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1857

Statens

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.

Købsnhavn

.

St^iOäamling

Statens

pædagogiske StudiesamSing

BELLES

RÉPONSES.
1

T

lia femme de Socrate disait à
mort:

„Quoi!

mouriez?“

Socrate,

—

„que

son

mari condamné

innocent, et il faut que vous
„Aimeriez-vous donc mieux,“ lui répondit
je mourusse coupable?“
2

.

Quand Phocion fut condamné à mort,
amis lui demanda, s’il n’avait rien à faire dire

un

à

de
son

ses

fils:

„Dites-lui,“ répondit-il, „que je lui défends de jamais
souvenir de l’injustice qu’on fait à son père.“
3

Épaminondas répondit

jour

à

largesses: „Si

demande

le

est

juste, je

il n’a pas

assez

IV,

fils

quelqu’un qui

vou-

que votre roi
ferai pour rien; si c’est une
de trésors
me séduire.“
ce

pour

4

Urbain

se

.

un

lait le séduire par des

injustice,

à

êtes

vous

.

d’un savetier de

Troyes en Chamjusqu’au souverain pontificat.
Le roi d’Espagne lui
rappelant un jour la bassesse de sa
naissance, il répondit: „Ce n’est point une vertu de sortir
d’un sang noble; mais s’élever, comme
je l’ai fait, c’est
pagne, s’éleva par

son

mérite

la haute vertu et la véritable noblesse.“
5

.

Le connétable de Bourbon
témoignant de la compassion à Bayard en le voyant blessé mortellement à la
bataille de Romagnano: „Ce n’est pas moi
suis à

qui
chevalier, „je meurs en homme
bien; mais j’ai pitié de vous qui combattez contre

plaindre,“
de

votre

roi,

lui dit l’illustre
votre

patrie

et

vos

serments.“

2

6
Un

homme de la

.

demandait

cour

à Louis

XII

la

confiscation des biens d’un riche bourgeois d’Orléans, qui
s’était déclaré ouvertement contre ce prince avant son
avènement

au

trône.

ni’a offensé.

„lorsqu’il
son père; je

dois lui

roi,“ répondit-il,
devenant, je suis devenu
pardonner et le défendre.“

„Je

n’étais pas

son

En le

7

.

Suède, signala les commencements
de
règne par plusieurs beaux traits, entre lesquels
on peut placer celui-ci.
Quelqu’un ayant demandé à lui
l’avertir
venait
qu’un homme en place
parler, dit qu’il
Le roi n’ignorant
le
trône.
contre
formait des projets
de
celui qu’il accuétait
ennemi
pas que le dénonciateur
réconcilier
disant:
vous
„Allez
sait, le renvoya en lui
vous
écouter
et je pourrai ensuite
avec votre ennemi,
Gustave III, roi de

son

et vous croire.“

8

.

Dans le temps que Turenne commandait en Ailemagne, une ville neutre, croyant que l’armée française
passerait par son territoire, fit offrir cent mille écus à ce

général, pour l’engager à prendre une autre route: „Je
ne puis en conscience accepter cette somme,“ répondit-il,
„n’ayant pas eu intention de passer par là.“
9

.

d’Hochstet, Marlborough, faisant la
Après
revue des prisonniers
qui furent obligés de se rendre
dans le village de Blenheim, vit un superbe grenadier
du régiment de Navarre, qui conservait sa fierté jusque
dans son esclavage.
„Si le roi de France,“ dit Maribohommes comme celui-là, il serait
mille
cent
rough, „avait
à
la
heureux
guerre.“ Le grenadier lui répondit:
plus
mon
„Morbleu,
général, ce ne sont pas cent mille homc’est un
mes comme moi qui manquent à mon maître,
la bataille

homme

comme

vous.“

..

-

3
10

♦

.

A la bataille de

Rosbach, Frédéric II vit un grenafrançais qui se défendait en désespéré contre les
hussards prussiens, et qui, malgré le peu
d’espoir qu’il
avait de se voir secouru, refusait de se rendre et
préférait la mort. Le roi s’approchant des combattants, cria
au Français: „Brave
grenadier, es-tu invincible?“
„Je
le serais, Sire,“ répondit le Français, „si vous me comdier

—

mandiez.“
11
Un
une

.

grenadier prussien portait

balle attachée à

un

à défaut

de montre

cordon.

Le roi, Frédéric II, en
il demanda à voir la montre du

fut averti. A la parade,
soldat, qui se défendit d’abord, et finit par obéir. „Eh
bien,“ lui dit le roi, „à quoi peut te servir cette balle?“
„Elle m’avertit,“ répondit le grenadier, „qu’à toute heure
je dois être prêt à mourir pour toi.“ Le roi satisfait de
cette réponse, tira sa montre et la lui donna.
12

Hiéron,
lui dire

roi

de

.

Syracuse, ayant prié

Simonide de

que c’était que Dieu, le poète demanda un
jour, pour examiner la question qu’on lui proposait. Le
lendemain il en demanda encore deux; puis ces. deux
ce

étant

jours

écoulés, encore quatre, et ainsi de suite, en
toujours la somme des jours. Hiéron voulant
savoir la cause de cette conduite: „J’en use
ainsi,“ dit
alors Simonide, „parce que plus j’examine cette
matière,
doublant

elle

plus

me

semble obscure.“
LE

Le
entra

disant

de

DE

SAXE.

prince
Saxe,
par sa grande force,
jour chez un maréchal-ferrant d’un village, sous
si

connu

un

prétexte
qu’on

PRINCE

de faire ferrer

lui

son

présenta,
qu’ils ne valaient rien,

de meilleurs.

cheval.

et en cassa

Enfin il

feignit

et

11 examina les fers

six l’un

qu’on

après l’autre,

devait lui

d’en trouver de

en

en

donner

convenables,
1

*

4

ferré, il donna au maréchal un
Celui-ci feignant à son tour de trouécu de six francs.
écus
les
ver
mauvais, en cassa plusieurs aux yeux du
donna alors un louis, et convint d’avoir
lui
prince, qui
et

lorsque

trouvé

son

Étant
la

rue

par

le cheval fut

maître.
un
un

jour

à

Londres,

le

prince

fut

provoqué

dans

charretier qui était occupé à enlever les
en
se trouvait offensé de ce que le prince

houes, et qui
Le prince accepta le
passant lui avait poussé le bras.
le
charretier
commença à se déshadéfi, et sur-le-champ
sa
ôté
eut-il
à
blouse, que le prince
biller. Mais
peine
le
et
jeta dans son tombereau
le saisit par les épaules,
Le
peuple signala la victoire du prince
plein de boue.
accabla le pauvre charretier de huées.
et
par des cris de joie,
SAILLIE

DE

RAPHAEL.

offensé
Raphaël avait assez de mérite pour n’étre pas
fût
juste. Deux
de la critique, mais il voulait qu'elle
fait dans
d’avoir
cardinaux lui
mal-à-propos

reprochaient

visages de Saint-Pierre et de Saint-Paul
un peu surtrop rouges. „Messieurs,“ leur répondit-il
les
pris de cette critique, „n’en soyez pas étonnés; je
leur
cette
rougeur
ai peints ainsi qu’ils sont au ciel ;
vient de l’émotion qu’ils éprouvent en voyant comment
l’église est gouvernée.“

un

tableau les

HEUREUSE

PLAISANTERIE.

l’emploi auprès de Guilde quel pays
laume, roi de Prusse, ce prince lui demanda,
„Allez!“
il était.
„Je suis de Berlin,“ lui répondit-il.
Un candidat sollicitant de

—

lui dit

ce

monarque, „tous

ceux

de Berlin

ne

valent rien.“

pardonnera,“ repartit le candidat,
„Votre Majesté
en a pourtant aussi de bons, et j’en connais deux
„il y
inoi-même.“
„Et qui sont ces deux?“ lui demanda le
roi.
„Le premier c’est Votre Majesté,“ repartit le candidat, „et le second c’est moi.“ Le roi rit de cette réponse,
et lui accorda la grâce qu’il lui demandait.
me

—

—

—

5

niers à

son

épouse,

retenus

Nanti, choisirent pour s’évader

d’avril.

hotte

D’AVRIL.

POISSON

LE

de Lorraine et

Le duc

Tous deux,
le

sur

déguisés

le

paysans, portant

en

sortirent de Nanci à la

dos,

jour,
pointe
poisson d’avril.
alla en prévenir

à la

En

ayant reconnus,
mais celui-ci n’en

effet,

une

femme les

garde;

du

crainte

une

du

et ils durent leur salut

soldat de la

prisonpremier jour

fit que rire,
voidait
lui
faire
du
croyant qu’on
poisson d’avril.
manger
Cette nouvelle parvint à l’officier, qui s’imagina également
un

que c’était

peut-être

un

poisson d’avril. Cependant

il

en

avertit le gouverneur, qui
envoya s’éclaircir du fait; mais
il était trop tard; les illustres
voyageurs avaient pris les

devants, et, grâce

premier avril,

au

ils

échappèrent

aux

recherches.
D’UN QUACRE.

PATIENCE

Un quacre, étant
fermé dans une petite
donner passage
sa

rue

aucun

ne

son

Il voit venir à

jeune maladroit en cabriolet. Il fallait
des deux prît le
parti de reculer, mais

disposait à le faire. Le quacre, à raison
le jeune homme de lui accorder la
prél’invita poliment à céder, d’autant
plus que
était plus facile à un cabriolet
qu’à un carcelui-ci ne répondit à l’invitation
que par un

se

âge, pria

férence,

et

la reculade
rosse; mais

persifllage

assez

current bien

demande

insultant.

déterminé à lui

plus rien;

et se met

mais

à la lire.

il

Le quacre voyant son condisputer le passage, ne lui
tire de

gravement à fumer.

cette manoeuvre, tire de

le

seule voiture.

une

rencontre un

bien que l’un
de

qu’à

fiacre, se trouvait un jour ende Londres, qui ne pouvait

en

sa

Le

poche

poche une pipe,
jeune homme, voyant
sa

une

gazette,

et se met

Un quart d heure se passe ainsi dans le calme
profond. Après avoir achevé de fumer sa pipe,

plus
l'imperturbable quacre rompit le silence: „Ami,“ dit-il
jeune homme, „j’ai une grâce à te demander; quand

au

tu

6
lu la gazette, tu me feras le
Ces paroles, prononcées du

auras

ter.“

déterminèrent la

partie

l’arlequin
fameux

Rich,

et

adverse à
le

plaisir de me la prêplus grand sang-froid,
rétrograder.

cocher

arlequin

de

fiacre pour
comédie, prit
Le
verne qu’il lui in diqua.

se

un

de

Londres,

fiacre.

de la

sortant

faire conduire à

cocher, qui qualifia

une
ce

ta-

bouf-

A l’infon de milord, s’empressa d’obéir à ses ordres.
cocher
était
stant où le
près d’arrêter, Rich, apercevant
fenêtre de la taverne ouverte, ne fit qu’un saut de
Le cocher descend, ouvre
la portière dans la chambre.

une

le carrosse,

ne

jure contre le lord qu’il
son siège, retourne et s’en

voit personne,

traite

d’escroc, remonte sur
épie l’instant où la voiture passe vis-à-vis de
Il crie au
la fenêtre, et d’un saut se replace dedans.
cocher d'arrêter, le traitant d’étourdi pour avoir passé la
Rich

va.

taverne.

Le cocher

tremblant retourne et s’arrête à la

descend, gronde cet homme, tire sa bourse
et lui offre son payement: „A d’autres!“ s’écrie le cocher en le nommant M. le diable; „je vous connais bien,
vous voudriez
m’empaumer; mais gardez votre argent,
En disant ces mots, il fouette
vous n’y réussirez pas.“
Rich

porte.

et

se

sauve

à toute bride.
PLAISANTE

Un

qu’il

jour

monsieur de

MÉPRISE.

Talleyrand

dit à

voulût bien s’efforcer de lui être
réussir serait de

leur moyen d’y
et de lui en parler;

agréable;
parcourir

et

que le meilson

le trouverait dans

qu’elle
thèque, à tel endroit, à tel rayon.
rand va prendre l’ouvrage, qui fait

épouse
qu’elle

son

lui ramènerait à dîner monsieur Denon,

ouvrage
biblio-

sa

Madame de

ïalleydélices, et se
fait une joie d’en entretenir bientôt le héros.
Aussi, à
à
monsieur
Denon, qu’elle avait
peine à table, elle dit
soigneusement placé à côté d’elle, qu’elle venait de lire
et
son livre, qui l’avait rendue tout-à-fait heureuse,
ses

—

7

monsieur Denon de

s’incliner;

—

qu’il

bien mauvais pays, et avait du bien
sieur Denon de s’incliner
encore;

avait parcouru de

et monsouffrir,
qu’elle avait bien
sincèrement partagé ses peines.
Jusque-là tout allait à
merveille.
„Mais mon ravissement“, s’écria-t-elle, „a
été au comble, quand, dans votre
solitude, je vous ai vu
arriver le fidèle Vendredi; l’avez-vous
toujours?“ A ces
mots monsieur Denon effaré se
pencha vers son voisin,
et lui dit: „Est-ce
qu’elle me prendrait pour Robinson?*
-—

—

Et

en

effet, l'innocence de

la société de

elle eût

pris

Paris,

voulait

M

mc

qu’au

de

T.,

lieu du

ou

les Aventures de Robinson.

SECOUREZ

VOTRE
DE

PROCHAIN

SANS

la malice de

Voyage

d'Égypte

DEMANDER

RÉCOMPENSE.

L’Adige, rivière d’Italie dans l’état de Venise, s’étant
débordée, le pont de la ville de Vérone fut emporté, à
l’exception de l'arcade du milieu, sur laquelle se trouvait
maison.

Une

famille entière y était: on la
voyait
rivage tendre les mains et implorer du secours. Cependant la violence du torrent détruisait à vue d’œil les
piliers de l’arcade. Dans ce danger extrême, le comte
de Spolvérini propose une bourse de cent ducats à celui
qui aura le courage d’aller sur un bateau délivrer ces
malheureux: on risquait d’ètre
emporté par la rapidité
du fleuve, ou d’être écrasé par les ruines de
l’arcade, en
abordant dessous. Le concours du
peuple était innombrable, et personne n’osait s’offrir. Dans cet intervalle
passe un villageois; on l’instruit de l’entreprise proposée,
et de la
récompense qui y est attachée. 11 monte aussitôt sur un bateau, gagne à force de rames le milieu
une

du

du

fleuve, aborde, attend au bas de la pile que toute la
famille soit descendue dans le bateau.
„Courage,“ s’écria-

t-il,
eaux

„vous voilà sauvés.“
et regagne le

lui donner la

Il rame, surmonte l’effort des
Le comte de
Spolvérini veut

rivage.
récompense promise.

„Je

ne

vends

point

8

vie,“

ma

nourrir,
cette

„mon travail suffit pour
cela à
moi, ma femme et mes enfants: donnez
moi.“
famille, elle en a plus besoin que

lui dit le

me

villageois;

pauvre

AUTRE

Le feu

TRAIT DE

ayant pris

à

une

GÉNÉROSITÉ.
maison de

Vienne, Joseph

II

hâter les secours, et s’approcha de très
y accourut pour
maison
cette
de
qui menaçait déjà ruine par la vioprès
lence de l’incendie. Un artisan qui s’aperçut du danger
de
prince était exposé, l’en avertit et le pria
si
le
ne
grand,
danger
se
croyant pas
Joseph
Mais comme il tardait trop, l’ouvrier
ne se hâtait point.
le
le saisit avec vivacité, et l’emportant dans ses bras il
la
fut-il
A
sûreté.
que
de
lieu
en
éloigné,
mit
peine
tombèrent
embrasées
des
et
maison s’écroula,
poutres
que

auquel

ce

retirer.

à l’endroit même où le monarque se trouvait auparavant.
sa bourse remplie
Joseph, pénétré de reconnaissance, offrit
le
mais
généreux ouvrier la refusa
d’or à son
en

disant:

ne

peut

se

libérateur,
„Ce que j’ai fait, c’est par amour, et l’amour
demander une grâce à
payer. Mais si j’ose

un
Majesté, c’est en faveur de mon voisin. C’est
ne sausi
mais
pauvre qu’il
honnête homme, laborieux,

Votre

maîtrise ni les outils nécessaires à son mefit donner
L’empereur lui accorda sa prière, et
à
voisin.
Quant son libéà son malheureux

rait payer

tier.“

sa

une somme

rateur, il fit frapper
DE

TRAIT

une

médaille d'or

COURAGE

DE

qu’il

lui envoya.

NAPOLÉON.

Le contre-amiral Magon faisait faire à la flotte franavait exigé.
çaise à Bologne un mouvement que Napoléon
Le ciel,
à
voir.
Tout d’un coup la mer devint effrayante
sillonné
d’éclairs, le tonchargé de nuages noirs, était

grondait
les lignes.

nerre

tes

chaque instant,
Enfin la tempête

à

et le vent

la

plus

rompait

affreuse

tou-

dispersa

de leur salut.
les bâtiments de manière à faire désespérer
les
bras croisés,
soucieux, la tête baissée,

L’empereur,

9
la

plage, quand tout-à-coup des cris
Plus de vingt chaloupes cade
soldats
et de matelots, venaient
nonnières, chargées
d’être jetées à la côte, et les malheureux qui les montaient, luttant contre les vagues furieuses, réclamaient des
secours que personne n’osait leur porter.
L’empereur,
qui voyait ses généraux et ses officiers frissonner d’horreur
autour de lui, voulut donner l’exemple du dévouement, et
malgré tous les efforts que l’on put faire pour le retenir,
il se jeta dans une barque de sauvetage en disant:
„Laissez-moi ! laissez-moi ! il faut qu’on les tire de là.“
En un instant sa barque fut remplie d’eau.
Les vagues
passaient et repassaient par dessus, et l’empereur était
inondé. Une lame encore plus forte que les autres faillit
jeter l’empereur par dessus le bord, et son chapeau fut
emporté dans le choc. Électrisés par tant de courage,
officiers, soldats, marins et bourgeois se mirent, les uns
à la nage, d’autres dans des chaloupes, pour essayer de
se

promenait

terribles

se

porter du

sur

firent entendre.

Mais

secours.

on

nombre des infortunés

petit

put sauver qu’un très
qui composaient l’équipage
ue

des canonnières, et le lendemain la
rivage plus de deux cents cadavres,

vainqueur

de

mer

avec

Dans la fameuse

jeune
ce

était

volcan.

du

FILIAL.

éruption

du mont

casionna la mort de Pline le naturaliste,
de

le

Marengo.
AMOUR

le

rejeta sur
chapeau

le

avec sa

Tous

lut dans la fuite.

famille
les

àMiscéne,

Vésuve, qui
son

neveu

ville peu

oc-

Pline

éloignée

habitants cherchaient leur

sa-

Pline

seul, redoutant peu pour luimême le danger qui l’environnait, ne songea qu’à sauver
Elle le conjura de fuir sans elle
les jours de sa mère.
était
d’un lieu où sa perte
assurée; elle lui représenta
que son grand âge et ses infirmités ne lui permettaient
pas de le suivre, et que le moindre retardement les exposait à périr tous deux. Ses prières furent inutiles, et

10

Pline le

jeune préféra de

malgré

elle.

et la fumée

nuit la

plus

mourir

avec sa mère, plutôt que
aussi pressant. 11 l’entraîna
la cendre tombait sur eux; les vapeurs

de l’abandonner dans

Déjà

un

péril

dont l’air était obscurci, faisaient du jour la
sombre. Ensevelis dans les ténèbres, ils

n’avaient pour guider leurs pas tremblants que la lueur du
feu qui les menaçait, et des flammes qui les entouraient.
Mais rien

ne

put ébranler la

constance de

à

ger à

Pline,

sûreté

en

ni l’obli-

abandon-

pourvoir plus promptement
mère. Il la consola, il la soutint, il la porta dans
ses bras: sa tendresse le rendit capable des plus grands
efforts. Le ciel récompensa une action si louable : il conserva à Pline une mère plus précieuse pour lui que la vie
qu’il tenait d’elle, et à la mère un fils digne de son amour.
nant

sa

sa

TENEZ

VOTRE

MAIS

PAROLE,

PROMESSES

NE

FAITES

PAS

DES

IRRÉFLÉCHIES.

Celui qui aime

sa réputation, aime à tenir inviolablequalitéd’honnêtehommeimpose ce devoir.
11 se fait une loi, lorsqu’il le peut, de tenir ce qu’il a promis.
Pendant que le jeune Pompée disputait l’empire avec
Octave et Marc-Antoine, ils firent entre eux une espèce

la

mentsaparole;

de

trêve,

jour que
Pompée,

et ils
ces
un

se

donnaient des repas tour-à-tour.

deux derniers
de

ses

mangeaient dans la galère
capitaines le tira à l’écart, et lui

Un
de
dit

que s’il voulait le laisser faire, il serait bientôt le maître
du monde. „Voilà un coup de partie,“ ajouta-t-il, „la fortune vous favorise ;

si vous le voulez, vous n’avez plus
quart-d'heure.“
Pompée ne voulut
de
sont
venus
bonne foi,“ dit-il,
consentir;
„lis
point y
mieux
ma
garder
„et j’aime
parole que de commander à

d’ennemis dans

un

tout l’univers.“

La

justice qui

nous

oblige

à tenir notre

parole quand

le pouvons légitimement, nous permet aussi et nous
ordonne même quelquefois d’y manquer. Avez-vous promis de faire une mauvaise action, de commettre un crime

nous

11

d’y coopérer, gardez-vous de
obligé de tenir votre promesse.
ou

drait doublement criminel.

croire que

vous

L’exécution

Agésilas,

soyez

vous

ren-

roi de

Sparte, cédant
avait promis une

à

l'importunité d’un de ses sujets, lui
qui, après y avoir fait réflexion, ne lui parut pas
juste. 11 différa, pour cette raison, de remplir sa promesse.
Pressé par le Spartiate, il lui dit
qu’il ne pouvait pas lui accorder sa demande, parce qu’elle était injuste. „Mais les rois,“ ajouta ce particulier, „ne doivent
promettre que ce qu’ils doivent tenir.“ „Et les sujets,“
reprit Agésilas, „ne doivent demander aux princes que ce
qu’ils peuvent accorder.“
chose

AIMEZ

A

RENDRE

SERVICE.

Si les hommes savaient combien il leur est facile
de se faire aimer, et combien le plaisir de l’être est
doux et délicat, il n’en est aucun qui ne voulût se le
11 n’y a personne, il est vrai, qui ne soit bien
procurer.
aise d’être aimé; mais très peu le sont sincèrement, parce

qu’on

veut pas
est de

ne

aimer, qui

prendre
se

Aimer à rendre

service,

moyen de gagner tous les

religion

le

seul

moyen

de

se

faire

rendre aimable.
à

obliger,

cœurs.

c’est le

plus

Quand la raison

sûr

et la

auraient pas fait un précepte d’aimer à
faisant pour les autres ce que nous
voudrions raisonnablement qu’on fît pour nous, notre
rendre

ne

nous

service,

en

propre intérêt devrait nous y engager.
Le cardinal Albéroni dut sa haute fortune à un service qu’il rendit: voici comment. Le poète Campistron

voyageait

En passant par le duché de
l’attaquèrent et lui enlevèrent jusqu’à

en

des voleurs

Italie.

bits.

11 gagna, à demi-nu, le village le
celui où l'abbé Albéroni était curé.

du

secours

en

reçut des habits

voyage.

dans la

de

cet

Parme,
ses

ha-

plus voisin: c’était

Campistron trouva
ecclésiastique; il

générosité
et de l’argent pour continuer son
années
Quelques
après, ayant suivi le duc de

12

Vendôme

d’Italie,

il

en
se

qualité
trouva

Comme

bienfaiteur.

de
aux
ce

secrétaire dans les guerres

son

environs de la

prince

paroisse

de

son

avait besoin d’un homme

du pays, le poète saisit cette occasion de lui parler d’Albéroni. On fit venir le curé , qui soutint parfaitement
l’idée que Campistron avait donnée de lui. Le prince en
fit

son

aumônier.

Albéroni le suivit

gagna la confiance^de la
fut

princesse

service, après la
nommé agent du duc de

cha à

son

mort

en

du duc de

Parme à la

et y
11 s’atta-

Espagne,

des Ursins.

cour

Vendôme,
Madrid,

de

ménagea le mariage de la princesse de Parme avec le
roi d’Espagne, Philippe V, devint conseiller du roi, puis
cardinal, et enfin premier ministre d’Espagne.
PRÉSENCE D’ESPRIT.
Dans un hospice d’aliénés d’une ville de France dont
le nom, il y avait un belvédère d’où l’on
oublié
j’ai
Celui qui était chargé
découvrait une très belle vue.
avait
été fou, mais comme
les
étrangers
d’y conduire

depuis longtemps il n’avait donné aucun signe de démence,
C’était un homme de
on le croyait parfaitement guéri.
grande taille et d’une force remarquable. Un jour qu’il
était monté au belvédère avec un voyageur déjà avancé
en âge et de faible complexion, sa raison s’étant troublée
tout-â-coup, il le saisit au collet en disant: „Je vais
vous faire sauter par-dessus la balustrade. Je suis curieux
de voir combien de temps

vous

mettrez à descendre'

1
—

.

„Laissez donc,“ répliqua le petit vieillard en se dégageant
de ses mains, „je vais vous montrer quelque chose de
bien plus curieux. Restez ici, et quand je serai dans la
En prononcour, je sauterai d’en bas sur la terrasse.“
çant ces mots, il enfila lestement l’escalier, et le fou,
comptant
Dans

promesse, le laissa faire.
l’hospice des fous de Glascow le médecin

sur sa

en

homme de talent, passionné pour son art;
il s’était adonné spécialement au traitement de l’aliénation
chef était

un

13

mentale,
Italiens,

et il

exerçait

sa

Il

profession,

diraient les

comme

bornait donc pas à de simpies visites ; pour mieux les observer, il passait souvent
des heures entières en société avec ceux des pensionnaires
con

amore.

dont la raison
l’ascendant
mes, mais

eux, il

ne se

commençait

à

se

raffermir;

et

comptant

sur

qu’on acquiert
affectueuses,

aisément par des manières feret qu'il avait habituellement sur

prenait aucune précaution. Cette négligence
funeste, et il ne dut son salut qu’à sa présence d’esprit. Un jour, plusieurs convalescents lui
portérent des plaintes sur la mauvaise qualité de la soupe; pour
ne

pensa lui être

s’assurer si elles étaient fondées, il entra

avec

cuisine où

ébullition. Tout-

une

énorme marmite était

en

eux

dans la

fous, homme très vigoureux, s’approche
regardant avec ces yeux animés qui annoncent
un commencement d’accès,
„Docteur,“ lui dit il, „vous êtes
et
suis
sûr
gros
gras, je
que vous nous feriez d'excellente
camarades
lui applaudissent et enSes
soupe. Essayons.“
tourent le médecin; déjà celui-ci leur répond avec
sangfroid: „Arrêtez, votre idée est bonne, mais ne voyez-vous
pas que mes vêtements gâteraient le bouillon ? il faut avant
tout que j’aille me déshabiller.“ Ce raisonnement satisfit
à-coup
de lui,

un

de

ces

et le

les fous, et ils le laissèrent sortir de la cuisine.
EFFET

DE

LA

POLITESSE.

On

pourrait appeler la politesse une bonté assaigrâce ajoutée au bon cœur. Son
empire est si puissant, qu’elle gagne les ennemis mêmes
et les désarme quelquefois.
Le célèbre Montaigne s’était retiré dans son château
en Périgord, pendant les troubles de
religion et les guerres
civiles qui, sous le règne de Charles IX, désolaient la France.
Un jour un homme se présenta devant les fossés du château,
feignant d’être poursuivi par des réformés. Introduit par
Montaigne, il lui raconta que voyageant avec plusieurs de
sonnée: c’est la bonne

ses

amis,

une

troupe de gens de guerre les avaient attaqués;

14

que leur

posé
persé

bagage

de la

avait été

résistance,

les autres.

pillé ;

Montaigne

la bonne foi de cet homme
était

parti, qui

que

avaient été

convenu

:

avec

ceux

tués,

et

qui avaient opqu’on avait dis-

soupçonna pas un instant
c’était néanmoins un chef de
ne

troupe de

sa

ce

stratagème

pour s’introduire dans le château. Un moment après, on
vint avertir Montaigne qu’il paraissait deux ou trois autres
cavaliers. Celui qui avait été admis le premier, dit qu’il les

reconnaissait pour

compassion,

ne

fit

ses

camarades.

aucune

Montaigne,

touché de

difficulté de les recevoir. Ceux-çi

plusieurs autres, en sorte que la cour du
château fut bientôt remplie d’hommes et de chevaux. Montaigne s’aperçut alors de la faute qu’il avait faite ; mais le

furent suivis de

remède. Il fit bonne contenance, et ne chanses manières. Il s’empressa de procurer à
hôtes tout ce dont ils feignaient d’avoir besoin, leur fit

mal était

sans

gea rien dans
ses

distribuer des

rafraîchissements,

et

en

agit

avec

tant de

que leur chef, séduit par ses
bons procédés, n’eut pas le courage de donner le signal
convenu pour mettre le château au pillage.

cordialité et de

politesse,

PLAISANT

STRATAGÈME

DE

RABELAIS.

Contraint de sortir de Rome, Rabelais, pour arriver à
Paris commodément et bien nourri, s’avisa d’un stratagème
qui aurait pu coûter cher à tout autre qu’à lui. Arrivé

Lyon, il y demanda une chambre
petit garçon qui sût lire et écrire. Il fit ensuite plusieurs petits paquets de la cendre qu’il trouvait
dans la cheminée, et lorsque l’enfant lui eut apporté de l’endans

une

hôtellerie à

écartée et

cre

et du

un

papier,

il lui fit écrire divers billets

portant, l’un

:

„poison pour le roi“; l’autre: „poison pour la reine“; le
troisième : „poison pour monseigneur le duc d’Orléans,“ etc.
Il

appliqua

ensuite

ces

étiquettes

sur

chaque paquet,

et dit à

„Mon ami, gardez-vous de rien dire à personne de
ce que je vous ai fait écrire, car il irait de ma vie et de la
vôtre.“ Pendant qu’il dînait, l’enfant ne manqua pas de

l’enfant:

-

15
rendre
en

compte à sa mère de ce qui venait de se passer
haut, et la bonne femme n’eut rien de plus pressé que

de dénoncer à la maréchaussée le nouvel hôte
qui était
son hôtel. Le
prévôt y court avec ses

arrivé dans

archers,

interroge Rabelais, qui

ne

répond

à

demansaisit du voyageur et de sa
et le conduit
sous bonne escorte à Paris.
Arrivé en cette ville, Rabelais se nomme; il demande à parler au roi,
qui le recon-

des,

juste
valise,

pas

se

ses

qui il fait part de la ruse qu’il avait employée
depuis Lyon jusqu’à Paris, bien nourri et bien
monté, aux frais de sa majesté, qui, dit-on, loin de se fâcher,
rit beaucoup et s’amusa à sa cour de ce
stratagème hardi.
naît,

et à

pour aller

HENRI

QUATRE

ET

LE

VIGNERON.

Henri IY, après s’être entretenu avec un
vigneron,
sans en être connu, finit son entretien
par lui demander
combien il gagnait par jour.
„Quarante sous.“
„Que
—

fais-tu de cet

—

argent?“
„Quatre parts.“
„Et comment
dispenses-tu ces quatre parts?“
„De la première
je me nourris; avec la seconde je paye mes dettes; je
place la troisième; et la quatrième, je la jette dans l’eau.“
„Ceci est une énigme pour moi.“
„Je vais vous
l’expliquer. Vous entendez que je commence par me nourrir du quart de mon gain. Un autre
quart sert à nourrir
mon père et ma mère,
qui m’ont nourri. Le troisième
quart est employé à élever mes enfants, qui me nourriront un jour à leur tour. La dernière
part est pour mon
roi, qui n’en touche rien ou presque rien: elle est donc
perdue pour lui et pour moi.“
—

—

les

—

—

—

LE

MEILLEUR

Un ambassadeur
était celui de
afin

qu’il pût

chercher

de

son

Villeroy,

ses

MINISTRE.

d’Espagne

demanda à Henri IV

ministres dont il faisait le

traiter

avec

lui. Le

plus

prince envoya

chancelier, le président Jeannin
et dit à l’ambassadeur

qu’il

quel

de cas,

aussitôt

et monsieur

allait lui donner

16

arrive.
lieu de les connaître par lui-même. Le chancelier
de sa
Le roi lui montre quelques fentes au plancher
bâtiment
le chancelier, ce
en disant:

„Monsieur
chambre,
envie de déruine, on n’y est pas en sûreté, j’ai
à Fontainebleau ou
loger au plus vite, et de me retirer
le
„vous ne
chancelier,
à St-Germain.
„Sire,“ répond
menace

—

faire,

pouvez mieux

ce

bâtiment

tomber,

va

et

Votre

MonMajesté ne peut pas y demeurer sans péril.“
tenu
lui
roi
le
et
ayant
sieur de Villeroy vient ensuite,
faut
„il
faut
il
voir,“ répond-il,
le même discours : „Sire,
leur
et
prendre
faire venir les
—

auparavant

Enfin le
avis,“
les fentes et dit:
—

architectes,
président Jeannin arrive,
„Je ne vois rien là, qui

il considère

il

doive

vous

durera

plus
bâtiment est très bon,
Dès qu’ils se furent
Votre
Majesté.“
que
longtemps
connaissez
retirés, le roi dit à l’ambassadeur: „Vous
dit tout
me
maintenant mes trois ministres : le chancelier
alarmer;

et

ce

—

dit rien;
ne me
veux; monsieur de Villeroy
il pense
et
le président Jeannin me dit ce qu’il pense,
font dire à Sully ce qui
bien.“
ce

que

je

(Quelques-uns

toujours

est attribué ici à

Jeannin.)
LE

Le soldat

plaisantes

de

russe

son

RUSSE.

SOLDAT

donne

quelquefois

des preuves bien

exactitude machinale. Pierre le

grand

avait ordonné d’arrêter quiconque après dix heures passerait sans lanterne. Un médecin venant de chez son

malade, s’était fait précéder
tait

sa

lanterne.

Son

de

chemin

son

domestique qui

le conduisit

et le

por-

devant

un

médecin, malgré ses
poste. Le domestique passa,
au
sentinelle
la
fut
conduit
corps-depar
protestations,
les
contre
combat
un
Dans
Suédois, une galère
garde.
officiers aux gardes, coula à fond.
que montaient plusieurs
L’officier de la galère voisine cria aux siens: Sauvez
Un malheureux, tendant les
les officiers aux gardes.
secours: un soldat, avant
demanda
bras hors de l’eau,
—

—

17

de le

„Es-tu officier aux gardes?“
pouvant répondre, enfonça et périt.
lui demanda:

retirer,

L’autre

ne

AGE

CERTAIN

Pierre le

des

grand

Moscovites,

lui.paraissait

NATUREL NE SE

LE

ACCOMPLI,
CORRIGE

PLUS

voulait

changer

les

mœurs

et comme, pour atteindre ce

aussi utile que

certain nombre de

les

seigneurs
espérant qu'ils reviendraient de

lois,

russes

il

barbares

but, l’exemple
ordonna à

de voyager

en

un

Europe,
instruits,

ce voyage assez
éclairés pour perdre leurs habitudes et pour contribuer au succès de son plan de réforme. 11 avait choisi
et mûrs.
pour remplir son intention, des hommes graves
Tous les courtisans louaient avec enthousiasme ce projet,

assez

prosternaient devant la prévoyance et le génie de
l’empereur; un seul sénateur se taisait: et dans les cours,
lorsque la flatterie parle, le silence est courage. Pierre
lui demanda s’il n'approuvait pas son plan.
„Non,“ dit
le sénateur, „ce plan n’aura pas d’effet, et vos voyageurs
ont trop de barbe au menton; ils reviendront tels qu’ils
seront partis.“
L’empereur, plein de son idée et fort
de l’approbation de tout ce qui l’entourait, railla le sénateur sur son humeur frondeuse, et le défia d'appuyer son
objection d’aucune preuve solide. Celui-ci prit alors une
feuille de papier, la plia, et, après avoir passé fortement
l’ongle sur le pli, il le montra au czar et lui dit: „Vous
êtes un grand empereur, un monarque absolu, vous pouvez tout ce que vous voulez, rien ne vous résiste, mais
essayez d’effacer ce pli, et voyons si vous en viendrez à
bout.“ Pierre se tut, révoqua son ordre et s’occupa de
et se

—

—

l’éducation de la

jeunesse

avant de la faire voyager.

PRÉSENCE D’ESPRIT

DE

L'empereur Charles-Quint
aperçut

enfin devant lui

rafraîchir.

une

CH Alt

s’étant

LES-QUINT.

à la

égaré

maison, où il

chasse,

entra pour

se

Il y trouva quatre hommes couchés à terre,
2

18
et faisant semblant

s’étant

approché

devoir lui ôter
dit

qu’il

bien,

avait

sa

de dormir.

de

Le

l’empereur,

lui

et aussitôt

montre,

premier se leva, et
dit, qu'il avait rêvé
il la prit. Le second

que son manteau l’accommoderait
Le troisième lui prit sa bourse.

songé

et il le lui ôta.

quatrième enfin le pria de ne pas lui savoir mauvais
En le fouillant il aperçut à son
gré, s’il le fouillait.
cou une
chaîne
d’or, à laquelle était pendu un
petite
lui
ôter: „Mais, mon ami,“ lui dit
sifflet, qu’il allait
l’empereur, „avant de me priver de ce sifflet, permettezmoi de vous en apprendre la vertu.“
En même temps
il se mit à siffler de toutes ses forces.
Ses gens, qui
le cherchaient, ayant entendu le signal, accoururent vers
la maison, et ne furent pas peu surpris de le voir en si
mauvaise compagnie. Se voyant hors de danger, il dit:
„Mes amis, voici des gens qui ont songé tout ce qu’ils
ont voulu: je veux aussi songer à mon tour.“
Après
avoir rêvé quelques moments : „J’ai songé,“ dit-il, „que
vous êtes tous quatre des fripons
dignes du gibet;“ et
aussitôt ils furent pendus devant la maison.

Le

LE

KOI

Louis XI étant

au

ET

LE

MARMITON.

château du

Plessis,

descendit

un

soir dans les cuisines, où il trouva un enfant de quatorze
à quinze ans, qui tournait la broche.
Ce jeune garçon
était

assez

bien

fait, et avait l’air assez fin pour donner
capable d’un autre emploi. Le roi lui
était, qui il était, ce qu’il gagnait? Le

lieu de le croire
demanda d’où il

marmiton, qui
dre embarras:

je

le connaissait pas, lui dit sans le moin„Je suis du Berry, je m’appelle Étienne;

ne

suis marmiton de

le roi.“

-—

métier,

et

je

gagne autant que

„Et que gagne le roi?“ lui dit Louis.
„et moi les miennes.“
reprit

dépenses,“
réponse libre
roi,

mon

Étienne,

et

ingénue

lui valut les bonnes

dont il devint le valet de

dans la suite de

ses

chambre,

et

bienfaits.

i

qui

—

„Ses
Cette

grâces

du

le combla

19
L’AMBITIEUX DÉSAPPOINTÉ.
Le frère de lord
tion dans les

Macartney

avait servi

avec

distinc-

armées,
n’avoir jamais rien
demandé à la cour, quoiqu’il eût été à
portée d’en obtenir bien des faveurs, ne connaissant
pas de plus grand
bonheur que celui de vivre en simple particulier. Le roi
et se vantait de

d’Angleterre, instruit de ces propos, voulut savoir si cette
insouciance pour les honneurs et les
dignités était bien
sincère,
en

et si

prétendu philosophe

ce

état de résister à la tentation.

l’écart,

et lui dit

„Etes-vous

gnole?“

avec

un

air

à même de

parler
„Non, Sire, je

—

serai bientôt mis

serait effectivement

Un

jour

d’intérêt

il le tire à

et de

mystère:
langue espapas; mais je me
cela plaît à Votre

coulamment la
ne

la sais

état de la

parler, si
Majesté.“
»Oui, oui,“ répliqua le roi, „vous ferez bien
de l’apprendre.“
Le lord, d’après cette simple conversation, dans laquelle il crut s’apercevoir que le roi désirait qu’il se mît à même d’occuper un
grand emploi
diplomatique, se renferma et étudia jour et nuit avec
assiduité. Au bout de quelques mois, il fut assez avancé
pour dire au roi qu'il savait parfaitement l’espagnol.
„Ah! tant mieux,“ répondit le monarque; „vous voilà à
en

—

—

—

même de lire Don
on

assure

Quichotte dans l’original ; aussi bien
que les traductions n’en valent rien.“
RÉPONSES

BAROQUES.

Frédéric II avait coutume, toutes les fois qu'un nouveau soldat
paraissait au nombre de ses gardes, tous
tirés de la fleur de ses régiments, de lui faire ces trois

questions: „Quel âge avez-vous?“

„Depuis combien
„Recevez-vous
exactement votre habillement et votre
Un jeune
paye?“
Français, que sa figure et sa taille avaient fait adopter,
mais qui ne savait pas l’allemand, fut prévenu
par son
capitaine d’apprendre par mémoire la réponse à ces trois
questions. Il paraît devant le roi, qui, commençant par
de

temps êtes-vous à

mon

—

service?“

—

—

2

20

„Combien y a-t-il que
vous
„Vingt et un ans, Sire.“
et
un ans? Et quel âge avez-vous?“
„Comment, vingt
„Sire, un an, sous le bon plaisir de Votre Majesté.“
„L’un et Tau„Vous ou moi avons perdu l’esprit!“
la
première fois que je
tre, Sire, exactement.“—„Voilà
Le jeune
Farinée“!
de
la
tête
à
fou
suis traité en
ce
savait
tout
d’allemand,
qu’il
Français qui avait épuisé
s’avisa
gardait le silence le plus profond, quand le roi
d’avouer
11
fut
de le questionner de nouveau.
obligé
qu’il n’entendait pas la langue allemande. Frédéric, coinprenant la cause des réponses baroques faites à ses trois
questions, s’amusa beaucoup de cette aventure.
la seconde

question,

êtes à

mon

lui demande:

service?“

—

—

—

—

—

—

TRAIT

DE

Un lieutenant-colonel
la guerre de

1756,

ne

MAGNANIMITÉ.

prussien,

cessait

de

réformé à la fin de
solliciter le roi pour

importun, que sa majesté
replacement.
défendit qu’on le laissât approcher d’elle. Peu de temps
après il parut un libelle contre ce monarque. Quelque
indulgent que fût le grand Frédéric à cet égard, l’audace
de l’écrivain Folfensa au point, qu’il promit cinquante frédérics-d’or à celui qui le dénoncerait. Le lieutenantIl devint si

son

colonel se fit annoncer au roi, comme ayant
intéressant à lui faire. 11 est admis. „Sire,“
avez promis cinquante frédérics-d’or à celui

un

rapport

dit-il, „vous
qui dénonC’est moi; j’apporte

cerait l’auteur d’un certain libelle.
Mais je compte que vous tiendrez
tête à vos pieds.
votre parole royale, et que, tandis que vous punirez le
ma

coupable,

vous

enverrez

malheureux enfants la

à

ma

pauvre femme

récompense promise

au

et à mes

dénoncia-

Le roi n’eut pas de peine à reconnaître l’auteur du libelle; il fut frappé de l’extrémité à laquelle le

teur.“

besoin

—

portait

il s’avouait

Spandau,“

un

officier d’ailleurs estimable.

N’importe,
„Rendez-vous sur-le-champ à
roi; „attendez sous les verroux de cette

coupable.

dit le

—

..

1

forteresse les effets du

„J’obéis, Sire,“ répond
dérics-d’or ?“
„Dans

de votre souverain.“

courroux

l’officier

—

fré-

les

cinquante
„mais
heures,“ reprit le roi, „votre
femme les recevra. Prenez cette lettre, et la remettez au
commandant de Spandau, qui ne doit l’ouvrir qu’après le
deux

—

Le lieutenant-colonel arrive

dîner.“

qui

lui était

sonnier.
contenait

dau

:

Au

désigné pour demeure,
dessert, le commandant
mots:

ces

Je donne le

au

s’y

ouvre

DE

sa

Le commandant actuel

Spandau aura le commandement
grade supérieur.
CHIEN

la

bientôt arriver

verra

de la

place

de B

Frédéric.

avec un

LE

déclare

prilettre; elle
commandement de Span-

porteur de cet ordre. Il
femme avec les 50 frédérics-d’or.
de

terrible château

au

et

FREDERIC

II.

Vers la fin de la fameuse guerre de sept ans, entre
les Prussiens et les Russes, Frédéric le-Grand, qui était
myope,

se

trouva

pendant

très loin de

seul,

et

de la

Prégel,

son

une

nuit entière

armée.

Il

était

absolument

aux

environs

et il avait à craindre la rencontre de nombre

de détachements de

Cosaques qui

rôdaient çà et là dans

la campagne; il s’acheminait pas à pas, quand son chien,
vigoureux danois qui l’accompagnait toujours dans ses

expéditions, se dressa tout-à-coup contre le poitrail du
cheval qu’il montait; voulant l’empêcher d’aller en avant,
et ne

roi
en

pouvant y parvenir, le danois

lui-même,

et mordit

légèrement

grognant douloureusement.
Frédéric, qui avait éprouvé

l’attachement particulier de

son

en

se

tourna du côté du

le bas de

sa

botte

diverses rencontres

chien, fut fort étonné de

l’agitation où il se trouvait. Soupçonnant quelque chose
d’extraordinaire, il s’arrête; il regarde autour de lui,
mais il n’aperçoit personne ; il prête l’oreille, il n’entend
Non content de ces précautions, et tourien non plus.
jours prudent, il descend de cheval, et fait quelques pas
en arrière, au grand contentement de Gengisk, qui l’ac-

22
cable de caresses, et
endroit ferme et

uni,

le roi

Il entend

l’oreille.

applique

saute de

qui

un

joie. Choisissant

ensuite

couche à terre, et y
aussitôt un bruit sourd et
se

propage le long des bords de la rivière;
qui
il écoute encore, et il ne tarde pas à se convaincre que
En effet, il aperson chien l’avait averti bien à propos.

lointain

se

à la lueur de la

çoit,

cédaient
loin

au

Dans cette circonstance
de

qui pré-

ennemie, occupant

plaine.

vaste

une

cavaliers

lune, plusieurs

gros corps de cavalerie

un

il

hasardeuse,

Frédéric

ne

perd

la

première
réfugier
temps;
arche d’un pont vers lequel l’ennemi, se mettant en colonne, vint défiler, quelques minutes après, dans le plus
point

court se

sous

profond silence. Jamais ce prince ne s’était trouvé dans
le moindre mouvement pouvait le
un péril si imminent;
trahir, et, devenu prisonnier sans nulle résistance, il
était en danger de perdre au même instant sa liberté, le
fruit de ses grands exploits, et peut-être sa gloire elle-même.
Pour comble de terreur, Gengish, tout bouillant de
courage, et qui ne pouvait se contenir en sentant de si
près l’ennemi de son maître, fit un mouvement pour aboyer.
Dans cet instant si
miére fois de
museau
ses

de

deux

son

défilé,

et

ce

qu’il

ces

singulière

génie supérieur

des vrais héros et

n’est pas moins ravi de lire dans
traits bien rares, hélas! qui caractérisent la

grands hommes,

leur vie

cette

que les Cosaques eussent entièrefût hors de danger.

Si l’on admire le
des

tremblant alors pour la pre-

resta immobile dans

il

mains,

attitude, jusqu’à
ment

critique,

vie, le grand Frédéric saisit soudain le
danois, puis le serrant fortement entre

sa

on

bonté et la reconnaissance.
cet

Le

grand

Frédéric

se

souvint

événement, du péril d’où l’industrieux

toujours, depuis
Gengisk l’avait si heureusement tiré. Lorsque la paix
générale fut signée, il en eut un soin tout particulier;
mais ce courageux animai étant mort peu de temps après,
à

cause

des

fatigues

et de

plusieurs coups

de sabre

qu’il

23
avait reçus en
fit ériger dans

se

battant contre des hussards, le roi lui
parc de Sans-Souci un monument de

son

marbre blanc.
JOSEPH

sous

SECOND

EN

VOYAGE.

Dans le

en

le

une

nom

premier voyage que Joseph II fit
du comte de Falkenstein, il arriva à

France

poste
apparition, dégarnie
de chevaux.
Le maître de poste pria l’étranger, qui lui
était inconnu, d’avoir un peu de patience, avouant qu’il
avait employé ses chevaux de relais pour aller chercher
quelques parents et amis, invités à assister au baptême
d’un fils. Le comte, en s’entretenant avec cet homme,
lui trouva du bon sens et du patriotisme. Il s’offrit
pour
être parrain. Le maître de poste, étonné de la
proposition, l’accepta cependant, et préféra l’étranger pour compère à son cousin le fermier, auquel ce titre avait été
destiné. On se transporte à l’église, on commence l’acte.
Le curé demande au parrain son nom.
„Joseph.“
„Le nom de famille?“
„Comment? je croyais que celui
de Joseph suffisait.“
„Non, monsieur.“
„Eh bien,
mettez Joseph second.“
Le curé et les assistants restérent interdits.
Le maître de poste tomba aux pieds du
prince, qui le releva avec bonté, lui fit un don très généreux, et promit de ne pas oublier son filleul.
Pendant le voyage de l’empereur Joseph en Italie, le

qui

se

trouvait,

au

moment de

son

—

—

—

—

—

—

fer d’une
11

parvint

des

roues

de

sa

beaucoup

voiture

cassa

sur

le chemin.

de

peine au prochain village.
Descendu à la porte d’un serrurier, il lui demanda de
réparer sur-le-champ le dommage qui l’empêchait de continuer sa route. „Je le ferais volontiers,“ dit Partisan,
„mais c’est aujourd’hui fête, tout le monde est à la messe,
et je n’ai personne pour faire jouer le soufflet.“
„Qu’à
cela ne tienne,“ dit l’empereur, „je ferai jouer le soufflet
avec

—

moi-même, aussi bien cela m’échauffera.“

souffle,

l’ouvrier

forge,

et tout est

—

réparé.

Le monarque
—

„Combien

24
faut-il

payer?“

„Six

—

sous.“

—

Joseph

met six ducats

dans la main du serrurier et part. L’honnête artisan court
m’avez
après lui: „Monsieur, vous vous êtes trompé, vous
donné six ducats, je ne pourrais changer cela dans tout
le

village.“

six

„Change où
plaisir

—

tu pourras, le

est pour le

sous

LA

POLICE

que
DE

j’ai

eu

surplus

de tes

de souffler.“

PARIS.

Joseph II, grand admirateur de la police de Paris,
telle qu’elle s’exerçait sous le ministère de monsieur de
Sartine, conçut le dessein de monter celle de Vienne sur
Il croyait avoir réussi, quand une cirle même pied.
constance particulière lui fit connaître qu’il était encore
Un criminel, né son sujet, s’était réfugié à
loin de là.
Paris. L’empereur le réclame par son ambassadeur, monsieur de Mercy, qui s’adresse au lieutenant de police de
Paris. „L’homme dont il s’agit,“ dit monsieur de Sartine,
„est en effet venu à Paris; il a logé en telle rue et à tel
hôtel; il a fréquenté telles maisons de jeu; mais il n’est
L’ambassadeur envoie ces renseignements à
plus ici.“
l’empereur, qui répond que la police de Vienne assure
ne peut être
que le coupable est toujours à Paris, et qu’il
L’ambassadeur insiste auprès du lieutenant de
ailleurs.
„La police de Vienne est mal informée,“ réplipolice.
le
ministre.
„Monsieur l’ambassadeur, écrivez à votre
que
maître que l’homme qu’il cherche, a quitté Paris, le 10 du
mois dernier; qu’il est maintenant à Vienne; qu’il loge
La chose
en telle rue, tel numéro, au troisième étage.“
était ainsi: le coupable fut arrêté par la police devienne
dans le lieu que lui avait désigné la police de Paris.
—

—

—

LE

Joseph

II

MAGISTRAT

faisait distribuer du blé dans la

où il était monté à

qui

en

bailli

:

étaient

INSENSIBLE.

un

prix exorbitant. Plusieurs

voitures

restaient devant la porte d’un

chargées,
se plaignaient d’attendre,

les paysans

Bohème,

et

l’empereur

25
vint à passer, entendit leurs plaintes. Ii leur en demanda la raison.
„11 y a longtemps que nous attenavons
huit
lieues à faire pour retourner“
et
nous
dons,

qui

—

...

—

„Non-seulement

ils disent

vrai,“ ajouta

le clerc du

bailli,

„mais les habitants souffrent du retard de la distribution.“
L’empereur en petit uniforme entre chez le bailli qui
—

était
—

en

grande compagnie,

„Qui êtes-vous?“ lui

demanda le bailli.

—

„Lieutenant

„Qu’y a-t-il pour
Majesté Impériale.“
votre service?“
„Que vous expédiez ces pauvres gens
„Qu’ils attendent
qui attendent depuis bien du temps.“
encore!“
„Mais ils ont tant de chemin à faire, et ils
ont déjà tant attendu.“
„Quel intérêt avez-vous à les
„Celui de bien faire et d’être humain.“
renvoyer?“
„J’en ai un à vous dire que le vôtre est de trop, et
„Et moi, un très grand
que je sais ce que j’ai à faire.“
à vous déclarer que ces blés ne vous regardent plus
Mon ami,“ ajouta le monarque en s’adressant au clerc qui
l’avait annoncé, „expédiez ces bonnes gens; vous êtes bailli;
et vous,“ dit-il au bailli qu'il cassait, „reconnaissez votre
Il se fit reconnaître et disparut.
maître.“
au

service de

et se fait annoncer par le clerc.

sa

—

—

—

—

—

—

—

—

...

MAGISTRAT

LE

Les
sieur

boulangers
Dugas, prévôt

de

raisons, ils

pain.

ne

doutant

cernent leur

messieurs,

point

lui

ville,

avoir
sur

Ils revinrent

mon-

la per-

expliqué

la table

une

quelques jours
plaidé effica-

que la bourse n’eût

Le magistrat j eur dit;
raisons dans la bal ance d e ] a

cause.

vos

Après

laissèrent adroitement

bourse de deux cents louis.

après,

vinrent demander à

des marchands de cette

mission d'enchérir leur
leurs

Lyon

INTEGRE.

n

y a [ p es £

justice, et
n’ai pas
jugé

je ne les ai point tro uv ées de poids. Je
qu’il fallût, pour une cherté mal fondée, faire souffrir le
peuple. Au reste, j’ai distribué votre argent aux hôpi—
taux de cette ville; je n’ai pas cru que vous en voulussiez un autre usage; j’ai compris, que puisque vous étiez

26
état de faire de telles aumônes, vous ne
comme vous le dites, dans votre métier.“

en

LE

TROMPEUR

perdiez

pas,

CONFONDU.

avait

point de faire un voyage, un particulier
l’embarrasun
lui
chez
capital de vingt mille francs qui
cette somme
lui
de
un
ami
alla
11
garder
sait.
prier
l’ami nia le déjusqu’à son retour. Quinze jours après,
Sur le

Point de preuves; les lois civiles ne pouvaient le
condamner. 11 eut recours ai^ lieutenant-général de porêva un moment, envoya chercher le dépositaire,

pôt.

lice, qui

L’ami prétendu
un cabinet.
passer l’accusateur dans
les
n’a
vingt mille livres.
arrive et soutient qu’il
pas reçu

et lit

et comme vous
„Eh bien,“ dit le magistrat, „je vous crois,
à votre femme
d’écrire
rien
êtes innocent, vous ne risquez
Ma
bonne
dicter:
amie, tout
le billet que je vais vous
ce que lu
ne
restitue
si
je
est découvert; je suis puni

qu’en venant vite à
et que j’obtiendrai
mon secours que je sortirai d’embarras,
mon pardon. „Ce billet,“ ajouta le magistrat, „va pleinement
Votre femme ne pourra rien apporter,
vous justilier.

sais.

Apporte

la somme;

ce

n’est

n’avez rien reçu, et votre accusateur sera
Le billet est envoyé, et la femme effrayée
confondu.“
avec les vingt mille francs.
accourt

puisque

vous

—

—

DE

GOUVERNEUR COURTISAN.

Louis XIV était à
chambre à coucher, il

quait
tenu;

Ayant

Fontainebleau, et du balcon
se plaignit d’un bois qui lui

de

sa

mas-

Le duc d’Antin était gouverneur du châil avait la haute main sur la forêt et les jardins.
du roi, il lit scier pendant la nuit,
oui le

la

vue.

drés de la

propos

racine,

tous les arbres

qui avaient déplu; on
ouvriers,

de douze cents

plus
employés à cette expédition,
l’ordre
et se tinrent prêts à exécuter, au premier signal,
ne
se
fit
L’occasion
donnerait.
leur
point
qucM. d-An tin

attacha des cordes à la cime;
bûcherons et gardes furent

27

attendre.

Dès le

lendemain,

nade du côté de

ce

bois

qui

le roi

blessait

à la

dirigeant sa promeses
regards, revint

critique de la veille, et fit bien voir qu’il ne cliangérait pas de sentiment. Le duc alors donna un coup
de sifflet, et en un clin d’œil la forêt tomba et
disparut.
La duchesse de Bourgogne, témoin de ce
prodige, s’écria
en riant:
„Ah! bon Dieu, si le roi eût désiré nos têtes,

M. d’Antin les aurait fait tomber de même!“
REUCHLIN ET

LES

PAYSANS.

Le célèbre Reuchlin arriva un
jour d’hiver à midi
dans un village, où il lui fallait attendre sa voiture dans
une
auberge, remplie de paysans ivres qui faisaient
bruit.

Pour

grand

pas perdre son temps, il résolut de lire
son Térence.
Mais comment faire taire les
paysans? En
vain eût-il voulu leur parler raison, les
de
vouloir bien
prier
lui céder un coin de la table et
laisser
l’y
tranquille. Il
s’avisa d’un moyen qui lui réussit
Il se fit
ne

parfaitement.

apporter

un

grand

verre

d’eau et

morceau de
craie,
il traça sur la table un vaste cercle surmonté
d’une croix.
11 plaça ensuite le
gobelet vers la droite
et son couteau à
gauche de cette figure, et mettant son
avec

un

laquelle

Térence dans le cercle même, il commença à lire. Les
paysans le prenant pour un sorcier, se taisent sur-lele regardent avec frayeur, n’osent ouvrir la bouche
remuer, et Reuchlin continue ainsi tranquillement
lecture jusqu’à l’arrivée de la voiture
qu’il attendait.

champ,
ni
sa

se

LA

FRANCHISE

Axel Oxenstierna

D’OXENSTIERNA.

était

en quelque
façon au grand
Sully était à Henri IV, au moins
ce ministre
parlait-il toujours à son roi avec une franchise, qui tenait plus du militaire que de l’homme de
cour. „Votre
majesté,“ dit-il un jour à ce monarque, „ne
devrait pas s’exposer, comme elle le fait.“
„Et

Gustave de Suède

ce

que

—

—

“
'

28
le monarque tout impatient, „vous êtes
et vous m’arrêtez
trop froid dans les affaires,
est vrai, Sire,“ répliqua le chan-

vous,“ lui répondit

toujours
dans

ma

course“.

celier, „je
de

suis

glace

ma

„11

—

froid;

mais si

dans votre

NAPOLÉON

ET

LE

feu,

je

vous

PAYSAN

ne

mettais

DU

quelquefois

déjà consumé.“

seriez

SAINT-BERNARD.

premier consul gravit le Saint-Bernard
de la
belle mule qui appartenait à un riche propriétaire
et
vigoureux
vallée : elle était conduite par un jeune
il se plaisait à provoquer les confidences.
dont
paysan,
heureux?“ lui demanda-t-il
„Que te faudrait-il pour être
de la montagne.
sommet
„Ma
le
d’atteindre
au moment
le
modeste
„si
villageois,
serait
faite“, répondit
fortune
Le premier conà
moi.“
était
montez
vous
la mule que
lorssul se mit à rire, et ordonna, après la campagne,
belle
la
achetât
à
plus
retour
Paris, qu’on
qu’il fut de
une maison
mule qu’on pourrait trouver, qu’on y joignît
et qu'on mît son guide
avec quelques arpents de terre,
Le bon paysan,
fortune.
cette
petite
en possession de
ne connut qu’aà
son
aventure,
qui ne pensait déjà plus
lors celui qu’il avait conduit au Saint-Bernard.
sur

Le

une

—

—

NAPOLÉON APRÈS
la

Après

LA

D’ARCOLE.

BATAILLE

conquête d’Arcole, l’infatigable Bonaparte

11 aperçoit une sentile camp dans la nuit.
enlève
il
lui
doucement, et sans l’éveiller,
nelle endormie :
à
sa
fait la faction
place, attend qu’on vienne
son

parcourait
fusil,

Le soldat s’éveille enfin: quel est son trouble
Il
son général dans cette attitude!

le relever.

—

il

quand
fait

cri:

il est bien

mais

„Rassure-toi,
fatigues,
toi de s’endormir,
temps.“

„Bonaparte, je suis perdu!“
ami,“ lui répond le général ; „après

un

mon

aperçoit

une

permis

à

un

brave

comme

autre fois choisis mieux ton

—

tant de

29
INTRÉPIDITÉ

DD

MARECHAL

MASSENA.

Trois fois

pendant la bataille d’Essling, Napoléon
envoya demander au général Masséna s’il pouvait tenir;
et le brave capitaine, qui ce
jour-là voyait son fils se
battre pour la première fois, qui voyait ses amis, ses
plus intrépides officiers tomber par douzaine autour de lui,
tint jusqu à la nuit fermée. „Je ne veux pas me
replier,“
dit-il, „tant qu’il fait jour: ces gueusards d’Autrichiens
seraient

trop glorieux.“ La

la

mais

constance du maréchal

sauva

le
journée;
lendemain, il joua de bonheur continuellement. Au commencement de la bataille, il s’aperçut qu’un de ses étriers
était trop long.
Il appelle un soldat pour le raccourcir;
et pendant cette opération, il pose sa jambe sur le cou
de son cheval; un boulet part, qui emporte le soldat et
coupe l’étrier, sans toucher au maréchal ni à son cheval.
„Bon?“ dit-il; „voilà qu’il me faut descendre et changer

de selle!“

Et

ce

aussi,

fut

il

comme

avec

le

dit lui-même

humeur que le maréchal fit

cette observation.

l’album.
Deux

logea

avant la

jours

chez

un

ministre

de la rencontre.
album était

Il
la

sur

fut parti,
„Asile heureux

bataille

d'Eylau, Napoléon

se

protestant, à deux lieues du champ

couchait

table,

et le

dans

sa bibliothèque:
un
lendemain, quand Tempe-

y trouva ces mots écrits de sa main:
de la tranquillité, pourquoi es-tu si voi-

reur

on

sin du théâtre des horreurs de la

les

profondeurs

sentiment
vastes

NE

du bonheur de la vie

projets
JUGEZ

Marivaux,

guerre?“ Ainsi, dans
mystérieuse, le
tranquille s’unissait aux

de cette âme ardente et

de l’ambition.

PAS

D’UNE PERSONNE

auteur

l’asile des malheureux.

dramatique,

PAR

SON

avait rendu

Un honnête

HABIT.

son

cabinet

homme, qu’une chaîne

'

30

d’adversités réduisait au point de manquer du nécessaire
11 crut
physique, connaissait cet auteur do réputation.

pouvoir
sa

que

se

présenter

chez lui

sans

autre

recommandation

misère, pour l’engager à lui procurer un emploi.
dans
un reste de vanité le porta à se parer,

Cependant

le dessein de

cacher,

des dehors

Il alla donc voir Marivaux

réelle.

Celui-ci

ne se

comédie,

aisés,

avec un

une

habit

pauvreté
élégant.

point qu’un homme aussi bien mis
pressants. Il était occupé à composer
reçut l’homme en question avec politesse,

douta

eût des besoins
une

sous

et

„Monsieur,“ lui dit-il, „à
moins que vous n’ayez à me communiquer des choses de
la dernière importance, je vous prie de vouloir bien revenir tel jour.“ Le pauvre misérable si bien vêtu, n’eut
mais

avec

assez

de distraction.

pas la hardiesse d’insister.
„Est-ce donc ainsi,“ disait-il

plus

vertueux des hommes

reçoit

en

s’en

ceux

qui

„que le
devraient l’in-

allant,

m’avait tant vanté sa sensibilité!“ Notre
téresser;
infortuné oubliait que son extérieur n’était pas fait pour
émouvoir. Cette pensée lui vint pourtant. Il la saisit
on

si

il se rendit chez Marivaux
des haillons pour ainsi dire. Il le trouva aussi ocà l’aspect d’un malheuque la première fois. Mais
le cœur de l’académicien s’émut. Il courut à lui

bien, qu’au jour déterminé,

avec

cupé
reux,

visage riant, et lui demanda, de cet air ouvert,
prévenant qui engage à tout dire, quel était le
de
sa visite, et ce qu’il pouvait faire pour lui. L’honsujet
avec

un

bon et

indigent s’expliqua avec franchise sur ses besoins.
Marivaux promit de l’obliger, eut la satisfaction de lui
hors de la capiprocurer une place peu de temps après
faire
son
de
voyage.
quoi
taie, et lui prêta
nête

ÉGALITÉ D’HUMEUR.

l’esprit, la complaisance, l’alfabilité,
feront rechercher; mais si vous n'avez

La douceur de
la

politesse

vous

31

pas l’humeur
éviter. Les

égale, on
inégalités

ne

tardera pas à

et

les

fuir,

vous

caprices

à

vous

commencent par

refroidir, et bientôt après éloignent pour toujours ceux
qui nous aimaient.
Une dame de qualité
n’ayant pu obtenir une grâce
qu elle demandait à M. do Harley, premier
président du
parlement de Paris, en fut très piquée. Il voulut la reconduire, elle s’v opposa: il feignit de

rendre.

se

La

dame

poursuivit son chemin en murmurant contre le magistrat, à qui elle donnait à demi-voix plusieurs épithétes grossières.
L’ayant aperçu, en se retournant: „Ah,
monsieur!“ lui dit-elle, „vous êtes là!“
„Madame,“ lui
répondit-il, „vous dites de si belles choses, qu’on ne sâurait vous quitter.“ 11
l’accompagna jusqu’à son carrosse.
—

Philippe II, roi d’Espagne,
des dépêches: c’était sa
même; son secrétaire n’avait que
écrire

avait

la

passé

coutume

nuit à

d'écrire lui-

la peine de cacheter et
de mettre les adresses.
Toutes les lettres étant faites,
il s’en trouva une qui était fraîche.
Le secrétaire, qui
était à moitié endormi, voulut mettre du sable
dessus:

mais

lieu de

prendre le sablier, il prend l’encrier, et
lettre, qui fut gâtée ainsi que toutes
les autres.
Le roi regarda ce
ravage avec tranquillité,
et se contenta de dire au
secrétaire, en lui montrant l’un
et l’autre: „Voilà
l’encrier, et voilà le sablier.“ Ensuite il recommença toutes les
lettres, sans en paraître
plus ému.
le

LA

au

jette

sur

cette

VÉRITABLE

FORCE EST DANSLE CALME DE

La douceur de caractère est

qualités qu’on puisse
nous l’a pas
donnée,
La
pour l’acquérir.

une

des

L’ESFRIT.

plus

recevoir de la nature.
nous devons faire tous

aimables

Si elle
nos

ne

efforts

chose n’est pas impossible: il ne
faut que de la bonne volonté et du
courage. François
de Sales était né avec un caractère vif et violent.
Dés

qu’il

eut reconnu son

défaut,

il

s’appliqua fortement

à s’en

32

Un jeune
corriger, et il devint un modèle de douceur.
sous
horrible
bruit
un
faire
homme qui le haïssait, vint
chiens
de
aboiements
plusieurs
ses fenêtres; il joignit aux
Non content de
les injures de quelques valets insolents.

cela, il eut l’effronterie de monter lui-même à la chambre
de l’évêque, et y vomit contre lui tout ce que sa fureur
Le prélat regarda
put lui suggérer de plus offensant.

emporté d’un œil tranquille, et ne lui répondit pas
Le gentilhomme prenant cette modéraune seule parole.
tion pour un mépris, redoubla sa rage, et poussa son insolence jusqu’aux derniers outrages.
François de Sales
Quand ce furieux se fut
conserva toute sa patience.
enfin retiré, on demanda à l’évêque comment il avait eu
la force de soulfrir cet insolent, et comment il avait pu
se taire dans une telle rencontre.
„Nous avons,“ répondit-il, „fait un pacte inviolable, ma langue et moi; nous
convenus que, pendant que mon cœur serait
sommes
dans l’émotion, ma langue ne dirait mot.
Pouvais-je
mieux apprendre à ce pauvre ignorant la manière de se
posséder qu’en me taisant, et sa colère pouvait-elle plus
tôt s’apaiser que par mon silence?“
cet

COMPTEZ SUR LA

en

RECONNAISSANCE, QUAND L’INTERET
VOUS EN RÉPOND.

Un riche marchand avait une fille unique, qu’il donna
mariage à un jeune homme de bonne famille, et il

leur fit donation de tous

ses

biens.

qu’il

venait de

avait

en

Il reconnut bientôt

dépouillant
gendre
qu’il
qui n’avaient plus que du mépris pour sa personne, qui
ne lui parlaient qu’avec aigreur, et, pour comble d’al'fliction, lui refusaient ce qui lui était le plus nécessaire.
Dans cette triste conjoncture, l’infortuné vieillard imagina un moyen de remédier au mal qu’il s’était fait à

la

grande

de tout

faute

ce

lui-même par

son

faire,

en

se

faveur d’une lille et d’un

imprudence.

Il alla

trouver

un

ami

lui exposa le sujet de ses peines, et lui dit qu’il
pouvait les faire cesser, s’il voulait lui prêter, pour deux

fidèle,

jours seulement, une somme considérable. L’ami la lui
prêta avec plaisir. Le vieillard emporte l’argent, s’enferme dans sa chambre, et verse les écus sur la table.
Leurs tintements fréquents et assez forts furent entendus
Ceux-ci se hâtant d’acpar la fille et par le gendre.
courir
si

bruit, furent fort étonnés de voir

au

considérable entre les

prêté,“
chand

leur

dit-il, „la
fait

qui m’avait

du

mains

somme

vous

que

une

vieillard.

somme

„J’avais

voyez, à

un mar-

banqueroute depuis longtemps.

Je

croyais que cet homme était si peu capable de me payer,
Il est pourque j’avais entièrement oublié cette dette.
tant

Je suis charmé,

devait.

occasion

totalement

et il m’a

richesses,
me

Indes, d’où il

des

revenu

me

mes

l’avantage

procure

rapporté de grandes
acquitté la somme qu’il
chers enfants, que cette
a

de

pour vous; et afin de vous

que j’ai
notaire

un

:

je

veux

faire

mon

témoigner l’amour
convaincre, appelez

vous
en

testament,

et vous instituer

mort.“

après
proposition si avantageuse, la fille et le gendre
ne manquèrent point de répondre de la manière la plus
obligeante, et avec les assurances les plus fortes de leur
héritiers de cette
A

une

sincère reconnaissance.

Le vieillard fait
et son
aura

ma

somme

testament,

son

gendre aient,

rendu

l’àme,

Ils tirent ensuite venir le notaire.
et y ordonne que

par droit de

tout

ce

qui

succession,

sera

dès

renfermé dans
il

fille

qu’il
son

remplit de
cailloux plusieurs petits sacs, les enferme dans le coffre,
et va rendre à son ami l’argent qu’il lui avait emprunté.
Cependant tout change à son égard dans la maison.
La fille et le gendre prennent de lui un soin extraordinaire, lui fournissent avec abondance tout ce qu’il peut
désirer, et le préviennent en tout, dans la crainte qu’il
ne fasse un testament contraire, ou qu’il ne dissipe l’argent qu’ils croyaient renfermé dans le coffre. Ce cliancoffre.

