avantage que l’univers
toute notre
Ainsi
sait
rien.
n’en
l’univers
lui,
C’est de là qu’il
dignité consiste dans la pensée.
non de l’espace et de la durée.
faut nous

relever,

Travaillons donc à bien penser
de la morale.

:

voilà le

principe
Pascal.

Dmfœmtfe
af oanfïeltge £)rfc

og Salemaafcer.

Gtfce 1. Défendre, forbçbe»
Séduire, beftiffe? forføre.
La largesse,
©aømilbfeb $ des largesses, @a»er. Un trésor,
en ©fat.
Un savetier, en
©fofltffcr. Le souverain pontificat,
ben paoeltgc SSœrbrgîjeb j le souverain
pontife, spasen. La bassesse de sa naissance
,
fjanê jjerfomftâ Stingtieb. Sortir , ncb=
flammej ubgaac. Un sang noble, et abeligt S3lob.
G. 2, Le connétable,
Sserfetbtmarfrfjalten, formen en Site!
i granfrig.
Témoigner de la compassion , m'fe Seeltagelfe.
Un homme de bien, en
retffaffen Sftanb. Avoir pitié de, base
ffileblibenfeb meb. Un serment , en ©eb. L’avènement nu

trône, SSronbeltigelfen; ogfad blot: avènement, m.
Offenser,
fornærme. Signaler, berømmeliggjøre. Avertir, unberrette.
Former des projets, Ubfajle glaner. Le
dénonciateur, Km

gioeren. Accuser an!lage. Réconcilier forlige. Engager,
beoœge, formaae. En conscience, meb gob ©amoittigfjeb. Avoir
intention, f)aw til Jpcnftgt.
,

S. 3,

,

Refuser de, rocgrc

ftg »eb. Invincible, iJCBerballe, en ©e»cel)t=
ïugle.
défendre, unbflaae
t
ftg. D’abord, fficgnnbclfcn. Obéir, ablpbe. Proposer une
question, forelægge et ©pørgéntaal. Ecouler, forløbe. Obscur,
bunfel. Un maréchal-ferrant, en
©rorfmeb, font fïoer jpefie >
en
©urfmeb. Un prétexte, et fpaafïttb, et goreginenbe. Examiner, cfterfee, unberfage, prøre. Valoir, rare rcrrbt ils ne
valent rien, bc bue tffe,
Feindre, labe font. Convenable,

pinbeltg.

A défaut de, t
SOtangct af. Une
Un cordon, et SBaanb ; en ©itor. Se

paâfenbe.

©, 4,

A

tour, ligefcbeêj un tour, en Dmgang. Convenir, tttbrømme. Jouir, nt)be. Obtenir, erfiotbe. Vivement,
heftigen. Piqué, opbragt, fornærmet. Indiscret, ttbetœnffom.
Irrespectueux, fom rifer 93tangel paa KSrbøbtgfeb. Elle dit le
«contraire, bun ftger (bet SRcbfatte), at bet forfolber ftg anberlebeè.
Tâcher forføge. Persuader il
1 ne
qn., orertpbc ©n Om.
simplicité, en ©nfolbigbeb. Justifier, retfærbiggjøre. I! faut
laisser tomber cela, man maa labe bet
falbe fen. Gagner sur
moi, faae crer mit ©inb. S’en rapporter à moi, beri at
fern
folbe ftg til mig. Avoir tort, fa»e lîret. Un
calomniateur,
en
En
ffiagoajîer.
particulier, alene. Entreprendre, paa=
tage ftg.
G. 5. De bon ctrur,
gjcme, La considération, Kgtîlfe,
î?pmœrf|ombeb. L’Adige, ©tfdj. Se déborder, fïplle oser
fine
SBvtbbcr. Emporter, tioc bovt. Une arcade, en
SBttebt'oelm'ng.
,

son

implorer, antaabe. A vue d’œil, etenfçnlig. Délivrer, vebbC/
befrte. Ecraser, tnufe. Aborder dessous, lægge inb unber
(ont et gartøi). Le concours du peuple, Jûlfcfrirrtlen. A force
de rames, »eb at roe af alle Ärcefterj une rame, en ÎCare, Surmonter, OBerUinbc.
©, 6,
Assaisonner, f rt)bre. La bonne grâce, ben
tœffetige ÎCnffanb. Désoler, obelœgge. Poursuivre, forfølge.
Disperser, abfplttte. Soupçonner, miêtœnîe, foette Æøiøl til,
La bonne foi, 2@rltgl)eb. Etre convenu, nœrc bleuet enig om,
fjaue aftalt. Un stratagème, en Ctffc, et Ârtgëpubê. S’introduire, bringe fig inb, ffaffe fig Snbgang. Admettre, inblabe.
Etre sans remède, ftaae iffe til at ambre j un remède, et
Faire bonne contenance, l)olbe gob ÜJïinc* S’emfor. La cordialité, fbjetteligÇeb.

SRtbbel imob.

presser de, gjore fig Umage
Un procédé, en gremfœrb.

S. 7. Egalité d’humeur, ©inbêdh'gljeb. La douceur de
l’esprit, SSlibl)eb, La complaisance, SBelmllie. L’affabilité,
rechercher, »il gjøre @bec
SBenligljeb, Smgœngeltgljeb. Vous
affjotbt, at man føger ®bcrê> ©elfïab. Ne tarder pas à, iffe bie
mcb. L’inégalité, /., Uftabigfyeb i ©inbet, SBægelfinb. Refroidir, følne, Eloigner, bortftøbe. Reconduire, følge ub. Se
rendre, gioe efter, foie ftg i. Mettre l’adresse, fïriBe Uben paa
(Ubjïriften). Frais, oaab, iffe torj frijï. Un ravage, en
SÔbelœggelfe» Emu, sreb 5 opbragt 5 émouvoir, røre. Envieux,
miêunbelig. Exprès, meb gtib. Un homme d’esprit, en 931 anb
af fboueb.
S. 8. Pénétré de, inbtaget af. Le mérite, fortræffelige
Sgcnfïaben Jortiencften. Une conduite édifiante, en ercmplarijï
(folgeoœrbig) Dpførfelt édifiant, opbyggelig. Odieux, forfjabt,
affïyelig* L’horreur, /., 2Cffît)e. Ses diocésains, ffieboerne f
ïjartê ©tift. Lui payaient
d’estime, ybebe f)am meb (Slæbe
(fanbt gornoielfe i at çbe fiant) be famme SSeüifer paa 2Cgtelfe>
le tribut, Mfgiften. La guerre de succession, TCrBefolgefrigen,
Tant d’empire, faa meget £errebømme. Fameux, nannfunbig.
Occasionner, foranlcbtge, Bære ©fylb i. Redouter, frygte.
Conjurer, bebe tnbflœnbigj befoœrge. Sa perte, fyenbeêilnber;
Le retardement, gorftnfelfen, Opfyolbet.
gang.
S, 9, Un péril pressant, en oserliængenbe §are. Faire
du jour
sombre, omfïabe Sagen til ben mørfejle 9iat.
...

...

....

Ensevelis dans les ténèbres, tnbf)t)ttebe i SØtørfetj ensevelir,
begrabe, La lueur, ©finnet. Ebranler, roffe. Obliger,
formaae. Pourvoir à, forge for. Soutenir, unberjiøtte. La

magnanimité, jbøimobigbeb, Réformé, aftaffet. Importun,
paatrœngcnbe, ooerljængenbe. Un libelle, et ©famjïrift. Indulgent, OBcrbœrenbe. Annoncer, melbe. Compter, fiole paa.
©. 10, N’importe, iffe bejlominbret bet cr ligemeget. Sous
forteresse, unber benne fÇœftningê goroaring; un verrou,
....

en

©faabe,

Le courroux, SSreben.

Désigner, anBife.

Actuel,

232
mmœrenbe.

Myope, fortfpnet. Rôder çà et là, flretfe ont.
poitrail, bringen. Ne pouvant y parvenir, ba fcet iffe funbe
Içffeê ijam; parvenir, opnaac. Grogner, fnurre. Douloureusement, fmertctigen. Eprouver, erfare, prøre. L’agitation, /.,
Prêter l’oreille, Ipttc,
Uro,
6. 11. Les précautions,
gorijolbêrcgïcr, ©ifferijebê;
forføg, gorfigtigijcbêmiblcr. Prudent, forfigtig, Accabler,
oreroœlbe. Un bruit sourd, en bump 5pb; sourd, bøo. Se
propager, ubbrcbe fig. Le long de, langé mcb. A propos, t
rette 5£tb. Hasardeux, »OBclig. Une arche, en Bue. Imminent,
ttunbgaaeïig, opertjœngenbe. Un exploit, en ubmærfet S?aaben=
baab. Pour comble de terreur, for at bringe tjanê
3tngefl til
bet fbøiejlc , le comble, ©pibfen.
Se contenir, teemme fig.
Soudain, plubfelig. Serrer, flemme. Une attitude, en (Stilling,
Supérieur, opfjøiet. Ravi de, glab ooer, (jcnrçft oser, Industrieux, aarraagcn, paapaëfenbe; arbeibfom.
G. 12. Sacrifier, opoffre, gi»c @lip paa. Point d’honneur, 2@reêfag. Un combat particulier, en ®uel.
Eclatant,
ubmærfet i fîinnenbe. Paire naître, oprœffe, afftebfomme; labe
Emulation,
føbeé,
.Rappelt) ft. Rivalité, /., Bcebbeftrib.
Leur faisait.... à la main, fern ibelig gat> bem Baaben i jbœnber
Prendre
imob ilinanben.
querelle, fomme i Srœtte. Se piquer
de, rofe fig af. Que, fjtn? ijporfor? Pernicieux, fïabelig,
forbœtôclig. Baisser, flaac ncb. Mettre la lance en arrêt,
tœggé&mbfen an, fœlbeCanbfen; l’arrêt, ©tettepunftet for Canbfen.
Fondre sur, fïprte løé paa.
Impétuosité, /., Bolbfomijeb,
Le

^»eftigbeb,

S, 13, Le mal-entendu, 9?iiêforjtaaelfen, Il s’agit, bet
gjelber cm. Couper la bourse à qn. fnappe @nê pengepung.
La sentinelle, ©filboagten. Le corps-de-garde, Slagten. Un
filou, en Sommetç», Demander, fremfalbe, forlange frem. Mon
premier garçon, min üOZcjterfl'enb. Composer, forfatte. Un
mémoire, en Stegning. (La mémoire, Æntfommelfen). L’habit
en question, ben omtalte
Äjole. Le produit, Snbtœgten. Le
protée, ben Ujîabige. Proteus er en mpttjologifî iperfon, ber
funbe antage alte mutige Gfiffelfer. Manquer à, fm'gte, forfee
fig imob. Il ne s’arrêta pas là, l;an lob bet iffe blioe berreb»
s’arrêter, ftanbfe. Eloquent, Dcltaïcnbc. Suffire à tout, ftrœffe
,

til ait, ooerfomme ait. A force de, nieb mcgçn,
G. 14, Un canonicat, et ®omi)errcembebe.. Amanomination, fom jeg ubnœrner til. Concevoir, begribe. J’en ai....
regret, ict gjør mig vurfeltg onbt. L’air de bonhomie, ben gob:
mobtge SKine. Renoncer à, opgt'oe. Abjurer, affroerge. Effectuer, opfplbe, »irfcliggjøre. Autoriser à, bcmpnbige til.
■Concevoir fatte. Un
contre-temps, et ubehageligt Sitfœïbe.
Aliéné, afft'nbig. Un belvédère, et llbfif, en 21ltan. La demeure.

tffft'nbigïjeb.

233
0. 15. La complcxion, Cegcmetê ffiefïaffenljeb j de faible
nomplexinn, af fnagelig Statur. La balustrade, SîœfBœrfet.
Enfiler, tage en otê Ski, labe inb ab eller riëb ab. Lestement,
raff, nteb Setf)eb eller SSc^cenbtgfjcb. L’ascendant, m., ffllpnbig*
l)eb, OBerBeienbeSnbflçbelfe. Pensa
funeste, »ar noer fommen
fjant bprt til at fîaaei funeste, u£)elbbrtngenbe, afførgelige følger.
Être en ébullition, Boere i JCog, Boge. Un accès, et ÎCnfalb.
©, 16. Essuyer, ubflaae. Se rendre à, mobtage. Réitérer, g-jentage. Un assujettissement, en Ssang. Traiter,
af^anble. Toutes
métaphysique, allé ©porgëmaal Ijcns
fjørenbe til ÇOîetapfjçft'Bert, alle fünfter i 2Jtetapf)çfifen, Trancher,
«fbrçbe. Une discussion, en Unberføgelfe. L’homme d’esprit,
SRanben af 2lanb. Un délassement, en SSebergscegelfe.
Consacrer, Ijeltige.
Librement, frit, efter frit SBalg, Transporté,
Çenftpttet. L’enchantement, gortrpllelfen/Srplleriet. L’orange,
Kbelftncn. L’écorce, /., ©fallen. Une défiance, en ®ÏÜj=
tillib. Presser qn. de, OBerljœnge @n for O.f.D, Blanchir, Babjïe.
Remplir (bebre: atteindre) son but, naae fit SOlaal.
©. 17. La désunion, ©plib, Uenigfjeb, Le ressentiment,.
Slrebe, garnie. D’un ton piqué, i en fornærmet Sone, Se
Jouer qn., firere @n, brise
moquer de qn., f;ace @n til SBebfie,
@joef mcb @n. Concerter, aftale. Des protestations, 3nb=
senbinger, gorfiffringcr. Imaginable, optœnfclig. Etre à lui,
tilføre fjant, Se mêler de, blanbe ftg f. Jouir, more ftg oser;
...

....

n»be.
0, 18.

Jouer un tour à qn., fpille @n et spubê. La rc
traite, bct rolige Dpboïbêfîcb. Traîner sur la roue, lægge paa
©teilen, La salle d’armes, gtøgtefaleit. L’effervescence, Dp«
brufen, ©jœring t ©emçtterne. Converti, omBenbt. Un concours, et ©ammenfiøb. Un suicide, et ©elomorb. Un capitoul
(1 ubtaleê iffe),_ en Sorigljeb, en Sitel egen for gogeben i Soitloufe,
Enivrer, berufe. La superstition, Ooertroen. Hésiter, tage t
Setœnfning. Imputer, tilregne. Prescrire, forefïrioe, paabçbe.
©, 19. La question* Sorturen, ÿinebœnfen, Protester,
paaftaae, ïielïfg forfiffrc. Absoudre, frifjenbe. Complice,
beelagtig, 3Keboibcr. Flétrir, befïœmme. Le préjugé, gor=
bommen. La consolation, Skøjten. Attendrir, røre. Indigner,
opbringe. Les détails, IBiomftænbigfjeberne. Le zèle, Soeren,
Soutenir, Bebltgef)0lbe. Les mémoires des avocats, tlboocatcrneâ
Snbtæg. Les longueurs, SJibtløftigtjebcr. Les déclamations,
heftige 5)ttringer. L’indignation, farmen. La louange, sfîoeâ.
Répandre, ubflrøe. L’arrêt, ©ommen. Réhabiliter, bringe
paamj i 2@re. Succomber sous, buffe unber for. Le poids,
Slægten (le pois, @rten 5 la poix, Sieget). Le remords, ©am=
_

Bittigtjebênaget,
S. 20,

talrige Segn
Se taire, tie.