Quand

tout

le

monde fut

sa

retiré,

3

gement de

vie et

ces

nouvelles attentions retardèrent

peu la mort du vieillard; mais elle arriva
fit enterrer avec grande
Qu’on

enfin,

un

et on le

pompe.
juge de la surprise, et en même temps de la fureur des deux époux
qui, après avoir ouvert le coffre, ne trouvèrent que des
cailloux et

lapider

pour

papier contenant ces paroles: Pierres
qui donneront leur bien avant leur mort.

un

ceux

EFFET

DE

LA

Marmontel rapporte dans

FAVEUH.

ses

Mémoires

une

anecdote

particulière.
Pompadour une tragédie qu’il venait de terminer.
Tandis que
le manuscrit de ma
pièce, dit-il, était entre les mains de
la favorite, je me
présentais un dimanche à sa toilette,
dans ce salon où refluait la foule des courtisans
qui veIl avait confié à Madame de

assez

liaient d’assister

au lever du roi.
Elle en était environsoit
née; et,
qu’il y eût quelqu’un qui lui choquât la vue,
soit qu’elle voulût faire diversion à l'ennui
que tout ce
monde lui causait, dès qu’elle
à vous

m’aperçut: „J’ai
dit-elle, et, quittant sa toilette, elle passa
dans son cabinet, où je la suivis. C’était tout
simplement
pour me rendre mon manuscrit, où elle avait crayonné
ses notes.
Elle fut cinq ou six minutes à
m’indiquer les
endroits notés, et à m’expliquer ses
critiques. Cepen-

parler“,

me

dant tout le cercle des courtisans était debout autour de
toilette à l’attendre. Elle reparut, et
moi, cachant
mon
manuscrit, je revins modestement me remettre à ma
place. Je me doutais bien de l’effet
la

un

incident si

singulier;

mais

qu’aurait produit
l’impression qu’il fit sur

les esprits passa de fort loin mon attente.
Tous les regards se fixèrent sur moi ; de tous côtés on m’adressa
de petits saluts
imperceptibles, de doux sourires d’amitié;
et, avant de sortir du salon, je fus invité à dîner au

moins pour toute la semaine.
titré, un homme décoré, avec

fois chez Monsieur de

X.,

se

Le

dirai-je? un homme
qui j’avais dîné plusieurs
trouvant à côté

de

moi,

35
me

prit

la main,

et

dit tout bas:

me

„Vous

voulez

ne

donc pas reconnaître vos anciens amis?“
Je m’inclinai,
confus de sa bassesse, et je dis en moi-même: Oh!
—

donc que la
si singulière

qu’est-ce
donne

une

VOLEURS

LES

ombre

faveur, si son
importance?
PUIS

SUR

LE

seule

me

FAIT.

sexagénaire, jouissant de sept à huit mille livres
de rente, et retiré du commerce depuis quinze ans, deUn

meurait à

Paris,

11 était nuit.
une

seule servante,

avec une

d'une maison située

au

Un

au

second

étage

Marais.
homme passant auprès, entendit
:
„Mon maître soupe ce soir

femme s’énoncer ainsi

négociant de Rouen: il se couchera par conséquent plus tard que d’ordinaire. Revenez donc vers une
heure après minuit, muni des choses nécessaires; vous
me comprenez: point d'hésitation surtout, soyez francheavec

un

ment déterminé“.

Le

sens

amphibologique

parut si scabreux, qu’il
commissaire du

le-cliamp
avec

à

un

quartier.

se

de

hâta

Le

ces

derniers

d’aller

en

mots lui

référer

commissaire ordonna

exempt de police de

cerner

au

sur-

cette maison

travestis, et d’épier de loin les gens
entreraient. 11 lui communiqua en meme temps le

des soldats

qui y
propos tenu par la servante dénoncée.
Ce ne fut pas une précaution inutile.
L’exempt
aperçut, vers une heure du matin, deux hommes d’assez
mauvaise

mine, qui

se

glissaient

furtivement dans

l’allée,

dont la porte n’avait été que poussée. 11 les suivit sans
bruit, d’assez prés pour acquérir la certitude de leur admission au second.
Dés lors, rassemblant d’un signe

satellites, il y monta avec eux, sonna à une des portes, ordonna au nom du roi d’ouvrir, étant chargé de

ses

procéder

à

une

recherche de livres

vernement savait être

en

dépôt

défendus, que le gouchez le locataire de cet

appartement. La servante, transie de frayeur, balança
3*

un

36
instant à

répondre;

mais bientôt

l’appréhension

de l’autorité la décida à les laisser entrer.
Son maître se leva pour assister à la

l'exempt

des forces

fouille,

que

voulut faire

qu’en sa présence. Il eut beau
lui certifier n’avoir en sa
possession qu’une centaine de
bouquins, peu dignes de la sévère perquisition de la police,

on

ne

l’écouta pas; il fallut les montrer. La vieille
dont ils étaient rongés, ne les sauva
point de

ne

poussière

l’examen minutieux de

l’exempt. Il ne s’en tint pas là;
feignant l’espérance de surprendre l’ex-commerçant en contravention, il lui soutint que, d’après ses renseignements
secrets, les ouvrages prohibés devaient être recèles dans
quelque armoire des autres chambres et cabinets. Comme
ses gens étaient
disposés de manière à ce que l’inspection des lieux se continuât en
règle, il passa au salon,
ensuite à la salle à manger; il y vit un
grand buffet
sans clé.
II la demanda à la servante. Elle
s’agita d’abord,
comme si elle la cherchait
vraiment; mais à la fin, ne la
retrouvant pas, elle protesta de l’avoir oubliée
par mégarde
chez une de ses amies. Cette défaite était
trop grossière
pour en imposer. Cependant l’ex-commerçant y croyant
bonnement, assura que le buffet ne valait pas la peine
d’être sérieusement examiné; „il ne
renfermait“, disait-il,
„que sa vaisselle, du linge de table, et nullement des livres.“
„Puisque c’est ainsi“, poursuivit l’officier de police,
„je n’insiste plus. Allons, Mademoiselle“, s’adressant à la
servante, „allons, conduisez-nous maintenant à votre chambre.“
„Volontiers, Messieurs.“
Quand ils y furent, l’exempt lui ordonna de livrer
la clé du buffet, sans quoi il la constituerait
prisonnière.
Cette menace ne l'effrayant point encore
assez, on lui
mit les fers. Un si dur traitement confondit
l’opiniâtreté
de son effronterie.
Elle indiqua pour lors l’endroit où
la clé était cachée.
L’officier de police, après s’en être
saisi, retourna à la salle, et y plaça des soldats l’arme
en
joue devant le buffet. Il fut ouvert promptement: on
—

—

37
y captura deux bandits armés de toutes pièces.
„Voilà,
monsieur 8 , dit l’exempt au maître du logis, „voilà les livres
—

question; le stratagème dont nous nous sommes servis
ayant paralysé leur résistance, vous évitez d’être égorgé
cette nuit : vivez désormais en paix, la justice vous débarrassera à la fois d’une domestique criminelle et de
deux infâmes coquins.
Ce bon humain qui, depuis quinze ans, n’avait rien
en

de caché pour sa servante, ne revenait pas de son étonnement; à peine pouvait-il croire à tant d’atrocité de sa
Dans la

part.

joie d’y

avoir

échappé,

il

appela l’exempt

sauveur, l’accabla des plus vifs remercîments, et voulut encore savoir son nom, afin de lui laisser par testason

de

gratitude. Mais l’officier de
il le pria de ne point inpolice
sulter à la pureté de ses vues. Malgré ce refus, le vieillard
en mourant lui fit un legs de vingt mille livres, que ses
héritiers acquittèrent avec un empressement bien rare.
ment

un

témoignage

refusa de

TRAIT

par leur
de

sa

a

DU

SULTAN

SANDJAR.

régner peu de princes aussi renommés
que le sultan Sandjar. Après une guerre

vu

équité,

où il avait donné les preuves les plus éclatantes
son habileté, il entrait en triomphe

valeur et de

dans la ville de Zalika.
Le

sa

nommer :

EXTRAORDINAIRE

L’Orient

sanglante

se

peuple, empressé

Son armée victorieuse le suivait.

de revoir

prince

son

et d’être

témoin

d’une pompe aussi auguste, était sorti hors des murs.
Il y avait aux environs de cette ville un dôme d’une hauteur

prodigieuse, porté

sur

quatre colonnes de marbre.

Comme les troupes défilaient au pied de ce dôme, le fils
d’un pauvre derviche, pour mieux observer leur marche,
était monté tout
du

au

haut.

dôme, aperçut quelque

Le

sultan, en passant auprès
qui était perché sur

chose

l’extrémité: il

prince
son

s’imagina que c’était un oiseau; comme ce
était fort adroit à tirer de l’arc, il voulut faire voir

habileté: la flèche, décochée

avec

violence, atteignit

38

l’enfant, qui tomba

à

terre, baigné dans

son

sang.

Quel

fut le tourment, ou plutôt le désespoir du
prince, lorsvit
ce
si
II
mit
funeste.
qu’il
spectacle
pied à terre, et,
se

la

précipitant sur le
plus vive douleur.

corps de

Il fit venir aussitôt le

par la

seul

de

père

il le conduisit dans

main,
lui.

avec

l’enfant,

Prenant ensuite

et tenant son sabre

qu’il

la

derviche:

il dit

posa

et le

l’enfant,

sa

une
sur

il s’abandonna à

prenant

tente, où il s’enferma
bourse pleine d’or,

une

à côté de

table,

bourse,
„Voyez dans moi le meurtrier de votre fils; je pourrais me justifier, en vous disant
que je ne l’ai pas tué de dessein prémédité; mais mon
au

crime, pour être involontaire,
du coup

Vous

le

savez

liberté,

la loi ;

vous

de votre

rude

plus

vous

accable pas moins

qu’on puisse porter

si,

voulez

ne

elle

comme

me

vous

à
en

un

père.

donne la

permettre de racheter le sang

malheureux

fils, voici de l’or ; mais si vous
voulez user de la rigueur de cette même loi, voici mon
sabre, ôtez-moi la vie: j’ai pris mes précautions pour
que vous n’ayez rien à craindre en sortant de ma tente“.
„Ah, seigneur“, dit le derviche, en se jetant aux pieds
—

du monarque, „si
vous l’êtes

rang,

plaise
qui

que

êtes au-dessus des autres par votre
plus par votre équité. A Dieu ne
une main
sacrilège sur mon prince,

vous

encore

je porte

est l’âme et la vie

de son royaume.
Votre Majesté
n’est point coupable de la mort de mon fils, et
je ne
dois pas en recevoir le prix; je m’estimerais heureux

moi-même, si je pouvais sacrifier ma vie pour celle d’un
prince aussi bon et aussi équitable“.
„Ton désintéressement“, lui répondit le sultan étonné, „mérite d’être récompensé; et je te fais gouverneur de la ville de Zalika;
les hommes supérieurs aux autres par leurs
sentiments,
—

sont faits pour commander“.
LA

JUSTICE

Cam-hi

L’empereur
sa suite,

écarté de

RENDUE.

étant

il trouva

un

à

la

chasse,

pauvre vieillard

et

s’étant

qui pieu-

39
rait

amèrement,

et

paraissait affligé de quelque malheur
s’approcha de lui, et sans se faire
connaître, lui demanda ce qu’il avait. „Ce que j’ai!“ lui
répliqua le vieillard, „hélas! seigneur, quand je vous le
dirais, c’est un mal auquel vous ne pourriez apporter
aucun remède.“
„Peut-être, mon bon homme,“ repartit
l’empereur, „vous serai-je d’un plus grand secours que
vous ne pensez; confiez-moi le
sujet de votre affliction.“
„Puisque vous voulez le savoir,“ reprit le vieillard, „je vais
vous le dire : Le gouverneur d’une des maisons de
plaisance
de l’empereur trouvant mon bien, qui est auprès de cette maison impériale, à sa bienséance, s’en est
emparé, et m’a réduità la mendicité. Il a plus fait: je n’avais qu’un fils, qui
était le soutien de ma vieillesse ; il me l’a enlevé, et en a fait
son esclave.
Voilà, seigneur, le sujet de mes larmes.“
L’empereur fut si touché de ce discours, que, ne
pensant qu’à venger un crime qu’on commettait sous son
autorité, il demanda d’abord au vieillard s’il y avait loin
extraordinaire.

Il

—

—

du lieu où ils étaient à

la maison dont il

parlait

; et le

vieillard lui ayant répondu qu’il n’y avait qu’une demilieue, il lui dit qu’il voulait y aller avec lui pour exhorter le gouverneur à lui rendre son bien et son fils, et

qu’il

désespérait

pas de le

persuader.
„Le persuareprit
vieillard; „eh! seigneur, souvenez-vous,
s’il vous plaît, que je viens de vous dire que cet homme
appartient à l’empereur ; il n’est sûr ni pour vous ni
pour moi d’aller lui faire une pareille proposition, il ne
m’en traitera que plus mal, et vous en recevrez
quelque
insulte que je vous prie de vous épargner.“
„Que
cela ne vous inquiète pas,“ reprit l’empereur, „je suis résolu
à tout, et j’cspére que nous aurons meilleure issue de
notre négociation que vous ne pensez.“
Le vieillard, qui voyait briller dans cet inconnu
quelque chose de ce que la naissance imprime sur le front
des personnes de ce rang, crut ne devoir plus faire de
résistance; il objecta seulement, qu’étant cassé de vieilder!“

ne

—

le

—

40

lesse et à

pied,

il

pourrait pas suivre l’empereur qui
„Je suis jeune,“ dit le prince, „montez
sur mon cheval, et
Le vieillard ne vouj’irai à pied.“
lut pas accepter l'offre: l'empereur le prit en croupe derIls arrivent, et le prince demande le
rière lui.
gouverà
neur,
qui il découvre, pour se faire connaître, le dragon
était à cheval.

ne

—

—

broderie que son habit de chasse cachait.
Pour rendre
plus célèbre cette action de justice et d’humanité, la plupart des grands qui suivaient l’empereur à la chasse, se
en

trouvèrent là autour de
rendez-vous.
fit des

lui,

comme

reproches sanglants

au

lard; et, après l’avoir obligé

fils,

si

on

leur eût donné

Ce fut devant cette

grande assemblée qu’il
persécuteur du bon vieil-

de lui rendre

son

bien et

il lui fit

sur-le-champ trancher la tête. Il fit
plus ; il mit le vieillard en sa place, et l’avertit de prendre
garde que, la fortune changeant ses mœurs, un autre ne
profitât un jour de ses injustices, comme il venait de proson

fiter de celles du méchant gouverneur.
LES

Un

FAUX-MONNOYEURS,

gentilhomme français revenant en poste
envoyé par le roi pour des

magne, où il avait été
de conséquence, arriva

un

soir,

avec ses

d’Alleaffairés

quatre domesti-

ques, dans un méchant hameau, où il n’y avait pas un
seul cabaret. Il demanda à un paysan, s’il
n’y aurait pas
:
moyen de loger dans le château. Le paysan lui

répondit
abandonné, monsieur; il n’y a qu’un fermier, dont
la petite maison est hors du château, où il n’oserait entrer que de jour, parce que la nuit il
y revient des esprits
Le gentilhomme,
qui maltraitent les gens.“
qui n’était
pas peureux, dit au paysan : „Je n’ai pas peur des esprits,
je suis plus méchant qu’eux, et pour te le prouver, je
veux que mes
domestiques restent dans le village, et
j’y coucherai tout seul.“
Ayant toute sa vie entendu
parler de revenants, il était fort curieux d’en voir. 11
„II

est

—

—

se

rendit donc dans

feu, prit

des

pipes

ce

château, y fit faire

et du tabac avec deux

un

bon

bouteilles de

41
et mit sur la table

vin,
un

sa

dans

un

ceinture,

et

main

sa

main; dans

Le

gentilhomme
sa poche ;

mit deux

dans

un

droite, et
équipage il

cet

bruit de

grand

de venir à lui.

signe
à

Sur le

chargés.

quatre pistolets

chaînes, et vit entrer
grand homme d’une figure épouvantable, qui lui faisait

minuit il entendit

tenait la

suivit le

il

prit

chandelle

pistolets

le dernier

l’autre

de

fantôme, qui

descen-

dit l’escalier, traversa la cour, et entra dans une allée;
mais lorsque le gentilhomme fut arrivé au bout de l’allée,
il sentit tout d’un coup la terre manquer sous ses pieds,
Il s’aperçut alors de la sottise
et il tomba dans un trou.

qu’il avait faite; car il vit
jointe, qui le séparait d’une
la puissance, non des esprits,
mes,

qui

travers

cloison mal

une

était tombé dans

cave, qu’il
mais d’une douzaine d’hom-

tenaient conseil entr’eux pour savoir, s’il fallait
II connut par leur discours, que c’étaient des
faisaient de la fausse monnaie. Le gentilhomme,

qui

le tuer.

gens

à

qui
voyait ;pris

comme

se

rat

un

dans

une

éleva la voix, et demanda à ces messieurs la
On la lui accorda, et il leur dit:
de parler.
ma

conduite

permission
„Messieurs,
je suis un

ici, vous prouve que
temps elle doit vous assurer que
homme d’honneur; car vous n’ignorez pas que

mais

venant

en

étourdi;
je suis un
presque toujours
mets le

en

secret,
eu

sidérez
lettres

même

un

coquin

et vous le

point

commettez

jamais

souricière,

un

les

suites

de

un

promets

crime

intention de

est

vous
ma

en

lâche.

Je

sur mon

tuant

un

vous

honneur.

homme

proNe

qui

n’a

faire du mal.
mort.

D’ailleurs, conJe porte sur moi des

de

conséquence, que je dois rendre au roi en
main propre.
J’ai quatre domestiques dans ce village;
croyez qu’on fera tant de recherches pour savoir ce que
Ces
je serai devenu, qu'à la fin on le découvrira“.
—

hommes, après
fier à sa parole.

l’avoir écouté, décidèrent qu’il fallait se
On lui lit jurer sur l’Evangile, qu’il racon-

ferait des choses terribles de
il dit le

lendemain, qu’il

avait

ce
vu

château.

Effectivement

des choses

capables

de

42

faire mourir
celte

vertir

un

aventure,
avec

homme de

plusieurs

frayeur.

il était dans

comme

de

amis,

ses

Douze

—

on

lui dit

après

ans

château à

son

se

di-

qu’un homme

qui conduisait deux chevaux, l’attendait sur le pont pour
lui parler, mais qu’il ne voulait
La compas entrer.
pagnie fut curieuse de savoir ce que cela signifiait; mais
dès que le gentilhomme parut suivi de ses amis, celui
qui était sur le pont, lui cria; „Arrêtez, s’il vous plaît,
monsieur, je n’ai qu’un mot à vous dire. Ceux, à qui
vous avez
promis le secret il y a douze ans, vous remercient

de l’avoir si bien

rendent votre

parole.

Présentement ils

gardé.
Ils ont

vous

de

gagné
quoi vivre, et
chargé de vous prier
d’accepter de leur part ces deux chevaux, et je vous les
laisse“.
Effectivement cet homme, qui avait attaché ces
chevaux à un arbre, fit partir le sien comme un éclair;
et bientôt ils le
perdirent de vue. Alors le héros de
l’histoire raconta à ses amis ce qui lui était arrivé ; et
sont sortis du royaume.

Ils m'ont

—

ils

en

conclurent, qu’il

toires de revenants,

ne

fallait rien croire de

lors même

plus certaines, puisque, si on
on trouverait
que la malice,
a

donné naissance à

ces

AMOUR

ces

his-

qu’elles paraissaient le
avec attention,

les examinait
ou

la faiblesse des hommes,

contes.
DE

Madame la duchesse de

LA

VÉRITÉ.

Longueville, qui mérita par
grandes qualités l’estime dont elle jouit dans le dernier siècle, n’avait pas pu obtenir une
grâce du roi pour
une de ses créatures.
Elle en fut si vivement
piquée,
qu’il lui échappa des paroles fort indiscrètes et irrespectueuses.
Une seule personne qui les avait
entendues, ne
lui fus pas fidèle. La chose revint au
roi, qui en parla
au
grand Condé, frère de la duchesse. Celui-ci assura
au roi que cela ne
pouvait être, et que sa sœur n’avait
pas perdu l’esprit.
„Je l’en croirai elle-même“, réplile
roi.
elle
dit
le contraire“. Le prince va voir
qua
„si
ses

—

43

qui ne lui cache rien. En vain il tâche de
persuader qu’en cette occasion la sincérité serait une
vraie simplicité; qu’en la justifiant
auprès du roi il avait
cru dire la vérité,
mais qu’il fallait laisser tomber cela,
et qu’elle ferait même plus de
plaisir au monarque de
nier sa faute que de l’avouer.
„Voulez-vous“, lui ditelle, „que je la répare par une plus grande, non-seulement envers Dieu, mais envers le roi?
Je ne saurais
sur
moi
de
lui
a
la générosité
mentir,
gagner
lorsqu’il
de m’en croire et de s’en
à
moi.
Celui qui
rapporter
m’a trahie à grand tort, mais après tout, il n’est pas permis de le faire passer pour un calomniateur,
puisqu’en
effet il ne l’est pas“.
Elle alla le lendemain à la cour.
Après avoir obtenu de parler au roi en particulier, elle
se jeta à ses
pieds, et lui demanda pardon des choses
indiscrètes qui lui étaient échappées. Elle ajouta que le
prince n’avait pu l’en croire capable, et que c’était pour
cela qu’il avait entrepris de la justifier
auprès de sa majesté; mais qu’elle aimait mieux lui avouer sa faute, que
d’être justifiée aux dépens d’autrui.
Louis XIV, par
sa

sœur,

lui

—

—

—

action

également héroïque, non-seulement lui pardonna de bon cœur, mais lui fit quelques autres grâces
quelle ne s’attendait pas à recevoir; elle crut même reune

marquer qu’il la traita depuis
considération qu'auparavant.
PLAISANTE

avec

RÉPLIQUE

DE

plus

de bonté et de

VOLTAIRE.

Le

Régent, par ordre duquel Voltaire était à la
lorsqu’on représentait Oedipe, fut si content de
la pièce, qu’il rendit la liberté au
prisonnier. Le jeune
poète vint sur-le-champ remercier le prince, qui lui dit:
„Soyez sage, et j’aurai soin de vous“.
„Je vous suis
infiniment obligé“, répondit l’auteur, „mais je
supplie Votre
Bastille

—

Altesse
de

ma

de

ne

plus

nourriture“.

se

charger

ni de

mon

logement,

ni

.

44

MÉMOIRE

LA

un

Pendant que Voltaire était à Berlin, vint à passer
avait une mémoire prodigieuse.
Le

Anglais qui

roi voulant rire

aux

celui-ci derrière
allait

taire

lui

de

Voltaire, et savoir jusl’Anglais, fit placer

une

tapisserie

dans

faire la lecture d’un

qu’il
récités, le

cents

dépens

aller la mémoire de

qu’où pouvait

eut

PRODIGIEUSE.

vers

un

moment où Vol-

de

plusieurs
qu'il les
piqué: „Vous vous

poème

venait de composer.
roi lui dit d’un ton

Aussitôt

moquez donc de
ouvrage des vers

moi, de venir me donner pour votre
qu’un Anglais m’a déjà récités il y a
plusieurs jours“. Voltaire, tout surpris, assura au roi
qu'il avait à peine fini ces vers, et qu’il y avait encore
travaillé ce matin.
„Ce n’est pas ainsi qu’on me joue“,
le
roi,
répliqua
feignant d’étre bien irrité; et aussitôt il
ordonna à un page d’appeler l’Anglais avec lequel on
avait concerté ce rôle“.
,,Eh bien, voyons“, lui dit le
le
en
monarque
voyant entrer, ,,récitez-moi encore la
de
vers
pièce
que vous m’avez présentée il y a quelques
—

jours“.
L’Anglais, dont la mémoire
un
mot
derrière la tapisserie,
perdu
—

les

que Voltaire les
pouvant comprendre que deux
les mômes mots dans une aussi
à

se

vers

tels

frapper

la

tête et à

fidèle n’avait pas
se mit à réciter

avait lus.

Celui-ci

ne

poètes eussent rencontré
longue pièce, commença
faire toutes les protestations

disant que les vers dont il avait fait la lecture étaient à lui, et qu’il fallait qu’un sorcier s’en fût
mêlé pour inspirer à l’Anglais les mêmes paroles. Le

imaginables,

roi, après

avoir

joui quelque temps

de

son

embarras

finit la scène par éclater de rire, et par conter à Voltaire le tour qu’il lui avait joué. Celui-ci ne fut pas peu
étonné de la mémoire prodigieuse de l’Anglais, à qui le
roi fit

qu’il

un

joli présent

lui avait causé.

pour

le

récompenser

du

plaisir

45

HOSPITALITÉ

ET

SOBRIETE

ARABES.

DES

Quand Volney, parti d’Europe pour aller voir l’Ori—
ent, eut séjourné quelques mois au Caire, il s’en alla
en Syrie, au Liban, resta quelque temps chez les Druses,
et

après qu’il eut, avec les moines, appris suffisamment
il se lança à travers le désert, muni de lettres

l’arabe,

pour les chefs des tribus. Arrivé chez un de
quels il était particulièrement adressé, et en
il offrit

une

présent

avec

paire

de

à

pistolets

son

ceux aux-

l’abordant,

fils, qui accepta

ce

Dès que ce chef eut lu la
lui avait remise, il lui pris les deux

reconnaissance.

lettre que Yolney
mains et les lui serra

„Sois le bien venu, tu
temps qu’il te plaira. Renvoie
ton guide, nous t’en servirons: regarde cette tente comme
la tienne, mon fils comme ton frère, et tout ce qui est
ici comme étant à ton usage.“
Yolney n’hésita pas à
se fier à l’homme qui s’exprimait avec tant de franchise.
disant:

en

peux rester avec nous le

—

Il

eut

tout lieu de voir combien les Arabes observaient

religieusement
semaines
ses

milieu

au

Un

loin du

désert,

„Pour
„Ton

y a-t-il

plus,

nation était

içi?“

venu

line

idée

lui dit-il.
de Dieu.“

œuvres

—

—

—

eut désiré

comme

sa

eut donné

„Mais
„Très beau.“
pays est-il beau?“
de l’eau dans ce pays?“
„Abondamment;

tant d’eau

de

demanda si

lorsque Yolney lui
„Mais pourquoi es-tu
et

voir la terre et admirer les

plusiers fois
„II y a tant

Arabes.

de cette famille errante, partageant
en tout à sa manière de

le chef lui

jour

de la distance:

—

demeura six

Il

l’hospitalité.

et se conformant

exercices,

vivre.

—

de

les lois

dans

une

journée

d’eau!“ s'écria

en

eux

l’Arabe émerveillé,
quittes /“

ton pays, et tu le

pouvoir passer
Mais il voulait

et

tu en rencontrerais.“

quelques
encore

mois

parmi

voyager

et

„il
—

y

—

a

Volney

ces

bons

courir,

et

impossible de se contenter
quatre dattes, et d’une poignée

surtout, il lui était
de trois

ou

de riz par jour. Il avait tellement à souffrir de la faim
Les
et de la soif, qu’il se sentait fort souvent défaillir.

46
soins étaient tendres, mais la chère était maigre; Yolney
prit donc congé de ses hôtes, et reçut à leur départ mille
marques de leur amitié; le
rent très loin, et ils ne le

père et le lils le reconduis!quittèrent qu’aprés lui avoir

fait promettre de venir les revoir.
ordre, et leur adieu fut le dernier.

ÉRUDITION
Un

jour pendant
à

question

que

DE

Mais le sort y mit

NAPOLEON.

était à

Napoléon

table, où il était entouré de

sa

verains de la

de la bulle

confédération,

l’établissement de la confédération du

Erfurt,

il fut

tous les sou-

d’Or, qui jusqu’à
Rhin, avait servi

de constitution et de

réglement pour l’élection des emqualité des électeurs, etc. Le
quelques détails sur cette huile
d’Or, qu’il disait avoir été faite en 1409. L’empereur
Napoléon lui fit observer que la date qu’il assignait à la
bulle d’Or n’était pas exacte, et qu’elle fut proclamée en
1356, sous le règne de l’empereur Charles IV. „C’est
vrai, Sire,“ répondit le prince-primat, „je me trompais;
mais comment se fait-il que Votre Majesté sache si bien
ces choses-là?“
Quand, j’étais simple lieutenant en
second d’artillerie ,“ dit Napoléon
A ce début, il y
pereurs, le nombre et la
prince-primat entra dans

—

„

...

eut, de la part des augustes
térêt et d’étonnement très
riant

....

„Quand j’avais

convives,
marqué.

un

mouvement d’in-

Il

reprit en sousimple Heute-

l’honneur d’être

second d’artillerie, je restai trois années en garJ’aimais peu le monde, et vivais très
nison à Valence.
retiré. Un heureux hasard m’avait logé près d’un libraire
nant

en

instruit et des

J’ai lu et relu sa
plus complaisants
bibliothèque pendant ces trois années de garnison, et
n’ai rien oublié, même des matières qui n’avaient aucun

rapport

avec

....

mon

état.“

LEÇON DE VALSE
Peu de temps avant

Napoléon

était

un

jour

DONNEE
son

seul

A

mariage
avec

NAPOLEON.
avec

Marie-Louise,

la reine Hortense et la

s

47
Celle-ci lui

princesse Stéphanie.
ment s’il savait valser:

demanda malicieuse-

l’empereur répondit qu’il

n’avait

jamais pu aller au-delà d’une première leçon, et qu’au
bout de deux ou trois tours, il lui prenait un éblouissement

bien de fois, de
valse me causait,
de danse

nous

continuer.

„Quand j’étais à
ajouta-t-il, „j’ai essayé, je ne sais com-

l’École-Militaire,“

les

étourdissements que la
pouvoir y parvenir. Notre maître
avait conseillé de prendre, pour valser,

chaise entre

une

de

qui l’empêchait

surmonter

sans

nos

bras,

en

guise

de

dame.

Je

ne

la chaise que je serrais
manquais jamais de tomber
la
briser.
Les chaises de ma
amoureusement, et de
chambre et celles de deux, ou trois de mes camarades y
avec

passèrent l’une après l’autre.“ Ce récit, fait on ne peut
plus gaîment par l’empereur, excita des éclats de rire
de la part des deux princesses.
Cet accès d’hilarité
s’étant un peu calmé, la princesse Stéphanie revint à la
charge, et dit à l’empereur: „II est fâcheux, vraiment,
que Votre Majesté ne sache pas valser: les Allemandes
sont folles de la valse; et l’impératrice doit nécessairement partager le goût de ses compatriotes.
Elle ne
pourra avoir d’autre cavalier que l’empereur, et se trouvera ainsi privée d’un grand plaisir par la faute de Votre
„Vous avez raison,“ reprit l’empereur. „Eh
Majesté.“
bien! donnez-moi une leçon. Vous allez voir un écliantillon de mon savoir-faire.“
Il se leva là-dessus, et fit
avec
la
quelques pas
princesse Stéphanie, en fredonnant
—

—

lui-même

l’air

faire

de deux

de

de

la reine

Mais il

Prusse.

ne

put

trois tours, et encore s’y prit-il
plus
d’une manière si gauche, qu’il redoubla la gaîté de ces

dames.
en

voilà

serez

La

princesse

bien

de Bade l’arrêta

assez

jamais qu’un

donner des

ou

leçons,

me

pour
mauvais écolier.
mais

non

en

convaincre

disant:
que

„Sire,

vous

ne

Vous êtes fait pour
en recevoir.“
pour

48
ROUSTAN, MAMELOCCK DE NAPOLEON.
Napoléon travaillait quelquefois fort avant

GOURMANDISE DE

Comme
dans la nuit,

avait soin

on

léger qu’on

assez

un

souper
bannette d’osier,

premier

dont le

de

soin

valet de chambre de

préparer

tous les

enfermait dans
à

était confié

l’empereur.

une

jours
petite

Constant,

Un soir Rous-

tan, après avoir couru toute la journée pour faire des
commissions, était dans un petit salon à côté de la chambre de

der

Napoléon.

son

maître à

Apercevant Constant, qui venait d’aimettre au lit, il lui dit en son mau-

se

français, et regardant la
„Moi mangerais bien une aile

vais

bannette d’un œil d’envie:
de

poulet; moi,

bien faim.“

Constant refusa d'abord; mais, enfin, sachant que

l’empe-

était couché, et ne voyant nulle apparence à ce
qu’il lui prit fantaisie de demander à souper ce soir-là,
il laisse faire Roustan. Celui-ci, bien content, commence
reur

par enlever une cuisse, puis après l’aile, enfin il se met
en devoir de tout manger, quand tout-à-coup l’empereur
sonna

et

avec

quel

tant,

fut

mon

Constant entre

vivacité.
son

effroi

poulet?“

quand
—

On

son

dans

la

chambre,

maître lui dit:

conçoit

son

„Cons-

embarras; il

n’en avait pas d’autre, et il lui était impossible, à cette
heure-là, de s’en procurer un. Enfin il prend son parti.
R entre fièrement
et Roustan le

suit.

avec

R

le

poulet

retourné

détache l’aile

sur

le

présente à l’empereur, mais celui-ci refuse en
„Donnez-moi le poulet, je choisirai moi-même.“
de moyen pour Constant de se sauver! il
poulet démembré passât sous les yeux de

plat,
et la

qui restait,

disant:

fallut

—

Plus

que le

l’empereur
Napoléon, „depuis quand
poulets n’ont„Tiens,“
et
aile?
C’est
cuisse
ils qu’une
bien, il paraît
qu’une
les
restes
des
autres.
Et qui
qu’il faut que je mange
Consdonc mange ainsi la moitié de mon souper?“
tant regardait Roustan, qui tout confus répondit: „Moi
avoir faim, Sire; moi ai mangé la cuisse et l’aile“
„Comment, drôle! c’est toi? Ah? que je t’y reprenne!“
—

dit

.

.

les

—

....

—

i

i

49

Et

sans

la

cuisse

ajouter

un

mot

de

plus, l’empereur mangea
qui restaient. Le lendemain, à sa
toilette, il fit appeler le grand maréchal pour quelque communication, et dans la conversation il lui dit:
„Je vous donne à deviner ce que j’ai mangé hier à
mon

l’aile

et

souper?

....

les

restes

de M. Roustan.

Oui, ce
poulet“.
„Approche, drôle!“

coquin s’est avisé de manger la moitié de
Roustan entra dans le moment.—

—

mon

continua

l’empereur, „et la première fois que cela t’arrivera, sois sûr que tu me le paieras“. En lui disant cela,
il le tirait par les oreilles, et riait de tout son cœur.
PRÉSENCE D’ESPRIT
Un corps de quatre à

posé

en

partie

de

bat de
de

DE

NAPOLEON.

mille

cinq
Autrichiens, coinqui avaient été coupés au coinpartie des traîneurs de la division

ceux

Lonato, et en
Quasdanowich, fut

averti par les paysans
que les trou-

françaises étaient en marche dans toutes les directions pour poursuivre leur victoire, et
qu’elles n’avaient
laissé qu’une garnison de douze cents hommes dans la

pes

ville de Lonato.

aussitôt de

Le commandant de la division résolut
s’emparer de la ville, et de faciliter par ce

moyen sa marche sur le Mincio, où il espérait joindre
Wurmser.
Le hasard voulut que
Bonaparte lui-même,
venait
de
qui
Castiglione avec son état-major pour toute
garde, arrivât justement à Lonato. Il fut fort surpris
lorsqu'un officier autrichien fut amené devant lui, les
yeux bandés, comme c’est l’usage en pareille circonstance,
pour sommer le commandant français de Lonato de se
rendre à une force supérieure, qui,
disait-il, était déjà
formée en colonne d’attaque pour enlever la
Bo-

place.
présence d’esprit admirable, rassembla
son nombreux
état-major autour de lui, et ayant fait débander les yeux à l’officier, afin quil
pût voir en présence de qui il était, il lui dit d’un ton sévère :
„Allez
dire à votre général que je lui donne huit minutes
pour
naparte,

avec une

4

50

poser les

Passé

armes.

il

Bonaparte,

nomme

que mérite

son

l’armée

traité
A

insolence“.

l’officier autrichien

présence

temps, aussi vrai que je

ce

sera

resta

du général
républicaine

en

ce

dans

nom

de

rigueur
Bonaparte,

persuadé que
annonçait la présence
et,

stupéfait,
chef

il

Lonato,

me

toute la

avec

courut

vers

la
de
son

commandant lui redire
qu’il venait de voir et d’entenle trouble dont il
dre, ne manquant pas sans doute, dans
forces
des
qui avaient
était saisi, d’exagérer la valeur
ce

frappé

ses

Le chef de la colonne autrichienne
mais apercevant les guides

regards.

quelque temps;
longeant les hauteurs, semblaient
à
faire un mouvement pour l’envelopper, il se rendit
lui-même
discrétion et subit la loi qu’il voulait imposer
un instant auparavant.

hésita

encore

et les

carabiniers qui,

DANGER

DE

MORT

COURU

PAR

NAPOLEON.

Arrivé en 1807 sur le plateau de Weimar, Napoléon
fit ranger son armée en bataille et bivouaqua au milieu
Vers deux heures du matin il se leva et
de sa garde.
à pied pour aller examiner les travaux d’un chemin

partit

qu’il

faisait

creuser

Il

l’artillerie.

avant

leurs,

et

voulut

donner

voisins.
seul et

resta

—

sans

de

un

dans le

près

roc pour
d’une heure

s’acheminer

coup-d’œil

nuit était très

bivouac, il
avant-postes les plus
l’empereur voulut faire
vers

son

aux

Cette excursion que
aucune

le transport de
les travail-

avec

escorte, pensa lui coûter la vie.
et les

sentinelles du camp

La

ne

voynoire,
aient pas à dix pas autour d’elles. La première, entendant quelqu’un marcher dans l’ombre, en s’approchant du

retranchement, cria, qui vive! et se tint prête à faire feu.
L’empereur, qu’une profonde préoccupation, ainsi qu’il
l’a dit ensuite lui-même, empêchait d’entendre la voix de
la sentinelle, ne fit aucune réponse, et ce fut une balle
sifflant à son oreille qui le tira de sa distraction. Aussitôt il s’aperçut du danger qu’il courait et se jeta à
plat-ventre ; la précaution était des plus sages, car à
i

\

51

peine s’était-il

laissé tomber dans cette position, que
passèrent au-dessus de sa tête, la décharge de la première sentinelle ayant été répétée par
toute la ligne.
Ce premier feu
essuyé, l’empereur se
releva, marcha vers le poste le plus rapproché, et s’y
fit reconnaître.
Napoléon était encore à ce poste,
quand y rentra le soldat qui avait tiré sur lui, et qui
venait d’être relevé de garde; c’était un
jeune grenadier
de la ligne. L’empereur lui ordonna de
s’approcher, et,
lui pinçant fortement la joue: „Comment,
coquin“, lui
dit-il, „tu m’as donc pris pour un Prussien? Ce drôle-là
ne jette pas sa poudre aux
moineaux, il ne tire qu’aux
Le
empereurs“.
pauvre soldat était tout troublé de
l’idée qu’il aurait pu tuer le petit caporal, qu’il adorait
comme tout le reste de
l’armée, et ce fut avec grande
dire:
peine qu’il put
„Pardon, Sire, mais c’était la consi
vous
ne
signe;
répondez pas, ce n’est pas ma faute.
Il fallait mettre dans la
consigne que vous ne vouliez
pas répondre“.
L’empereur le rassura eu souriant et
lui dit en s’éloignant du poste: „Mon
brave, je ne te
fais pas de reproche.
C’était assez bien visé pour un
coup tiré à tâtons; mais tout-à-l’heure il fera jour, tire
plus juste, et j’aurai soin de toi“.
d’autres

balles

—

—

—

QUINZE ANS PLUS TARD.

Quand

en

1815 les Parisiens

se

battirent

au

pont

de

Neuilly contre les Prussiens et les Russes, le célèbre acteur comique Arnal, qui était alors tirailleur de la
jeune
garde, ne manqua pas de tirailler sur les étrangers qui
venaient à portée de son fusil. Malheureusement un
jeune
ami d’Arnal voyait le feu pour la première fois; c’était un
enrôlé nullement volontaire, qui, à mesure que les balles
sifflaient avec plus de force, se trouvait moins à son aise.
En vain Arnal exhortait son camarade en lui
rappelant qu’il
était Français. Le jeune Français de quinze ans
pleurait,
criait, et voulait se sauver auprès de sa mère. Arnal, voyant
4*

52
se mit d’une colère furieuse, et, pour encourager
frère d’armes, il tira son sabre et promit de le lui
passer au travers du corps s’il reculait d’un pas. Malgré
cette promesse faite de bonne amitié, le jeune apprenti

cela,
son

héros
un

profita

du moment où Arnal était

gros cosaque,

pour

lendemain, Arnal, plus
la mère de

il

ment

l’alfaire

ne
en

Quinze
de

nouveau

sauver

sa

promesse de

rencontra

occupé

à toutes

pas

ce

à viser

jambes.

Le

courut chez

furieux que

ami, espérant y

son

lant lui tenir

se

jamais,
fugitif, et voula veille, mais heureusepauvre jeune homme, et
trouver le

resta là.
ans

plus tard,

dans Paris:

on

les coups de fusil retentirent
était au mois de juillet 1830.

époque, n’était plus tirailleur dans la jeune
garde; il était premier comique au théâtre du Vaudeville,
et non-seulement il avait quinze ans de plus, mais encore
quinze mille francs de plus à manger par an : aussi le
premier comique du Vaudeville ne songea-t-il pas le moins
du monde à se jeter au milieu des combattants, et, quoiqu’il demeurât tout près du Louvre, il laissa les Suisses
parfaitement en repos. Bien plus, le 29 juillet, lorsque
la fusillade devint si meurtrière, Arnal, voyant quelques
balles venir frapper sa fenêtre, eut un moment d’inquiétude et chercha dans tout son logement l’endroit où il
L’acteur était bien tranquillement
serait le plus en sûreté.
le
fond
de
sa cuisine, lorsqu’il entend le bruit
dans
réfugié
des crosses de fusil qui enfoncent la porte de son logement: c’étaient des combattants qui venaient s’installer aux

Arnal,

à cette

fenêtres de la maison pour mieux tirer sur les Suisses du
Arnal laisse tirer les héros de juillet et ne se
Louvre.
montre nullement

aux

fenêtres.

En vain les combattants

poliment, et il s’apcuisine, lorsqu’un des plus enprête
tirailleurs
l’arrête
ragés
par le bras, et lui dit qu’il faut
se battre contre les ennemis du peuple, sinon qu’on le
traitera lui même en ennemi du peuple. Arnal, menacé

lui offrent

un

fusil,

il le refuse très

à retourner dans

sa

I
»

53
de

voir passer une lame au travers du
corps, ajuste
lunettes sur le nez et
regarde fixement son interlocuteur, dont il lui semblait reconnaître vaguement la
voix. A peine Arnal a-t-il levé les
yeux, qu’il reconnaît,
qui?.... son ancien voisin du pont de
Au bout
se

bien

de

ses

quinze

Neuilly.
changés.

les rôles étaient totalement

ans

nouveau et

remportée,

Le
l’ancien brave éclatèrent de rire, et, la victoire
ils allèrent la célébrer ensemble.

LES INTERPRETATIONS.
PERSONNAGES.
M. Lesec.
M. Dubourg.
M. Robert ami de M.
Dubourg.
Madame Babylas revendeuse.
Le commissaire.
M Godiveau,
,

,

pâtissier.

.

Rose,

servante de madame

Catherine

Jacquot

,

Babylas.

cuisinière chez M.

pâtissier,

Dubourg.

de madame
Babylas.
La scène se passe dans une rue de Paris.
D’un côté du théâtre
on voit la maison de M.
Dubourg, de l'autre la boutique de
madame Babylas.
,

garçon

neveu

SCÈNE
M.

M. Robert.

dérangement
tout seul à la

M.

heures

Dubourg,
Je

je

que

vous

I.

M. Robert.

assure

vous

cause;

je suis confus
j’aurais fort bien

que

du
été

diligence.

Dubourg.
du matin

aussi beau! Vous

,

Quel dérangement de se lever à cinq
dans le mois de mai,
par un temps

plaisantez.

54
Je n’oublierai de

M. Robert.

ception

faite, vous, madame Dubourg
fille, mademoiselle Annette.

m’avez

vous

que

et votre charmante

M.

temps

Vous

Dubourg.

avec nous

vie la bonne ré-

ma

n’êtes

pas

resté

pour pouvoir apprécier

ma

long-

assez

femme et

ma

Promettezanges, monsieur Robert.
,
moi de revenir bientôt, et que vous me donnerez au moins
Le Havre n’est pas si loin.
une quinzaine.

fille

sont des

ce

M. Robert.
suis
est

que

toujours une
M Dubourg.
vous

l’êtes,

Puisque
que je vous
me

quitté le commerce; moi, j’y
absence, quelque courte qu’elle soit,
absence; vous devez vous le rappeler.

Vous

avez

Une

encore.

Ma

on

voilà

foi!

on

donner

se

un

aussi avancé
ses

peu

aises.

aussitôt

heure,
pieds
emballé, j’irai prendre un bain.

Sans savoir si cela

M. Robert.

est

de si bonne

sur

aurai

quand

peut bien

vous

En

est bon?

de

se
gens qui
beaucoup
y
province,
consulté.
baigneraient pas sans avoir
Oh! bien, à Paris, pour un oui, pour
M. Dubourg.
on va se jeter à l'eau; c’est ainsi qu’on parle.
un non,

il

encore

a

SCÈNE

IL

Dubourg, M. Robert,

M.

ne

Madame B ab

y las.

(Cette dernière paraît sur le devant de sa boutique avec difobjets qu’elle dispose en étalage, ayant soin de marquer
à la conversation de Mil. Dubourg
par son jeu la part qu’elle prend
et Robert, qui ne font pas attention à elle.)

férents

L'heure

M. Robert.
Faisons-nous

pas.
lez vous

allez-y

jeter

à

nos

avance.

adieux

l’eau,

ne

Que je

faites pas

une

vous

gêne

vous

vou-

course

inutile;

de suite.

Dubourg. Je veux vous conduire
d’abord, et, après, j’irai me jeter à l’eau.
M.

M.

ne

ici; et, puisque

Robert.

Dès

qu’on

vous, à la bonne heure.

ne

à la

diligence

peut rien gagner sur
(Ils sortent.)

55

SCÈNE III.
Madame

Babylas, seule,
le

avec

continuant

plus grand

ses

arrangements

soin.

Qu’est-ce qu’il a donc, ce monsieur Dubourg? a-t-il
la tête? (Elle passe ses doigts dans la
garniture d'une robe pour en relever les plis J
11 va se
jeter à l’eau! (Elle attache une couronne de fleurs artißdelles quelle époussette avec un petit plumeau)
Et cet
autre monsieur qui le laisse faire! (Elle avance un
peu
sur le théâtre
pour juger l'effet de ses étalages, et s'arrête
tout-à-coup en se frappant le front.) Mais c’est un évé-

perdu

nement que cela

un très
grand événement!
ai-je donc l’esprit? (Elle appelle avec tous
du plus violent effroi.)
Rose! Rose!

SCÈNE
Madame
Madame
comme
une

une

Où diantre

....

signes

IV.

Babylas, Rose,

Babijlas, s'appuyant

personne

les

à

prête

se

contre

boutique
Rose, vite

sa

trouver mal.

chaise.

Rose,

rentrant dans la

Madame

Babylas.

Rose, apportant

boutique. Ah!
Rose, dépêche-toi.

une

chaise.

Est-ce

mon

que

Dieu!

vous

vous

trouvez mal?

Madame

Babylas. Mets la chaise un peu plus au
(Elle s'assied.) Ah! Rose, Rose! quel
malheur ! (Elle a l’air de perdre connaissance.)
Rose, lui frappant dans les mains. Madame! madame! ....Est-ce qu’on l’aurait volée?
C’est peutêtre le pâtissier à qui il sera arrivé quelque chose.
Madame Babylas, entr'ouvrant les yeux. Passe-tmilieu de la

rue.

....

il du monde?

Rose.

Personne, madame.
Babylas. La boutique

Madame

elle ouverte du moins?

de

l’épicière

est-

56
Pas

Rose.

cette

encore.

Qu’ils deviennent paresseux dans
maison-là ! (Elle reperd connaissance.')

Madame

Babylas.

je criais au feu.
Baby las, d’une voix
bien, monsieur Dubourg?
Rose.

Si

tu sais

Rose,

éteinte.

Madame

....

Oui, madame.

Rose.

Madame

ter?

Babylas.

Pour

voulais

tu

qui

quit-

me

..

n’était

Ce

Rose.

qu’à

cause

des gages

qui

étaient

forts.

plus

Madame

Par

Babylas.

tu aurais fait une sottise.

famille

Oui,

l’événement,
Ah, juste ciel!

enfant,

père

un

de

noyer !

se

Rose, épouvantée.

Serait-il

Madame

un

mon

mon

Babylas,

enfant;

à l’heure

possible !

doigt
qu’il

la

sur

bouche.

est, c’est

Paix!

peut-être

une

affaire faite.
Monsieur

Rose.

le

bourg!

père

savez-vous

avec

qui

Babylas.

bouche,

ce

....

Comment

cela, madame?

Madame

propre

le mari de madame Du-

Dubourg!

de mademoiselle Annette!

mon

monsieur

lui donnait les

De

fille; de sa
tout-à-l'heure,
depuis huit jours,

lui-même,

ma

Il était là

enfant.

qui loge chez

eux

meilleures raisons du monde pour le

„Laissez-moi“, disait-il,
l’eau; je
plus de ressources.
jeter
„je
Si je ne me détruis pas comme cela, je me détruirai
autrement; vous n’y gagnerez rien.“
Rose.
Mais, madame, il faudrait avertir chez lui.
Cela te regarde-t-il? Est-ce toi
Madame Babylas.
Ne faut-il pas se consulter
fait
cette
as
découverte?
qui
calmer;

veux

mais il n’écoulait rien.
me

n’ai

à

avant?

SCÈNE Y.
Babylas,

Madame

Jacquot,
Jacquot. Ma tante

assise

au

Rose.

milieu de la rue!

(

.

57

Madame Babylas, retombant en
C’est
faiblesse.
toi, Jacquot?
Jacquot. Oui, ma tante; qu’avez-vous donc?
Madame Babylas.
Tu cries, Jacquot. Parle donc
bas.
Ne
vois-tu
plus
pas comme je suis?
Qu’est-ce
Jacquot.
qu’il y a?
Madame Babylas.
J’étouffe, demande à Rose.
Rose.
Monsieur Dubourg s’est noyé.
Jacquot. Hier au soir.
Madame Babylas, d’une voix mourante.
Non, Jac-

quot,

ce

matin.

Hier à
Jacquot. Vous vous trompez, ma tante.
heures, comme je revenais de porter des pâtisseries
pour une soirée, rue de Richelieu, j’ai reconnu monsieur
Dubourg qui longeait le parapet du Pont royal, et qui
s'arrêtait de temps en temps pour regarder dans la
dix

rivière.
Madame
ses

Le malheureux! il allait

Babylas.

prendre

mesures.

Jacquot. Dans ce moment-là, un cheval est venu
s’abbattre; ça a attiré du monde, moi comme les autrès; et, quand j’ai repris le trottoir, monsieur Dubourg
à

avait

disparu.
Madame

ce

matin,

à considérer.

rivière

Babylas.

mon

laisse retomber

sur

Belle

Jacquot.

Tu

mot d’amitié.

(Il

Madame

Jacquot.
Rose.

cuisinière

la

à Rose.

Jacquot,
Rose.

de

avoir

sans

Malgré cela,

il

était

encore

ici

garçon ; mais ton récit n’en est pas moins
D’abord, personne ne regarde dans la
mauvaises

intentions.

(Elle

se

chaise.')
Qu’est-ce que

tu as

donc,

toi?

question?
ne

la

me

dis

pas

seulement

frappe légèrement

sur

le

un
petit
bras.)

Babylas, ouvrant les yeux. Je vous vois,
vous ai-je pas défendu ces façons-là?
Madame, voici mademoiselle Catherine, la
de monsieur Dubourg, qui sort de chez-elle.

Ne

58

Madame

chaise;

Babylas,

laissez-moi lui

levant.

se

Bon.

cette

Rangez

parler,

et ne vous mêlez de rien.

SCÈNE

VI.

Madame Babylas, Rose, Jacquot, Catherine.
Madame Babylas, d’un air triste.
Bonjour, mademoiselle Catherine.
Catherine. Bonjour,

tique

est bien

Madame
assure; car
à présent.

parée ce
Babylas.
je n’aurais

madame

Votre bou-

hasard, je

C’est l’effet du

vous

pas le courage de m’en occuper

Comme

Catherine.

Babylas.

matin.

vous

dites cela.

Mademoiselle Catherine, on a
beau avoir des voisins fiers, des voisins qui ne prennent
Madame

Babylas.

plus garde à vous que si vous étiez des antropophasensible et humaine, on ne
ges; quand on est bonne,
événements qui
peut pas s’empêcher de gémir sur les
pas

leur surviennent.

Catherine.

Madame

Babylas,

chacun est

façon.
Madame

Babylas.

Vous

prenez donc

aujourd’hui?
Catherine.

Monsieur et

madame

fait
leur

n’achetant

à

sa

parti

jamais

rien à démêler avec vous.
que du neuf, ils n’ont
Madame Babylas. Ah! dès que c’est ainsi, je me tais.
Mais que parliez-vous d’événements?
Madame Babylas. Ils n’ont rien à démêler avec moi.

Catherine.

Catherine.

Sauriez-vous
Je

quelque chose?
fais qu’un petit

commerce,
Babylas.
du
ne
vends
vieux, des
mademoiselle Catherine; je
que
merci!
en
bien
Dieu
affaires
des
ordre,
chiffons; mais j’ai
me
à
sois
dire
et l’on n’entendra jamais
jetée l'eau.
que je
Catherine. Madame Babylas, expliquez-vous.
Madame Babylas.
Qu’est-ce que fait votre maître

Madame

ce

matin?

ne

59

Catherine.
Madame

Il est sorti.

Je le sais bien.

Babylas.

Catherine. Pour conduire
Madame
Catherine.

Je

amis à la diligence.

ses

vous
comprends pas.
Babylas. Qu’est-ce qu’il vous doit degages?

Madame

Catherine.

ne

L’année courante.

Madame
sur

de

un

Belle conduite!

Babylas.

Vous n’aviez pas

Babylas.

placé d’argent

lui?
Catherine.
Madame

Dubourg

Non.

mariage

de mademoiselle

le notaire terriblement aventuré.

avec

Catherine.

Pourquoi aventuré?
Babylas. Ce serait le

Madame

Comme

protégé.

votre

Voilà le

Babylas.

il n'a

de

parler de
charge à payer
dot, qu’il se concas

de

pas
demanderait pas de
tenterait de deux beaux yeux, c’est son affaire.

celui-là, qu’il

ne

Écoutez,

Catherine.
sans

doute

ce

que

madame
voulez

vous

Babylas,

vous

mais

dire;

me

savez

comme

je n’en sais rien, si vous ne voulez pas vous expliquer, je m’en vais. (Elle va pour sortir.)
Madame Babylas. Arrêtez donc, cruelle fille, et

moi

dites-moi
à

peu si

un

quelqu’un

que

son

vous

annonceriez

maître est

de but

Noyé!

Mon-

noyé.
Madame

therine; je

Hélas; oui, mademoiselle Ca-

Babylas.

l’ai vu, et

Jacquot.

Jacquot
C’est-à-dire, ma

Madame

Babylas.

Qu’est-ce que
monsieur

plus

blanc

noyé.

Catherine, reculant de quelques pas.
sieur

en

tôt

varder

tu fais

Godiveau,

possible
au

moins

sur

tante

Je t’ai recommandé de te taire.

ici?
ton

....

aussi.

Retourne
de

maître,

Approche
la route.

chez

parler

me

encore.

Ne

Excepté

vos

bouche close pour tout le monde.

et dis à

toi,

venir

va

le

pas ba-

pratiques,

Va-t’en.

Jacquot. Oui, ma tante, (Il fait quelques espiègleries à Rose, et sort en courant.)

60

SCÈNE VH.
Babylas, Rose, Catherine.
Babylas. On doit toujours ménager

Madame
Madame
neur

l’hon-

des familles.

Catherine.
Madame

lequel

Monsieur

Rose.

!

Demandez

Babylas.

elle m’a

noyé

à

Rose

l’état

dans

vue.

J’ai

Catherine.

que madame allait mourir.
Je suis si bouleversée, que je
cru

puis

ne

pas deviner la raison qui a pu pousser monsieur
Madame Babylas.
N’aviez-vous pas cru, pendant
....

quelque temps, qu’il

mettait à la loterie?

Catherine.

Ce n’était pas vrai.
Madame Babylas.
C’est donc qu’il
Catherine.
Pas davantage.
Madame

Mais

Babylas.

cette

jouait alors?

petite lingère qu’il

vient d’établir.

Catherine.
ont avancé de

Madame

C’est

filleule de

une

l’argent
Babylas.

madame,

à

ils

qui

par bon cœur.
Si vous expliquez tout

comme

cela, je

crois bien que vous ne trouverez jamais la raison.
Catherine. Madame Babylas, quand les choses de-

viennent si

sérieuses,

Madame
on

on

Babylas.

doit

ne

Quand

plus

on

la

dire que la vérité.
sait, mais quand

la sait pas, il faut donc se taire?
Catherine.
Je crois encore que c'est

ne

un

rêve

.

.

.

.

Vous l’avez vu?
Madame

Babylas.

Catherine.
mes

Malheureusement.

A votre

place, j’aurais

crié

Madame
le dire.

On

Babylas.
ne

peut

J’ai
rien

crié
me

aussi; Rose

reprocher,

toutes

fait

choses-là

manquent plus aujourd’hui.

ne

se

tout

Catherine. Et madame,
de lui avoir

un

ce

qui

que

j’avais

avait donné

est

pour

mademoiselle

Catherine; j’ai

soir,

de

forces.

à

faire.

l’ordre,

remise pour faire des visites

ce

Ces

hier

au

matin!

61
Madame

qu’on

ne

Babylas.
jamais

Il y a longtemps que j’ai
rien commander la veille.

devrait

Catherine
à madame?

Quel parti prendre pour

Je

l’oserai

ne

jamais.

qu’elle le sache. N’écrit-on
pareille circonstance?
Madame

cela

annoncer

Il faut

dit

pourtant bien

pas des lettres anonymes

en

Fi! l’horreur! mademoiselle Ca-

Babylas.

therine.

Catherine.
Madame

c’est pour le bien.

Quand

C’est

Babylas.

anonymes.
Catherine.

Jamais

égal.

de

lettres

On peut la faire faire si honnête

qu’on

le veut.
Madame
une

par

Babylas.

Mais

lettre anonyme,

on ne

en

SCÈNE

produit.

VIII.

Lesec, Madame Babylas, Catherine, Rose.

M.

M. Lesec.

Catherine, je

Catherine.

Ah!

voudrais

parler.

vous

monsieur, je devine;

vous

savez

la nouvelle.

déjà

M. Lesec.
l’a

annonçant quelque chose

voit pas l’effet que ça

Elle

apprise chez
Madame

est

donc

vraie?

Mon

domestique

le

pâtissier.
Babylas. Nous

en

sommes

dans

la

con-

sternation, monsieur.
M. Lesec.

Je n’ai pas l’honneur de

vous

connaître,

êtes

monsieur

madame.
Madame

Monsieur,

Babylas.

Lesec,

dont le fils doit

afin de

pouvoir payer

M. Lesec.

Madame
dame

Babylas

Quelle

témoin de tout
M. Lesec.

jeter

à l’eau?

Femme!

ce

femme, Catherine?

cette

femme

voyez la boutique, et
vient de se passer.

vous

qui

Vous

avez

vu

cet

Dubourg,

de notaire.

est donc cette

Babylas.
dont

épouser
charge

une

vous

mademoiselle

infortuné

est

qui

maa

Dubourg

été

se

62

Madame

sieur;

Babylas.
plus mon

et de

Tout
neveu

comme

je

l’a

aussi.

vu

vous

vois,

mon-

punition d’une aveugle cupidité !
S’il m’eût
aura perdu sa fortune.
serait pas arrivé. Je lui ai répété assez

Fatale
M. Lesec.
C’est à la bourse qu’il

écouté, cela
de fois de

ne

lui

se

ne

pas
et tours de

ruses

fier

aux

gibecière;

ce n’était que
gros poissons deil s’étonnait de ce

rentes; que
que les

vaient finir par manger les petits;
langage, et ne voulait pas y croire: voilà le résultat.
Catherine. Mais monsieur n’aimait pas les rentes, car il

toujoui's empêchée d’y placer le peu d’argent que j’avais.
M. Lesec. Il avait peut-être les yeux ouverts à cette
époque-là, mais il n’était plus temps. Comment n’est-on
Je n’avais qu’à faire comme lui, vouloir
pas raisonnable!
ma
doubler
fortune; je serais dans le même état à cette
m’a

heure-ci. Je

Madame

un peu ce que va devenir sa fille.
Par bonheur pour elle il lui reste

demande

vous

Babylas.

monsieur votre fils.

M. Lesec. Vraiment, madame, de quoi vous mêlez-vous?
Catherine. Est-ce que vous penseriez à nous aban-

donner, monsieur?

Catherine,

M. Lesec.

il

n’y

a

que

mon

sachions les sacrifices de tous genres que
Nous y avons mis,
faits dans cette affaire.

qui

dire,

une

savions

patience

très

bien

et une

générosité

sans

fils et moi
nous

avons

le

je puis

bornes.

Nous

que mademoiselle Annette avait

une

préférence marquée pour ün autre jeune homme, que sa
mère elle-même partageait cette préférence, et nous avons
toujours feint de l’ignorer.
Catherine.
M. Lesec.

reproches,
entre

Quoi! monsieur, on vous avait dit
Oui, Catherine; et au lieu d’éclater
.

et de

monsieur
n’en

,

en

qui régnait

femme par la révélation
pour le repos de mon fils,

sa

pas moins continué nos relations.
Babylas. Voilà de la délicatesse.

avons

Madame

et

Dubourg
important

d’un secret aussi
nous

troubler la bonne harmonie

.

»

63
Mais

M. Lesec.
Madame

M. Lesec.

Je

Madame

j’eusse

demandé

une

comme

choquée;

mais

lasse à la fin.

on se

Babijlas.

conçois bien cela,

Dubourg

trouvait

monsieur.

singulier

que

augmentation de dot; elle en était
d’après ce que nous voyons, n’était-

Je ne devrais pas vous
pas de la prévoyance?
il
faut
de
bien
cela;
cependant
qu’on le sache; car
parler
ce

....

je ne doute pas qu'on ne jette les hauts cris quand on
apprendra que nous nous retirons. Je n’ai pas de préjugés. La fille d’un homme qui aurait fait une folie, si
cette folie n’avait en rien dérangé sa fortune, me paraitrait une bru tout comme une autre; je me ferais un
plaisir de lui servir de père; plus son malheur serait
grand, plus je l’entourerais de soins et de prévenances;
c’est tout naturel. Mais que peut-on faire pour une jeune
personne comme mademoiselle Annette.
Madame Babylas.
C’est pourtant

vrai, mademoi-

selle Catherine.
M. Lesec.

inclination, je le répété.
qu'on
sacrifier, s’ensuit-il qu’il
faille consommer sa ruine? J’ai ma famille, à laquelle
je me dois encore plus qu’à celle de monsieur Dubourg.
De

a

ce

Qui

a une

commencé

Catherine.
monsieur.
M. Lesec.

Si

vous

autre

à

se

vouliez

entrer

à

la

maison,

Non, Catherine, je n'ai rien à y faire.
mais quand j’ai donné des conseils,
a pas écoutés, je ne me mêle plus de
de plaindre les gens.
(Il sortJ

C’est cruel à dire;
et qu’on
rien, pas

ne

les

même

Catherine,
Catherine.

pour

vous

faire

SCÈNE

IX.

Madame

Babylas,

Rose.

Grand Dieu! que c’est vilain le malheur
voir les hommes tels qu’ils sont.
fSe

tournant du côté de la

maison,

en

pleurantJ Pauvres
apprendre à la fois!

dames! que de choses elles vont avoir à

64

Madame

tout

en

comme

J’ai chez moi des

monde admirait

le

que tout

C’est

Babylas.

demoiselle Catherine.

quand

robes,

ça, mades schalls

ils étaient dans leur

présent, personne n’y prend plus garde.
Je vais aller chez monsieur Constant;
Catherine.

brillant;

à

c’est

bon

un

n’a

jeune homme, qui

ni

père,

ni

mère,

pour lui donner de mauvais conseils d’avarice; je suis
bien sûre qu’il ne se conduira pas comme monsieur Lesee,
et qu’il se fera au contraire une grande joie de revenir
chez

de la fortune; lui et mademoiselle s'aiSi l’on pouvait oublier monlongtemps

Il

nous.

a

depuis
sieur, qui était
ment

madame

....

si brave homme!

un

....

Au

revoir,

(Elle sort.)

Babylas.
SCÈNE

X.

Madame Babylas, Rose.
Madame
se

Vois-tu, Rose,

Babylas.

comme

tout cela

déroule.
Rose.

faut

Il

avouer

mademoiselle

que

Catherine

est une bien bonne fille.

Madame
les gens
la

protectrice

de

On est

toujours

au-dessus de

sont

qui

Rose.
ce

Babylas.
ses

maîtresses.

nous.

bon pour plaindre
La voilà comme

C’est uq rôle superbe.
choisiraient

Que de cuisinières, cependant,

moment-là pour les accabler!
Madame Babylas. Quelles cuisinières

petites maisons, des sottes.
Rose. Qui en diraient pis que pendre!
Madame Babylas. Avec cela, il faut

aussi?

Des

cuisinières de

Quand
ils

se

dame!

il

arrive

mettent

quelque

en

chose de

glorieux

être
aux

juste.
riches,

ne
l’ignore;
d’humiliant, il faut

quatre afin que personne

s’il leur arrive

quelque

chose

qu’on en parle. Je vais entrer un
ce
n’est pas une hypocrite,
moment chez l’épiciére;
celle-là. Si l’on me demandait, tu viendrais me chercher.
bien

qu’ils

souffrent

CEUe sort.)

65

SCÈNE

Rose, seule.
Dubourg, qui nie disait
qu’avant-hier: „Rose, puisque tu

Ce bon

monsieur

pas plus tard
entrée chez nous, où

quand

lille

ma

se

je

ne

mariera, elle

quelquefois

vue

Catherine.

dot.“

Et

me

pour femmetrois ans, tu auras

prendra
ou

SCÈNE
Cette

te

deux

chez lui

Qui sait si je

encore,

n’es pas
t'aurais pas trouvée de trop,

de-chambre, et, au bout de
ton tour, et je penserai à ta
m’avoir

XI.

rien que pour

cela,

mademoiselle

causer avec

marierai à

présent?

....

XII.

scène

contient un épisode, dans lequel SW. Godiveau
vient faire la cour à Hose qui finit par lui dire:
„Mais, monsieur,
je n’étais pas si folle de vous.“

SCÈNE

XIII.

M. Godiveau, Madame Babylas, Rose.
Madame Babylas, après les avoir

regardés

les deux.

Qui

Rose,

est-ce

se

est folle de monsieur

qui

retournant

Godiveau.

C’est

surprise.

avec

tous

vous,

madame!
Madame

Babylas.
Allez

croyais

Effrontée!

faire

un

paquet de

Si
vos

je

me

hardes tout

de suite, et

préparez-vous à déloger de chez moi.
Mais, madame, madame
Madame Babylas. Ne répliquez pas, Rose ;
croyezmoi, ne répliquez pas (Rose rentre dans la boutique,
Rose, sanglotant.

en

tenant

son

tablier

....

sur

ses

SCÈNE
M.

Godiveau,

yeux.)
XIV.

Madame Babylas.

Madame

Babylas. À nous deux, à présent.
Godiveau, faisant quelques pas pour s’en aller.
C’est-à-dire, à vous seule, madame; car je m’en vais.
M.

Madame

porterai

pas;

Babylas, l'arrêtant.
ne craignez rien.

Arrêtez.
Madame

Je

ne

Babylas

m’em-

sait

ce

66

quelle

Je

doit à elle-même.

se

monsieur

ne

vous

rappellerai

pas,

....

Ah!

M. Godiveau.

le

je

vois,

allez

vous

me

rap-

avec

vio-

tout.

peler

bras

Madame Babylas, lui prenant le

Quoi donc! traître, c’est au moment où je suis
occupée à prendre des renseignements pour remonter à

lence.
la

d’une

source

catastrophe
Abrégez, et lâchez-moi le
Babylas. 11 faut croire que c’est
....

M. Godiveau.
Madame

bras.
un

plaisir pour les hommes que de tromper.
M. Godiveau, cherchant à se débarrasser.

grand que pour les femmes.
Madame Babylas, le

retenant

fdle de rien, que j’avais prise
de mensonges, ni de subterfuges
devine tout, je vois tout.

petite

plus

grand
Moins
Une

fort.

Pas
par charité
Je sais tout, je
....

n’ai rien à

vous apprendre.
Babylas. Je revenais satisfaite; vingt personnes, chez l’épicière, avaient confirmé mes soupçons
me reconnaissait généraleon
sur monsieur Dubourg;
ment comme étant la première qui avait donné l'éveil:
je pouvais expliquer toute sa vie comme lui-même, et
montrer que, malgré les apparences, ce n’était qu’un
au surplus comme tous les hommes.
homme
(En

Alors

M. Godiveau.

je

Madame

....

voulant
cacher

porter

sa

larmes ,

ses

main
elle

ses

sur

le

quitte

comme
yeux
pour
bras de M. Godiveau
,

qui s’enfuit).

SCÈNE
Madame
11
se

me

laisse....

justifier!

ne

les

Babylas, seule.

sans

répondre,

me

J’ai

celui-là est fort.

Que voulait-il de
les pâtissiers sont
rien

XV.

Ah!

plus?
espèce
attendrit.
Ingrat
une

à

sans

chercher à

pleuré pourtant
n’est que trop vrai;
part. Rien ne les touche,
il

Godiveau!

....

67

SCÈNE
Madame
Le

faire

commissaire.

prier

venir

est

commissaire.

troublée.

Quelle plainte

Mais,

Babylas

j’avais

comme

trouver pour

ne

pas

Vraiment,

bonté de venir
c’est que

je

quelquefois

Le commissaire.

Il

n’est

Babylas.

le commissaire?

Qu’est-ce

Jamais

sortir, j’ai
déranger.

Babylas; et,

s’il

a

la

boutique,
qu'une petite paresma

renvoie tout

question

ni de votre servante, dans

Madame

a-t-on

Monsieur Godiveau

n’ai pour toute servante

je

à

vous

m’aider à fermer

seuse, une petite coquette que
à cause de cela.

Godiveau,

vous

monsieur le commis-

prenez trop de peines.
ancien ami de feu monsieur

vous

un

voulais

Babylas, je

monsieur le commissaire?

vous

Madame

saire,

Madame

Babylas,

faire,

Le commissaire.

préféré

le

de passer chez moi.

Madame
vous

pu

Babylas,

XVI.

ni

justement

de monsieur

que j’ai à vous dire.
donc alors, monsieur
ce

je n’attends

que votre sonnette

m’avertisse pour faire balayer le devant de ma
porte, pour
le faire arroser dans les grandes
chaleurs, et, fhiver, pour
faire casser la glace. Tous les dimanches, comme
je vends
des objets de luxe, je barbouille inoi-même mes carreaux de
vitre avec du blanc
ainsi
doit le faire toute

d’Espagne,

que

personne honnête qui a des mœurs et qui connaît ses devoirs. Je ne vois pas, d’après cela, monsieur le commissaire, ce qui a pu m'attirer l’honneur de votre visite.
Le

tendu

commissaire.

parler

des bruits

Vous n’êtes

qui

se

pas

répandent

sans
sur

avoir

votre

en-

voisin,

monsieur

Dubourg?
Madame Babylas.

demeure

je

no

n’en sais pas

Le
ne

au

vous

Je sais

45, qu’il

a

une

que monsieur Dubourg
femme et une fille; mais

davantage.

commissaire.
faites pas

Allons, allons, madame Babylas,

prier.
5*

68
Madame

monsieur le

déclare,

vous

que si c'est pour

commissaire,
témoin

Je

Babylas.

appeler

faire

me

comme

....

11

Le commissaire.

ne

s’agit
qu’un

témoignage,

pas ici de

commissaire peut rien
sait pas tout? Est-ce qu’il
fond les personnes qui demeurent sur
ne connaît pas à
son arrondissement?

Babylas. Est-ce
apprendre? Est-ce qu’il ne
madame

Madame
Le

Je le

Babylas.

commissaire

un

,

moi.

croyais,

Et

étourdi.

peu

aviez

vous

raison.

Madame
sent

que

vous

les choses

savez

ne

et au moment que vous

Le commissaire

Je vois à

Oh ! que nenni.

Babylas.

les

qu’en

besoin de les savoir.

avez

Qu’ai-je

reprenant de l'assurance.

,

pré-

demandant,

besoin, par exemple, de savoir que monsieur Godiveau?
Madame Babylas. C’est bien, c’est bien, monsieur
....

le commissaire.
Je le sais

Le commissaire.

Madame

Babylas.

Et

vous

pourtant.
qu’il pourrait

pensez

faire

celte folie?

commissaire ,

Le

dame

Babylas.

de

Pair

ayant

si

Comment!

comprendre
pense! j’en

le

je

ma-

suis

certain.
Madame
une

obole,

Babylas.

au

Mais

lieu que moi

cette

je puis

n’a pas
apporter près de

petite
lui

Rose

mille écus.

Nous reviendrons

Le commissaire.

sur

monsieur

le

cela

plus

tard.

commissaire,

Babylas. Oui,
chargerez de lui dire un mot, n’est-il pas
vrai? Quant à monsieur Dubourg, jene vous apprendrai
rien en vous disant que c’était un joueur déterminé.
Madame

et vous vous

Le

commissaire,

rément
nous

ne

l’action

non.

pouvons

qu’il

a

cachant

son

étonnement.

Mais, voyez-vous, madame

guère assigner

♦

Babylas,

pareille cause à
l’on crie déjà assez

une

commise, parce que

Assu-

69
contre les maisons de jeu, et que c’est un mal nécessaire par l’argent que ça rapporte.
Madame Babylas.
Vous répondrez la même chose
sur

la

loterie,

où il

Le commissaire

des

risquait
même

,

sommes

loterie est autorisée par les lois. Il
cher la cause du mal dans les lois.
Madame
les

cuser

ruiné à

ne

faut

......

jamais

La

cher-

Ah ça ! mais, est-ce aussi acde dire que monsieur Dubourg s’est
les rentes?

Babylas.

lois

que

tripoter

Le

immenses.

La loterie

jeu.

sur

commissaire.

Un rapport

Ce

sont

des

générales.

causes

contiendrait que cela , n’apprendrait
qui
rien à personne; on n’y ferait pas attention. Cherchons
donc autre chose.
Monsieur Dubourg n’avait-il pas des

intrigues

?

Madame
Le

jeu

ne

Babylas. Voilà
beaucoup

des rentes fait

ce
que
de tort

je
aux

ne

crois

dames.

état, je sais cela mieux que personne.

mon

pas.
Dans

Autrefois

rachetais pour rien des robes et des parures presque
toutes neuves; à présent les hommes ne se ruinent plus

je

qu’à

c’est

la Bourse ;

plus moral, si vous voulez ; mais
agréable pour tout le monde.
Le commissaire. Ainsi, nous ne trouverons rien.
Madame Babylas.
C’est-à-dire que vous ne voulez

c’est bien moins

servir de rien.

vous

Le commissaire,

Non

après

avoir

réfléchi quelque temps.

non, il vaut mieux croire que monsieur
avait une conscience qui le tourmentait.
,

Madame

Dubourg

Ah !

Babylas.

Le

nés

commissaire, improvisant. Les mauvaises doctride la philosophie moderne (c’est cela) n’avaient pu

déraciner entièrement de
nirs

d’enfance;

nés,

se

et

combattant

ces

son

cœur

un

souvenirs et

ces

dans

son

sans

cesse

esprit, avaient fini par le porter à
Madame Babylas.
En vérité.

une

reste de souve-

mauvaises doctricœur

et dans son

mélancolie sombre.

70

À

Le commissaire.

commissaire

Le

vous

pas pour

à

où les

l’âge

était

Dubourg

spleen
Ce n'est

d’impatience.
(Reprenant son

ton

Comme tous les élèves de cette

provisation.)
exécrable,

d'un

,

je parle.

(pie

de

espèce

une

Qu’est-ce q U e c’est tpie cela?

Madame Babylas.

ton

monsieur

passions s’amortissent,

tombé dans

ce

est

qui
farouche,

vague

était devenu

une

regard
chagrine, tout lui déplaisait. Son aspect
plus qu’une image effrayante du désespoir et de la
M. Dubourg chantant dans la coulisse.
anticipée ;

son

d'im-

philosophie

sa

sation

mort

conver-

n’offrait
terreur.

,

Bouton de rose,
Tu seras plus heureux que moi];
Car je te destine à ma Rose,
Et

ma

Rose est, ainsi que toi,

(bis.)

Bouton de Rose.

SCÈNE
Babylas,

Madame

bouquet

de

le

roses

à

XVII.

commissaire, M. Dubourg, un
la main, entrant d’un côté du

Catherine, entrant
Catherine, apercevant son

théâtre ,

sieur!

mon

de M.

Ils

maître!

Dubourg.)

vous

ili.

ont donc

(Elle

se

ensuite Rose.

de l’autre,
maître.

jette

Mon cher maître!

sur

mon

O
une

ciel!

mon-

des mains

bon maître!....

repêché?

Dubourg.

La pauvre Catherine est-elle devenue

folle ?

boutique de madame Babylas
petit paquet qu'elle laisse tomber aux pieds
de monsieur Dubourg, et sur lequel elle se met à genoux.
Monsieur Dubourg! Mon protecteur! mon bienfaiteur! Je suis sauvée! 11 ne m'abandonnera pas. (Elle
Ne nous quittez plus,
lui baise le pan de son habit.)
La vie n’est
de
idées.
mauvaises
monsieur, n’ayez plus
n’est
de
si
ce
patience à avoir.
qu’un peu
déjà pas
longue;
le
dam
étonnement.
M. Dubourg,
Quel
plus grand
jeu est cela?
Rose,

avec

sortant

de

la

un

(

\

71

Madame
théâtre

avec,

Babylas, qui

le

s'était

commissaire.

rangée dans

J'avais

toujours

un

coin du

dit que

ce

n’était que des mensonges, et que nous reverrions monsieur.
M. Dubourg, stupéfait.
Se moque-t-on de moi?
Le

M.

missaire,

commissaire, saluant M. Dubourg. Monsieur
Dubourg. Quoi! vous aussi, monsieur le coin-

....

vous

mettez de la

vous

Le commissaire.

Madame
missaire.

M-

phie

Babylas,

Oui, oui,

Dubourg.

partie.
mal-entendu, sans doute....

Un
à

se

hâtant

cause

à

Qu’ai-je

d’interrompre le comphilosophie moderne.
démêler avec la philoso-

de la

moderne?
Le commissaire.

M.

Dubourg.

sophe? Que

me

demande pas;
d’avouer que je

Taisez-vous,

Aurais-je

madame

été dénoncé

Babylas.
comme

philo-

veut-on?

Je n’ai pas de places, je n’en
et cependant je ne fais aucune difficulté

me conduis par conscience, comme tant
le font que par ambition.
Le commissaire. Monsieur, il ne s’agit
pas de cela.
M. Dubourg.
Depuis que j’ai l’âge de raison, je

d’autres

n’ai

ne

jamais manqué

un

Le commissaire.

M.
et

Dubourg.

seul

Cela

J’avoue

dimanche, une seule fête
me regarde
pas.
que le maigre m’incommode,

...,

ne

pourtant Catherine peut attester....
Le commissaire.
Mais, monsieur, je n’ai

aucun

caractère pour recevoir de pareilles confidences.
M. Dubourg,
Je n’en sais rien, moi.
Que voulezvous que je pense de tout ce que
vois?
Je
suis sorti
je
à

ce matin, de chez moi, où
j’avais laissé
parfaitement tranquille; j’ai été conduire un de mes
amis à la diligence; de là, j’ai pris un bain; en revenant, j’ai acheté ces fleurs pour les apporter à ma fille,
qui les aime beaucoup.... et l’on vient me parler de la
philosophie moderne!

cinq heures,

tout

Le commissaire.

projets?

Vous n’aviez pas annoncé d’autres

72

M.

Je n’ai rien annoncé du tout.

Dubourg.

n’aviez

Vous

Le commissaire.

noyer?
M.

De

Dubourg.

me

ciel

Le

noyer!

de

vous

m’en

pré-

parlé

pas

serve.

De

Le commissaire.

vous

jeter

à l’eau?

ah ! ah !

Ah ! ah
Dubourg, éclatant de rire.
à
l’eau, comme on
j’ai peut-être dit que j’allais me jeter
dit en plaisantant lorsqu’on veut prendre un bain; mais,
est sur la route
excepté mon ami, monsieur Robert, qui
du Havre dans ce moment-ci, personne ne peut m’avoir
Je vous répété qu’il était cinq heures du
entendu.
!

M.

matin.

Madame Baby las. Je ne me suis levée qu’à six, moi.
Catherine. Vous disiez pourtant que vous aviez vu
monsieur se noyer, vous, madame Babylas.
Madame Babylas.
Quel conte, mademoiselle Catherine!

Comment

pu voir

aurais-je

une

chose

qui

n’est

pas arrivée?

Depuis

Le commissaire, à M. Dubourg.
c’est la nouvelle du quartier.

Babylas. Je
commissaire, et je

Madame
sïeur le

si les honnêtes gens
Le commissaire.
cuses.

saurai d’où cela vient,
vous

1er à

mon-

compte;

car

....

XVIII.

Madame Babylas

Dubourg,
Madame Babylas.

avec

rendrai

Monsieur, je vous fais mes ex(Jl salue M. Dubourg et s’en va .)

SCÈNE
M.

en

soutiennent pas

se

ne

heure,

une

Je

me

,

suis

monsieur le commissaire, qui
sa fantaisie.
Et
M. Dubourg, à Catherine.

Catherine,
toujours bien
voulait

ma

me

Rose.
tenue

faire par-

femme,

et

ma

fille, Catherine?
Catherine.

Elles

ne

doivent pas être

monsieur.

I

encore

levées,

73
Madame

quitté

cette

Babylas. Rose et moi, nous n'avons pas
place, afin de ne laisser entrer personne

chez elles.

M.

Dubourg. Je
Babylas.

en
remercie, madame.
J’ai fait pour vous ce que toute
autre personne aurait fait à ma place.
C'est si naturel.

vous

Madame

Allons, Rose, n’importunons pas monsieur davantage.
Revenez chez moi; je vous pardonne.
Rose.

quitte

Puisque

voilà

monsieur

revenu,

je

le

ne

pas.

Madame

Je

Babylas.

vois

intention, petite

ton

sournoise; c’est pour qu’il ne se doute pas que tu
première cause de tout ce tumulte. C’est bon.

CElle

SCÈNE
M.
Rose.

rentre dans sa

la

es

boutique.)

XIX et dernière.
Rose.

Dubourg, Catherine,

Ne la croyez pas, au moins, monsieur.
Ce jour-ci m’aura donné une bonne

Catherine.

leçon

pour

vous,

ne

me

fier dorénavant à personne.

Croiriez-

monsieur, que monsieur Lesec lui-mêine, le futur

de mademoiselle, n’a pas eu bonté de venir
parole?
M. Dubourg. Monsieur Lesec !
Catherine.
Oui, monsieur. Rose était là quand il
a eu le
courage de dire qu’aussitôt que les gens devenaient malheureux, il ne s’occupait pas même de les
plaindre. (M. Dubourg appuie sa main sur son front
comme pour chasser un sentiment pénible.)
Heureuse-

beau-pére

retirer

sa

ment, monsieur,
sien.

(Elle

tire

tous les

une

cœurs

lettre de

sa

ne

ressemblent pas au
Voici une lettre

poche.)

que monsieur Constant m’avait remise pour madame
Elle doit être bien sensible, car il pleurait comme

....

un

enfant, tandis qu’il l’écrivait.
M.

Dubourg, ouvre
jeune homme!

Excellent

la

lettre

comme

il

et

la

parle

lit des yeux.
bien de moi....

'

74

Annette et lui s’aimaient autant que cela! Je croyais que
ce n’était qu’un amour de tête.
Pauvres enfants! Je ne
suis

si fâché

plus

écouté les

quand
donné

donné

a

on
ma

m’ait

qu’on
propositions
fille

à

sa
un

de

fille

noyé

à

un

notaire“,

Au

fait, j’avais

Lesec,

parce que,

....

monsieur

notaire,
et

tout

on

est

dit:

dit.

„J’ai
Mais,

ce que je vois, les fortunes mêmes ne seraientelles pas égales, c’est une bien meilleure affaire.
Monsieur Constant ne sera pas un gendre, ce sera un fils....

d’après

C’est si rare!

Rentrons, Catherine.
moi, monsieur, qui n’ai plus de place?
M. Dubourg.
Dame! mon enfant, si tu es une
langue....
Et

Rose.

Catherine.

Mais, monsieur, n’écoutez donc pas

ma-

Est-ce à

Babylas.
l’âge de Rose que l’on fait des
11
avoir
fait
faut
bien d’autres choses avant.
propos?
dame

La

plus

mauvaise

roue

d’un

chariot

fait toujours

plus de bruit.

le

NARRATIONS.
TRAIT

Le

jour

en

DE

bon

BIENFAISANCE

naturel de

se

ces

Un dimanche,

jour.

mères étant allées
marronne

DE PAUL

à

présenta

leur habitation.

la

enfants
au

ET DE VIRGINIE.
se

lever de

développait
l’aurore,

de

leurs

messe, une négresse
les bananiers qui entouraient

première

sous

Elle était décharnée

comme un squelette
qu’un lambeau de serpiliére aujeta aux pieds de Virginie, qui
préparait le déjeuner de la famille, et lui dit: „Majeune
demoiselle, ayez pitié d’une pauvre esclave fugitive; il
y a un mois que j’erre dans ces montagnes, demi-morte

n’avait pour vêtement
Elle se
tour des reins.
et

/

75
de

faim,

la

souvent

Je fuis

chiens.

par des chasseurs et par leurs
maître, qui est un riche habitant de

poursuivie

mon

Rivière-noire; il m’a traitée comme vous le voyez“.
même temps elle lui montra son corps sillonné de
—

En

cicatrices profondes par les coups de fouet qu’elle en
avait reçus. Virginie tout émue lui répondit: „Rassurezvous, infortunée créature ! Mangez, mangez“, et elle lui

donna le

avait

apprêté.—
—

grâce à votre maître ;
pitié. Voulez-vous me
de
Dieu“, repartit la né„Ange

demander votre

d’aller

voyant,

vous

maison, qu’elle

peu de moments le dévora tout entier.
la voyant rassasiée, lui dit: „Pauvre misérable!
en

Virginie,
j’ai envie
en

de la

déjeuner

L’esclave

il

sera

conduire chez lui?“

—

touché de

Vir„je vous suivrai partout où vous voudrez“.
ginie appela son frère, et le pria de l’accompagner.
—

gresse,

L’esclave

les conduisit par des sentiers, au mià travers de hautes montagnes, qu’ils grim-

marronne

lieu des

bois,
pèrent avec bien de la peine,
passèrent à gué. Enfin, vers
vèrent

au

bas d’un morne,

sur

noire.

Ils aperçurent là

une

tâtions

considérables,

un

cupés
menait

et

et de

rivières

qu’ils

ils arri-

jour,

les bords de la Rivière-

maison bien

grand

à toutes sortes de travaux.
milieu

larges

le milieu du

bâtie,

des

plan-

nombre d’esclaves
Leur maître

se

oc-

pro-

pipe à la bouche, et un
grand homme sec, olivâtre,
Viraux yeux enfoncés et aux sourcils noirs et joints.
ginie, tout émue, tenant Paul par le bras, s’approcha de
l’habitant, et le pria, pour l’amour de Dieu, de pardonner
à son esclave, qui était à quelques pas de là derrière
D’abord l’habitant ne fit pas grand compte de ces
eux.
deux enfants pauvrement vêtus, mais quand il eut remarqué la taille élégante de Virginie, sa belle tête blonde
sous une capote bleue, et qu’il eut entendu le doux son
de sa voix qui tremblait, ainsi que tout son corps, en lui
demandant grâce, il ôta sa pipe de sa bouche, et, levant
son
rotin vers le ciel, il jura par un affreux serment,
au

rotin à la main.

d’eux,

C’était

une

un

76

qu’il pardonnait

à

son

esclave,

Dieu, mais pour l’amour d’elle.
à l’esclave de s’avancer
et Paul courut

fuit,

vers

après

pas pour l’amour de
Virginie aussitôt fit signe

non

son

maître; puis

elle s’en-

elle.

Ils remontèrent ensemble le

revers

du

morne

par où

descendus, et, parvenus à son sommet, ils s’assirent sous un arbre, accablés de lassitude, de faim et
Ils avaient fait à jeun plus de cinq lieues dede soif.
du soleil. Paul dit à Virginie: „Ma sœur,
le
lever
puis
il est plus de midi, tu as faim et soif; nous ne trouverons
ils étaient

point

ici à dîner:

redescendons le

morne

de-

et allons

„Oh
ami“, reprit Virginie, „il m’a fait trop de peur. Souviens-toi de ce que dit quelquefois maman: Le pain du
méchant remplit la bouche de gravier“.
„Comment
ferons-nous donc?“ dit Paul. „Ces arbres ne produisent
11 n’y a pas seulement ici un
que de mauvais fruits.
tamarin ou un citron pour te rafraîchir“.
„Dieu aura
la
voix des
exauce
pitié de nous“, repartit Virginie; „il

mander à manger

au

maître de l’esclave“.

—

non,

mon

—

—

A
petits oiseaux qui lui demandent leur nourriture“.
le
bruit
peine avait-elle dit ces mots, qu’ils entendirent
Ils y coud’une source qui tombait d’un rocher voisin.
rurent, et, après s’être désaltérés avec ses eaux plus elai—

de
que le cristal, ils cueillirent et mangèrent un peu
cresson
qui croissait sur ses bords. Comme ils regardaient de côté et d’autre, s’ils ne trouveraient pas quel-

res

les
que nourriture plus solide, Virginie aperçut, parmi
Le chou que la
arbres de la forêt, un jeune palmiste.
cime de cet arbre renferme au milieu de ses feuilles, est

fort bon manger ; mais quoique sa tige ne fût pas
plus grosse que la jambe, elle avait plus de soixante pieds
un

de hauteur.

A la

vérité,

le bois de cet arbre n’est formé

que d’un paquet de filaments; mais son aubier est si dur,
qu’il fait rebrousser les meilleures haches, et Paul n’avait
L’idée lui vint de mettre le feu
pas même un couteau.
au pied de ce palmiste; autre embarras: il n’avait point

77
de

briquet, et d’ailleurs, dans cette île si couverte de
rochers, je ne crois pas qu’on puisse trouver une seule
pierre à fusil. La nécessité donne de l'industrie, et souvent les inventions les
plus utiles ont été dues aux bonimes les plus misérables.
Paul résolut d’allumer du feu à
la manière des noirs. Avec
l’angle d’une pierre il fit un
petit trou dans une branche d’arbre bien sèche, qu'il assujettit sous ses pieds ; puis, avec le tranchant de cette
pierre, il lit une pointe à un autre morceau de branche
également sèche, mais d’une espèce de bois différent. Il
posa ensuite ce morceau de bois pointu dans le petit trou
de la branche qui élait sous ses pieds, et, le faisant rouler
rapidement entre ses mains, en peu de moments il vit
sortir du

de contact de la fumée et des étincelles.
des herbes sèches et d’autres branches
d’arbres,
et mit le feu au pied du
tomba
palmiste, qui bientôt

11

point

ramassa

après

avec

un

pouiller

grand

Le feu

lui servit

encore

à dé-

le chou de

ligneuses

et

de

ce

partie

fracas.

l’enveloppe de ses longues feuilles
piquantes. Virginie et lui mangèrent une

chou crue, et l’autre cuite

et ils les trouvèrent

sous

la

cendre,

également savoureuses. Ils firent ce
repas frugal, remplis de joie par le souvenir de la bonne
action qu’ils avaient faite le matin ; mais cette
joie était
troublée par l’inquiétude où ils se doutaient bien
que leur
longue absence de la maison jetterait leurs mères. Virginie revenait souvent sur cet objet; cependant Paul, qui
sentait ses forces rétablies, lui assura
qu’ils ne tarderaient
pas à tranquilliser leurs parents.
Après le dîner, ils se trouvèrent bien embarrassés,
car ils n’avaient
plus de guide pour les reconduire chez
eux.
Paul qui ne s’étonnait de rien, dit à
Virginie: „Notre
case
est vers le soleil du milieu du
jour; il faut que
nous passions,
comme ce matin,
par-dessus celte montagne que tu vois là-bas, avec ses trois pitons. Allons,
Cette montagne était celle des
marchons, mon amie!“
Trois-mamelles, ainsi nommée, parce que ses trois pitons
—

78

descendirent donc le

ils

ont la forme,

en

de la

morne

Rivière-noire du côté du nord, et arrivèrent, après
heure de marche, sur les bords d’une large rivière
La rivière

barrait leur chemin.

étaient, coule

ils

en

le bord de

sur

bouillonnant

qui
laquelle

lit de rochers.

un

sur

line

effraya Virginie: elle n'osa y mettre
les pieds pour la passer à gué. Paul alors prit Virginie
sur son dos, et passa, ainsi chargé, sur les roches glissan-

Le bruit de

tes de la

Paul fut
de

ses eaux

rivière, malgré

sur

le

rivage,

des Trois-mamelles

sur

Cependant Virginie,

de

de

son

longues

chargé

montagne
demi-

une

manquèrent,

peu

et il

reposer

auprès

reposée,

cueillit

se

sur

le bord de la

scolopendre qui pendaient
espèces de brodequins
pieds, que les pierres des chemins
car, dans l'empressement d’être

en

dont elle s’entoura les

mis en sang;
elle avait oublié de

avaient

utile,

un

Quand

feuilles de

Elle

tronc.

s'étant

arbre, penché

le tronc d’un vieux

rivière,

route,

sa

devant lui, à

qu’il voyait

lieue de là; mais bientôt les forces lui
fut obligé de la mettre à terre, et de

d’elle.

eaux.

ses

et il se flattait de monter ainsi la

sœur,

sa

le tumulte de

il voulut continuer

lit des

se

chausser.

Se sentant
elle

par la fraîcheur de ces feuilles,
branche de bambou, et se mit en marche

lagée

sou-

rompit

en

une

s’appuyant

roseau, et de l’autre sur son frère.
Ils cheminaient ainsi doucement à travers les bois;

d’une main

ce

sur

l’épaisseur de leur feuilde vue la montagne des
perdre
lage
Trois-mamelles, sur laquelle ils se dirigeaient, et même
le soleil, qui était déjà près de se coucher. Au bout de
quelque temps, ils quittèrent, sans s’en apercevoir, le
sentier frayé dans lequel ils avaient marché jusqu’alors,
et ils se trouvèrent dans un labyrinthe d’arbres, de lianes
Paul lit asseoir
et de rochers qui n’avaient plus d’issue.
niais la hauteur des

arbres et

leur firent bientôt

Virginie,

et

li

se

fatigua

mit à courir

se

pour chercher

un

en

çà

et

chemin hors de

vain.

11 monta

au

là,

ce

tout hors de

fourré

haut d’un

épais;

lui,
mais

grand arbre,

79

pour découvrir au moins la
montagne des Trois-mamelles, mais il n’aperçut autour de
lui que les cimes des
arbres, dont quelques-unes étaient éclairées
par les derniers rayons du soleil couchant.

Cependant

l’ombre des

montagnes couvrait déjà les forêts dans les vallées; le
vent se
calmait, comme il arrive au coucher du soleil;
un
profond silence régnait dans ces solitudes, et l’on
n’y

entendait d’autre bruit que le bramement des
cerfs, qui
venaient chercher leurs
gîtes dans ces lieux écartés.
dans

l’espoir que quelque

alors de toute

Virginie!“
sa

voix,

et

sa

force:

Paul,

chasseur

pourrait l’entendre,

„Venez,

venez

au

secours

cria
de

Mais les seuls échos de la forêt

répétèrent

à

Virginie“.

répondirent
plusieurs reprises: „Virginie

à

Paul descendit alors de

l’arbre, accablé de fatigue et
il chercha les
moyens de passer la nuit dans
ce lieu, mais il
n’y avait ni fontaine, ni palmiste, ni même
de branches de bois
sec, propre à allumer du feu; il sentit
alors, par son expérience, toute la faiblesse de ses ressources, et il se mit à pleurer. Virginie se
prit aussi à
verser des larmes.
Cependant elle dit à Paul: „Prions
Dieu, mon frère, et il aura pitié de nous“.
A
de

chagrin,

peine

—

avaient-ils achevé leur prière,
qu’ils entendirent

aboyer.

—

qui vient,

„C’est“,
le

soir,

dit

Paul, „le

chien de

tuer des cerfs à

quelque

un

chien

chasseur

l'affût“.
Peu après,
les aboiements du chien redoublèrent.
me
„11
semble“, dit
—

Virginie,
je

„que c’est Fidèle, le chien de notre case. Oui,
reconnais sa voix. Serions-nous si
près d’arriver, et

pied de notre montagne?“
En effet, un moment
après, Fidèle était à leurs pieds, aboyant, hurlant, gémisau

—

sant, et les accablant de caresses.
vaient revenir de leur
surprise, ils

qui accourait à

eux.

pleurait

de

ils

lui dire

un

joie,

se

A

Comme ils

ne

pou-

aperçurent Domingue
l’arrivée de ce bon noir,
qui

mirent aussi à

pleurer,

sans

pouvoir

Quand Domingue eut repris ses sens:
„0 mes jeunes maîtres“, leur dit-il, „que vos mères ont d'inmot.

—

80

elles ne
quiétude! Comme elles ont été étonnées, quand
où
la
de
au
retour
je les
messe,
vous ont plus trouvés
un coin
dans
travaillait
avais accompagnées.
Marie, qui
de l’habitation, n’a su nous dire où vous étiez allés. J’aimoilais, je venais autour de l'habitation ne sachant
Enlin
j’ai pris vos
même de quel coté vous chercher.
flairer à
fait
ai
les
vieux habits à l'un et à l’autre, je
m’eût
animal
ce
pauvre
Fidèle, et sur-le-champ, comme si
conm’a
11
entendu, il s’est mis à quêter sur vos pas.
Rivièrela
duit, toujours en remuant la queue jusqu’à
C’est là que j’ai appris d’un habitant que vous
noire.
lui aviez ramené une négresse marronne, et qu’il vous
Mais quelle grâce ! 11 me l’a
avait accordé sa grâce.
montrée attachée, avec une chaîne au pied, à un billot
,

,

et avec un collier de fer à trois crochets autour

de

bois,

du

cou.

le

morne

De là

de la

Fidèle, toujours quêtant,
Rivière-noire, où il s’est

m’a mené

arrêté

sur

encore

aboyant de toute sa force : c’était sur le bord d’une
auprès d’un palmiste abattu, et près d’un feu qui
fumait encore. Enlin il m’a conduit jusqu’ici. Nous soinet il
mes au pied de la montagne des Trois-mamelles,
Ala encore quatre bonnes lieues jusque chez nous.
y
Il
leur
des
forces“.
et
présenta
prenez
Ions, mangez,
ensuite un gâteau, des fruits et une grande calebasse
remplie d’une liqueur composée d’eau, de vin, de jus de
citron, de sucre et de muscade, que leurs mères avaient
en

source

—

préparée, pour les fortifier et les rafraîchir. Virginie
soupira au souvenir de la pauvre esclave, et en pensant
à l’inquiétude de leurs mères. Elle répéta plusieurs fois:
Pendant que
„Oh, qu’il est difficile de faire le bien!“
du feu,
alluma
elle
se
Paul et
rafraîchissaient, Domingue
—

bois tortu, qui brûle
flamme, il en fit un flam-

et, ayant cherché dans les rochers
beau
un

en

un

en jetant
grande
qu’il alluma, car il était déjà nuit. Mais il éprouva
embarras bien plus grand : quand il fallut se mettre
Paul et Virginie ne pouvaient plus marcher;
route.

tout

vert,

une

81
leurs

étaient enflés et tout rouges.
Domingue ne
de là leur chercher du

pieds

savait s’il devait aller bien loin

passer dans ce lieu la nuit
temps“, leur disait-il, „où je vous
ou

secours,
est le

à la fois dans
et

je

mes

suis vieux“.

bras? Mais maintenant

avec

portais
vous

„Où

eux.

tous deux

êtes

grands,

Comme il était dans cette

perplexité,
une troupe de noirs marrons se firent voir à
vingt pas
de là. Le chef de cette troupe, s’approchant de Paul et
de Virginie, leur dit: „Bons petits blancs, n’ayez pas
peur;

nous

passer ce matin, avec une
la Riviére-noire ; vous alliez demander sa

vous

de

négresse

—

avons

vus

En reconnaissance, nous
mauvais maître.
Alors
reporterons chez vous sur nos épaules“.
il fit un signe, et quatre noirs marrons des plus robustes

grâce

à

son

vous

—

firent aussitôt
de lianes

un

brancard

avec

des branches d'arbres et

placèrent Paul et Virginie, les mirent sur
leurs épaules ; et, Domingue marchant devant eux avec
son flambeau, ils se mirent en route, aux cris de joie de
toute la troupe, qui les comblait de bénédictions. Virginie
attendrie disait à Paul: „Oh! mon ami! jamais Dieu ne
laisse un bienfait sans récompense“.
Ils arrivèrent, vers le milieu de la nuit, au pied de
leur montagne, dont les croupes étaient éclairées de plusieurs feux.
A peine ils la montaient, qu’ils entendirent
des voix qui criaient: „Est-ce vous, mes enfants?“
Ils
Et
bienavec
les
noirs:
c’est
nous!“
„Oui,
répondirent
tôt ils aperçurent leurs mères et Marie, qui venaient audevant d’eux avec des tisons flambants. „Malheureux enfants“, dit madame de La Tour, „d’où venez-vous? Dans
„Nous vequelles angoisses vous nous avez jetées!“
dit
la
où
nous
avons
Rivière-noire,
nons“,
Virginie, „de
été demander la grâce d’une pauvre esclave marronne,
à qui j’ai donné ce matin le déjeuner de la maison parce
qu’elle mourait de faim et voilà que les noirs marrons
,

y

—

—

—

,

,

nous

fille

ont ramenés“.
sans

—

pouvoir parler;

Madame de La Tour embrassa
et

Virginie, qui

sentit
fi

son

sa

visage

82

mouillé des larmes de

sa
mère, lui dit: „Vous me payez
de tout le mal que j’ai souffert!“
Marguerite, ravie de
joie, serrait Paul dans ses bras, et lui disait: „Et toi
—

aussi,

fils,

mon

fait

tu as

une

elles furent arrivées dans leurs

bonne action.“

leurs

cases avec

Quand

—

enfants,

elles donnèrent bien à
manger aux noirs marrons, qui
s’en retournèrent dans leurs bois, en leur souhaitant toutes sortes de prospérités.
ALBIN.

Il y avait à l’association des anciens élèves de SainteBarbe, dans la rue des postes, un petit écolier de treize
C’était un fort joli garçon, bon caans, nommé Albin.
marade, grand travailleur, mais qui ne jouait jamais. 11
lisait pendant les récréations, ou se
promenait tristement,
les mains derrière le

forment

toujours

une

le

dos, le long des grands tilleuls qui

belle allée dans la

premier

de

sa

cour

classe;

la fin dè

l’année; mais personne ne
reusement qu’il était d’un caractère

un

bon

sujet;

Albin était fort aimé.
liers

rien

prête,

on

ne

garantit

l’appelait

malgré
Seulement,
et,

d’un

vu

doux et

quoi

toujours

Il était

collège.

l’avait

le pauvre Albin fût devenu
de toute la pension: mais, dans les

sans

du

il obtenait des

l’objet

son

prix

à

Heu-

complaisant,
des railleries

classes,

on

caractère

comme

surnom,
Albin le Triste.

rire.

avec

quand

le

estime

sérieux,
les éco-

sujet

y

n’avait pas de parents à Paris. Il n’allait en
que tous les deux ans; et, sans la promenade
des jours.de congé, il n’aurait connu de Paris que le
chemin du collège au bureau des diligences. Le
Albin

vacances

principal et les professeurs aimaient tous Albin. Ils avaient
plusieurs fois cherché à le consoler; mais, voyant qu’ils
n'y pouvaient réussir, et que même des larmes roulaient
dans ses yeux, lorsqu’ils l'interrogeaient sur la cause de
sa tristesse, ils cessèrent de lui en
parler. Les écoliers
n’en savaient pas plus que les maîtres sur les
chagrins
secrets de leur petit camarade. Albin les aimait tous
éga-

83

particulier à qui il fit confipeines; cependant le moment d’épancher
son cœur approchait.
Un jour que la pension avait été en promenade au
Champ-de-Mars, tandis que les écoliers jouaient à la halle,
à la corde, aux barres, à toute sorte de jeux, Albin se
promenait tout seul suivant sa coutume, sur le sommet
lement

il n’avait pas d’ami

:

dence de

ses

rivière; il regardait tristement le
Seine, songeant au fleuve de son pays, lors-

du tertre, du côté de la
de la

cours

qu’il aperçut un enfant qui
nageait comme un poisson;

débattait

se

il

voit

le

sur

l’eau.
du

danger

Albin

petit

malheureux, court à la rivière, s’y précipite, saisit l’enfant
par les cheveux, au moment où il enfonçait, et le ramène

Épuisé

fatigue, Albin pousse un cri, et se
trouve mal à côté de celui qu’il tient encore par les eheveux, et qui parait lui-même privé de sentiment. Cependant le maître et les écoliers accourent, au cri qu’ils ont
à bord.

On

entendu.

voisine,

on

les

de

porte les deux enfants dans une maison
approche du feu, on les frotte de flanelle,

a la joie de les voir revenir.
qu’Albin venait de sauver se nommait Frédéric.
Il avait eu l'imprudence de se baigner dans la
Seine, à l’insu et malgré la défense de son père. Sans
Albin, c’en était fait de lui, il se noyait. Lorsqu’il fut

et bientôt on

L’enfant

bien

réchauffé,
sa

avoua

il revint à la

désobéissance,

maison, les

larmes

aux

yeux,

et raconta comment il devait la

courageux petit garçon, qui n’avait pas craint
précipiter dans la rivière, pour le ramener à bord.
Il conjura son père de le mettre dans la même pension

vie

de

à

un

se

qu’Albin,

disant

frère,

loua le bon

cœur

Frédéric fut donc
à

lui,

sentait pour lui la tendresse d’un
le quitter. Le papa de Frédéric
de son fils, et consentit à sa prière.

qu’il se
plus

et ne voulait

au

collège

mit tant de zèle et de

amitié,

ves

de

ses

chagrins.

son

qu’il

d’Albin.

Il s’attacha si fort

dans les preula confidence de

persévérance

obtint de

lui

6

-,

*

84
cher

„Mon
ensemble

sous

Frédéric“,
un

lui dit-il

berceau de

du

lilas,

un

jour qu’ils

étaient

à la maison de

cam-

peines; tu
pagne
collège, „je
mérites que je t’ouvre mon cœur, et je puis pleurer avec
toi. J’avais une petite sœur, nommée Juliette, que j’aivais te raconter

mes

autant que mon père et ma mère.
Elle n’avait que quatre ans et demi, et déjà elle me chéSi j’étais grondé, elle pleurait avec moi.
Elle
rissait.

mais, que j’aimais....

me

pas

de manger les bonbons qu’on lui
joie quand elle me voyait rire :

forçait
de

sautait

toujours

reux,

été triste.

Je

me

donnait,
car je

elle
n’ai

souviens d’avoir été heu-

pauvre Frédéric, et c’est pour cela que je ne
l’être. J’ai perdu ma chère petite Juliette ....“

mon

puis plus

s’interrompit; les sanglots lui coupèrent la parôle.
„Pleurons tous deux“, lui dit Frédéric, „pleurons la
mort de ta chère Juliette; je n’y sais pas d’autre consolation“.
„Ma sœur n’est peut-être pas morte“, reprit Albin, en essuyant ses yeux: „je pense quelquefois qu’elle vit, et que je
pourrai la revoir. Je vais t’apprendre comment nous l’avons
perdue: elle avait une bonne provençale, qui la menait proUn soir la bonne
mener
tous les jours après le dîner.
ne revint pas; on attendit, on attendit.... Personne! On
parcourut la ville et les environs, on fit battre le tambour,
on mit des avis dans les journaux, toutes les démarches
furent inutiles; on n’entendit parler ni de la bonne, ni de
Je ne revis plus ma chère petite Juliette, dès
l’enfant.
ce moment il n’y eut plus de bonheur pour moi.
Mon
me mit en pension à Paris, espérant que le
père
voyage
et des camarades nouveaux me consoleraient; mais il n’y
a pas de consolation possible, puisque toi-même, mon cher
Frédéric, tu ne peux que pleurer avec moi“.
Depuis
cette confidence, Albin ne devint pas plus gai; mais il était
moins malheureux, parce qu’il pouvait causer de sa sœur.
Les vacances arrivent; au lieu de bondir de joie au
seul mot de vacances, Albin soupire en faisant son paquet.
Il va revoir la maison paternelle; mais sa petite Juliette

Ici Albin
—

—

—

85
ne

à

viendra pas lui sauter

table;

un

vêtement,

un

au

cou:

qu’il

maintenant!

verra

sa

joujou
qu’il espère,
„Ah! ma

cœur; et pourtant c’est là ce
qu’il va chercher en vacances.

sœur!

il

débris de

vide

place

lui fendra le
c’est

là

ce

bonne

petite

jardin ! Qu’il sera triste et
Quelle était verte la pelouse! Hélas!

désert

—

était beau le

il

n’y

c’est partout l’herbe de la
a plus de gazon pour Albin!
tombe“.
Tandis qu’il s’abandonnait à ces tristes pensées, le moment de partir arrive; il embrasse Frédéric,
—

et bientôt la

diligence l’emporte

au

galop

sur

la route du

midi. A moitié chemin la voiture s’arrête pour le dîner
Albin qui n’est pas long à ses repas,
des voyageurs.
demande au conducteur s’il peut faire un tour dans la

„Vous
qu'on se remette en route.
avez une bonne demi-heure, mon petit ami“, lui répond
celui-ci; „mais soyez exact, sans quoi nous partirons sans
vous“.
„Je serai ici avant une demi-heure“, dit Albin;
et le voilà qui suit la grande rue pour aller visiter une
église qu’on aperçoit de l’hôtel des messageries. Tandis
que, chemin faisant, Albin s’amuse à regarder les boutiques, il voit, à la fenêtre d’un revendeur, une petite
croix d’émail bleu, incrustée de mosaïque, dont il avait
fait présent à sa petite Juliette, il y avait trois ans.
„.Je ne me trompe pas“, dit-il, „c’est la croix de ma sœur,
Ah!
elle l’avait à son cou le jour qu’elle est disparue.
si je pouvais.... Madame, êtes-vous la marchande?“
„A qui avez-vous acheté cette croix?“
„Oui, monsieur“.
!
n’en
sais rien ; c’est notre homme qui
foi
„Ma
je
ne
me
mêle que de vendre. La voulezachète; moi, je
vous? je vous en ferai bon marché“.
„Ah! madame,
dites-moi où est votre mari ; il faut que je lui parle bien
La diligence va partir dans une demi-heure“.
vite.
mari!
il est à la vente, à deux pas d’ici“.
„Je
„Mon
vous en prie, madame, allez le chercher, que je lui parle“.
„C’est impossible. Qui garderait la boutique? D’ail„Eh bien! indiquez-moi
leurs, il ne peut pas quitter“.
où on fait la vente; je vais le trouver“.
„C’est très
ville,

en

attendant

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

86

facile; chez mademoiselle Chaînon, clans le carrefour.“

—

carrefour, ni mademoiselle
de la peine à la connaîlre
„Je
aujourd’hui; il y a huit jours qu'elle est morte.“
vous en supplie, indiquez-moi le carrefour.“
„Comment!

„Mais je

ni

connais

ne

Chamon.“

le

auriez

„Vous

—

—

—

vous

connaissez pas le carrefour à

ne

bien de votre

du

la
sur

encore

qui
boutique

rue

la

saut à la maison de la

l’affiche.

êtes

bavardage,

son

doigt

avoir lu

vous

impatienté longtemps le pauvre
la commère finit par lui montrer
conduisait au carrefour. Albin, après

avoir

Après
Albin de

présent!

pays!“

11

le

du

nom

vente,

revendeur,

qu’il

ne

fit

qu’un

reconnut facilement à

il demande le revendeur à la prequ’il trouve. C’était un fripier. „Hé!

entre,

mière personne
Gros-Jean, voilà

petit bourgeois qui veut te parler.“
mantelet“,
„Un
répond Gros-Jean: „tu veux
ne l'auras pas.“
me
mais
tu
Gros-Jean, en
distraire,
de
la
table
où
l’on
effet, placé près
vendait, ne pouvait
voir Albin, à cause d’un triple rang de fripiers et de
commères qui, grimpés sur des chaises et sur des bancs,
sou

—

un

le

sur

—

formaient

mantelet;

le

car

oublia tout-à-fait

fallut que le mall’adjudication du cruel
11

gradin impénétrable.

un

heureuxAlbin attendît jusqu’au bout

du propos de Gros-Jean,
pour disputer la nippe à son

fripier, piqué
Albin,

confrère.

Cependant, après la vente du mantelet, Albin fit tant
pieds et des mains, qu’il parvint jusqu’à Gros-Jean,
non sans avoir été piétiné, pressé, coudoyé de chacun,
et sans avoir lui-même fait dégringoler une demi-douzaine
de commères de leurs trônes vacillants.
Après avoir
des

essuyé

la mauvaise humeur de

de lui

ce

qu’il

bleue avait été vendue par

demeurait

au

un

d’apprendre:
aubergiste de la

sut enfin

la

croix

ville

qui

Albin y court.
L’aubergiste
mais dans un jardin qu’il a près de

Chariot-d’Or.

n’est pas

chez lui,

la ville.

Albin oublie

et ne songe

Gros-Jean, Albin

avait tant d’envie

qu’à

l’heure,

Juliette.

la

voiture, le conducteur,

Il vole

au

jardin,

arrive hors

87

d’haleine et tout
le retient

qui

pourtant

ce

en

L’aubergiste

eau.

heure,

une

était

d’arriver

avant

qu’Albin put savoir,
l’auberge où logent
au

au

milieu de

Le Chariot-d’Or est

un

bavard

fait.

Voici

son

verbiage.

les danseurs de

corde et les faiseurs de tours
les

La

ans.

faire

troupe

l’aubergiste,

croix

se

ne

laissé

trouvait du nombre.

plusieurs petits
il

a

qui viennent à la foire tous
passée, n’ayant pu satisdes effets en payement, et la

de l’année

11

se

rappelle qu’il y
en bas
âge;

danseurs et danseuses

sait pas où la

troupe

Albin, voyant par-là

avait
mais

est allée.

espérance trompée, retourne
qu’on est parti.
Albin se met à pleurer.
L’hôte des diligences lui fait
espérer qu’il trouvera peut-être une place pour le lendemain; Albin ne l’entend pas; il sort de la ville, et cherche
à la

diligence;

il y

a

son

deux bonnes heures

la solitude, pour s’abandonner à son chagrin.
Tout-àcoup il lui vient une idée qu’il croit excellente; il se
souvient qu’il a vu autrefois, dans l’almanach de Liège,

l’indication des foires et
achète

un

Chartres

almanach de

commence

marchés;

il rentre dans la

ville,

il y voit que la foire de
dans deux jours; il demande la route

Liège;

de

Chartres, et entreprend le voyage à pied. Comme il
n’avait pas beaucoup d’argent dans sa bourse, il ne mangeait que du pain le long du chemin, et couchait sur la
paille, tantôt dans une étable, tantôt dans une grange.
Enfin, après un voyage pénible de quatre jours, il arrive
à Chartres

champ

vers

de foire

les
aux

dix heures du soir; il demande le
premières personnes qu’il rencontre,

fatigué qu’il est, double le pas avec une nouvelle
Mais, hélas, il est trop tard. La foire est déserte;
les lumières s’éteignent peu-à-peu derrière la toile transparente qui ferme les boutiques; et la garde silencieuse
se promène à pas lents entre les deux rangs de
baraques.
„Allons“, dit Albin, „ce sera pour demain;“ et il va chercher un asile pour la nuit dans l’auberge la plus voisine
et la moins apparente qu’il peut trouver.
„Dors, Albin,
dors, et qu’un songe heureux te fasse retrouver ta chère
et,

tout

ardeur.

—

—

88

petite

Juliette.
ils ont

pas;

pleure,

ton

la

vu

père

te

tes pauvres

brisé: C’est le second!“

cœur

Cependant
foire,
11 est

parents ne dorment
diligence arriver sans toi; ta mère
cherche, et tous les deux disent, le

Hélas !

accuse

seul,

commencer

du

point

au

la paresse
voudrait

et

la

parade

;

jour, Albin,

sur

le

champ

de

des marchands et des curieux.

déjà

il

voir les danseurs de corde

compte les arrivants, parcourt

foire, et revient sans cesse à la grande
Enfin, le monde arrive ; le tambour
loge
L’honoet la trompette se font entendre; Paillasse paraît.
en

tous sens la

des sauteurs.

rable assistance

,

la tête levée

,

la bouche béante et les

de physionomies
yeux attentifs, offre le tableau comique
et préludent à la joie par
à
rire,
variées, qui s’apprêtent
des grimaces différentes. Nous ne suivrons pas la parade.
Paillasse y prodigua les balourdises, et son maître les
soufflets; l’un estropiait les mots; l’autre (par une profusion d’S et de T, qu’il échangeait sans scrupule) arronMais
dissait ses phrases et tranchait du beau parleur.
les plus belles choses ont une fin : las de crier sans
le directeur appelle
cesse butor et grossier personnage,

troupe, et la range sur les planches. Ainsi l’habile
marchand pare son étalage.
Albin tressaille: il ne voit pas sa sœur, l'espérance
l'abandonne, lorsqu'il entend ces mots: „Voici, messieurs,
la

mesdames,

un

échantillon de la

grande troupe

troupe trop nombreuse pour

teurs-voltigeurs,
tout entière. Aujourd’hui,
tacle, danse

des

sau-

paraître

ici

par extraordinaire, grand specvoltige, assaut des sauteurs,

de corde et de

pyramides, élévations,

et les excercises de la

jeune

Amé-

ricaine, un enfant de six ans, blanche comme un lis, et
qui danse l’allemande sur la corde, avec autant de grâce
que les

négresses

dames,

suivez la

Albin est
au

Entrez, messieurs,
foule, entrez, voyez le monde“.
du Canada.

déjà

dans la

milieu du théâtre.

et les danses de

Que

tous les

loge,
nous

assis

mes-

premier rang,
importent les cabrioles
au

sauteurs? Comme

Albin,

nous

89
attendons
rait

impatience la jeune Américaine. Elle patête ombragée de plumes de toutes couleurs;

avec

enfin, la

théâtre, pour saluer l'assemblée. Albin la voit, la reconnaît, saute sur le théâtre, et la prend
dans ses bras en s’écriant : „Ma sœur !“
„Mon frère !
mon frère!“ s’écrie à son tour la petite Juliette, en pieurant de joie.
Le directeur de la troupe, pour qui ce tableau n’a
rien d’intéressant, veut faire descendre Albin. „Retirezle spectacle“.
vous, petit drôle! Sortez d’ici; vous troublez
Albin résiste, et se tournant vers les spectateurs: „Au
est ma sœur,
secours, messieurs, au secours! Cet enfant
elle s’avance

sur

le

—

—

que ce scélérat nous
maire de la ville, et

a

enlevée.

nous

Qu’on

nous

nous

conduise

ferons reconnaître“.

au
—

Le directeur, qui voit le danger qui le menace, tente un
dernier effort pour enlever Albin et le faire sortir par
derrière le théâtre ; mais aux cris de celui-ci, cinq ou
six

vigoureux

nent les deux

quitte

tateurs

liette,

paysans montent sur les planches, et prenenfants sous leur protection. Un des specla loge et va chercher la garde. Albin, Ju-

et le chef des sauteurs sont conduits devant le maire.

Albin raconte la
verte de la

La

disparition

petite croix,

petite Juliette,

en

et la

de

scène

sanglotant,

sa

qui

sœur, la découvient d’avoir lieu.

fait aussi le récit de

son

histoire: Sa bonne l’avait menée promener dans un village
où il y avait une fête; elle l’avait laissée regarder des

faiseurs de tours, tandis qu’elle allait danser une contreLes sauteurs l’avaient emmenée, en lui prometdanse.
lui
de
donner du bonbon, et de lui montrer la lantant
terne

magique.

riole et l’avaient
elle criait.
en

foire,

sans

la

fait les

et

Ils l’avaient fait entrer dans leur caremportée, la menaçant de la tuer, si

Depuis

ce

lui avaient

temps ils avaient

appris

à danser

maltraiter cruellement.

plus

terribles menaces, si

l’avait enlevée.

couru

sur

la

corde,

Ils lui avaient

jamais

de foire
de

elle disait

non

plus
qu'on

90
Le maire dressa

enfants.

Le

de la déclaration des

procès-verbal

faiseur de

voulait nier les

tours

soutenir que la jeune Américaine était sa
maire l’envoya coucher en prison,
jusqu’à
fît

procès. Quant à Juliette
dans sa maison, jusqu’à ce qu’il
son

et son

frère,

eût trouvé

sûre pour les renvoyer à leurs parents, ce
Albin et sa sœur arrivèrent
pas à arriver.

faits,

qu’on lui

ce

il les

un

garda

occasion

une

qui

et

mais le

fille;

ne

tarda

soir à la

porte de la chambre où leurs parents étaient réunis. Ils
s’y arrêtèrent un moment, et entendirent le papa qui
disait:

„J’ai

eu beau demander à
l’auberge des diligences
la ville, personne n’a pu me dire ce qu’il était
devenu. Dieu tout-puissant! qu'avons-nous fait
pour être
aussi malheureux?“
à
la
fois
nos
deux en„Perdre
fants!“ s’écria la rnère.
nous
„Nous voici;
voici; ne

et dans

—

—

pleurez pas;“
déjà ils sont dans les bras de leurs pales
de pleurs et de baisers.
couvrent
rents, qui
et

L’histoire rapporte que le directeur des danseurs de
aux
galères à perpétuité. La chaîne

coi’de fut condamné
des

galériens passa par la ville où
petits amis. Albin fut la voir
liette refusa d'accompagner son frère.
chers

DEUX

LES

Il y

avait,

dans

un

demeuraient

passer;

nos

mais Ju-

FRÈRES.

village

du

département

des Hau-

pauvre homme qu’on appelait Marcel. Cet
homme avait deux enfants. L’aîné portait le nom de Jérôme, et le plus jeune se nommait Louis. Marcel avait

tes-Alpes,

un

du bon sens, mais il n’avait pas reçu
sentait

un

cation à

grand chagrin

ses

fils;

car

de

il était

d’instruction,

pouvoir donner

ne

et res-

de l'édu-

trop pauvre pour cela.

Il

avait pas d’école dans le village de Marcel. Ne
pouvant donc rien faire apprendre à ses deux
enfants, il

n’y

cherchait

au

et de vertu.

le

jour

avec

moins à leur

inspirer des principes de piété
évaporé et courait tout
petits vagabonds du village. 11 allait

Jérôme était fort
les

91
avec eux

voler des

fruits,

les

par-dessus

passer

murs

des

jardins,
plusieurs fois il avait reçu des corrections dont
il ne s’était pas vanté à son père. Il s’accoutumait aussi
et

par désœuvrement à maltraiter les animaux: c’était deun de ses passe-temps
que d’assommer les chiens,

venu

les

chats,

de

ou

les

casser

pattes

aux

poules

et

aux ca-

nards à coups de pierre.
Toutes ces mauvaises disposilions se fortifiaient en lui par l'habitude, et il était déjà
facile de prévoir qu’il serait un fort mauvais sujet.
était pas de même de Louis; les discours
père faisaient une impression plus forte sur le

11 n’en

de

son

permettait quelquefois de faire
reproches à son frère, lorsqu’il lui voyait commettre
mauvaise action, et plus d’une fois ces reproches lui

cœur

des
une

de cet enfant.

Il

se

avaient attiré des coups. Le caractère de Louis était naturellement gai; cependant il avait des moments de trisétaient causés par le

qui

tesse,

d’être

chagrin

ignorant,

moyen pour s’instruire. A force
de réfléchir comment il pourrait faire pour se tirer de
là, il lui vint une idée à laquelle il s’arrêta sur-le-champ.
Il s’en va chez le curé du village et lui dit: „Monsieur

et de

le

ne

trouver

curé, je

aucun

suis bien

malheureux.“

„De quoi donc,

—

enfant? J'ai pourtant entendu dire que vous êtes un
bon petit garçon, et que vous valez mieux que votre
mon

frère.“

„Oh!

—

monsieur le

garçon aussi, quoiqu’il soit
donc
Oh!

—

....

serais

Je

vous

bon

le

curé,

de

m’apprendre

capable.“

cette demande de la

que
tiers à

un

—

rendrais ensuite tous les services dont

Le curé fut tout

ce

frère est

mon

„Qu’est-ce
peu étourdi.“
„C’est de ne pas savoir lire.

qui vous chagrine?“
si j’osais vous prier, monsieur

à lire

je

curé,

un

serait

un

à la

fois

étonné

part d’un enfant si

sujet distingué.

et

enchanté de

jeune,

et il pensa

Il consent donc volon-

que désire le petit Louis, et voilà notre Louis
11
allant tous les jours apprendre sa leçon chez le curé.

ne

lui

ce

fallut pas

beaucoup

de

temps pour savoir lire,

92
il avait de très

car

toutes

continuer

Le curé le

forces.

ses

affection et voulut

en

enseigna successivement

Il lui

éducation.

son

prit

travaillait de

et

grandes dispositions

peu de géographie et d’histoire.
Je n’ai pas besoin de vous dire que Louis était parfaitement instruit en même temps des vérités de la religion,
à

écrire, à compter,

avait

un

grande piété.
temps—là, Jérôme se moquait de l'assiduité de son frère et l’envoyait promener, quand celui-ci
Les défauts
lui parlait d’apprendre aussi quelque chose.
de ce jeune homme devenaient des vices à mesure qu’il
grandissait. A quatorze ans, enfin, il était déjà parvenu
à se faire craindre et détester dans tout le village, et
n’avait plus pour toute société que trois ou quatre mauvais sujets, qui ne valaient pas mieux que lui.
Lorsque
et

qu’il

Pendant

une

ce

quinzième et seizième
un jour devant lui et

les deux frères eurent atteint leur
le

année,
leur dit

:

chers enfants

,

voici tous deux

vous

Je

fortune.

songer à votre

de

âge

père
„Mes

Marcel les fit venir

puis

ne

en

aider

vous

bien de
pour la faire, et vous savez que j’ai moi-même
Voici quarante-huit francs que j’ai
la peine à exister.
Je
comme j'ai pu pour vous les conserver.

épargnés
en

vous

puis
de

donne à chacun la moitié; c’est tout

faire pour

Allez

vous.

mon

tireras d’affaire.

J’ai

tir

Quant

grande obligation à monsieur
qu’il t’a donnée, elle te servira

toi,

mon

pauvre Jérôme,

je

ou

de Tau-

te vois

par-

bien des soucis.

curé, mais
vrer

je

Tu aurais pu faire comme ton
et mériter aussi les bonnes grâces de monsieur le

avec

frère,

que

ville; tâchez

et tu feras ton chemin d’une manière

à

ce

une

le curé de l’instruction

partout,

cela à la

faire fortune, et donnez-moi de vos
cher Louis , je compte que tu te

travailler, de
Toi,

nouvelles.

tre.

avec

tu

ne

l’as pas voulu ;

tu

as

préféré

te li-

dissipation: j'ai bien peur que tu
de t’en repentir.
Enfin, mon cœur fera les

à l’oisiveté et à la

n’aies

mêmes

sujet

vœux

pour
soyez heureux“.

vous

deux.

Allez

,

mes

enfants

,

et

93
Le bon Marcel embrassa

ses

fils

en

in-

pleurant, et,

volontairement, il pressa Louis avec un mouvement
Le curé était arrivé pendant cette scène.
tendre.

plus
Le

pauvre Louis se jeta dans ses bras, sans pouvoir parler
ni exprimer sa reconnaissance autrement que par des larmes.
Jérôme pleura aussi et ressentit une émotion véritable ; tant il est vrai que même les cœurs les plus corrompus ne peuvent se soustraire entièrement au tribut que
Enfin les deux frères

la nature réclame.
se

les

tenant par le

bras,

et le

père

s'éloignèrent,

en

Marcel et le bon curé

des yeux aussi longtemps qu’ils le purent.
Louis était dans une profonde tristesse. Jérome eut

suivirent

l’air de penser quelque temps; mais il se remit bientôt
et rompit le premier le silence, en disant à son frère:
allons à

n’est-ce

„Oui, que comp„Je n’en sais rien“.
„11 faut cependant y songer“. —„Je verrai, l’occasion me détermiliera.
J’aurai le temps d’y penser quand je n’aurai plus
„Cela ne tardera pas, mon pauvre Jérôme;
d’argent“.
j’ai lu quelque part que les enfants et les fous croient
que vingt ans et vingt francs ne doivent jamais finir“.
„Ah! mon frère, pas de serinons, je t’en prie. Je suis
assez grand pour savoir ce que j’ai à faire“.
„A la
bonne heure, je ne dirai plus rien“.
Après avoir marché toute la journée, nos deux piétons arrivèrent le soir à une auberge, où ils résolurent
de passer la nuit. Ils étaient environ à six lieues de Lyon,
11 y avait dans
et espéraient s’y rendre le lendemain.
assez
de
Entre
monde.
autres
l’auberge
personnes qui
s’y trouvaient, Jérôme remarqua un fourrier qui se renCe jeune homme n’avait
dait à la garnison de Grenoble.
mine
la
d’un
fort
bon
sujet, aussi eut-il bientôt fait
pas
la conquête de Jérôme; car, comme dit le proverbe, qui
„Nous

Lyon,

tes-tu y faire?“

—

pas?“

—

—

—

—

—

se

ressemble s’assemble.

Au bout d’un quart d’heure ils

sont amis intimes et se content l’un à l’autre leurs affaires.

Le

fourrier,

en

apprenant que Jérôme avait vingt-quatre

94
francs dans

sa

poche,

se

C’était

lécha les lèvres.

un

rusé

nouvel

ami, et
coquin qui en savait plus long que son
du
ruses
jeu. Il
qui avait appris en garnison toutes les
de
fait entendre à Jérôme qu'il a aussi
l’argent, et lui
homme
propose une partie de cartes. Celui-ci n’était pas
de
à refuser, et, comme tous les fous qui ne doutent
rien,
il voit déjà ses fonds doublés et sa bourse remplie d’une
Le sage Louis, qui avait entendu
manière intarissable.
11 voulut faire une obserla proposition, en fut effrayé.
vation à son frère, mais il en fut reçu fort brutalement
et obligé de se taire.
Voilà donc mes deux joueurs aux prises. La partie
En quelques tours de cartes, Jérôme
ne fut pas longue.
et par conse vit dépouillé de ses vingt-quatre francs,
de
ressources.
de
toute
„Prête-moi
espèce
séquent privé
de l’argent“, dit-il à Louis, „afin que je regagne celui que
„Non“, répondit fermement Louis;
je viens de perdre“.
—

„tu n’as pas voulu écouter mes observations, tu trouveras
bon que je sois sourd à ta demande, et que je garde
mon argent“.
„L’amitié du fourrier fut singulièrement
—

aussitôt

refroidie,
sou.

Il le

quitta

qu’il

sentit que Jérôme n’avait

plus

le

lui souhaitant bonne nuit et bonne

en

chance pour l’avenir, et alla se coucher.
Lorsque les deux frères furent seuls, Louis dit à
Jérôme

:

„Mon ami, je vois
Nos goûts et

que

nous

pourrons pas

ne

penchants ne sont point
et
ne
sauraient
les
mêmes
du tout
jamais s’accorder.
11 vaut beaucoup
Nous nous gênerions réciproquement.
chercher
mieux nous séparer et
fortune, chacun de son
Tu as perdu l’argent que tu avais, faute d’avoir
côté.
voulu suivre un bon conseil ; je ne veux pourtant pas
te laisser sans ressource en nous séparant. Je vais payer
sur mes
vingt-quatre francs, les frais de l’auberge, et
aller ensemble.

nos

,

nous
nous

partagerons le
dirons

adieu“.

reste en bons
—

Jérôme, qui l’accepta,

Cet
en

Ensuite

frères.

arrangement

remerciant

nous

convint fort à

avec

froideur

son

95

généreux

frère.

et au

II fut fait

du

comme

l’avait

proposé Louis,

point
jour
jeunes gens s’embrassèrent,
puis ils prirent chacun une route différente.
Jérôme, qui ne perdait pas de vue son fourrier, et
qui espérait toujours en tirer parti, abandonna le projet
d'aller à Lyon et prit le chemin de Grenoble, en marchant lentement, afin de donner au fourrier le
temps de
l’atteindre. 11 ne fut pas longtemps sans le voir arriver,
son sac sur
le dos et chantant joyeusement.
„Ah!
nos

deux

—

voilà camarade!

Eh! que faites-vous donc ici? je
croyais depuis ce matin sur la route de Lyon.“
„J’ai changé d’idée, mon ami, je veux aller à Grenoble
avec vous, et
j’ai envie de servir dans votre régiment.“
„En vérité? eh bien! tant mieux. Vous êtes un bon
vivant, et j’aime cela, moi. Oh! nous irons bien ensemble.
Allons, puisque c’est ainsi, en avant, marche! Je vous
présenterai à mon capitaine.“
vous

vous

—

—

Les voilà tous deux cheminant ensemble.
vent à Grenoble.

11 endosse

Jérôme est

l’uniforme, prend

faire l’exercice.

Ils arri-

présenté, engagé, incorporé.
le

mousquet

et commence à

Les

premiers jours tout alla assez bien;
Jérôme avait touché le prix de son engagement; il avait
en même
temps gagné un peu d’argent au jeu avec quelqu’un de ses nouveaux camarades, en sorte qu’i! ne pensait qu’à se divertir avec cet argent, et qu’il s’embarrassait fort peu du reste.

Cela

ne

pouvait pas durer ainsi

La bonne humeur
même
il

temps que

bien

longtemps.

de

ses

Jérôme commença à diminuer en
fonds; et lorsque sa bourse fut vide,

le mot pour rire. „Morbleu!“ disait-il,
„ce n’est pas là ce que je voulais. C’est pour m’amuser
que je me suis fait soldat. Je veux bien faire l’exercice
ne

trouva

et monter la

plus

garde;

mais à condition que je pourrai me
au diable le fusil et la
giberne.“

divertir, sinon, j’envoie
Jérôme, comme vous
—

ver

le savez, s’était accoutumé à troubons tous les moyens de satisfaire ses goûts. Or, dans

96
cette

circonstance,

donner la

sans se

peine

de chercher

d autre
procurer de l’argent,
celui-ci
voler, il pensa que

n’y avait pas, pour se
expédient que celui d’en
était le plus simple et le plus commode, et se détermina
à remployer sans le moindre scrupule.
11 avait remarqué que quelques soldats avaient amassé
soit en s’occuun peu d’argent, soit par leur économie,
les jours où ils étaient
pant dans la ville à divers travaux,
Ces braves gens avaient tous une petite somme
libres.
Les mauvais sujets
en réserve dans un coin de leur sac.
disaient d’eux qu’ils étaient des avares, et Jérôme pensa
Un
qu’ils méritaient bien le tour qu’il allait leur jouer.
matin donc il feint d’être indisposé et de ne pouvoir aller

s’il

à l’exercice

l'inspection
cinquante écus,
forme contre

jetant dans
poursuivi.

une
sacs, y
sort de la caserne, va

ramasse

une

les

Pendant leur absence il fait

les autres.

avec

des

veste

grise

et

somme

troquer

d’environ
son

quitte Grenoble,

uni-

en

se

chemins de traverse pour éviter d’être

Il arpenta le pays le plus lestement possible et coucha plusieurs nuits à la belle étoile, ne voulant pas s’exendroits où il aurait pu deposer à être arrêté dans les
avoir voyagé de cette manière
mander

l’hospitalité. Après
pendant environ

incommode

dix

jours,

il arriva dans

une

Il
grande ville, qu’on lui
aussi
tout
serait
résolut de s’y arrêter, et jugea qu’il y
bien en sûreté qu’ailleurs, et que, puisqu’il avait échappé
effet
jusque-là, il n’avait plus rien à craindre. C’était en
dit être

Châlons-sur-Saône.

de s’être soustrait
presque miraculeuse que
aux poursuites de la gendarmerie, qui ne plaisante pas
avec les déserteurs; et Jérôme était tout à la fois déserune

chose

teur et

voleur.

l’enhardit, et
un métier qu’il

Ce succès

continuer dans la suite

proposa de
trouvait lucratif

il

se

11 ne pensait pas
lui paraissait assez commode.
sur les
ouvert
est
la
de
l’œil
gens de son
justice
que
une fois, deux fois
bien
l’on
échapper
peut
espèce; que
et

qui

97
à

surveillance;

sa

mais

faut alors payer

qu’il

la fin il

quà

vous

découvre,

bonne fois pour toutes les

une

et
au-

Il commença par manger son
tres.
argent, ce qui ne
fut pas long, attendu que le jeu vint encore au secours
de son estomac, pour que ce fût plus tôt fini.
Quand il
se vit au bout de ses
il
fallut
ressources,
songer à en
trouver de

nouvelles,
qu’il appelait un bon
11 y avait

bulants.

attendant l’occasion de faire

en

à Châlons

Jérôme

ce

coup.
une

s’était lié

troupe de comédiens
cabaret

au

avec

un

am-

de

ses

histrions, chargé de remplir les rôles de brigand dans
les
din.

la

pièces qu’on jouait. Cet
Il avait souvent parlé

homme
à

se

nommait Bernar-

Jérôme des

agréments

de

de comédien; mais celui-ci n’en avait pas
pour deux raisons: la première, qu’il n’osait

profession

été

tenté,

pas avouer à son ami Bernardin, était que, ne sachant
ni lire ni écrire, il ne voyait pas trop quelle sorte de
rôles il aurait pu remplir; ensuite, c’est que

l’équipage

misérable du

faisait pas supposer
fortune à faire en marchant sur

brigand

qu’il

ne

y eût

ses traces.
grande
Un jour néanmoins il s’avisa de demander à Bernardin s’il n’y avait pas quelques rôles dans lesquels on
n’eût rien à dire; „car“, ajouta-t-il, „je n’ai point de mémoire, et je ne pourrais jamais apprendre une ligne par
cœur.“
„Cela ne fait rien,“ répondit Bernardin, „il y a
ce que nous
appelons des rôles muets.“
„En vérité?“
bien!
s’il
reprit Jérôme, „eh
manque quelqu’un de votre
cet
m’en
troupe pour
emploi, je
chargerai volontiers.“
n’as
il
a
une
„Tu
qu’à dire;
y
place vacante, et je te
vais présenter au directeur.“
,,Touche-là,“ dit Jérôme,
entendu.“
Jérôme
est
„c’est
présenté, le directeur lui trouve
une

—

—

—

—

une

bonne

débuter.
bande

de

physionomie,
Il

était vêtu

son

merveille:

convenable,

son

et

dès

et
en

brigand

chef Bernardin.

visage
voici

le lendemain
et faisait

Le

avait surtout
ce

qui

partie

le fait
de la

lui allait à

costume
une

on

expression

fort

contribuait à la lui donner:
7

98
Avant de monter
d’œil

le

sur

théâtre,

le bureau où l’on

sur

il

vendait

avait

jeté

un

coup

les billets d’entrée.

L’aspect de la recette avait excité en lui certains désirs,
qui se peignaient dans ses traits et les mettaient parfaitement en harmonie avec son rôle.
Quand la représentation fut terminée, le directeur lui fit compliment, et
lui témoigna un grand regret de ce que sa mémoire ne
lui permettait pas de remplir un premier emploi.
Mais
Jérôme répondit toujours que la chose était impossible,
cela ne dépendait pas de sa volonté.
Toute la nuit il eut devant les yeux l’image séduisanté de la recette, et son esprit ne fut plus
occupé que
et que

moyens de

des

pendant
plan. Après
un

l’approprier

se

mois

ou

deux

un

beau

Il

jour.

moyens d’exécuter

aux

rêva

ce

joli

y avoir beaucoup songé, il pensa qu’il n’avait
pas d’autre parti à prendre que celui d’engager le receveur à faire société avec
lui, et à s’esquiver tous deux
en

la caisse.

emportant

bité de
assez

ce

bien, il

à lui faire la
et

cabaret,
part de

et

receveur,

Notre Jérôme avait flairé la procomme il
s’y connaissait déjà

crut

pouvoir, en toute sûreté,
proposition. Il l’engagea donc

tout

en

vidant

une

bouteille,

un

dimanche,

pouvait
chose

se

et l’on

devait

manquer d’attirer
passa

comme

je

le dire.

vous

caissier, ayant
sac, selon

lets,

fait

allait

verser sa

caisse,

au

Jérôme lui fi

vues, et n’eut pas infiniment de peine à le
11 fut arrêté entre eux que le jour suivant
entreprise serait exécutée. Ils ne choisissaient

pas mal leur jour, car c’était
donner un spectacle qui ne
beaucoup de monde. Or, la
Le

hasarder

à boire

ses

persuader.
la grande

vais

se

son

recette.

réalisé la valeur de tous

l'usage,
Mais, au

il sort furtivement

de

et

l’emporte

lieu de

se

la ville et

ses

comme

bils’il

rendre à la

va

loyalement

l’attendait à

rejoindre
compagnon, qui
et qu’une indisposition supposée
son

ce

jour-là

réunis,

ils

dans la
se

quelque distance,
avait dispensé de
figurer
représentation. Aussitôt qu’ils furent

mirent à marcher bon pas, pour

-

se

mettre

99
à l’abri le

que possible.
s’arrêtèrent qu’au

plus promptement

Ils coururent

point du jour,
dans une auberge, pour y prendre quelque nourriture.
Jérome ne fut pas peu effrayé, lorsqu’il vit dans celle
auberge deux gendarmes, qui avaient laissé leurs chevaux
dans la cour. 11 n’avait pas oublié sa désertion, et, comme
il s’aperçut que les gendarmes le regardaient avec quelque attention, il ne douta pas qu’ils n’eussent son signaainsi toute la nuit et

Sans

lement.

ne

dire

rien

à

son

il sort de

compagnon,

la salle et passe dans la cour, où se trouvaient les ehe11 choisit le meilleur, donne un
vaux des gendarmes.

afin qu’on
coup de couteau dans le poitrail de l’autre,
ne puisse pas s’en servir pour le
poursuivre, monte à
cheval et- se met à galoper, en se moquant des gendar-

qui le regardaient fuir et le menaçaient inutilement.
plus triste figure était celle du pauvre diable de
Jérôme emportait l’argent, tandis que lui restait
receveur.

mes,

Mais la

sans

et

ressources

dannes.