Prodiguer des marques d’admir. à qn., Bife @n
Skunbring j prodiguer, øbfle. Inouï, ufjøi't.

paa

L’idole, /., tlfguben.

Mier

au

pas.

fjereSfribt

\

234

for ©fribt, Célébrer, beramme, ubbrpbe i£o»tale oset. Adopter,
optage fom Siebtem, La ride, Sîpnfen. Démêler, opbage, fjenbe.
Observer, iagttage. Le buste, ffirpftbülebet.
Couronner,
ïranbfe. Percer, brçbe tgjenncm. Entassé, fom »ar fîimlet
fatnmen. Se soutenant à peine, £)a»enbe onbt »eb at gaae; se
soutenir, Ijolbe ft g paa ffienenc.
©• 21. Retentir, gjenlpbe.
Un hommage, en jpçlbeft.
A en juger par les app.
at bomme efter bet Silfpnelabenbe.
i n auteur dramatique, en ©fuefpilbigter.
Réduire au point,
bringe faaoibt. Le nécessaire physique, bet legemligeSløbocnbtge.
Engager qn., formaae @n tit. Des dehors aisés, et »eltia»enbe
S)bre. Se douter, afjne. La distraction, ©iftraction, abfprebte
Sanfcr, Stgcgylbigfteb. Insister, at »ære paatreengenbe. Emouvoir, rare. Saisir, opfatte. Des, haillons, m., pjatter.
©. 22. Prévenant, forefommenbe. La satisfaction, @lœben.
Lui prêter de quoi, laane fiant SJtibter t il, fpenge tit. Etre sur
le point de, ftaae i S5egreb meb. Une tournée, en Steife t et
®iftrict paa ©mbebS ffîegne. Abuser, miêbruge. L’autorité, /.,
Stçnbîg^eben. Ses démarches, /., fjanê gretnfeerb. On eut
beau
père, bet npttebe ïun libt at man unberrettebe gaberen
o.f.».; on a beau faire, bet er forgjœoeê l)»ab man enb gjør.
Grossier, uartig. Impérieux, bcrfïefpg, Libertin, rçggeêloë.
Renvoyer, affïebige, jage bort. Citer, inbftccone,
©. 23. Les inepties, glaulieber, flaue ©»a», Une sentenee, en Som. Un homicide, en SJiorber. Une amende, en
ÇOiutct.
Inviolablement
ubwbelfgen. Imposer, paalægge,
foreffrioe. Une trêve, en SBaabcnfh'tjïanb. Un coup de partie,
et afgjørcnbc coup, et Ipïïeligt coup.
De bonne foi, trofïpïbigen.
Légitimement, losmœêftgen, uben at fornærme ßo»en. V manquer, brpbc bet. Y coopérer, meboirfe bertit, beeltage bert.
Criminel, jïrafffplbtg, Céder k, gt»e efter for.
©. 24, L’importunité /., fpaatramgenljeb. Faire réflexion, o»cr»eie. Différer, opfffttc. Pressé, tiljïpnbet. Accorder, titftaae. Combien
délicat, fioor føb og behagelig
ben ©tobe er o. f.». Un précepte, en gorjïrtft. Gagner, naae.
Un curé, en fatljoljï ©ogneprœfl. (Un ministre, en proteftantifï
(prœfi). Un ecclésiastique, en ©eiftlig. Aux environs de la
paroisse, i ÿtœrljeben af ©ognet$ les environs, £)megnen.
©. 25» Soutenir l’idée que, fpare t il bet (Begreb fom, o. f. »,
Un aumônier, en
©friftefaber tjos, en fprfteltgfperfon. Ménager,
bringe t ©tanb. La douceur, ©agtmobigljeb. Faire ses efforts,
gjøre fjoab ber fîaaer t ©nê Siagt. Acquérir, erf)»cr»e. S’appliquer fortement à, beflitte ftg ftœrît paa. L’aboiement, m.,
@øcn. Des injures,
©fjclbëorb. L’effronterie,/., Itfor:
fïamuienl)cb, grœfljeb. Vomir, tibgpbe. Suggérer (begge g
ubfalesM bet forfte fom et banjï
g) inbgtpe, lin outrage, en
'
,

...

,

,

...

/

grc»

(

gorncentulfc.

t

235
S. 26. Une rencontre, en SBcqioenîjeb; et SPtabc, inviolable, ubrabetig. L’émotion, Dprar, fjceftig SSebxgetfe.
Se posséder, befjerjïe ftg felb. S’appaiser, lægge ftg. Faire
donation, gjate en @abe, fïjœnïe. Ses biens, fine ©enbomme.
Reconnaître
t'nbfce. Se dépouiller de fïilte ftg beb, Le
{rendre ©bigerfannen (la bru citer la belle-fille ©biger:
batteren). L’aigreur, /., Sfittei'beb. Pour comble d’affliction,
tit enbnu fïarre Â'ummer, le comble, bet tpaiejle, ©pibfen. Une
conjoncture, en Dmfixnbigfebi et ©ammenjlab af SSegicenfebtr.
Imaginer, ubfinbe. Remédier, raabe ffiob paa. Exposer le
sujet, ttbbiïle ©rtmben, fremfxtte îtarfagen. Faire cesser, gjare
6nbe paa, faae tif at ophore. Verser, tjetbe ub. Le tintement
fréquent, ben (jçpptge Jttang. La dette, ©jetben. Acquitter,
tiibagcbetàte.
©, 27. Convaincre, oberbebife. Instituer héritiers, inb»
feette tii Xrbinger. Une proposition, et gorfïag. Obligeant,
forbiilbttig. Par droit de succession, beb "itrberet. Rendre
l’âme, opgibe Manben, Le caillou, gfintejïenen. Emprunter,
laaneaftgn. (Prêter, ïaanctitSn), Fournir avec abondance,
fïaffe rigetigen, meb Dberftabigtjeb. Prévenir qn., foreïomme
Cnêfÿnfïer. Dissiper, forabe. Retarder, opfxtte, ftnfe, for:
t)ate. Enterrer, begrabe. Lapider ftene. Rapporter, for:
,

,

,

,

,

tætte 5 Berette.
©. 28. Refluer, ftremme tit, ïomrne tilbage. Assister,
Bibaane.
Choquer la vue , flabe ©iet. Faire diversion it
l’ennui , abfprcbe (forbribe) ÂjebfomBcben.
Crayonner, fïribe
meb ffiliiant. Indiquer, bife. Etre debout, jïaae. Un inciLes
et
dent,
Silfxtbe.
esprits, (benuîttcrne. Imperceptible,
umxrïelig. Un homme décoré, en.SSanb meb Srbner. S’indiner, baie ftg. Confus, fïamfutb, forbirret. La bassesse,
Ubfetfjeb, Prendre sur le fait, gribe i ©jcrningcn. Un sexagénaire, en trebfinbêtçbbaartg SJtanb, Retiré du commerce,

fom f)a»be opgibet (truHet ftg tilbage fra) jbanbelen,
©. 29. S’énoncer, ubtrt)!fc ftg. Muni de, forfpnet meb.
L’hésitation, SSetœnïning, SSaïten i at beflemme fig, 9îaten.
Amphibologique, tbctpbig, bunïct. Scabreux, betxnlelig,
miêlig. Référer, metbe, mcbbele Unberretning cm. Un exempt
de police, en fpotitiebetjent. Cerner, entringe. Travesti, for=
ïltebt. Epier, fjotbe S5ie meb, fpcibe. Se glisser, fnige ftg inb.
Furtivement, tjemmelig, ubemœrft. L’allée, ©angen. Pousser,
jïpbe tit. La certitude, âSiêfcb. Un satellite, en ®rabant.
Dès lors, fra bet ©iebttf af, jlrar berpaa.
Procéder k une
recherche, anjtilte (fïribe tit) en Unberføgetfe. Etre en dépôt,
bære i fforbaring.
Transi, bejhjrtfct. Frayeur, /., ©£rœï.
L’appréhension, /., ftrpgt. La fouille, ©fterfagningen. Certificr, forfiltre. En bouquin, en gammet SSog. La perquisition, ©fterforfïningen. La poussière, ©tabet. Ronger, for:
brerne, gnabc. Minutieux, omftenbelig , naiagtig, fmaalig. U

\

S

23(i
ne

s’en tint pas là,

l)cm lob fig iffe note bcrmcb, lob bet if£e blioe
ben forljcnbœrenbc A'jøbmanb. La
contravention, Obcrtræbelfcn af èobcn. Des renseignements,
llnbcrretningcr. Prohiber une chose, forbpbe en Sing af tiU
fœlbige ftarfager. (Défendre, forbçbe Ijoab t 2(lminbeligl)eb iffe
et: 9?et).
Receler, fïjule.
©. 30, Disposer, orbite, forbele. L’inspection des lieux,
Spfpnet tneb Socalet. En règle, paa befjortg SQfaabe. Un buffet,
en @EœnE, et @Eab til at
giemtne ffiorbtoi t. S’agiter, gjore ftg
limage, bejïjœftige ftg meb Sraoll)eb. Par mégarde, af SSanbare,
Une
af geiltagelfe.
défaite, en Ubflugt. En imposer, føre bag
Spfet. Bonnement, trofïplbigen, eenfolbigeti. La vaisselle,
SBorbferotcc, gabe og Siallerïener. Du linge de table, ©æfEetøi.
Insister, paaftaac. Livrer, ublCBCre. Constituer prisonnier,
ftrttei ÎCrreft. Les fers, Cœnfer. Confondre, forbitre. L’opiniiVtreté etc., ïjenbeê IjaarbnaKebegrœfljeb; l’opiniâtreté,
$aarb=
ttaEfenfjcb, L’arme en joue, mcb ©ebæfjrct lagt an. Capturer,
tage til gange. Paralyser, lamme,tflintetgjere. Egorger, mprbe.
Débarrasser, fEille af mcb. L’atrocité, /., ©Eœnbigbcb.
0. 31. Insulter, fornærme. Un legs (ubt. lè), en ®at>e
ueb Seffamentj faire un legs, teftamentere ett ©aoc. Empressement, fpunftligÇeb; 3»er. L’équité, /., Sîetfœrbigljeb; SSillig*
Ijeb. Donner une preuve éclatante, gtbc et ubmœrfet (jïtnnenbe)
SScbiiê. Empressé de, begjerlig efter. Une pompe auguste,
en fmtifcsfulb (fragt.
Etre perché sur l’extrémité, ftbbe
paa
ben pberfle ©pibfe. Tirer de l’arc, fït)bc ntcb S3ue. Décocher
une flèche, ubfEçbe en
dans
son
piil. Baigné
sang, fbommcnbe
t fit »lob.
Se précipiter, ftçrte ftg.
©. 32. De dessein prémédité, forfætlig 5 meb ODCrlagt
gorfœt. Pour être involontaire, forbi ben er uforfœtlig. Accahier, ramme; oberoælbe. Racheter, opoeic meb penge. A
Dieu ne plaise, @ub forbçbe. Sacrilège, ugubelig, fom ïrænEer
bcrbcb.

L’ex-commerçant,

bet ^eilige.
Le désintéressement, Uegennçttigljeb,
©t’iofoittoegtclfe. Supérieur aux autres, opftøiet Ober anbrc. Le sentiment, gøleffcn, SccttEemaabcn. S’écarter, fjerne ftg noget, af=
fonbre fig. (S’éloigner, fjerne ftg langt fra). Ce qu’il avait,
lioab l)am fattebeë. Vous serai-je
secours, bil jeg ïunne
(bære Sent til ftørre jojctp) g}øre mere for ®em o.f.b. Le sujet,
îldrfagen, ÜCnlebningcn.
©.33. Une maison de plaisance, et Sçjïflot. A sa bienséance, at flaac l)ant an. S’emparer de, bemægtige fig. Re«luire à la mendicité,
bringe til Skttclfiabcn. Un soutien, en
©tette. Exhorter, opmuntre. Persuader, Obertale. Une
insulte, engornœrmelfe. S’épargner, forfïaane fig. Inquiéter,
amgfte, forurolige. I ne issue, et Ubfalb; en llbgattg. Une
négociation, en llnberfjanbling. Imprimer sur, paattnïfe,
rræge; trpEEe. Objecter, inboetibe.
Cassé, offreeftet, frag*
En croupe,
bag paa jjeften.
....

f

Donne» rendez-vous à qns., béftille nagle til nt
Des reproches sanglants, bittre SSebt’cibclfer j sanglant,
Prendre
Un persécuteur, en forfølger/ en ©ftcrjîrceber.
for, Marquer, betegne.' La disposition,

ø. 34,
Ittøbe.

blobig.
garde, tage ftg i2Cgt

Déplaire, miêbage.
©inbëjtemningen. Un garçon en Sjener, Le
congé, Tlfffcben.
L’intendant, JpmSfjomnejtcren, goroaiteren.
men
,

fec
dehors, mfe bort, jage paa Søren, Mais tiens,
bette gtpcç jeg,
fjert tenir, t)0lbe. Voilà ce que je te donne,
Sig. Etre placé, blioe anfat, ïomme i Sjenefte. défaire
de,
S. 35, Allait donner, üilbe tit at gire. Se
jïille fig af meb. Alléguer, anføre. L’expulsion, SSortjafjeife.
Ruiner, øbetæggc. Une méprise, en SSittfaretfe. Claquemuré,
inbfluttet. S’apercevoir, bitre oaer. Les charmes, m., ,gfnbig=
Ijcbernc. La prairie, (Sngen. S’émaillcr, ftmiÉfc ftg. L’auJjébitre
pine, #»ibtornen. Blanchir, ttbfcibe fine brtbe Stomjîer/,er
tffe
11 n’est.... pare, ber
beflœbe,
prpbe.
Tapisser,
birib,
et Srœ inbtil ben œtbjic ©palier, font jo pvmter'jtg. Déguiser,
lïjule.
0. 36. Le morne silence, ben bi)be S£a»êf)e& 5 morne,
førgelig. Le bêlement des troupeaux, JôjovberneS- 33rœgcn.
Gravir, flattre. Le penchant, ©frœnten. Se répandre dans,
Sarcler, luge. Vouer, billigt»
løbe om paa, fprebe ftg ab.
La navigation
©Etbëfarten , ©etiabfen. Embrasser om=
fatte. Les limites, /., ©rœnbfen. Observer, base for ©te.
le
Placer, anbringe. Etre dépositaire de, bare at raabe orert
Des lettres de change,
er betroet.
fcacm
noget
ben,
dépositaire,
SBerlcr. Le lrct, ©fibêfragten. Intact, ufïabt, urørt.
0, 37. Un dépôt, et SDpiagëfteb. Des fonds, m., Âapi=
taler. Au gré des circonstances, efter ©mftænbigbeberneê gøte.
Le
Le recensement, Sptœllingen. L’armateur, (©Eibëreberen.
Les chances
porte-halle, SMêfeErœmmeren, Calculer, beregne.
de la fortune, SpEEeitë Cmrcrltnger; chance, /., et ©lagë
il y a
Sœrntngfptlt chances, rimelige Ubfalb af en SSegirenfieb:
beaucoup de chances possibles, ber er mange iSüfœlbc mutige.
Vendre à l’aune, fælge alenoiiê. Le colporteur, Ubfœlgeren,
fom gaaer fra jbuué tit epuuê. Les consommations, gorbrug af
Cernetêmibier. Le nouvelliste, 9tpb c ^ta:mmercn. S’obstruer,
meb
bepaffeê, proppeë. 'Se lier, forene ftg fammen, forbinbe ftg
Mettre

,

,

inb=
binanben. S'enchaîner par des rapports commerciaux,
til binanben, font
gaae jbanbelëforbinbelfer, s’enchaîner, flutte ftg
Se b i en Âjebe. Les plus distantes, bc fra binanben lamgft bort=
Le laboureur,
liggenbe. Un trait de plume, et spenneftrøg.
de
TlgerbprEeren. L’artisan, ^manbrærteren. L’homme lettres,
SSibenfïabêmanben. L’artiste, ëtunftncren. Construire, an=
lægge. L’enceinte, DmErcbfen. Le versement, Ubiabningen.
Le magasin, spafbufet. Concerner, angaae. Surveiller, bei
Des points
ftprej bôôe Spfigt ooer. Un tilleul, et éinbetree.
de vue, Hbfigter,

238

0.38.