Nous

pour otage entre les mains des genplus tard ce qui lui arriva pour

verrons

s’être laissé séduire par les conseils d’un
Jérôme galopa donc sur le cheval

brigand.
du gendarme,
de
ce que la
fatigue, tomba
jusqu’à
pauvre bête, épuisée
et expira sur la place. Notre voleur alors s’éloigna de la
route et entra dans un bois, pour s’y reposer et compter
trésor.

son

n’en avait

Il

se

jamais

six cents francs.

montait à
Il

tant vu.

se

crut

un

moment

Jérôme
en

état

Cette illusion

d’attendre tous les événements

possibles.
longtemps; car tandis qu’il contemplait encore ses richesses, il vit paraître devant lui deux hommes
à figures épouvantables, qui lui mirent le pistolet sur la
ne

dura pas

gorge,
Jérôme

en

lui demandant la bourse

jette

un

cri et tombe

sur

ou

le

la vie.

dos,

Le pauvre
comme s’il eût

Les
reçu quatre ou cinq chevrotines dans la tête.
deux brigands le rassurèrent en lui disant: „Ne crains

déjà

rien,
nous

ne
ne

crains
le

rien,

ferons

nous

pas

n’en voulons

de mal“.

—

qu’à
„Eli!

tes écus et

que
7

*

diable

100
leur dit

messieurs“,

entendu

toujours

Jérôme,

revenu

de

sa

dire que les loups ne
J’ai l’honneur d'être des

pas entre eux.
faites là une vilaine action de
bien!“ dit

„Eh

un

dépouiller un confrère“.
brigands, „si tu es en effet des nôtres,

des

lu peux t’enrôler dans notre

„Volontiers, messieurs,

et

—

bande; viens

je

ne

reste rien de mieux à faire.“

me

frayeur, „j’avais
se
mangeaient
vôtres, et vous

nous“.

avec

—

pense pas en effet qu’il
Jérôme suivit les deux

voleurs, qui le conduisirent dans un endroit fort épais
du bois, où se trouvaient leurs camarades, au nombre

„Voici un nouveau frère que nous
sept ou huit.
vous amenons“, dirent les scélérats, „il apporte de l’argent
de

—

à la masse“.

Voilà donc Jérôme enrôlé dans

Je n’ai pas besoin de
fit
Il

pendant quatre
devint un des plus

ans

peu de temps,
métier, et il

on

une

bande de voleurs!

dire, après cela,

vous

qu’il

resta

y

sans

habiles de la troupe.

ce

qu’il

Au bout de

l’intelligence pour le
ce qu’on appelle
en avant pour
épier

lui reconnut de
les

tout

être découvert.

fonctions de

remplit
éclaireur, c’est-à-dire, qu’il allait
11 se rendait dans une
les coups qu’il y avait à faire.
en
introduisait
qualité de domestique ou de
maison, s’y
avec
une adresse merveilleuse,
volait
toute autre manière,
la
chose
était nécessaire, préparait les voies
et, quand
à

associés.

ses

Un
il

comme

espérait

lui,

il

jour

introduit,

faire

officier

un

reconnut pas.

qui

servait

et

se

je

disposait

à

viens de le

une

coup superbe. Malheureusement pour
vint dîner au château, ei Jérôme ne le

Pendant le dîner, l’officier observait
avait son assiette sous le bras.

regardé quelque temps, il

„Voilà

un

déserteur
—

et

un

n’en

a

pas le temps;

on

le

Jérôme,
Après

s’écrie tout d’un coup:
Qu’on arrête cet

voleur!

Jérôme, qu’un coup

que ces terribles
et s’élance vers la

épouvanté
assiette

château où

un

un

l’avoir

homme“.

et s’était

expédition

dire, dans

de

paroles,

foudre
laisse

eût moins

tomber

porte pour s’enfuir.

saisit,

on

son

Mais il

l’enferme dans

une

101

chambre,

et

(luire

prison.

en

l'on

chercher la force armée pour le

va

Le moment était

venu

où tout allait

se

réunir

con-

contre

Jérôme. Deux

gendarmes arrivent, et l’un d’eux se trouve
être précisément le même sur le cheval
duquel notre
coquin s’était enfui après le vol de Chàlons. Vous devinez le reste,

prison,
jour, il

est

galères.

chers

mes

procès

son

est

amis; Jérôme

instruit,

conduit

en

crimes sont mis

au

est

forcé de les avouer, et il est condamné

Mais

de huit

n’est pas tout: il
qu’il était à Toulon,
ce

jours
s’approche de

lui

ques instants;

puis, soulevant

il le

poussant

lance,

ses

sur

le

port

et le
son

aux

n’y avait pas plus

lorsqu’un galérien
fixement quel-

regarde

boulet à deux mains,

cri

terrible, dans la poitrine
de Jérôme, qu’il étend à ses pieds.
„Misérable“, dit-il,
„je t'attendais ici pour me venger! C’est à toi, c’est à tes
perfides conseils que je dois le malheur de traîner cet
instrument d’infamie et de douleur.
Sans toi, je n’eusse
pas été un scélérat; c’est toi qui m’as fait commettre le
premier crime. Mon dernier crime est un meurtre, mais
je le commets pour délivrer la terre d’un monstre.“
Ainsi finit Jérôme, après avoir passé par tous les
degrés du crime. La vengeance du Ciel et des lois se
fait quelquefois attendre; mais le
coupable ne lui échappe
jamais, et elle l'atteint tôt ou lard.
Lorsque Louis se fut séparé de son frère, il tourna
ses
Il pensait, chemin faisant, à
pas du côté de Lyon.
en

un

—

Jérôme,
de

ce

et

concevait toutes sortes de craintes

malheureux.
il disait:

sur

le sort

Puis,
reportant
pensées sur
faire?
Quand je serai
„Que vais-je
en

ses

lui-même,
ville, quelles seront mes ressources? Je ne connais
Tout ce que je dois
personne qui puisse me protéger.
c’est
d’entrer
dans
espérer,
quelque maison pour le serà la

J’aimerais bien mieux rester à la campagne et me
Voyons, décidons-nous: il ne faut pas
entreprendre plusieurs choses; il faut s’attacher à une

vice.

faire cultivateur.

seule,

et

s’y livrer

tout entier.“

102

près d'une
vignes et

En causant ainsi avec lui-même, il arriva
grande ferme, qui consistait en terres, bois,

„Voici

prés.

me

Il entre dans la

dit-il.
et lui

qui

ce

conviendrait merveilleusement

maison,

présente

se

demande s’il n’a besoin de personne.

besoin que d'un

pâtre

44

soyez content de

le

répondit

•—

fermier, „si

mon

Louis est reçu, et

ferai

possible

mon

,

fermier,
„Je n'ai

emploi
„Volon-

cet

pourrez entrer chez moi“/—

convient,
tiers“, dit Louis, „je
vous

vous

,

au

14

pour que

vous

service“.
commence

à conduire les

troupeaux

occupation n’était pas fort de son
champs.
il
mais
prenait son parti et il disait: il y a corngoût;
Ce qui le désolait, c’était de n’avoir
à
tout.
mencement
acheter
quelques livres. Il imagina
pas d’argent pour
divers
de faire
petits ouvrages pour en gagner, et il eut
soin de ne pas toucher à ses gages, afin de les réserver
il fondait un grand espoir.
pour cet usage , sur lequel
et d’intelligence à soigner
de
zélé
tant
Du reste, il mit
à
sa
les bestiaux confiés
garde, que le fermier ne put
Cette

aux

s’empêcher

de

bête malade ;

litières

Il n’y avait jamais
remarquer.
étaient
les étables
propres et saines, les

une

le

toujours renouvelées

et

bien tenues.
dans

Ce fut

au

autre

placer
payé. Mais il avait
souvent ouï dire qu’il y a toujours plus de profit à rester
où l’on est, qu’à courir de droite et de gauche. D’ailleurs
à qui il
son cœur était trop reconnaissant pour oublier
devait le premier asile qu’il eût trouvé.
Aussitôt qu’il le put, il écrivit à son père pour lui
Il écrivit aussi à son respecfaire part de sa position.
table instituteur, et lui confia ses projets et ses espérances.
Le bon curé n’eut pas plus tôt reçu la lettre de son
élève, qu’il s’empressa de lui envoyer trois ou quatre
11 serait difficile de
livres d’agriculture qu’il possédait.
Il se
en les recevant.
Louis
la
joie qu’éprouva
peindre
mit à les étudier avec ardeur; il les emportait aux champs

point que, si
ferme, il eût

avec

lui,

Louis eût voulu

se

une

été recherché et bien

et tandis que les

troupeaux paissaient, il était

I

103
assis

sous

arbre, lisant

un

comme

savant

un

dans

son

cabinet.
Au bout de deux ans, le fermier
Berthaud, son maître,
„Mon cher Louis, je suis content de toi. Je t’ai
beaucoup d'obligation pour le bien que tu as fait à mon
bétail. Je sais qu’on t’a fait des
lui dit:

ses

et que tu les

avantages qui
naissant de

propositions avantageu-

refusées. Je

as

t’ont été offerts.“

vos

bontés;

proposer, si vous
sais des moyens pour

vous

votre

ferme.

travaux.“

—

mais
avez

te faire les mêmes

veux

„Je

—

j’aurai

suis bien

une

de la confiance

augmenter beaucoup

Laissez-moi pendant

un

Après quelque hésitation,

recon-

autre chose

le

à

moi.

Je

revenu

de

en

gouverner les
le fermier y conan

sentit.
Louis

donc à régir les terres de son
profit ses connaissances en agriculture. Il n’y eut bientôt
plus, dans le domaine, ni friches
ni jachères; toutes les terres furent en
plein rapport; il
ne fut
plus question de les laisser reposer sans rien produire, mais de les cultiver avec soin, d’en tirer le plus
grand parti possible, d’employer avec industrie les meilleurs engrais. Louis fit des
prairies artificielles, que l’on

maître,

ne

commença

et à mettre à

connaissait

encore

pas

dans

le

pays.

Le fermier

Berthaud, qui avait tenu jusqu’à ce moment à son ancienne
routine, ne voyait pas sans crainte les expériences du
jeune agriculteur; néanmoins il comptait tellement sur
son talent,
qu'il le laissait faire en dépit de ses propres
craintes et des discours railleurs des autres fermiers du
canton.

Mais

lorsqu’au

travaux de

augmenté
en

Louis,

du tiers

bout de l’année il vit les succès des
que le revenu de sa ferme se trouva

et

ou

du

l'embrassant de tout

à leur

quart, il

son cœur.

tour, regardèrent cela

peu d’envie.

avec

sauta

au cou de Louis
Les autres cultivateurs
étonnement et avec un

„II ne tient qu’à vous“, leur disait le bon
faire autant et de jouir des mêmes
homme,
„d’en
jeune
Vous
avez
un terrain bien riche et
avantages.
qui vous
—

104
donnera tout

vous

ce

que
ment le faire valoir

ce

lui

qu'il

seule-

demanderez; sachez
Les

vaut.

plus grands

trésors

de la France sont dans l’industrie des cultivateurs; c’est
l’agriculture qui peut faire de ce pays le pays le plus

Si les

Français étaient
et
ce côté,
être puissants et riches.
fonds inépuisable que la

riche de la terre.

lieraient tous leurs soins de

beaucoup

pour

rapport

en

ce

sages, ils tourils auraient fait
Sachons mettre
nature nous

a

légué; écoutons les conseils que nous donnent les hommes éclairés, et ne faisons pas le sacrifice de notre fortune à

Le
sa

de vieux

préjugés,

fermier Berthaud

à d’anciennes routines.“
ne

il lui avait donné de forts

savait

comment

témoigner

Au bout de l’année

reconnaissance à Louis.

appointements,

dont

d’essai,

Louis,

en

fils, faisait passer la plus grande partie à son vieux
père. Il lui écrivait régulièrement, ainsi qu’au respecbon

curé, de qui il tenait cette éducation, source de sa
prospérité. Il n’avait, dans sa position, qu’un seul chagrin,
table

d’ignorer le sort de son frère Jérôme; et c’était
cependant un bonheur pour lui de l’ignorer, puisqu’il
n’aurait eu qu’à en rougir.
Cependant le fermier gagnait de l’argent et achetait
A
des terres. 11 avait une fille unique qui était jolie.
de
elle
était
quaâgée
l’époque où Louis vint à la ferme,
torze ans, et il ne lui manquait alors qu’un peu d’instruc-

c’était

tion pour être une charmante personne. Louis obtint de
son maître la permission d’enseigner à la jeune Annette
e

peu

savait.

qu'il

jeunes

gens

Il
pour l’autre sans se l’avouer.
ans que Louis faisait prospérer la
thaud lui dit

un

s’aperçut de
éprouvaient l’un
y avait environ cinq
ferme, lorsque Ber-

Le fermier Berthaud

l’inclination que les deux

jour: ..Louis,

tu m’as rendu des

services,

je n’ai pu les reconnaître autrement qu’en te traitant
comme mon fils : Veux-tu le devenir tout-à-fait? Ma fille
et

t’aime, elle

te

plaît, je

Louis presque fou

te la donne.“

de bonheur.

11

Ces mots rendirent
ne

se

possédait plus

105

de

joie. Annette

consentit

à cet arrangement.

peine

sans

On fit venir le vieux Marcel pour assister aux noces, et
le bon curé voulut en être aussi.
Tout se passa joyeusement.

Notre cher Louis était

Lorsqu’il

eut

consentir

à le laisser

instances à celles de

repartir,
ce

„père Marcel,
près

de

de

D’ailleurs,

enfants.

nos

vous

demeurerez:

votre

fils;

et

je

ne

car

veux

sommes

l’autre,

nous

tout ce

plus

me

il

voulut

plus
joignit ses
„Tenez“, disait-il,
ne

Berthaud

—

vieux tous deux; restons enpour être témoins du bonheur
ce

allons

qui

lui,

et

bon fils.

semble l’un

nous

comble du bonheur.

au

de

père auprès

son

est

pas chez moi que
être tous les deux chez

ne

ici,

sera

c’est à

mêler de rien.“

ces

Le

jeunes gens,
père Marcel

aux
yeux; il ne demandait pas mieux
que de vivre ainsi en famille, et le discours de Berthaud
acheva de le déterminer, et de faire taire sa délicatesse.

avait les larmes

Louis, à vingt-cinq ans, se trouva l’époux d’une
charmante, le soutien de son père, maître de quel-

Ainsi
femme

ques hectares de bonne terre, et fermier d’une excellente

Ce fut à cette

ferme.

époque qu’il éprouva cependant
grand chagrin. Le bruit de la mort honteuse de son
frère se répandit partout et parvint jusqu’à lui. Cet événement terrible fut le seul nuage qui troublât le bonheur
un

Louis, mais il le troubla d’une manière cruelle.
Lorsque Louis se vit tout-à-fait le maître, il osa
faire plus encore qu'auparavant.
Au bout de peu d’ande

nées

sa

fortune

se

II serait difficile de

trouva

considérablement

augmentée.

représenter un bonheur plus parfait que le sien.
Ses enfants, élevés par ses soins dans
tous les sentiments d'honneur et de probité, qu’il a professés lui-même, donnent les plus flatteuses espérances.
Il est heureux père, parce qu’il a été bon fils; il est fortuné, parce qu’il a été laborieux et industrieux; il est
considéré et honoré, parce qu’il est bon citoyen et utile
à

son

pays.

se

106
LE

Le

du

village
commérage

VENTRILOQUE.

de

Hopfield est par excellence le séjour
médisance; là chaque bouche est
trompette, chaque habitant est un écho; chuchotez

une

le matin

et de la

secret à

un

l’entendrez

vous

crête,

un

bout de la

répéter partout;

et les amis ressemblent à des

rien retenir.

peuvent

—

Si

et le soir

paroisse,

l’amitié même est indis-

fêlés

verres

voulez obtenir

vous

complaisance de votre voisin, n’allez
à Hopfield, car là personne n’a

non

pas

meurer

un

qui ne
quelque

plus deperdre

instant à

pour les autres; mais que par hasard une voiture ou un
cheval traverse la place, qu’une voix crie balais à tendre,
et vous verrez
sa

porte;

car

chacun abandonner
l’on

est

aussi

et l’on y est aussi
est économe lorsqu’il

Hopfield,
l’on

en

Par

une

chaude soirée

travail et courir à

son

curieux

que

médisant

à

prodigue de son temps que
s’agit de rendre service.
d’automne, Peggy Mulliers,

qui raccommodait, sur le seuil de sa cabane, une paire
de bas, les jeta tout-à-coup de côté e! s’avança vers le
milieu

de

la

rue

pour voir où

son

voisin, Zoé Willis,

courait si vite.

Or, elle aperçut bientôt une grande foule
d’hommes, de femmes, d’enfants, qui vinrent de l’autre
bout du village, et au milieu un ours noir qui marchait
nonchalamment conduit par un bateleur.
Celui-ci portait
une grande redingote blanche dans laquelle il eût
pu se
renfermer deux fois; un gilet trop court, en divorce avec
son pantalon, et qui laissait passer une chemise vieille
en lambeaux;
des bottes à revers auxquelles il ne manla
semelle, et un chapeau gris depuis longquait que
veuf
de
Un jeune garçon en blanc
sa bordure.
temps
et à Pair affamé marchait à sa tête, soufflant dans un
grand flageolet, et battant si vigoureusement sur un tambourin, que, seulement à l’entendre, tous les pieds battaient la

mesure.

auberge

du

cercle

—

village,
autour de lui,

Arrivé devant le
le bateleur

Lion-Rouge,

s’arrêta;

ordonna à Bruin,

il

son

seule

lit faire le

ours, de

se

107

debout; puis, brandissant son bâton sur la tête
de l’animal, il commença à danser avec lui, faisant des
imitait de la
passes et prenant des poses que Bruin
si
les habitants
On
la
manière
pense
plus pittoresque.
bon cœur.
riait
de
foule
et
si
la
étaient
heureux,
deHopfield
se
trouvait
de
Un ventriloque
joyeuse humeur, qui
mettre

alors

Lion-Rouge, regardait par une
Arrivé depuis le matin,
bouffon.
au

fenêtre

ce

spec-

déjà été
et
crédulité
la
à même de reconnaître
l’ignorance des
en
lui
vint
l’idée
conséquence de
habitants de Hopfield;
à leurs dépens.
s’amuser
se servir de son adresse pour
et
Il descendit parmi les spectateurs,
profitant d’un moment
se
taisaient, il s’approcha
où le flageolet et le tambourin
sans
doute?“ lui dit-il
du bateleur.
„Votre ours parle
le
Le bateleur
sérieusement.
regarda finement, haussa
les épaules, et répondit avec brusquerie: „Ma foi, interrogez-le et vous le saurez“. C’est ce que le ventriloque
Il fit un pas vers Bruin, mit ses deux mains
attendait.
dans ses goussets, comme un homme qui se prépare à
faire le plaisant, et dit à l’ours d’une voix goguenarde:
-Tu danses comme un sujet de l’Opéra, et je t’en fais
De quel pays es-tu, mon gentleman?“
mon compliment.
Une voix qui semblait sortir de la gueule de l’ours,
répondit: „Des Alpes, en Suisse“.
Nous n’essaierons point de dépeindre le saisissement de la foule; chacun resta frappé d'étonnement et
d’effroi ; mais la stupeur du bateleur était à peindre au
Il ouvrit ses
milieu de toutes ces figures consternées.
vide de
bouche
sa grande
ouvrit
grands yeux hébétés,
si ses pieds eusimmobile
aussi
et
demeura
que
dents,
Le ventriloque se détourna vers lui:
sent pris racine.
bien l’anglais“, dit-il, „et c’est à
fort
ours
parle
„Votre
Puis
reste un peu d’accent helvétique“.
lui
s’il
peine
as l’air
triste?“
Bruin:
à
de
nouveau
„Tu
s’adressant
„Les brouillards de l’Angleobserva-t-il avec intérêt.
Ici la
le
donné
terre m’ont
spleen“, répliqua l’animal.
tacle

il avait

—

—

—

—

—

,

108

s’éloigner de quelques pas. Le ven„Y a-t-il longtemps que tu appartiens
à ton maître?“
„Assez longtemps pour que j'en sois
ennuyé.“
„Est-ce qu’il n’est point bon avec toi, Bruin?“
„Oui! bon comme un forgeron avec son enclume.“
„Et que veux-tu faire pour te venger?“
„Un de ces
matins je le mangerai comme une rave à mon déjeuner.“
A ces mots, la foule effrayée laissa un large espace entre
elle et l’ours.
Le bateleur éperdu voulut tirer à lui la
chaîne de Bruin; mais l’animal ennuyé fit entendre un
sourd grognement. Le ventriloque n’en attendit pas davantage; il enfonça son chapeau, tourna sur lui-même, et
prit sa course vers l’auberge; la foule épouvantée l’imita,
et se dispersa de tous côtés en courant comme si elle
eut eu l’ours à ses trousses.
Le ventriloque, arrivé au
en
riant
les
Lion-Rouge, regarda
fuyards se perdre dans
les différentes rues du village, tandis que la cause de
tout ce désordre, Bruin, tranquillement assis sur son derrière, semblait jeter un regard insouciant et philosophique sur toutes ces terreurs qui s’agitaient autour de lui.
Le soir même, le ventriloque, se trouvant à la porte
de l’auberge, où beaucoup d’habitants s’étaient réunis,
entendit causer de l’aventure du matin avec force amplifications et commentaires; il pensa que la plaisanterie
avait été poussée assez loin, et expliqua en riant comment la chose s’était passée.
On l’écouta d’abord avec
curiosité; mais lorsqu’il eut fini, les anciens secouèrent
la tête d’un air incrédule.
„Ceci est bon à faire croire
à des enfants, murmura la vieille grandmère Griff)', mais
non à ceux qui ont
de l’expérience.
Ce n’est point la
première fois que des animaux parlent, comme on peut
foule commença à
continua:

triloque

—

—

—

—

—

—

le voir dans la Bible

à

Du
propos de l’âne de Biléam.
cet événement en annonçant

reste, l’almanach avait prédit
que

vers

après,

il

la
se

merveilleux.“

mi-août,

trois

jours avant, ou trois jours
le monde quelque chose de
passerait
Lé ventriloque insista, et voulut donner
dans

—

l
■e

a

109
la preuve de

qu’il avançait; mais la foule s’éloigna
défiance, persuadée qu’il voulait la tromper.
L’aubergiste, qui avait tout observé d’un œil rusé
et avec un sourire narquois, s’approcha alors du
mystificateur déconcerté, et lui dit: „Milord ne devrait
point
s’étonner de ce qui arrive; les contes sont toujours mieux
accueillis de la foule que les réalités.
Sa seigneurie a
voulu plaisanter des rustres, et ceux-ci ont pris la plaisanterie au sérieux; toutes les paroles ne pourront maintenant persuader les habitants de Hopfield que l’ours Bruin
n’a point parlé. Si milord voulait me permettre une réflexion, je lui dirais que ceci prouve une chose: c’est
que le plus souvent il ne dépend plus de celui qui a
répandu dans le public une opinion absurde ou dangece

avec

reuse

de la

détruire, même
LA

une

sur

en

LOURDE

faisant connaître la vérité.“
CROIX.

Un caractère envieux et mécontent est pour l'homme
cause perpétuelle de souffrance; c’est un
poison jeté

plus

ses

douces

joies,

sure, et dont il sent la
dans la vie.
Robert Hope

épine attachée à sa chauspiqûre à chaque nouveau pas

une

et

Samuel Hullins

habitaient

à

porte
porte depuis plus de douze ans; il est probable
les
voisins
auraient vécu dans une parfaite intelligence,
que
si Samuel, qui avait servi sous l’amiral Nelson, n’eût

gagné

à

Trafalgar

une

petite pension qu’il

avait

payée

par la perte d’une de ses jambes. Cette jambe de moins
et cette pension de plus étaient pour Robert un motif
continuel de jalousie; il accusait le sort de lui avoir

laissé

ses

deux

pieds,

et il

se

plaignait

amèrement à Dieu

de n’avoir pu, comme il le disait, vendre ses jambes au
même prix que Hullins. Toutes les fois qu’il allait payer

loyer, il répétait en grommelant que son voisin était
heureux; qu’il était en étal de solder une redevance,
puisque le roi lui faisait une bonne pension, tandis que
lui, pauvre hère, avait grand’peine à nouer les deux bouts

son

bien

110

de

l’année

bert

laisser

sans

en

Ro-

dehors des créanciers.

bas,
doléances; mais peu-às’exprima plus haut, et ce fut

contenta d’abord de faire ses réflexions tout

se

et de s'adresser à lui-même

ses

peu son mécontentement
bientôt son thème habituel et favori de conversation.
Une semaine qu’il s’était laissé arriérer pour

loyer,
Taylor

et

qu’il s’avançait

afin de lui faire
le

contra

tristement
ses excuses

Mullins, qui
qui

pour sa rente, et
seule de Samuel faisait

horloge
vue

sur

il

retard,

sur ce

était aussi

voisin

son

la maison de M.

vers

ren-

régulier qu'une
La

venait de la payer.
Robert l’effet d’une

ma-

aussi, quand il baissa la tête en réponse au salut
d’Hullins, son regard ressemblait-il singulièrement à celui
d’un taureau qui montre ses cornes à un chien. Arrivé
chez le propriétaire, Hope ne manqua point d’être réprimandé : on lui cita l’exemple de son voisin qui payait
toujours régulièrement, el jusqu’au dernier penny. „Oui,
oui“, murmura Robert; „il y en a qui naissent la bouche
pleine d’argent; Hullins est bien heureux, lui, et je ne
ladie

m’étonne pas que l’on paye régulièrement
„Hullins
pension comme la sienne“.
—

il est

vrai“, reprit

M.

Taylor, „mais

son

quand
une

a

on

a une

pension,

infirmité est

une

lourde croix, et, si vous en étiez affligé, vous vous plaindriez bien davantage“.
„Non pas“, répondit Hope; „si
été
assez heureux pour perdre une jambe, comme
j’avais
—

lui,

il y

a

vingt ans, c’eût
productive. Je
prix que Samuel.

fameusement
au

même

jambe

de chêne

une

été pour moi

vendrais tous
Diable !

lourde croix?

une

mes

vous

......

journée
membres

appelez sa
je pense
plus lourde

moi

que sa pension doit la lui rendre légère. La
croix que je connaisse c’est d’être obligé de travailler
sans

bon

pour solder son loyer“.
Taylor était un homme de

cesse

M.

observateur.

l’envieuse

11

avait

joyeuse humeur, mais
remarqué depuis longtemps

disposition de Robert, et il résolut de le conplus légère croix devenait bientôt pesante

vaincre que la

t

111
un

vous

êtes

je puis

„Je vois“, dit-il à Hope, „que
parfaitement disposé à ne rien faire; eh bien,

esprit

pour

vous

—

obligation

de travail dont

douloureusement.

La croix de

exempter de
si

plaignez

vous

vous

mal fait.

cette

votre voisin Samuel est bien facile à

porter, dites-vous?....

beaucoup plus légère, et
quitte de votre rente?“—„Mais
je m’engage
me mettrez-vous sur l’épaule ?“
de
croix
quelle espèce
demanda avec inquiétude Robert, qui craignait que la
„Celle-ci“, dit M.
proposition ne fût pas acceptable.
craie
et traçant une
de
un
morceau
en
prenant
Taylor
croix blanche sur l’habit de Robert; „pendant tout le temps
un
que vous la porterez, je ne vous demanderai pas
son
d’abord
de
votre
proque
Hope pensa
loyer“.
penny
priétaire voulait plaisanter; mais s’étant assuré qu’il parlait sérieusement: „Par Saint-George!“ s’écria-t-il, „vous
Voulez-vous

en

à

accepter

une

tenir

vous

—

—

pouvez dire que

je

suis

disposé

porter

Robert sortit aussitôt
tout le

de M.

avez

vous

à

se

en

vu

dernier

félicitant de

il rit

du

mon

telle croix

une

chemin,
long
Taylor qui le rendait quitte
en

argent,

toute
son

ma

car

vie“.

bonheur,

et

lui-même de la folie
de

sa

rente à si bon

marché.
Il n’avait

jamais

été

moment où il rentra chez

en

si

joyeuse disposition qu’au

lui; aussi

ne

trouva-t-il à

chien vint s’asseoir

re-

à

ses pieds
punir de sa familiarité. Comme
il s’était assis en arrivant, sa femme n’avait point d’abord
remarqué la croix blanche qu’il avait sur l’épaule; mais
ayant passé derrière son mari pour remonter le poids de
sa pendule à coucou, elle s’écria tout-à-coup d’une voix
aigre; „Eh! grand Dieu, Robert, où êtes-vous allé?....
Vous avez là sur le dos une croix longue d’un pied;

dire

rien, et
qu’il songeât

vous

de

son

sur

sans

venez

vos

sans

amis

l’air d'un

à le

doute de la

vous

nigaud

aura

....

joué

comme

taverne,
ce

si

et

quelque ivrogne

tour pour
vous

accoutrement ridicule pour cela !....

vous

donner

aviez besoin d’un

Levez-vous,

et restez

112

tranquille, que je brosse cette croix!“
„Arrière!“
en
s’écartant
habits
n’ont pas
vivement;
Hope
„mes

s’écria

—

de vous;

repos.“
d’une
mon
en

allez tricoter

„Cela

—

voix

ne

encore

et laissez

bas,

vos

s’écria

point;“
plus perçante; „je
sera

ma

besoin

veste

mistress
veux

ne

en

Hope

pas que

mari devienne la risée du

pièces

l’épaule

de

Robert: et

toute résistance eût été
et repoussa la

lui

douce, je

bert“,

eusse

celui-ci, qui savait que

inutile, s’enfuit
lui

porte après

furie!“ murmura-t-il
mais elle

ne

vous

En

ridicule.“
brosser

village, et dussé-je mettre
habit,
garderez point cette croix
la
parlant ainsi,
ménagère s’efforçait de

votre

s’éloignant; „si
appris quel bonheur

ne

m'était arrivé:

,,0h! Oh! RoHope tournait le

—

maison: „qu’est-ce donc que cette croix blanportez sur le dos?“
„Mêlez-vous de

sa

ehe que

„Quelle
plus

—

elle avait été

en

mérite pas de le savoir.“
cria le vieux Fox au moment où

coin de

blasphémant,

en

violence.

avec

vous

—

propres habits,“
tinuant sa route.

vos

répondit

insolemment

Hope

en

con-

„Monsieur Hope“, dit la petite Patty
Steevens, la fdle de fépiciére; „un moment, s'il vous plaît,
que j’efface la grande croix que l’on vous a faite sur
„Allez vendre vos harengs, paresseuse“, rél’épaule“.
pliqua Robert, „et ne vous occupez point de ceux qui
La petite fdle, tout interdite, se hâta de
passent.“
—

—

—

rentrer dans la

Dans

ce

boucher, qui
„Vous

voisin.

dit celui-ci

boutique de
Hope

causait

êtes

sur

devant la maison du

arrivait
le

justement

arrêtant

mère.

sa

moment

seuil

avec

le

l'homme dont

Robert;

et

il

forgeron son
j’avais besoin,“

mit à lui

parler
commencé, que la vieille
Peggy Turton arriva, habillée de son plaid bariolé et de
son tablier bleu.
„Jésus! monsieur Hope“, „s’écria-t-elle
en
rassemblant son tablier dans ses mains, „c’est une
d’affaires;

en

mais à

peine

se

avait-il

—

horreur que votre dos!“
Robert se détourna pour lui
de
le
laisser
en
répondre
repos; mais le forgeron aperçut
alors la marque faite par M. Taylor.
„Par le ciel!
—

—

B

113

regardez,“

dit-il

riant, „il pourrait servir d’enseigne
„Je suppose“, ajouta

en

cabaret de ta Croix-Blanche.“

boucher,

femme lui

—

mis

au

le

l’épaule
signe
perdre.“
Hope sentit qu'il n’y avait pour lui qu’un seul moyen
d’échapper en même temps au tablier de Peggy et aux
plaisanteries du boucher et du forgeron; aussi se hâtat-il de vider la place, non sans avoir traité la bonne
sa

„que
de peur de le

femme

de

vieille

sorcière

mais

la croix

désœuvrés;
épaule plus qu’il

ne

a

et

se

rencontres;
trouva

écoliers

en

car

eut-il

peine

face de l’école.

s’élançaient

dans

ce

sur

son

Du reste, le
aux fâcheu-

supposé.
ce
jour-là
fait quelques

La classe

moment

à

voisins de fous
à peser

commençait

l’avait d’abord
à

deux

ses

malheureux Robert semblait destiné
ses

sur

ce

pas

finissait,,

et

qu’il
les

la route,

disposés
d’espiègleries qui se
terrible inquiétude, et
sur

profiter de toutes les occasions
présenteraient. Hope fut pris d’une
il lui semblait déjà entendre des huées s'élever derrière
lui. Ses craintes ne tardèrent point à se réaliser; à peine
eut-il dépassé la porte de l’école qu’un long cri de moquerie s’éleva, et que cinquante écoliers au moins se mirent à le poursuivre en le montrant au doigt, et en faisant voler en l’air bonnets et casquettes.
„Regarde,
regarde,“ s’écriait l’un, „il a l’air d’un mouton marqué pour
la boucherie.“
„Ne vois-tu pas,“ répondait un autre,
„qu’il vient de se faire croisé, et qu’il part pour la Pales—

—

tine?“ Et les huées et les éclats de rire de

fort.

devint

recommen-

de colère;

il se déHope
pâle
dogue hargneux poursuivi par des enet
fants,
peut-être se fût-il cruellement vengé sur ses
jeunes persécuteurs, si M. Johnson, le maître d’école, ne
se fût tout-à-coup montré à la porte de sa maison.
Robert s’avança vers lui en se plaignant que sa classe ne
fût composée que de vauriens et d’insolents. M. Johnson
lui répondit doucement qu’il ne voudrait pour rien au
monde encourager l’impertinence de ses élèves; mais que
cer

plus

tourna

comme

—

un

8

114
la croix blanche

qu’il

avait

sur

le dos

faire rire

pouvait

„Que vous implus sages que des écoliers.
d’un
ton hargneux;
Robert
croix?“
cette
répliqua
porte
Le maître
ma
n’est-il
donc
dos
plus
propriété?“
„mon
des gens

—

—

son chemin.
Hope
à
ses épaules.
lourde
plus
plus
11 commença à penser qu’il ne lui serait point si
facile de rester quitte de son loyer envers M. Taylor. Si
tant de railleries l’accablaient déjà, que serait-ce donc
lorsqu’on saurait la cause du bizarre ornement qu’il portait; autant eut valu que son propriétaire lui attachât au
Tout en réfléchissant ainsi,
dos une quittance générale.
Robert arriva près de la taverne ; il allait passer outre,
lorsqu’il aperçut M. Taylor lui-même à quelques pas, et
de l’autre côté son voisin Hullins traînant sa jambe de
bois, et causant avec Harry Stoke, le charpentier. Harry
Stoke était le bel esprit du village, et pour rien au monde
Hope n’eût voulu être plaisanté par lui devant Hullins.
Il se réfugia donc dans la taverne; mais la place ne fut
Les buveurs ne tardèrent point
pas longtemps tenable.
à apercevoir la croix et à railler Hope qui se fâcha ; la
querelle s’anima, et l’aubergiste, craignant quelque rixe

d’école s’inclina

en

souriant,

Mais la croix était de

sérieuse, fit

continua

et

en

mettre Robert à la

porte par

ses

garçons.

quitté sa maison dans l’intention d’aller examiner de l’ouvrage qu’on lui proposait au village le plus
voisin; mais son esprit avait été tellement bouleversé par
le vieux Fox, Patty Steevens, le forgeron, le boucher,
Peggy Turton et les écoliers, qu’il se décida à revenir
chez lui, pensant qu’après tout il y serait plus tranquille.
dans le mois de septembre,
Avez-vous jamais vu
une jeune perdrix, la dernière de la couvée, atteinte par
un coup de feu, et cherchant à s’enfuir dans le chaume,
Celui-ci avait

,

en

traînant

regagnant

une
sa

aile

maison

il

ne

..

à

.

Tel

l’autre

était Robert
bout

du

en

placée
village.
rapidement pour n’étre point atteint;
faisait qu’un pas par minute afin de ne point

Parfois il marchait

parfois

blessée?

115
avait aperçu devant; tantôt dans
chemin, tantôt dans les champs, il se glissait derrière
les buissons, rasant les murs, et fuyant les regards avec
autant de soin qu’un Bohémien qui a volé une poule près

dépasser quelqu’un qu’il

le

Dans ce moment la croix
de la grange d’un fermier.
blanche était pour lui d’une pesanteur insupportable.
Enfin pourtant il atteignit sa demeure, et il espérait
Mais dès que sa
cette fois trouver un peu de repos.

femme
une

ou

elle

l’aperçut,

se

mit à lui crier:

„N’est-ce

pas

honte que vous reveniez comme vous êtes parti? Cinq
six de nos voisins m’ont déjà demandé si vous aviez
la raison... Et vite, laissez-moi passer ma manche

perdu

„N'approche pas, femme“! s’écria Ro„Quand je devrais perdre mon âme,
exaspéré.
vous ne resterez pas ainsi, Hope; je ne veux pas que ceux
qui m’appartiennent se rendent ridicules. Quittez cette
veste; quittez-la sur-le-champ, vous-dis-je“. En parlant
ainsi, mislress Hope voulut saisir le bras de son mari ;
mais celui-ci la repoussa rudement; mistressHope, qui ne
brillait pas par la patience, riposta par un soufflet, et il
en résulta un véritable combat entre les deux époux, au
grand scandale des voisins qui accoururent pour les séparer.
cette croix“.

sur

bert

—

—

dire que tout le monde donna tort à Robert, qui brava d’abord la réprobation générale, et trouva
de la force de caractère dans sa fureur elle-même; mais
plus un feu brûle avec impétuosité, plus vite il consume
Il

va

sans

de même les gens passionnés épuisent
énergie par la violence de leurs émotions.
Robert, devenu plus calme, ne se sentit point le courage
de continuer une lutte aussi pénible; il comprit qu’il n’y
avait plus d’espérance de repos pour lui, soit au dehors,
soit dans sa propre maison, aussi longtemps qu’il porterait cette croix sur ses habits, et il se décida à l’effacer
ce

qui l’alimente;

bientôt leur

propre mouvement. Le lundi suivant,
il se rendit de bonne heure chez son propriétaire, le loyer
de sa semaine à la main.
„Ah! ah! Robert“, dit M.

le soir même de

son

—

8*

116
dés qu’il l’aperçut, ,.je pensais bien que vous ne
tarderiez pas à vous repentir de votre marché. Ceci est
une bonne leçon pour les caractères envieux et impatients,

Taylor,

qui se plaignent sans cesse de Dieu et de la vie. Rappelez-vous ceci à l’occasion, sire Hope: celui qui nous a
créés, a proportionné les épreuves aux forces de chacun.
Ne vous plaignez plus d’être moins heureux que les autres,
car vous ne savez
point ce que souffre le voisin. Toutes
les croix sont lourdes; ce qui les rend légères, c’est la
patience, le courage et la bonne volonté.“
SIXTE

Sixte V est

un

montrent

tout

nous

de

quint.

hommes

ces

.

extraordinaires

qui

que peut inspirer l’ambition. Il
un village de la marche d’Ancône,

ce

naquit en 1521 dans
appelé les Grottes, prés du château de Montalte, dont il
prit le nom dans la suite. Son père était un pauvre
vigneron qui, ne pouvant nourrir sa famille, mit le petit
Félix

Peretti,

c’était le

des environs.

dont

on

conduisit

le

Les

il

emploi ordinaire,
et demanda le

Ascoli.

Le

Un

jour qu’il s’acquittait

de

son

conventuel vint à passer,
devait prendre pour aller à

cordelier

un

chemin

Félix

jeune

laboureur

viles furent celles

des pourceaux, et les
circonstance bien simple le

Une

champs.

plus

un

soin

eut

tira de cet abaissement.

Sixte, chez
les

occupations

chargea;

aux

de

nom

qu’il
quitta

aussitôt

son

troupeau,

et

Dans la route le
marcha devant lui pour le conduire.
cordelier le questionna, et fut si satisfait de ses réponses
et de

la vivacité de

esprit qu’il

son

lui dans le couvent.

avec

il lui

répondit,

qu’il

le suivrait

qu’au

bout du monde.

avec

une

ne

jusqu’à Ascoli
religieux, étonné

non-seulement
Le

lui proposa de venir

demandait pas mieux;
hardiesse mêlée de modestie,

Félix

mais

jus-

de la fer-

enfant, résolut de le meauparavant d’aller ramener

meté et de la résolution de cet
ner

son

avec

lui,

mais

troupeau chez

il

son

lui dit

maître,

et de venir ensuite le trou-

117
ver

dans

qui

ne

le

couvent

de Saint

François d’Ascoli. Félix,
point perdre de vue, lui répondit que

le voulait

bêtes avaient coutume de s’en retourner toutes seules,
sitôt que la nuit s’approchait, et continuant
toujours son
ils
arrivèrent
ensemble
sur
la
lin
du
chemin,
jour au mo-

ses

nastère des Cordeliers.
Il

si bien

Ce fut là que Félix fît

ses

études.

soins que l’on prenait de lui, que
répondit
fut
à
un
lorsqu’il
parvenu
âge convenable, on le revêtit
de l’habit de cordelier.
En peu de temps il devint bon
aux

grammairien et bon logicien. Les talents et les progrès
rapides qu’il fit dans ses études, lui valurent la faveur de
ses supérieurs et la jalousie de ses confrères; son humeur
indocile et violente contribuait beaucoup à l’aversion qu’on
lui portait.
Il savait faire sa cour à ses maîtres, mais il
semblait

prendre plaisir à exciter la haine de ceux qui
pouvaient rien pour son avancement. Il irritait toujours ses compagnons par ses railleries, et leur disait
sans cesse avec un air
moqueur: Veux-tu disputer contre
moi t Ces jeunes gens, offensés de cette plaisanterie, cherchaient à s’en venger par quelque tour de malice.
Ils
résolurent un jour entre eux de contrefaire le cri des
cochons, d’aussi loin qu’ils l’apercevraient, et ils se tenaient
ne

sur

son

passage pour lui donner sans cesse cette cruelle
Félix, ennuyé de ces insultes, dit tout haut,

mortification.

qu’il casserait la
main, et saisit

sa

tête
a

ce

attachées les clefs de

au

premier qui

dessein

l’église.

se

trouverait

sous

gros bâton où étaient
Le neveu du provincial

un

alla malheureusement pour lui recommencer la même avanie.
Frère Félix le trouvant à portée, lui déchargea un
coup de son bâton
lui disant: „J’ai gardé les

grand

sur

le derrière de la
mais

tête,

l'ai

en

cochons,
je
jamais
puisque tu les contrefais si mal, c’est à moi à
t’apprendre à mieux parler leur langage.“
A son retour de Lucques, où il était allé voir le
pape, un certain bachelier l’ayant trouvé avec quelques
autres religieux dans la chambre du gardien, lui fit en
été,

et

ne

118
riant

profonde révérence,

une

et lui dit:

en

le

prenant par le bras,
sa Sainteté, vous

„Depuis que
pleine bouche.“ Félix repartit sur le
même ton: „Si vous êtes si jaloux de l’honneur et du
plaisir que celte vue m’a procuré, quel dépit n’aurez-vous
point, lorsque vous me verrez remplir sa place?“
A vingt-quatre ans, suivant la coutume, on le fit
prêtre. 11 devint ensuite docteur et professeur de théologie à Sienne. Ce fut alors qu'il changea son nom de
Le désir qu’il avait de
Perelti en celui de Montalte.
ses talents; il prélui
fit
mettre
en
œuvre
tous
s’avancer,
à
à
ailleurs
clia à Rome,
encore, et avec
Gênes,
Pérouse,
fut
nommé commissaire-général à
tant de succès qu’il
à
Venise.
11 était fort bien à
Bologne, et inquisiteur
cette dernière place; mais son caractère, porté à la cruvous

avez

vu

sentez le pape à

auté,

se

flexible.

plaisait
Le

à écraser les autres

sénat

ville, ayant bientôt

de Venise
reconnu

en

et

les

lui

un

sous

verge in-

une

religieux

de cette

véritable tyran,

ne

perdre; ne se sentant pas de
prit le parti prudent de fuir en
secret. Comme un de ses amis l’en plaisantait, il répondit, qu’ayant fait vœu d’être pape à Rome, il n’avait pas
jugé à propos de se laisser pendre à Venise.
De retour à Rome, on le fit l’un des consulteurs de
rien pour le
force à leur résister, il

négligèrent

la

congrégation,

et ensuite

procureur-général

de l’ordre.

11 accompagna en Espagne le cardinal Buoncompagno, en
qualité de théologien du légat et de consulteur du Saint-

pendant ce voyage que son ambition et
qu’elle lui inspira, lui firent commencer ce
rôle dissimulé qu’il ne quitta plus qu’âpres son élection
au trône pontifical.
Jusqu’alors il avait été violent, opiil
niâtre; tout-à-coup
changea; on le vit doux, comptaiet
laissant
briller
toute la beauté de son esprit sans
sant,
chercher à humilier qui que ce fût. Ce caractère facile
Office.

Ce

fut

les réflexions

lui fit autant d’amis que l’autre lui avait donné d’ennemis.

i
m

119
le cardinal

Cependant

Alexandrin,

son

disciple

et son

protecteur, étant devenu pape, lui envoya, en Piémont,
un bref de
général de son ordre, et dans la suite il y
le
C’était
mais
ajouta
chapeau de cardinal.

beaucoup,

est-ce que l’ambition

quand
sez

? Montalte

porta

toutes

dit

hommes, c’est aspouvait plus espérer que la tiare; il y

ne

a

aux

vues, toutes ses actions. Mais cet homme
n’était rien moins qu un ambitieux vulgaire: il avait prévu
que, s'il laissait seulement deviner ses désirs, tous ses
ses

rivaux

s’empresseraient de l’écarter du chemin. Son esprit
foyer de ruses que l’honnête homme se gardera
bien de justifier: cet artificieux cardinal renonça à toutes
sortes de brigues et d’alTaires, se tint chez lui, se
plaignit
était

un

continuellement des infirmités de

occupé
sous

le

que de

jla prière.

poids

des années,

On

vieillesse,

le

la tête

penchée

les yeux baissés, et s’appuyant sur un
n’eût pas eu [la force de se soutenir.
allait mourir.

Quand il parlait,
entrecoupée d’une

voix cassée et

que instant le

menacer

de la mort.

ne

sur

parut

comme

l’épaule,

bâton, comme s’il
À l’entendre, il

c’était
toux

et

courbé

voyait

avec

qui

peine,

d’une

semblait à cha-

Ce fut surtout dans

cet

équipage qu’il parut au conclave, après la mort de
Grégoire XIII, qui avait succédé à Pie V. Tous ses confrères les cardinaux, dupes de ses artifices, se moquaient
presque de lui, l’appelaient l’âne de la Marche, la bête
romaine, et ne se doutaient guère qu’il allât devenir leur
maître, et un maître terrible. Divisés en cinq factions
pour le choix d’un
à

nouveau

Montalte, qui, par

avait

amenés

à

On l’en avertit.

un

point
„Hélas!“

ce

pape, ils

sans

qu’ils

dit-il

avec

humilité, „je suis bien indigne
Ai-je donc assez de talent pour
vernement de

l’Eglise?

Ma

porter

fardeau,

vinrent à penser
possédait, les

vous ne

s’en fussent doutés.

Pair d’une

d’un aussi

grand
charger seul

profonde
honneur.

du gouvie ira-t-elle même à la fin

du conclave?.... Ah! si c’est
ce

en

art que lui seul

me

moi“, ajouta-t-il, „qui dois
pas? et

m’abandonnerez donc

120
en

de pape, vous en ferez donc valoir
Un candidat qui parlait ainsi parut précieux

donnant le

me

l’autorité?“
à la

nom

troupe ambitieuse des cardinaux: chacun espéra bien

avoir

dans la

part

une

puissance qu’un
effet

vieillard si faible
Le rusé Montalte

semblait

ne

fut élu.

Ce fut alors que la scène changea. Le moribond
jette son bâton de côté, et entonne

se

pouvoir

en

exercer.

redresse aussitôt,

d’une voix de

tonnerre

le Te Deum.

On

peut juger de

trompés à bon droit.
trompés,
surprise
maîtres
des
cérémonies l’hales
remarquèrent, lorsque
et
les
bras avec une
étendait
tournait
se
billaient, qu’il
Le
cardinal Ruune force merveilleuse.
et
promptitude
sticucci qui ne pouvait comprendre une si grande métamorphose, lui dit assez familièrement : „Le pontificat, très
saint Père, est un souverain remède, puisqu’il rend la
des cardinaux

la

et

Ils

et la

jeunesse

santé

Montalte

cardinaux malades.“

vieux

aux

d’un ton

d’un

répondit
pontife: „J’en

j’en

viens de faire.“

suis
—

sentait

qui
persuadé

En

par
sortant du

—

la

déjà
majesté
l’expérience que

conclave,

le

nou-

Gregorio Leti, donnait la bénédiction avec
facilité, que le peuple émerveillé ne pouvait croire

pape, dit

veau

tant de

que ce fût là ce triste et faible
traîner avec tant de peine.

Montalte, qui

venait de

se

Le

l’adorer, selon la
cardinaux, et le voyant
contre le dos de son fauteuil,

cardinal de Médicis étant allé

coutume,

avec

tous

les autres

appuyé tout droit
„Votre Sainteté a bien une autre mine et un
autre air que lorsque vous étiez cardinal.“ À quoi Sixte
répondit: „Je cherchais alors les clefs du paradis, et
pour les mieux trouver je me courbais et je baissais la
tête; mais depuis qu’elles sont entre mes mains, je ne
regarde que le ciel, n’ayant plus besoin de toutes les
debout
il

lui

dit:

choses de la terre.“
Sixte V, c’est le
bientôt
ancien

de

avait

pris, montra
d’esprit: son
et
sévère qui
impérieux

nouveau nom

qu’il
portait |bien
caractère, ce caractère
se

qu’il

corps et

I

121

voulait voir tout

fléchir, tout trembler, se remontra dans
vigueur. Il faut cependant commencer par dire
que, s'il déploya son autorité avec tout l’appareil de la
tyrannie et même de la cruauté, il s’éloigna rarement du
sentier de la justice. Rome, en ce moment, avait le plus
grand besoin d'un homme qui, comme lui, pût épouvanter
toute

sa

le crime.

La licence avait été

les

niers

sans

bornes

les der-

sous

infestées de bri-

terres de

pontificats;
l’Eglise
gands qui exerçaient impunément toutes sortes de violences; la sûreté publique n’existait plus, même dans la
ville, où le libertinage était porté à son comble. Sixte,
avec

verge de fer, lit tout rentrer dans l’ordre: sa
fut excessive, mais les brigands de toute espèce

une

rigueur

tremblèrent à

son

seul

nom.

Lorsqu’on

le

voyait

dans

les rues, le peuple, au lieu de sortir des maisons et de
faire une double haie sur son passage, se retirait, ne

pouvant soutenir

ses

regards,

et

il

ne

trouvait

en

son

chemin que de pauvres vieillards, qui n’ayant pas eu la
force de prendre la fuite comme les autres, se jetaient à
Cette
genoux et le saluaient dans un profond silence.
frayeur s’était tellement répandue par la populace, que
les mères et les nourrices n’avaient pas de meilleur moyen
pour faire taire leurs enfants que de leur dire: „Voilà
le pape Sixte
Un poète

qui passe.“

napolitain, qui s’était établi à Rome, fit
paraître quelques vers à la louange de certaines dames
romaines, parmi lesquelles il y avait une femme d’une
vertu reconnue, mais dont le mari, qui était avocat, n’était
pas des amis de l'auteur. Celui-ci, après avoir dit beaucoup de bien de cette femme, finissait son poème par
Une copie de ces
un vers très offensant pour sa vertu.
faisait courir par la ville, tomba entre les
vers qu’on
11 l’apporta au pape qui donna ordre
mains du mari.
en même
temps au barigel de faire arrêter ce poète et
de le lui amener, voulant l’interroger lui-même et savoir
par

sa

bouche

la

vérité

de cette accusation.

L’avocat,

122

craignant que

fuite de cet homme

la

venger, en fit faire
fut arrêté dès le soir même.

l’occasion de

qu’il

se

de

étrangement surpris

se

ne

une

lui fît

telle

Ce

voir entouré de

perdre
perquisition

malheureux fut

sbires,

et con-

le pape: quoiqu’il ignorât la cause de son
emprisonnement, sa conscience commença à lui reprocher
Le pape tenait en main la copie de ses vers;
son crime.
devant

duit

il

lui demanda s’il

en

était l’auteur.

Cet homme le lui

ingénument. Sixte lui ordonna ensuite de lire luimême ces vers jusqu’à l’endroit où cette femme était
maltraitée; et puis, lui ayant commandé de.les replier, il
avoua

l’interrogea

sur

ce

qui

l’avait

tation d’une honnête femme.

obligé à déchirer la répuLe coupable répondit que

qu’il y avait d’injurieux contre elle dans ces vers,
était le pur effet d’une licence poétique: que cette liberté
avait été accordée de tout temps aux peintres et aux

ce

poètes, et qu’enfin la nécessité de la rime l’avait obligé
à s’exprimer ainsi.
Tous les assistants ne purent s’emde
rire
de cette bizarre excuse, à la réserve
pêcher
du pape qui lui répondit d’un ton grave et sérieux :
„Si vous autres petits poètes prenez la licence de faire
des vers de ce style-là, je crois que les papes pourront
jouir du même droit. Voyons donc un peu, si je pourrais

encore

Après

faire des

avoir rêvé

deux

vers:

dam

une

vers

et les tourner selon

„Vous
galère“. Ce qui

Lorsqu’il

mon

goût“.

d’un moment, il prononça ces
méritez,, seigneur Matère , De ramer

l'espace

était

dans le couvent de

fut exécuté.

simple religieux,
Macérata, il alla un jour

encore

demeurant
marchander

paire de souliers chez un cordonnier. Après avoir
longtemps disputé sur le prix, le cordonnier les lui
laissa à sept jules, et frère Félix qui ne lui en voulait
donner que six, le pria de se contenter de ce qu’il lui
offrait pour ses souliers, ajoutant qu’il serait peut-être
en
état de lui payer quelque jour le septième jule.
„Mais quand me le donnerez-vous“, lui dit le cordonnier,
une

—

123

„Si vous m’en vouliez faire
„quand vous serez pape?“
crédit jusque-là“, lui repartit frère Félix, „je promets de
—

vous

prit
vous

le

payer

avec

les intérêts“.

lui dit:

à rire et

—

Le cordonnier

faire pape, que
et il lui donna les souliers.

terme-là“;
demanda

son

se

„Je vous vois si bien disposé à
je consens à n’être payé qu’à ce

nom, et lui

promit

de

se

—

Frère Félix

souvenir

en

temps

qu'il fut
cellule,
journal,
où il marquait exactement tout ce qui lui arrivait chaque
jour. Étant devenu pape, il prenait quelquefois plaisir à
lire ce journal, qui lui rappelait toutes les aventures de
sa vie.
Un jour, en le feuilletant, il tomba sur l’article
et

lieu

dans

du

marché

il

sa

du cordonnier.,

et

qu’il

venait de faire.

Sitôt

mit cette aventure dans

donna

ordre

un

qu’on s’informât de

ce

Le gouverneur de Macérata le lit conqu’il
à
sans
lui faire savoir le sujet de son voyduire
Rome,
Le
cordonnier, qui depuis quarante ans avait oublié
âge.
était devenu.

jule que frère Félix lui devait, ne pouvait revenir de sa surprise, et tremblait à mesure qu’il
approchait de Rome. Sitôt qu’il fut arrivé, on le mena
devant sa Sainteté, qui lui demanda s’il ne se souvenait
point de l’avoir jamais vu à Macérata. Ce pauvre homme,
transi de peur, lui répondit que non.
„Hé quoi!“ ajouta
Sixte, „ne te souviens-tu point de m’y avoir vendu une
Le cordonnier plus embarrassé
paire de souliers ?“
que jamais, haussait les épaules, et témoignait par cette
contenance qu'il n’avait aucun souvenir de ce qu’on lui
demandait.
„Hé bien“, lui dit le pape, „je sais que je
suis ton débiteur, et je t’ai fait venir ici pour m’acquitter
Ce discours qui augmentait de plus
de cette dette“.
en plus l’embarras du cordonnier, lui fit perdre entièrement la parole, et Sixte lui expliqua ainsi tout le mystère:
„Tu m’as autrefois vendu une paire de souliers, sur laquelle tu me fis crédit d’un jule que je m’obligeai de te
payer avec les intérêts, lorsque je serais devenu pape ;
puisque je le suis devenu, il est juste que je satisfasse à
les souliers et le

—

—

—

—

124

parole.“ Il envoya en même temps chercher son majordome, et lui dit: „Voyez un peu à quoi se montent
depuis quarante ans les intérêts d’un jule, à raison de
cinq pour cent par an; et quand ce calcul sera fait,
entre les
joignez le principal à cette somme, et la mettez
mains de cet homme.“ 11 congédia ensuite le cordonnier
et ordonna au majordome de remarquer, s’il paraîtrait
ma

satisfait de

ce

payement.

Le cordonnier sorlit de la cham-

bre du pape, croyant aller recevoir beaucoup d’argent, mais
lorsqu’il vit que le majordome ne lui donnait qu'environ
trois jules, il se retira tout confus en murmurant; et

ayant rencontré,

en

sortant du

palais

du pape,

plusieurs

gens de son pays qui l’attendaient avec impatience, pour
savoir ce que Sixte lui voulait, il leur dit que sa Sainteté
l’avait fait venir à Rome pour lui donner trois jules, et
se plaignait hautement qu’on lui eût fait faire, pour si

chose, un voyage qui lui coûtait déjà plus de
vingt écus, sans compter la dépense du retour. Sixte
éclatait de rire au récit que lui firent ses espions des
plaintes de ce cordonnier, qui en sortant de Rome tenait
peu de

encore

dans la main, et criait contre un
si ruineux pour lui. A peine était-il hors de

ses

procédé

trois

jules

pape, qui
avait heuquelque garçon.
reusement un, religieux servite, et qui de plus était un
prêtre de bon exemple. Sixte ordonna à son père de
le faire venir à Rome avant qu’il en partît, et il lui donna
11 dit ensuite
un petit évêché dans le royaume de Naples.
au cordonnier: „Faites présentement votre compte, et voyez
si je vous paye comme il faut les intérêts de votre jule.“
Il fit tenir à Rome le chapitre général de l’ordre de
St. François; et lorsqu’il fut fini, il fit dire aux religieux,
qu’il voulait leur donner à tous des marques de sa bienveillance, et qu’ils n’avaient qu’à lui demander chacun une
grâce qu’il leur accorderait. Il leur donna plusieurs jours
pour songer aux demandes qu’ils avaient à lui faire, et
la

lui

ville, qu’il reçut ordre

demanda,

s’il avait

de revenir

parler
11

au

en

125
les lit ensuite entrer dans la salle du
les attendait assis

secrétaire à
de

chaque

son

dans

sa

chaire

consistoire,

où il

pontificale, ayant

un

gauche pour écrire le nom et la demande
religieux, à mesure que chacun venait, selon
sa

La plurang, pour baiser les pieds de sa Sainteté.
de ces moines demandèrent des choses bizarres et

part
extravagantes, qui divertirent beaucoup le pape. 11 y en
eut un qui lui demanda la liberté d’avoir deux chambres
dans le couvent, dans lesquelles il aurait la permission
de faire tout ce que bon lui semblerait sans dépendre
Un certain frère
d’aucun supérieur, ni du pape même.
de
le
lui
permettre de
pape
convers, napolitain, supplia
en secret, et lui dit à 1 oreille qu’il déIl se présenta sur
l’habit
pour se marier.
quitter
la fin un bon frère âgé de soixante ans, qui supplia sa

faire

sa

demande

sirait

Sainteté de faire faire une fontaine dans son couvent,
qui était fort incommodé par la rareté de l’eau. Entre
six cents religieux, il fut le seul qui, dans sa demande,

envisageât le bien commun de la maison. Aussi fut-il
le seul qui obtînt ce qu’il avait demandé. Le pape, ayant
fait assembler tous ces religieux, leur dit: „Si vos souhails avaient répondu à mes bonnes intentions, je me
serais fait un plaisir de les accomplir; mais puisque
vous avez abusé de la permission que je vous ai donnée,
pour faire des demandes scandaleuses et extravagantes,
trouvez bon que je n’y aie aucun égard.“ 11 les renvoya
ainsi tous confus et mortifiés.
bon frère

Mais il

qui n’avait pensé qu’au

il fit aussitôt travailler à la fontaine

Le désir

qu’il

se

bien de

qu'il

eut d’immortaliser

son

ressouvint du
son

ordre,

et

avait demandée.

règne

de

plu-

On
sieurs manières, lui fit élever plusieurs monuments.
redressa par ses ordres le fameux obélisque que Caligula
avait fait transporter d’Espagne à Rome, et l’on bâtit un
magnifique tombeau à Pie V, son bienfaiteur. Il répara

bibliothèque du Vatican, et l’augmenta beaucoup. Enfin,
épuisé par un travail excessif, ou plutôt, comme tout porte
la

126
à le

croire, attaqué

à soixante-neuf

d’un

poison lent,

il mourut

Sa dernière maladie

ans.

ne

en

lui fit

1590,
point

interrompre ses soins. „Un prince“, disait-il d’après Ves„Ce qui le distingue des
pasien, „doit mourir debout“.
autres papes“, dit un auteur, „c’est qu’il ne lit rien comme
11 sut licencier les soldats, les gardes même de ses
eux.
prédécesseurs, et dissiper les bandits par la seule force
des lois, se faire craindre de tout le monde par sa place
et son caractère, renouveler Rome et laisser le trésor
—

pontifical très riche“. Malgré ses services il
moins généralement détesté parce qu’encore
ne suffit pas de montrer un visage terrible
il faut

bles,

encore

savoir

rassurer

n'en fut pas
une
fois il
aux

coupa-

les

honnêtes gens.
de la société, il

Quoique sorti des derniers rangs
n’eut pas la faiblesse d’en rougir. Il prenait, au contraire,
plaisir à parler de la bassesse de sa naissance; c’était

d’orgueil. Etant souverain
de quelques maisons
parler
jour
pontife,
illustres d’Italie: „Pour moi“, dit-il, „je suis d'une maison
plus illustre encore. La maison de mon père est à demi

même

de

sa

part

une

il entendait

sorte

un

découverte, les murailles
nattes toutes rompues,

en

n’en sont faites que de vieilles
sorte que le soleil y entrant de

qu'elle est une des plus
signora Camilla, sœur du
l'Europe“.
de Médicis, d’Est
les
cardinaux
à
venue
étant
Rome,
pape,
et Alexandrin allèrent au-devant d’elle, et avant de la
présenter au pape, la conduisirent dans un palais voisin,
où ils la firent habiller en princesse, croyant par ce moyen
faire leur cour à Sixte, qui aimait cette sœur avec tant
de tendresse qu’il ne pouvait s’empêcher de témoigner
Ces cardevant eux l’impatience qu’il avait de la voir.
chez
le
vêtue
ainsi
dinaux la conduisirent
pape, qui ayant
été averti qu’elle était dans le Vatican, donna promptement ordre qu’on la fit venir devant lui; mais la voyant
tous

côtés, je puis

éclatantes de

avec

pas

des

vanter

—

habits si

connaître,

me

en

La

magnifiques,
demandant

il fit semblant de

toujours

I

où elle était.

ne

la

Le

127
cardinal

Alexandrin, qui donnait la main à Camilla, la lui
présenta en lui disant: „La voilà, très saint Père“. Mais
Sixte répondit avec dédain: „Je n’ai qu'une sœur
qui est
une pauvre
bourgeoise des grottes de Montalte, que je
ne
vois point sous les habits d’une princesse romaine;
mais si elle se présentait à moi de la même manière dont
elle est vêtue dans son village, je saurais bien la reconnaître“. 11 se retira, en achevant ces paroles, dans une
Camilla retourna le lendemain chez le

autre chambre.

habits ordinaires.

Sixte ne l’eut pas plus
tôt aperçue qu’il l’embrassa tendrement et lui dit: „Vous
êtes à présent véritablement ma sœur, et je ne prétends
pape

avec

ses

autre que moi vous donne la qualité de princesse“.
Se promenant un jour par la ville, il descendit de
carrosse à la porte du couvent des Saints
Apôtres qu’il

pas

qu’un

trouva ouverte.

Il entra dans la chambre du frère

alors

qui mangeait
repas lui rappelant
il s’assit

un

de fèves.

plat

le souvenir de

portier,
pauvreté de ce
première condition,
La

sa

marche du

degré auprès de ce frère, et
plus d’appétit que lui à manger cette
portion, après laquelle il en fit encore venir une autre.
Les gens de sa suite furent étrangement étonnés de cette

lui aida

sur

une

encore

avec

action; mais Sixte,

soucier de leur

sans se

fèves à l’huile

songea qu’à manger
de bois: il remercia ensuite
ces

vers
ans

gens, il leur dit:

ses

de

plus

appétit,
au

frère

sans

l’état
un

sa

auquel
jour dans

qui l’avait

celui

auquel

aimait, par cette
nobles qui, se réservant
tement par croire qu’ils
n’a

hôte,
repas

si bien

bénédiction: „Je
vous êtes,
faites

11

Dieu

„Ce

que je n’aurais vécu ;
crainte ni inquiétude“.

convers

lui donnant

son

garde

de

vous

et
me

car

surprise,

avec

puis

une
se

ne

cuiller

tournant

fera vivre deux

je

l’ai fait

avec

11 fit donner l’habit

régalé,

et lui

dit

en

me

suis autrefois

en

sorte de vous trouver

me

voyez à

vu

dans

présent“.

manière
tous
sont

d’agir, à mortifier les
les privilèges, finissent sotcapables de tout, et que

traiter aussi bien le reste du genre

128

Sixte leur faisait durement sentir le contraire,

humain.

n’est pas
est bon que le

et

en

ce

quelquefois

à

quoi

génie

sa

l’homme à l'homme.
et aux

petits

:

„Nous
LES

Une

bonne

agissait

le moins

et la véritable

nullité la

Son histoire est

tion.

il

grandeur

une

Elle

sagement.

grandeur rappellent
factice et de

conven-

leçon qui rappelle au moins
dit énergiquement aux grands

foulons tous la même terre.“
DEUX

ÉCOLIERS.

action laissée derrière

dans la vie

soi

économie que l’on trouve tôt ou tard.
dote suivante nous semble présenter un touchant
est

11

une

L’anec-

exemple

de cette vérité.

l’époque des querelles du parlement et du
partis avaient pris les armes, et se faisaient la guerre avec acharnement; cependant l’armée du
roi Charles avait été défaite plusieurs fois, et ceux de
à la main,
ses partisans qui avaient été pris les armes
étaient conduits devant les juges établis par Cromwell
dans chaque ville, pour être condamnés comme rebelles.
C’était
Sir Patrick de Newcastle était un de ces juges.
un homme de mœurs austères, dont on citait le républi—
canisme solide, mais sans emportement, et auquel CromSa constiwell accordait une estime toute particulière.
maladive
ne
de
lui ayant point permis
se rendre
tution
aux années, il s’était appliqué à servir la cause politique
qu’il avait adoptée par ses lumières, et on le citait
aussi le plus
comme le magistrat le plus habile, mais
rigoureusement équitable de tout le comté.
Un soir que sir Patrick avait réuni quelques amis, et
qu’il soupait gaiement au milieu de sa famille, des soldats
entrèrent avec un prisonnier royaliste qu’ils venaient de
surprendre. C’était un officier qui, après la déroute de
l’armée de Charles, avait cherché à regagner les côtes afin
de trouver les moyens de s’embarquer pour la France.
Sir Patrick ordonna de lui délier les mains; puis faiC’était à

roi.

Les deux

(

-

mm

129

apporter près du foyer une nouvelle table: „C’est
aujourd’hui mon jour de naissance,“ dit-il, „je veux finir
joyeusement le repas que j’ai commencé; servez des rasant

fraîchissemenls
En

ce

heure

moment, je

je

cavalier

au

ne

redeviendrai

et à ceux

qui

l’ont conduit.

être que son hôte, dans une
juge.“ Les soldats remercièrent

veux

son

prés de leur prisonnier, qui semblait
pris courageusement son parti, et se mit à souper
avec eux de bon appétit.
Cependant Patrick était revenu prendre place au
banquet avec ses amis, et avait repris l’entretien interrompu par l'arrivée des soldats. „Or donc, je vous disais,“ continua-t-il, „qu’à quinze ans j’étais encore si chétif
que tout le monde méprisait ma faiblesse ou en abusait
et

s’assirent à table

avoir

J’avais eu d’abord à
pour me faire souffrir.
les mauvais traitements de ma belle-mère, il
bientôt
faiblesse

ceux

l’enfant

me

brutalités

auxquelles j’étais
douleur, plus

sensible à la
vivais dans
dessus
ce

un

tout

châtiment

continuel

la férule

cruel,

et

en

butte

tremblant

me

rendirent

devant

elle.

deux foix

du

maître:

j’en

avais conservé

faisait trembler de tout

un

j’avais

Je

„Je suivais, comme
collège de Westminster;
lége étaient séparées par

subi

souvenir si

corps.“
l’ai déjà dit,
vous
je

du

plus

effroi, mais je redoutais par-

terrible, que la seule pensée d’y être exposé de
me

fallut

me

Le

de mes camarades.
courage
Ma
que le sentiment de sa force.
rendit lâche : loin de m’endurcir au mal, les

endurer

n’est chez

supporter

nouveau

mon

les

les deux classes de

ce

cours

col-

rideau

auquel il
Un jour
expressément
me
au milieu d’une explication
sommeil
le
d’été,
gagna
que le professeur nous faisait de la Poétique d’Aristote;
me réveilla en
un mouvement qui se fit dans la classe,
me
failli
et
tomber,
je
ratrappai au rideau
sursaut,
ayant
sous ma main, et une vaste trouée laissa
déchira
se
qui
nous

était

voir la classe voisine.

un

simple

défendu de

Les deux

toucher.

professeurs
9

\

se

détour-

130
nèrent

au

bruit,
été

avait

qui

moi l'écolier

et

fait.

qui

se

aperçurent en même temps le dégât
On pouvait accuser aussi bien que
trouvait dans la seconde classe, de

l’autre côté du rideau: mais

professeur

m’ordonna

avec

mon

trouble

me

trahit,

et le

colère de venir recevoir douze

coups de férule. Je me levai en chancelant comme un
homme ivre; j’essayai de parler pour demander grâce,
mais la peur avait glacé ma langue, mes genoux se dérobaient

sous moi, une sueur froide ruisselait dans mes
cheveux; enfin, arrivé prés du professeur, je tombai à
genoux. La terrible lanière était déjà levée sur moi,

lorsque j’entendis quelqu’un dire: „Ne le frappez pas, je
suis le seul coupable“.
C’était l’écolier placé de l’autre
côté du rideau qui venait de parler.
On le fit venir
dans notre classe, et il reçut les douze coups de férule.
Mon

premier mouvement avait été d’arrêter ce châtiment
injuste, en le réclamant pour moi ; mais la force me
manqua, et, une fois le premier coup donné, j’eus honte
de parler.
Après avoir subi sa punition, l'écolier passa
prés de moi, les mains saignantes, et me dit à demi-voix,
avec un sourire que
je n'oublierai de ma vie: „Ne t’accroche plus au rideau, petit, car la férule fait mal“.
Je tombai à genoux en poussant des sanglots, et l’on
fut obligé de me faire sortir“.
„Depuis ce jour, j’eus en horreur ma lâcheté, et je
fis tout pour la surmonter. J’espère enfin y être
parvenu“.
„Et vous ne connaissiez point ce généreux camarade?“
—

demanda un des convives; „vous ne l’avez jamais revu?“
„Jamais, malheureusement. Il n’était point de ma classe,
et je quittai le collège de Westminster
peu après. Ah!
Dieu m’est témoin“, ajouta Patrick avec une larme dans
les yeux, „que j’ai souvent demandé dans mes
prières à
revoir celui qui avait ainsi soutfert pour moi, et
que je
donnerais plusieurs années de ma vie pour pouvoir heurter
—

ici

une

fois

Dans

Patrick,

ce

mon

verre

moment

contre le sien“.
un

il leva les yeux

s’avança vers celui de
étonnement; c’était le pri-

verre
avec

131

royaliste qui lui offrait un toast en souriant. „En
mémoire du rideau déchiré de Westminster, sir Patrick,“

sonnier

dit l’officier;

„mais,

fait défaut; ce n'est
mais bien le double,

sur

ma

parole,

point douze

la mémoire

coups

pour avoir exposé
déclarant point de suite

que
un

vous

a

je

reçus,
autre à la

faute.“
punition
s’écria le
le
me
est
maintenant,“
vrai, je
rappelle
„Cela
à faire,
donna
vous
votre
„Et
digne professeur
juge.
si je ne me trompe, à cette occasion, un discours latin
u
sur les iniquités volontaires.
„Je me le rappelle,“
est-il
possible que ce soit vous?“...
répéta Patrick; „mais
l’avoir
regardé, „je reconnais ces
„Oui,“ ajouta-t-il après
traits... c’est lui, c’est bien lui... et dans quelle situa„Sous celui de
tion, et sous quel uniforme!...“
et
Patrick.
Gentilhomme
sir
mon roi,
Ecossais, j’ai obéi
J’ai
à ce que l’on m’a enseigné comme un devoir.
mon
dans
de
l’armée
mon
suivi
Charles;
père est
père
en
Tout
est
faire
autant.
vais
bien; je ne
mort, et je
le
sauve
roi!“
Dieu
chose:
demande qu’une
Après
ces mots, l'officier retourna près des soldats et continua
tranquillement son repas.
Le soir
Mais Patrick était sombre et préoccupé.
les
nécessaires
ordres
pour
même, après avoir donné tous
sans dire où
que le prisonnier fût bien traité, il partit
il allait, et fut trois jours absent. Enfin, le quatrième
jour, il arriva, et dit qu’on lui amenât l’officier royaliste.
,,Va-t-on enfin me juger?“ demanda gravement celui-ci.
„II est temps d’en finir, ne fût-ce que par humanité; je
suis si bien chez toi, sir Patrick, que si j’y reste encore
„Lord
longtemps, je finirai par regretter la vie.“
Derby,“ dit le juge d’un ton ému, „il y a vingt ans que
tu me dis en me montrant tes mains sanglantes: Ne
t’accroche plus au rideau, car la férule fait mal. Voici
ta lettre de grâce, signée par le protecteur, mais, à mon
tour, je te dirai: Ne prends plus les armes contre le
parlement, car Cromwell est difficile à fléchir.“ A ces
en

ne

ma

—

—

—

—

—

—

9

\

'

132
et lord Derby se jetèrent dans les
l’autre, et ils vécurent depuis ce temps
la plus grande intimité, malgré la différence de
opinions politiques.

mots, sir Patrick
de

l’un

bras

dans
leurs

LE

PAYSAN

CARIGLTANO.

DE

du soir avait sonné à

L’Angelus

l'église

de

Cariglianof

les troupeaux venaient de rentrer, et les portes des caC’était l’heure où les pères,
banes s’étaient refermées.

genoux,

travail, font danser leurs enfants

du

de retour

plus petites
jeune femme

le

attendant

en

maisons du

repas

village,

du soir.
un

jeune

sur

Dans

leurs

une

des

homme et

une

table où le souper
avait été servi; mais ils ne mangeaient pas, et de grosses
larmes coulaient le long des joues de la jeune femme.
étaient assis devant

une

„Margarita,“ dit tout-à-coup le mari en lui prenant la
main, „si tu pleures ainsi, comment veux-tu que j’aie du
„C’est vrai, Piétro, on ne paie passes
courage?“
créanciers avec des larmes.“
„Nous avons encore tout
un mois devant nous,
femme; une bonne occasion peut
Voilà que les troubles de Naples ont pris fin;
venir.
Mazaniel a été tué, et ses partisans sont en fuite: le
commerce reprendra peut-être, et nous pourrons vendre
—

—

la laine de
la

tête;

nos

moutons.“

puis, voyant

Margarita

—

secoua

doucement

regardait, elle
répondit: „Dieu t’entende, ami!“
que

son

mari

la

tâcha de sourire, et lui
„Allons,“ reprit celui-ci d’une voix tendre, „ta main dans
la mienne, Margarita, et sois ce que doit être une vraie
—

femme,

douce

et forte

puisqu’il
pour
d’absence et de maladie.
nous,

dans

l’affliction.

Dieu est bon

préservés jusqu’à présent
Apporte ici notre enfant.“
leva vivement, passa dans une

nous

a

jeune femme se
voisine, et reparut presque aussitôt, tenant dans
ses bras une
petite fille de trois ans. „Mettez-vous là
toutes deux, à mes côtés,“ dit Piétro; „lorsque je vous
vois, cela me donne du courage, et je sens que je vous
La

chambre

aime trop pour que

vous

tombiez dans la

peiné.

I
m

Quand

133

je

devrais

suer

heureuses.“

„Tu

es

du sang-,

toi

et

enfant

ton

vous

serez

Margarita attendrie embrassa son mari.
comme un saint, Piétro,“ lui dit-elle, „et je
—

bon

voudrais souffrir six mois pour racheter chacune de tes
heures de souffrance.“
Dieu a mis dans les affections
—

de famille la consolation de toutes les douleurs.

rita et Piétro
sentant

se

combien

trouvèrent bientôt moins à

ils

C’étaient des âmes

étaient

simples

précieux
et

l’un

aimantes

Margaplaindre, en

pour

qui

se

l’autre.

consolent

du

facilement

malheur par la tendresse.
Et cependant
leur situation était bien triste. Mariés depuis quatre ans,
tout

leur avait d’abord

réussi; mais pendant les deux

dernières années, des désastres de tout genre les avaient
frappés. Leur récolte avait été détruite par la grêle,
leur troupeau décimé par la maladie. Pour comble d’inétaient survenus, et les
leur
récolte.
Pressés par
empêchés
la nécessité, ils s'étaient donc adressés à un usurier qui

fortune, les troubles
avaient

de

leur avait

prêté

intérêts

ces

aux

de

Naples

vendre

à gros

intérêts; mais,

ne

pouvant payer

ternies convenus, ils avaient renouvelé

leurs emprunts, leurs dettes s’étaient accrues, si bien
qu’au moment où commence notre récit, il ne leur restait

plus

moyen d’éviter la ruine qui les menaçait.
Cependant la vue de leur petite Laura avait un peu

aucun

la tristesse des deux

dissipé
ils

époux;

la nuit était venue,

commençaient à souper, lorsque la porte s’ouvrit

tout-

étranger dont les vêtements étaient en
désordre et couverts de poussière, entra précipitamment
dans la cabane. A cette apparition inattendue, Margarita
avait jeté un cri, et Piétro s’était levé presque effrayé.
„Que voulez-vous?“ demanda-t-il brusquement à l’inMais celui-ci regardait autour de lui d’un œil
connu.
soupçonneux. Enfin il s’avança vers la table où les deux
paysans étaient assis, et, rassuré sans doute par le doux
visage de la jeune femme et la présence de l’enfant:
-Je suis un proscrit de Naples,“ dit-il; „je cherche un
asile.“
Piétro se découvrit, et Margarita se leva avec
et

à-coup,

—

—

un

134
un

empressement plein de compassion

et

de

respect.

bien-venu,“ dirent-ils ensemble à l’étranger, en
„Soyez
lui montrant une place à côté d’eux.
Tout cela s'était passé rapidement, et avec autant
de simplicité que s’il se fût agi d’un fait journalier et
vulgaire. Ce n’était point, en effet, la première fois que
la cabane de Piétro servait de retraite à un proscrit.
A cette époque, les guerres civiles désolaient toutes les
cités de l’Italie; chaque parti y perdait ou y reprenait
successivement le pouvoir, et les montagnes étaient toujours pleines d’exilés fuyant la proscription du vainqueur.
Étrangers à ces querelles, les paysans offraient tour-à-tour
l’hospitalité aux vaincus de la veille et à ceux du lendele

Ils

main.

ne

pas de l’opinion que le fumais des périls qu’il courait; ils ne

s’informaient

gitif avait défendue,
regardaient point à sa cocarde, mais à la pâleur que la
souffrance avait répandue sur son front. Après avoir fait
un
souper l’étranger, Margarita se hâta de lui préparer
à
l’extrémité
Il y avait
lit pour qu’il pût se reposer.
de la cabane
ils

réduit peu apparent et faiblement éclairé;
lieu était le plus sûr, et ils y
ce

un

pensèrent

que

conduisirent l’inconnu.
fort

inquiète;

entrer

dans

sa

il

Piétro passa une nuit
que l’on n’eût vu le proscrit
Aussi
et qu’il n’y fût découvert.

Cependant

craignait

cabane,

en sorque l’on juge de son ellroi lorsque le lendemain,
tant de grand matin, il aperçut des soldats arrivés pendant la nuit, et qui remplissaient le village. Piétro cou-

l’étranger, en lui recommandant d’éviter tout
qui pourrait trahir sa présence. Il ajouta que sans
doute les soldats quitteraient Carigliano dans la journée,
et qu’alors il pourrait s’échapper sûrement. Mais les soldats
et l’on sut bientôt qu’ils avaient été
ne partirent point,
le
dans
village comme poste d’observation et
envoyés
arrêter
les
proscrits. Piétro fut donc obligé de
pour
son hôte.
garder
rut avertir
ce

jours s'écoulèrent sans améliorer la position des
époux. La présence de l’étranger leur avait même

Les

deux

135

occasionné

surcroît de

un

dépense qui

hâtait leur ruine;

beaucoup pour le pauvre qu'une faim de plus à
satisfaire.
Cependant Piétro n’eut pas un seul instant la
se
débarrasser de cette charge nouvelle en
de
pensée
c’est

car

à

engageant le proscrit
que c’était
reux

il

l’envoyer

que

garda
Margarita se

sa

maison; il savait trop

mort certaine.

Quelque

oné-

pour lui l’hôte que Dieu lui avait donné,
sans rien
dire, sans rien laisser paraître.

taisait
élevée

moins

vouements
se

quitter
une

fût

le

âme

à

aussi, mais
comprenait

avec

Son

plus d'efforts.

moins facilement les dé-

elle était trop bonne pour ne point
sacrifice, mais trop faible pour ne point
parfois. Aussi, lorsque le soir les réunis-

généreux;

résigner

au

le regretter
sait tous autour du chétif repas qu’elle avait préparé, son
regard demeurait fixé sur le proscrit; elle s’effrayait de
sa faim, comptait chaque bouchée, et sentait en elle comme
un

sourd

repentir

Mais si dans

de

l’hospitalité qu’elle

moment

ce

ses

Piétro, elle baissait la tête

yeux rencontraient
en

rougissant;

honte de l’éclair

Quant

d’égoïsme qui
proscrit, c’était

au

lui avait donnée.

car

avait traversé
un

homme

ceux

son

primait jamais que par
plus souvent, penché
de

ses

mains,
dont

images
Cependant

sa

il

un

sur

âme.

sombre, qui
plus grandes

peu., et semblait s’occuper de choses
que celles de la vie vulgaire. Sa reconnaissance

parlait

ne

par un regard.
la table et le front dans

geste

ou

de

elle avait

s’ex-

Le
une

traçait du doigt, devant lui, d’invisibles

il semblait chercher les formes et la pose.
rêverie n’avait rien d’inquiet; elle était noble,

était aisé de voir que le passé,
rides sur son front encore
larges
qui
de remords; et que si
ne lui
avait
laissé
point
jeune,
ses lèvres demeuraient fermées, ce n’était point par prudence, mais parce qu’il y avait au fond de ce cœur beaucoup de ces grandes choses que la parole n’exprime pas.
Après avoir passé la journée entière dans sa retraite,
le proscrit, comme nous l’avons déjà dit, en sortait le
soir pour prendre part au repas de la famille. Un jour

calme et souriante.
avait

creusé

i

11

de

;

136
étaient tous

qu’ils

à

table,

frappa

on

à

la

de la

porte

regarder par une lucarne placée
„C’est Pédrill !“ s’écria-t-il en revenant.
„El vite, signor, retournez à votre cachette! cet
homme est avare et méchant; s’il vous apercevait, tout
serait perdu.“
L’étranger se hâta de fuir, et Margarita,
à
encore tremblante, alla ouvrir à Pédrill qui continuait
ne vouliez point me rececru
vous
„J’ai
que
frapper.
autour de
voir,“ dit le vieil usurier en entrant et jetant
maître
cela,
lui des regards scrutateurs.
„Pourquoi
mieux
dire
vous
ce
que
Pédrill?“
pourriez
que
„C’est
maison

:

Piétro courut

au-dessus du seuil.

—

—

—

—

moi, Piétro. Du dehors il me semblait entendre chuchoter
ici; on eut dit qu’il y avait quelqu’un avec vous.“
„Vous voyez, en effet, que je ne suis point seul,“ répon—

dit le paysan

Mais Pédrill
en

sa

femme et

mesure

de

sa

petite

fille.

—

curiosité soupdit-il enfin, „pour savoir si vous
Marce qui m’est dû.“

regardait toujours

„Je venais,“

çonneuse.
êtes

montrant

en

avec

une

—

me

payer

bras.
pâle, et serra son
basse
voix
d’une
Piétro
le puis, en vérité,“ répondit
voire
et
maison
et triste.
„Alors, mes enfants, votre
nullement
suis
mobilier répondront pour vous; car je ne
Tout en parlant ainsi,
disposé à perdre mon argent.“
Pédrill s’était avancé vers le foyer, et il se trouvait dans
avait
ce moment vis-à-vis de la table, que le proscrit
subitement quittée. „Pardieu,“ dit-il tout-à-coup, „il me
s’il
semble, Piétro, que vous pouvez payer vos dettes,
En
vous reste de quoi acheter de telles coiffures.“
velours que l’étrande
la
il
montrait
loque
parlant ainsi,
Margarita jeta un cri;
ger avait oubliée en se retirant.
„Trois couverts et
Piétro embarrassé garda le silence.
trois chaises,“ ajouta à demi-voix Pédrill. Puis, se tournant vers le jeune paysan: „II est clair que j’ai elfarouché votre compagnie, mes enfants!“ reprit-il en ricanant.
11 s’assit ensuite et parla d’autre chose; mais au moment

garita
„Je ne

enfant dans

devint

ses

—

—

—

—

—

de

sortir,

„J’aurais

il

pu

attira Piétro
vous

donner

dans
encore

un

coin,

et

lui

quelque délai;

dit:
mais

137

imprudence compromettrait mes intérêts. Vous resi on le savait, vous seriez coucevez des proscrits;
Je ne veux
à
la
et
damné
vos biens confisqués.
prison,

votre

pas courir cette chance; voyez donc à me
huit jours comme vous l’aviez promis, sinon

payer dans
je fais tout

vendre.“
A

ces

femme

mots Pédrill

immobiles

se

d’effroi.

retira,

laissant Piétro

Cependant,

au

et

bout

sa

d'un

instant, le paysan reprit courage. „11 ne me dénoncera
pas", dit-il; „car si l’on confisquait notre maison, il perdrait sa créance: nous n’avons donc rien à craindre de
côté. Quant à vendre tout ce qui est ici, voilà longtemps que nous sommes menacés de ce malheur, et nous
avons eu le temps de nous habituer à une pareille idée.

ce

L’oiseau

du

l’abri; Dieu
l’oiseau.“
une

—

une feuille pour se mettre à
pas moins bon pour nous que pour
Cependant les huit jours s’écoulèrent dans

ciel

ne

trouve

sera

angoisse cruelle pour Piétro et
d’échapper au désastre qui

Sans moyen

pour sa femme.
les menaçait, ils

pouvaient être sauvés que par un de ces miracles
que l’on espère toujours, mais sur lesquels la raison
défend de compter.
Chacun d’eux s’efforçait de cacher

ne

angoisses, afin de ne pas attrister l’autre; chacun
s’efforçait de causer et de sourire, mais cette causerie
était distraite, ces sourires convulsifs; et au fond de
cette tranquillité jouée on sentait s’agiter une douleur
amére. Le proscrit ne savait rien de ce qui se passait,
Piétro n’ayant pas voulu ajouter à ses chagrins cette
nouvelle inquiétude.
„II sera toujours assez tôt pour
l’avertir que nous ne pouvons plus lui donner asile“,
dit-il à Margarita; „attendons au dernier instant“.
Cefois
sous
Pédrill
était
revenu
plusieurs
prétexte
pendant
de s’informer si Piétro pouvait le payer, mais en réalité
pour savoir ce qui se passait chez lui. Un soir il avait
failli surprendre l’étranger au moment où il sortait de sa

ses

—

retraite; mais il
fait

aucune

avait

observation.

feint de

ne

rien

voir,

et n’avait

138
Les choses

en

frappa

la pauvre

tomba

malade.

unique

cette

là, lorsqu’un malheur imprévu
Carigliano : leur petite fille

étaient

famille du
Piétro

et

Margarita avaient
espérances;

enfant toutes leurs

née

toutes leurs

leur

mariage,
après
joies comme à toutes

et leur

passé

vivant

anneau

qui avait assisté à
souffrances, était
dans cet enfant,
s’aimaient
ils
avenir;
leur

an

qui

sur

Cette frêle créature,

fois leur force et leur consolation.
un

réuni

c’était à la

et

leurs

semblait réunir leurs deux existences.

Que l’on juge de leur douleur

en

la

voyant menacée de

inquiétude disparut dans cette grande
douleur; et pendant les deux nuits qui s’écoulèrent, nuits
de désespoir et de larmes, la pensée de leur ruine ne
Ah ! que
revint pas une seule fois aux deux époux.
leur importaient la pauvreté et l’humiliation, pourvu que
leur enfant pût vivre! Le travail ou les hommes pouvaient
leur rendre tous les biens perdus; mais il n’y a que
Dieu qui puisse donner un enfant! Margarita passa deux
nuits en prières auprès du berceau de sa fille, demandant, comme Jésus-Christ au jardin des olives, que l’on
mort! Toute autre

d’elle

éloignât
troisième
connu

qui

calice.

ce

la malade

jour
joie

cette

inonde l

d’une

ame

près

Eniin elle fut exaucée, et le
parut se ranimer. Oh! qui n’a

guérison inattendue,
de l’être aimé

qui

cette ivresse

vient

d’échap-

per à la mort! Jamais peut-être bonheur si grand n’avait
rempli les cœurs de Margarita et de Piétro.

tranquillité de l’âme revinrent la prévoyinquiétudes d’esprit. On était à la veille du
fatal
indiqué par Pédrill pour le payement de sa
jour
créance ou pour la vente de sa maison.
Piétro comprit
était
d’avertir
Je
de
ce qui allait
qu’il
temps
proscrit
11
le fit avec une noble simplicité.
arriver.
L’étranger
l'écouta sans rien dire; mais quand le paysan releva la
tête, il aperçut une larme qui roulait sur ses joues silMais

avec

lonnées.
main.

puis

la

et les

ance

Il

recula étonné.

Le

proscrit

lui

tendit

la

suis aussi pauvre que toi“, dit-il, „et je ne
te sauver“.
„N’ayez point de souci de nous, signor,

„Je

—

139
mon

ne

travail suffira pour

faut-il

„Tu

as

toi !

point

raison

;

nous

faire vivre;

et

d'ailleurs,

que chacun ait ses peines ici-bas?“
mais puisse Dieu être indulgent pour
—

Je

partirai cette nuit“.
vint, et Piétro allait fermer sa porte, lorsPédrill
se
que
présenta.
„Eh bien“, dit-il, „c’est demain
tu
dois
me
que
„Plus que
payer; y as-tu songé?“
ne
l’aurais
je
voulu“, murmura le paysan.
„Et à quoi
t’es-tu décidé?“
„A subir toutes les conséquences de
mon malheur“.
„C’est-à-dire que tu ne peux pas me
satisfaire ?“
Le petit usurier
„C’est la vérité“.
un
instant
le
il
silence
et
garda
;
jeta les yeux autour
de lui pour s'assurer que personne ne Pécoutait, et s’approchant davantage de Piétro; „Que dirais-tu“, reprit-il
à demi-voix, „si je te donnais un moyen de gagner du
temps et de me payer en partie sans vendre ta maison?“
„Sainte Vierge! est-ce possible?“ s’écria Piétro en
reculant.
„Ecoute“, ajouta Pédrill rapidement, „tu caches
ici quelqu’un.
Oh ! ne cherche pas à le nier, j’en
suis sûr.
On a promis vingt ducats à quiconque livrera
un proscrit; va dénoncer le tien au commandant de Carigliano, et tu toucheras la somme convenue“.
»SeiLe soir

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

gneur Dieu!
reculant.

que

me

proposez-vous là?“

„Un moyen simple et facile
peut-être de te tirer d’affaire“.

dit Piétro

en

de retarder ta

—

ruine, et
„Une infâme
trahison, Pédrill!“
„Trahison, trahison... Je ne m’arrête point aux mots, vois-tu.
Puisque le gouvernement
encourage à dénoncer les proscrits, c’est qu’il trouve
cela bien, n'est-ce pas? pourquoi veux-tu être plus honnête homme que le gouvernement?“
„Assez, assez,
Pédrill!“
„D’ailleurs, songes-y bien, si tu refuses, tu
es
perdu; demain je mets en vente tout ce qu’il y a ici,
—

—

—

—

et

il

ne

te

fant malade“.

restera pas

même

un

berceau pour ton

en-

„Hors d’ici, Satan !“ s’écria Piétro en
l’usurier;
„hors d’ici! tu espères me tenter en
repoussant
me parlant de
mon enfant,
mais je ne veux plus t’entendre!....“
„Perds-toi donc, imbécille“, grommela
—

—

\

lio
Pédrill

se

en

retirant.

—

Mais

après

avoir fait

quelques

pas, il revint de nouveau. „Réfléchis bien, Piétro“,
„ce que je t’ai proposé est dans ton intérêt. Mon
dans

songe à la

dit-il;
cœur

tu

vas
laquelle
position
saigne quand je
te trouver. Ecoute“, ajouta-t-il plus bas, „s’il te répugne
de dénoncer toi—meine ce proscrit, fais-le sortir de chez
toi; je le livrerai, et nous partagerons les vingt ducats.“
Piétro poussa Pédrill sans lui répondre, et referma la

porte

que venait de

Ce

dans
un

violence.

avec

lui

singulière agitation.

une

seul instant à faire

son

le lendemain sa femme et
le

asile

sans

dire cet

11

tille

encore

Cependant

bouleversait.

jeté
point balancé

mais la

devoir;
sa

homme l’avait

n’avait

pensée que
malade seraient

il voulut

avertir

l’étranger de ce qui venait de se passer, non qu’il craignit les dénonciations de Pédrill, qui en livrant la retraite
du

proscrit

qui

allait

la

espionner
sa

Piétro courut à l’endroit où celui-ci était

perte.

ché,

et

fût exposé à voir confisquer une maison
appartenir; mais le vieil usurier pouvait
fuite de l’étranger, et devenir la cause de

se

lui

l’appela

sans

recevoir de

Surpris,

réponse.

ca-

il

la
poussa la porte, entra; il n’y avait personne, mais
lucarne était ouverte, et l’étranger avait pris la fuite.
—

„11

voulu éviter de

aura

pénibles adieux,

empêcher
village,“

et

le conduisant hors du

m’exposasse
que je
pensa Piétro. „Brave homme! que le ciel le conduise!“
II vint annoncer à Margarita le départ de leur hôte.
La nuit s'écoula pour eux dans une triste attente,
en

ne

levèrent

du

jour.

Pédrill arriva bien-

et ils

se

tôt,
pui.

les gens de justice qui devaient lui prêter ap„La nuit vous aurait-elle rendu plus sage?“ de-

au

point

avec

manda-t-il

bas

à

Piétro; „et

trouvez-vous

maintenant

de gagner vingt ducats?“
„L’homme
qu’il
tu
est loin d’ici et en sûreté,“ réponvoulais
livrer
que
dit le paysan avec mépris.
„C’est ce que je voulais
soit bon

—

—

savoir; puisque
suspect, je puis

ta

demeure

y faire

ne

entrer

renferme
la

justice.“

-,

plus
—

rien de

En effet

141

les gens qui avaient accompagné Pédrill se
aussitôt dans la maison.
On somma Piétro,

répandirent
au

nom

de

la loi, de payer la créance qui lui était
de se reconnaître dépossédé de tout ce

présentée, ou
qui lui appartenait... „Rien n’est plus à toi ici“, ajouta brutalement
l’homme de loi: „va-t-en.“
Piétro jeta autour de lui
un
regard éperdu. Cette demeure qu'il avait reçue de
son père, où il avait
grandi, où sa mère était morte, où
il avait conduit sa jeune épouse, le jour de leur mariage,
il fallait la quitter.
Rien n’était plus à lui dans cette
—

maison

où

il laissait

souvenirs!
eût

voulu

embrasser

abandonner; mais
mes

seuls,

restez, je n’ai

pressées

sur

en

tenait

Margarita qui
„venez,

toutes

Piétro

Cependant

son
mes

rien

son

et

murs

refermant

se

et

ouvrit les bras

égaré

les

habitudes

ses

tout

ses

s’il

allait

qu’il

ce

bras rencontrèrent

ses

enfant.

tous
comme

„Venez!“ s’écria-t-il;
puisque vous me

vrais trésors;

perdu.“

Et il sortit

les

en

tenant

cœur.

l’effort avait été trop

grand;

à

quelques

pas du seuil il s’arrêta, se laissa tomber sur un tertre
de gazon, et tourna les yeux vers sa demeure. Margarita s’assit en silence à ses pieds, avec cette muette réque trouvent les femmes dans les douleurs
Oh ! qui peut dire ce qui se passa alors
reincde.
dans le cœur de Piétro? Jusqu’à ce moment sa vie avait

signation
sans

jamais la calomnie
souffle, et ce-

été pure de toute mauvaise action,
elle-même n'avait osé le toucher de

pendant
un

et avait

Oh!
en

de

ses

laborieux,

dépouilles

et où les bons devenaient la

quels
face de

avec

la

enrichi

le

un

lâche

rage

iniquités!

devaient

se

lever

comme

généreux,
méprisé de

vertu

esprit simple,

un

mains

ses

n’était

croisées

le ciel pour invoquer
premier et le plus dan-

vers

justice de Dieu! Hélas! le
poison du malheur est

gereux

fait

des méchants?

proie

doutes devaient entrer dans

telles

avait

sort

aimant et

Qu’était-ce donc qu'un monde où la

tous.

rien,

lui:

tout avait tourné contre

mendiant de l’homme

son

le doute!

.

.

.

Mais

après

142
ce

vacillement les

premier

leur attitude;

l’on

et

âmes bien faites

reprennent

que la force elle-même
base solide, la patience!

comprend

qu'une
voyait transporter hors de sa maison des
meubles qui tous lui rappelaient une habitude ou une
afTection: c’était le banc où il s’asseyait avec Margarita
ne

peut

avoir

Piétro

et

le

sa

lille

Tout

ses

sur

miroir

dont

genoux,
sa

s’entassait

cela

Déjà

commençait.

emportait

un

lit où

se

sa

servait

mère était

ses yeux,
et
voisins avides de

prix

ces

morte,

jeune fille.
déjà la vente
profiter de sa

comme

sous

des

ruine achetaient à bas
comme

un

femme

souvenirs, et chacun d’eux
sa vie,
quand tout-à-

lambeau de

Il se fit un moucoup les enchères furent suspendues.
se
à
la
la porte de la
dans
foule
vement
qui
pressait
sembla
comme
s’il s’était
et
l’on
maison,
s'interroger

passé quelque chose d’extraordinaire. Deux villageois
passèrent rapidement près de Piétro. „Pédrill a ordonné
d’avertir le comte de Corsino“, dit l’un d'eux.
„Que
—

se

passe-t-il

donc?“

demanda Piétro.

—

Mais les villa-

geois étaient déjà loin et ne l’entendaient plus.
Après avoir hésité quelque temps, le paysan se leva
Dans ce moment le comte de
et s'approcha de la foule.
Corsino arrivait;

Piétro

entra

avec

lui dans la maison.

„Venez, signor comte!“ s’écria Pédrill; „nous avons découvert ici des peintures extraordinaires, et que nous avons
voulu vous montrer avant d’y toucher“. On le conduisit
aussitôt dans le lieu obscur où avait été caché le proscrit, et Piétro suivit ses pas. Alors, à la clarté des tor-

ches que Ton avait allumées, et qui répandaient dans cet
étroit réduit une vive lumière, le paysan aperçut pour la

première fois de grandes figures qui couvraient
les

sons

et

ment

ébauchées;

le

trait,

qu’il

était

maître.

tant

les cloi-

plupart n’étaient que grossièremais il y avait tant de hardiesse dans

murs.

La

puissance dans
point reconnaître la

de fierté et de

impossible

de

ne

Le comte Corsino s’arrêta

avec

un

les poses,
main d’un

cri d'extase

-

143

devant cette merveilleuse composition; c’était un connaishabile, et qui avait consacré une partie de son im-

seur

fortune à

mense

passait
dit-il

une

pour

former

se

des

une

plus

de tableaux

qui
„Piétro“,
qui contemplait

galerie

riches

l'Italie.

de

de lui le paysan
esquisses dont les murailles étaient

apercevant près

en

les

stupéfaction
„En
„depuis quand possèdes-tu ce trésor?"
vous
comme
car
vois
je
vérité, je l’ignore, signor comte;
Corsino regarda
ces dessins pour la première fois“.
avec

couvertes,

—

—

de

nouveau

attention

avec

le ciel! il

s’écria; „Par
qui ait pu dessiner
Rosa“.
—

„C’était

—

„Que

ces

en

voyant qu'il

était seul

n’y
figures,

avec

un

Italie

Piétro

ébauches, et
qu’un seul peintre

et ceci est de Salvator

nom“,

son

—

il raconta à celui-ci tout
il avait recueilli

admirables

en

a

effet

veux-tu dire?“

ces

murmura

regarda

le paysan.

autour de

Pédrill et le comte de
ce

partisan

s’était

passé, comment
Mazaniel, et le long séjour

qui

de

lui;

Corsino,

proscrit dans cet endroit caché. Quand il eut achevé:
„Plus de doute“, dit le comte, „ces dessins sont du grand
Salvator! Piétro, je paie tes dettes et je t’achète ta maiMais pars sur-le-champ ; car on saura que tu as
son.
Le
donné asile à un proscrit, et tu serais inquiété“.
soir même, Piétro, muni d’une forte somme, suivait joyeusement, avec sa femme et sa petite Laura, la grande route
du

—

de Milan.
LES

ROSES

DE

MONSIEUR

DE

MALESHERBES.

Lamoignon de Malesherbes, qu’il suffit de
pour désigner le ministre intègre, le savant mole
deste,
grand naturaliste et le meilleur des hommes,
Monsieur

nommer

avait coutume de passer tous les
près de Versailles, une

ans

beau château de

au

de

partie
l’été, pour se
lui
étaient
confiées.
qui
importantes
Parmi les occupations auxquelles se livrait cet homme célébre, la culture des fleurs était celle à laquelle il s’adonIl prenait surtout le plus grand
nait particuliérement.

Yerneuil

délasser des fonctions

\

144

plaisir

à

soigner

lui-même dans

bosquet

un

une

de rosiers

demi-lune de bois

qu'il

avait

planté

taillis, formant

une

de Verneuil.

du

auprès
village
qu’avait plantés monsieur de Malesherbes, aucun n’avait trompé son espérance. Des buissons de roses de différentes espèces, formant dans ce lieu
agreste et solitaire un conlraste frappant avec les arbustes sauvages dont ils étaient environnés, attiraient tous
les regards, et produisaient une sensation aussi agréable
qu’imprévue. L’heureux cultivateur de ce bosquet charniant ne pouvait, malgré sa touchante modestie, s’empêcher
Il en parlait à tous ceux qui
d’être fier de ses succès.
de
au
château
se présentaient
Verneuil, et il les conduisa
solitude. Il avait formé de
sait à ce qu’il appelait
ses mains un joli banc de gazon, et construit avec de la
remise de chasse,

De tous les rosiers

terre et des branches d’arbres

mettait à l’abri de la

exagénair e
Plutarque à
en paix sur

pluie,

une

grotte, où tantôt il

et tantôt il

préservait

se

tête

sa

des rayons brûlants du soleil.
C’est là que,
la main, sa lecture favorite, il réfléchissait
les vicissitudes humaines, et

actions mémorables dont il avait honoré

récapitulait
sa

les

carrière.

disait-il à toutes les personnes
à
conduisait
cette
solitude,
qu’il
„voyez comme tous ces
rosiers sont frais et touffus. Ceux des jardins somptueux

„Mais voyez donc,“

et les mieux

cultivés

Ce

n’ont pas des fleurs plus belles et
qui m’étonne surtout,“ ajoutait-il

plus

abondantes.

avec

transport, „c’est que, depuis plusieurs années que je
ces rosiers, je n’en ai pas perdu un seul; jamais

cultive

jardinier, quelque
reuse

que moi.

moignon-les

-

habile

qu’il fût, n’eut la main plus heum’appelle-t-on dans ce village Lapour me distinguer de tous ceux de

Aussi

Roses

,

ma

famille qui portent le même nom.“
Un jour que ce savant naturaliste s’était levé

tôt

qu’à l’ordinaire,

il

se

avant le lever du soleil.

de

juin,

à peu

prés

à

rendit à

C’était

l’époque

son

vers

du

bosquet
la moitié

solstice,

plus

chéri fort
du mois

où les

jours

/
-

145
les

sont

cieuse

de l’année.

plus longs
vent frais

un

:

et

une

La matinée était défi-

abondante rosée rafraîchis-

saient la terre desséchée par la chaleur de la veille;
les chants variés de mille et mille oiseaux formaient un
que les échos multipliaient à l’infini et
dans les montagnes; les prairies émaillées, les

concert ravissant

répétaient
plantes aromatiques et la vigne en fleur remplissaient
l’atmosphère d’un parfum délicieux.... en un mot, le
printemps régnait encore, et l'été commençait à paraître.
Monsieur de Malesherbes, assis prés de sa grotte,
contemplait avec respect ce calme heureux d’une matinée
des champs, ce réveil enchanteur de la nature. Soudain
un bruit léger se fait entendre.
Il croit d’abord que c’est
la marche de quelque biche ou de quelque faon timide
qui traverse le bois; il regarde, examine, et aperçoit à
travers le feuillage une jeune fille qui, revenant de Verneuil, un pot au lait sur la tête, s'arrête devant une fontaine, y puise de l’eau dont elle remplit sa cruche, s’avance
jusqu’au bosquet, l’arrose, retourne plusieurs fois à la
fontaine, et, par ce moyen, dépose au pied de chaque
rosier une quantité d’eau suffisante pour les ranimer tous.
Le magistrat, qui pendant ce temps s’était
tapi sur
son banc de verdure pour ne pas
la
interrompre
jeune
la suivait

laitière,

quoi

des yeux

avec

avidité,

attribuer les soins

ne

sachant à

donnait à

ses
empressés qu’elle
fille
était
figure
jeune
charmante;
exprimaient la candeur et la gaîté: son teint

La

rosiers.
ses

de

cette

yeux
semblait se colorer des feux de l’aurore naissante.
l’émotion et la curiosité attirèrent

pendant

naturaliste

vers

la

jeune inconnue,

au

malgré

Celui le

moment où elle

pied d’un rosier blanc sa dernière cruchée
tressaillant, jette un cri de surprise à la
vue de monsieur de Malesherbes, qui l’aborde
aussitôt, et
lui demande qui lui a donné ordre d’arroser ainsi tout
ce bosquet.
„Oh! monseigneur,“ dit la jeune fille toute
tremblante, „je n’ai que de bonnes intentions, je vous asdéposait
d’eau.

au

Celle-ci

10

146

je ne suis pas la seule de ces environs,
aujourd’hui mon tour“. „Comment, votre tour?“

sure:

et c’est

„Oui,
monseigneur: c’était hier à Lise, et c’est demain à Perrette“.
„Expliquez-vous, jeune fille, je ne vous com„Puisque vous m’avez prise sur le fait,
pas“.
prends
aussi je ne
vous en faire un mystère;
ne
plus
je
puis
Vous sauvois pas que cela puisse tant vous fâcher
rez donc, monseigneur, que vous ayant vu de nos champs
planter vous-même et soigner ces beaux rosiers nous
—

—

—

—

....

,

nous sommes

dans tous les hameaux des

dit,

environs:

qui répand chaque jour tant de
qui sait honorer si bien l’agrià des ingrats; et puisqu’il
n’a
affaire
culture, qu’il
pas
cultiver des fleurs, il faut l’aider, sans
se plaît tant à
toute jeune fille âgée de
qu'il s’en doute. Pour cela
à son tour, en revenant
chacune
quinze ans sera tenue,
de
à
lait
de porter son
puiser de l’eau à la
Yerneuil,
d’arroser
et
tous les matins,
ici
fontaine qui est
près,
les
de
rosiers
notre ami, de
avant le lever du soleil,
notre père à tous.... Depuis quatre ans, monseigneur,
je n’ai pas manqué à ce devoir, et je vous dirai même
que c’est à qui de nos jeunes filles atteindra sa quinzième année, pour avoir l’honneur d’arroser et de soifaut prouver à celui
bienfaits parmi nous, et
Il

,

de Malesherbes“.
gner les roses de monsieur
Ce récit naïf et touchant fit une vive impression sur
le ministre. Jamais il n’avait mieux senti toute la célé-

brité de

ne m’étonne plus“, se disait-il avec
rosiers sont aussi beaux et chargés

„Je

son nom.

ravissement, „si

mes

puisque toute la jeunesse des
daigne chaque matin me donner une preuve
si touchante de son amitié, je lui promets, en revanche,
de ne pas laisser passer un seul jour sans venir visiter
ma
solitude, qui m’est devenue plus chcre que jamais“.
„Tant mieux!“ répondit la jeune fille, „cela fera que
de

tant

de fleurs.

Mais

hameaux voisins

—

nous

conduirons

bonheur de

vous

nos

troupeaux de

contempler

ce

côté, pour avoir le
aise, de vous

tout à notre

147
faire entendre

et de

jaser quelquefois
permettre“.
„Oui, mes enfants“, reprit monsieur de Malesherbes;
„venez, oh! venez près de moi. S’il vous arrive quelques
malheurs, je tâcherai de les adoucir; s’il s’élève parmi
vous quelques différents,
je les aplanirai peut-être; et si
assortis
quelques mariages
par le cœur ne peuvent se
faire par disproportion de fortune, eh bien, je saurai tout
concilier“.
„Dans ce cas-là“, repartit vivement la jeune
laitière, „monseigneur ne manquera pas d’occupation, et
moi-même je pourrai dans peu de temps lui dire un
Mais j’oublie que ma mère
petit mot touchant cela
cours
lui
m’attend; je
porter l’argent de son lait, et lui
conter l’heureuse rencontre que j’ai faite“.
„Un modit
lui
monsieur
de
Malesherbes
en
l’arrêtant:
ment“,
„Comment vous nommez-vous?“
„Suzette Bertrand, pour
vous servir, monseigneur, si j’en étais capable“.
„Eh
bien ! Suzette“, reprit-il en pressant une de ses mains
dans les siennes, „remettez à vos compagnes, qui comme
vous ont soin de mes rosiers, ce que
je vais vous donner pour elles“.
„Oh! monseigneur, nous ne voulons
rien pour cela: tout votre or ne pourrait valoir le plaisir que nous y prenons“.
„Vous avez bien raison;
non, tout ce que je possède ne pourrait valoir ce que
vous me donnez en ce moment....;
mais, en attendant
que je puisse remercier moi-même vos jeunes amies, ditesvous, si

avec

nos chansonnettes,
monseigneur daigne

le

—

....

—

—

—

—

—

leur

bien, qu’elles embellissent la

fin de.ma

carrière,

et

que jamais ce qu’elles ont fait ne sortira de mon souvenir....“ En achevant ces mots, l’honorable vieillard déposa un baiser sur le front modeste de la laitière, qui

s’éloigna

fiére et

joyeuse

de l'honneur

Monsieur de Malesherbes

ne

qu’elle avait reçu.
cessait de raconter cette

II remplit avec exactitude la promesse qu’il avait
jeune fille. Il ne se passait pas de jour qu’il
visiter ses rosiers. Souvent, tandis qu’une société

aventure.

faite à la
n’allât

nombreuse

et brillante était réunie

au

château de Ver10

*

148

magistrat respectable, ce ministre, le conseil et
l’ami de son prince, assis prés de sa grotte solitaire,
participant aux jeux des pâtres des environs, étudiait au
milieu d’eux leurs penchants, leurs besoins, leurs habitudes, et ne rentrait au château que fort tard, accompagné
de plusieurs d’entre eux et comblé des bénédictions de tous.
Quelques jours après, c’était un dimanche, monsieur
de Malesherbes apprit que toute ,1a jeunesse de Verneuil
neuil,

ce

et des environs devait

si

grotte

renommée,

lieu de la

danse.

sage aimable, „le
pas
les

sa

danseuse,

se

et

réunir le soir même devant

qu’on

„Adieu,

avait résolu

mes

roses!“

d’y
se

sa

établir le

dit alors

ce

orne
moyen que tel jeune garçon n’en
détache
fille
n'en
telle
pas
jeune
que
Mais ils s’ason corset?
en

plus belles pour

parer

museront, ils parleront de moi peut-être; moi-même je

pourrai les voir réunis, être témoin de leurs jeux; alIons, si j’ai quelques roses de moins, j’aurai du plaisir
de plus; et l’un vaut bien l’autre.“
Cependant, comme il craignait que sa présence n’intimidât la bande joyeuse et ne l’empêchât de se livrer à
out le bonheur que lui promettait une aussi belle journée,
il s’abstint de diriger le soir sa promenade accoutumée
du côté de sa solitude. Mais le lendemain, dès le matin,
il fut impatient de voir le dégât qu’avait dû causer dans
le bosquet la danse de la veille. Déjà, muni d’une bêche
et de plusieurs instruments, il se disposait à réparer le
Quelle fut sa surprise de retrouver tout
dommage
....

dans le
se

même

trouvait

état!

passé

au

L’endroit où la danse avait eu lieu
râteau; le banc de verdure avait

on n’avait
pas détaché une
la
de
l’entrée
seule rose;
grotte, ces mots: „A
Mond’éternelles.
fleurs
de
formés
étaient
ami!“
notre
se disait-il,
rêver.
de
Malesherbes
„Quoi!“
sieur
croyait
aussi nombreuse que folâtre, dans
„au milieu d’une réunion
danse
une
champêtre, où la joie bannit ordinairement

conservé toute

et

toute

réserve,

sa

fraîcheur;

sur

mes

roses

ont

été

respectées! Qu’il

est

149

point! Je ne troquepalais du monde.“
balançait entre le désir d’as-

doux le bonheur d’être aimé à
rais pas ma grotte pour le
Le dimanche suivant, il

danse

sister if> la

du

ce

beau

plus

et la

village

valet

crainte

d’imposer

par

de chambre vint lui

an-

présence, lorsque
qu’une jeune fille tout en larmes désirait lui parler.
Il ordonna qu’on l’introduisît, et, dès qu’elle parut, il lui
deinamfø le sujet de son chagrin. „Ah ! monseigneur, je
suis perdue, si vous n’avez pitié de moi!“
»Que vous
est-il donc arrivé? Parlez et rassurez-vous.“
„Je vous
son

sa

noncer

—

—

dirai d’abord que c’était ce matin mon tour d’arroser vos
rosiers....“
„Eh bien, monseigneur,
„Eli bien?“
—

—

comme

c’est

fermières du

je

suis

et

j’ai
gré la
nous

la fête

ma

chez

château,

orpheline, j’ai
eu

de

cru

marraine

Jeanne, l’une des

demeure

depuis que
de personne,
de vos roses, mal-

qui je
je n’étais

que

le malheur de cueillir

une

défense et le serment que
tous de n’y toucher jamais.“

vue

nous

—

avons

fait entre

„Une rose!“.... ré-

Malesherbes; „ce n’est
„C’en est pourtant
en
la
fille
assez,“ reprit jeune
pleurant, „pour me déshonorer
tout
dans
le village.“
„Mathurin
„Comment cela?“
la Treille, ce maudit ivrogne, l’espion de la jeunesse, m’a
vue cueillir cette rose
qui m’avait tentée si fort; il a répandu cela parmi tous les garçons, et voilà qu’au moment
où je suis arrivée à la danse, comptant bien m'en donner
comme de coutume, je n’ai pu trouver un seul danseur....
ils ont décidé, tous d’une voix, que de l’année je ne seMa marraine a eu beau
rais reçue dans votre bosquet.
prier pour moi, tous m’ont condamnée, jusqu’à Guillot
pondit

en

pas là

un

souriant monsieur

de

vol bien considérable.“

—

—

—

lui-même.... Guillot!.... Vous

gneur, que s’il faut que

sois

sentez

bien,

monsei-

danser, je suis
perdue de réputation; Guillot ne voudra plus de moi, et
„La punition serait trop
je resterai fdle toute ma vie.“
grande pour une faute aussi légère,“ reprit monsieur de
Malesherbes, cachant son émotion. „Rassurez-vous, ma
je

un

—

an sans

enfant, je

belle

moi-même

veux

Ils arrivent tous

les deux

naturaliste

la

L’éloquent
prouvée avec
de

beaucoup
la

son

jeune fille,

il la

et

cœur;

obtint

peine qu’il

aucune trace

restât

ne

pour

de la

me

fis

de la

jeune

inspiraient^

ce

ne

fut

pardon.
réprobation qu’avait
son

un

ré-

^es dé-

pas

sans

Afin qu’il
encourue

lui-même à Guillot,

présenta

grâce.

toujours

lieu du rendez-vous.

cause

que lui

toute l’émotion

doux

bats si

plaida

au

votre

implorer
Je

Venez, donnez-moi votre bras.
devoir de défendre les accusés“.

l’enga-

et lui promit de doter sa prégea de danser avec elle,
tendue. Suzette Bertrand, la jolie laitière, qui la premiére avait fait connaître à ce ministre la tendre véné-

semblable, qu’elle
plus beaux garçons du
village. Les deux heureux couples furent unis: leurs noMonsieur de
ces se firent le même jour au château.

ration

qu’on

lui

bien

partagea

eut une dot

portait,

vite

un

avec

des

Malesherbes voulut que l’une et l’autre mariée fussent
parées ce jour-là des fleurs de ses rosiers. 11 fit arrêter par la jeunesse de Verneuil, que dorénavant toute fille
si
se marierait, aurait le droit de cueillir à la grotte

qui
respectée
disait-il
ront

bouquet de roses blanches. „Elles seront“,
jeunes villageoises qui l’entouraient, „elles se-

un

aux

l’emblème de

vos

soins

et

de

ma

reconnaissance.

rappelleront votre
Quand je
et
croirez
me
vous
là,
grâce à votre
pourrai,
je
ami;
de votre vie“.
beau
au
encore
assister
jour
plus
souvenir,
Cet usage, ou pour mieux dire, cette touchante commémoration existe toujours dans le village de Verneuil.
Aucun couple ne s’unit sans aller former un bouquet à
ne

serai

grotte dont on
inscription. Depuis
homme célèbre, on
la

que

,

planta

respectera

sa

les

plus,

elles

renouvelle

vous

chaque

la mort cruelle et

année l’honorable

prématurée

de cet

n’a pas cessé de cultiver le bosquet
main bienfaisante, et c’est encore à qui

roses

de monsieur de Malesherbes.

151

DESCRIPTIONS.
ESPRIT

COMMERCIAL

DU

PEUPLE

Rien n’est

ANGLAIS.

comparable aujourd’hui
l’Angleterre. Les vaisseaux anglais dominent
dans toutes les mers, et apportent en Europe les productions de toutes les parties du monde; leurs vastes
possessions dans les Deux-Indes et leurs colonies dans

ritime

les

au commerce ma-

de

pays d’au-delà des mers fournissent une imquantité de denrées, qu’ils répandent sur l’Europe,

autres

mense

ajoutant les produits de leurs grandes inanufactures.
Des compagnies ou associations de marchands servent à rendre ce grand commerce plus régulier, et à
multiplier les entreprises.
L’exportation et l’importation des marchandises sur
la Tamise à Londres occupent environ 3,500 bâtiments
anglais et étrangers, sans compter une quantité de petits
navires occupés également du transport des denrées. Rien
n’est plus beau que les grands établissements de Plymouth,
de Portsmouth et d’autres ports où l’on construit, équipe et
en

y

arme

Ce sont des villes où des milliers

les vaisseaux.

de bras s’exercent

avec

voit des bassins où l’on

ailleurs

on

fait bouillir

la plus grande activité.
radoube, là on forge des

sans cesse

du

goudron

Ici

on

ancres;

dans d’énor-

chaudières; dans un autre édifice on fait les gros
cables, dans un autre on brasse la bière. Des milliers
de fabriques travaillent pour le commerce du dehors. Les
villes de l’Angleterre ne semblent être en partie que de
grands ateliers et de vastes magasins. En y entrant, on
est d'abord trop ébloui par leur ensemble, pour pouvoir
mes

Ce mouvement

examiner les détails.

général,

cette foule

qui
pressent dans les rues et
blent craindre de perdre un seul instant de la
d’hommes actifs

se

grands ateliers remplis d’hommes,
fants, tous ces métiers et machines
ces

qui

sem-

journée;

de femmes et d’en-

mis

en

mouvement

152

par des mécanismes ingénieux,
ces brillantes
boutiques où sont

objets

utiles

et

curieux;

ces

exposés

cela

tout

riches
offre

magasins

et

mille et mille
un

spectacle

frappant que satisfaisant pour l’homme observateur.
Comment ne serait-il pas charmé, en voyant la réunion

aussi

de tant de chefs-d’œuvre

de

génie

ou

d'esprit,

de tant

d’inventions étonnantes, de tant de choses enfin destinées
au luxe, à la commodité et aux divers besoins des hommes? En parcourant les belles rues des quartiers les plus
fréquentés de Londres, on croirait que l’esprit d’industrie
vient de

s’épuiser, et qu’il
perfection des
plus
le
lendemain, on
cependant,
aussi
surprenants
d’objets
loin la

d’autres

surlendemain

les

plus possible de pousser
des manufactures; et
voit paraître encore une foule
que ceux de la veille, et le
remplacent et attirent encore
n’est

arts et

l’attention des curieux.
commercial est

L’esprit

commun en

Angleterre

à tou-

tes les classes de la société. Les personnes les plus distinguées ne dédaignent pas de s’instruire du mécanisme

des inventions

nouvelles,

conversations.

Toutes les

et d’en faire le

événements

aux

parties
exercer

du

politiques qui
monde, à cause de

sur

le

tentivement les

commerce

sujet

de leurs

classes s’intéressent vivement

et

se

passent dans les quatre
qu’ils pourront

l’influence

l’industrie.

Aussi lit-on at-

que l’on trouve répandues jusque
dans les tavernes des villages. Les artisans forment des

gazettes

associations pour se procurer à frais communs des jouret des ouvrages instructifs.
L’esprit de spéculation

naux

stimule
cun

sans

rivalise

cesse
en

les

négociants

activité et

en

et les

industrie

marchands;
avec

ses

cha-

concur-

et lorsque ses moyens ne suffisent pas
pour les
spéculations qu'il a conçues, il s’associe avec d’autres négociants. Leur coup-d’œil embrasse toutes les
parties du globe, et choisit avec discernement les contrées
qui offrent le plus de bénéfice au commerce. Leurs navoires fréquentent les prts de toutes les nations amies, et

rents,
vastes

153
mers les plus
éloignées. Le même esprit
ceux
règne
parmi
qui, faisant le commerce
entreprenant
de détail, bornent leur spéculation à un petit nombre
d’objets. La grande concurrence entretient sans cesse

traversent les

leur activité, et les force à

travail assidu.

un

Cet esprit de commerce et de travail ne régne pas
seulement dans les principales villes de la Grande-Breil

tagne,

fait

village qui
tes

pénétré

a

plus

la finir

à

il y

royaume,

commerciales,

a

que de

tel

vas-

J’ai vu des ouroyaumes.
les districts manufacturiers de l’Angleterre,

dans

commencer

le

tout

d'autres

contrées dans

vriers,

dans

d’affaires

leur
10

ou

journée

à

3

ou

11 heures du

4 heures du

soir,

ne

matin, et
prenant d’autre

repos que le temps nécessaire pour manger du pain et
du fromage, et pour boire de la bière; c’était là tout
Il est vrai que ce genre de vie n’est pas
repas.
le meilleur pour la santé: effectivement la plupart de ces
ouvriers avaient un teint pâle, une taille maigre et petite,

leur

ralentit leur ardeur pour le travail; ils s’y
jusqu’à ce que les forces leur manquent. Les

mais rien

livrent

affaires de

ne

commerce

et les

métiers

fils; il y

dinairement de

se

transmettent

or-

des maisons et établis-

père en
qui, pendant plusieurs générations, ont joui de
la confiance publique, et continuent encore de la mériter
par la probité qui préside à leurs opérations.
a

sements

A

LES

MACHINES

A

VAPEUR.

On emploie en Angleterre les machines à vapeur
pour faire avancer les voitures sur des routes très unies.
La plus belle entreprise de ce genre est le transport à
l’aide de la vapeur, qui a lieu entre Liverpool et ManLa première de ces villes, une des plus coininerçantes de l’Angleterre, et peuplée de cent trente mille
âmes, a un port à l’embouchure de la rivière de Mersey,
qui se jette, comme vous voyez sur la carte, dans le

ehester.

canal

de

Saint-George

ou

la

mer

d’Irlande.

Dans

ce

154

port

entrent tous les ans environ dix mille

tout

ceux

le café
on

à

sur-

Liverpool environ six cent mille balles de
aux fabriques des comtés de Lancaster,

destinées

et d’autres

d’York,

perbes

provinces du royaume. On voit de sumurés, entourés de vastes magasins pour

bassins
les

recevoir

navires

conduisent

tiers

navires,

le coton, le sucre,
coloniales.
Chaque année

l’Amérique

et d'autres denrées

,

débarque

coton

fer

de

qui apportent

de

et

les

cargaisons.
quelques-uns de ces

bord de la rivière.

jusqu’au

remontent et descendent la

la rivière

de

prompts

et

ou

en

chan-

Des bateaux à vapeur
des

Mersey;

canaux

mettent

l’intérieur du pays; mais ces
rapport
communication n’ont pas paru encore assez

en

moyens

Des routes
docks

avec

commodes pour les besoins de deux villes,
Manchester, éloignées de treize

telles que Liverpool et
lieues de poste l’une de

l’autre,

et dont la

seconde,

cen-

grandes manufactures de tissus de coton, tire
de Liverpool le coton brut qui a été débarqué dans ce port, et y expédie les ballots de tissus fourtre

des

sans

cesse

nis par
et trois
à

ses

toutes

les

l’ameublement.
tent

en

Trente mille métiers à tisser

machines à vapeur travaillent
imprimer, lustrer ces étoffes variées

tisser,

dans

manufactures.

cents

parties

du

sans

qui

cesse

servent

monde à l’habillement

et

à

On voit des machines à vapeur

mouvement

cinquante

à cent

qui metmétiers, et qui, par

font

l’ouvrage d’autant de personnes, mais en
travaillant bien plus vite et d’une manière plus égale que
des ouvriers ne pourraient le faire; aussi chaque semaine
il sort des fabriques de Manchester, et des villes et des
bourgs d’alentour, un millier de pièces d’étoffe.
conséquent,

Or, pour recevoir promptement
brut, et envoyer à Liverpool le

coton

trouvé

les voies

lentes et

ordinaires par

trop peu commodes.

route avec des

terre

On

a

à

Manchester le

coton

tissé,

on

a

et par

eau

trop

pratiqué

une

belle

ornières en fer, qui, au lieu de couper
les chemins de traverse, passe par dessus.
Sur cette
des
la
et
à leur
mus
traînant
route,
fourgons,
par
vapeur

155

diligences

suite des

ou

des chariots attachés les

uns

aux

extraordinaire les

avec une rapidité
et même les bestiaux.
marchandises,
voyageurs
arrivent à
Plus de cent voyageurs, avec leurs bagages,
à
vapeur, dans une
la fois, grâce à une seule machine
de Liverpool à Manchester. Des balles
heure
j;l un quart
de coton d’Amérique, ou des bestiaux d’Irlande, qu’on
au bout
vient de débarquer à Liverpool, peuvent être,
et
les
étables
de deux à trois heures, dans les magasins
Dans ces transports, dont l'aspect est
de Manchester.
de voir
fort singulier, c’est quelque chose de magique que
à sa suite cinq à
une machine en tête du convoi traîner
chariots
six diligences remplies de voyageurs, ou des
ou d’un troupeau de bestiaux,
marchandises
de
chargés
route droite
et franchir avec la rapidité d’un trait une

autres, transportent
et

les

un tourque l’on voie autrement que par
ainsi
voler
fait
le
est
billon de fumée, quel
pouvoir qui
a quelà
La
machine
roulante.
vapeur
cette caravane

et

unie,

sans

forme d’un animal monstrueux qui lance des
A la
bouffées de fumée par ses narines ou sa gueule.
houille
la
contient
un
machine est attaché
fourgon qui
A ce
et l’eau pour alimenter et la chaudière et le feu.
les
voituderrière
l’une
l’autre,
sont

quefois

la

accrochées,
fourgon
res qui portent les voyageurs ou les passagers.
Depuis que cette belle invention existe, les

habitants

se voir et traiter d’affaires pres-

des deux viiles peuvent
s’ils demeuraient aux deux exque aussi facilement que
trémités de Londres, et l’on cite des fabricants de Manheures après l'arrivée d’un navire des
ehester

qui, quatre

Liverpool, avaient toute la cargaison chez eux
magasin.
Dans les fabriques, les machines à vapeur remplacent

Indes à
en

On a calculé qu’il
considérable d’ouvriers.
faudrait quatre cents millions d’ouvriers pour faire tout

un

nombre

à l’aide
que les fabriques anglaises produisent
des machines à vapeur. Dans les filatures, cent ouvriers,
les machines, lilent actuellement, en une année,

l’ouvrage

dirigeant

156
ce

on

millions

vingt

que

feraient

quarante

en

à

gagné

a

la fois

sous

celui du

temps,

avec

succès.

On

que leurs bras,
machines à vapeur,
le rapport de l’économie et

d’ouvriers, n’ayant
Par

ans.
sous

les

de plus l’ouvrage acquiert une
régularité parfaite.
On ne s’imaginerait jamais quel parti aviÎPtageux
les Anglais savent tirer de ces appareils à la vapeur; il
n’y a presque pas d’ouvrages dans les manufactures et
dans l’économie domestique auxquels on ne les emploie

râper

et

leur fait battre

le

blé

et

le

beurre,

du bois de

teinture, filer et tisser le coton, la laine
élever l’eau, broder des mousselines, scier du

et la

toile,

bois,

tailler des

moudre le

cristaux,
grain, imprimer

naies,
de Londres,
etc.

Dans
les

battre

des

des

feuilles

gazettes, frapper

quelques-unes

des

machines

tous

font

grandes

imprimées,
des

mon-

brasseries

les travaux:

elles

la dréclie dans de

transportent
grands canaux, d’où elle
dans
desi
chaudières
de
passe
vingt pieds de diamètre:
elles brassent la

bière,

et

quand

elle est

faite,

elles la

versent dans d’énormes cuves, d’où

on la fait passer dans
des tonneaux, et ceux-ci se transportent comme d’euxmêmes dans un lieu où on les charge sur des voitures.

Depuis
tout

le sol

jusqu’au comble,

mouvement ;

on

voit dans

ces

brasseries

force invisible

agit partout sans
embarras, sans précipitation, sans bruit, et tout s’opère
sans que les hommes soient
obligés d'employer la moindre peine. L’ingénieux art de la mécanique les en dispense. Je vous dirai en passant que les grandes brasseries de Londres ont quelque chose de gigantesque dans
leur manipulation.
L’une d’elles a des cuves dont la
plus grande peut contenir trois mille barriques, et la plus
petite huit cents barriques de bière. Elle brasse tous les
ans environ
deux cent cinquante mille barriques.
En
1797, on donna au prince de Wurtemberg un bal dans la
cuve d’un brasseur, et il
y a quelques années qu’une de
ces

en

cuves

énormes,

une

en

crevant

au

moment

qu’elle

était

157

pleine

de

bière,

sonnes, el

renversa

des murs, noya

plusieurs

per-

inonda les environs.
COURSES

DE

CHEVAUX.

donner par leurs soins plus de
Leurs chevaux, par
d animaux.

Les Anglais
prix à plusieurs espèces
exemple, sont les meilleurs coursiers de l’Europe. Ils
prennent le plus grand soin à les élever, et cherchent à
A cet effet, on a
exciter l'émulation des propriétaires.
distribue des prix
où
l’on
établi des courses de chevaux
les
personnes les
considérables, et auxquelles assistent
plus distinguées. Ces courses publiques, qui ont principaiement lieu à Newmarket, et qui sont le rendez-vous
du beau monde, ont tant d’utilité, qu’on les a adoptées
savent

dans d’autres pays, entre autres
les

Anglais y mettent beaucoup
Elles sont en
de la passion.

plusieurs siècles,
de leur présence
autrefois pour

des

on

récompense

7440

usage chez

eux

depuis

au

meilleur cavalier

une

son-

quelquefois d’or; dans la
d’argent
un prix de cent guinées, et le lieu

courses

et

fut établi à

distance de Londres.
et la course

Cependant

d’intérêt et presque

rois les ont encouragées souvent
Ils donnaient
et de leur générosité.

y substitua

grandes

France.

et les

nette ou une coupe

suite

en

plus

On y

à

Newmarket,
la

distingue

ronde-, la première comprend

course
un

quelque
longue

espace de
d’environ

anglaises, c’est-à-dire,
est moindre, n’ayant que 6640
le
cheval
Childers,
anglais le plus fameux et
verges.
le plus leste qui ait jamais concouru, fournissait la première de ces carrières en 7 minutes et demie, et la
deuxième en 6 minutes 40 secondes, en parcourant 49
pieds en une seconde, mais les autres chevaux n’ont pu
parcourir en une seconde plus de 47 pieds. On avait
calculé qu’il franchissait un mille anglais en une minute,
en sorte que, s’il avait pu toujours courir avec cette rapidité, il aurait fait le tour du globe, en vingt-quatre
une

yards

lieue:

jours.

ou

verges

la seconde

Un autre fameux coursier,

l'Éclipse,
1

qui

a

rem-

158

porté

onze

IV

a

fois le

énormes

sommes

son

cheval,
dans laquelle

se

passionnés

a

propriétaire.

fait richement monter
que l’on

teurs

grand prix royal,
à

des quatre fers de ce
jockeys: société

en or un

au

conserve

fait gagner des
Le roi Guillaume

club des

de

lords, amaqui concouémulation; c’est

font recevoir

beaucoup

des

Les chevaux

courses.

paraissent être piqués d’une vive
avec impatience qu’ils attendent le signal de la course,
et dans l’aréne ils mettent la plus grande ardeur à se
devancer les uns les autres. C’est un art en Angleterre

rent

les
que d’élever des chevaux pour

qui
préparer.
gens

les

prennent

en

cheval

pension

H y

courses.

à haut

écurie et

prix
son

a

des

pour les
valet: on

Chaque
enveloppe pour les faire suer, on leur donne des
médecines, et on les fait exercer deux fois par jour, afin
on
qu’ils soient lestes. Si c’étaient des êtres humains,
beaua
:
il
ne pourrait les soigner davantage
certes,
y
ne coûtent
pas le
coup de pauvres en Angleterre qui
de
chevaux
des
dixiéme de l’argent qu’exige l'éducation
a

son

les

course.

sont

jockeys qui montent les chevaux de course
aussi en quelque sorte élevés d’une manière particulière.
Il faut qu’ils soient si maigres et si légers, que les ehevaux sentent à peine leur poids; aussi les véritables joet
ckeys de course ont l’air de squelettes: ils mangent
boivent très sobrement, transpirent beaucoup et se purgent
Leur costume ne contribue guère
même fréquemment.
à les rendre pesants; c'est un pantalon d’une étoffe fine,
une
une petite veste de taffetas, des bottines légères et
la
course on fait peser les jockeys
Avant
casquette.
S’il y en a parmi eux de plus légers
avec leurs selles.
les uns que les autres, on met dans leurs poches du plomb,
à celui de leurs concurrents.
pour que leur poids soit égal
Les

Ce

sont ordinairement

aussi

des

jeunes

qui continuent

gens; mais il y en a
métier pénible toute

ce

déplus âgés,
Ils fréquentent les courses, et
leur profession, on les paye bien;

leur vie.

s’ils sont habiles

dans

car

puisque

leur

159

habileté à conduire

paris considérables,
qui les emploient,

et des

de

faire gagner des prix
ils ont droit à la générosité

cheval

un

peut

et

ceux

faisant la fortune

en

de

Il

faut,
quelquefois aussi la leur.
grande habitude pour parcourir à cheval
l'aréne avec cette rapidité. Quelques bons écuyers qu’ils
soient, ils courent toujours des dangers; leurs poumons
souffrent d’ailleurs de la vitesse avec laquelle ils fendent
leurs maîtres, ils font
il est

l’air;

vrai,

une

mais ils diminuent

funeste effet

ce

agitant

en

l’air

Leurs casquettes mêmes sont faites de
manière à fendre l’atmosphère avec plus d’aisance.
avec

leurs bras.

Malheureusement

ne

courses

ces

plus qu’un

sont

moyen de se livrer à un jeu de hasard efTréné.
deux chevaux connus sont destinés à concourir,
lement les deux maîtres
d’amateurs viennent

se

parient,
faire

mais

qu’ils parient en faveur de
paris sont d’autant plus élevés que
lequel on les fait, a plus de réputation.
geures sont enregistrées soigneusement,
il

se

une

foule

inscrire pour une somme
l’un ou de l’autre cheval.

Les

les chevaux courent,

aussi

Dés que
non-seu-

fait

encore

cheval pour
Toutes les ga-

le

et

des

pendant que
paris, selon

plus de chances. On risque des
énormes,
s’appauvrit ou on s’enrichit en peu
de temps; et comme la fortune en dépend, on met à ces
courses d’animaux une importance qu’elles sont loin de
que

l’un

ou

l’autre

mériter.

a

on

sommes

Plus d’un mois avant les
les

courses

annuelles de

sont les divers

quels
Newmarket,
journaux
chevaux qui doivent courir, quels sont leurs concurrents,
et quels paris sont ouverts pour les uns et pour les autres.
annoncent

PÊCHE
d’autres

DU

HARENG.

Quoique
peuples, tels que les Anglais, les
les
Danois,
Norvégiens, les Français et les Américains
s’occupent beaucoup de la pêche du hareng, les Hollandais qui ont inventé ou perfectionné les procédés de cette
pêche, la font aussi avec le plus de régularité, et en
temps de paix elle occupe chez eux le plus de navires

160
et de

pêcheurs.

On évalue à environ trois mille le

nom-

des

ports
pontés qui sortent tous les ans
pêche, et à cent mille le nombre
employés. Les Hollandais seuls
environ vingt mille pour leur
revendiquer
peuvent

bre des navires

de divers pays pour cette
des matelots qui y sont
en

imaginez bien les ravages que doit faire
pêcheurs parmi les pauvres harengs.
pareille
Que peuvent-ils opposer à des flottes entières qui vienpart. Vous

vous

une

armée de

milliard de hapour les détruire? Tous les ans un
et il y en a peut-être autant
les
dans
tombent
filets,
rengs
qui sont dévorés par les gros poissons; la pêche dure
siècles, et rapporte tous les ans
nent

déjà depuis plusieurs

Aussi un naturaliste rela même quantité.
c’est
fort
bien
pour les différents peuples
que
marque
une mine
livrent
plus riche et plus inépuisable
qui s’y
et d’argent du Pérou.
d’or
les
mines
toutes
que
Plusieurs naturalistes ont pensé que les harengs
viennent de la mer glaciale, mais on en doute aujourd’hui;
à peu

ce

prés

qu’il

y

a

de

sûr,

c'est que

le 45® me

de la mer depuis
jusqu’au pôle du nord,

degré
qu’il

et

poisson

occupe le fond

de latitude

septentrionale
époque fixe

ce

vient à

une

les côtes pour y frayer, c’est-à-dire pour
ce qui explique
y déposer ses œufs qui sont innombrables;
comment il peut y avoir tant de harengs malgré la perséTous les hacution des hommes et des gros poissons.
de l’année

sur

les vieux commenrengs ne frayent pas à la fois: d’abord
cent, ensuite viennent ceux d’un âge moyen, les plus
jeunes sont les derniers à frayer. C’est particulièrement
contre les vieux harengs, appelés en terme de marine

harengs pleins, que se dirige la pêche. Par une loi hollandaise, les pêcheurs ne peuvent jeter les filets que
depuis le 25 juin jusqu’au 15 juillet, et pour encourager
la pêche, on paye une prime à la première huse (c’est
le nom du bateau de pêche) qui sort et qui rentre. Quand
elles cherchent à découvrir les
en mer,
fonds couverts de ces poissons.
basles
c’està-dire,
bancs,
Plusieurs circonstances les leur indiquent, telles que les
les buses sont

161

qui planent sur les
bancs de harengs pour saisir ceux qui s’avancent jusqu’à
la surface de l’eau ; pendant le jour la présence des harengs est trahie aussi par une matière huileuse qui surnage dans la mer, et pendant la nuit par des feux phosphoriques, émanés de ces poissons. Quand on est sûr de
l'existence d'un banc, on s’apprête à jeter en mer de gros
filets de soie, longs de mille à douze cents pas, au bout
desquels sont attachées des pierres. Ils se déroulent au
mouettes

et autres

oiseaux de

moyen d’un cabestan, et des
haut des filets indiquent leur

mer

tonneaux

position

vides attachés

sur

au

la surface de la

Troublés par ces filets, les harengs cherchent à se glispar les mailles; mais ils s’y accrochent par les ouïes

mer.
ser

et y

restent

Dans

suspendus.
pouce de

filets

les

hollandais

les

les

que
petits
large,
poissons peuvent y passer. Leur pêche serait plus abondante sans cette précaution, mais ils la diminueraient pour
l’avenir; une sage modération porte plus de profit que
mailles ont

l’avidité.

un

Les Prussiens

en

et

sorte

les Suédois

sur

leurs côtes

me

leurs filets avaient des mailles si

une

bonne

pêche

de

avaient autrefois

harengs;
étroites,

mais

harengs y étaient pris, le nombre de ces
diminua peu à peu, et maintenant la pêche des
est presque nulle sur la côte de la Prusse.
les

On

com-

que tous

poissons
harengs

jetle les filets ordinairement le soir, et pour attidavantage les harengs, on y attache des lanternes;
car les poissons s’approchent volontiers de la lumière.
Cest un spectacle singulier que de voir des milliers de
harengs suspendus dans les mailles des filets, et vous
pensez bien que ceux qui s’en réjouissent le plus, ce
sont les maîtres des navires et les matelots: mais quelquefois leur joie est interrompue par l’arrivée de quelque
requin ou autre poisson de proie qui détourne la troupe
des harengs, ou qui en les poursuivant s’engage dans les
filets et les déchire pour se débarrasser. Si l’on parvient
à retirer les filets sans accident, il faut songer aussitôt
rer

11

162
à la conservation des

harengs, qui

se

corrompent promp-

Des matelots caqueurs se
c’est-à-dire, de les vider par la

tement dans leur état naturel.

habiller,

hâtent de les

la saumure. Le lendemain
gorge, et de les mettre dans
de cette opération on les en retire, et on les met avec
du sel par couches, dans des tonnes qui peuvent en conLes harengs, préparés ainsi, sont brailun millier.
matelots. Arrivés au port, on les reterme
de
en

tenir

lés,

avec
pour les mettre dans des barils
les
diles
ainsi
C’est
d’autre sel.
expédie pour
qu’on
une
en
retient
on
vers pays.
quantité pour
Cependant
les saurer. Après avoir trempé les harengs dans la sau24 heures, on les attache par les ouïes à
mure

des tonnes

tire

pendant
bâtons, et on les expose dans des cheminées à une
épaisse fumée, qui en fait des harengs saurs en 24
heures de temps.
Quelques peuples, tels que les Anglais
et les Suédois, tirent parti des intestins que l’on jette pendes

dant
ou

Les Anglais

l’encaquetage.

s’en servent

comme

nourrissent les cochons

en

de fumier.