Serve, fammentrœngt, fem boer tort fammen.

Om

brager, ontjïpgge. Opulent, »etfjapenbe. L’abondance, /.,
Oocrfløbigfieb. Des inconvénients, #inbringcr. Les landes,
fbebeftreefningen. Le marais, ffliorabfet. Somptueux, pragt:
futb. Une eminence, en fbøibc. En gradins,
trappeoiiê, fom
Fait

Serraêfer.
maalc.

Au

'Un site,

en

mesurer à
l’œil, laber ©iet oocrfïuc ; mesurer,
fond, i SSaggrunbeit. Distinguer, eine;
fïjclne.
SSeltggenljcb, en Situation. Le faste, fragten.

Eprouver, npbe, føle, fornemme.
ø. 39.

Avoir de

volles, 9îpf)eber.
betjent. Manger

mes

nouvelles, føre fra mig;

Recueillir, erfjolbe; inbfamle.
cela, Aille tilfantmen.

rogn.

Vous

begrebet.
@. 40.

bortilenbe.

des

nou-

Un
commis-voyageur, en reifenbe
à crever,
ont man

compris

fptfe, fom

fhanbelè:
fîulbe briffe.

Une notion, et
SSegreb. Tout
tombereau, en Jtarre, fom en SîufU
en tête, ®e
førfit og fornemmelig inb:

Un
et

Transparent, fpeilftar, gjenncmftgtig. Fugitif,
cours

Remonter le

SBanbctê Søb.

de

l’eau, renbe tilbage op imeb

Coûteux, befoflelig. La vigne, ffiiinranfen. Le
sapin, gprren. La canicule, fottnbebagcne. Hériter, arre.
Compter, tiare t ©inbe, gjøre 9legning paa. A mi-côte, mibt
paa ©froenten, ber gaaer neb tiKSøen. En plein midi, i
Siibbagê
@Olen. Mondain, rerbêlig. Un créancier, en Gfrebitor. Entrecoupé, gjcnnemfïaaret, afbrubt. Une vallée, en ®aï. Ceindre,
ontgire. Couronnée de neiges, bebœffet paa Soppen meb @nee.
@. 41. Le bain, S3abct. Ample,
rigelig. Le régime,
IDiœten. Se baigner, babe fig. Le
baptême (p ttbtaleê t!fe),
Sîebbpppelfcn, ©aaben. Salutaire, tjelbbringenbe. Kager,
frømme. Je m’y prends bien, jeg bærer mig gobt ab bermeb.
Oisif, ørfeéløé.
@.42. Parvenir à

tnbfïibe ftg.

qn., bomme Gtn

Apparemment, rimeligett.

ifeœnbc. S’embarquer,
Me faire cette

con-

fidenee, fortroe mig bet, rife nttg benne gortroligtjeb. Dédommager, fjolbe ffabesiløé. Fertile, frugtbar. A mesure qu’on
monte, eftcrfom (i jÇorfjolb t il) man fomnter f)øiere op. Manquer
sous les
pieds, glibe uttbcr gøbbcrne.
©. 43. Un gouffre, et @»œlg. La filmée,
Siøgen. Une
fournaise, et Slbftcb. Embraser, anteenbe. (Embrasser, ont:
arme.) Fouiller, eftergraoe, Engloutir, opjlugc. Mettre du
temps pour, anoenbe Sib paa, bruge Stb til. 11 nous a fallu, ri
liaoe bebøuet; il faut, ber befweê.
0. 44. Faire partie de,
ubgjøre en iDeel af. Un verger,
en
Sfugtfjaoe. Creuser, gratte. Conserver, »cbltge£)Olbc. Jadis,
t
forrige (i oclbgamle) Siber, La victime, Offeret. Périr, ont:
bornme. Enterrer,
begrase. Revenir de son étonnement, femme
ftg tgjen af fin gorunbring.
0. 45. Auprès de neb ©tbett
af. Contracter une habitude, paabrage ftg en ffiane. Pour la Calabre
actuelle, b»ab bet
,

239
ttUOærenbe Gûlabrien angaaet.

Labourer, plaie- La banlieue,
ffipcnê ©iflrict, Egorger, mpt'be. Soufré, füOölct- I,'engrais,
Le fumier, Staget, IJn bonse, en japancfljf
m., ©jøbningen.
eller tfjtneftfS fprœft. Le vœu, Saftet.
©. 46, L’avis, m., Steningen, Sïaabet, Embaumé, bai:
famijï, buftenbe. An large, ub paa ibaoct, i tum @øe. Un
miel, en eponning. Paître, œbe; grœêfe. Le thym, Simiancn.
Le précipice, ttfgrunben. Un sentier, en gobftie. Praticable,
fremïommelig. Egarer, »ilblebe, Un charbonnier, en Âulfmcr.
Un

arsenal, et 3îu)i!ammcr,

Un

fusil, et ©eoœfjr.

©, 47, Un coutelas, en gjallafî- Omettre, forglemme,
ubelabe. Faire le riche, agere Stig, La valise, ’SBabfceHen, Le

chevet, jbooebgjerbet. Le traversin, powbpttben, Srœïfcpubcn.
Une soupente, et gufafoppe unber goftet t et t)øit fficerelfe. Elevée
de sept ii huit pieds, i en epøibe af 7 til 8 Job fra (Sutøet. Une
échelle, en ©tige. Le coucher, Sîatteleiet. Un nid, en Siebe,

Hamper, frpbe, Une solive, en SSjetfe. Uliargé de, bcfjcengt
meb. Grimper, flattre op. Endormi, t©øt>ne; s’endormir, falbe
i ©øon. Se rassurer, flaae fig til Sto. Se disputer, trœtteë.
La cheminée, ©forfîenen. Tuer, brœbe, flagte,
©, 48 Hurler, tube, La fente, ©prœften. Doucement,
fagtc. A la hauteur du lit, lige op til ©engen, Etendn, ubfirûft.
La gorge, ©trüben.
Découvert, blottet. Un jambon, en
©finfe. Une tranche, en ©nitte. Seul à mes réflexions, ene
meb mine S3etœnfninger. Emporter, rage mcb. La pénétration,
©farpftnbigfjeb.
©. 49 Délabré, forfalben. Se ressentir, bære Stœrfe af.
Un bleu vif, et fîœrft Slaa. Contraster avec, ubgjøre en (flaae i)
Stobfœtning til. Le vert éclatant, bet frifïe ©rønne. Entretenir,
øcbligcf)Olbe. Excessif, umaabelig, ooenxctteê. Des couleurs
fortement tranchées, ftœrftubf)œ»ebe garøer. Avoir l’air de,
fjaøe Ubfeenbe af. Arrangé, orbnet. Un apprêt, en fefttig Œil=
berebelfe. Le vague, bet Ubeftemte. Mystérieux, mpftifï,
tyemmeligfyebèfulb. L’aspect, ©pnet, ubfeenbet. Submerger,
feette unber Slanb, oøerføømme, Conquérir sur, erobre fra. Le
clocher, .StirEefpirct, Äloffetaarnet. S’emparer de, gribe, be=
mægtige fig, La végétation, çpiantetinet. Bannir, fotoife.
Lutter, ïœmpe. Une interruption, en Jtfbrpbelfe.
©, 50, De chez soi, af fit jbjetrt. Une merveille, et Slib:
Unber. Un cercueil, en giigiifte. Un berceau, en ÎBugge. Le
reflet, ©jenfïinnet. On parvient à, man opnaaer, bet (ptteâ @n.
Pittoresque, malerifî, Bouillonner, bølge, boble. Qu’on se
figure, man foreftille fig. Une planche, et SBret. La pente
douce, ben fagte ©fraaning. Le minaret, ©piret (paa en tprfifî
SRojïc). Une touffe en ffiufïatê, en Ç)let Srœer, Entrevoir,
fïimtc. Etre surmonté de, »ære prpbet foronen meb, f;aoe oeentil.
■

,

Un croissant,

en

fbalmnaane.

\
*S
N

240
Le faubourg, gotjtabcn. Continuel,
ibelig, webs
Enchanteur, fortrçltcnbe. Tenir à, tjøre ti£. CouLe sommet, ©pibfen. Elégant, fttrltg. liéromier, omgi»C.
fléchi, ubtœnft. Le chantier, ©fibêoœrftet, Semmerptabfcn.
La métropole, fboscbftaben. Un cadre, et Dmribê, en fflammc.
D’un crépuscule à l’autre, fra et Suêmntfe tit et anbet, fra
ÇÜÎorgen tit îlften. Traverser, gicnncmtrpbfe. En tous sens,
La mollesse, 8?løbagtigf)eb.
i alle ffletninger.
L’indolence,
Sorfïijeb. La patience, Saalmobtgtjcb. Ingénieux, opfinbfont,

S. 51,

oarenbe.

finbrig.
S. 52.

Prolonger, fortfoette, forlænge. Baigner, befïptle j
golfe, Sugten. Un kiosk, et tprbtjï Cçftliuuê. Hérisser, befatte, optaarne, beftaae meb ÿigge.
L’audace, ®rijligt)eb,
gorooscnfjeb.
©. 53. Défier, o»ergaae, eg. opbpbe til Slœbbejïrib. Au
juste, note. Assigner, anoife. Se disputer, toifle meb tjoeranbre
La corde d’un arc, (Strengen paa en Sue. En fait de, f)»ab
om.
Le moulin, SKøllen.
angaacr.
L’archevêché, GsrbcbifpcnS
Ratais. Envasé, opfplbt meb ffliubbcr. Il en est de, bet for®
tjolbcr fig meb. Vainement, tit ingen fflptte. Compliqué, funjtigt
fammenfat. Un entrepôt, et Dplagêfteb.
S, 54, Un agent de change, en SBepelrøcegter. Un courtier de marchandises, en Slaremœgter.
Agréer, tage imobî
montage meb S3el»ittie, Sceller, affïutte, befegle, fatte fflettené
Segt for. Irrévocablement, mgjenfûlbetigen. Restaurer, iftanbs
fatte. Un foyer, en ©amtingëplabê, et gorfrijïningêbarelfe i et
Sluefpittjuuê. Se prononcer, ubtate fig. Une succursale de
la bourse, en Jpielpeinbretning for Slørfen, en gortfcettelfe affamme.
(Succursale brugeê eg, fun om enÂ'irfCi une église succursale,
en jbjctpefirfe, et 2Cnncr).
©. 55. Dédommager, erftatte. Boisé, jïoobegroet. Un
sol sans aucun mouvement, en (eenêformig)Sorbbunb, uben nogen
3Cf»erting, Une saleté d’habitude, en ©mubfigtjeb, ber er btcoet
tit SJane. Epier, lure paa. Un chaland, en Äunbe. Presser,
trpgle, ooertjœnge. Des instances, paattœngenbc SSegjœringer.
Se soustraire, unbbrage fig, fomme bort fra.
©.56. Le patois, TCtmuefprogct, ffionbcfprogct. Résulter,
FurUn rapprochement, en atitnœrmetfe.
»are en gølge af.
tivement, ubcmarft. Les tablettes, IDagbogen. Une trace,
et ©por. L’éclat réuni, bet famïebe ©fin. Des sillons de lumière, ©traaler, tpfenbe gurer. Cotoyer, følge langé meb.
Etre distrait d’une idée, bringeê bort fra en 3bee,
J’étais
préoccupé de, mine Sanfer »are befïjaftigebe meb. Le lieu de
rembarquement, Sabningêftebet. Un monceau, en ©pnge, en
©tabet. Le cordage, Sougoœrfet. Les agrès, m,, Sabotagen.
Sc rattacher
à, ïnçtte ftg tit.
©. 57. Les Minimes, et ©tagê granciffanermunfe, ftiffebe
f S. François de Paul, L’apparence,/., Ubfeenbet. Recourbé,
babe.

Le

24 t

fjtiœloet foroven. En ogive, mcb ffarpe SBuee ; l'ogive, ben Jïavp*
ïantebe Sue ttnber en .§»œl»itig. Un indice, et SDÎœrfe, et Scgtl.
Faire ressource de tout, brage gorbcel af alt, brage ait fil
9tl)tte. Echoir, tilfalbe. Hexagone, (erfülltet. Un pontlevis, en SBinbebroe. Méditer, ubtœnfe, ubgranbjïc. Venir
au-devant de qn., ïomme @11 intøbe. Les différends, ©tribigv
peberne. Distribué, inbrettet, inbbeelt. Les jours y sont
mal pris, SSclpêningen beri falber flet, er flet anbragt.
5. 58. Boisé, panelet. Le frottement, GSntbningen. ¥
appuyer d’habitude, piete »ant at feefte (ftøtte) ber. L’issue,
ttbgangen. Très-raide, meget (teil* Le cachot féodal,
Seônëfœngêlet. Les rayons de la bibliothèque, fbptbernc t
SSibliotfiefet. Dévot, anboegttg.
6. 59, Aux frais du commerce; paüf?anbclcné25eEoftning.
Se projeter, rage frein.
Terminer, begtœnbfe. Resserré,
ta’t bpgget, Escarpé, (teil. Compenser, opaeie, Etre rede-'
vable à
l)a»e at taffe for» Se déverser, ttbgpbe fig. Un
torrent, en ftœrf ©trem. Les immondices, Ùrcenligbcbcrnc.
D’ailleurs, iøBrigt, for Sîcftcn. Lourd, plump. Dénué de,
blottet for» Constituer, ubgjøre. Ce qui
maçonnerie,
tmo.b ber ftaaer t minbfte gorbinbcïfe mcb SJÎuurarbcibct; avoir
trait à, Ça»e fbenfpn til. La dorure, gorgptbningen.
©, 60. Seconder, linberftøtte. Le développement, Ub=
»iflingen. Une correction de dessin, en Støiagtigbeb t Segning,
S’écouler, Ijenløbe, Une rangée, en Dîab, en Stœffe, En'face,
lige ODerfor. La place d’armes, @rerccerplabfen. Un corridor,
cn®ang. Bien faites, ncloorne, »etffabtc. Le port, 2Cnftanbcn,
.Çolbntngcn. La démarche, Qangcn. L’aisance,
Sctljebcn t
SSeoægelfet, ben utBungne (fri) ïCnftanb. Observer, iagttage.
Leur contenance, bercé SScefen» Réservé, titbageljotben, for?
ft'gtig. Us sont pleins d’égards, be (crc fulbe af) lja»e megen
,

....