En

Suède,

on

en

tire

les faisant bouillir pour en
Sur les côtes où la pêche a lieu, on
tirer de l’huile.
trouve établies des brûleries ou des cabanes qui contienun

encore

meilleur

parti

en

Quand les
nent une huitaine de grandes chaudières.
intestins y sont fondus dans l’eau bouillante, on introduit dans la chaudière une quantité d'eau froide. L'huile
se

alors

sépare
de

dans

grandes

chaudières offre
Des bateaux
vivres

et

de

l’eau,

cuillers.
encore

et on

Ce

se

qui

hâte
reste

de la
au

puiser

fond

des

de bon fumier.

accompagnent les buses pour porter des
emporter les premières tonnes, qui se

pour
Le hareng est en
cher que les suivantes.
France un mets accessoire, mais il y a des pays, tels que
la Hollande, où c’est pendant plusieurs mois de l’année

vendent

la

plus

principale

bière,

sans

peuple. Un
quelques harengs,

nourriture du

dîne et soupe

avec

dépenser

au-delà de

ouvrier
du

quelques

pain

sous.

déjeune,
et de la

L’âcreté

163

harengs saurs qui nous déplaît, est précisément ce
En Hollande, on ne confit
que ce peuple aime le plus.
dans
des
tonnes
de bois de chêne; tanles harengs que
dis que les Norvégiens y emploient du bois de pin, dont
la résine donne aux harengs un goût amer qui nous les
ferait rejeter; mais les Polonais préfèrent ce goût. Aussi
lorsque le gouvernement introduisit en Norvège des tonnés de chêne, le débit des harengs diminua en Pologne,
des

et il fallut revenir à l’ancien usage.

Une

de

branche

de

pas

aussi lucrative

commerce

rapporter de grandes

sommes

davantage.

la

ne

laisse

Hollande.

elle y gagnait encore
l’époque qu’elle envoyait
hareng, qu’elle était dans

Quand elle s’en occupait seule
bien

à

,

Aussi c’est à

1,500 buses à la pêche
plus grande splendeur.

du

sa

M

AMUSEMENTS

FAVORIS

DES

RUSSES.

V.

On dirait que le Russe trouve du plaisir à braver
les dangers: car il les cherche même dans ses amuseLe peuple russe ne peut s’amuser en commun
glissoires, qu’on a vu imiter et même surpasser
les jardins publics de Paris.
En été les glissoires
formées simplement de planches parfaitement unies;

ments.
sans

dans
sont

mais

ses

en

hiver c’est

une

pente

couverte de

glace.

Vous

jugez qu’il faut du courage pour glisser ou plutôt pour
voler du haut de la glissoire dans un petit traîneau qui
ne

garantit

soires

sont

haut de

A

d’aucun accident.
construites

sur

les

ces

glis-

bords de la Néva.

Au

Pétersbourg,

ornée de

petite esplanade
sapin, de drapeaux et de banderoles. L’impulsion que l’on reçoit en glissant est telle,
que le traîneau traverse la Néva, toujours gelée à cette
époque, remonte une autre glissoire construite sur le bord
opposé, et descend de nouveau. Les Russes ne se lasOn les voit glisser du
sent point de ce divertissement.
matin au soir, et remonter chaque fois patiemment à

l’échaffaudage

colonnes,

est une

de branches de

11 *

-,

jfklï!

164

l’échaffaudage pour recommencer. Il faut payer pour chade moments.
que descente, et le plaisir ne dure que peu
Au bout de quelques heures on a dépensé une petite somme
d’argent: mais peu importe aux Russes; quand une fois
ils se livrent au plaisir, il faut qu’ils s’en rassasient. Les
dames goûtent celui-ci autant que les hommes, et bravent
le danger qui y est attaché. Les personnes de distinction
mêmes ne peuvent se priver de glissoires; elles en ont
pour la plupart dans leurs jardins ou dans leurs cours.
L’adresse naturelle des Russes

se

montre

Il semble d’abord

amusement national.

encore

impossible

dans cet
de

mo-

dérer l’élan que donnent au traîneau la pente et le poli de
la glace; cependant les Russes dirigent si habilement leur

traîneau, qu’ils évitent de heurter les personnes qui ont le
malheur dejdomber, et passent auprès d’elles sans les toucher. Néanmoins il arrive de temps à autre des accidents; mais ils ne ralentissent point l’ardeur de la multitude pour cet exercice.
Un autre amusement favori du

que aussi dangereux que celui
balançoires. Elles consistent
forme de croix à

fixées

en

lieu.

Au bout de

chaises

ou

plutôt

un

peuple russe, et presdes glissoires, ce sont les
dans de grandes perches
axe

qui

en

traverse le mi-

perches sont attachées de petites
petites loges en bois, dans lesquelles

ces

de

il y a de la place pour deux personnes.
Quand la machine est en mouvement, les perches décrivent en l’air
un tour à peu prés comme les ailes d’un moulin à vent,

bien que les petites loges font le
les personnes qui les occupent. Le moindre accident qui arrive à ces loges peut causer la chute
des personnes qui y sont renfermées. Le peuple ne fait
pourtant pas cette réflexion, et se presse souvent en foule
et

vous

vous

imaginez

même tour

avec

autour des

balançoires.

fêtes des Russes,
et à
en

Pâques, que
grande activité;

observer le mieux

C’est

surtout

la semaine sainte,
les glissoires et les
à

c’est

enfin dans

l’esprit

du

peuple

ces

dans les

grandes

avant le carême

balançoires sont
qu’on peut

fêtes

russe.

165

FÊTE

EN

PAQUES

DE

RUSSIE.

Pendant tout le carême les Russes

inan-

avec

du

peuple se contente alors de légumes, d’oignons
poissons, souvent à moitié pourris ; quelque faible
Le

beurre.
et

peuvent

ne

accommoder leurs mets

ni

viande,

aucune

ger

de

que soit cette nourriture pour son estomac accoutumé à
des aliments plus solides, il ne songe point à enfreindre

l’Église

de

les lois

pour
seule

L’eau-de-vie est la
rable

à

qu’il ajoute

que le carême avance,
réjouissances qui vont le terminer;
A

aux

meilleure.

une

misé-

sa

et dont il abuse souvent dans cet espace

nourriture,

de temps.

pare

s’en procurer

chose

mesure

on

se

on

pré-

attend

impatience la veille de Pâques; et comme vers cette
époque le printemps commence, on s’apprête à jouir du
avec

belle saison.

retour de la

couche;

se

ne

mieux

possible

la main

pour
lumière.

une

mots sont

le

Quand

général.

Chacun

brasse
haite

se

égard

sans

au

sexe

minuit,

vers

ses

ou

à la

le

Chri-

est ressuscité: ces

pascale

fête à l'autre et lui donne

la

chacun tient à

sonne

fois à haute voix:

trois

tourne

personne
contraire le

au

l’église;

la cloche

de la fête

signal

Pâques,

pare

icoskres, c’est-à-dire Jésus-Christ

stos

et du mouvement

voisins,

et les

dignité;
un

baiser

l’un

em-

sou-

fraternel,

disant: Christos woskres.

en

la

se

rendre à

se

officie s’écrie

prêtre qui

La nuit de

le monde

tout

Pendant que tout le monde dans l’église se livre à
les cloches se font entendre dans toute la ville,

joie,

on

tire le canon, et des chœurs de

entonnent

devant

les

des

hymnes.
images des

On

prêtres

et de chantres

allume devant les autels et
des

saints

milliers de

lumières;

A l’aube du jour on apporte
chacun apporte la sienne.
à P autel des œufs et d'autres mets, entre autres, du paschct

qui

est fait de lait

une

mets,

pièce

de

et dès

ger de

tout

caillé; le prêtre les bénit moyennant

monnaie,

ce

ou

gardant la moitié de ces
permis aux Russes de man-

en

moment il est

indistinctement.

Aussi

dés que l’office est

166

terminé,

rend à la maison pour

on se

des, de laitage

se

régaler

et d’autres nourritures dont il

Ensuite

le carême.

de vianfallu

a

se

visites

s’apprête
jour jusqu’à midi les rues
fourmillent de voitures et de piétons, et de tous côtés
on entend ces mots: Chrislos woskres, accompagnés toujours d’un baiser fraternel et du don réciproque de quelques œufs teints en rouge; quelques personnes présentent
aussi à leurs amis des œufs imités avec beaucoup d’art
Ils sont quelquefois en verre ou en
et d’un grand prix.
et
décorés
d’élégantes peintures. Aussi c’est
porcelaine,
ne pas manquer d’œufs à la fête de Pâques,
que
pour
priver pendant
d’usage; depuis

le

aux

on

du

point

les paysans russes partagent durant l’hiver leurs chambres avec leurs poules, qui s’y établissent comme dans
le

poulailler

pondent

et

usage est très

ancien,
chrétienté, mais
point éclairés par les

toute la
sont

Juifs mettent
Persans

se

un

font

peints, dorés

poêle et les bancs. Cet
pratique non-seulement dans
encore chez les peuples qui ne

sous

œuf

présent,

et

lumières du christianisme.

indiquer

leurs

sur
au

tables

pascales,
premier jour de l’an,

ornés de diverses manières.

voir que cet usage vient du
être à

le

et se

paganisme,

conservé dans la

chrétienté,

c’est

sans

les

d’œufs

Cela fait

où il servait

le commencement du monde.

Les

et

S’il

peuta

été

doute pour servir

symbole à la résurrection.
L’aprôs-midi de cette journée est consacré au repos,
excepté pour les fonctionnaires qui font des visites chez
leurs chefs; mais le peuple se porte en foule vers les
places publiques, qui doivent être le principal théâtre de
Il y trouve des balançoires, des carses amusements.
de

rousels, des marionnettes, des baladins, des restaurants,
des boutiques de comestibles, enfin tous les plaisirs qui
flattent ses goûts. Les fêtes durent sans interruption toute
la semaine de Pâques; on se régale chez ses parents et
ses amis; ce sont des dîners et des bals sans interruption;
les domestiques mêmes se font des visites et se régalent.

!i

—

167

Les

sont fermées

boutiques

côté: tout le monde

se

,

et

livre

au

les affaires laissées de

plaisir.
jours,

Les fêtes sont

surtout brillantes les trois derniers

par l'affluence
des personnes de rang, qui alors
y prennent aussi part.
Le Russe est généralement hospitalier envers l’étranAutrefois à la mort d’une personne de haut
ger.
rang,
les parents distribuaient aux pauvres,
pendant six semaiLe marchand, en allant
nés, des aumônes nombreuses.
le matin à sa boutique, commençait
par acheter

quelques
pains qu’il coupait pour les distribuer aux indigents.
Lorsqu’à l’entrée de l’hiver les boïards ou seigneurs recevaient le produit de la récolte de leurs
terres, ils en
faisaient distribuer une partie. D’après un ancien
usage,
les czars se rendaient le premier jour des fêtes de Pâques à la prison de la ville, et en disant à chacun des
captifs: Jésus Christ est ressuscité aussi pour vous, ils
lui donnaient une pelisse neuve, et lui
envoyaient des
viandes apprêtées pour se régaler après la
longue abstinence pendant le carême;
usage touchant, digne des premiers siècles du christianisme,
lorsque tous les chrétiens
se

regardaient

PALAIS

DE GLACE

Le froid

frères.

comme

CONSTRUIT

A

SAINT-PÉTERSBOURG.
durant le

rigoureux, qui règne

long hiver
Pétersbourg l’idée
de bâtir un palais tout entier en glaces, et
cette idée fut réalisée.
On tailla des morceaux de glace,
on
les posa les uns sur les autres comme des
pierres,
et au lieu de mortier, on
jeta entre les morceaux de
l’eau qui ne tarda pas à geler; c’est ainsi que l’on consde

Russie,
singulière

truisit

un

donna

fois à la

cour

édifice vraiment solide.
étaient meublés de

palais gelé
lustres, et même
ce

et tout cela

couverts

fice

une

qui

de

d’un

glace ;
peintures.

en

était ornée de

lit;
les

de

Les

appartements
tables, de miroirs,

de
de

on
y avait mis des statues,
meubles et les murs étaient

On admirait la

sculptures.

façade

Devant

le

de l’édi-

palais

on

A

168
et un éléphant fait
voyait six canons et deux mortiers,
des rayons du
le
reste.
tout
comme
Frappé
en glace
de
tous côtés la
réflétait
ce
de
la
palais
soleil,
glace
Mais
diamants.
beaux
des
l'éclat
et
plus
jetait
lumière,
éclairé
était
de
ce
l'intérieur
par
palais
le soir, quand
un de ces châteaux enchanvoir
on
des bougies,
croyait
tés dont parlent les contes des fées. L'éléphant placé
des
à l’entrée, qui lançait du naphte allumé, produisant
à
contribuait
augbeaucoup
ilammes bleues et jaunes,

l’effet extraordinaire de cet édifice, qui

menter

mois

de

tout l'hiver jusqu’au
croissante du soleil le fit alors retomber

serva

se

con-

chaleur

La

mars.

eau, et dis-

en

paraître.
TRAVAUX DES

En vain la nature
les

dans

a

caché la

montagnes: l’homme,

MINES.

LES

des minéraux

plupart

à force de travail et de

parvenu à s’en rendre maître.

est

patience,
doute

DANS

HOMMES

11

a

sans

un long espace de temps pour que l’homme
l’idée de tirer des pierres les métaux qu’elles

fallu

parvînt

à

contiennent.

Cette

opération

est

pourtant aujourd’hui

une

tous
que l’on connaisse dans presque
plus
les pays de l’Europe et dans d’autres parties du monde.
On creuse la terre à une grande profondeur; on construit des
souterraines; on en tire le minéral qui

des

communes

galeries

contient le fer

fourneaux,
est

devenue

ou

le cuivre.

quand
liquide,

et

la
on

On le

feu,
masse, par
la fait couler dans des moules
les usines et les for-

ou

ges
contrées où le

fer abonde.

mines renoncent presque
s'ensevelissent dans les

des habitants dans les

Les ouvriers

au commerce

plus

riches

en

fer et

en

cuivre.

au

employés aux
le monde, et

avec

souterrains, d’où

ordinairement que les dimanches.
La Suède et la Norvège sont
les

grands

la chaleur du

d’argile. Les mines,
occupent une grande partie

de sable

dans de

grille

ils

ne

sortent

nombre des pays

La

Dalécarlie,

pro-

—

169
vince

suédoise,

subsiste

grande partie

en

de

ses

mines.

C’est là que l'on trouve le fameux Kopparberg ou mont
de cuivre, auprès de la petite ville de Falun. On
aperçoit déjà de loin l’effet des travaux des mines. La fumée
qui s’exhale des usines, et les vapeurs qui sortent des

souterrains,
au

couvrent la contrée et donnent

Les

paysage.

cède ici
trée

au

régne

un

air sombre

végétaux n’y peuvent prospérer:
minéral.

tout

Un immense abîme sert d'en-

On y descend par un escalier, au bout
résoudre à descendre le reste par des
duquel
échelles et des cordes.
11 faut faire plus de 1200 pas
avant d’arriver jusqu’au fond.
Les Dalécarliens blêmes
mines.

aux

il faut

et

se

fortement

maigres, quoique

ces

vastes souterrains pour

constitués, s’enfoncent dans
exploiter le cuivre. L’air y

est si

chaud, qu’on y peut travailler en chemise. Les vapeurs du cuivre nuisent à la santé; cependant les Dalécarliens semblent résister à ses funestes effets mieux
qu’on
ne le croirait.
Ce sont des hommes d’un caractère et d’un

physique particuliers.
saillants,

un

air et

Ils ont

une

une

taille

démarche fiers.

robuste, des os
Au-dessus d’une

culotte de peau, ils portent une espèce de
jupon en cuir,
un habit de bure blanche ou noire
qui est carré, et

et

leurs épaules comme un sac.
Ils ont un lanparticulier; ils tutoient tout le monde, même leurs
supérieurs, et montrent de l’esprit naturel dans leur conversation énergique. Us jouissent de
plusieurs privilèges,
dont ils sont aussi fiers que d’avoir plusieurs fois montré leur bravoure dans des circonstances
critiques. L’histoire des révolutions de la Suède vous
apprendra avec
quelle énergie ces hommes grossiers prirent la défense

pend

sur

gage

de Gustave

Vasa, qui chercha

un

asile dans leur
pays.

Ils montrèrent les mêmes sentiments

lorsque
se

ce

prince,

retira à Bender

en

rent d’aller

au

le

dans leur

ramener

envers Charles XII
Russie par
Pierre-le-Grand,
Turquie. Les Dalécarliens s’offri-

battu

en

nombre de 20 mille

patrie.

rejoindre

le roi pour

Ainsi les travaux

pénibles

170

point à ces braves paysans leur cousont
Ils
naturel.
rage
pourtant loin d’avoir toujours leur
subsistance assurée. L’agriculture est, dans cette contrée,
d’un mince produit. Dans quelques cantons, on mêle l’édes mines n’ôtent

de fèves à la farine

corce

récolte est
vent

Les

mauvaise; mais,

bonne chasse et

une

d’orge

seigle quand la
côté, iis ont sou-

de

ou

d’un autre

une

très abondante.

pêche

que demande ici l’exploitation des métaux,
faut les employer à tirer de la terre un des

peines

ailleurs il

de

principaux ingrédients

nos

aliments; je

veux

dire le

trouvé divers moyens de se procurer cet ingrédient nécessaire. Sur les côtes de la mer, on fait
séjourner l’eau marine dans des enclos que l’on appelle

On

sel.

marais

a

salants;

l’eau

toujours chargée,
tallisation.
ces

salées,

s’y dépouille

sel dont elle est

du

et la chaleur du soleil

Dans l'intérieur du pays,
on conduit les eaux de

en

hâte la cris-

lorsqu’on
ces

a

des

sources

sour-

dans de

nombreux

fagots
parties étrangères au sel. On
fait tomber les eaux dans de grands réservoirs; de là
elles passent dans des chaudières longues et larges audessous desquelles on entretient un feu très vif. Après
être bouillies, les eaux s’évaporent, et le sel tombe au

grands bâtiments et
d’épines qui enlèvent

à

de

travers

les

fond des chaudières.
y a un troisième moyen de
c’est de le tirer des mines, où il se

Il

se

procurer du sel:

trouve

souvent

en

les environs des monts Krapaks,
jusqu’à la Silésie, c’est-à-dire sur un
espace de 200 lieues de long et de 20 à 50 de large, ne
paraissent former qu’un seul banc de sel. Dans toute
l’étendue de ces montagnes, on exploite avec beaucoup
de succès des mines de cette espèce; la plus abondante
et la plus remarquable de toutes, c’est celle de Wielitzka,
à deux lieues de Cracovie en Pologne. Ce sont de vastes souterrains creusés dans le sel; on y descend par
le moyen de cordes qui sont mises en mouvement par un

blocs

depuis

énormes.

Tous

la Moldavie

-i

171

cabestan.

l’on prenne les plus grandes
précauétrangers qui veulent visiter les mines, ils

Quoique

tions pour les
tremblent en

se voyant
suspendus au-dessus d’un abîme
connaissent pas la profondeur, et en
songeant
que leur vie dépend de la force d’un câble.
Ils trembleraient bien plus encore, s’il fallait
descendre, comme

dont ils

ne

les

ouvriers, par de longues
penchées. Mais dés qu’on est

échelles
arrivé

qui

sont à

peine

fond de la mine,
on oublie ce
que la descente avait de périlleux. On dirait une ville souterraine ; ce sont en effet des
habitations,
au

des

chapelles, des places, des carrefours, des voûtes soutenues par des piliers, le tout taillé dans le
sel; on voit
des hommes, des charrettes, des chevaux
et
passer

dans les

rues

la lumière

qu’éclairent

des

milliers

de

repasser

lampes,

dont

reflète de toutes parts dans les cristaux de sel.
Les ouvriers employés dans ces mines ont tellement
l’habitude de la vie souterraine,
semblent à

pris
peine

terre.
ne

se

qu’ils

s’intéresser à
Ils

logent

ce

avec

qui

passe sur la surface de la
leurs familles dans les mines, et

voient ordinairement le

se

jour que les dimanches et les
pénible et souvent même dangereuse; quand les chefs ont marqué les masses de sel,
ou les blocs
que les ouvriers doivent détacher, quelquesuns d’entre eux
s’occupent à fendre ces masses en plusieurs parties, et d’autres à les
déposer dans de grands
tonneaux. L’endroit où l’on a détaché une
pareille masse
forme une petite cellule carrée, et comme ces cellules
sont pratiquées à la iile les unes des
autres, sur les deux
côtés des allées souterraines, toutes ces rues ou tous
ces corridors forment un vaste
labyrinthe qu’il serait dangereux de parcourir sans guide.
Après avoir épuisé la
première mine, on en a creusé une seconde au-dessous
de celle-ci, puis une troisième, une
quatrième et même
une
cinquième. Des plafonds de sel, soutenus par des
piliers du même minéral, séparent les divers étages. Ces
piliers succombent quelquefois au poids qu’ils supportent,
fêtes.

Leur tâche est bien

172
et cet

mine.

accident entraîne l'écroulement d'une
Cependant, aujourd’hui, instruit par

partie
une

de la

funeste

procède à l’exploitation avec beaucoup plus
de méthode qu’autrefois, et l’on taille des piliers beauoù l’on
coup plus forts et plus solides qu’anciennement,
les
sel.
Sans
le
à
enlever
ne
songeait qu’à creuser et
de
la
Wiélitzka
ville
bonnes précautions que l’on prend,
même, bâtie sur ces souterrains, courrait de grands risdes mines.
ques d’être engloutie par l’affaisement
Dans le Tyrol et le Salzbourg, les mines de sel occupent également beaucoup de bras. Je ne parlerai que
Ces
de celles de Hallein dans le pays de Salzbourg.
mines sont creusées dans une montagne qui paraît toute
composée de sel natif. On a une manière singulière d’y
descendre. Lorsque des curieux se présentent pour visiter les mines, on leur fait quitter leur habillement, et on

expérience,

on

leur donne
c’est
une

un

un

costume

semblable à celui des

juste-au-corps blanc,

toque

en

feutre et des

un

gants

grand

mineurs;

tablier de cuir,

montants.

Affublés de

consence costume grotesque, il faut que les voyageurs
à
de
à
la
tent à s’abandonner
grosses poutres, et
pente
où
l'on
de
dans
s’enfoncer en
puits par
l’espèce

glissant,

simple corde les soutient pendant qu’ils glissent
long des poutres. Cette opération
effraye au premier coup-d’œil; mais bientôt on trouve
de l’agrément à passer avec la plus grande rapidité du
sur pied
jour à une profonde obscurité, et à se trouver
se

rend

aux

Une

mines.

le

fond du puits avant de savoir où l’on arrive. A l’entrée des galeries souterraines, les mineurs font asseoir les
et les traînent en couvoyageurs sur un petit chariot,
Dans les salles
rant jusqu’à l’endroit où Ton travaille.
Ton
successivement, les cristaux de sel brilau

que
lent de

parcourt
toutes parts

comme

à

Wiélitzka;

de

temps

en

du tonnerre,
temps on entend un bruit semblable à celui
et si violent, que les mines en sont ébranlées. Il provient
des blocs de sel que Ton fait sauter par la poudre. Ce

173

procédé

beaucoup plus

est

court que si

blocs à coups de marteaux; mais il est
fait usage
éboulement.

n’en
un

Les

mines

l’on exploite
de

sentent

de

en

de

Angleterre,

en

détachait les

dangereux,

et on

est sûr de ne pas causer

terre

et de houille que

Flandre et

ailleurs, prélongue par

excavations creusées à la

11 est heureux

veulent bien
à

lorsqu’on

charbon

vastes

les mineurs.

qui

que

on

quitter

qu’il

tout

ce

se

trouve des hommes

qu’ils

ont de

plus cher,

de la nature, et se retirer dans des
antres affreux pour en tirer des matériaux utiles au monde
qu'ils n’habitent pas. Quoique l’influence de l’air souterrain se fasse remarquer sur leurs visages, on est pourrenoncer

l’aspect

tant étonné de les voir

contents, gais et attachés à leur
genre de vie. S'ils voyaient toute l’horreur de leur position comme nous, rien ne les
engagerait peut-être à
continuer leur profession.
Indépendamment de l’ennui de
travailler dans des lieux pires que des prisons, ils redouferaient
S’ils

encore

ont

pris

la mine entière

les

dangers qui les assiègent de tous côtés.
de précautions pour être surs que
s’affaissera point, ils ont toujours à

assez
ne

craindre

ne

les

leur affreux

qu’un éboulement
empêche de sortir de

bouche

un

passage et ne
cachot.
L’eau,

l’air et le feu semblent aussi

conjurés pour leur perte.
beaucoup d’art pour détourner les eaux que l’on
rencontre fréquemment en creusant des
souterrains, et
une imprudence
légère cause quelquefois l’inondation d’une
Il faut

mine entière.

L’inflammation de l’air

qui régne dans ces mines, ne
pas des accidents moins tristes. Une lumière, approchée imprudemment d’un lieu où le gaz ou l’air inflammable a eu le temps de se former, cause des
cause

explo-

sions violentes, dont les ouvriers sont souvent les victimes,
et qui en faisant écrouler les mines en tout ou en
partie,
causent de

grands dommages. D’autres fois l’air est telvoisinage des corps métalliques

lement corrompu par le

174

minéraux, qu’il asphixie les ouvriers qui s’en approclient. Les progrès des sciences ont encore servi à dirriinuer beaucoup ces dangers. On a inventé entre autres
des lampes de sûreté qui préviennent les explosions.

et des

négligent quelquefois

les ouvriers

Cependant

vir, et payent cher leur insouciance.
MANIÈRE D’ÉLEVER DES VERS-À-SOIE
LA

de s’en

ET

ser-

FILER

DE

SOIE.

Dans la fabrication des soieries la France a surpassé
nations, et cette branche d’industrie est

toutes les autres

si

importante,

et en

rite bien d’être
le

d'un

produit

Ce

mûrier.
mières

ver

soieries,

la soie fut

La Perse

ne

et

cette branche

eux

longtemps

y aller chercher des
succès; il paraît que

Les mêmes
ils

en

de vers-à-soie.

vers.

objet

généplus

du

procédés

de la

siècle,

ces

mais

Ils

Chine, pour

rapportèrent,
périrent dans

en

insectes

rapportèrent
les

les

des moines à la

moines firent
On

un

Au milieu du sixième

d’industrie;

l’empereur Justinien envoya

heureux;

fait les pre-

a

savait même pas comment elle se
l’Empire grec attirèrent enfin chez

fabrication restèrent secrets.

port.

dans le climat de

où l’on

Chine,

et où ces étoffes sont d'un usage

Europe,
grand luxe, et l’on
faisait.

point indigène

vient de la

En

ral.

qui

n’est

ver

il

la France;

même temps si curieuse, qu’elle méLes fils de soie sont
en détail.
ne se nourrit que de feuilles de

connue

mais

sans

le trans-

second voyage plus
grande quantité d’œufs

un

une

fit éclore

en

Grèce; dès

lors

et les Grecs

répandirent de plus en plus,
l’avantage de fournir la soie aux autres peuples
Durant les croisades,
de l’Europe à des prix excessifs.
de quelques villes
s’étant
de
roi
Sicile,
emparé
Roger,
de la Grèce, envoya les ouvriers en soie qu’il y trouva

ces

insectes

se

eurent

à Païenne.
mirent les

Bientôt l’Italie et le midi de la France conprocédés de la fabrication de la soie, et eu-

rent des manufactures

zième

siècle,

Louis XI

Vers la fin du quinflorissantes.
il y en avait
en établit à Tours;

i 75

déjà depuis assez longtemps à Avignon; mais elles ne
point fait une réputation par leur travail. Nîmes,
Marseille, et d autres villes du midi prirent également quelque part à cette fabrication. Depuis François I , les l'abri-

s’étaient

er

ques de France s’élevèrent au-dessus de celles d’Italie mêmes.
Cependant les Français n’avaient pas encore songé
à élever des vers-à-soie

Par

une

routine

la soie écrue

aux

Italiens.

mûriers.

ni à

établir des

plantations de
aveugle,
toujours
Un simple jardinier de Nîmes,
ils achetaient

nommé

Traucat, devint, à la fin du seizième siècle, le
sa patrie, en établissant des
pépinières de
mûriers dans le Languedoc.
Dès lors, les Français pu-

bienfaiteur de

rent se passer du

vint
on

secours

des

tenait les mûriers dans les

curieux,

étrangers,

chez

production indigène

une

eux.

jardins

et la soie de-

Avant

comme

Traucat,

des arbres

songer au parti avantageux
Tant il est vrai que les idées les

sans

qu’on pouvait
plus simples,
en fait de
spéculation, échappent souvent à tout un peuple.
Grâce aux soins de Traucat, il y eut bientôt plus de quatre millions de plants de mûriers dans les
provinces du
midi, et la population s’accrut rapidement autour de ces
plantations, devenues une nouvelle source de richesses.
Sous le régne de Louis XV Avignon et Lyon avaient
seuls le commerce des soieries.
Il y eut pendant quel-

en

tirer.

que temps dans la dernière ville quinze à dix-huit mille
métiers. Cependant dans leur prospérité, les ouvriers ne
surent pas

se

facilement

les

garantir
succès

de la

présomption qui

accompagne

des

esprits médiocres. Lorsque
célèbre
Vaucanson,
par son génie pour les
l’ingénieux
vint
à
en
mécaniques,
Lyon,
qualité d’inspecteur des manufactures de soie, les ouvriers lui jetèrent des pierres,
parce qu’on leur avait dit qu’il venait pour corriger leurs
Vaucanson eut

pitié de leur ignorance; cepenrougir de leur présomption. Comme
ils sollicitaient certains privilèges qu’ils croyaient dus à
leurs talents, Vaucanson lit par plaisanterie un métier à

métiers.

dant il voulut les faire

176
bœuf pouvait faire
par lequel un âne ou un
des ouvriers.
habile
le
d'aussi belles étoffes que
plus
ruina en partie
en
France
La guerre de la révolution
les
et dispersa
ouvriers, dont les
le commerce

soie,

lyonnais,

allèrent s’établir en Suisse, les autres en Angleterre,
d’autres dans diverses villes de la France; aussi on n’y
mille métiers, et la vente des
compte plus que huit à dix
maintenant à peine trente-six milétoffes de soie
uns

rapporte

à

lions

tout

le royaume.

marché de la France pour

Lyon est
les soieries;

le

premier
Paris, Rouen

encore

mais

aussi beaucoup.
Nîmes, Montpellier, etc., en fabriquent
Ceux qui veulent élever des vers-à-soie achètent ou

louent des
bres
on

fait éclore les œufs des

en

les mettant
de la

auprès
un

endroit

petits

des feuilles les

plus

lattes, de claies
une

vers

où les

ar-

Pâques,
précédente,

vers

de l’année

pendant quelques jours dans une boite
cheminée, d’un poêle ou d’un four, ou dans
quelconque chauffé modérément. Dès que les

commencent à

vers

l’époque

feuilles, c’est-à-dire

de

couvrent

se

A

de mûriers.

plantations

ou

éclore, ils veulent
On

tendres.

de

roseaux

température douce,

dispose

dans

une

être nourris

des tablettes de

chambre où

et sur ces tablettes

régne
garnies d’un

feuilles, et on les y laisse
environ cinquante jours, ayant toujours soin de leur éviter
car toula chaleur, le froid, le bruit et le mauvais air;
bord

pose les

on

tes ces

avec

vers

choses nuisent

aux

les

insectes, ainsi que les orages,

quelquefois une chambrée entière.
cinquante jours de leur croissance, ils chan-

dont la violence détruit
Dans les

gent quatre fois de peau;
pour
faut

ces

insectes.

Après

nettoyer leur demeure

ce

sont

autant de maladies

maladies, il
mettre plus au large.
fois par jour jusqu’à

chacune de
et

les

ces

On renouvelle leurs feuilles (rois
latroisiéme ma ladie: depuis lors on les nourrit cinq fois.
la quatrième maladie, on leur donne amanEnfin,

après

ger toutes les deux

Quand
parence,

on

qu’ils

heures, jour

s’aperçoit
sont

et nuit.

à leur grosseur et à leur transau terme de leur croissance

parvenus

177

qu’ils sont prêts à filer, on dresse sur des tablettes de
pelits berceaux faits de brins de bruyère ou de genêt
et

assemblés par

le

montent et

enferment dans

s’y

bas

,

et ouverts

Les

haut.

en

une

qui

coque

dérober entièrement à la

vue.
Ces coques
formés de fils de soie extrêmement fins.

sont

à-soie

vers y
finit par les

cocons

ou

Le

ver-

transforme dans la coque en papillon, comme
d’autres vers; alors il perce sa coque et en sort. Mais
se

pour empêcher cette sortie
les coques dans un four

qui gâterait le
au soleil,

porte

cocon, on

pour faire périr
cependant on réserve un

ou

les vers qui y sont enfermés:
nombre suffisant de coques, afin d’avoir des œufs pour
l’année prochaine.
Le petit insecte a fourni la matière
brute ; il s’agit maintenant de l’apprêter à notre usage.
Il faut filer la soie; à cet elï'et on met les cocons
dans

Ce

bassine de

une

les fils.

métier d’enfoncer

cocons; elle

a

fait

elle

guindres

parvient
en

fil

un

se

toujours
petit

lie

à attacher par

au

en

et

rapidement.
peu-à-peu.

qu’une

La soie des

sont

des animaux.

Après

se

avoir filé
on

femme

autre

cocons

déroule

plu-

ou

la file

la

et

par

mécanisme

eu-

l’eau,

rangée de fuseaux; ils donnent
apprêt particulier à chaque espèce de soie. L’organsoie fine qui forme la trame des étoffes, y passe
une

,

deux fois;

n'y

quand

par des hommes ou par
Ces moulins ont 12 à 20 guindres, dont
mus

chacun fait tourner

sin

le

celte

fort, elle les fait passer par deux

dévide alors

rieux, qui

dans

elle

plusieurs ensemble,

assez

tous
a

moyen les fils

tôt tiré la soie par ce premier moyen,
lord de nouveau dans des moulins d’un

un

chaude.

balai la surface des
ce

et les attache à une
roue,

fait tourner
et

les mains

et de toucher d’un

chaude,

balai:

d’eau très

remplie

la gomme qui colle ensemble
ouvrière sous le nom de tireuse,

Une

pénible
eau

cuivre

détache

liquide

est que

la

soie

destinée

à la fabrication des rubans

légèrement apprêtée,

on

tord

davantage

soie pour les satins.
12

la

178
On teint

dècA'uées ,
l’eau de

diverses

ensuite les

soies

les avoir

après

avoir détaché, dans de
après
bouillante, la gomme dont elle est naturel-

c’est-à-dire
savon

en

imprégnée. Tous ces travaux ne sont que préparatoires; quand les diverses sortes de soie sont faites
de cette manière, on les emploie aux nombreuses étoffes
lement

que

le luxe
se

que
ticuliers

et

le

C’est là surtout

ont inventées.

goût

Il y

montre l’habileté des ouvriers.

Les

pour chaque opération.
d’autres appliquent les dessins,

métiers,
quissent, pour
dessinateurs

ainsi

sont

dire, dans
à

occupés

la

de par-

montent

les

d’autres les

es-

soie, etc.; enfin de bons

fournir

dessins conformes à la mode et

en a

uns

au

fabricants

aux

goût

du

jour.

des
Vous

comprenez aisément qu’une ville qui a des manufactures
de ce genre, fait vivre bien du monde dans les environs.
Aussi voyons-nous le Dauphiné, le Vivarais, le Languedoc et la Provence occupés de la soie pour Lyon et les
autres

villes

sont les

qui

gazes

ont de ces manufactures.

et les

rubans

qui

font

agir

A

le

Paris, ce
plus de bras,

tandis que les petites villes des environs de la capitale
se tiennent à la fabrication de la dentelle de soie.
LA

VTE

Les Suisses habitent
de la

terre.

rochers

en

Des

PASTORALE.

un

des pays les

chaînes de

traversent

souvent entre elles de

hautes

plus pittoresques
montagnes et de

grande partie,
l’espace que pour

une

et

ne

laissent

d’étroites et de

pour des lacs et des torrents qui, à
de la fonte des neiges, débordent rapidement,

profondes vallées,

l’époque

deviennent des fleuves, et causent de

grands

ravages.

A

(pie l'on s’élève sur les montagnes, la végétation
diminue; les pins et les sapins dominent sur les autres

mesure

végétaux; dans les plus hautes régions ces arbres disparaissent aussi, et on ne voit plus que des plantes aromatiques qui forment d’excellents pâturages, des plaines
de neige, ou enfin des glaciers entassées les uns sur les

179

Dans les contrées

autres.

isolés

et

force

les

secours

les

habitants

de la

les

montagneuses

à

ne

pas

société,

et

à

villages sont
position

Cette

difficiles.

communications

compter beaucoup

les

sur

procurer par leur travail

se

le nécessaire.

On est étonné de voir tout ce que les Suisses ont
fait pour rendre habitable un pays sauvage, où autrefois
des bêtes féroces remplissaient les vastes forêts et les
antres des rochers. Partout où il a été possible de vaincre
en

les

obstacles, on
prairies.
de potagers,

a

tourées

le pays

changé
Partout

de belles

on

voit

en

un

jardin

des maisons

ou
en-

de vergers, de vignes, de pâturages
Les vergers, les allées d’arbres

de blé.

de

champs
d’une maison à l’autre.
se prolongent souvent
de rochers, on se croit
en se
entouré
voyant
Quelquefois
dans une profonde solitude; mais bientôt l’œil découvre
quelque humble chaumière, ou un moulin suspendu sur
un torrent, ou une chapelle surmontée d’une flèche très
légère, et les chlochettes des troupeaux qui paissent dans
les hautes régions, retentissent dans les airs. Les mai-

ou

fruitiers

sons

sont

vastes.

Le

ressource.

meure,

construit

toutes

presque

il

sapin

est

Quand

un

bâties

pour les

un

bois et souvent très

montagnards

veut se

paysan
abat quelques arbres

sur

en

de

cette

fondement de moellons

grande

une

construire

une

espèce,
une

de-

et

maison

se
en

planches et en poutres, qu’il recouvre de tablettes de bois,
Comme il
si le voisinage ne lui fournit pas d’ardoises.
bientôt
il
a
connaît la menuiserie et la charpenterie,
achevé son entreprise à l’aide de quelques compagnons.
Pour éprouver moins la rigueur de l’hiver, très rude en
Suisse, les chambres sont basses et munies d'un grand
poêle en fer ou en faïence, et les fenêtres sont très petites, et doubles quand elles sont exposées au vent. On
fait ordinairement une rangée de ces petites fenêtres,
mais

on

n’en

ouvre

qu’une

ou

deux,

ce

qui fait

chambres sont à la fois claires et chaudes.
12

*

que les

180
La vie

pastorale

est celle de la

plupart

des habitants

du haut pays de la Suisse: la vente des bestiaux et la
confection des fromages y sont les principales ressources
des

Quelques espèces de fromages de ces
grande répulation dans l’étranger;
pays jouissent
tels sont les fromages de Gruyère et d’Emmenlhal.
Les
se
sur
une
chaîne
de
collines
trapremiers
fabriquent
qui
verse le canton de
Fribourg. Chaque vache fournit à peu
prés deux quintaux de fromage pendant le temps qu’elle
est sur ces montagnes.
Plus les pâturages sont élevés,
plus les herbes y sont succulentes et plus le lait des
vaches est délicieux. Ceux qui font des fromages s'appellent des alpers ou alpins; ils n’ont souvent ni troupeaux ni pâturages: mais ils louent les vaches des paysans dans les vallées, et
s’arrangent avec les propriétaires
des pâturages sur les montagnes.
Ils y font du beurre

montagnards.

d'une

,

et

des

fromages,

redescendent à la fin de la belle saison,
aux
paysans, et vendent leurs fro-

remettent les vaches

mages et leur beurre.
La confection des
tude et

beaucoup

le lait dans

verse

fromages exige

d’attention.
une

grande habiprocédés. On
quand il est tiède,
une

En voici les

chaudière,

et

y jette
peu de lait caillé; on le
de
truelle, et on le laisse pendant
espèce
un

on

remue
un

avec

une

quart-d’heure

le feu pour qu’il s’épaississe.
Le fromager vient ensuite avec une latte, coupe la masse, prend deux truelles
et tire pendant quelques minutes la masse du bas en haut.
sur

Le lait tend à former des

bulles,

constamment à les écraser.

il remet
avec

dité,

la

latte;

et

du

le

liquide

sur

le

mais le

Après

cherche

fromager

une

heure de travail

feu et continue à le

ensuite il le tourne

avec

beaucoup

remuer

de

rapisépaépaisse. On
pierres. Ce

force ainsi l’eau contenue dans le lait à

se

finit par faire une masse
forme
jette
que l’on charge de
reste
dans
la
chaudière
contient encore de la
qui

rer

la

liquide, qui
dans

une

et sert à faire du

fromage

d’une moindre

!!

qualité.

crème,
On le

181
tourne avec la latte

suite

la

on

Ce dernier

clou.

jusqu’à

dans

met

ce

fromage

que l’eau s’en sépare, enque l'on suspend à un

linge

un

grande partie

en

consomme

se

dans la Suisse; mais le premier s’envoie dans toute l’Europe; il est même très commun à Paris, où c’est un des

fromages les plus
ces de fromages,

connus.
en

On fait

les mêlant

encore

avec

d’autres

espé-

des herbes aromati-

11 y a dans les vallées des
ques, et en les faisant saler.
maisons où l’on ne s’occupe que de saler les fromages
Les chèvres,
que les alpins rapportent des montagnes.

dont

entretient

on

mage excellent.
mune

un

a

une

quantité,

fournissent aussi du fro-

Dans le canton de

troupeau de cent, deux

qu’un maître chevrier conduit
printemps jusqu’à l’automne.
On
encore plus considérable.

le

sur

Glaris, chaque

ou

coin-

trois cents chèvres,

les montagnes

depuis

Le nombre des brebis est

conduit aussi

aux

pâtura-

ges des porcs et des chevaux. Dans la belle saison, tous
ces animaux étant aux montagnes ne causent aucun embarras

aux

profit
pourvoir
un

propriétaires;

et ceux-ci ont

considérable à leur retour.
à la nourriture des

troupeaux,

d’en tirer

et

c’est

là

un

faute de four-

de

véritable souci.

l’espoir

Mais l’hiver il faut

Beaucoup
propriétaires,
vaches, les brebis ou les chèvres enpâturages, et en rachètent de maigres
Ceux qui en ont peu, cherchent à ramasau printemps.
ser pendant la belle saison assez de fourrage pour l’hiver.
Dans le canton de Glaris, où, comme je vous l’ai dit, il
y a beaucoup de chèvres, les bergers pauvres risquent
en quelque sorte leur vie pour soutenir celle de ces anirage, vendent Jes
graissées dans les

11 y croît sur les crêtes des rochers une herbe
très savoureuse, mais les chèvres ne peuvent y atteindre.
Les hommes osent entreprendre ce qui effraye les animaux.
maux.

Dans les

crêtes,

communes

on

qui

ont

le

donne à de certains

droit de récolte

jours

le

signal

sur

ces

par le

son

d’une cloche; alors les pauvres bergers grimpent sur les
rochers, et, munis de leurs faux, ils cherchent à faucher

182

l’herbe:

les voit travailler

on

plus périlleuse,

ques centaines de
nerait probablement,

qu’à

sauver

gasins

nous

ramasser un

quelquefois

réussit

et

assez

l’hiver, ils les vident pour
robuste

beaucoup
trie.
core

ces

et

bergers

d’un

chercherions

élevé de
tête

nous tour-

plutôt

à

nous

peu de foin. La hardiesse leur
bien: ils se font de petits ma-

dans les antres des

Tous

position la
quel-

dans la

gaîment

pointe d’un rocher
pieds. A leur place la
la

sur

et

rochers,

remplir

à

sont des hommes d’une

caractère

constitution
ils

franc et

à leur liberté et aiment

loyal;
passionnément

tiennent
leur pa-

Leurs usages, leurs fêtes, leur costume, sont
En
tels qu’ils étaient il y a plusieurs siècles.

néral, si Ton

veut trouver des

de

l’approche

leurs cabanes.

en-

gé-

pures et cette vie
il faut s’éloigner des

mœurs

simple qui rappelle l’âge patriarcal,
villes et des grandes routes, et visiter les montagnes de
la Suisse; les hommes y passent une partie de l’année
les hautes régions, où l’air
avec leurs troupeaux dans
douces et diminue
pur et calme rend les sensations plus
L’âme sent l’heureuse influence du
le feu des passions.
climat, et se trouve mieux disposée à la paix et à la vie
active. D’ailleurs les occupations constantes de la vie
pastorale et l’éloignement de tont ce qui peut fomenter
les passions, font que ces bergers conservent la simplicité, et, il faut ajouter, la rudesse des mœurs de leurs
Il y en a qui mènent presqu’une vie nomade
ancêtres.
les pasteurs de l’Asie, et ne revoient leurs familTel est surtout l’usage dans
les que de temps à autre.
les vallées des frontières de la Lombardie; les chefs des
familles y voyagent avec leurs troupeaux, tandis que les
comme

Avant
autres restent à la maison pour faire la moisson.
de partir pour les Alpes de la Suisse, où leurs troupeaux
ont

l’habitude de passer tout l’été,

réunissent et
aux

se

pâturages
générale;

la direction

les

propriétaires

se

cotisent pour les frais qu’exige leur séjour
Un d’entre eux se charge de
des Alpes.
aussi

Tappelle-t-on

par

préférence

183
le pasteur; il n'est pas tenu, comme les autres, à garder
Outre les propriétaires
le bétail, ni à faire du fromage.

beaucoup d’autres bergers, mais qui reçoivent des
gages. Une grande exactitude dans les devoirs de leur
état, la frugalité et la sobriété sont les qualités, pour
ainsi dire, innées dans les bergers lombards; mais ils
il y

a

sont moins affables que les

rieur

On

vage.

Italiens,

autres

et leur exté-

peu sombre et même saules entend jamais chanter, comme les berun

annonce
ne

caractère

un

gers suisses. Pendant le temps qu’ils demeurent sur les
Alpes, ils passent toute la journée, et encore la moitié
de la

nuit,

Leur costume

ne

un habit de laine rouge ou blanche,
culotte de la même étoffe, et des guêtres.
portent ni cravate ni bas; dans le mauvais temps,

consiste

qu'en

veste et

une

Us

leurs brebis.

milieu de

au

ne

une

s’enveloppent d’un manteau blanc. La nourriture de
bergers est aussi simple que leur vêtement, c’est,
pendant toute l’année, une bouillie de maïs ou de millet
Leur déjeuner et leur goûter consistent
cuite à l’eau.
ils boivent de l’eau et du
en un morceau de fromage;
Les aliments les plus communs, tels
lait de chèvre.
que le pain et la soupe, sont presque inconnus à ces
hommes sobres; et quoique leurs troupeaux fournissent
du laitage délicieux, ils n’en réservent pour leur usage
C’est
que les restes afin de vendre la meilleure partie.
somen vivant aussi frugalement qu’ils économisent des

ils

ces

mes

Us

considérables.

couchent

sur

du foin,

et

sont

tellement accoutumés à cette vie dure, que des vieillards
de quatre-vingts ans font encore annuellement leur voyage

Alpes.
l'imagination

aux

soins,

il

d’hommes

Ainsi tandis
et

sa

a

sur

qui

vit

y

avec

et dont l'habillement

Quand le temps
nuit;

qu’on épuise

souvent chez nous

fortune pour créer de nouveaux beles frontières de la France une classe
un

plat

de

n’exige qu’un
est

bouillie

morceau

et

de

lait,

de laine.

beau, les bergers voyagent la
temps, ou dans les régions

mais dans le mauvais

184

froides,

ils

ne

se

mettent

en

route

qu’au jour;

encore

attendent-ils que la rosée du matin ait disparu. Un berger
marche à la tête de chaque troupeau, un autre ferme la
Le bétail

marche.

suit

son

conducteur

par-dessus les
auprès de bons

glaces. Lorsqu'on passe
bergers s'arrêtent, font le tour du troupeau,
et rassemblent, par des cris interrompus et partant du
gosier, les animaux qui sont un peu écartés; ceux-ci entendent parfaitement ce signal, ainsi que celui du départ,
qui consiste dans un sifflement très aigu. La race des
brebis de la Lombardie et surtout du Bergamasque, d’où
viennent la plupart des troupeaux qui vont aux Alpes,
est plus grande que la race commune; elles portent la
tête très haute, ont le museau plus arqué que nos brebis, et leurs oreilles sont plus serrées contre la tête. Ce
qui distingue encore ces brebis de celles qu’on voit en
France, c’est qu’elles paraissent moins gaies; on ne voit
jamais bondir leurs agneaux, et on n’entend dans tout le
troupeau d’autre bêlement que celui des mères qui appellent leurs agneaux. A l’approche d’un animal féroce, ou
lorsqu’il tombe de la neige, de la grêle ou de la pluie,
elles se resserrent auprès d’une pierre ou d’un rocher,
et y restent sans bouger; souvent elles sont totalement
couvertes de neige, et cependant on ne les met point à
l’abri: aussi sont-elles plus fortes et moins sujettes aux
maladies que les brebis mieux soignées.
C’est dans le mois de septembre que les bergers leur
font quitter les Alpes pour descendre dans les plaines
rochers

les

et

pâturages,

les

Comme les troupeaux sont alors en très bon
des excellents pâturages et du bon climat

de l’Italie.

état,

à

cause

l’été, le voyage de retour
la
montée qui est aussi plus
temps que
Arrivés dans la basse région, les bergers ton-

dont ils ont

joui pendant

tout

moins de

exige
pénible.

dent les bêtes à

plaines

du

laine,
Piémont, de

les bords du Tésin.

et les conduisent ensuite dans les

la Brescie et du bas Milanais

Us y louent de vastes

F

pâturages,

sur

où

185
ils partagent leurs troupeaux comme ils ont coutume de
faire sur les Alpes; la nuit ils les font parquer, à moins
que le froid ne soit
rassemblent dans de
On

des chiens.

trop rude;

grands

car

chalets

dans

qui

peut remarquer que

ce

sont
ces

cas

ils les

gardés

troupeaux

par
ne

rentrent presque jamais dans leur patrie, et que leur entretien coûte très peu de chose à leurs propriétaires.
CHASSE

Le

AUX

CHAMOIS.

chamois habite les rochers des

montagnes de la
Savoie, du Tyrol, ainsi que des Pyrénées,
où on le désigne sous le nom d ’ysard.
Se nourrissant
d'herbe et de mousse, cet animal se plaît sur les rocs
les plus escarpés, qu'il parcourt avec une légèreté étonliante, sautant de pointe en pointe et franchissant des abîmes
de vingt à trente pieds.
Quelquefois des troupes
de chamois parcourent les glaciers en sautant les uns
par-dessus le dos des autres. 11 faut autant d’audace
que d’adresse pour faire la chasse à des animaux qui

Suisse,

de la

habitent des

régions

Avant de

se

presque inaccessibles.

mettre

le chasseur

route pour cette entreprise
munit d’un bon fusil, d’une lu-

en

périlleuse,
d’approche, d’une besace remplie de provisions, d’un
couleau de chasse, d’un bâton ferré, d’une hache pour
se frayer un chemin dans les
glaciers, et d’une paire de
crochets qu’il attache sous ses souliers, afin de pouvoir
s’arrêter à volonté sur la glace et la neige. C’est ordinairement l’heure de minuit qu’il attend pour son départ, afin d’avoir le temps d’arriver à la pointe du jour
aux pâturages les plus élevés des Alpes, où les chamois
vont paître, avant que les bergers de ces montagnes y
se

nette

viennent

avec

leurs troupeaux. Dés que sa lunette lui
gibier, il fait un grand détour pour s’en

fait découvrir du

en
évitant de se mettre sous le vent, parce
ont
l’ouïe et l'odorat si fins, qu’ils s’aperchamois
les
que
à
une
çoivent
grande distance de l’approche de l'homme;

approcher,

186
il tâche de les coucher
voit tomber

en

joue
il

sans

accourt

eu

être vu, et dès

promptement

pour
proie,
s'enfuir
ainsi
de
et
jarrets,
l’empêcher
malgré sa blessure; il charge enfin le chamois sur ses
épaules, et l’emporte pour s’en nourrir avec sa famille et

qu’il
lui

sa

couper les

vendre la peau. Quand il trouve trop de difficultés à
emporter tout le chamois à la maison, il est obligé de se
en

contenter de la peau, et de laisser le reste entre les rochers. S’il parvient à tuer une femelle, il s’empare avec

quelque

adresse aussi des

petits qui

suivent leur mère.

Malheureusement pour le chasseur, les chamois sont

Lorsqu’ils vont paître en troupe,
il y en
plusieurs qui ont le nez au vent,
toujours
sifflement
un
et avertissent par
aigu du danger qui approse
la
ehe. A ce signal,
disperse, et en un clintroupe

des animaux très alertes.
un

a

d’œil elle

a

ou

franchi les rochers.

Irrité de leur

fuite, le

les rochers et les

en
glaciers,
gravissant
par-dessus les crevasses et les ravines, sans
Il ne s’apersonger aux dangers qui l’attendent au retour.
fernles
ténèbres
çoit de la chute du jour, que lorsque
le
lointain.
Obligé
pêchent de distinguer les objets dans

chasseur les suit
et

en

sautant

de passer la nuit au haut des rochers, loin de tous les
êtres humains, il tire de son sac un morceau de fromage
et du pain d’avoine; il boit de la neige fondue ou une

petite quantité d’eau-de-vie, et après ce chétif souper, il
se couche sur sa gibecière en plein air, ou dans le creux
d’un rocher, tandis que des milliers de ses compatriotes
jouissent dans une région inférieure, sous l’abri de leurs
cabanes, des douceurs de la société ou du repos. A l’aube
du jour, il est déjà debout pour aller de nouveau à la
poursuite du gibier. Entraîné par la passion de la chasse,
il s’égare souvent au point qu’il ne sait plus comment
faire pour revenir sur ses pas. Des brouillards épais enveloppent l’horizon; il se sent saisi de froid, ou il se voit
entouré de glaciers et d’abîmes; un seul faux pas peut
Dans cette position
causer sa chute et lui coûter la vie.

187
il est

affreuse,

quelquefois

sure, et d’ouvrir

avec

son

contraint de détacher
couteau la

du

plante

sa

chaus-

pied,

afin

qui coule de la blessure, l’empêche de glisser
qu’il s’élance d’une pointe de roc à une autre,
monte sur le bord des abîmes.
D’autres fois,

que le sang

pendant
ou
qu’il
après avoir poursuivi
rocher bordé d’affreux
son

un

chamois

jusqu’à

précipices,

cime d’un

la

il s’avance

sur

l’animal,
Le cha-

couteau de chasse à la main pour le tuer.

mois, n’ayant
moyen de salut, se précipite sur le couteau et tombe mort; mais quelquefois il cherche à s’élancer
par-dessus sa tête, le renverse, et l’entraîne dans l’abîme.
aucun

Pour

qui

s’expliquer comment
périls pour

bravent tant de
la

que

il

peut y avoir des gens

un

chamois, il faut savoir
en partie à la sub-

chasse de cet animal fournit

sistance de

pauvres gens : d’ailleurs elle devient une
passion souvent plus violente que celle du jeu, et cette
vie libre et indépendante a beaucoup de charme pour ceux

qui s’y
et le

qui

ces

On

habituent.

grand-père

néanmoins assuraient

tout l’or du monde.

vu

a

avaient

des chasseurs dont le

péri dans
qu’ils ne

ce

le

métier

quitteraient

L’habitude de vivre

freux déserts leur donne

une

père
périlleux, et

au

pas pour
milieu d’af-

humeur sombre et

farouche;

ils ont

quelque chose de hagard dans leur physionomie,
et les montagnards crédules les regardent même comme
une espèce de sorciers.
Les chasseurs de différentes communes ou
paroisses, quand ils se rencontrent sur les montagnes, se suscitent quelquefois des rixes, surtout quand
ils sont à la poursuite du même gibier. Cependant la valeur du chamois n’est pas considérable; le principal en
est la peau, que l’on tanne pour

C’est

que le

ges et

car ce ne

cette

en

la

faire des gants et aupassion de la chasse

plutôt
objets.
profit qui fait courir le chasseur à
les glaces, dans les ténèbres et

tres menus

travers les nei-

les

sont pas seulement les gens pauvres

chasse,

brouillards;
qui aiment

mais aussi les gens riches.
Parmi ces dernous cite un prince qui
manqua de périr

niers l’histoire

~——

)

188
chassant

en

chamois

aux

qui

qui

s’était tellement

savait

les

sur

C’était Maximi-

Alpes.

devint dans la suite

lien

égaré

comment

plus

empereur d’Allemagne,
dans les montagnes, qu’il

retrouver

La croni-

chemin.

son

et
ne

que du temps dit qu’un ange le tira de cette triste posiIl est probable qu’un autre chasseur ou un berger,
tion.
et

prince,

embarras, le

son

chemins

les

connaissait

qui

mieux que le

ramena

les

et

qui

dans la

des

Alpes

mdinent de

beaucoup

a

dimi-

Suisse, le gouvernement
empêcher la destruction totale
En

nué le nombre des chamois.

pris

au

plaine.

L’ardeur excessive des chasseurs

a

des

sentiers

le rencontra

mesures

pour
Dans

de

Claris, par
Freyberg, où
d'asyle
ils ne peuvent être tués que pendant quatre mois de l'année par des chasseurs privilégiés.
Si, dans cet espace
de

jolis
exemple, ils

de

ces

temps,

le canton

animaux.
ont

un

chasseurs sont

sorte

une

paysan

noce, les
demande deux

du canton célèbre
de lui fournir

obligés

le

sur

sur

une

sa

ils peuvent exiger du paysan
leur remette la peau et la graisse du gibier.
Pour leur

chamois.

qu’il

COMBAT

peine

DE

TAUREAUX

EN

ESPAGNE.

Les combats des hommes contre les taureaux

sauva-

plaisir vraiment national en Espagne et en
ges
Quoique
Portugal.
je n’aie jamais partagé ce plaisir qui,
dans les provinces, se joint aux fêtes d’église, j’en ai
sont

un

été témoin pourtant,
qui y est relatif.
Il

faut

est forte et
tous les
maux,

pour se
C’est-Ià
de

mesurer avec eux,

taureaux,

et du

à

doute

ce

qui

sieurs fois de les abolir.

le

fiers ani-

intrépides

et assez forts pour les vaincre.
a

établis dans les

Portugal, quoique

ces

assez

dompter

estimer infiniment les hommes

sans

ce

savoir que la race de taureaux de ces pays
vigoureuse; les Espagnols ont dû mettre dans

temps de l’importance

et

de tout

et voici un récit exact

donné naissance

principales

gouvernement
On

a

bâti

aux

villes de

de

combats

l’Espagne
essayé pluvastes amphi-

ait

189
sert de lice aux hommes

théâtres, dont l’arène

profession

de

nombreuses, pour

font

qui

Des

battre contre des taureaux.

se

loges

spectateurs, font le

des milliers de

tour

de l’enceinte. On croit que l’amphithéâtre de Madrid peut
contenir douze mille personnes. Les prix des places varient selon

sont à découvert

qu'elles

ou

à

l’abri,

à l’om-

amphithéâtres n’ont point de
toit. Le spectacle se donne en plein air, et dans le jour.
Un magistrat, accompagné d’officiers de police ou
alguazils, préside au spectacle afin d’y maintenir l’ordre.
Au signal donné par ce magistrat, s’ouvre une porte pratiquée au fond de l’aréne, et aussitôt un taureau s’élance
bre

ou

au

soleil:

lice, cherchant partout

fureur dans la

avec

ces

car

une

victime

rage. Dans ce moment
des combattants qu’on appelle

assouvir

il

laquelle
puisse
paraît à l’autre extrémité un
picadores piqueurs, parce que leur fonction n’est que de
piquer l’animal, afin de le rendre plus furieux encore.
Ils sont à cheval, portent un costume léger, et tiennent
d’une main une lance. Le picadore ou piqueur s’avance
lentement vers le taureau, et s’arrête à quelque distance
de lui. Au bout de quelques instants, le taureau, baissant
la tête et rassemblant ses forces, fond avec impétuosité
le piqueur, calme et intrépide, met
sur son adversaire;
en
en arrêt,
sa lance
dirige la pointe sur l’épaule de
et
le
force
ainsi à se jeter de côté. Cette
l’animal furieux,
sur

sa

,

manœuvre, exécutée avec adresse, manque rarement d’avoir
le succès attendu; mais quelquefois le taureau se redresse
le culbutant ainsi que
le cheval. Alors les chulos, jeunes hommes agiles, s’approchent avec de petits manteaux ou drapeaux d’une couet

se

leur

précipite

sur

le

piqueur,

en

éblouissante, qu’ils présentent

distraire,

et donner

Celui-ci, lorsqu’il
marade monté

sur

au

s’est
un

au

taureau pour

cavalier le temps

fatigué,
cheval

est

frais.

de

le

s’échapper.

remplacé

par un caLes chulos veillent

pour qu’il n’éprouve pas le sort du premier piqueur, et
ils accourent dés que le taureau attaque le cheval. Il ar-

rive

quelquefois

que l’animal furieux perce de

ses cornes

190
les flancs de la
On

place.

a

et la laisse pour morte

monture,

vu,

dans

zaine de chevaux et même

qui

anime

qu’enfin

dou-

Telle est l’ardeur

davantage.

animaux, que, blessés à mort, ils portent
cavalier contre leur adversaire, jusqu’à ce

ils tombent morts
le

Si

la

sur

une

ces

leur

encore

combat, périr

seul

un

taureau

se

la

place.
d’attaquer le piqueur,

sur

lasse

le

on

fait irriter par les banderillos ou chulos ; ce sont de jeumunis de petites flèches, le harcèlent;
nés hommes qui,

profitant

taureau, voulant les enlever

du moment où le

sur

cornes, baisse sa tête, ils enfoncent leurs flèches dans
Si l’animal refuse
la chair de son cou et s’échappent.
ses

d’avancer, ilsjui présentent

en

passant auprès de lui

une

de velours écarlate

qu’ils pordrap
petite
Pendant qu'il se retent toujours de la main gauche.
Le
tourne brusquement, ils laissent tomber ce drapeau.
la
foule
et
taureau s’arrête d’abord devant l'étoffe,
puis
aux pieds.
Mais quelquefois il arrive que, plein de rage,
il poursuit son ennemi d’une course si rapide, que le
banderillo trouve à peine le temps de sauter par-dessus
la barrière qui entoure l’arène.
Quand le taureau a combattu environ vingt minutes,
C'est pour les
son heure est venue; il faut qu’il meure.
du spectacle;
intéressant
moment
le
le
plus
Espagnols
aussi règne-t-il alors le plus grand silence dans Passernblée. Le maître des combattants, appelé maladore, avance,
tenant de la main gauche le drapeau, et de la droite une
épée. Tout le temps du combat il a eu soin d’étudier
bannière de

le caractère du

Si l’animal est

ou

taureau

et

fougueux,

d’observer

ses

le matadore s’en

mouvements.

approche

avec

prompte victoire. Mais un
rusé et circonspect fait trembler le mata-

étant certain d’une

confiance,
froid,

taureau

dore le

plus aguerri.

l’animal pour

lui

Celui-ci

porter

un

approche,

coup mortel:

et

provoque

quelquefois

le

esquive le bras du matadore, prend l’offensive et
force l’aggresseur à fuir.
Celui-ci est obligé dans sa
taureau

fuite de

regarder

derrière

lui

pour

se

diriger

selon les

191

On raconte

circonstances.
avait

pillo,
étant

une

qu’un matadore, nommé Pésang-froid, qu’

telle adresse et tant de

par le taureau, il l’attendait à la barrière
pendant que l’animal baissait la tête pour le frapper,
Pépillo posant son pied entre les cornes du taureau, et

poursuivi

et,

s’en servant comme d’un

point d’appui, franchit

la

bar-

rière et retomba debout de l’autre côté.
Un matadore habile et bien exercé,

dans le feu

qui,

de l’action, conserve tout son sang-froid, sait irriter le
taureau de manière que, dans son aveugle fureur, l’animal se jette lui-même sur la pointe qui doit le percer,

qui forme la dernière scène du spectacle. On dirige
pointe ordinairement sur la partie de la moelle épiniére qui touche au cerveau; l’épée pénétre à l’endroit
où la première vertèbre s’attache à la tête.
Ce coup
ce

cette

suffit pour faire tomber l’animal

qu’il

verse

une

goutte de sang.

occasion favorable de le

dore le vise

au

prompte que dans le
au

plus

vu

un

habile matadore de

jour

un

de

en

précédent.

cas

s’offre

ne

à cette

frapper
La mort,

cœur.

lui ôter la vie

et

S’il

ne

pas

place,

sans

pas une
le mata-

cas, est moins
Il arrive quelquefois
ce

frapper juste.

J’ai

hommes

manquer tout-à—fait son
les cornes du taureau, qui le

ces

coup, et être enlevé sur
deux fois violemment avant qu’on pût venir à son
secours.
Cependant il ne reçut aucune blessure dangesecoua

reuse; il n’en fut pas de même de son honneur, dont cet
accident malheureux ternit l’éclat jusqu’au moment où le
taureau

put

en

fut enfin
mesurer

fit voir

abbattu,
les

et où

l’athlète,

11

cornes.

les

spectateurs que celle
deux pouces de plus que l’autre.
aux

preuve,

les

Commettre
dans

ces

qu’ils

ne

qui

se

en

justifier,
effet,

et

l’avait atteint avait

qu’il eut fait sa
d’applaudissements.
de présence d’esprit

Dés

le couvrirent
d’adresse

ou

c’est pour les matadores

combats,
peuvent réparer que par des
faut

un

actes

déshonneur

signalés

de

sachiez que
d’audace;
que
autant
des
motifs
d’honneur
par
que
gens s’exposent

bravoure et
ces

spectateurs
des fautes

pour

mesura

car

il

vous

192

par intérêt, et le

public espagnol désapprouve

les fautes

hautement qu’à
qu’ils commettent dans leur genre, aussi
Paris on blâme les mauvais acteurs.
en Espagne,
Lorsque le goût de la chevalerie régnait
les
contre
taureaux;
la noblesse entrait souvent en lice
loin de craindre de se déshonorer en se donnant en specces
tacle, les nobles espagnols cherchaient la gloire dans
de
et
courage.
combats, et y faisaient preuve d’adresse
A Naples, où les Espagnols introduisirent pendant leur
domination leurs
favoris, il y eut en 1536 un

goûts

combat de taureaux, auquel
Trois ans
même prit part.
Tolède avait lutté
un

On

l’empereur d’Allemagne
auparavant,

publiquement

lui-

le vice-roi de

dans la même ville contre

blessure à la jambe.
taureau,
doit s’étonner que les accidents ne soient pas plus
et

s’était retiré

avec une

fréquents dans ces combats, vu la longueur des cornes
Toutes les fois qu’un taureau a
de quelques taureaux.
il
franchi l’arène,
frappe la terre, la creuse, la fait jaillir
avec
lui
de
autour
fureur, et lorsqu’il a tué un cheval,
le
laissent
chulos
si les
tranquille, il foule aux pieds son
ennemi.

pieds

du

A

l’instant où le taureau vaincu

matadore,

la

trompette

tombe

sonne, et l’on fait

aux
en-

trer dans l’aréne des mules pour enlever le corps.
Les combats de taureaux ont lieu une fois ou deux

grandes villes on destine quella
quefois pour chaque journée dix-huit victimes: aussi
matadores
Les
considérable.
dépense de ce spectacle est
habiles reçoivent un bon salaire; il en est de même des
banderillos, des piqueurs, etc. 11 faut que l’entrepreneur
ait un grand nombre de taureaux et de chevaux pour être
sacrifiés en partie.
Mais, par économie, on ne choisit
ehepresque plus que de petits taureaux et de mauvais
Cevaux, et le tout se borne à un spectacle dégoûtant.
pendant ce divertissement sanglant, qui est usité depuis
l’antiquité, fait les délices des Espagnols, des Portugais,
d’une partie des habitants de l’Italie; nous en trouvons
même le goût dans le midi de la France. Un décret du
par semaine.

Dans les

,

193

parlement

les

a

supprimés depuis longtemps

les papes

terre;

en

Angle-

ont lancé des excommunications contre

qui se livreraient à la profession de combattre publiquement des animaux; néanmoins l’Espagnol conserve
le goût de ses ancêtres pour ce genre de spectacle; on
l’avait aboli par des lois, mais pour plaire au peuple, il
ceux

a

fallu le rétablir.
CARNAVAL

LE

A

VENISE

ET

A

ROME.