£)pmœtEfoml)cb.
©, 61*

Le combat de

taureaux, Sçrefregtningen. Le
Les démonstrations, /., §)ttrin=
gerne. La prédilection, gforfjerltgfjeben. L’arène, /., jtamp;
plabfen. L’étable, /., ©talben, CiBœgjtalben. La saumhre,
©altlagen. Un poignard (ubtaleé pognard), en Soif. Un
champion, en Âcempcr. Frapper avec ses cornes, ftange meb
fine eporn. Plonger, jage bpbt inb 5 nebfamfc. L’agitilité,

divertissement, ^orlpjtclfen.

.Çurtigbebcn,
©. 62.

Sctbebcn.

S’y cramponner, îlpnge fig fajt til famme. Débefrie / løértoe. Darder, ubfafte. Percer, gjennem=
Un tronçon, en afbrubt ©tump.
bore.
Adapter, faftgjøre
»eb, tilpaêfe. Un tuyau, et Stør. Des artifices, m., brambenbe
SOîaterier til gprmerferi, Y être attaché, fœtfe (Priiê paa, beenge
»eb. Tenter, forføge paa.
Abolir, affïaffc. Un muletier,
en üOluulœfelbrioer.
Une auberge, et (9jœ(tgi»cvftcb*
Au dire
de, efter ©igenbe.
gager,

242
S. 63.

Faire

voile,

gaac ttnber ©cil.

Détourner de

dessus, lebe bort fra. Analogue à, ooerecnêftemmenbc ntcb,
fnarenbe tit. Une métropole, en jbouebflab. Distribuer, for;
bete. Intermédiaire, mcllentltggenbe. L’inégalité, Ujcrmfieben.
Salubre, ftmb. Un tremblement de terre, et Sorbfïjcelô,
©. 64, Percé, gjcnncrajïaaret. Un trottoir, et gortoug.
Equestre, fom er fit jbeft. Eriger, opføre. L’effigie,
SSillebet. Des pois, m., (grter. Du cochon, ©oinefjøb. Du
biscuit, Soebat, ©fibébrøb. Mordre, btbe.
0. 65, Le tillac, ®ceffet. Etouffer de, foœteê af. Enfumé, titrøget. Le pont, -Dæffet. Le genévrier, (gnebcerbujïen.
Le charpentier, Sømmcrmanben. Un poivrier, et fPeberlrœ.
Le lamancur, Sobfen. Heurter contre, ftøbe tmob. Un écueil,
et ©fjœr, en .Slippe t fbaoet.
0. 66, Laineux, be»o;eet meb Ulb, Des concombres, m.,
îtgurfer, Des carottes, /., ©ulerøbber. Des haricots, m.,
©nittebønner.
Exprimer, ubpreêfe. Le jus, ©aften. Un
vagabond, en fianbfîrpger. Un vaurien, en -Dagbriser.
©, 67, Un menuisier, en ©ncbfer. Rangé, orbenttig;
un homme bien rangé, en Éîanb, fom l)olber fine ©ager i gob
Un atelier, et SSœrffteb.
ïhisant
Drbcn.
menuiserie,
forfærbigenbc be fmuffefte ®reicr; og @nebfer=2trbeiber; faire au
tour, forfœrbigc paa®reierbœnfcn, En bois d’acajou, af SDîaf)ogni=
Une taverne, et S3ertêl)UUÊ>,
Une galerie, en ©rate,
tree.
De front, »eb ©iben af fjoeranbre.
Un plat,
en tang ®ang.
Le suc, ©aften. Fade, flau.
Une tortue, en @filb=
en 9îet.
pabbe. Un réchaud, et gprfab. La carte à payer, ©pife=
fehlen.
©. 68. Le cafier, .Kaffetræet, La canne à sucre, ©uffers
LTne sucrerie, en ©uïferplantage,
Un sorbier, et
røret.
Stønnebærtræ, La coque, ©fallen, La baie, S3œrret, Une
Le gland, Tigern.
fève, en ffiønne.
Secouer, rpjte.
©, 69. Le lin, jbørren, La pellicule, ben tpnbc ©fat,
■fnnben, Une machine à vent, en SRenfemajïine, fom sifter
©naofet bort. A la livre, punbepiiê, Au boisseau, ffjœppe=
»iiê. Une aubépine, en jbsibtorn. Le cotonnier, SPomutbë;
S’enfuir par, løbe bort (af=
træet. Un cylindre, en ffiatfe.
fonbreê) tgjennem. Une rigole, en Sîenbe. Une chaudière, en
ftor Äjebel til at foge noget i. S’épaissir, btioe tpf, Se réduire
en qu. ch.,
foranbre ftg til noget, bli»e tit noget. Une miette,
....

en

©mule.
©. 70.

Tirer parti de, brage Stptte af. La tige, ©tammen.
Moissonner, tjøfte. La récolte, 3nbl)øftcn. La réverbération
des pierres, ©traalerncê
S£ilbagefaftning fra ©tenene. S’exténuer,
ubmatte ftg, afftæfte ftg. Ambulant, omoanbrenbe. Les pratiques, Âunbernej c’est une bonne pratique, bet er en gobSunbe.
0. 71, Mettre à contribution, brage gorbeel af 5 egentlig
branbfïatte, paalœgge TCfgifter. Chamarré de, bebængtmcb; cg.
_

243

befat meb Sorbet. Un grand efflanqué, en tang, opløbet (fmal)
Une mijaurée, en ipige meb latterlige, affecteertc 2)la=
Une femme faite
et notent gruentimmer.
Haler,
nerer»
en jbat meb flab
Un chapeau rabattu
brune, foelbrcenbe*
(nebflaaet) ©fpgge. Le feutre, giltet. La doublure, goret.
Eblouissant, btœnbenbc.
S, 72. Un escarpin, en tpnbfaalet ©foe, en £)anbfejïoe.
Une épiLe harnais,, ©eletøiet. Ecrouler, ftprte fammen.
taphe, en ©raofïrift. La tombe, ©raoftenett. Des pierres
rouges cuites, røbe brambte (Steen. L’albâtre, m., îltabaftet.
Le saisissement, gorunbringen, gorbaufetfen.
©, 73, Le libertinage, 9tpggef>tø§b e ben, bet ubfoœoenbe
2io, Ci-git, l)et botter. Achever, blioe fœrbig meb, fulbenbc.
Amasser, ffrabe fammen. Le trajet, Skien, man paSfercr mellem

sp'etfon.

,

,

to ©tcber,

Refouler, brioe tilbage. Comprimer, unbertrçffc,
Anéantir, tilintetgjore. Le fléau, flagen. Une
tribu, en ©tamme. Peuplades de la plaine, golf, font Oanfe
en omoanfenbe golfemœngbe.
om paa ©letten i une peuplade
La férocité, ©rufombeb, La vengeance, fjaongjerrigbeb, jbœon.
Chétif, uêfel. Le mûrier, SJtorbcertcœet. Le palmier dattier,
©abbelpalmen. Le versant, ©fraaningen af en jbøi. Battre
En planches,
Une toise, en gaon.
en brèche, jïpbe S3rcfd)e.
af SSrœber, Aisé, oelbaoenbe. Grillé, forfçnet meb ©itter,
Du dedans, inboenbig fta.
Soutenir, bare,
©. 75, Le massif, ben tpffe 50luttr.
unberjtøtte. Une colonne, en ©aile. Blanchir à la chaux,
peints, SBetrcef til Slagge
boibte meb Âalf. Des tentures
0. 74.

betoinge.

,

....

ipapiirt la tenture, SSetrceffet, og ben fbanbling at
betrœffe. Des fresques, /., grefïomalerier. L’approche, 2£b=
Une rue
gangen. Le plus culminant, bet ftctefl beliggenbc.
transversale, en Soergabe. Un couloir, en bebœft (Sang i
Percer
en S3pgning fra et SScerelfe til et anbet.
gjemicmfïjœre.
Aboutir, ftøbe ub til, La toiture, Saget» Une carrière, et
©teenbrub. Evaluer, angioe SSelebet af i eg, anflaae SScerbien af.
L’état civil, ffltanbtalêliften. L’inaction, Uoirffombeben, Les
jambes croisées, meb ffienene ooerforê,
Infecte
Entasser
jfinfenbe,
©, 76.
fammenbobe.
Scrophuleux, fjertelfpg, fom liber af Uboœrter ifcer paa jbalfen.
L’essence de roses, Sîofeneêfentô,
Une natte, en SKaatte.
SRofenoanb. Un voile, et ©1er. (Une voile, et ©eil.) Chausser,
bære paagøbbernet træffe ©foe og ©tromper paa. La plante
du pied
gobfaalen. Du rocou Drtcan, en røb garoe. Un
Du fil de fer, ©taaltraab.
cône tronqué, en affhtmpet Ategtc.
af

malet

,

,

,

,

,

0. 77,
bandeau, et 33inb. Une lanière de cuir, en
Sceberrem. Taner, garoe, barfc. Les arts d’agrément, Âun=
fterne til at bebageliggjøre Cioet. Une taille moyenne, en SSœrt
af SOtibbelftørrelfe. La volaille, gjœrfrœet. Dur, feig (om
Un

Hi*

244

jvjebet),.

La

perdrix, Slgerljønen. Acerbe, btcff. SahlonLe sulfate, foonlfurt Sait
(2llun, SBictciol).
Le carbonate de chaux, EulftWt Äalü. La
dissolution, Dp=
testninger.. Un mouillage, en ÎCnferplabij. Fatigant, befoierltg,
»anjïclig. Traversé de rosée, gjennembløbt <tf ®ug.
©. 78. Soulever, bringe i Opter.
Suffoquer, ïoæle.
Un four brûlant, en gtoenbe Den. La brise de
mer, SøOinbetl.
Qui allaient très-bien, font befanbt ftg raeget »et. La visite,
Le
(Ifterfrnct.
tétanos, Crampe, font ftiener
neux,

fmtbig.

Cegemct. L’agonie,
Sebâîampen. Soigner, pleie, brage Dmforg for. Soumettre,
tæmme. Domestique, tant. Un
(imberforftaae : cheval) mâle,
en fMngfi.
Chasser, jage bort. Adulte, »open. De loin, t
ÿfftanb. Une jument, en ogtoppe. En esclavage, i ben tamme
Sitjtanb î t Srœlbom. Le poulain, geltet. Teter, patte,
l’anser, regte, ftriglc. Engendrer, aolc. Porter, »ære brœgttg.
©. 79. Les incisives, Sfjœrctœnbcrne, gortœnberne. Les
dents de lait, SJielEetœnberne, ber efter
nogen $£ib falbe ttbj be
jeté l 2 i Saltet. Les mitoyennes, SlcUcmtœnbcrnc.
(®e to
førfre afbiêfc, font fjeften taber, naar ben er 2J ütar, falbes
ogfaa les pinces, Jpagcrne.) Etre remplacé, afløfeS af anbre.
Les coins, .jbjornetœnberne.
L’enfoncement, gorbpbningcn.
La détrition, .Rnuêningen af gøben. Sette er et
npt, af GTuoicr
Drb.
bannet,
Marquer, vife fin 2tlber (om Jpeften). Se déchausser, gaae lofe (om Scenber). Sueltc, fmœEEer. Crépu,
Ï rufet. Considérer, betragte. Sous le
rapport de, meb fben:
fin t il. Les affections, Sücnfïabêfoïclfcrne.
©. 80, Une constellation, et ©tjcrnebiltcbe.
Prématuré,
for tiblig. La vaillance, Sappcrfjcb. Harceler, brille. Du
l'eu, gprigfjcb, Jôcftigbeb! Revenir à la charge, formte 2£n=
grebet. Tenir tète, bpbc Spibfcn, Çolbe Stûllb. Une utilité
marquée, en »œfetîlig 3tl)tte. Une assiduité, en Skbfjolbcnbcb.
Etre susceptible de, »ære i Staitb til.
Appesanti, ncbtmtgit
(af Sø»n). Subtil, It'ftig, befænbig. Au guet, paq éuur.
Prêt, rebe, belavet. Le larron, £t)»cn. Le malveillant,
ben Slbeftnbebc. Tenter de, pro»c paa.
©. 81. Dresser, afrette. Le
boule-dogue, Soggen. lieposer sur, forlabc fig paa. Donner l’alerte, gjore lllarm for
at give ttnberrctning. Déconcerter,
forftiirrc, tilintetgjorc GSnê
gorcl;a»cnbe. Aller jusqu’à, grœnbfe til. Un barbet, cn'ÿubbcl.
S’en acquitter au mieux, fïiUc ftg
berfra paa bet SBebftc. La
sagacité, Âlogjïab; ©Earpftnbtgfieb. La sollicitude, Dmfnjgge?
ligfeb. Donner l'aumône, give 2£lmiêfe. Les bêtes de somme,
Çajîbprene. Uni, je»n. Dégagé, uljinbret. Tortueux, bugtet.
©. 82. Quel tendre retour,
l;»ilïen øm GërEjenbtligfjeb.
Etre à la torture, »ære ube
af ftg fcl» af fficïptnring, i ben piirt=
ligfte Stilling. Docile, Ipbig. Agiter la queue logre tltcb
itûlcn. Tarder, bie, nøle.
Soupçonner, formobe. Délibérer,
r

,

ooer»tte,
/

taabjlaae

ont.

Par

provision,

tnbtiï »tbctc Drbre,

245

ûf SSetœnEfomfjeb. Gémir , flçnfe. Se lamenter j Gage ftg.
Dresser l’oreille , fpibfe $re.
L’allégresse , f. , osergtPer.
©ïœbe, Four le coup, ba, benne @ang. Le déliré, gorrçïttjeb 5
dans le délire, ftgurltgf î ube afftgfe.lB, forrpEt af@læbe. Où
il en est, fjportebeS Ijan et faren, boorlebeê Çan ijar bet.
5. 83, Nos travers, pore gorÉcertltebcr. Souple, føtelig 3
bøtelig, Rogne, (tomnobig, Hargneux, trœtteijær. Aborder
qn. , nærme ftg (benocnbe ftg) tit Gën.
Hospitalier, gjcflftû
Cordial, »cnfïabeligftnbet, hjertelig. Tortueux, fnoet, Un
scélérat, en g’orbrpber, Un malfaiteur, en Slbefinbet. Sous
un autre
aspect, fra et anbet ©pnêpunft. Délaissé, fortabt.
Physionomiste, .ftjcnbcr af JCnfigtet. N’avoir garde de, iffe
falbe paa, iKe faae t ©inbe, Sans pitié, uben Sktmttjertigljeb.
Dédaigneux, fcaanlig. Conspuer, foragte, fee tjaanligt neb pan j
eg. fpptte paa @n afgoragt, men brugeê fun ftgurligt, L’empreinte, /., præget. Soumis, ærbøbig. Avec retenue, meb

SBefïebcnbcb, Silbageljolbenljeb.
6. 84. Débonnaire, gobmobig. Une croûte, en ©Eorpc.
L’importunité,/., ipaatrœngenltcb. Une bassesse, en la» £>p=
føtfcl. Frôler, flrpge fagte. Egratigner, ïrabfe. La persévérance, S8ebf)olbenf)eben, Expressif, ubtrpÉêfulb. Nécessiteux,
nøblibenbe.
Evident, Hat, nienfpnlig. L’usage, SRpttenj
SSrugett. L’abus, m., SJitébrugcn. La gentillesse, 3(rtigl)Cb j
faire des gentillesses, gjøre lette og ftntbige ©pring. Une malice innée, en mebføbt ©fabeftolteb. Pervers, flet, onbfïabêfulb.
S, 85. La subtilité, Ctfïtgljeb. Le même
rapine,
ben famme 8pff (Stlbeieliglteb) til at rapfej la rapine, Sîooetj la
petite rapine, Sfapfen. Couvrir, fïjule. Dissimuler, fotfîttte.
Oblique, fïjœO. Equivoque, toetÇbfg. En face, liget Stilene,
La défiance, SJliêttllib. Prendre des détours, gjøre DntBete.
Se rapporter à, brete ftg cm, l)a»e fbenfpn til. Se prêter au
Une convenance de nacommerce, tage ®eel t Smgangen.
turel, en Dpereenêftemmelfe i ©empt. Incompatible, uforlige=
lig. Ses aises, fin Slageliglteb. S’ébattre, more ftg, tumle ftg,
forlpfie ftg. Etre sujet à, pære tilbøtelig til. La progéniture,
ïtfEommen, Mettre bas, ïafte Unger. Inaccessible, utilgængelig.
Allaiter, opamme. Dénaturé, »anflægtet.
S. 86» La patte, ÿoben. Se mettre à l’affût, fœtte ftg
Une éducation suivie, en
Une cage, et S3uur.
paa Suur.
planraœêftg Opbragelfe. La finesse de l’odorat, Cugtenê @Earp=
Ijeb, ben fine Èugt. S’en être joué, fjaoe leget meb bem. Carnassier
ïjobœbenbe. La clémence, SJltlbfjeb. Bassement,
paa en nebrtg Slaabe. Féroce, glubenbe. 11 en est de même,
bet forftolber figpaa farame fflîaabc. Plénière, fulbftœnbfg, fulb=
ïommen. S’arroger, anmaêfe ftg.
©. 87, Provoquer, ubœbfïe. Rassasié, mœt. Altéré
de, tørftig efter. Dresser des embûches, opfttUc ©narer j une
embûche, et 55agf)olb, btugeâ meefî i gleert» La crinière.
....

,

246
SJtanEen.

L’intrépidité, Uforfœrbetfjeb. Hagard, nilb, ftirrenbe.
gueule, ®abet. Insatiable, umættelig. A l’excès, i Ijøiefte
®rab, til §)berligbeb.
S. 88. La corneille,
Äragen. La pie, ©Eaben. Conquérir, erobre. Les débris et les restes, Stumperne og Cet)=
ningernc. Affamé, hungrig. Solitaire, eenfom. Se départir,
titbele binanben. Réduire, faae
SSugt meb, tccmme. Une augure, et SSarfet, en gorubffgelfe.
Le messager, ©enbebubet.
S. 89, Le perroquet,
ipappegøien. Cendré, affegraae.
L’ardoise, /., ©Eiferftenen. Le manteau, gjerene paa Jg>or>ebet
og epalfen (om Sîoofugle). Le vermillon, 3inobret. Lustré,
glinbfenbe. Moiré, »atret. Poudrer, OSerftrøe. Farineux,
nuppret, meelet. L’iris, Sîegnbucfjinben. Manifester, lægge
for ®agen. Gazouiller, npnne, qoibbre. Prendre le dessus
de
faae 0»erl)aanb o»er. Eclater jïingre. Se faire des
La

,

,

tâches, fœtte fig ©trjEEer for5 une tâche, et befîemt 2Crbeibe.
Jaser
flabbrc.
@.90, Rebelle, ftcebig. L’ardeur,/., Sineren.
Couver,
Un
ruge.
embryon, et gofter. Eclos, ubElœEEet. Gratter,
Les
fïrabe.
aliments, Stœringêmiblerne. Recéler, fïjule. Se
priver de, berøoe fig fel», En leur faveur, for bereê ©Eplb.
A l’abri de, i Sp for.
L’intempérie, /., bet ttblibe S3eir. La
constitution, fiegemetë SBeftnbenbe. Altérer, ncbbrpbe ; for=
ftprre. Hérissé, børftet, fom ftaaer i SSeiret. Enroue, tyxè.
Une inflexion, en
Søining, en Sone. La sollicitude, Seîpm/
rirtgen. Un épervier, en fbøg. S’élancer, fare frem, La serre,
•Rlocn.
En imposer à qn., inbgpbe Gtn
2@rbøbigbeb, grpgt,
imponere @n, gjere @n bange. Sette UbtrpÊ betpber ogfaa, be=
brage, føre bag bpfet, men i benne gorflanb brugeé bet altib meb en,
(røorimob bette Orb (en) i i)iin Sctpbning ban ubelabeå, Rébuté,
,

afjïrœEEet.

@. 91,

Au

surplus, for Sîeften. La nourrice, spieie=
Se plonger, buEEe neb. Des
transes,
bøbelig fCngefl, brugeê meefl i gleert. Une répugnance, en Stob;
bpbetigheb. S’agiter, blioe uroljg, Trembler, fittre, fïjceloc.
Se désoler, btiüe utrøfleiig. La
couvée, §)nglen. Le serpent
devin, Âcempcfïangen. Frémir, gpfe. Les broussailles, /.,
.Krattet. Une poutre, en SSjelEe. S’incliner beie
fig. Une
ondulation, en 83ølgcbe»ægclfe. Une gazelle, en ©teengjeb.
@. 92. Se propager, ubbrebe fig, forplante fig. Un
repli,
en
.Krumning, en SSugtning. Entortiller, rifle om. Allongé,
ubjîraEt, forlænget. Un anneau, en Sting. Un trait, en fpiil.
Un contour, en
Omgang, et Omribê. Serrer, Elcmme. Faire
craquer, Enufe, faae til at Enage, briffe. Le volume, Omfanget.
Avaler, nebfluge. Agrandir, forftøtre. L’extension, Ub=
bibelfen, Ubfpœnbingen,
@. 93. Compact, tat, fafî.
Briser, fønberbrpbe. Un
nœud, en Ânube. Noueux, Enubret. Un levier, en Cøfte=
mobeten, 2tmmen,

,

241

mafîtne/ en Äraftfowger» Comprimer, fammenttpEEe, Moudre,
mate. Immoler, bræbel cg, ofre, La souplesse, ©mibigtjeb»
La

Imbil)er, befugte.

salive, ©ppttet.

Analogue, ligncnbc,

beftegtet. Pétrir, æt te. Informe, formtøé, Ramollir, btøb=
gjøre, Concassé, fønberEnuft. L’aspiration,/., Sinbaanbmngen,
SrceEEen efter SSeiret.
Engloutir fuge. Digérer fotbøte.
L’inertie,/., Ærœgfjebëtitftanbcn» La digestion, gorbøielfen.
Un chamois, en ©teengjeb. Trempé, gjennembtøbt, La sueur,
,

,

©»eben.
©, 94, Le vertige, ©ôttnmel. Le gibier, ÜSilbtet, Lui
faire gagner etc., bringe ben tit at tye t) en tit o, f.». Tenir
pied à qn., følge @n, fjoïbe ©Eribt meb Gsn. Relancer, opjage.
Faire tète à, bt)be ©pibfen. Des outils, m., SBccrEtøi. Tailler,
ubtjugge. Une. lunette d’approche, en .RiEfert. Des souliers
à crampons, ©Eoe beflagne meb SSraabbe. Un bâton ferré, en
©toE meb Scrnpig i, La carnassière, Sagttabjïen. La gentiane, (gnjian, Suftnbgptben. Un chalet, et ©dpneitfertjuuê,
La circonspection,
f)»ori ta»eê Dft. Pratiquer , anbringe.
gorfigtigtjeb, Sous le vent , unber S3inben.
S. 95. La cambrure, .Krumningen. Ajuster son coup,
ftgte, inbrette fit ©fub. Bai clair, tpfereb citer guulbrutm; bai,
røbbruun. Une détonation, et Rnatb. Les glaciers, m., @tet=
faerne. Des transports de joie, Ubbrub af @tœbe, Achever
sa victime ,
gi»e fit ©tegtoffer Staabeføbet. Un spécifique,
Les intestins, m., Snbôolbene,
ÇKtbbet.
et ftereget
Endosser, tage paa SRpggen. Une hotte, en SBœrcEur». La
graisse, gebtet. Faire l’office de, gjøre Sjenefte fom,
S. 96. Tête baissée, fyoüebEulbS. Une saillie, et brat
fremfpringenbe ©teb. Une corniche, en fremfpringenbe Rant;

(jtEEert)

point d’appui, et ©tøttepunÉt. Un bond, et
Lancer une pierre à ricochet, Eafe en ©teen
gjennem Onerftaben af SBanbet, faa at ben fpringer op og ncb. Un
élan, et ©pring. Faire bande, ftoEEeè. Elever, opElceEEe.
Une pousse, et ©Eub.
L’embonpoint, j^ebmen. Avoir qn.
ch. à démêler avec qn., tjase noget at gjøre meb @n. Illimité,
ubegrœnbfet,
Rétablir,
0. 97. Une restriction, en SnbfïrœnEning.
gjentnbføre. Repeupler formere ftg igjen. Une avalanche,
et ©neejïreb. Assommer, ttjjetflaae. Détaché, tøéreoet. Le
lammergycr fiamtnegribben. Vorace, graabtg. A loisir, t
La délivrance
Taciturne
tauêS,
SlebEontfen,
9îotigt)eb,
SSefrietfen.
©. 98— 100, Un fermier; en forpagter. Filer sa quenouille, fpinbe paa ftn StoE. la quenouille, StoEEefjosebet. Bon !
St)! taet iEEe berom! Saisi, angft, betaget afgrçgt. Envouloir à qn., efterfrœbe @n. Un boucher, en ©tagter. Unbour99. Conjurer contre qn., fammetlfoocrge
reau, en Søbbet.
ftg mob fîn. Un destin, en ©Ejœbne. Contraire, ugunfiig.
en

©efimê.

Un

épop, et ©pring.

,

,

,

—

,

Survivre, ooerleöe. L’émotion, ©inbêbeuoegetfen,
{Rørelfen. Je
suis engagé pour lui,
jeg liât paataget mtg bons ©jelbj
S’engager, forpligte ftg, Abuser qn., fïuffe @nj abuser de
qu. eh.
100. Devant du monde, i
misbruge noget.
gremmebeê ^aafcor. 11 n’y a pas d’inconvenient, bet fjinbrer
tffe j un inconvénient, en
.fbinbring. Je vous passe tout,
me

,

jeg bærer

—

o»er

meb bem i 2Clt.

Prétendre X, tanïe pan;

gjøre
gorbring paa, La filleule, ©ubbatteren. Les petits drôles,
be
fmaa {Rollinger. Rapporter, inbbringe.
©. 101—103. Se dissiper,
abfprebe ftg. Sarcler, luge.
Un

carré, et 35cb. S’en douter, aljne bet. Mettre mon fil en
écheveau, affjafpe mit ©ant; un écheveau, en ©uffe ©atn.
Engourdi, ftio af Âulbe. Les dégourdir, gjøre bem bøielige, faae
bem i ©fif. Revider,
l)aêpc. Une vache, enÄoc. Un drôle,
et løicrligt, befpnbcrligt
SDlennejïe. Un vacher, en ^n;rbe, en
JCobrioer. La litière, ©trøelfen. Un
veau, en Ital». Si fait,
102, Paire semblant de, labe
jo »iff!
fom. Chut! 31)6!
©tille ! Voilà une bonne question ! bet er et
artigt ©pørgémaal.
Regretter, faene.
103, Paix, fülle ! Quel train tu fais,
fjnilÉen ©tøi bu gjør! Ma marraine, min ©ubmobcr. Le bail,
©ontracten, Ses journaux de terre,
fané îtgre. Orbct journal
bntgeê i nogle ©gne i33eti)bning afOrbet arpent, ber betegner et
ÏOîaal JCgerlanb, paa omtrent 2000
C.oabrat=gob. Ses quartiers
de
vigne, £)anë ©tpffer SSiinlanb 5 un quartier de vigne cr
gjerbeparten af en arpent. Epouseur grier,
S. 104 106, Dire un petit
bonjour à mon père, frflfe
paa min gaber et ©ieblif, La précaution,
gorftgtigbeben. Des
tourments, S3eft)ntringer.
105. Un surcroît, en
gor=
øgelfe, en Silimt. Tirer des mandats sur qn., træffe fmaa
gorbringer (Kerter) paa ©n. Si elle venait à mourir, berforo
t)un lagbe ftg til at bøe. Faire l’important, gjøre ftg
»igtig.
Un pot-de-vin, et Ceifjøb.
Une avance, et gorfïub.
Son
petit avoir, fin lille gormuc.
106, Fort à propos, meget
beteiligt. Badiner, fpøge. La prescription, Spfrøttelfeit af Cil
gorbringê ©ptbigfjeb, forbi ben er for gammel, il y a prescription,
ben er for gammel.
Indispensable uunbgaaelig nøboenbigt.
Engager, feette i ÿant. Signer, unbertegne. Le bailli, 2Cmt=
manben.
—

—

,

—

—

—

,

©. 107—109.
»il fee paa,

Sensible, ømfinbtlig.

Je t’en

défie, jeg

om bu faaer bem j
fee bu til om o. f.u. Se donner les
airs de, gi»e ftg SJIine af. Une
correction, en {Reofelfe. S’en
rebe
tirer,
ftg ub beraf.
108, Il s’ensuit, beraf følger.
Une douceur dans le
parler, en ©øbfjcb i fin Sale. Une geutiliessc dans ses
propos, en 2Crtigl)eb i fine Ubtrpf. J’ai beau
chercher, bet mitter libt at jeg føger.
109, Pardi ! epillc=
fcøb ! »eb ®ub !
—

—

hlé,

©.110—112.

beueeget.

Ce parti, bette
gorflag, benne Ubuei. TrouSe remettre, fatte ftg. Le
huissier, {Retten»--

-m
111.. Je lul
L’emporter, ft ire, faae Doerfiaanb.
gré, jeg er t)am berfor Saïfïglbig. Il en est le maître,
bet flauer l;am frit for 5 betljarltanStaabtglieboBer.
112, Dans
la captivité, t gængfcl, t gangenfïab, Verser, ubgpbe, A t|uoi
bon, tjoortil mitter bet? A coup sûr, ganfïe fiffçrt.

betjent.

en

—

sais

—

Etre de retour, »ccre lommen tilbage.
0, 113—115,
Respirer, aanbc frit. Un effort, en îlnftromgelfe. Pénible,
befocerlig. Un motif de consolation, en SErøftegrunb. Evanouir,
forfoinbe. L’un ne va guère sans l’autre, be 3o følgeå gjerne flb 5
ben ene fontmer fjelbent uben at toge ben anben meb,
114. Au
coin du feu, i &'a££elo»nêfrogcti. Au fait, t epooebfagett, egentligt,
talt. Serviable, tjenftoillig, Un fripon, en @£ut£, Son bien
est un tort, f)an§ ©obê er uretfœrbigtj un tort, en tiret,
115, Rêver, tœnfei bramme.
Faire l’éloge de qn., rofe
(Ijolbc £o»talc o»er) nogen. L’emporter, coergaae, Morbleu!
for en U0)££e ! Je me fâche tout de bon, jeg bli»er aloorlig »reb.
Où en étais-je ? Ijyab talte jeg om ? f)»or»ibt »ar jeg ? Pour son
bien, for fjenbeS SSebffce. Tu as beau me regarder, feeftmpaa
mig. Un trousseau, et Ubftçr.
©, 116—118,
S’y opposer, fœtte fig berimob, »ære t
fSeien berfor. Faire éclater des transports, ubbrpbc i (Iccgge foc
•Sagen, eg.labettbbrpbe) en £enr»££elfe. -Repentir, angre, for=
117, Tourner la tête à qn., gjøre (Sn forftprrct 1
trqbc»
—

—

—

Grâce

tpooebet,

à, paa ©runb afj taftet

»ære.