On dirait que les fêtes disséminées dans l’année n’ont
pas suffi à l’Italien; il a pris pour le plaisir et la joie
presque une époque entière de l’année, c’est celle du car-

A Rome, il ne dure que huit jours, mais à Venise,
depuis noël jusqu’au carême, et autrefois, lors-

naval.

il s’étend

y avait

qu’il

un

encore

on

célébrait, par

de

l'ascension, une
Bucentaure,

à la tête de la

doge

république,

de second

carnaval, à la fête
cérémonie particulière qu’on appelait

une

la fête du

espèce

pendant laquelle le doge se renmagnifique navire, désigné sous
le nom de Bucentaure jetait un anneau dans les eaux,
pour indiquer que les Vénitiens, puissants par leur marine,
avaient en quelque sorte enchaîné la mer sous leurs lois.
La durée du carnaval est marquée par des mascarades qui
dant à la

mer

dans

et

un

,

sont

amusement favori des

un

jeux, des courses, etc.
tenir alors le sceptre;
modifiés

d’après

modernes.

temps

rappeler

mœurs

ces

fêtes

à

libre,

et où l'on

régne

de Saturne

mais les historiens

tunée.

et

le caractère des Italiens

remontent

aux

plus

anciens

ces

ne

entre maîtres et esclaves.

le

plaisir paraissent
anciens,

sont les saturnales des

ce

Rome,
temps où l’on déliait, à un jour
les
l’année,
pieds des statues de Saturne, pour
et indiquer l’âge primitif où tout le monde était

de

fixe de

encore

les

Ainsi

Italiens, par des bals, des

folie et le

La

ne

connaissait pas la distinction
C’était, selon les poètes, sous

que cet âge heureux avait existéf
connaissent pas d’époque aussi for-

Cependant l’imagination

aime à

se

figurer
13

les pre-

194
miers hommes dans l’état
leur force pour

opprimer

plus grande union,
A

et

ces

le

faible,

vivant tous dans la

contribuant les

Les saturnales

des autres.

ginaire.

d’innocence, n’abusant point de

retraçaient

uns

cet

au

bonheur

âge d’or ima-

fêtes les esclaves étaient libres et

égaux

à leurs maîtres ; les pauvres jouissaient des mêmes droits
ne s’assemque les riches; ni le sénat ni les tribunaux

blaient; les affaires d’Etat, les procès,

tous les

différends

reposaient, les écoliers avaient vacance, sur tous les viamis qui se rensages brillaient la joie et la gaieté; les
comme
bonnes
les
souhaitaient
se
saturnales,
contraient,
nous nous souhaitons la bonne année, enfin, pour embellir cette fête par des actes de charité, on élargissait
quelques prisonniers, qui, après être sortis de prison, al-

suspendre leurs fers au temple de Saturne. On
s’envoyait mutuellement des présents, qui, dans les premiers temps, étaient simples et de peu de prix; mais
sous les empereurs on y mettait beaucoup de luxe, c’est
de là qu’est venu l’usage des étrennes.
Voyons maintenant le carnaval tel qu’il se célèbre
Il commence huit jours avant le
dans Rome moderne.
Quelcarême : une cloche du capilole donne le signal.
de masques;
ques jours avant, s’ouvrent les boutiques
laient

elles offrent

variété étonnante dans l’imitation de la
humaine, et plusieurs masques retracent les

une

physionomie
figures imposantes des statues antiques.
belle et longue, est le principal théâtre

Le Cours
de la

,

rue

joie publi-

les balcons y sont ornés de beaux
que;
ou de draperies; on dresse des échafauds, et sur
tapis
les trottoirs on place des rangées de chaises pour les
les fenêtres et

Le milieu de la rue est réservé pour les
voitures et les gens à pied, dont la plupart sont masqués.
Les voitures sont souvent ornées avec magnificence, et
les chevaux panachés et couverts de rubans ou de belles

spectateurs.

housses.

place

sur

Une foule innombrable de spectateurs prennent
les trottoirs et les échafauds, ou se promènent

195

parfaite égalité, qui règne entre
contrainte, et répand la gaieté
Des costumes de toute espèce, de tout
dans la foule.
état, servent de déguisement. Ici on voit des palefreniers
avec d’énormes brosses, s’approchant des passants pour
parmi

les masques.

tous les

La

états, éloigne

les brosser: là

ce

la

sont des

d’hommes très nombreuse

importunité
ailleurs des

vettùrini, ou voituriers, classe
Italie, qui viennent avec leur

en

ordinaire offrir leurs services à tout le monde:
miquelets cherchent à en imposer par leur

grand chapeau, leurs pistolets et une énorme espingole :
plus loin de galants jardiniers se promenant avec des
jardinières qui portent des corbeilles pleines de fleurs et
de fruits, font monter au balcon, au premier, au deuxième
et même au troisième étage, par le moyen d’un zigzag,
ou un limon,
un bouquet
présent destiné à une dame ;
habit
de
cour
et affublés d’énormes peren
des quaqueri,
a
souvent épuisé tous ses talents,
ruques où le friseur
et qui peuvent passer pour des chefs-d’œuvre de patience,
se promènent gravement parmi des charlatans, des matelots, des paysans, des marchands de balais, des paysannes
romaines et des nourrices qui portent des nourrissons en
cire

ou

des chiens et des chats emmaillottés.

De

dus mendiants tendent leur tire-lire attachée à
de

couleur,

et

reçoivent pour

aumône des

préten-

un

dragées

ruban
ou

des

Beaucoup de personnes se munissent de petites
blanches et légères, imitant les dragées, et les

noisettes.
boules
lancent

sur

de matti

en

leur rend
fait

Des troupes
les passants pour les blanchir.
lancent quelquefois des bordées entières qu'on

avec

usure;

plus

le combat est

animé, plus

rit de tous les côtés.

Un

il

grand
dragées imitées,
et ils en font un débit considérable. Un prétendu avocat
se fait place à travers la foule, marchant à grandspas et
menaçant de procès les personnes qui sont aux fenêtres,
ou les passants.
Des arlequins et des polichinelles en
blanches
amusent la foule par leurs gestes et
jaquettes
plaisir,

nombre de

plus
petits marchands
et

on

offrent des

13 *

196

fous, revêtus d’une toile blanche
ou se font conduire, soit séplissée,
en
soit
groupe; ils chantent et frappent les
parément,
de musique qu’ils tiennent à la main.
rouleau
d’un
passants
D’autres masques feignent de se quereller, et finissent par
tirer de grands coutelas de papier argenté et en frapper

leurs lazzis.

Des matti,

bien

se

leurs adversaires.
devient

aussi

une

les mascarades, la rue du Cours
courses des chevaux, qui sont

Après

arène pour les

depuis longtemps en usage à
le voit par une coutume grossière qui
autrefois; les prix qui maintenant se don-

divertissement

un

Rome,

ou

promènent

comme

on

s’y pratiquait
nent en argent, consistaient alors en pièces d’étoffes que
les juifs de Rome étaient obligés de fournir gratuitement:

la raison; c’est que
le
c’était un tribut de leur part, par
moyen duquel ils
se rachetaient de l’obligation qui leur avait été imposée
de

se

sûrement pas

devinerez

n'en

vous

donner

en

à cette humiliation
reux,

secte.

populace,

courant eux-

en

En soumettant

les chevaux.

comme

peuple industrieux, mais malheureligion, qui pourtant n'a jamais

un

aimer la

on

prescrit

à la

spectacle

mêmes dans l’arène

croyait
persécution

Heureusement

sentiments

plus

hommes des autres
Le dernier

commence

adopté

a

d’aucune autre

dans notre siècle des

plus justes,

comme

d’aussi bons

l’on

et

citoyens

regarde
que les

religions.

jour
A

lant de tous.

on

humains et

maintenant les Juifs

Israélites ni

des

la

du carnaval à Rome est le

peine

à illuminer la
et la

plus
plus prompte
placent des bougies au

plus

bril-

couché, que l’on
du Cours de la manière la

le soleil s’est-il
rue

riche.

En outre, les

domestiques

haut des voitures; les cabriolets
de papier. Parmi les promeneurs
de
lanternes
sont munis
en
a
il y
même beaucoup qui portent sur la tête de granDès ce moment
des pyramides renfermant une lumière.

personne
un

ne se

présente plus

bout de chandelle

de tous côtés:

ou

de

dans la foule

bougie,

malheur à celui

qui

qu’en portant

et l’on entend crier

n’est pas muni d’une

197

lumière,

en

éteindre

même temps chacun cherche, en soufflant, à
de son voisin.
Partout où l’on se

la lumière

rencontre dans les

l’on

se

connaisse

supérieur,

ou

on

la lumière n’est
aux

croisées:

efforts

sûreté; on monte dans les voitures,
pénétre au milieu des groupes et des
augmenter les ténèbres, tandis que l'on
en

on

sociétés, pour
cherche à

dans les rues, n’importe que
non, que l’on soit d’un rang inférieur
souffle la bougie des autres. Nulle
part

maisons,

ou

la seule lumière que l’on
porte. Ces
employer de toutes parts, joints

conserver

puérils

que l’on voit

à la résistance

qu’on

y

fait, produisent

tueuse, à laquelle l’étranger
n’en était pas averti d’avance.
MŒURS

Le

flegme

DES

ne

scène tumul-

s’il

TURCS.

et l’indolence de ce

La vie des riches

une

comprendrait rien,

peuple

sont connus.

dans l’oisiveté la

se

passe
plus comTurc, pour n’y pas éprouver un ennui
mortel.
Les beaux arts, qui nous fournissent tant de
sources de plaisirs, sont méconnus des
Turcs, quoiqu’ils
aiment le luxe.
Enfermées dans leurs appartements, les

piété.

Il faut être

femmes cultivent
la

un

peu la danse pour

musique turque, quoique

assez

se

distraire;

mais

n’est pas bien
les principes de

douce,

attrayante pour nous autres Européens:
l’art lui sont à peu près étrangers.
La peinture et la
sculpture ne servent qu’à l’ornement des maisons; il y a
des peintres qui font de jolis arabesques, des
paysages

et d’autres

décorations; leur art ne va pas plus loin. Ce
que les Turcs aiment le plus dans les peintures, ce sont
les couleurs vives, goût qu'ils ont de commun avec l’enfance et qu’il n’est pas difficile de satisfaire; car un
peintre a plus tôt assemblé quelques couleurs
tranchantes,
qu’il ne peut tracer un tableau conforme aux règles de
la proportion, de la perspective, des ombres, et autres
conditions
en

Turquie

imposées

à

l’artiste.

que dans les

L’architecture

mosquées

ou

temples,

ne

brille

dans les

198

tombeaux, les bains

prêté

est

et les

recommandée

aux

fontaines

La prolois reles
par
dans un climat

publiques.

Mahométans

fort bon

précepte
malpropreté cause des maladies dégoûtantes.
Voilà pourquoi on établit partout des bains et des fonde
taines pour faire des ablutions. Il n’y a presque pas
si
sont
fontaines
village qui u’ait un bain public et les

ligueuses,
chaud,

c’est

et

un

où la

les routes loin des
d’arhabitations; quelques-unes sont de vrais monuments
de
chitecture, étant soutenues par des colonnes, pavées
elles
Ordinairement
marbre et surmontées de
communes,

qu’on

en

voit même

sur

coupoles.

ombragées par des arbres touffus.
On ne met pas autant de recherche dans la construction des maisons particulières. Elles sont habituellement
charpentier en fait une
d’une si

sont aussi

grande simplicité, qu’un
l’espace de quelques semaines. Vous vous imaginez
bien qu’il ne faut que du bois pour ce travail, et qu’une
maison aussi promptement construite n’est pas très solide.
dans

Des treillis

de bois

ou

de

lucarnes

petites

On étend

couleur tiennent lieu de fenêtres.
a

terre.

On

peint

ou

plutôt

on

vitres de

en
un

barbouille les

tapis

sur

murs

de

et voilà la

je parlai tont-à-l’heure;
peintures,
riches
prête à recevoir son maître. Les maisons
décodes
la
richesse
et
leur
étendue
se distinguent par
ohles
vain
en
chercherait
rations; mais un Européen y
se
Turc
Un
passer à
peut
jets de première nécessité.
accouest
et
de
la vérité de tables
chaises, parce qu'il
à
et
à
travailler,
manger
tumé, comme tous les Orientaux,
accroupi sur un tapis ; mais que penser d’un riche, qui
dont

ces

maison

fait briller l’or et les diamants sur ses vêtements et dans
de se
son ameublement, et qui ne connaît d’autre moyen

garantir

de la

de la

rigueur passagère

de mettre dans les chambres des

bons allumés! Tous les

hivers,

température que
remplis de chargrand nombre de per-

vases

un

charbon
sonnes, étouffées par les vapeurs du
victimes de cet usage : eh bien, ces accidents

,

ne

sont les

suggè-

199
rent

de

point
poêles.

aux

Turcs l’idée de

Ce seul

se

servir de cheminées

ou

suffit pour nous apprendre
quelle est la force de l'habitude chez les peuples orientaux.
En général, les Turcs, par un
préjugé funeste, ne

détournent presque
vie

ou

leur sûreté.

exemple

jamais

les

dangers qui menacent leur
lorsque la peste se

C’est ainsi que

déclare chez eux, ce qui malheureusement arrive souvent,
ne
font presque rien pour en arrêter les
ravages,
étant aveuglément attachés au dogme de la
fatalité, seIon lequel ils se persuadent que l’homme ne saurait
ils

échapper

au sort qui lui est
réservé, et que, si des
le menacent, tout ce qui lui reste à faire, c’est de
soumettre.
De là naît cette résignation qu’ils mon-

maux

s’y

trent dans les malheurs, et qui est souvent
plus raisonnable
que l’affliction immodérée qui naît de la vive sensibilité des
peuples occidentaux. 11 n’est pas rare d’entendre un Turc
dire tranquillement après la perte de ses biens :
„Dieu
me les avait donnés; il était le maître de les

reprendre“.

Dans presque tout l’Orient, il règne un absurde
préjugé, selon lequel on croit que des objets que l’étranger
regarde d’un œil fixe, sont maudits et périssent; c’est ce

qu’on appelle le mauvais œil. Un enfant tombe-t-il subitement malade, on
s’imagine que c’est un effet du mauvais œil de quelqu’un.
Aussi les mères grecques en
en
Chypre, pour
préserver leurs enfants, les parfument
le soir, en jetant sur le feu des feuilles d’un rameau
d’olivier qu’elles ont fait bénir dans
l’église.
On croit de même chez les Musulmans
que tout ce
compte, court grand danger de se perdre. Aussi

que Ton
ne

de

compte-t-on jamais le nombre d’habitants, de soldats,
pièces de bétail; Le banquier se garde bien de faire

l’addition

des

sommes

qu’il possède:

les voir s’évanouir. Ainsi

d’ordre et de bonne

ce

qui chez

administration,

il

aurait peur de

nous

est

une

règle

passe chez les Turcs

une
imprudence, une maladresse.
L’industrie des Turcs brille dans les bazars
cliés, établis dans toutes les grandes villes. Ces

pour

ou

mar-

marchés,

200
munis de

que l’on ferme le soir, présentent
boutiques, des galeries voûtées et des

portes

de

rangées

des
rues

Ordinairement, chaque métier, chaque branche
de commerce, y occupe un quartier ou une rue particuliére. Ici ce sont les orfèvres et les joaillers, là ce sont
les marchands d’étoffes fines, de brocarts, de schalls, de
tapis; ailleurs on voit le quartier des tailleurs, celui des
entières.

est du

petit

excellent:

La fabrication des

des armuriers.

selliers, celui

nombre des métiers dans

nous

bre, quoique

lesquels

armes

les Turcs

n’imitons que faiblement leurs lames de sanous ayons
appris d’eux le procédé de

lames, mot venu de celui de Damas,
on fabriquait autrefois les meilleures
Le commerce exige trop d’activité pour plaire
lames.
beaucoup aux Turcs; aussi la plupart des marchands établis dans les villes turques sont des Arméniens, des Grecs
damasquiner
car

les

dans cette ville

ou

des Juifs.

Les Arméniens semblent nés

du

commerce:

ils

y trafiquent
méniens que

et

se

spéculent
fait

répandus

sont

avec

dans toute

le

goût

l’Asie,

et

C’est par les Arle commerce de l'Orient

cesse.

sans

partie
l’Europe; laborieux, sobres et patients, ils vont dans
la Perse et les Indes, y achètent les productions naturelies et les étoffes, les transportent en Turquie, où ils
en débitent une quantité; le reste s’envoie en Europe.
Les Turcs ne conçoivent rien à l’agitation des commerçants; pour eux, il n’y a pas de plus grand bonheur
se

en

avec

que de se reposer sur
à l’ombre de quelques

un

coussin dans leurs maisons

arbres,

Leur vie ordinaire est de

se

et

de

lever de

fumer leur

grand matin,

ou

pipe.
d’aller

mosquée, et de passer ensuite une
heure ou
cafés, dont le nombre est très
grand en Turquie. Revenus chez eux, ils s’occupent des
affaires de leur profession, et, lorsqu’ils y ont vaqué
quelques heures, ils se retirent dans cette partie de leur
maison qu’on appelle harem, où ils se reposent, et passent le temps à prendre des sorbets ou du café dont ils
sont grands amateurs, et à fumer du tabac. La pipe est
faire leur

prière

à la

deux dans les

201
pour ainsi dire leur compagnie; c'est un meuble nécessaire qui ne les quitte jamais; aussi metlent-ils beau-

coup de luxe à l'orner. Le tuyau des pipes des riches
est d’un bois précieux et quelquefois
garni de diamants;

l’embouchure est d’ambre
mêle

à la

fumée

jaune,

du tabac.

qu’ils se permettent, et
pierres précieuses, leurs

dont l’odeur

Ce luxe

puéril

agréable

se

est le seul

tandis que leur pipe brille de
maisons n’offrent quelquefois

que les quatre murs.
Leur société est aussi monotone que tout le reste;
les femmes vivent entre elles, et les hommes mangent

seuls; s’ils se rendent une visite, ils fument, échangent
à peine quelques paroles, et s’en vont.
On n’y entend
ces
conversations
font
les
charmes
de la sopoint
qui
ciété en France, où les hommes âgés développent toute
leur

expérience

et le fruit de leurs lectures ou de leurs

observations,

où l’amitié

les

et les

acquiert un nouveau prix par
politesses
expressions délicats, enfin où chacun, suivant son instruction ou son esprit naturel, répand
de l’agrément et en prend à son tour.
Chez les Turcs,
on craint, pour ainsi dire, la
fatigue de charmer la société par une conversation spirituelle ou instructive. La
gravité de leur maintien et le sérieux de leur caractère
les préservent de beaucoup de fautes.
Ils jugent avec
réflexion, tiennent à leur parole, sont constants en amitié,
et n’ont pas cette susceptibilité ni ces emportements qui
brouillent souvent les meilleurs amis. Ils pratiquent généreuseinent le précepte de leur religion qui leur prescrit
la charité; ils respectent la vieillesse et l’enfance, et
leurs égards s'étendent même sur les animaux, qu’ils ne
tuent pas
un

grand

sans

nécessité,

nombre

MŒURS

Les

lettres,

Arabes, après

sont tombés

tion déchue de

et dont ils nourrissent souvent

uniquement

son

DES

par

compassion.

ARABES.

brillé par les arts et les
barbarie, et offrent une na-

avoir

dans la

ancienne hauteur.

L’aridité de leur

202

d’entretenir de

empêche

sol les

animaux

le chameau et le

seuls,

avec

supporter,
du désert;

grands troupeaux;

ces

le

eux,

séjour

sont en

cheval,

deux

état de

dans les sables brûlants

animaux leur sont même

indispensables.

capable

de contenir de

chameau ayant
l’eau pour plusieurs

Le

estomac

un

jours et une constitution propre à
résister à la chaleur, franchit à grands pas les déserts,
et porte d'énormes fardeaux à des distances considérables.
L’Arabe met à profit non-seulement le chameau vivant,
et

boit

parties
chair;

de

aussi

lait, mais

son

chameau

du

sa

peau

il

quand

fait de

on

profite-t-il

de

les

toutes

On mange sa
outres pour l’eau,

mort.

est

grandes

et les grains, des auges
On fait
de
grosses cordes.
portatives,
Le poil
d’autres cordes avec les tendons de la nuque.
du chameau se transforme sous la main d’adroits Arabes,
La race
en étoffes et en sacs pour les grains.
en

de gros

beurre

pour le

sacs

des courroies

et

tapis,

également faite pour le pays
agiles, ils parcourent lestement

des chevaux arabes semble
où elle vit:
les sables
en

se

nerveux et

avec

leurs

de peu
Arabes un bon

aux

deux, que c’est
monde; on les a
arabes

généalogies

se
ou

en

bravant les chaleurs et
Les

de nourriture.

contentant

que rend

vaux

maîtres,

ce

vus

coursier,

services

leur sont si

pré-

estiment presque le plus au
pleurer sa mort. Les vrais ehe-

qu’ils

vendent à haut

prix:

titres de

famille,
particuliers.

conserve

on

l’on

et

leurs

distingue

familles par des noms
Mais il est triste qu’un animal aussi utile soit si

ces

sou-

que l’on
de cette
le
Des
nom de Bédouin.
troupes
par
désigne
nation misérable errent dans les déserts , y tendent des
vent l’instrument des crimes de l’Arabe

embûches

aux

caravanes,

fondent

sur

les autres voyageurs, les pillent, et,
sont bons cavaliers, ils disparaissent

nomade,

les marchands et

comme
en un

proie.
Égypte,
asiatique, en Perse, dans la Barbarie et
Zaharah en Afrique : quelques-unes de

leur

On les trouve

en

les Bédouins

clin-d’œil

dans

la

avec

Turquie

les déserts de
ces

hordes

se

à

203

distinguent par leur état misérable et par leur férocité:
le brigandage est leur seul métier, et elles ne valent pas
mieux que ces peuplades du Caucase, qui passent leur
D’autres ont des
vie à voler sur les grands chemins.
de chèvres, et
de
et
moutons
troupeaux de chameaux,
habitent des lieux moins arides que les déserts. Souvent
elles ne sont pas moins guerrières que les autres, mais
pour qu’elles n’inquiètent pas les caravanes, celles-ci, ou
bien les gouvernements des pays voisins, leur payent des
tributs , ou sollicitent même l’alliance de ces nomades,
En effet, ils louent des chachevaux, des guides et des escortes aux caqui veulent traverser les déserts, et qui ne peu-

tant ils sont redoutables.

meaux, des
ravanes

vent

passer de leurs secours. Les pauvres voyageurs
obligés de se mettre à leur discrétion, car il

se

sont donc

a que les Arabes qui connaissent les sources au milieu des sables; s’ils ont la cruauté de les cacher aux

n’y

les hommes et

caravanes,

ardente,

sement

ce

On

part.
le

jour

les animaux succombent à la

expirent en peu de temps; malheureutrait de barbarie est souvent un calcul de leur

chaleur

a

des

et

des

guides
angoisses d’une
vu

vain la moitié de

arabes être témoins

qui
quelques

caravane

pendant

leur offrait

en

biens pour
outres remplies
le moattendre
révoltante
et
avec
une
insensibilité
d’eau,
ment où les voyageurs expiraient pour s’emparer de tous

leurs
en

ses

bagages; ils se désaltéraient eux-mêmes en allant
pendant la nuit aux sources qu’ils connaissaient.

secret

Cette avidité de recueillir du butin
Un Arabe

grande hospitalité.
l’étranger qui

recevoir

entre

se

lie même

sacrifie

dans

sa

tout

tente.

avec

pour

leur
bien

Quelquefois

qui lui demande l'hospitalité est le voyageur même
dépouillé dans le désert. Eh bien! il l’accueille
qu’il
comme un ami, et dépense peut-être plus en régal qu’il
D’autres fois l’Arabe, après avoir donné
ne lui a enlevé.

celui

a

l’hospitalité
dépouiller,
dit

;

„vous

pour le

à

l’étranger, le guette dans le désert
ou l’arrête lorsqu’il sort de sa tente
risquez d’être pillé en chemin ; ainsi

,

et lui

il vaut

204
autant
et

avec son

soit moi

ce

que
disant

en

ces

butin.

qui profite de la circonstance;“

mots, il le dépouille, et rentre chez lui
Mais lorsque l’étranger, attaqué par des

Bédouins

ou Arabes du désert, invoque le secours d’un
qui n’est pas de leur tribu, celui-ci devient son
défenseur, et sacrifie quelquefois sa vie pour l’inconnu
qui a réclamé son appui.

Arabe

Les guerres que les tribus se font entre elles sont
terribles et marquées par des vengeances barbares. Les
Arabes sont en général vindicatifs; les haines se transmettent de

famille

ou

cutions

qui

père

et les violences faites par

fils,

en

tribu à

une

autre, provoquent des persécontinuent pendant des générations entières,

une

une

qu’aprés une vengeance complète. Si la fal’agresseur n’apaise pas celle de l’offensé par
des présents, la dernière poursuit l’autre à outrance, et
quelquefois une tribu entière persécute avec acharnement
et

ne

mille

cessent

de

autre tribu.

une

il y

Cependant,

générosité; lorsque

l’offenseur

les mains et à la discrétion

a

mille, évite également
la

protection

son

son

sort,

persécuteur,

CAFÉ

DE

il

est

a

déchue du rang
pourtant conservé une

peuples civilisés,

à

lorsqu’il

vient réclamer
tous

a

les

autres

vengé l’outrage

L’ARABIE.

des

Quoique
arabe

lorsqu’il

Mais dans

d’une femme.

cas, l’offensé n’a de repos que
qui lui a été fait.

les

des mouvements de

que celui-ci ne lui pardonne et n’oublie l’injure qu’il
reçue. Un homme menacé d’une vengeance de fa-

rare
en

de

a

livre humblement entre

se

puissances,

grande

cause

du

la nation

considération

commerce.

parmi

Autrefois

les richesses de l’Inde et de la Perse venaient par l’Arabie et l’Egypte en Europe, mais depuis que la route du

changé par suite de la découverte du Cap
Bonne-Espérance, cette source de richesses est tarie
en partie:
mais il reste à l’Arabie des productions par
elle
rend presque toutes les nations tributaires.
lesquelles

commerce

de

a

1

205
Les gommes, les

baumes, les encens, le séné, les dattes,
s’exportent
quantité; mais ce qui attire surtout les
vaisseaux étrangers, c’est le café.
Le hasard fit probablement découvrir les qualités
particulières de ce fruit. Étonnés de se voir gais et
éveillés après avoir pris des fèves de café, les Arabes
ont du songer à en extraire une liqueur pour en faire
en

leur boisson.
ait

du café

pris

en

Arabie.

depuis longtemps.

des Arabes que l’usage
pies. En Perse et en

publiques

il n’est pas certain que cet usage
Les Perses paraissent avoir

Cependant

commencé

où l’on

en

est

Quoi qu’il

en

soit, c’est

chez les autres peuon
établit des maisons

venu

Turquie,
préparait le café,

et

quoique plusieurs

fois les gouvernements et les docteurs se soient déclarés
contre ces établissements, les Orientaux y trouvèrent tant
de goût, quelles maisons furent maintenues.
Un Arménien les fit connaître

établit

qu’il

la

à

aux

Parisiens

foire St.-Germain.

bientôt des imitateurs.

L’usage

du

en

1672 par la salle

Son
café

exemple eut
général

devint

France et dans les autres pays de l’Europe. Des sommes immenses refluèrent en Arabie
pour acheter la fève
en

précieuse dont
européenne ne

on ne pouvait plus se
passer. L’industrie
voulut pas rester dans la dépendance des
Arabes pour cet article de commerce: elle sut se l’approprier. Ce furent les Hollandais qui les premiers tiré-

rent de l’Arabie

quelques plantes

de caféiers.

Louis XIV

de leur part; il fut cultivé au jardin des
reçut
à
Paris, et donna des rejetons qui furent transplantes
en

un

dans les colonies

plantés
souhait.

françaises

Les Hollandais avaient

plantations qu’ils

avaient

sorte que le caféier

européennes

et

établis

devint

perdit

sa

une

où ils

prospérèrent à
également les
dans l’île de Java, en
production des colonies

vu

réussir

rareté.

L’Arabie

exporte néanmoins encore environ 70 millions de livres pesant par an; tant la consommation du
café est grande dans tous les pays. On a remarqué d’ailleurs

que le

café Moka

a

plus

d’aromat que celui des

206

colonies, soit que le sol lui donne

cette

soin de la culture de

de

qu’on prenne plus
la récolte et de l’apprêt du fruit.

La

qualité,
l’arbre,

soit
de

culture du café

pénible, niais la récolte demande quelques précautions, sans lesquelles le café, comme tout autre fruit,
Dans la zone torride,
ou perd ses qualités.
se gâte
en
croissent
les caféiers
pleine terre, même sur les haul’air
est
teurs, où
quelquefois assez frais. La province
en
Arabie, renferme de grandes plantations de
d’Yémen,
caféiers, formées en terrasses les unes plus élevées que
les autres. [Le caféier est un arbuste de 10 à 18 pieds
n’est pas

de liant.

Les fèves

ressemble à

une

sont

cerise.

les

noyaux de

Après

son

avoir cueilli

fruit, qui
les fruits,

sèche; puis on les presse pour faire sortir le noyau
ou les deux fèves,
que l'on sèche ensuite de nouveau.
Voilà tout le travail qu’exige la récolte. Bételfaky, à 40
lieues de Moka, est le grand marché au café ; c’est là
les Turcs et les
que se rendent les marchands, surtout
Persans, pour faire leurs achats; les Arabes se contentent
de cultiver le café; ceux qui en font le commerce, ce
sont des Banians, marchands indiens, établis en Arabie.
De Bételfaky le café est envoyé à Moka, où arrivent aussi
les marchandises apportées par les négociants étrangers.
Comme les Arabes n’ont pas de manufactures, ils ont
besoin de leur côté de prendre de la main des étrangers
des objets manufacturés, ce qui (diminue beaucoup les
avantages qu’ils retirent de la vente du café.
Au Caire, et dans d’autres villes de l’Égypte, il y
a de grandes ateliers où l’on brûle et pile le café pour
la consommation du pays.
Après l’avoir exposé au feu
sur de grands plateaux de
cuivre, on le pile dans des
de chaque mortier deux
a
de
Il
autour
mortiers
granit.
y
et
laissent tomber leurs
chantent
ouvriers
ou
trois
qui
un enfant enfonce la
à
tour
chaque
pilons en cadence :
on

les

main dans le mortier pour remuer le café. Si lui ou les
ouvriers n’observaient pas la mesure de l’air qu’on chante,

l’enfant courrait

risque

d’avoir la main écrasée

,

car

les

207
ouvriers

n’y
régulièrement

à

ce

Ils laissent tomber

attention.

aucune

leurs

c’est à l’enfant à remuer

pilons;

le

note de la mesure s’il y a 2 ouvriers, ou
Pour accoutumer les enfants
s’il y en a 3.

café à la 5
à la 4 me

font

mc

métier adroit, les maîtres dans les écoles se servent
plaisant, mais ingénieux. Ils frappent en

d’un moyen
chantant et

en

cadence

avec

une

baguette

sur

la

table;

les enfants dans les intervalles des coups y posent leurs
mains; s’ils ne font pas attention, la baguette frappe leur
main

,

et

cette

petite leçon

suivre exactement la

RÉCOLTE

LA

DE

mesure

GOMME
RES

Les tribus

les accoutume

assez

vite à

de l’air.

DANS

LES

FOUETS

DES

MAU-

SÉNÉGAL.

DU

Maures, qui habitent les bords du Séné-

Afrique, sont parvenues à se rendre en quelque
Européens tributaires par la production d’un
seul arbre qui croît dans leurs forêts, et qui, indépendamment d’un article de commerce très important, leur
fournit une bonne nourriture pendant une partie de l’année. C’est le gommier, arbre appartenant au genre des
acacias et ayant plus de quarante variétés; il est répandu
sur la côte de l’Océan depuis le cap Blanc jusqu’au cap
Vert; il forme surtout trois grandes forêts qui sont la
propriété de trois tribus du peuple Maure; c’est à ce
peuple que les Européens sont obligés de s’adresser pour

gai

en

sorte les

,

avoir la gomme, article très nécessaire dans nos arts et
manufactures, surtout dans la teinture, la peinture et la
fabrication des

qui

étoffes,

à

cause

de

sa

qualité glutineuse

donne du liant et du lustre.

Le pays du Sénégal n’est pas le seul qui produise
la gomme. Les pays entre les deux tropiques produisent
tous cette denrée. L’Arabie entre autres en fournit beau-

coup; il n’y a même
du Sénégal: autrefois
que celle de

qu’un
on

ne

siècle que l’on tire la gomme
connaissait dans le commerce

l’Arabie, qui par

la

qualité

est inférieure à

208
la

On

première.

distingue

au

Sénégal

surtout deux

de gommes, la blanche et la rouge.
des pluies et des orages, qui dure dans

Après

ces

espé-

la saison

ce
pays depuis
juillet jusqu’au milieu de novembre,
il régne des vents tellement secs, qu’ils fendent le bois
et le rompent avec fracas.
L’écorce des gommiers se
gerce alors, et laisse suinter un suc qui s'épaissit promp-

le commencement de

et reste attaché à l’écorce sous la forme d’une

tement,

grosse larme brillante et limpide, c’est ce que l’on appelle
la gomme.
Au commencement de décembre cette pro-

duction est

prête

à être récoltée.

peuplades
qui
grandes forêts, quittent
maures

transportent

en

elles que les

masse

troupeaux

les déserts
vers

vieillards,

et les

A cette

époque, les
propriété des trois
qu’elles habitent et se

s’attribuent la

esclaves.

forêts,
enfants,

ces

les

On

laissant chez

ne

les

gardiens

des

dirait que la nation part
Les princes et les riches

expédition guerrière.
chameaux; leurs femmes sont assises dans
des espèces de paniers attachés au dos de ces animaux,
et surmontés d'une espèce de dais; d'autres sont à cheval
ou montés sur des bœufs; le
peuple va à pied et traîne

pour

une

montent des

avec

lui

des

vaches

Maures, armés

et

des

chèvres.

Une

troupe de

de

longues lances, cherchent à maintenir
l’ordre dans cette caravane singulière. Après une marche
de dix à douze jours, elle arrive aux forêts qu’elle veut
exploiter, établit ses camps à l’entrée du bois et s’apprête
à faire la récolte.

principale
bouche,
en

ou

faire

S’étant

Dès lors la gomme fraîche forme la
peuple; il la fait fondre dans la

nourriture du
la mêle

des

au

tablettes

dispersés

dans

lait

ou au jus de la viande pour
qui se conservent longtemps.
les bois, les Maures s’occupent

six semaines à recueillir la gomme, à l’entasser
de gros sacs de cuir dont ils chargent ensuite les

pendant
dans

bêtes de

jour
des

somme.

Quand la récolte

du marché est fixé entre les

Maures,

la

caravane

lève

finie,
Européens

ses

est

tentes

et

quand

le

et les chefs

et se

met

en

209
marche

l’embouchure du

Sénégal, principalement vers
l 'escale du désert, où les
comptoir,
ont
attiré
le
de la gomme.
Le
marché
Français
grand
du
un
de
annonce
marché,
jour
nuage
poussière
déjà de
bonne heure la caravane de la gomme; le bruit approche
de plus en plus; toutes les bêtes de somme sont ornées
de branches de gommiers; le désert s’anime; on entend
des bruits confus, et l’on voit les scènes les plus singuvers

dit

le

Hères.

Ici

on

Véchelle

aperçoit
chameau;

ou

une

princesse

maure

sortant du

là un cheval ou un bœuf porte
panier
d'une
chèvre
la progéniture
qui a mis bas en route;
partout on décharge les gros sacs pour les porter sur les
navires, où l’on mesure la marchandise dans de grandes
cuves appelées cantar ; ces cuves sont attachées au pont,
et ont au fond une coulisse que l’on retire quand la
marchandise est achetée, pour la faire couler dans la
La gomme ne se paye pas en espèces,
cale du navire.
on donne en échange des toiles de coton des Indes, appelées dans le commerce toiles de Guinée. Jusqu’au
moment de la vente, les Maures et les Européens ont été
de la meilleure intelligence; mais dés que le marché

de

son

commence, l'intérêt fait

place

à toute autre considération.

Le tumulte devient si

grand qu’on a peine à s’entendre;
Européens, escaladent les navires,
crient, cherchent à surprendre la vigilance des gardiens,
menacent et lèvent même leurs poignards sur les pauvres marchands, obligés de
garder leur sang-froid au miLe marché est quelquelieu de cette mêlée confuse.
fois si loin d'être paisible, qu’on est forcé de braquer
les canons et de mettre l’équipage sous les armes pour
résister à la fourberie et à l’impétuosité des Africains.
Mais le désir du gain rend les Européens insensibles à
ces désagréments, et il se fait durant le marché des affaiOn évalue la récolte de la gomme qui
res considérables.
des trois grandes forêts, à douze
annuellement
provient
cents milliers de livres. Il y a encore d’autres forêts qui
les Maures

se

mêlent

aux

14

210
mais qui ne sont pas exploitées
On croit que les bords du Sénégal
pourraient fournir, si l’on voulait, jusqu’à deux millions
de livres de gomme par an.
Outre celle qu’ils vendent

produisent

denrée,

cette

les autres.

comme

les Maures

Européens,

aux

comme

eux,

nourriture

récoltent

en

et

comme

beaucoup pour
en plusieurs

remède

maladies.
PÊCHE
Les

perles

s’attachent

aux

se

rochers

sous

prétendent qu’elles

listes

DE

PERDES.

trouvent dans

sont

les

de grosses huîtres

eaux.

comme

qui
Quelques naturaun dépôt d’humeur

provenu d’une maladie de l’animal ; mais il est de fait
que les perles sont de la même substance que le nacre

qui

couvre

l’intérieur de l’écaille.

Cette

nacre

s’est

seu-

globules ou petites boules. Elles sont
coquille; d’autres fois elles tien11 paraît que l’huître les produit
nent à l’animal même.
ou les façonne pour mieux se garantir contre un ennemi
Aussi a-t-on déjà eu l’idée de forcer les
du dehors.
en
huîtres à produire des perles
perçant leur écaille
d’un petit trou
que l’animal s’empresse alors de bou-

lement arrondie

en

souvent attachées à la

,

,

Les Chinois

cher.

,

qui

génieuses,
de petits morceaux
couvre

long

ont souvent des

inventions in-

entre la double écaille de

introduisent,

l’huître,

de nacre, pour que l’animal les rede la substance des perles; mais c’est un procédé

et

Les

pénible.
perles

ont

été

l'objet des
jolie forme et

dans tous les temps

recherches de l’homme ; leur lustre, leur

toujours estimer presqu’à l’égal
depuis l’antiquité elles entrent
pierres précieuses,
avec les pierres fines dans la grande parure.
Malgré son
n’a
rien
de
inventer
l’homme
pu
industrie,
plus précieux.
Aussi n’y a-t-il pas de peine qu’il épargne pour se procet objet de luxe.
curer
Vous serez étonnés de son
avidité à cet égard, quand je vous aurai fait connaître les
dangers auxquels les pêcheurs s’exposent en allant à la
Plusieurs côtes les fournissent.
recherche des perles.
leur rareté les

des

ont

fait

et

211

L’Europe même

n'en

est

l’Écosse

pas

dépourvue.

On

en

pêche

l’Irlande,
prend dans
de
la
de
la
Moravie, et même
Bohème,
quelques rivières
ont
de
Ces
de la France.
valeur, étant gênépeu
perles
et
ternes.
râlement petites
L’Amérique a des pêcheries
le
du
considérables dans
Mexique, surtout auprès de
golfe
l’île de Marguerite. Mais toutes les perles des pays occidentaux ont une couleur laiteuse, qui les rend bien inféHeures aux perles orientales, qui brillent d’une belle
couleur d'argent. Les pêcheries de l’Orient sont surtout
importantes auprès de l’île de Ceylan, (et à l’entrée du
golfe persique. Les Chinois ont une pêcherie sur la côte
de la Tartarie; il y a d’autres pêcheries auprès des îles
sur

les côtes de

de la

mer

du Sud.

et de

on en

Mais elles cèdent toutes à celles de

et du

golfe persique.
La pêche des perles au port de Manaar sur la côte
D’abord
de l’île de Ceylan présente plusieurs dangers.
le détroit où se trouve le banc des perles est extrêmement dangereux à cause des gouffres et des écueils qu’on
Les gens qui osent se précipiter dans la
y rencontre.
ce sont en
mer au milieu des périls,
grande partie des
noirs de la côte de Malabar, et d es Lubbahs ou Nègres de
l’île de Manaar. Accoutumés à plonger dès leur enfance,
ces
gens s’en font une habitude, et beaucoup d’entre eux
Tout ce
vont au fond de l’eau sans aucune précaution.
les
La
ce sont
requins.
peur les fait
qu’ils craignent,
recourir à des superstitions pour se garantir du danger
d’être dévorés. Ils s’adressent entre autres à de prétendus sorciers, dont les imprécations doivent écarter ces

Ceylan

Vous pensez bien que les monstres marins n’en
cherchent pas moins à dévorer ces pauvres gens, qui
les redoutent tellement, que l’apparition d’un seul requin
suffit pour empêcher tous les plongeurs de se risquer
animaux.

pêche a lieu
Condatehy est alors

dans la

mer.

La baie

de

teaux de

La

Ceylan,

en

février et

en

mars.

le rendez-vous des ba-

de la côte de Coromandel et de celle
14 *

212
de Malabar.

Chaque bateau porte environ 20 marins et
pilote. Lorsque le gouvernement a désigné
l’endroit de la pêche et adjugé au plus offrant le droit
de la faire, l’entrepreneur fait diriger les bateaux qui se
mettent à son service, sur le banc où la pêche doit avoir
lieu.
La petite flotte part alors, et les plongeurs s’apun

tindal

ou

prêtent dans les bateaux à l’exercice de leur métier.
Quelques- uns observent depuis plusieurs jours une diète
rigoureuse, et se frottent le corps très fréquemment avec
de l’huile, avant de se jeter à la mer; ils se bouchent
les oreilles avec du coton trempé dans l’huile, et se serrent le nez par le moyen d’un morceau de corne fendu;
on leur
attache sous un des bras une éponge trempée
dans l’huile, dont ils se servent pour respirer, de sorte
à ne pas avaler l’eau, et sur la bouche ils appliquent une
plante qui a la propriété de ne pas s’imbiber d’eau.
D’autres négligent toutes ces précautions.
Ils se font
descendre dans l’eau le long d'une corde à laquelle est
attachée une grosse pierre.
Chaque bateau porte ordinairement dix plongeurs: il y en a toujours cinq qui
descendent à la fois.
d’un

filet,

Munis d’un couteau et d’un

Ils ramassent à la hâte les
est

plein,

sac

ils s’enfoncent enfin dans les abîmes de la
ils donnent

un

leur sort de la

dés que leur sac
la
par
corde, afin qu’on
ils sont remontés, l’eau

huîtres,

signal

les retire dans le

ou

mer.

et

bateau; quand
bouche, du nez et des oreilles. Souvent

ils

rejettent même du sang. Ils se reposent pendant que
cinq autres plongent. Ensuite leur tour revient.
Ils ne restent guère sous l’eau au-delà de deux
minutes; ceux qui y peuvent rester quatre ou même six
minutes, sont cités comme les premiers plongeurs. Chacun
plonge 40 à 50 fois par jour, et rapporte chaque fois

les

une

centaine

huîtres

d’huîtres.

On

fermées, en
de devenir riches, s’il y a
peine récompensés, s’il ne
encore

les

paye

en

sorte

qu’ils

courent la chance

argent

ou

en

de grosses perles, ou d’être à
s’en trouve guère.
Après la

213

pêche,

les matelots

portent les huîtres

les y laisser pourrir dans des
Pendant ce temps il s’assemble

sur

trous
une

la

côte, pour

creusés

en

terre.

foule de marchands

de diverses nations pour faire des achats, ou pour vendre
des vivres durant cette foire. Avant d’ouvrir les huîtres
on

en

fait souvent des lots que l’on vend

Ceux-ci les font ouvrir

joie, quand

ils

On surveille

avec

ensuite,

trouvent

et

vous

aux

amateurs.

jugez

de leur

beaucoup de grosses
soin l’ouverture des

perles.
grand
huîtres,
pour que les ouvriers ne puissent détourner des perles.
Il y a des fripons qui savent les soustraire avec une
grande adresse, et qui les avalent même, pour n’être pas
découverts. On leur a administré quelquefois des émétiques, pour faire rendre les perles qu’ils avaient avalées.
y

un

Il arrive d’ailleurs que les perles restent cachées dans le
Aussi les pauvres viennent après la
corps de l’huître.
faire
de
nouvelles
recherches dans les tas d’huîtres
pêche

pourries, malgré l'odeur
dent

sur

la côte.

infecte que ces monceaux répandes perles dure quelque
grosses et les plus blanches ont en

Ce

marché

Les plus
temps.
Europe un très haut prix; les Indiens préfèrent les perles
jaunâtres; la coquille se vend sous le nom de nacre. Les
Nègres sont très adroits à percer les perles et à les polir.
Autrefois la pêche n’avait lieu que très rarement, et
occasionnait une grande fête.
Les négociants de toute
l’Asie venaient

se

rassembler

sur

les bords de la

mer

des

Indes, y dressaient des tentes, où ils demeuraient durant
le temps de la pêche.
La réunion de tant de peuples
différents, la diversité de leur costume, leur trafic, la
pêche même, accompagnée des plus grandes solennités;
tout

cela

offrait

Mais, dans

un

spectacle

vraiment

unique dans

son

la

suite, cette pêche a été trop sougenre.
vent renouvelée, parce qu’on voulait gagner
davantage,
et cette avidité a nui au succès; elle n’est plus en effet
aussi

productive; cependant
spéculateurs.

nombre de

elle

attire

encore

un

bon

214

On
des

fait à

perles

sur

peu près de la même manière la pêche
les côtes du golfe persique, particulière-

ment aux îles de Barein et de Carrac.

Chacun est libre

demande de

l’argent
entreprise
peine. Le marchand qui entreprend une pêche,
loue une barque avec un équipage de 15 hommes, parmi
lesquels il y a cinq ou six plongeurs. On a remarqué
les pluies sont abonque la pêche est meilleure quand
se
les
font payer plus cher
aussi
dantes. Alors
pêcheurs
sont
Les
leurs journées.
payés en proportion
plongeurs
ils
Ordinairement
descendent.
à
de la profondeur
laquelle
les
dix
à
brasses
ils plongent de
;
plus hardis
quinze
sont
surtout
ils
engagés
quand
plongent encore davantage,
savent que
par quelque promesse de leurs maîtres, qui
les plus belles perles se trouvent à de grandes profonLes plongeurs ne restent que cinq minutes sous
deurs.
de

s’y

Mais cette

livrer.

et de la

l’eau; ensuite ils reviennent, pour

remettre entre les mains

qu’ils ont détachées;
l’équipage
de
ils
nouveau, et ils conaprès
plongent
tinuent jusqu’au soir ce métier pénible. Jusqu’alors on
Ce n’est
ne sait pas encore si la pêche a été heureuse.
en ouvrant les huîtres sur une
la
de
la
fin
journée,
qu’à
toile blanche étendue par terre, qu’on apprend le succès
Le pêcheur qui découvre dans une huître
de la pêche.
Il
d’une grande beauté, reçoit un présent.
une perle
arrive que le pauvre plongeur, qui est allé la chercher
les huîtres

du chef de

immédiatement

au

fond de la mer, n’a que sa paye, consistant en une
piastres, tandis que celui qui ouvre l’huître,

dixaine de

qui n’a pas
tes perles ne
et

d’autre mérite, est
sont pas

rares :

récompensé.

il y

a

Les

des huîtres

petiqui en

rangées, c’est ce que l’on nomme de la
semence de perles.
Quand le triage est fini, on vend
les perles au marché de Mascate; de là on les expédie
La ville
pour la Turquie et la Perse, ou pour l’Inde.
de Surate en fait surtout un grand commerce.
ont

même des

1

215

RÉCOLTE

DÉBIT

ET

DU

THÉ.

thé vient d’un arbuste de

Le

cinq à six pieds que
plantent
champs. Ce n’est qu’après
la troisième et avant la septième année de la plantation
Cette récolte,
que l'on cueille les feuilles de l’arbuste.
qui exige les plus grandes précautions, se fait à diverses
époques, et donne des produits de qualités différentes :
les ouvriers mettent des gants très fins et ne cueillent
qu’une feuille après l’autre. La première récolte, qui a
lieu au commencement de mars, fournit les feuilles les plus
tendres et les plus savoureuses; c’est ce qu’on appelle
les Chinois

dans leurs

impérial : destiné pour la maison de l’empereur,
point dans le commerce. Un mois après,
une seconde récolte, dans laquelle on fait encore

le thé
ce

thé n’entre

on

fait

un

choix des feuilles

première
mois de

sorte

tendres, pour les vendre

de thé.
et donne

mai,

le thé

cueilli et infusé dans
à

l’opium.
griller les

Voilà

l’eau,
pourquoi il
Mais

feuilles.

ordinaire.

la

comme

La troisième récolte

lieu

a

au

Fraîchement

le thé étourdit et ressemble
faut le

préparer,

en

faisant

elles sont très

délicates,
l’opération n’a pas lieu le
jour même de la récolte. On a de grands fourneaux
couverts de plaques de tôle pour le grillage. On y étend
les feuilles, et quand elles sont chaudes au point de suer,
elles

on

se

fanent et

les retire

avec

se

comme

gâtent,

si

des crochets

des nattes de

et

en

bois,

les roule

on

les étend

ner, trois semaines

auparavant,

une

la moindre exhalaison de leur bouche

Après

le

grillage,

on

avec

vie très

gâterait

en

avec

de

la

me-

sobre;

car

les feuilles.

renferme le thé aussitôt dans des

plomb ou en étain, afin que
perdre son arôme. Celui qui vient

boîtes doublées

sur

Ces

les mains.

jonc,
procédés se répètent plusieurs fois, mais toujours
plus grande précaution. Les ouvriers sont obligés
on

l’air

ne

par les
caravanes en Russie est meilleur que celui que les Anglais apportent par eau, parce que la mer influe toujours

lui fasse pas

216
un
on

En Chine
peu sur le goût de ces feuilles délicates.
les réduit en poudre, et on en fait des tablettes.
PARTIS

AVANTAGEUX

La nature

fait

QU’oN

TIRE

à la

DU

BAMBOU.

Chine

d’un végétal
plus utile que le thé; c’est le bambou. On est étonné
d’apprendre à combien d’usages dilférents les Chinois savent employer cet arbustè, dont la légèreté, la souplesse,
la ténacité, la durée, la longueur, se prêtent en effet à
tout. Avec des bambous et des cocotiers, on pourrait, à
la rigueur, se passer de tout le reste de la
végétation.
Le bambou le plus gros sert de bois de costruction; on
en fait la
charpente des maisons, en plaçant les troncs
a

présent

aux quatre coins.
Fendu en deux parties concaves, ce
bois sert de couverture, et coupé en lattes, il sert de
plancher. Voilà la maison. Maintenant, s’il faut des meu-

le

bles,

bambou,

la main des industrieux

Chinois, delit, ustensile de cuisine, baquets, échelles, cuves et paniers. Veut-on des meubles
plus commodes, la charpie du bambou va remplir, au lieu
de crin, les coussins et les matelats.
Mais je suis bien
loin d’avoir nommé tous les avantages qu’on retire de cet
arbuste. On en fait encore des chapeaux, des éventails,
des mèches de chandelle, des cordages, des sacs, des
nattes; les agrès et les câbles dans les jonques ou bavient table,

teaux

chinois,

navires
on

voit

on

se

bois de

sont faits

transporte

encore

ils

sous

chaise,

de filaments de bambou; si des
dans les cabanes des laboureurs,

le bambou

employé

aux

besoins de

l’agri-

font des haies, des charrettes, des brouetculture;
tes et des machines hydrauliques fort
ingénieuses. Nous
construisons souvent à grands frais de telles machines,
en

tandis que les paysans chinois avec leurs bambous, sans
employer le moindre fer, font monter 150 tonneaux d’eau,
24

heures, jusqu’à la hauteur de 40 pieds, pour arrochamps ou pour d’autres usages. Enfin les
bourgeons des jeunes bambous servent de nourriture au
en

ser

leurs

217

peuple qui
11

ver.

même l’art de les confire pour les conserconvenir que peu de nations montrent un

a

faut

si ingénieux.
C’est à peu près de la même maniére que les habitants de l’Arabie , de la Perse et de
l’Egypte emploient le dattier. Tout leur sert dans cet

esprit

arbre

:

ils

nourrissent de

se

noyaux à leurs chameaux;
nattes , des paniers , des

son

avec
sacs

fruit,

et donnent

les

les feuilles ils font des

et des brosses ;

avec

les

branches, des haies et des cages; avec les filaments des
rameaux, des cordes et du fil; le bois sert au chauffage,
et le suc de l’arbre se change par leur industrie en une

liqueur spiritueuse.
FABRICATION

I)E

LA

PORCELAINE.

Les Chinois sont le premier peuple qui ait fabriqué
porcelaine à la perfection, et pendant longtemps l’Europe s’appauvrissait tous les ans de sommes considérables,
pour se procurer d’eux cet objet de luxe. La porcelaine
se fabrique principalement au village de King-Tetching,
dans la province de Kiangsi; celle que l’on fait en d’autres endroits de la Chine n’a ni la beauté ni la réputaOn la recevait longtemps en Europe
tion de celle-ci.
avec une sorte d’admiration, sans pouvoir pénétrer le sela

missionnaires, qui étaient
instruction, employérent beaucoup de peine pour pouvoir communiquer ce
secret aux Européens; enfin, un jésuite français parvint à
connaître les procédés usités dans les manufactures chi—
noises, et en envoya le détail en Europe. On sait maincret

de

accueillis

fabrication.

la

en

Chine à

tenant que les

le Kaolin
très fine.

et

le

Les

cause

de leur

Chinois prennent deux sortes de terres,
Pétuntsé, dont la dernière est surtout

Après

convenable, ils les

les

avoir mêlées dans

trempent

une

et les font fouler

proportion
aux

pieds

par les ouvriers, dans des espèces de puits bien pavés.
J’ai vu des dessins chinois où ce travail était représenté

exécuté par des buffles. Deux espèces d'huiles, dont l’une
est tirée des pierres de Pétuntsé, sont aussi des ingré-

218

dients nécessaires dans cette
la

temps
et

On

composition.

pâte, afin qu’elle forme

une

purgée de tout corps étranger. Car
cheveu même suffit pour casser la

pétrit long-

masse

bien unie

cuisson.

grain de sable,
porcelaine dans la
avoir
Après
parfaitement pétri la pâte, on la

façonne,

soit

un

au

tour, soit

au

un

moule.

On

emploie

en-

suite divers instruments pour polir ou embellir les objets
façonnés. Les ornements en relief ou en creux se font
avec

dans

le ciseau.

sorte

mains.

Pour

chaque opération,

grandes manufactures,

nos

un

il y a,

ouvrier

tasse à thé passe 6 à 8 fois
tourne grossièrement, l’autre

qu’une simple
L’un la

comme

particulier

en

en

d’autres

en

façonne

le

pied, le troisième l’arrondit et lui donne sa véritable
forme; le quatrième polit les dehors; un autre polit
l’intérieur, et d’autres encore ajoutent les ornements.
Quand la façon ne laisse plus rien à désirer, on embellit
le vase de peintures, en y représentant des hommes, des
paysages, des fleurs et beaucoup d'objets bizarres, selon
le mauvais goût de ce peuple.
Autrefois la porcelaine
chinoise acquérait un nouveau prix par le brillant des
couleurs qu’ils y prodiguaient, surtout du bleu et de l’or.
Mais le secret de faire ce beau bleu paraît s’être perdu;
et le bleu de la porcelaine moderne est loin d’avoir le
même éclat.
Les peintures se font tantôt à la main, et
tantôt par le moyen de formes. Us les recouvrent ensuite d’un vernis très fin. La dernière opération est de
cuire

une

ou

deux fois

dans

four la

pâte façonnée
ce
je
procédé une
attention particulière; une négligence gâte souvent toute
la porcelaine et détruit le prix de toutes les opérations
précédentes. Aussi arrive-t-il fréquemment que la cuisson
manque, et c’est ce qui fait que la porcelaine chinoise
est très chère; le transport depuis un pays si
éloigné
jusqu’en Europe, en augmente encore de beaucoup le prix.
Aussi les Européens ne tardèrent-ils pas à chercher la
terre à porcelaine chez eux, et à imiter les vases chinois.
et

peinte

comme

l’ai dit.

un

Il faut dans

219

premier pays où l'on fît de la porcelaine
La France
d’autres pays imitèrent cet exemple.
une poret
au
terre
semblable
une
fabriqua
trouva
Kaolin,
est parvenue à un haut degré
ce

La Saxe fut le
fine ;

celaine, qui depuis
de

perfection

manufacture de Sèvres auprès de
porcelaine chinoise est-elle plus so-

la

Peut-être la

Paris.

lide,

temps

dans

du moins la

les Chinois n’ont

pâte semble plus compacte; mais certes,
jamais inventé d’aussi jolies formes, ni

exécuté d’aussi beaux dessins que ceux que nous adtnirons dans les vases sortis de la manufacture de Sèvres.

Puisque
il

faut

meuse

effet

que
tour

un

Chine.

porcelaine chinoise,
quelques mots de la faje vous
C’est en
de porcelaine, érigée à Nankin.
nous

en

sommes

la

à

dise aussi

des monuments les

Ne croyez pourtant

curieux

plus

qu’il

y ait

pas que cette tour soit

en

en-

prébriques à huit
pieds, et composée de neuf
étages qui diminuent successivement et qui sont surmontés d’une espèce de coupole.
Chaque étage offre une
salle ornée de peintures et d’autres décorations, et le dehors est revêtu de briques peintes et vernissées, de basreliefs, de statues, etc. Chaque étage est percé de huit
grandes croisées.
tièrement de

porcelaine;

ce

C’est
cieux et trop fragile.
faces, haute de deux cents

MŒURS

ET

serait
une

COUTUMES

un

tour

DES

ouvrage trop
en

CHINOIS.

plupart des arts et métiers des Chinois sont resl’imperfection ; on s’est contenté des procédés
a fait découvrir, et personne ne s’est ocle
hasard
que
à
chercher
les moyens de les simplifier ou de les
cupé
améliorer. Quelques voyageurs ont vanté les progrès des
Chinois dans les mathématiques, l’astronomie et dans
d’autres sciences; mais on sait maintenant qu’ils sont bien
La

tés dans

moins avancés dans les sciences que dans les arts; leur
langue est d’ailleurs si imparfaite, qu’il est difficile de
s’en servir pour

expliquer

et analiser les

choses abstraites.

220

Quelques

missionnaires ont

naissances des

Européens;

porté

en

du reste

Chine les hautes
on

n’y

et les Chinois eux-mêmes ne

d’étranger,

chez d'autres nations, selon

déshonoré l’homme

un

qui quitte

souffre

con-

point

voyagent point

préjugé qui regarde
Ainsi
sa patrie.

comme

ils

se

grand moyen de s’instruire; car les voyages
nous
donnent beaucoup d’expérience et nous délivrent
de la plupart de nos préjugés.
Dans les relations que
le seul
les Européens ont avec les Chinois à Canton
d’un

privent

,

port où le gouvernement chinois leur permet de
mercer

des marchands chinois

avec

coin-

privilégiés qu’on

apque les habitants
de ce pays sont rusés et fourbes, et qu’il faut se défier
de toutes leurs démarches. Cette mauvaise qualité éloigne-

pelle Hong

ils

,

s’aperçoivent facilement

européens, si ceux-ci n’étaient
l'avantage d’exporter des marchandises qu’ils
de vendre à haut prix en Europe.
Ainsi dans

rait d’eux les marchands
retenus par
sont sûrs

le

l’intérêt rend les Chinois trompeurs et les

commerce

Européens
Il

insensibles.

semble que les grands mettent leur distinction
fiers de leur embonpoint, ils regardent

dans l’oisiveté:
avec

pitié

un

homme

maigre,

parce que c’est à leurs yeux
condamné au travail.

est par le besoin

une preuve qu’il
Aussi représentent-ils leurs idoles

avec

des

visages jouf-

flus et des ventres énormes, comme vous pouvez le voir
à ces magots dont nous ornons quelquefois nos cabinets.
Leurs femmes

partagent

cette idée erronée:

on

leur ré-

enfance; aussi quand elles sont
grandes, elles ont les pieds si faibles et si chétifs, qu’elles peuvent à peine marcher, et qu’elles sont obligées de
trécit les

se

pieds

dans leur

faire porter en litière pour sortir.
Mais loin d’être
de cette infirmité, elles en sont très vaines. Pour

affligées

prouver encore qu’elles ne travaillent pas , elles laissent
croître leurs ongles, et les mettent même la nuit dans
des

étuis, afin de
qui ne peut

noise

conserver

pas

Une Chi-

tout leur lustre.

marcher,

et

qui peut

à

peine

se

221
servir de
chez
mes

selle

est aussi vaine que l’était autrefois

mains,

ses

dame serrée dans

une

nous

et que l’est encore

paniers,
parée à

son

corset et

aujourd’hui

ses

énor-

telle demoi-

la dernière mode.

On peut dire que les Chinois
du cérémonial

car

:

insignifiante,

sans

de

La

civilité.

la conversation

ils

ne

faire l’action la

peuvent

consulter les

totalement

dépendent

préceptes

plus

de leurs livres

science du cérémonial à observer dans

exige beaucoup

de

temps

et d’étude:

si,

par exemple, deux Chinois d’un rang égal se rencontrent,
ils ferment le poing de la main gauche, le couvrent avec
la droite

le

,

découvrent, s’inclinent un peu lèvent les
disant: hoa, ou kin, kin; si la personne
supérieur, la révérence est plus profonde,
,

deux mains,
est

en

d’un rang

quelquefois ils touchent la terre avec leur front. Une
invitation pour un repas doit être répétée trois fois, et
si l’on veut rendre visite à quelqu’un, il faut
envoyer une
et

écrite

sur une feuille de
papier peint, et remplie
d’expressions d’un style empoulé. Pendant les repas, à
chaque service ou à chaque plat que l’on apporte, il y a
une foule de
compliments et de cérémonies, dont on ne
annonce

peut rien omettre, pas même parmi ses parents et ses
amis. Quand on a des convives, on
prend les tasses dans

lesquelles

boit,

et on

place au milieu de la chambre.
bouche, puis on les baisse ;
celui qui baisse la sienne jusqu’à terre,
passe pour le
plus poli. L'un fait comme l’autre, et ce jeu se répété
On

on

porte les

trois,
fois.

se

tasses à la

six à neuf fois.

Enfin tous vident leurs tasses à la

Les enfants aussi sont soumis

au cérémonial.
Dans
les écoles où il s’assemble des enfants de diverses con-

ditions, ceux
gravité

d’une

familiariser

Les

des familles
affectée

avec

ne

se

départent

soin de

des Chinois contrastent

usages de

quelques autres pays.
exemple, on ignore que

parmi les Nègres par
signe de respect que

un

distinguées
grand

et ont

ne

pas

pas se

leurs camarades.

compliments

ment avec les

,

singulièreAfrique,

En

c’est ailleurs

de s’incliner devant

quelqu’un.

222

qu’un marchand danois ayant
roi de Nègres qui n’avait jamais vu
chapeau et s’inclina profondément.

On raconte
avec un

ôta

son

une
un

entrevue

Européen,

Le

roi, qui

avaient la
avait observé que les gros singes de son pays
les
hommes,
coutume de se courber avant de se jeter sur
et cria au secrut que cet étranger allait sauter sur lui,
eut beaucoup de peine à lui faire
cours.

L’interprète
comprendre que les Européens
leur

s’inclinent pour

témoigner

respect.

pourtant devancés dans
découverte importante, celle de l’imprimerie, qui est
Les

eux

Chinois

nous

usage fort

en

ont

pourtant solide,
léger gravées en relief

bois
ceau.

Sur du

longtemps.

ment fin et

De cette manière

on

ils

impriment

et

fait

une

chez

papier extrêmedes planches de

noircies à l’aide d’un pinbeaucoup de livres à peu

de frais, qui se répandent dans l’empire et instruisent
toutes les classes de la société. Nos procédés sont plus
ouvracoûteux, mais aussi nous exécutons de plus beaux
la
honorent
de
cela
ont
Chinois
louable, qu’ils
ges. Les
une recommandation pour
est
savoir
le
et
que
science,
les

dont au reste personne n’est
Ce sont les savants, ou mandala Chine,
qui formenden quelque sorte la noblesse de
et
examens
des
classe
cette
n’entre dans
que par

plus

hauts

emplois,

exclu par la naissance.

rins,
On

des preuves écrites, et
degré à l’autre qu’aprés un

sur

on

n’avance

examen

de

nouveau.

même d’un
La

masse

pas beaucoup de la science;
on le voit à ses al-

peuple ne profite pourtant
ignorante et superstitieuse;
manachs où se trouvent indiqués les jours où il est dande pleurer, et d’autres
gereux de sortir, de se baigner,
où il est bon d’envoyer un enfant à l’école, de présenter
un placet à l’empereur, de consulter un médecin.
Malgré l’état imparfait de leurs arts, ils ont inventé
Pour honorer l’agriculture,
des spectacles et des fêtes.
l’empereur, accompagné de toute sa cour, se rend au
commencement du printemps à un champ consacré à cette
cérémonie, saisit une charrue attelée de bœufs richement
du

elle est

223

parés,
tent

et trace

un

sillon ; les

principaux

mandarins imi-

exemple. On distribue ensuitep es présents aux
laboureurs qui assistent à la fête.
Dans les provinces,
les gouverneurs répètent cette cérémonie. Tout le luxe
son

des Chinois
la célèbre

L'origine
antiquité,
ce sujet

manifeste à

se

la

avec

et
une

de

plus grande
cette fête

fête

des Lanternes

:

on

pompe.
perd dans la

plus haute
la raconte de diverses manières: voici à
des traditions chinoises: 11 y a
quelques
se

on

milliers d’années
trône.

la

qu’un prince

nommé Ki monta

et entouré de vils

sur

le

Jeune,
flatteurs,
volupté, et abandonna les rênes du gouvernement à ses
courtisans qui opprimèrent le peuple, et le rendirent tellement malheureux, qu’il vint implorer le secours du
prince
dans son palais. Embarrassé par l’aspect de ces infortunés, et irrité d’être troublé dans ses plaisirs, il lit bâtir
un palais sans fenêtres, et éclairé
par des lanternes. Le
se
enfin de la honteuse
lassa
peuple, toujours opprimé,
mollesse de son prince; une sédition s’éleva, on força les
portes du palais, et le jeune prince fut tué au milieu de
ses courtisans.
Pour conserver, dit-on, le souvenir de
cet événement, on en célébré l’anniversaire sous le nom
de la fête des Lanternes. On voit pendant la nuit toutes
les maisons, toutes les rues et toutes les
places illuininées par des lanternes, de la manière la
plus brillante.
Les lanternes des personnes opulentes sont extrêmement
riches, et souvent si grandes, qu’une nombreuse compagnie
peut s’y asseoir et s’y divertir. Elles sont faites de châssis de bois vernissé et doré, et couvertes d’une soie fine
et transparente; l’intérieur, qui
représente une tente, est
éclairé par un grand nombre de bougies, et tandis
que
les familles riches se réjouissent en dedans de ces
pavillons légers, le peuple s’amuse au dehors aux ombres
chinoises, que l’on fait paraître derrière les transparents,
et qui en tirent leur nom.
Ainsi vous voyez qu’un des
grands amusements de notre enfance est dû àl a Chine.
la

il

se

livra à

224

n’ont pas assez de fortune pour construire des
lanternes aussi brillantes , en font de plus petites, mais
curieuses par les transparents dont elles sont

Ceux

qui

également
ornées; les plus jolies ont
de hauteur, sur lesquels on

Ces panneaux sont surmontés
Vous pou-

très brillantes.

couleurs

dix panneaux de quatre pieds
a représenté des paysages en

figures sculptées et ornées de banderoles.
vez penser, mes enfants, qu’une grande ville,
de

illuminée de

sorte, offre un coup d’œil très intéressant. Dans
fêtes les Chinois tirent ordinairement des feux d’artifice, mais en plein jour. L’usage de la poudre à brûler

cette
ces

leur être

paraît

regarder

Leurs

monde.

bleaux,

comme

Aussi peut-on
artificiers du

feux

d’artifice sont de vrais ta-

connu

les Chinois

depuis longtemps.
les premiers

grands

tableaux très brillants.

et des

Du reste les

amu-

puérils. Ils prennent un
vif intérêt aux combats des coqs, et ils dressent même
des sauterelles à se livrer les unes aux autres des combats acharnés; ils tiennent à cet effet ces petits animaux
sements des Chinois sont assez

dans des cages de bambou.
Plaignons des hommes qui
des animaux.
du
tourment
un
ainsi
font
se
plaisir
Une qualité louable des Chinois c’est leur grand proDans leurs habitations tout porte le cachet du

prêté.

extrême

soin

agréable.
les

leurs

appelé
dans
le

de la

On

des

DE

se
ou

leur

rendre

séjour

vernissés ; les

employés partout.

cou-

On

a

raison les Chinois les Hollandais de

villes

MANIÈRE

sont

plus agréables

avec

les

goût

qu’ils prennent de
bois sont peints

Les

du

moins

on

ne

l’Asie;
peut pousser plus loin

propreté.
DANS LE

VOYAGER

NORD

les

DE

Lapons
représente quelquefois
des hommes qui succombent à

comme

LA SIBERTE.

et les Samoïè-

la

rigueur

du

et souffrent à la fois au corps et à l’esprit. Il est
et qu’ils ont peu d’idées.
sont laids et

climat,
vrai qu’ils

Cependant

trapus,

la nature leur

a

donné

une

constitution propre

225

froid; ils

à résister à l'influence du

ont la

poitrine large

et la tête grosse; ils sont vigoureux, et leur esprit engourdi se développerait, s’ils avaient sous les yeux d’auLes
tres nations qui pussent leur servir de modèles.

Lapons montrent de l'intelligence dans les ouvrages qu’ils
font, tels que leurs traîneaux et les berceaux de leurs
Les Samoïèdes ont appris un peu à faire le
enfants.
commerce avec les Russes, auxquels ils sont soumis en
grande partie. Us leur donnent les fourrures des animaux
qu’ils ont tués à la chasse, contre du tabac qu’ils
aiment outre mesure, de l’eau-de-vie, de la clincaillerie,
des ustensiles de ménage, etc. Ils font quelquefois cent

lieues pour échanger de menus
10 ou 12 francs.
L’espèce de
lieu

échanges a
pendant que

auprès

objets

de la valeur

foire

d'Obdorsk

au

où

font

se

mois de

de
ces

février,

leur pays est privé du soleil et n’est éclairé
Dans le crépuscule du
que par les aurores boréales.
ils
se réunissent avec les
de
cette
contrée
hiver
,
long

Russes, échangent leurs fourrures, et releurs menus objets dans leur famille.
Les longs voyages n’effrayent point dans des contrées

Ostiaks et les
viennent

avec

où l'on attelle

Ce dernier

aux

attelage

Kaintchadales.

On

attelle
mais

extrêmement

léger;
poissons secs

sions de

voyage

traîneaux des

car

,

on

rennes

et des

chiens.

est usité aussi chez les Ostiaks et les

on

6 à 8
a

soin

chiens

à

un

d’emporter

traîneau

des

provi-

pour nourrir les chiens pendant le
n’est pas toujours sûr d’en trouver sur

Si par malheur les vivres manquent, les chiens
dévorent les courroies de leurs traîneaux, tombent les uns

la route.

les autres, et les voyageurs mêmes ont de la peine à
garantir de leur voracité. Une partie de ces pauvres
animaux périssent de faim, et quelquefois ceux qui restent

sur
se

sont si

exténués, qu’ils

ont bien de la

peine

à continuer

Les chiens vont d’ailleurs d’un train que rien
ne
peut arrêter; que le traîneau soit renversé, qu'il passe
par-dessus les rochers et les précipices, peu leur importe;

le voyage.