Le dernier

désespoir, ben tfberjtc gort»i»£elfe. Etre responsable de, »ære
anföarlig for. Remplacer, bringe igjen til S5eie, erftatte. Faire
part de, mebbele Âunbjïgb ont, gjore befjenbt mçb. Disposer de,
118, Honteux, unbfeclig,
gjøre SSrug af; raabe o»er,
jïamfulb. Délivrer, befrie.
0.119—121, Supplier, bebeinbftœnbigt,b»nfalbe. Longuement, »ibtløftigen, Positif, bejiemt, Déguiser, fïjule, balge.
120. Le prix de l’arc, jprifen for SSucjipbning ; l’arc, ffiuen.
Détester, aff£t)e. Feindre, forftille. L’abandon, Silbagetrœben ;
Vlfftaaclfen af et ©obe til en anben. Un livre de compte, en
<2ft)lbbog, La belle demande, et fmuït ©porgêmaal! tronijï.—
121, Enrager, bli»e rafenbe ; faire enrager, gjøre gai. Après,
»ibère. S’engager à, forpligtige ftg til. Un attelage, et ©pccnb
af jbefte eller fflrnc. Le marché, &jøbet, Je le sais de bonne
part, jeg »eeb bel fra en ft££er jbaanb. Persister à, bli»e faft »eb,
paaftaae.
©. 122—124, Balancer, bctœnfe fig, »ære t»i»lraabig.
Disputer, ftribe ont et eller anbet; je dispute, jeg er t @trib
berom,
123. Se décider, beftemme ftg, tage en Slefîentmelfe,
Raccommoder, bringe i Grben, forlige. Je suis résigné à tous
les malheurs, jeg er fattet, berebt paa (Ijengioen i) alt l>oab ber
fan nløbe (alle Ultjffer).
124, La résignation, fatningen,
,f?çngi»enf)eben t ©ubé Sltllie. Il dévore ses sanglots, l)an q»celer
—

—

—

—

250

(fortærer) ftn#ulfen.

Je

me

forgaaer.

meurs,

jeg

er

ube

af mig fei», jeg

S, 125—127,

L’affront, 83e|ïjœmmelfen, Le dépit, gor=
Articuler, ubftge tpbeligt.
126. La probité,
Sîetff'affenfeb. Je ne ferai qu’aller et venir, jeg »il »ære t)er
bittrelfen.

—

fnart igjen.

Etre brouillé avec
qn., »ære i Uenigfeb meb @n,
Diminuer, aftage, forminbjï'eë. Faire cas de, fætte jpriië
paa, belpmre ftg om. Nous n’en sommes pas là,
faa»ibtere»i
iffe. Il s’en faut, bet er
langt fra. Abattre, omfugge, fœlbe.
—

127.

0. 128—130,

S’obstiner à, »ebblioe beftanbig; »ebbli»e
Sauter au cou, fpringe om
Ralfen, Conclure,
Se soucier de, brt)be
ftg om.

faarbnallct,

flutte.
Outrager, fornærme.
calomnie, en SBagoajïelfe.
129. Désintéressé, uegcn=
npttig. Au point, i ben @rab. Il y a.... torts, ber er en 93îœngbe
(fulbt op af) fmaa gorfeetfer. Exister, »ære til. Se pratiquer,
gaae til i Sierben ; ubø»e£. Je ne
gré, jeg er iffe berfor
»reb paa big. Eclaircir,
oplpfe. De ce pas, ftrar, paa ftaaenbe
130.
Elle
est
folle de F*, bim er forgabet
gob.
(bebclig
forcljfet) i. Défiant, miêtroifï. Accabler, fnufe, o»er»œtbe.
Etre convenu de, »ære bte»et enig om,
fa»e aftalt. Des arrangenicnfs, gorfjolbêregler. Tardera, tue meb ; il ne tardera pas à
venir, fan »il fnart fomme.
S. 131—133. La satisfaction, ©læben;
gplbeftgjorelfen.
Le calme, Stoligfeben, Venir à bout
de, ubføre, briöe igjennem.
132. Etre pressé de, langet efter,
Protester, forftlCre.
fafte meb. Essayer, ferføge. Se réparer, gjørcé gob igjen.
133. Apaiser, berolige, ftille tilfrebê. Dans le
principe, i
S3egpnbelfen. Le martyre, ben fmcttclig(ïeC.»al; Sftartprbøben.
0. 134—136. Perfide, troløé,
Malgré ta résistance,
uagtet at bit fætter big berimob. La résistance, fflîobftanbcn.
135. Inquiéter, forurolige. La créance,
©jelben. Manquer
à la promesse, brpbe
Søftet. Un serment, en @eb. Faire
parade de, fîüte til ©lue, gjøre ftg til af.
136. Renoncer
à, affîaae, opgioe fin gorbring paa. La brouillerie, Srœttcn,
Uenigfeben. Me rendre ma foi, gi»e mig mit Cofte tilbage.
Une

—•

....

—

—■

—

—•

—

0.137—138.

Etre pour qu. ch.

dans, fa»e nogen Knbect i.

L’adjudication, 33ortforpagtclfcn, Silfjenbclfcn.

La fermière,
gorpagtcrlonen. Restituer, gi»e tilbage. Infâme, jïjœnbig.
Régler, bringe i Orben. En vouloir à qn., bære Stag til Gen.
138. Les noces, /., ffirplluppet. Sette Orb
brugeê atm. i glecr=
tallet, men naar bet tillige betpber S?rpllupëforlpftclfctne, @jcfic=
bubet og Sanbfcn, fom følger meb
ffirpllupper, ba brugeé bet ogfaa
i
—

Gntelttallct.
0. 139—141.
L’interprétation gortotfningen. Une revendeuse, en Äonc, fom føblrer. Un pâtissier, en kagebager.
Une

cuisinière, en 5totfcpige. Confus, unbfelig, fPamfulb. Lc
dérangement, Uleiligfeben. La réception, SSobtagelfcn.
Apprécier, fïatte.

Un ange, en

Ginget.

Avancé, til 'Karene.

Se

251
140, Emaises, tage ftg en frmtte ÇDîageïigtjeb.
balle, tnbpaEfet, Disposer en étalage, opjlttte til ©Eue, En
relever les pilis, ubfjame benê Sû?g. Epousseter, ûffïoôe. Un
plumeau, en gjerEofî. Un évènement, en SEilbragelfe.
Perdre connaissance, befoime, tabe fin 3?e»ibftl)eb.
141,
Entr’ouvrir, aabne ïjalnt, L’épicière, UrtcErœmmerjïen. Crier
donner....

—

—

feu, raabe SSranb, Une voix éteinte, en qoalt ©temme.
Les gages, Sennen, Une affaire faite, en gjort ©jerning.
S. 142—144, Calmer, berolige, fülle tilfrebé. Des ressources, Uboeie. Détruire, tilintetgjøre. Se consulter, raab=
fpørge Ijinanben, owerceie meb Ijinanben. En faiblesse, t Tlfmagt.
Longer, gaae langé meb. Le parapet, SîœErœrEet. Prendre
au

143. S’abattre,
mesures, tage fine jforljolbêrcgler.
fiçrte. Disparaître, forfmnbe, Considérer, tage t SSetamEning,
lægge SJtocrEe tiï. Un a'ntbropophage, en SOienncfEeccbcr.
—

ses

—

144. ÎV’avoir rien à demêler avec qn., l)a»e Sntet at beftille meb
<$n, 3ntet fom angaaer @n. Des chiffons, gamle ©tpEEer, pjatter.
L’année courante, Sønnen for bet inbcrœrenbe 2lar. Aventuré,

bragt

t

gare, gjort ufiEEer.

De but en blanc, ubetœnEfomt, rafï »ce!.
Reculer, rige tilbage. Bavarder, ftabbre. Bouche close, Sanb
©EjelmêftpEEer. Ménager,
for SEunge. Des espiègleries,
jfaane. Bouleversé, forftçrretj bouleverser, nenbe op og neb
146, Une lingère, en ©ijpiqe. Avancer de l’arpaa.
gent à qn., forftrœEEe @n meb fpenge. Un remise, en Seierogn.
(Une remise, et 23ognfEuur.) Commander, befiille. La veille,
147. La consternation, SSefhjrtelfen. La
®agen forub.
cupidité, SBegjerligfjeben. Des ruses, SSebrag. Des tours de

0. 145—147.

-—

—

gibecière

,

SEafEcnfpillerEunfter ;

la

gibecière, Safïenfpillers

lommen,
@. 148—150.

Lin sacrifice, en Dpoffrelfe, et Offer. Une
préférence marquée, en fœrbeleê gorEjerligfjeb. La révélation,
Tfabcnbarelfen. La délicatesse, giinfølelfe, La prévoyance,
jforftgtigfjeb. Jeter les hauts cris, Elage Bibt og brebt, (Pousser
Un préjugé, en jforbom. Une préun grand cri, fîrige fjøit.)
149. Consommer,
venance, en gbrefommenljeb, en TCrtigfjeb.
150. Se dérouler,
futbenbe. L’avarice,/., ©jertigljeb.
opllarcë, uboiEle fig. Pour les accabler, for at dBeroœlbe bem
meb SSebreibelfer. Dire pis que pendre de qn., fige om Gsn ait bet
pærfte. Se mettre en quatre, gjøre fig al mitelig Slib. Humiliant, ErœnEenbe, pbmpgenbe. Une hypocrite, enfbpElerjïe.
hardes,
©. 151—153. Effronté, uforfîammet. Allez
gaae og paEbereéSøi fammen t des hardes, /., ÂlabntngëfipEEer.
Déloger, flçtte. Répliquer, f»are. Un tablier, et jfor=
Un traitre, en gorrœber.
Eloebe.
Abréger, fatte t Jlortfjcb,
forEorte. La charité, Eriflelig Âjerligfjeb, SKeblibenfjcb.
152. Un subterfuge, en Ubflugt. Donner l’éveil, gire 9Ü)â
Une espèce à part, et fœreget ©logé.
om, gjøre opmœrEfom paa.
—

—

....

—

/
255

Renvoyer, jage paa Søren, affîebtgc.
153. La sonnette,
Balayer, fete. Barbouiller, orerftrpge, Un carreau
—

■Sloffen.

(le vitre, en 93inbueêrubc. Le blanc
d’Espagne, ben
Un arrondissement, et
Nenni

l)0ibc ©minfe.

Siftrict.
(ubt.nanni), tngenlunbe.
L’obole, bet fpatOC af en fbrib. Assigner,
anføre; anoife. Tripoter sur, fpeculere i;
egentlig blanbe
uorbentlig fammen, bringe gornirring t.
155^
ubrpbbe, oprpffe tneb 9îob. Le spleen, bet nagenbe Déraciner,
Sungfinb;
i ©œrbeleêl)cb eget for
Gëngellambcre. Exécrable, ûfffpeltg. S’amortir, fløneé, bœmpeS. Ce vague, benne
Soittlefpge, benne
ÎCanbêubcjlemtljeb. Une mort anticipée, en aanbelig
(forubfølt)
3>øb; anticiper, forubføle, forubfattc.
Chagrin, fortrœbelig.
156, Repêcher, fiffe cp
tgjen. Le pan, gligen»
bejiçrtfet. Se moquer de qn., Ijare @n t il Skbfte. Stupéfait,
©. 157—159. Se conduire
par conscience, tcue Ol'crecnêi
ftentmenbe mcb fin ©armnttigfjeb. Le
gôjtelernet, 2ff=
|olbcn fra .Kjøbfpifer i gaftetiben. maigre,
Attester, beribne. Un
caractère, en SSempnbtgelfe; eg. et Äjenbetegn; je n’ai aucun
caractère pour, jeg er iffe
beffiffet eïïcr bempnbiget tit. Des
confidences, fortrolige ÇDîebbelelfer. Annoncer,
labe fig forftaae
tneb; bebube. Préserver, beuare.
158. Rendre compte
de, aflægge Stegnffab for. Se soutenir,
rmberfrøtte tjtnanben.
A sa fantaisie,
efter fit ibooeb. Importuner qn., otite 6n tit
•SScfrccr. Sournois, lumff. Dorénavant,
for gremtiben.
159. Un amour de tête, en
gorlibelfc. Une langue (une
mauvaise langue), en
.ftlaffertunge. Faire des propos, op=
fpinbe fbiftorier, bigte Tfnecboter.
6.160—162. Une bourgeoise, enlige af
borgerlig ©tanb.
Un écuyer, en Dpoarter fjoê en
fornem Same, IjcnbeS Sebfager î
en Skriber.
Un parrain, en
Un
SBarncfabber.
ecclésiastique,
en ©eijtlig.
Faire bonne chère, fpife
gebt. La
Snbtægtcn af et ®omf)crrcembcbc. Eveillé, opoaft. prébende,
Le bréviairc, Sfitualbogcn. Les principes, GÊlcmcnternc,
©runbregterne.
Avancer, anføre, paaftaac. Le chapitre,
©omfapittct,
161. Le bénéfice, bet
gciftligc (Srnbebe. L’érudition, /., 8ter=
bommen. Le crédit,
3nbflpbclfen, La prêtrice, $)rœ|ïeembebet.
Sous la férule de
qn., imber (SnS Sagt; la férule, gerlen,
Un
Sampen.
pédant, enfpebant; enSœrb, fom praler tneb'fine
Âttnbfïabcr. Des figures hibernoises, fier foner af et ftiofinbet,
trobftgt Ubfeenbe; hihernois, eg. irlanbfï. Une contorsion, et
forbreiet 2Cnfigt; en gorbreining. Ecumcr,
ffumtne. Un possédé, en @al, en SBefat. Etre à charge à
qn., nære @n t il
162» Des remontrances,
33t)rbe.
gormaninger. Haranguer qn., tjolbe Sale til Gsn. La
bénédiction, SMfignelfcn.
A
discrétion, efter eget SSfl;ag, ,Au petit pas, gob
for gob,
La bride, Sømmen.
A gros grains, meb
flore Âitglcr; un
grain, eg. et grøforn. Lamentable,
pnfelig. Estropié, ïcm=
læftet. Une escopette. ep
Såøøfe; et ©logé Äarabin. roncher
S. 154—156.

—

—

—

—

—

—

t

()y

2öS
qn. en joue, lægge an paà <$n.
Serrer, gjerante.

S’arrêter court,

fiaitbfe plttbfelig.

S. 163—165. Un rêal, en fpanfï SJïpnt, fom ttbgjør en
femte Seel af en jpjafter, etter omtrent 2J- 50tarf ®anfï. En user
noblement, beere fig ccbett ab. Un augure, et SSarfel, et Segn
paa foab ber oit møbe. La voie, SBeforbringcn, geiltgfeben ; brugeâ
eg. ora be garnie romerfïe Sanbeoete. Un babillard, en ©labber*
164, Bien
fjanf.
basanée, fböroet fun par en litte
©mute fortebnm; tant soit peu, meget tibtj basané, folbrœnbt.
Faire valoir le bouchon, træffe Äunber tit tpufet, gjøre S3ertê*
fmtèfïilbtet (le bouchon) tnbbringenbe. Se passer de, unboœte.
Me défendre de, unbftüae mig for. Succinctement, forteligen.
Un maquignon, en .jjefiepranger.
Redire, tnbPenbe. S’en
165. Priser, putbere. Une
rapporter à, fenfolbe ftg tit.
pistole, en gammel SRpnt, af SSærbt'e omtrent 2 ©pecier. Une
omelette, en ÎGsggefage, Une rapière, en gammelbagê Âaarbe.
Ce savantissime, benne jïore ©prcenglœrbe. Un bel esprit, en
fïjon 2Canb, et rittigt £ooeb.
©, 166—168. Une merveille, et Unberoœtf. Un prodige, et SSibttnber. Une accolade, en Dmfaonelfe. Le sort
d’Anthée, îCntfcuê’ê ©îjœbne. ÎCnttjeuè, en Âœmpe, bier fpalt
af fbercuteê, Etre la dupe de, labe ftg bebrage af. Une démonstration, en ^orftff ring, eg. et Elart £8eotiê. Une hyperbole,
Un parasite, en ©m)ttegjefï.
en Dqerbrioelfc j en rfetorifï gorm.
Par complaisance, for at føie bem. Un panégyriste, ctt 2oP*
167. Procéder, gaae tilPœrfê, Un coup de dent,
taler.
etSSib. S’entendre avec qn., Pære t gorjîaaelfe meb @n. Une
truite, enSÔrte. Friand, lœffer. Relever, gjenbrtpej ttbfœre.
Il a mangé tout son soûl (1 ubtaleê iffe), fan far fpiift ftg bpgtig
mœt ; soul, fom ©ubftantio, brugeê i àtminbeligfeb fun meb et
©ienbomêabjectip, ©om Mbjectip betfber bet fœboanligft : fulb,
bruffen ; il est soûl dès le matin, fan er fulb fra ®orgenen af.
168, Se défier de, tage ftg t 2tgt for, fœtte SDïiêtitlib til, La
crédulité, Settroenfeb. Une baie, et ÿubê, et 3?ebrag fooroeb
Se jouer de qn., brioe @iœf meb @n.
man far G5n t il SSebfle.
Lui tirer les vers du nez, føle faut paa Sœnberne. Etre d’intelligence, ftaae t gorftaaelfe. Mortifiant, freenfenbe. Le
bourreau, ben Ubarmf jertige, SSøbbelen.
S. 169—171. Déchiffrer, ubtçbe. Repartir, gjettfoarej
betfber ogfaa: reife tgjen. (Répartir, forbete ligelig.) Lesouverain bien, bet føtefle @obe. Un charme, en Srçttcfraft.
170.
Dédaigneux, faanlig, Une émeraude, en ©maragb.
Tendu, fpœnbt. Enflé, opfputmet. Rude, grop, raa. Pourri,
raabben. Tomber à la renverse, falbe i S?efh)rtelfe, baglambé
171. Revenir d’un saisissement, fomme ftg tgjen
omfulb,
af fin gorbaufelfc. Sentir la prodigalité, bære $>rœg af SJbfelf eb.
S’avoir rien de, fane Sntet titfœtlcbë meb. L’ostentation,
—

....

—

—

—

—

—

U

254

drôlerie. Au gré de qn., efter Csnë SÔnjïe. Submerger, fulbi
feite; ncbfænEe unber SBanbet. La bile, (Salben.
S. 172—174,

Extravagant, unberlig, urimelig. Le point
©aggrpet ; la pointe du jour SOîorgcnbcemringen.
L’affection, ^engioenljcb; ifter en gorefatê gjnbefï. Une force
supérieure, en Ijøiere SOlagt. De fond en comble, i 33unb cg
(Srunb; eg. fra (Srunben tit Soppen. Dire des injures,
ubjïjelbe.
Révérend, œroœrbig. Plein d’agréments, talentfulb. Faire
les honneurs de la maison
tage imob be gremmebc, »ife bem
173, Engouffrer, opfïuge.
©pmærEfombeb.
Tordre le
cou, breie Ralfen om.
Resplendissant, ftraalenbe. L’empyrée,
Tlanbcrneê, be ©aligeê OptlOlbêfleb. Je me défie de moi-même,
jeg fætter SEUiêtittib tit mig fel».
174. L’enchaînement,
©ammenbængen, ©ammenEjcebningen. Un nègre marron, en
bortløbet Stegerflase. Un bananier, et
ÿifangtrœ, et $>arabiê*
figentræ. Décharné, ubtœret. De la serpilière, ©affctøi,
Les
fPaElcerreb.
reins, Sænberne. Errer, »ante om.
0,175—177. Sillonné, furet. Une cicatrice, en ©tramme,
et Tir. Passer à
gué, »abe oser. Un morne, en joøi; faalebeë
ïalbeê jbøiene i be franfïe Solonier. Faire
(eller tenir) compte
de qn., gjørc meget af Sn ; il ne fit
pas gr. compte de, ban agtebe
iEE'e meget paa.
176, Le revers ben bagerfte
©traaning ;
SSagfiben. Du gravier, @ruuê. Un tamarin, en Samarinb.
Exaucer, bønbøre. Du cresson, Âarfe. Un palmiste, et ©lagê
Âofotpalmctrcc. Un paquet de filaments, en ©ammenfcetning af
Srccslcr. L’aubier, ©plinten, fom banner
©»ergangen fra Saften
til SSebet,
Fait rebrousser, faaer til at
fpringc tilbage. Une
en
Un
£>rc.
hache,
briquet, et gprftaal.
177. L’angle
Le
hjørnet.
tranchant, ben fïarpc Âant. Le point de contact, SBerøringépunEtet. Une étincelle, en @nifî.
Dépouiller
l’enveloppe fïitle Âaalen »eb SmuiElingcn. Ligneux troc;
agtig. Savoureux, fmagfulb. Une case, en jbptte, egentlig
en
Stegerbptte. Un piton, en Sjcrgtop, Barrer, fpocrre.
0. 178—180. La scolopendre,
jiqortetunge, et ©lagê
Sarre. Un brodequin, en ©lagê
#al»jtø»le, fom forben brugteê
»eb tjøitibelige Seiligbcber, Se chausser,
tagegobtøi paa. Frayer,
bane. La liane, en amerüanfï
©Ipngeurt eller Slantc. Un fourré
bois
et
(un
SorncEtat.
fourré),
179. Le bramement,
Stasnet paa jgiorteneê ©frig.
Reprendre ses sens, fatte fig,
tomme igjen til fin ©amling.
180. Je les ai.... à Fidèle,
jeg bar labet g* lugte til bem. Quêter sur vos pas, opfpore cher,
oplebe efter eberê ©por. Remuer la queue, logre meb jbalen.
Un billot de bois, en Srœblof. Un
crochet, en jpage. Une
calebasse, en ©rceêEarflafïe, et ©riEMar bannet af et (Srœêtar,
fom ïalbeê glafïcgtæêïar (calebasse). (St faabant ©riïïeïar
bebber elterê alminbcïig : une gourde. La courge er Staunet
paa et anbet ©lagê
glafïcgræêïar. ©et atminbelige ©rœêïar
Sebber: 1« citrouille.
La perplexité, SîaabBilbbcb,
du

jour

,

,

,

—

—

—

,

—

....

,

,

—

—

255
S. 181—-183. Un brancard, en SScerejîoel. La croupe
de la montagne, {Bjergtoppen. Un tison, en gaUcl af Srœ,
et ©tpffe Srce, t î>otê ene @nbe ber er ftuCÊet 3£b,
Flamber,
brambe flart, flamme. L’angoisse, 2Cngejtcn.
182, Bossu,
Un
de
tambour
Avaen
Sambourin.
puÊMrpgget.
basque,
—

1er, fluge.

Une

arête,

et Seen i en

gtfï.

Un

assassin,

en

SJiorber. Un expédient, et SXibbel. Se défaire de, fïilte fig af
meb. Aboutir à, ftøbe ub til.
183, En diligence, i »aft.
•—

!

Avec tant de précipitation, meb faa megen Stlfœrbigbeb. Peu
s’en fallut, ber mangtebe ïun libt i. Elle faillit à s’évanouir,
tyun rar nær befrimet. C’est fait de nous, bet er ube meb oê,
S. 184—186, Un pourvoyeur, en Seoeranbcur, en 3nb=
fjøber. Faire un grand dégât, anrette en ftor Stabe, Sous les
aisselles, unber 'Armene ; l’aisselle, /., Armfjultet, A la faveur
de, »eb 4?jelp af. (En faveur de, til ©unft for.) Il lui reprend
185. Assommer,
envie, ber paaîommer Ijam £çft igjen.
tbjclflaae, ombringe. Défait, mobfalben, fortabt. Le supplice,
SSetterftebet 5 egentlig SøbsSflraffen. Faire des imprécations
contre qn., ubftobe gorbanbelfcr ooer Stogen.
En débauche,
t©»ür. S’aviser de, faae t ©inbe. Ivre, berufet. Un ivrogne,
en ®ruffenbolt.
186, Ebranler, rpfie, Ijeftig be»æge. Un
coup de poing, et Sîœoefïag. Prendre qn. a la gorge, gribe
(Sn i ©truben. Interroger, fordøre. Faites votre charge, gjør
bereè fpiigt. Une potence, en ©alge.
S. 187—189. Fendre la presse, bane ftg S3ei gjcnncm
Srœngêleni fendre, tløoe. Charger, bebprbe. Se dispenser
de, unbgaae; fritage ftg for. Rendre justice à qn., labe (Sn
»eberfareê Sîet. La confession, SSefjenbelfen. Lâcher, flippe
188. Une déposition, en ©rRærtng for Sietten. Exleè.
pier, bøbe for. Révéler, aabenbare. Ranger, gaac til ©iben,
gjøre fP labs. Etre en humeur de, fiaOC Cpft t il. (Etre d’humeur à, '»ære finbet til i 2Clntinbeligf)eb.)
189. Le gosier,
©Bælget. Etre repris (de justice), blioe ftraffet af £D»rigl)ebcn.
Se passer de, unbBœre. Un bouffon, en Star. Etre en peine
de qn., »ære i fficfçmring for <§n. Il se déchargent, be »elte
—•

—

—

—

©Êçlben af ftg.
S. 190—192.
Rechercher, unberføge. Une calamité,
191, Cheminer, »anbre.
UlÇÎEe. Echanger, ombçtte.
L’impériale, ÖBerbelen paa en {Diligence eller en anben luit 23ogn.
Déplorer, beïlage i begrabe. Etre atteint par, blt»e ftøbt (truffet)
af 5 atteindre, naac, ramme. Une planche explicative, et forïlarenbc Âobber. Une averse, en ©fplregn. Un écriteau, et
ub^œngt ©Silbt. Mettre à l’abri de, befïçtte imob, fœtte i Cp
for. Un fiacre, en Seietaret, S’empressa
requête, fïpnbte
ftg at Ijøre mit gorlangenbej une requête, egentlig et ffiønflrift.
192. L’imperméabilité, ben 6gcn=
Déprécié, ringeagtet.
fîab at »ære »anbtœt. Une emplette, et&jøb. Déçu, fïuffet.
Etre de requête, »ære meget føgt, cftcrfpurgt. S’altérer, for;
en

—

....

—

17

256
Le lustre factice, bett EunfHge ©lanbü, Faire un message, ubføre et 2@renbc.
L’impunité, ©traffenë Ubeblisclfe.
Une récidive, et Silbagefalb. La répugnance, SJiobbpbcligljeb.
Donner le torticolis, gjøre ftirfyalfet.
S. 193—195.
Opérer, besirEe. Primitif, oprinbelig.
S’épanouir, ubfolbe ftg, La rouille, Stuften. Piteux, jammers
Un remords, en gortrpbelfe, en SSebreibclfe.
lig, pnEctig.
S’être donné le mot, Ijare aftalt tmeEem (jtnemben,
194, A
l’écart, afjtbeë. Fané, falmet. Un (discours) préliminaire,
Point de balivernes, ingen Spljaôelfetj des
en Snbtebning.
balivernes, operfløbig, unpttig Sale. Le dépit, 2©rgrelfen.
195. Un constable, en
L’impudence, UforfE'ammcnf)ebcn.
Sietêbetjenti et npt Drb, laant fra bet (Sngetfïe, Malencontreux,
ttfjelbig. Un mal avisé, et ubetœnEfomt, uforfîanbigt âiïcnncfïe.
Une prouesse, en Sappcrijebëgjerning. Amplifié, »ibtløftig ub=
ført, omftcenbelig. Un homme de loi, en £o»Epnbig, en Sîetëî
perfon. L’effervescence , Dpbruêningen.
0. 196—-198. La canne, ©toEEen.
Bachique, Ipfttg,
SSaccfjuê fjelliget, La guérite, ©Eitberljufet. Un délit, en ffirøbe.
Produire , Somme frem meb.
La culpabilité , ffirøbcfulbljeb.
La paternité, gaberffabet, gœbreneretten. Obstiné, paaftaaenbe.
Péremptoire, beftemt, afgjørenbe. L’officieux, ben
Le corbin, bet frumme fbaanbtag.
Chanceler, Bafle. Une
anomalie, en UoBeteensftemmelfe. Encombré de, opfplbt meb,
197. Haleter, pufte. Réclamer, tilbageforbre, gjøre gorbring
paa. En retour de ma démarche, til ©oar paa mit foretagne
©Eribt, une démarche, et ©Eribt, en gorfolbêregel. Il pleut
des hallebardes (unbertiben tilføieé: la pointe en bas), bet regner

ringeë.

—

—

Sjenftfœrbrge.
—

(SBognEjcppc neb) af alleÄrcefter,

une

hallebarde, en@lagê8anbfe.

Un omnibus, en ftor offentlig SBogn i (parié!, ber beforbrer fra et
©teb i 33çen til et anbet.
198. Mes initiales, 33egpnbelfeë=
bogftarerne af mit 9tatm. La marche, Siftrictet om en £3pe.
•—

SSrugen af bette Drb i benne SSetpbning er fjelben, og egentlig
Un vigneron, en ffiiingaarbêmanb. Un
ftm reb »têfe ©taber.
pourceau, et ©üitn, L’abaissement, ben ringe Stilling, Un
cordelïer conventuel, en granciffanermunE af ben celbre Drben,
fom iffe f)ar antaget ben nçere Dîeform.
Un tour de
Le monastère, Âlofteret.
S. 199—201.
malice, en onbjïabêfulb ©treg. Contrefaire, efterabe. Le
provincial, Soerforftanberen for aile Drbenenê itloftre i en (Pro=
Binbéî. Une avanie, en f)aanlig SBefEjammelfe. Un bachelier,
en asaccalaureuë.
Vous sentez le pape à pleine bouche, ben
paoclige ©toltfyeb (tinter bem ub af Ralfen î il sent le pape, Ijan
200. Mettre en oeuvre, fatte t
lugter af (PaBcftoltl)eb.
SSeoœgelfe (i ütrbcibc). Porté à la cruauté , titbøietig til @ru=
foml)eb. Une verge inflexible , en ubøieltg ©røbe. Juger à
Un consulteur, en af (paBen ubnawit
propos, ftnbe beteiligt.
ïSaabgioer i Sroeêfager. La congrégation , Orbcnêbrobrcneê
—-

*257

général de l’ordre, Drbencnâ ©ener alu
©mbehêmanb, .ber t)at atpaafeeDrbenenêSntereêfe.
Un caractère facile,
Le Saint-Office, 2jnq»ifitionê=9ietten.
Un bref, en pa»eïig Ubnœonelfe, cgenttig:
en føielig Âaraïteer.
201, La tiare ben pa»elige Jîrone, Un foyer
et 33re»e,
de rases
en @rube fulb af Stœnïer ; un foyer , et 2Crnc|ïeb.
Artificieux, fnebig, ramfefulb. Des brigues,/., .Kabaler »eb
©øgen ont ©mbebe. Une voix cassée, en mat ©temme. Entrecoupé, afbrubt. La toux, 4?efte* Dans cet équipage, i benne
Silfîanb. Le moribond, ben ®øenbe.
0, 202—204, Se redresser, reife ftg tgjen Op. Entonner,
tfientme, A bon droit, mebSiette, font be »el fortjente. Une
métamorphose, en gorsanbling. Un souverain remède, et
©amfunb,

procureur!

Le procureur

en

—

,

,

rabicattSocgemibbel. Impérieux, bpbenbe, fjcrfïefpg. L’appareil,
203. Infester,
Sitbeljøret. La licence, £øiles!løéf)eben.
îjœrge. Le libertinage, Sipggeåtølljeben. Le barigel, Doer;
204, Inl)o»ebet for flolitifolbaterne (les sbires), i SRom.
génument, aabenbjertigen. Replier, iœgge fammen tgjen. Une
Un jule,
licence poétique, en poetifï griljeb. Ramer, roe.
Les
en romerjï SKpnt, af SBœrbie omtrent 10 ©fitting Sanfï.
intérêts, Sienterne. Disposé à, jïiïfet til. Un terme, en
ffiermin, en SSetalingêtib.
203 207. Transi do peur, betaget af ÎCngeft. S’acquitter d’une dette, afbetale en ©jclb. Le majordome, D»et=
206.
Un procédé ruineux, en øbe=
l)uuêf)»»me]îeren.
ïœggenbc grentfœrb. Un religieux servite en ©eroitermunf.
Le chapitre général de l’ordre,
Un évêché, et ffiifpebotn.
Crbenenê ©cneralforfantling. La bienveillance, â3e»aagen£jeb,
207, Un frère convers, en opoartenbe SSrober, Envisager,
Çaoe for Site. Scandaleux, forargelig. Avoir égard à, tage
éjpenfçn til. Un poison, en @ift. Licencier, affïebige.
—

—

—

—

,

—

Une natte, en Slaatte, Faire sa cour à
Avec dédain, Ijaantigt.— 209, Un
plat de fèves, en Siet Sønner. N’avoir garde de, ifle Ijase i
©inbe. La grandeur factice et de convention, ben cfterabebe
210. L’escarpeog »ebtagne ©torfieb. Fouler, trœbe paa.
ment , ben fteile ©fraaning. Inexpugnable, uinbtagelig. Une
ravine, en SBjergftrøm, en $uul»ei. Un camp retranché, en
forfïanbfet Ceir. Hérissé de, befat raeb. Abordable, tilgængelig.
Un marécage, et SKorabë»
Taillé à pic, fïaaret lobret neb.
ganen. (Un enseigne, en geenbrif.) ConL’enseigne,
quérir, »inbe. Signer, unbertegne. Le désastre, bet ultfttelige
Sieberlag. Se briser, fnufeê. Livrer l’assaut, løbe ©torm.
0. 211—213. Blanchis dans les succès, fom »are bleone
graac unber ©eiersinbingerj le succès, bet Ipffelige Ubfalb. Les
assaillants, be ©tormenbe. Lever, ubfïrioe. Joindre, raøbe,
ftøbe fammen meb. Exalter , begeifire. Sinistre, ul)elbf»anger.
Le grand-hetman, £î»erfelbtt)erren, en Sitel i fiolen, Citfjauen

©. 208

qn.,

—

210,

inbpnbe ftg ïjoâ ÿiogen.

—

258
og Ufraine. Impraticable, uubførligt, umueligt.
212. Le
palatin, Palatinen, en Sitel fom i jpolen gaoeê tit ©tatfjolberen
i en (Propinbê. Fort d’assiette, ftærf i
©tilling. Le croissant,
^mtomaanen. Défendre les approches de, forfjinbre at nærme
fig tit. (Les approches, /., Jlpprofdjernej SSærfcr, fom oprettes
af be SBeteirenbe for at nærme fig gœftningen.) Un retranchement, en gorjïanbëning. Engourdi, forfommet; ftiofroêfen.
213.
Le vasselage,
Sef)nêaft)œngigf)ebcn. Assoupi, inbfooet.
Pointer sur, rette imob. Dresser, opftitte. Clouer,
faftnagte.
Foudroyer, tjeftigt befïpbe. Frayer, bane. Le martyre,
Søben for
Religionen. La tranche'e, Cobegraoen.
S. 214—216. S’élancer fttjrte frem. Se
gorger, be:
lœêfe fig, fplbe fig. Franchir un fossé, fpringe oser en @ra».
Escalader, heftige oeb #jelp af ©torm|iiger, erobre »eb ©torm.
Arhorer les enseignes, plante ganerne.
Etourdir, forbaufe,
forfœrbe. Une démonstration, en militait SBeoægelfe. Niveler,
Les
jeone.
pancernes, ipanfraterne, et ©lagê polfïc Sîpttere.
215. Se débander, jïilteê ab, bomme i Uorbcn.
Barder, bi:
—

—

,

—

pantfre, bebæffe ^Bringen og ©iben
Invulnérable, fom iCEe fan faareS,
Un carnage, et (Blobbab.

paa

en

jbeft meb fsetnffinner.

Signaler, lægge for Sagen.
Tailler en pièces, nebf)Ugge. Les

débris, ©porene af en ©belæggelfe; Ruinerne. La falaise, ben
216. La grève, ben fanbige glob=
(teile globbreb ; .Klinten.
breb. Insatiable, umættelig. Sabrer jusqu’à extermination,
—

nebfable inbtil ben ©ibfic ; l’extermination Silintetgjorelfen,
Ubrpbbclfen. Le cimeterre, fpallajïen. Joncher, bejtrøc, be=
bæffe. Un spahi, en tprfifï Siptter. Un hommage, en Jpplbing,
Recevoir à merci, benaabe.
Un sépulcre, et ©raofteb.
,

0. 217—219. Un monceau, en Spnge. Un mohila, en
@ra»f>øi; et fremmeb Orb. Une représaille, en ©jengjelbelfe.
Contemporain, famtibig. Une monstruosité, en ul)t)rc @rU:
fomfjeb. Un trophée, et ©eierâtegn. Démentir, gjenbrioe,
beoife at noget er ufanbfœrbigt. Rendre pacifique, toinge til
greb, gjøre frebfommelig. Intraitable, ubøielig. Se replier,
træffe fig tilbage i Drben. La dévastation,
.fôbelœggelfen. Sac218, L’ignominie du tribut, ben ffie=
cagor, plçnbre.
at
oære
en
anben ©tat fïatjïplbig. Echapper à des
ffjæmmelfe
chances de servitude , unbflippe ben gare
(bet mulige Silfælbe)
at bringes! i Srælbom.
Le germe, ©piren. Faire abstraction
de, ubeluffe. Précoce, for tibligt ubbannet.
219. S’amonceler, opbpnge ftg. Contrarier qn. gjøre Utogen imobj
être contrarié, Pære
Ijinbret i fine ®nffer. Plus de ces isoleméats heureux,
ingen flere af biêfe Içffelt'ge Jlffonbtinger fra
onbre. En long et en
large, op og neb. La monotonie, (gens!:
formt'gbebcn. Remuer, fœtte i Sîeoægelfe. Une pelle, en ©fuffe.
Ln ouvrage à
corne, et foornoærf, et ©Eanbfcarbeibe, bejîaaenbe
af 2 fialoe Safïioner, egentlig anlagt ubenfor en
gæftning. Un
et
parapet,
SSrpjtoœrn. Un cavalier, en l;øit opført ©Eanbfe
-—•

—

,

fs

259
tit ot opbage citer bejïpbe Dmegtten, Simulé, inbbilbt; forjfilt.
La mitraille, JCartccbfcber, ©Etaa.
Le recueillement, gor=
fepbelfe i ft'g feto,
S. 220—223. Son al»ord, banë Ömgang i Sole; il est
d’un abord agréable, t)an er behagelig ot tale meb. Manifester,
pttre, gtoe tilfjenbe. Un désir bien prononcé, et tåbeligt (ftocrft

ubtalt) SSnfïe. L’idiome, m., Ståletten, fflïunbarten. Corse,
ïotftEanff. Le sous-principal, (Jonrectorcn. En quatrième,
t fjerbe Slaâfe.
Incontestablement, uomflribeïigen, unœgteligen.
La solution d’un problème, Optoêningen af en Dpgaoc. Un

thème, en ©tiil. Une version, en orbret Oocrfœttetfe. Investigateur, forjïenbe. Le principal de l’école, ©folens Sîector.
221. Affecter de, toge fig paa. Il n’est pas son complaisant,
ban føier fig iffe efter tjam. Un professeur, en Sœrer. Les
arts d’agrément, be morenbe ïïtoelfer, font ffitufib, ©anbê o.f.i).
222. Si les moines, bien miniL’intelligence, Jocftanb.
mes, etc., tjotê SXunfene, font tneb SJette ïalbeê minimes o. f.o.
Les minimes, en SJtunEeorben/ ©»57. ®e ïja»e, af paataget
SBefïebenbcb, balbt ftg minimes (minimi, be ÇOÎtnbfîe, be Sîingefte),
tigefom en anben Orben, ber gtoer ftg af meb at ttnbermfe ttlmuen,
ïalber fig frères ignorantins.
Une impulsion, en Mnfporen,
—

—

5£ilfïpnbetfe. L’investigation, Spbftnbigfjeb, gorjïntngSaanb.
froc, en ïôîunfeEutte.
Dédaigner, forfmaae, anfee for
UOcerbigt, La surveillance, Ooeropftjnet. Enfreindre, o»er=
treebe,
Prétendu, fermeent, inbbilbt. Le merveilleux, bet
223.
Soumis, føielig, tçbig. Entêté,
SSibunbcrltge.
egenfinbig. Le cocher, Sanbnognen.
0. 224—229, La fainéantise, Sebiggang. Prématuré,
for tiblig. Contracter, tnbgaae. Concilier, Dinbc. Dénouer,
Opløfc, lofe en Ânube. Empoisonner, forgifte. Frelater, for=
225, L’hospitalité, /., ©fejL
falfïe. Aiguiser, fïjœtpc.
fribeb. Impitoyable, ubarrafftertig. Le bùheron, Srœnbe=
luggeren. Le terme, 50Î aalet, Raccommoder, ifranbfœtte.
Le câble, JCnfcrtouget.
Préserver de, befïjernte imob.
Le
naufrage, ©fibbrubbet. La décence, ©ørameltgbeb, ffielanftœnbtg:
226. S’altérer, bcjïabigeâ. Avoir la vogue, ftaae
t)cb.
1 5Rp ; la vogue, TCnfcelfen i bet Dffcnlige.
Le blâme, ®abbclcn.
Un muet, en ©tum. Un menteur, en gøgner.
Un mauvais
plaisant, en ©potter. Un ménétrier, en Sanbêbpfpillemanb,
en

Un

—

—

—

en Sierfibler.
227. La vielle, Ciren. La stérilité, 5Som=
Le revers, Siererfen, S3agftben.
beben. Piquant, bibenbe.
Présomptueux, tnbbiljï. Lâche, feig. Un échec j et Ubelb.
228» L’entendement, §attecv>nen, ®ømmefraften. Une chute,
et Salb. Glissant, fïibrig, glat. Un fat, en Star, et
taabeligt,
tnbbilbfï SSennejïe, Les vérités négatives, Snbnenbingerne, be
Etre
ii
la
de
bcncegtenbe ©anbbebcr.
portée
qn., ligge inben
for @nå Sone. Les raisons positives, Jorfnarëgrunbene, bc
befrœftenbe ©runbe. Se découvrir, aabenbare fig. Faire des
—

—•

remèdes, bruge Cœgetntbler.

Une maxime

,

en

Un gueux, en ©tobber.
Une guenille, en
abondance de Tarne, ©jœlenê onct’Boetteê gçlbe.

®runbfccrmng.
La

sur-

Soupçonner,

229. Fle'trir, brœnbemœrle, Un arrêt, en Sont,
postérité, gfterfïœgtcn. Un roseau, et Stor. Se relever,
ïtœne ftg, Le principe de la morale, ©œbetœrenê ©runbfœtning.

nfjne.

La

—

(tallene foran Jj>oeebfh)S?erne angine ten örben, ßfcori te meeflpaêfenSe
lafeé).
©tbc

1. Anecdotes

1—35.

Belles réponses
Le prince de Saxe
Amour de la vérité
Secourez votre prochain

1®
3.
4.

-

sans

demander de la récom-

pense
Effet de la politesse
I
Egalité d’humeur
L’archevêque de Cambrai
Amour filial
Trait de magnanimité
......
Le' chien de Frédéric II
La véritable gloire
Le mal-entendu
Le protée
Présence d’esprit
Voltaire et Frédéric II.
La mémoire prodigieuse
Voltaire, défenseur de Calas
Retour de Voltaire à Paris
Ne jugez pas d’une personne par son habit
Le mauvais précepteur
Tenez votre parole, mais ne faites
pas despromesses
.

.

.

.

.

.

.

......

'

.

.

irréfléchies
Aimez à rendre service
La véritable force est dans le calme de l’esprit
Comptez sur la reconnaissance, quand l’intérét
vous

en

.

.

.

.

4. Descriptions

printemps

Hambourg et ses environs
Voyage en Suisse

.

.

7.
8.
9.
10.
12.
13.
13.
14.
16.
17.
18.
20.
21.
22.

23.
24.
25.

.

répond

Effet de la faveur
Les voleurs pris sur le fait
Trait extraordinaire du Sultan Sandjar
La justice rendue
Aucune vertu n’honore plus que l’humanité

Le

.

5.
6.
7.

.

26.
26.
28.
31.
32.
34.

85—97.
35.
36.
3!).

s
ma
©tôe

Naples et
Pompeïa

ses

environs

La Calabre
Venisë

Constantinople

.

Bordeaux
Les environs de Bordeaux

.

.

.

Oporto
Combat de taureaux
Lisbonne
La Jamaïque
Arrivée à Kingston
Le cafier et la eanne k

Kingston
Alger
Le
Le
Le
Le

sucre

.

.

cheval
chien
chat
lion et le

.

.

tigre

L’aigle
Le perroquet cendré
L’attachement de la poule pour
Le serpent devin
La chasse aux chamois
.

ses

poussins

2. Morceaux dramatiques

.

...

98.
139.

160—223.

3. Narrations
Une aventure de Gil-Blas

L’hermite
Trait de bienfaisance de Paul et de
Le petit bossu
Histoire d’un parapluie
Sixte quint
Jean Sobiesiy
Enfance de Bonaparte
diverses

Virginie

....

£>»erf«:ttelfe nf uanfïeltge Orb

\

53.
56.
58.
Cl.
62.
64.
66.
68.
70.
73.
78.
79.
84.
86.
87.
89.
90.
91.
93.

98—159.

.

Le bon fils
Les interprétations

5. Pensées

41.
43.
45.
49.
50.

.

.

160.
169.
174.
182.
190.
198.
210.
218.

224—229.

oej Salemaûber
230—256.

AU

Library Campus Fmdrup (DPB)

*50011930021