15

226

jusqu’à ce qu’ils trouvent quelque habitation
humaine, qu'ils sentent de bien loin. Mais quelque imparfaite que soit cette manière de voyager, on est heureux d’en faire usage dans des pays qui,
étant presque
ne
ni
avoir
ni
déserts,
peuvent
postes
auberges. Les
Russes voyagent ordinairement de celte manière le long
du fleuve de Jénissey. On dresse les chiens destinés à
l’attelage, en les accoutumant de bonne heure à chercher
ils courent

leur nourriture

en

traînant.

11 faut

grande

une

habitude

pour conduire un attelage de cette espèce : aussi les fernmes et les étrangers ont besoin d’un conducteur qui dirige

ordinairement

les

chiens

par un long bâton ferré.
partit de Kamtchatka avec une

Français, M. Lesseps,
ravane

de 45

traîneaux, attelés

de

Un
ca-

300

voyage de six semaines ils avaient
ception de 27, de faim et de lassitude.

un

chiens; après
péri tous, à l’ex-

Quelquefois les loups, très affamés dans les climats
froids, se mettent à la poursuite d’un traîneau, et malheur
au voyageur qui serait renversé de son traîneau et abandonné sur la neige ! Ces animaux voraces en feraient
bientôt leur proie. D’autres fois des tourbillons s’élèvent
dans les grands déserts de la Sibérie; le vent chasse
devant lui d’épais nuages de neige, et menace les voyageurs de les ensevelir
CHASSE

AUX

OURS

sous

DANS

DE

Vous

savez

de terre et des

des montagnes de flocons.
LE

NORD

DE

l’aSIE

ET

L’EUROPE.

par l’histoire naturelle qu’il y a des ours
marins.
Ces derniers, qui habitent

ours

les pays les plus froids de l'Europe, le Groenland, l’Islande,
le Spitsberg, la Nouvelle-Zemble et le Nord de la Sibérie,
sont

des animaux

féroces,

surtout

lorsque

la

faim

les

Alors ils bravent tous les dangers pour saisir
presse.
leur proie.
L’ours noir n’est pas aussi terrible.
Au
Kamtchatka on trouve de ces animaux qui courent dans
les

champs sans
beaucoup le miel

faire

le moindre mal.

Ceux-ci aiment

que les abeilles sauvages

déposent

dans

227
le

creux

des arbres ; aussi pour les
miel mêlé
un pot de

leur passage
boisson les

suspend

étourdit,

aussi

sur

la

et

les

on

ruche,

au

prendre,

met

ou

d’eau-de-vie:

prend

haut de

sur

cette

peine. On
l’arbre, un morsans

pesant. L’ours, pour
aussiobstacle, le soulève avec sa tête, mais
noude
soulève
le
tôt le poids retombe; l’animal furieux
il
tombe
Enfin,
veau et reçoit un coup encore plus fort.
D’autres fois on place
au pied de l'arbre.
mort
presque
ceau

de bois

ou

un

marteau très

écarter cet

esle passage de l’ours un noeud coulant avec une
le
sa tête par
noeud,
pèce de billot; l’animal ayant passé
se débarrasser du poids qui lui
et

sur

se

trouve

pris,

pour

cou, il
l’intention de le

pèse

au

le

porte

jeter

en

au

bas;

sommet d’une colline dans

mais le bois

jusqu’au pied de
furieux, qu’il remonte,

lui fait faire la culbute

qui

le rend

même

si

tentative,

se

précipite

la

l’entraîne,
montagne,

recommence

de nouveau,

et

se

et
ce

la

fatigue

tellement, qu’à la fin il tombe mort.
Les Baschkirs, peuple de la Sibérie, dont les forêts
ont

beaucoup

d’abeilles sauvages, recourbent
carrée

branche
forme de

une
en

planche
lorsqu’il aperçoit les rayons
à
de miel, n’hésite pas
grimper sur l’arbre, et voyant
la
de
cette planche près
ruche, il s’y met à l’aise pour
à
peine s'y est-il placé, que sa
manger le miel. Mais
les
lines
qui tenaient la branche, elle
pesanteur fait céder
la
se redresse et emporte
planche et le malheureux ours,
en
l’air, se met à hurler d’une
qui, se voyant suspendu
accourt et tire à coups
chasseur
manière effroyable. Le
au
se jette
de flèches sur l’animal; quelquefois l’ours
au
en
terre
pied de
milieu des pieux que l’on a plantés
d’arbre et y suspendent
L'animal gourmand,
une

balance.

l’arbre.

Tous

ces

moyens sont peu

dangereux;

dans le nord

habitants va
de la Sibérie, au contraire, le courage des
Au
tanière.
Kamtchatka,
jusqu’à braver cet animal dans sa
un ours.
il y a des hommes qui osent seuls terrasser
*
15

228
Ils n’ont

point d’autres armes qu'un morceau de fer très
des deux côtés, et suspendu à une courroie,
que le
chasseur attache autour de son bras droit.
Armé d’un
fer aigu des deux bouts, et d’un couteau, il s’avance sur
aigu

l’ours

qui,

riére et

y enfonce

aigu,
gueule,

en

le

ouvre

voyant,

la

dresse

se

Dans

gueule.

ses

pattes de der-

moment le

très adroitement la main droite

qui non-seulement

ce

sur

ce

mais lui

cause

le chasseur peut le
Celui qui tue

ours

est

douleurs,

que

où il veut.

regardé parmi

tants de ces pays comme un

le fer

l'ours de fermer la

de si vives

partout

mener
un

empêche

encore

chasseur

avec

les habi-

et tout le monde

rehéros,
a qui sont tellement habiles
dans cette espèce de chasse, que dans l’automne ils se
glissent dans les bois fourrés, et quand ils aperçoivent
un ours bien
gras, ils se jettent sur lui, le terrassent, le

cherche

son

musèlent,

amitié.

11 y

en

et le chassent à coups de bâtons

jusqu’au milieu
grandes battues, dont
le jour est fixé par leur chef huit
jours d’avance. Dans
l’intervalle, ils chantent et font beaucoup d’exercice pour
fatiguer leur corps, afin que, pendant le sommeil, ils
puissent, d’après leurs superstitions, découvrir l’endroit où
la chasse sera la plus
avantageuse. Après ces huit jours,
on apprête un
grand repas : le chef entretient les chasseurs du succès des chasses
auxquelles il a assisté. On
prend les armes comme s’il s’agissait d’une guerre, et tous
les chasseurs se mettent en marche,
accompagnés des acclamations de toute la peuplade. En marchant ils cernent
l’ours de loin.
Peu-à-peu ils rétrécissent le cercle. Si
l'animal leur échappe, ils le poursuivent à la course
jusqu’à ce qu’ils l’atteignent. Dès que le chasseur a tué
de leur

proie,
dents, et

sa

Ils font aussi de

bourgade.

il lui met

un

l’animal, croyant

se

Il

même

lui

bout de

sa

pipe

à tabac entre les

souffle la fumée dans la tête

demande

peuples grossiers

réconcilier ainsi
et

pardon de
superstitieux

avec

et

le

gosier

l’esprit

l’avoir tué.

redoutent

de

de l’ours.

Car les
comme

du

229
surnaturel tout

qui

ce

des formes

a

des

ou

im-

qualités

posantes. C’est ainsi que les Cafres en Afrique, quand
ils sont parvenus avec beaucoup de peine à tuer un élé-

pliant,
mal

hâtent d’enterrer

se

se

ne

Samoïéde

relève et

trompe, de peur que l’ani-

sa

Le
venge avec cet organe.
rien
à
craindre
n’avoir
l’Ostiak, pour
plus

ou

ne

se

mort, coupe le lien qui

de l’ours

trouve

se

le

sous

la

langue

l’animal,
garde jusqu’à
que la chasse soit
un
l’eu
de
On
allume
finie.
grand
joie, dans lequel ils
de

et

ce

tous les liens

jettent

qu’ils

ont

coupés, croyant

récon-

se

A leur retour, les chasseurs sont accueillis par des chants, et l’on fait un
grand
repas, dans lequel on sert les ours rôtis tout entiers.

cilier

de l'ours.

par-là l’esprit

En

Laponie,

battue

une

seuls à la chasse de

ils

niére,
A la

vue

tue un
a

des

l’ours; après

rendent et

s’y

est la

générale

fête de l’année, et celui qui
11 y
homme de distinction.

déposent

ours

plus grande

passe pour

avoir découvert
leurs

un

vont tout

Lapons qui

sa

ta-

à l’entrée.

arcs

de cet instrument, l’animal reste tranquillement
Pendant ce temps-là, le Lapon

couché et n’ose sortir.

autant de branches et de morceaux de bois

ramasse

qu’il

arc, bouche
de
à n’y laisser
l’entrée
de
la
manière
caverne,
peu-à-peu
la
tête.
l’ours
trou,
Après
qu’un
pour que
puisse y passer
cela, il l’excite et le tourmente jusqu’à ce que celui-ci se
en

peut trouver, retire insensiblement

lève

fureur,

en

chercher
seur

et

avance

ennemi;

son

demande ;

car,

tête de l’animal

tête hors de l’entrée pour
précisément ce que le chas-

sa

c’est

dans

un

son

ce

avec

moment, il assène sur la
la hache qu’il tient prête

coup
Le Samoïéde n’est pas moins hardi
à
aller
la
chasse
de l'ours blanc. 11 s’affuble d’une
pour
de
cet
animal
qui lui couvre tout le corps, la tête
peau
à cet

eilet,

et les bras.

ble pas
ce

qu’il

comme

et le tue.

Dans cet accoutrement hideux il

lui-même à

mal
veut.

lui,

se

11

part

traîne à

un

avec

plat

plusieurs
ventre

ne

Mais c'est

ours.

sur

camarades
la

neige,

ressem-

justement

déguisés
et quand

230

perçante lui

vue

sa

a

fait découvrir la demeure d’un ours,

approche doucement, et cherche
Dès qu’il l’a découverte, il y

il s’en
nière.

La fumée chasse

allume du feu.

l’entrée de

sa

ta-

tend des filets et

l’animal, il

veut sortir

et tombe dans les filets ; s’il est assez fort pour s’en dé-

barrasser, il faut que les chasseurs se hâtent de le percer
de flèches, pour ne pas courir risque d’être mis en pièpar l’animal furieux. Une peau d’ours coûte quelquefois la vie de plusieurs malheureux. Cependant l’habitude
ces

les

aguerrit
ne

pour

CHASSE

Le

et

chasseurs,
en

être tués.

AUX

PHOQUES

pas

phoque

est

ils

hâtent

se

CHEZ

LES

des dons les

un

de tuer l’ours,

GROeNLATXDATS.

de la

plus précieux

yeux des Grœnlandais. Il est tout pour eux,
Sa
et satisfait à la plus grande partie de leurs besoins.

nature

aux

peau leur fournit des habits, des souliers, des bottes, des
bas et des couvertures pour leurs tentes et leurs bateaux;
sa chair leur sert de nourriture ; avec sa graisse ils alimentent leurs

nés, et pour

lampes,
apprêter

pour éclairer et chauffer leurs cabaleurs mets; avec les nerfs du pho-

que ils font du fil, et ses boyaux servent de vitres, de
chemises et de rideaux pour leurs tentes d’été; la poche
de l’estomac de cet animal leur fait la fonction d’un

enfin, de ses
Cependant depuis que

à-l’eau et d’une outre;
sortes d’outils.

de

étendu leurs relations

contrées,
de

on

phoques
objets

échange beaucoup

consiste
ont

les

Européens ont
jusqu’à ces tristes
peaux et de graisse

de la

richesse des habitants du

qu’ils

de

pot-

ils font toutes

toile, des outils de fer, et d’auAinsi un seul animal fait la
nécessaires.

contre

très

trie

commerce

os

dans

trouvés

les
de

Groenland,

moyens,

à

s’emparer

de

et toute leur indus-

la
ces

vérité

imparfaits,

animaux.

Aussi

faut-il

pas s’étonner de ce que l’idée de phoques se
mêle à toutes leurs pensées, et domine même dans leurs

ne

croyances

religieuses.

Ils croient que la félicité du pa-

231
radis consiste

en

ce

que la

chasse

aux

phoques

y est

très heureuse.

Le Grœnlandais n’a pas les ressources de l’armateur
européen; il n’a pas de matelots, pas de provisions de

vivres,

il est tout seul pour la
précisément tel qu’il

pèche,
le

ment est

c’est

d’exercice;
ques, fermé

pèche
se

dirige
glaces,

avec

son

dans

habille-

ce

genre

de peaux de phodes boutons d’os blancs. Ses outils de

un

avec

annoncent

mais

faut

vêtement

patience.

sa

La

facilité.

composé

Sa nacelle étroite et

mer

légère

étant hérissée de rochers

grand bateau aurait de la peine à y passer;
grœnlandais a cinq à six aunes de long; étant
fait en os de baleine, recouverts de lattes et de peaux
de phoques, il se termine en pointe aux deux extrémités,
qui sont garnies de lattes d’os de baleine et de forts boutons, pour empêcher que le bateau ne se brise contre
de

un

le bateau

Quelquefois il est muni aussi
d’une
boyaux de phoques. Après s'être
d'une
d’une
muni
rame,
quantité de flèches, d’un harpon
et d’une vessie remplie d’air,
à
une
corde
attaché
longue
bateau
son
le chasseur porte
jusqu’au bord de la mer,

les

glaçons

voile

se

met

les rochers.

faite de

dedans,

son

pour

ou

se

recouvre

expédition.

de peaux,

Bientôt

sa

et le

voilà lancé

faible nacelle devient le

qui tantôt l'élévent, tantôt la font descendre, tantôt même la couvrent d'eau; mais l’intrépide ma-

jouet

des flots

bientôt

l'eau et continue

son expédition.
phoque, il approche bien doucernent, et lance tout-à-coup sur l’animal son harpon,
attaché à une corde, dont il tient le bout. Le phoque,
dès qu’il se sent blessé, plonge; la corde le suit en se
déroulant, et la vessie remplie d’air qui surnage, indique
au chasseur l’endroit où se retire l’animal,
qui bientôt
le chasseur
sur l’eau pour respirer.
revient
Alors,
après
achève de le tuer avec sa lance munie de pointes crochues. Aussitôt que le phoque est mort, le Grœnlandais
tire sa proie sur le rivage, endosse son bateau, et traîne

rin

reparaît

sur

Quand il aperçoit

un

232
le

phoque jusqu’à

hier;

on

sa
une

mange
la reste pour l’hiver.

maison.

partie

Sa femme

de la

chair,

dépèce
et

on

le

gi-

enterre

Je vous ai dit l’usage que l’on
fait de la peau et des autres parties de cet animal.
Dans un climat aussi rude que celui du Groenland,
la mer, toujours dangereuse, offre des obstacles sans nombre au chasseur, quelque intrépide qu’il soit.
On est
vraiment

effrayé, quand

pénétrer

dans des

pense qu’un seul homme ose
hérissées de glaçons et souvent

on

mers

visitées

Cependant le Grœnlandais,
par les tempêtes.
doué de courage et d’adresse , lutte avec succès contre
les obstacles que lui oppose la nature.
11 se prépare à
dés

cette lutte

ces,

qui

son

ont pour

enfance par diverses sortes d’exercibut de lui donner de l’agilité et du

courage; les

jeunes Grœnlandais s’exercent fréquemment
l’équilibre d’un bateau que l’on fait pencher
de tous côtés; ils apprennent à s’y tenir pendant qu’on
le tourne sens dessus dessous ; car, comme je l’ai déjà
dit, il arrive quelquefois en pleine mer qu’une vague
renverse le bateau, et malheur alors au chasseur qui ne
peut se relever sur-le-champ avec son bateau, ou qui
laisse échapper sa rame, car c’est là un des objets dont
il ne peut se passer. L’équilibre lui est nécessaire aussi
lorsqu’il s’embarrasse dans les cordes ou courroies qu’entraîne le phoque frappé du harpon, pour n’être pas renà maintenir

versé

et

entraîné

il faut

sous

l’eau.

En hiver il chasse

sur

la

nouvelle adresse pour réussir.
glace ;
Ne pouvant pas rester longtemps sous l’eau, les phoques
percent la glace pour prendre l’air; s’ils s’endorment sur
la

le

alors

une

chasseur les

surprend aisément; mais s’ils
éveillés,
employer la ruse pour les prendre.
Revêtu d’une peau de phoque jusque par-dessus la tête,
imitant le cri de l’animal et se traînant sur la glace à
plat ventre, le chasseur ne ressemble pas mal à un phoque même : du moins l’animal le prend ordinairement
pour un de ses semblables, et le laisse approcher sans
glace,

restent

il faut

233
A

méfiance.

peine

arrivé

du véritable

auprès

phoque,

il

cachée, redevient Grœnqu’il
D’autres
et emporte le fruit de sa supercherie.

le perce d’une lance

landais,
fois, plusieurs
dans

a

tenue

chasseurs
la

tiennent

se

auprès

glace,
profitent
pratiqués
ou plusieurs phoques se font apercevoir,
coups de lance.
La pêche de la baleine

peuple;

ce

la dernière

se

des trous

du moment où

et

un

pour les tuer à

et du saumon occupe aussi
fait par le moyen de filets

que l’on tend à l’entrée des baies , quand la mer est
haute. C’est pour cette pêche que les navires marchands
visitent pendant la bonne saison les côtes du Groenland.
ANECDOTES

Depuis

DU

SEJOUR DU

DE

SES

un

FILS

siècle

les

MISSIONNAIRE

ÉGUÉDÉ

ET

GRGBNLAND.

AU

missionnaires ont

porté

aussi

dans cette rude contrée les lumières du christianisme et
Le premier missionnaire
les arts des peuples civilisés.

qui
de

ait pénétré en Groenland,
Norvège, appelé Êguèdè;

fut
il

ministre protestant
en 1720 avec

un

s’y

rendit

famille; son fils aîné n’avait alors que douze ans.
Ces jeunes Européens eurent bien de la peine à
s’accoutumer à un genre de vie si différent du leur; mais
toute

sa

grœnlandais les aidaient de leurs conpeu-à-peu nos petits Norvégiens devinrent des
chasseurs de phoques, quoique bien moins habiles que les
jeunes gens du pays. Cependant ils ne réussirent jamais
camarades

leurs

seils,

à

se

et

retourner avec le

L’un d’eux
le

secours

se

serait

bateau,

et à se remettre

dans

noyé
plus

d’un camarade

un

de

adroit.

ces

en

équilibre.

essais,

Leur

sans

père ayant

apporté de la Norvège différents livres d’étude, consacrait
plusieurs heures de la journée à instruire ses enfants.
Les jeunes Grœnlandais ne concevaient pas quel plaisir
on pouvait trouver à avoir les yeux fixés si longtemps
sur une étoffe blanche
(c’est ainsi qu'ils nommaient le
ils
et
croyaient que rien n’était beau comme
papier,

234
de savoir bien

diriger

Parmi les livres des

bateau.

un

jeunes Eguédé, il y avait un gros dictionnaire latin. Un
jour ils le cherchèrent pour s’en servir, mais le volume
avait
de

Un Grœnlandais l’avait enlevé, croyant que
espèce de peaux, et rempli

disparu.

c’était

une

de

joie

collection d’une

découverte,

sa

il

avait

le

porté

livre à

sa

femme

pour qu’elle cousût ensemble les feuilles, et
qu’elle lui en fit un habit de parure. Voilà le dictionnaire latin changé en une redingote grœnlandaise ! Un

matin, le jeune Eguédé voit arriver en bateau ce
Grœnlandais, tout fier de porter un habit composé de
feuilles imprimées, et bordé autour du cou et des bras
d’une belle peau de phoque. Mais en descendant du bateau, le Grœnlandais y laissa la partie inférieure de son
accoutrement singulier, et le reste ne tarda pas non plus
Le jeune Éguédé, qui ne perà s’en aller peu-à-peu.
dait qu’à regret un livre utile, pria le Grœnlandais de

beau

lui rendre les
chemise.

Norvégien

feuilles,

Le sauvage
voulait s’en

et lui offrit en

croyant
faire

échange unç bonne
doute que le jeune
habillement, lui assura

sans

un

que l’étofTe ne valait rien, puisqu’on
lement y faire une couture.

EXPÉDITION

DES

POUR

FRANÇAIS

RECHERCHE

DE

LA

Le commandement de cette

ne

pouvait

ALDER

pas

A

seu-

LA

PEROUSE.

expédition

fut confié

au

contre-amiral d’Entrecasteaux, qui partit de Brest en septembre 1791. 11 longea la côte d’Afrique, se dirigea sur
le cap de Bonne-Espérance, le doubla et fit ensuite voile
pour les contrées où La Pérouse avait dû passer, en se

rendant à l’île

mission,
et

se

assez

France; conformément

au

soin dans

ses

plus grand

but

de

sa

recherches,

tenait toutes les fois que les vents le permettaient
prés des côtes, pour pouvoir distinguer ce qui se

passait
aurait

de

il mettait le

sur

jetés

le
sur

rivage, et pour donner à
ces
plages, le temps de

que le sort
faire connaître

ceux

se

235
par des

signaux

; souvent

ii

aussi

communiquait

avec

les

habitants, dans l’espoir d’en obtenir quelques renseignements

de découvrir chez

ou

nant de vaisseaux

débarqua
Nos
milles

voyageurs

auprès

vain;

en

indigènes assis par fala plage, pour prenavait son feu particulier!;
oreilles-de-mer et en coquillages

virent

les

plusieurs feux
chaque famille

dre leur repas;
leur repas consistait

effets proveen 1793 il

quelques

mais

Van-Diémen.

à la terre de

de

eux

européens,

en

sur

braise; ce sont là leurs mets favoqu'ils
ils
ris, auxquels
joignent le goémon, herbe marine qu’ils
mangent grillée. Les femmes seules sont chargées de la
recherche et de l’apprêt de ces aliments: à cet effet,
font cuire

sur

la

elles vont avant le repas sur la côte,
attaché à leur cou, et d’un petit bâton

munies

homards,
après en avoir pris

une

pour saisir

pointu

les oreilles-de-mer et d’autres

les

quantité suffisante,

d’un sac,

coquillages;

elles les font

cuire et les distribuent entre leurs maris et leurs

enfants,

réservant la dernière part. Plusieurs personnes de
l’équipage se mêlèrent parmi eux et s’assirent auprès de
en

se

familles,

ces
ne

dérangea

leurs mets

que la

présence

en aucune

aux

d’hommes aussi

étrangers

manière; elles firent même goûter

Français qui témoignaient

le

désir d’en

manger; mais aucun des sauvages ne voulut toucher aux
aliments ni aux boissons que leur présentèrent les gens
de l’équipage. Les manières douces et familières de cette

peuplade
surtout

charmèrent

un

nos

voyageurs ;

spectacle intéressant,

ce

ce

qui leur parut

fut de voir les té-

de tendresse que ces hommes simples et bons
prodiguaient à leurs enfants; ils les caressaient et jouaient

moignages

avec

eux

d’une manière touchante.

ils

promirent

au

port où

Dans cette entrevue

gens de l’équipage qu’ils se rendraient
étaient mouillées les frégates, après deux
aux

révolutions du soleil. Ils vinrent effectivement le surlendemain sur la plage, mais ils refusèrent de se rendre à
bord des vaisseaux.

L’équipage

des deux

frégates

descen-

236
dit à terre; chacun fit de petits présents à ces habitants:
ce fut à
qui leur donnerait le plus de vêtements; on les
couvrait d’étoffes de toute
leur

espèce;

on

ornait leur

cou

et

de

médailles, de sonnettes, de miroirs, de
Ces cadeaux leur faisaient d’abord beaucoup

poitrine
colliers, etc.
de plaisir, mais,
naient

sembabies

aux

bout de

enfants, ils Jes abandon-

ne s’en
quelque temps,
occupaient plus.
dans
leurs
entrevues avec nos
toutes
témoignaient
navigateurs la plus grande confiance ; seulement quand
ceux-ci se dirigeaient vers un bois où étaient déposées
les armes de ces sauvages, les femmes qui en avaient la
garde, témoignaient beaucoup de crainte et jetaient de
grands cris. Etant sûr de trouver dans le sol fertile
qu’il habite des moyens constants de subsistance, l’habiau

et

Ils

tant de la terre de Van-Diémen n’est tourmenté d’aucun

soin ; aussi
preinte de
casteaux
a

a

fait dans

sa

sa

physionomie
douceur.

jugé

ce

son

île.

riante et ouverte

Voilà du moins

peuple pendant

porte Fern-

comme

le court

d’Entre-

séjour qu’il

de remarquer que tous les
sauvages n’avaient pas le caractère aussi paisible que
ceux de Van-Diémen.
Ayant mouillé en 1793 dans le
Il

eut bientôt

occasion

Tongatabou, il se vit en peu de temps
pirogues, remplies de sauvages
aussi importuns que ceux par lesquels La Pérouse avait
Pour éviter les désagréments
été molesté tant de fois.
ordinaires, d’Entrecasteaux fit établir sur la plage un seul
marché pour les échanges, sous la direction d'un officier.
Pendant la nuit, les sentinelles qui gardaient les tentes
havre de l’île de

entouré d’une foule de

insultées, et l’une d’elles fut renversée par un
violent coup de massue.
Au lieu de venger l’outrage
fait à ses soldats, le commandant se contenta de suspenfurent

dre

le

lendemain les

échanges et de faire démonter les
plage: c’était le meilleur moyen
de faire sentir aux sauvages l’injustice de leurs procédés
envers les étrangers.
Cependant un des sous-chefs de
tentes

établies

sur

la

237
Pîle

vint

apporter une immense pièce d’étoffe pour le
qui avait été blessé la nuit; et le grand chef de
l’île, accompagné de sa suite, amena à bord de la frégate l’insulaire qui avait assommé la sentinelle; le coupable était garotté et avait déjà reçu deux ou trois coups
de massue dont il était grièvement blessé. Un des chefs
proposa aux Français de le tuer en leur présence; mais
le commandant, rejetant celte offre avec horreur, déclara
soldat

qu’il

ne

voulait autre

de la

chose que le faire châtier à bord
coups de corde; cette puni-

quelques

frégate par
tion bien méritée fut exécutée
un

des

chefs

coupable
grâce par

et

comme

continuait pas moins de menacer le
de l’assommer, d’Entrecasteaux fît demander sa
le soldat même

qui

avait été maltraité.

le commandant fit des

affaire étant
chef

sur-le-champ,

n’en

terminée,
principal, appelé Tombou,

Le lendemain Tombou donna

ainsi
fête

qu’aux

Cette

présents

au

autres chefs.

chef de

l’expépendant que d’Entrecasteaux, avec une partie
de l’équipage, y assistait, les insulaires vidèrent avec la
plus grande adresse les poches de nos voyageurs; d’autres filous, rôdant autour des frégates, épiaient l’occasion
d'exercer leur habileté. L’équipage essaya de tenir éloignées
les pirogues qui s’approchaient effrontément. Mais voyant
que ces efforts étaient sans succès, il fit jouer sur
les canots une pompe-à-feu ; cette inondation subite
causa
d’abord quelque surprise aux sauvages; mais ils
finirent par en rire, et continuèrent leurs pillages. Persuadés alors que la douceur ne faisait qu’augmenter l’audace de ces voleurs, les Français en châtièrent quelquesuns, mais la plus grande partie des voleurs échappèrent
à la punition, grâce à l’agilité de leurs jambes. M. d’Entrecasteaux autorisa ensuite l’équipage à tirer sur les
voleurs avec des fusils chargés de sel, quand ils n’étaient
et à tirer à petit plomb quand ils
pas loin du navire
étaient à une grande distance ; et afin de montrer à ce
peuple, qu’il avait le moyen de l’exterminer, il fit tirer
en sa
présence une caronade de trente-six, chargée à
dition;

mais

,

une

au

238
mitraille.

insulaires

Les

l’eau de la

nier

penchant

reux

jaillir

virent

de toutes

quelque frayeur

avec

parts

mais le malheu-

;

vol était tellement enraciné dans leur

au

que ni ce spectacle, ni les punitions infligées à
quelques-uns d’entre eux ne purent les corriger.

cœur,

jour leur reine vint à bord de la frégate du cornfrançais, qui lui lit divers présents, et ordonna
le
soir, afin de lui procurer une surprise agréable,
pour
de tirer un feu d’artifice que l’on avait emporté de France.
Ce spectacle nouveau attira sur le rivage une foule de
Un

mandant

Le

curieux.

fête

D’Entrecasteaux

Français.
plusieurs officiers

avec

la reine donna à

lendemain,

aux

et

partie

une

tour

son

descendit
de

son

à

une

terre

équipage;

assemblée d’environ six mille personnes.
il y trouva
à
la reine les présents qu’il lui avait destinés;
Il offrit
une

ensuite

une

une

pagna

le

comprendre

monotone,

de ballet dont les

quantité de fruits,
en piles:
on

sés

ne

accom-

purent

ce

tels que
fit accepter

lui

aussi l’étoffe étendue

laquelle il s’était assis.
avoir
Après
pris congé de la reine, d’Entrecasteaux
A peine était-il arrivé
se rendit à bord de sa frégate.
entendit
des
cris
qui partaient du rivage; il courut
qu’il
aussitôt au secours de ses soldats qui, ayant voulu poursuivre quelques voleurs, avaient été assaillis à coups de
massue: un des soldats fut remporté à demi-mort, et un
autre avait les dents cassées.
La journée suivante fut
sur

et la natte

Français

spectacle, on offrit à
coutume de ces peuples, une
bananes, ignames, etc., entas-

Après

sujet.

d’Entrecasteaux, selon la

le

mais

musique passable,
sorte

sol,

encore

très

sur

Bien

tumultueuse.

déterminés

à repousser

la force par la force, les Français voulurent s’emparer
des pirogues.
Un des sauvages, prêt à assommer le ma-

telot

qui

s’était

de fusil.

coup
la grève,

Français;

chargé

à

Ce

sont
un

le

présenté
les

premier,

naturel et
seuls

troisième

petit plomb.

aient

qui
a

été

Ce

un

ne

fut abattu par
qui fut tué

un

autre

sur

péri

de la main des

blessé d’un coup de fusil

fut,

comme

vous

pouvez

239
le remarquer,

la dernière extrémité que

qu’à

eurent recours à ces

gateurs

moyens

sait de leur propre salut.
Il était temps de quitter
le reste de la mission.
sur

de

Notre

la Nouvelle-Calédonie.

Cook,

il

s’agis-

Tongatabou et de remplir
expédition se dirigea donc

Dans

la relation du voyage
comme des hom-

les Calédoniens

représente

on

navi-

nos

violents;

doux et sincères.

Aussi les Français se comportéégard sans méfiance; mais dès les premières entrevues, ils s’aperçurent que ces
sauvages ne valaient pas mieux que ceux qu’ils venaient de
quitter.
Lorsqu’ils descendirent à terre afin de se pourvoir d’eau,
les sauvages vinrent en foule entourer les travailleurs, et
mes

rent-ils à leur

l’un d’eux fut

hardi pour leur enlever une hache.
officier, qui s’était assis sur son

assez

Un autre arracha à

un

sabre, le bonnet dont il s’était couvert,
que celui-ci se redressa pour arrêter le
sième vint enlever son sabre.

et

moment

au

voleur,

un

troi-

Mais le vol n’est pas encore le plus
grand vice que
eurent
lieu
de
chez
ces insulaires:
Français
remarquer
une découverte
que l’expédition fit quelque temps après
les

son

arrivée, lui fit connaître

peuple

barbare.

d’un insulaire
cet os

à

Un

qui

os

venait

deux autres

de manger

toute la

férocité

de

ce

humain fut trouvé entre les mains

de

le

insulaires,

On présenta
ronger.
ceux-là achevèrent

et

qui y était encore attaché. D’autres ohservations, et l’aveu même de ces sauvages, ne laissérent plus de doute sur cet abominable
usage. C’est là,
sans contredit, le dernier
degré de férocité auquel l’homme
puisse descendre, et qui le rend semblable aux tigrès

et

excuser

ce

aux
ce

lions

crime,

des
en

forêts.

disant

Les

qu’ils

ne

sauvages

croient

mangent que les

ennemis

qui tombent dans leurs mains: leur dépravation
telle, qu’ils n’ont pas horreur de dévorer leur semblable lorsque c’est leur ennemi.
Ils firent part à nos
est

voyageurs des traitements barbares qu’ils font essuyer à
leurs prisonniers de guerre avant de se repaître de cette

240
horrible nourriture ; ils montrèrent même un instrument
destiné à découper la chair des malheureux qu’ils condamnent à leur servir de repas.
On ne peut entendre ces détails

pouvez juger combien les
voyant la joie féroce avec

vous
en

dépeignaient

sans

festins de cannibales.

ces

frissonner,

et

navigateurs furent affectés,
laquelle ces barbares leur
Ce

qui

entretient

sauvages de la Nouvelle-Calédonie cette
c’est la guerre continuelle que se font les peti-

dans l’âme des

férocité,
tes

de

peuplades

ce

Trop

pays.

à la culture de la terre,

ner

leurs

voisins

les

et

paresseuses pour s’adon-

elles

aiment

mieux

piller

priver de leurs moyens de subsisest infiniment plus cruel, faire des

qui
prisonniers qui doivent servir à leurs horribles repas.
Pendant que l’expédition française était dans ce pays, elle
voyait quelquefois très peu de naturels, mais au bout de
quelques jours il en arrivait des hordes considérables,
parmi lesquelles plusieurs sauvages dévoraient des lambeaux de chair. Partout où les Français pénétrèrent, ils
rencontrèrent des traces de dévastation, des cocotiers abattus, des cases brûlées, des tètes attachées à des piques
pour servir de trophées. Quand ces sauvages ne se font
pas la guerre, ils sont couchés dans leurs petites cases
enfumées, auprès du feu qu’ils sont obligés d’entretenir
constamment pour se garantir de l’importunité des insectance,

tes;

ou,

ce

cette habitude de

qu’ils craignent
un

peu vif.
Il me reste à

viens de
la

de

vous

se

chauffer les rend si

s’exposer

frileux,

à l’air dès que le froid est

mots au récit que je
l’expédition française, envoyée à
Pérouse.
Malgré tous les rensei-

ajouter quelques

faire de

recherche de La

gnements que d’Entrecasteaux prit partout où il relâcha,
il ne put rien découvrir qui eût rapport à ce célèbre

navigateur;

il est

probable qu’il

a

fait

naufrage

dans les

parages entre les îles où il avait à passer, et où il y a
d’immenses bancs de corail qui deviennent funestes aux
marins.

D’Entrecasteaux,

peu de temps

après

son

départ

241
de la

Nouvelle-Calédonie, tomba malade,
pleine mer. Ainsi l’expédition qu’il avait
conduire, n’eut point le succès qu’on en
mais

du

curé,

comme

les

sur

la relation

moins

vous

mœurs

son

en

chargé de
avait attendu,

voyage

nous

a

pro-

d’entendre, de précieux détails
caractère des peuples qu'il a visités,

venez

et le

et sur les pays

de

et mourut

été

qu’il

Ces détails

examinés.

a

ne

con-

lirment malheureusement que trop la triste remarque faite
par d’autres voyageurs, savoir, que de toutes les nations

qui habitent
lions prés,

le

les sauvages, à quelques excepla vie la plus contraire aux lois de

globe,

mènent

l’humanité.

vingtaine d’années après l’expédition française,
capitaine anglais Dillon eut plus de succès. Ayant
Une

le

aperçu entre les mains des insnlaires de la mer du Sud
des objets de fabrique européenne, il apprit qu’ils provenaient du

naufrage

de

deux vaisseaux

européens.

Il

traces,
convainquit que les deux bâtiments
de La Pérouse avaient fait naufrage sur les bancs de co-

suivit

qui

raux

et se

ces

entourent la

petite

île Manicolo

Vanicoro,

ou

habitée par des sauvages toul-à-fait noirs. Ces insulaires avaient pris les Européens pour des êtres malfaisants
et surnaturels qu’il fallait tuer; ils avaient massacré ces
malheureux par une haine aveugle et superstitieuse, et
leurs effets avaient été répandus dans les îles d’alentour.

Ces renseignements furent confirmés par

une

expédition

visita les mêmes parages, mais ne jugea pas à propos de séjourner longtemps auprès d’une île difficile à aborder, et habitée par

française qui,

une

peu de temps

d’hommes redoutable pour

race

LA

nom

pris

fit

DU

perfidie.

TIGRE.

venu

d’une

de mines
me

CAVERNE

sa

en 1826,
au Pérou
pour y surveiller,
compagnie formée à Londres, l’exploitation
qui n’existaient pas. L’inspection des localités

J’étais
au

après,

bientôt reconnaître

pour

dupes;

que mes patrons avaient été
mais avant de retourner en Europe, je
16

242
voulus

du

rivages

de

perdu
lus

moins

que cet immense voyage le long des
et de la mer Pacifique, ne fût
pas
curiosité et mon instruction, et je réso-

l'Atlantique

pour ma
deux compagnons, MM. Wharton et

Lincoln, de
profit, en allant visiter la plus haute et la
plus importante des montagnes du Pérou, le Chimboraço.
Un jour, après avoir passé la nuit précédente dans
un
village indien, nous continuions à circuler autour de
la large base de ce géant des Indes, lorsqu’en élevant la
tête, je remarquai que l’éclat dont les neiges éternelles
environnent sa cime, disparaissait peu-à-peu sous un
épais
brouillard. Les Indiens qui nous servaient de guides,
jetaient des regards alarmés vers ces vapeurs sinistres, et
assuraient, en secouant la tête, qu’un violent orage éclaavec

le mettre à

ferait bientôt

sur

nous.

Nous

nous

abritâmes

sous

Pom-

bre d’un

grand arbre, tandis qu’un de nos guides nous
cherchait un asile plus sûr. Il ne tarda pas à revenir,
et il nous annonça qu’il avait découvert une caverne
spacieuso où nous trouverions une protection suffisante conIre la violence des éléments.
Nous en prîmes la route
à l’inslant; mais ce ne fut pas sans beaucoup de
peines
et quelque danger que nous parvînmes à y arriver.
Cependant, quand la tempête eut un peu diminué de
sa violence, nos guides sortirent pour voir si nous
pourrions continuer notre roule. La grotte dans laquelle nous
avions cherché un asile, était si sombre que, lorsque nous
nous éloignions de l'entrée,
nous ne
pouvions plus voir
à un pied en avant de nous.
Tandis que nous parlions
des embarras de notre position, des cris et des gémissements plaintifs, sortis du fond de la grotte, vinrent toulà-coup fixer notre attention. M. Wharton et moi nous
écoutions
mais

avec

Lincoln,

ventre,

se

un

sentiment d’effroi

notre étourdi et

traîna

avec

Franck,

ces

jeune ami,
mon

cris sinistres;

jetant à plat
chasseur, le long de
se

la caverne, pour reconnaître la cause de ce bruit. A
peine avaient-ils fait quelques pas, que nous les entendîmes pousser une exclamation de surprise, et bientôt ils

243

reparurent portant chacun sous le bras un animal singutacheté, qui avait la taille d’un petit chat, et

lièrement

dont les mâchoires étaient armées de dents incisives forLes yeux de ces animaux étaient d'un ton verils avaient de longues griffes à leurs pattes; leur

midables.

dàtre;

langue d’un
A peine M.

rouge de sang

„Juste ciel!

nous

Wharton les

pendait hors de leur gueule.
avait-il regardés, qu'il s’écria:
dans la

sommes

caverne

d’un...“ Mais

interrompu tout-à-coup par les voix de nos guides
qui accouraient vers nous en s’écriant: „Un tigre! un
tigre!“ Et aussitôt ils grimpèrent avec une singulière
prestesse au haut d’un cèdre placé près de la caverne et
il fut

se

cachèrent dans

ses

branches.

première impression d’horreur et de surprise avait
d’abord glacé mes sens; mais dès qu’elle fut un peu dissipée, je me jetai sur mes armes à feu. M. Wharton.
revenu d’un premier effroi, nous appela à lui pour ferLa

mer

qui

l’ouverture de la

timent du
car

se

avec

caverne

de

gissements
l’animal,
gnait l’entrée de la caverne
la fermer.

et

Nous

une

de

trouvait tout

commencions à entendre

nous

énorme

pierre,
Le sennous.
près
danger qui s’approchait, augmentait notre force;

heureusement

n’avions

distinctement

étions

nous

avant que

pas

encore

perdus
nous

les

ru-

s’il attei-

eussions pu
nous le

fini que

diriger en bondissant vers son repaire. Dans
ce moment terrible, nous redoublâmes nos efforts, et la
grande pierre, interposée entre nous et lui, nous mit à
l’abri de son attaque. Il y avait cependant un petit espace
vîmes

se

pierre et le haut de l’ouverture, à trapouvions voir la tète du tigre et ses
étincelants, qui lançaient sur nous des regards fu-

vide entre cette

laquelle

vers

yeux
rieux.

nous

rugissements ébranlaient les profondeurs de
et ses petits y répondaient par des gémisaigus.

Ses

la caverne,
sements

Notre redoutable ennemi
ver

la

pierre

la reculer

avec

avec

sa

ses

tête;

avait d’abord tenté d'enle-

puissantes griffes
l’inutilité

de

ses

et ensuite de

efforts
16

*

ne

fit

244

Il poussa un cri plus perçant que
yeux enflammés semblaient darder
la lumière dans l’épaisseur des ombres de notre retraite.

qu’augmenter

tous les

sa

autres,

rage.

et

ses

un

sentiment

fus presque tenté de le plaindre, car c’était
de paternité qui irritait sa colère.
„II

est

temps de

tirer

Un instant

je

—

sang-froid qui
traversera

lui,“ me dit M. Wharton, avec le
quittait pas; „visez à ses yeux, la balle

sur

le

ne

cerveau, c’est

son

une

chance d’en être délivrés.“

fusil à deux coups, et Lincoln ses
prit
Le premier plaça le canon de son arme à quel-

Franck

pistolets.

son

ques pouces du tigre, et le second fit de même. Au coinmandement de M. Wharton, l’un et l’autre lâchèrent leurs
détentes

au

même instant, mais le coup ne partit pas. Le
entendant le bruit de la détente, avait coin-

tigre qui,
pris que c'était une attaque dirigée contre lui, fit un bond
pour se jeter de côté, mais voyant qu’il n’avait pas été
atteint, il revint à sa première place avec un redoubleLa poudre des deux amorces avait été
ment de furie.
mouillée; tandis que Franck et Lincoln la répandaient par
terre, attendu qu’elle ne pouvait plus être bonne à rien,
M. Wharton et moi nous nous occupions de la recherche
Il faisait si sombre, que nous fûmes
des boîtes à poudre.
obligés de chercher à tâtons en nous traînant sur le sol.
Lorsque je me trouvai en contact avec les petits du tigre,
en

j’entendis
jouaient

à celui

bruit semblable

un

de

morceau

et bientôt

métal,

avec

du frottement d’un

que ces animaux
Par malheur ils avai-

reconnus

boîtes à

poudre.
griffes, et la poudre réle sol humide ne pouvait plus nous servir.
découverte nous jeta dans la plus profonde
nos

ent ôté

le bouchon

pandue

sur

Cette cruelle

je

avec

leurs

consternation.
reste

„Tout est perdu!“ s’écria M. Wharton, „il ne
plus qu'à voir s’il vaut mieux mourir de faim

les animaux enfermés
à

médiat
caverne

il alla

nous

ou

mettre

un

avec

terme im-

souffrances, en laissant pénétrer dans la
En parlant ainsi,
qui nous assiège.“
nous
de
la
placer près
pierre qui
protégeait, et
nos

le monstre

se

avec

nous

—

245
fixa

des

regards intrépides sur les yeux étincelants du
Lejeune Lincoln, au désespoir, faisait mille
imprécations. Franck, qui avait plus de sang-froid, prit
un morceau de corde qu’il portait dans sa poche,
et se
dirigea vers l’autre bout de la caverne sans nous dire
Bientôt nous entendîmes un sifflement
dans quel but.
étouffé, et le tigre, qui l’avait entendu également, parut
éprouver un plus grand trouble. 11 allait et revenait devant l’entrée de la caverne, d’un air égaré et furieux;
puis il s’arrêta tout-à-coup, et dirigeant sa tête vers la
forêt, il poussa des cris assourdissants. Nos deux guides indiens profitèrent de ce moment pour lui lancer des
monstre.

du

flèches

haut de l’arbre où ils étaient cachés.

frappé plusieurs fois; mais
traits inoflfensifs.

ces

flèches

l’atteignit prés

A la

sa

-peau

fut

épaisse repoussait

fin, cependant, l’une de

de l’œil et resta fixée dans

sa

ces

bles-

comble; il s’élança
l’arbre, et,
tige en la saisissant
avec ses
il
le
vouloir
renverser; mais quand
parut
griffes,
il fut parvenu à se débarrasser de sa flèche, il redevint
plus tranquille, et se plaça de nouveau à l’entrée de la

sure.

Sa fureur fut alors

Il

vers

se

portée

dressant

à

sur

son

sa

grotte.
Franck reparut alors, et un coup d’œil m’apprit ce
qu’il venait de faire. De chacune de ses mains pendait
un

petit tigre attaché à la corde

avec

laquelle

il l’avait

Avant que je fusse averti de ce qu’il méditait,
avait jetés l’un et l’autre au tigre à travers l’ou-

étranglé.
il

les

L’animal ne les vit pas plus tôt qu’il commença
à les examiner attentivement et en silence, en les retourverture.

précaution de côté et d’autre. Dès qu’il fut
qu’ils étaient morts, il poussa un cri de désespoir si pénétrant, que nous fûmes obligés de boucher
nos oreilles.
Quand je reprochai à mon chasseur cet acte
d’une barbarie gratuite, je vis bien par la rudesse de ses
réponses qu’il avait perdu tout espoir de salut, et que
dès lors il regardait comme dissous les rapports de subordination du serviteur au maître. Pour moi, sans que je
nant

avec

convaincu

246

pour quelle raison, j'espérais toujours qu'un secours
inattendu viendrait me tirer de l’affreuse position où j'étais.

susse

Cependant
tendre, et un
lence de
de

le
vent

de

cessé

se

succédait

et doux

paisible

faire

en-

la vio-

à

Les chants des oiseaux résonnaient

l’ouragan.

nouveau

avait

tonnerre

dans la

et les

forêt,

gouttes de pluie, frap-

par les rayons du soleil, étincelaient sur les feuilles
comme des milliers de
Je voyais par l’ondiamants.
verture de notre caverne ce réveil de la nature succéder

pées

tumulte des

au

tranquille
freuse.

éléments,

Nous

contraste de celte scène

le

et

notre situation la rendait

avec

dans

étions

plus

encore

tombeau d’où rien

un

ne

afpa-

pouvoir nous faire sortir; car un monstre épouvantable, plus épouvantable que le Cerbère de la Fable,

raissait

gardait

en

C’était

bres,

un

s’était couché

11

l’entrée.

animal

superbe

près de ses petits.
grande taille; ses meinlongueur, laissaient voir la

et d’une

étendus dans toute leur

force

prodigieuse de ses muscles ; de ses mâchoires argrandes dents tombaient de larges flocons d'écume.
Tout-à-coup un long rugissement se lit entendre à
distance; le tigre y répondit par un gémissement plaintif,
et les Indiens poussèrent un cri qui nous annonça qu’un
Nos craintes furent connouveau danger nous menaçait.
mées de

finnées

au

bout de

quelques minutes;

tigre, moins grand que le premier, se
vers l’endroit où nous étions.
„Cet

car

diriger

—

core

plus dangereux

que

c’est la femelle, et elles
privées de leurs

les ont
la

tigresse, quand

tits, surpassèrent
et le

tigre

découvrir

elle eut examiné le corps

l’ouverture

qui

tombèrent bientôt

sera

en-

—

y mêla des cris

ceux

ennemi

un

courant

l’autre“, dit M. Wharton; „car
sont impitoyables pour ceux qui
Les rugissements de
petits“.

cessèrent; elle ne fit
sombre, et nous la vîmes
travers

vîmes

en

de

ses

pe-

tout ce que nous avions

cris

à

nous

et

déjà entendu,
lamentables. Tout-à-coup ses
plus entendre qu’un murmure
avancer

regarder

avaient détruit

sur

nous,

et

ses

naseaux

de

tous

ses

petits.

aussitôt

elle

fumants

côtés,

pour
Ses yeux

s’élança

en

247
avant

avec fureur, comme
pour pénétrer dans notre lieu
refuge. Peut-être serait-elle parvenue, par sa force
prodigieuse, à pousser la pierre, si nous n’avions réuni
tous nos efforts pour la retenir.
Quand la tigresse vit
qu’elle ne pouvait pas réussir, elle se rapprocha du tigre :
puis ils s’éloignèrent ensemble d’un pas rapide, et disparurent à nos regards. De moment en moment, à mesure qu’ils
s’éloignaient, leurs rugissements devenaient
et bientôt ils cessèrent de se faire entendre.
faibles,
plus
Dés qu'ils se furent éloignés, nos deux guides in-

de

diens parurent à l’entrée de la caverne, et nous presséprofiter, en fuyant, de cette seule occasion de

rent de

sauver, attendu que les tigres étaient probablement
allés chercher dans le haut de la montagne une autre

nous

ouverture

connaissaient

qu’ils

dans l'intérieur de la
mîmes

tous

fermait

l’entrée,

avions

craint

grotte.

grande

en

doute, pour pénétrer
conséquence, nous nous
pousser la pierre qui en

sans

En

hâte

à

et nous sortîmes de ce tombeau où nous

d’être

ensevelis

vivants.

M. Wharton le

le dernier, parce qu’il ne voulut pas en sortir
avant d’avoir retrouvé son fusil à deux
coups; pour nous,
nous ne
songions qu’à nous échapper. Nous entendions

quitta

de

les

tigres, quoique à disguides, nous nous jetâmes dans un sentier à côté.
Le grand nombre de raeines et de branches dont la tempête avait jonché le
chemin, rendait notre fuite lente et difficile. M. Wharton,
marin plein d'activité, n’avançait cependant qu’avec peine,
et nous étions obligés, pour ne pas le perdre, de nous
nouveau

tance,

rugissements

et suivant la trace

arrêter de

temps

en

de

des

nos

temps.

Nous marchions ainsi

depuis

un

quart-d’heure, quand
nous apprit

cri perçant, poussé par un des Indiens,
Nous
que les tigres étaient sur nos traces.
un

vions

alors devant

pont

de

roseaux

jeté

nous
sur

un

troutor-

guère que les Indiens assez hardis pour
n’y
traverser sans crainte des ponts de ce genre, qui trembient et oscillent à chaque pas que l’on y fait. Profonrent.

11

un

a

248
dément enfoncé

aiguës,

deux rives semées de roches

entre ses

le torrent coulait au-dessous

avec

violence.

Lin-

coin, Franck et moi, nous passâmes sur ce pont sans
accident; mais M. Wharton était encore au milieu, tâchant de

son équilibre,
quand les tigres débouvoisin; sitôt qu’ils nous aperçurent, ils
nous, en poussant des hurlements épou-

garder

chèrent du bois
bondirent

vers

vantables.

Cependant
l’autre côté du

M. Wharton était parvenu
et

sans

j’étais occupé

accident de

Franck,
qui
face de nous.
se trouvaient en
M. Wharton, quoique
les tigres fussent tout prés de lui, ne perdit pas son
A peine parvenu de
courage et sa présence d’esprit.
l’autre côté, il tira son couteau de chasse, et coupa les
liens qui attachaient le pont à l’une des rives; il
espéLincoln

rait
à la

torrent,

et mes deux

de

guides

cette manière mettre

de

poursuite
tigresse

vîmes la

nos
se

voir

ce

à escalader les rochers

redoutable animal

obstacle insurmontable

un

ennemis;
précipiter

de le franchir d’un saut.

avec

mais
vers

Ce fut

un

suspendu

vain

espoir,

nous

le torrent et tenter

spectacle

curieux de

au-dessus de

mais cette scène passa comme l’éclair.
pas égale à la distance; il tomba et,

l’abîme;

Sa force n’était

avant qu’il eût
atteint le fond du torrent, il avait été déchiré en mille
pièces par les pointes des rochers. Celte catastrophe

découragea point son compagnon qui d’un vigoureux
parvint à franchir le ravin.
Toutefois il n’atteignit la rive opposée qu’avec ses
griffes de devant. Suspendu au-dessus du précipice il
s’efforçait de prendre pied. Les Indiens poussèrent de
nouveau un cri
sauvage, comme si toute espérance était
perdue; mais M. Wharton, qui était tout près du tigre,
s’avança courageusement vers lui, et lui plongea son couteau de chasse dans la
poitrine. Aussitôt le monstre
furieux rassemblant toutes ses forces, et fixant ses
griffes de derrière sur le rocher, parvint à saisir M. Wharton par la cuisse; mon héroïque ami conserva toute son
ne

élan

249

intrépidité;

il

prit

de

sa

main

gauche

pour lui servir de support,
couteau de chasse dans la

poitrine

fut

Les

l’ouvrage

d’un instant.

et moi nous courûmes à

et

son

un

tronc d’arbre

tourna avec

vigueur son
tigre. Tout cela
Indiens, Lincoln, Franck
du

aide; Lincoln saisissant le

fusil de Wharton

qui était près de lui, assena un coup
de crosse si vigoureux sur la tête du tigre, que l’animal
étourdi lâcha prise et fut précipité dans l'abime.
Mais
ce

malheureux

de

son

jeune homme n’avait pas calculé la force
penché en avant, ses pieds glissèrent et
ses mains ne trouvant aucun
point d’appui, il tomba dans
le torrent, se débattit un instant à sa surface, et s’y
enfonça ensuite pour ne plus reparaître.
Nous poussâmes d'abord un cri de désespoir; puis,
pendant quelque temps, nous gardâmes un morne silence
Dés que je fus revenu de ma stupeur, j’aperçus le pauvre
Wharton évanoui au bord du précipice. Nous examinâmes sa blessure; elle était profonde, et le
sang en coulait avec abondance.
Les Indiens cueillirent quelques
plantes dont l’application arrêta l’hémorrhagie. Wharton
continuait à être insensible; mais son pouls était très
agité. Le soir étant venu, il fallut nous résigner à passer la nuit dans cet endroit,
sous l’abri de quelque rocher.
Je mangeai quelques fruits que nos guides me
donnèrent, et ce fut assurément le plus triste repas que
j’eusse fait de ma vie. Je ne goûtai aucun sommeil
pendant toute la nuit; assis près de Wharton, j’écoutais
avec effroi ses profondes aspirations.
Le lendemain matin nos guides, pensant que nous
ne pouvions rien faire de mieux que de
transporter notre
malheureux ami au village où nous avions couché la
nuit précédente, construisirent à la hâte, avec des branches et des roseaux, un petit pont pour repasser le torrent.
Lorsque nous fûmes de retour au village, Wharton ne reprit pas connaissance, malgré tous les soins qui
Le troisième jour ses membres
lui furent prodigués.
éprouvèrent tout-à-coup un frémissement convulsif; il se
coup;

250
leva

séant

sur son

en

chevet,

son

lui; bientôt
quelques minutes après il

et

VOYAGE

Je vais

sur

BOHÊME

EN

PENDANT

conter, disait

vous

mots

prononçant quelques

la main de la mort était

qui m’est arrivée
trop réelle et qui n’a rien

aventure

un

confus,

il retomba

n’existait

sur

plus.

I/HIVER.

voyageur

allemand,
qui n’est

il y a deux ans,
de merveilleux.

une

que

C’était en Bohême... A peine avions-nous
passé la
moitié du temps que nos parents nous avaient accordé
pour une visite au château de madame de V***, que
nous

la triste nouvelle que mon père était tombé
dangereusement malade. Ce voyage avait
pour but de ramener à madame de Y*** son

reçûmes

subitement et
en

outre

fils

unique qui

Les
tout

regrets

avait

été

élevé

de cette dame de

de

avec

nous

mon

perdre

frère et moi.
si

tôt,

et sur-

séparer de ma sœur, de cette douce
Aninia, qu’elle regardait déjà comme sa belle-fille, ne
purent nous retenir. Nous nous décidâmes à partir sans
délai, et à continuer même notre route de nuit, d’autant
plus que la neige avait cessé de tomber, qu’il faisait
clair de lune, et que nous avions un conducteur sûr
ceux

se

dans le vieux chasseur de

mon père.
fourrures, munis de provisions, nous
montâmes dans notre traîneau, où Léon aurait bien voulu
reprendre sa place, s’il n’avait été retenu par l’amour
maternel. Nous atteignîmes avant la nuit la grande forêt
qui nous séparait de la maison paternelle, et qui s’étend
à une grande distance vers la Lithuanie,
pour se réunir

Enveloppés

immenses

de

forêts

de

La route que nous
large pour que les arbres n’empêchassent pas les rayons de la pleine lune de nous éclairer; mais la quantité de monticules de neige et de glace

aux

suivions

était

ce

pays.

assez

rendait cette route trop mauvaise pour que nous pussions
aller aussi vite que nous l’eussions voulu, et
fatiguait
excessivement nos chevaux.
Il régnait parmi nous un

grand silence, qui

n’était interrompu que par le trot des

chevaux

et

par
Mes

le ronflement de la femme de

étaient

chambre

père malade;
me cacher qu’à son
il y aurait
ne
âge
grand
pouvais
je
même
ce
du
devait
exister;
danger
danger; que
peut-être
le
avant
ne
aurait
il
nous
cela
sans
pas appelés
que
endormie.

pensées

son

Son

silence.

mon

notre retour de chez la mère de Léon.

temps fixé pour
Aninia de

vers

côté

ne

sentait pas portée à rompre le
partagée entre deux sentiments;

se

âme était

approchions toujours plus de l’objet de son amour
filial, pendant que nous nous éloignions de plus en plus
de celui à qui elle avait voué un sentiment plus tendre.
Il était déjà prés de minuit, et rien d’extraordinaire
n’avait encore interrompu notre voyage, lorsque tout-àcoup nos chevaux montrèrent une inquiétude inaccoutumée;
ils respiraient avec difficulté et commençaient à aller beauni le fouet ne les y
coup plus vite, sans que la parole
deengageassent. C’étaient des animaux que nous avions
être
détournés
puis plusieurs années, qui ne pouvaient
de leur allure habituelle que par quelque chose d'extraordinaire; ils paraissaient effrayés, retournaient souvent
la tête, et ils semblaient être poussés par une puissance
nous nous

inconnue à redoubler de vitesse.
vinrent

Bientôt leurs sauts de-

plus forts, et Rosko, notre conducteur, se vit
appliquer quelques corrections, auxquelles
soumirent, mais avec une inconcevable résistance.

forcé de leur
ils

se

était

Aninia

donner
trop profondément préoccupée pour
aux chevaux; mais moi, connaissant

la moindre attention

leurs habitudes, je me sentis singulièrement ému, et pour
ainsi dire averti d'un événement extraordinaire.
C’est alors que le vieux Rosko parut saisi d’un sentiment

regarda plusieurs fois, coup sur coup,
lui,
prêta l’oreille avec grande attention et
tout-à-coup les rênes aux chevaux, qui purent
suivre leur instinct, et prirent aussitôt le galop.
pénible,

lâcha
alors

J’étais assis
un

il

il

derrière

ma

sur

le devant du

bouche

était

traîneau; en
près de l’oreille

peu,
cher. „Qu’avez-vous, Rosko?“ lui

dis-je

me

tournant

de notre

assez

co-

bas pour

252

qu’Aninia

ne
pût l’entendre; „vous paraissez effrayé, et
semble que vous partagez
l'inquiétude des chevaux,
inquiétude qui m’est inconcevable.“ Le vieillard réfléchit

il

me

instant, puis il me répondit tout aussi bas; „Je crains
que les loups ne soient sur nos traces; le froid les a
fait sortir des forêts; la faim nous les
amène, et nous
un

sommes

si

perdus

la vitesse de

chevaux

nos

ne

nous

sauve.“

Je suis
ribles

homme qui

un

formes;

mais

teries meurtrières
Ma
ses

ai

vu

la mort

ne

m’ont

pâlir

paroles.
voyais déjà

comme

ces

première pensée était pour Aninia; je
formes belles et délicates déchirées par

ces

dévorants.

On

de la vélocité

proie.
sauvés;

Si

nos

mais

m’avait
avec

vu

souvent

succombaient pas,

ne

esprit

nous

times.

de

un

nous

étions

représentait avec plus de
seraient épuisées par la per-

se

certitude que leurs forces
sévérance des loups, et que

J’avais

monstres

parlé de la ténacité et
lesquelles les loups poursuivent leur

chevaux
mon

de ter-

sous

ni le bruit des batailles ni les bat-

couteau

deviendrions leurs vie-

chasse,

un

fusil et deux

pistolets, mais ma provision de poudre et de plomb était
petite, et ne pouvait servir qu’à abattre quelques-uns de
nos
persécuteurs, dont l’habitude est d’entreprendre par
centaines leurs attaques nocturnes.
En attendant, le
vieux Rosko pressait les chevaux sans
relâche, mais il
n’avait pas besoin de les presser, car l'instinct naturel
de ces pauvres animaux leur fit mieux connaître le dan-

ger que

nous

J’étais

ne

les connûmes nous-mêmes.

continuellement

occupé à regarder dans le
lointain derrière nous, à écouter dans le silence de la
nuit le moindre bruit qui devait me donner l’horrible
certitude de

notre sort.
Rosko avait la vue et l'ouïe
fines que moi; tout-à-coup il me dit:
„Ils viennent!...ils viennent!
N'entendez-vous pas leur bruit
et leur ronflement! C’est ce
point obscur qui s’avance
là-bas, c’est un troupeau de plus de cent“.
Dans ce

plus

...

moment

je

reconnus

ce

que la

vue

perçante de Rosko

■

253
avait découvert la
se

mouvait

plus
de

plus;
neige; on
en

Une énorme et sombre

première.
manière

d’une
elle

singulière,

et

masse

approchait de
plaine

semblait voler au-dessus de la

pouvait pas se rendre compte de sa
marche;
pourtant elle avançait tellement qu’elle menad’atteindre
et de dépasser bientôt nos chevaux, dont
çait
les forces commençaient à faillir. Des sons sauvages et
terribles percèrent la nuit; poussés du fond de la poine

et

trine,

ils

ressemblaient

tantôt à

un

grognement, tantôt

sourds et douloureux d’un homme

gémissements
danger, et dont
aux

on

veut

empêcher

les

plaintes

rien;

tout

des

rêves

en

par la

violence.
Aninia

s'était

ne

passé

doutait

se

ne

pouvait

encore

la

de

réveiller

qui
qu’elle

ce

prochains dans la maison paplus éloignés, dans lesquels l’image
de son bien-aimé Léon figurait principalement. Plus tard
elle m’a souvent raconté ce qui se passait alors dans
Je ne pouvais pas la laisser plus longtemps
son cœur.
dans cette bienheureuse ignorance du danger qui nous
menaçait. Déjà je distinguais les groupes séparés de
ces
monstres dévorants; déjà plusieurs précédaient la
grande masse et s’approchaient à la distance d’une porJe levai mon arme, je
tée de fusil de notre traîneau.
visai sur le premier de ces monstres.
„Baisse-toi“, m’ése réveilla comme d’un profond somet
Aninia
criai-je,
Elle me regardait comme pour me questionner,
meil.
mais elle put lire sur ma figure que ce n’était pas le
moment des explications, elle baissa machinalement la
tête et la poitrine; le coup frappa .le plus grand et le
premier en tête des loups; il tomba. La détonation
avait éveillé la femme de chambre; elle jeta des cris

faisait

sur

ternelle,

les événements

et sur ceux

perçants, croyant que
leurs.
avec

„Ce
un

nous

étions

attaqués par des

sont que des

horrible

de tomber.
une

ne

loups“,
sang-froid, „ils mangent

Nous

voici débarrassés

centaine d’autres resteront

vo-

dit le vieux Rosko

nos

celui

qui

vient

d'un ennemi;

mais

compagnons de voyage

WBSBHSNl mmwå

254
ce
.“
Il ne continua pas, ne voulant
que
faire
connaître
aux
femmes toute l’horreur de notre
pas
situation.
Les chevaux, animés par le coup de feu,

jusqu’à

.

.

s’élancèrent

avec

pas

longtemps“,

ils seront de

nouvel

un

s’arrêtèrent autour

du

murmura

nouveau

effort, pendant que les loups

cadavre.

„Cela ne les arrêtéra
Rosko; „je les connais, bientôt

derrière

nous

et

nos

chevaux

suc-

comberont.“
C’est alors que

j’eus occasion d’admirer la force
d’Aninia; elle ne s’occupa que de la femme de
chambre, la consola, l’engagea à se résigner, et surtout
d’âme

à mettre

sa

confiance

en

adoucir les bêtes féroces.
du

traîneau,

ne

put rassembler

née
en

ainsi que

recommençait
maudissant

d’Aninia,

ses

celui dont la volonté seule

Elle

peut

jeta à genoux au fond
la femme de chambre; mais celle-ci
idées pour prier, et cette infortu-

sans

cesse

se

ses

cris et

le

malheureux voyage.
tournée vers le ciel, était

ses

lamentations,

La belle

figure

éclairée

par les
auréole: elle avait les

rayons de la lune comme par une
mains jointes, priait à demi-voix avec

quiétude paresprits parussent aucunement troublées.
Cette vue m’encouragea et me donna quelque
espérance. Je chargeai de nouveau mon fusil que je
tins prêt; les chevaux tirent leur possible pour échapper
à leurs sanguinaires persécuteurs. Au même instant nous
entendîmes de nouveau le bruit de leur marche, et j'aperçus bientôt quelques-uns de ces monstres qui devançaient
la troupe et qui dirigeaient contre nous leurs gueules
faite,

et

sans

que

une

ses

altérées de sang.
Un second coup, fit tomber le

plus hardi,

et

j’espé-

rais gagner de nouveau du temps.
J’espérais que, favorisés par la halte répétée de ces animaux auprès des

cadavres, nous pourrions atteindre les limites
ou quelque habitation.
Mais, hélas! combien
étaient mal fondés! Cette fois il

fallut à

ces

calculs

monstres

quelques instants pour dévorer leur camarade; j’avais
peine eu le temps de charger de nouveau qu’ils étaient

que
à

ne

de la forêt
mes

255

derrière

„Tout cela ne sert à rien“,
Rosko; „bientôt les chevaux s’abattront et
perdus“. En efFeî, on remarquait déjà un

déjà
chuta
rons

nous.

chu-

me
nous

se-

ralentis-

efforts de ces pauvres animaux.
Leur
souffle devint haletant, leur course inégale; ils firent tout
ce qui était en leur pouvoir, parce
qu’ils savaient qu’il
dans les

sement

avait que la
leurs forces

plus grande hâte qui pût les sauver;
s’épuisaient de plus en plus. Plusieurs fois déjà l'un après l’autre s’était abattu, et alors
il ne se relevait que par un effort désespéré. Nous
une
nous trouvâmes dans
position horrible. Je trembiais, non pour ma vie, mais pour celle d’Aninia; j’abattis encore quelques-uns de ces monstres, mais rien ne
les arrêta plus dans leur course; ils étaient maintenant
tout-à—fait derrière nous; leur grognement devint plus distinet; je pouvais reconnaître leurs gueules sanglantes,
leurs dents terribles, leurs langues pendantes et altérées,
Et quelle quanet leurs yeux qui jetaient des flammes.
Je n’avais plus de
tité! quelle troupe innombrable!
poudre; je ne possédais plus d’autres armes, pour me
défendre contre ces loups furieux, que mes deux pistolets qui n’étaient pas encore déchargés, mon couteau de
n’y

mais

...

chasse et la

qué
„je

„II

de

délaissée, qui

nous

sauvés

pouvons

fusil.

mon

vu en

venant

parvenir

à

une

cabane de chas-

l’atteindre,

autrement les

momentanément,

remar-

espérance“, dit-il;

une

doit pas être bien

ne

avait

Rosko

reste encore

nous

d’avoir

rappelle

me

seurs

si

crosse

tout cela.

éloignée d’ici;
sommes

nous

loups

nous

déchi-

rent et rassasient leur faim dévorante avec nos cadavres...

Monsieur“, continua-t-il d'une voix tremblante, „si nous
car
vous
avez encore vos pistone venions là, alors,
lets

chargés,

nez

à

qu’elle

notre

oh! alors soyez
chère demoiselle

n’ait pas

les dents des

serviteur;
fit

signe

une

à

en

loups“.

souffrir
Je

avec

la

une

sur

charitable,
mort

et don-

prompte pour

lente et cruelle

une

regardai

larme roulait

encore

assez

sous

stupeur ce vieux
joues ridées; il me

avec

ses

tête, pour affirmer

le

sens

ter-

256
de

rible

je n’oublierai ce
saisit; je regardai la douce
sœur; je levai les yeux au

Un froid

glacial me
figure de ma
désespoir; il me semblait
mante

haut

sur

moment.

Jamais

paroles.

ses

et char-

ciel

avec

que le salut devait venir d’encet être innocent et pieux, qui, dans sa rési-

l’Éternel,

gnation à la volonté de
gers qui l’environnaient.

oubliait tous les dan-

Tout-à-coup nous vîmes paraître des deux côtés nos
acharnés; je remarquai comme ils flairaient le

ennemis

contenu du

traîneau,
avant

comme

d’oser

reconnaître,
danger je désespérais

ils semblaient chercher à le

Dans

l’attaquer.

ce

terrible

présence. Ma
regard incertain
pistolet;
gauche
ma sœur la place où la mort
à
de
cherchai
la
tête
je
l’atteindrait le plus sûrement et le plus promptement.
Je n’étais plus un homme; je me figurais être un monstre du désert destiné à enlever cette proie à d’autres
Ma main droite avait machinalement
de mon espèce.
de
couteau
le
tiré
chasse; un voile de sang s’était rémes yeux,
et à travers ce sang je voyais
sur
pandu
Aninia qui priait, je voyais les loups affamés et les imC’est alors qu’un des monstres
menses plaines de neige.
s’approcha du traîneau en faisant un bond terrible pour
y entrer; mais mon couleau l’atteignit, et il tomba en
saisit

main

râlant de

de Dieu

le

côté.

l’autre

de

et

avec

Aninia

sa

un

s’évanouit à côté de la

chambre, qui depuis longtemps était sans connaissance.
„Bien fait“, s’écria le vieux Rosko avec une
voix ranimée; „épargnez votre poudre, servez-vous du couteau et de la crosse! Je vois déjà la cabane! Soutenez
la lutte encore quelques instants et nous sommes sauAlors le voile sanglant tomba de mes yeux, et
vés“.
mes esprits; Rosko fouetta sans miséricorde les
repris
je
femme de

chevaux,
ils

et

les pauvres animaux firent
prévoir que c’était le

semblaient

qu’ils
mettre

rendaient
aussi

à

leurs

maîtres,

et

leurs dernières forces.

encore

un

dernier

qu’ils
J’avais

effort;
service

voulaient
mis

en

y
at-

257
tendant

habit; j’étais

dans

pistolet

mon

la

crosse

de

de devant

poche

debout tenant la

mon

levée.

Etait-ce cette

position menaçante qui produisit une
sur nos
impression
persécuteurs, ou était-ce
la course rapide de nos chevaux? Le fait est qu’ils restérent à une petite distance derrière nous, et nous gagnames une avance qui, quoique minime, était inappréciable
dans notre position.
Je regardai autour de moi; j’apernous
la cabane dont la porte était
çus tout prés de
ouverte.
Rosko jeta des cris de joie en arrêtant avec
force les chevaux, et en sautant à bas de son siège il
dit: „Nous y sommes, nous y sommes! Maintenant vite,
vite, et ne perdons pas un instant.“ Et déjà Aninia avait
quitté le traîneau avec une grande présence d’esprit, et
s’était réfugiée dans la cabane. Rosko la suivait avec la
femme de chambre dans les bras, toujours évanouie;
j’étais le dernier. En y entrant, le vieux serviteur m’arinattendue

racha

hâte le fusil et ressortit prompteébahi, et, en le suivant des yeux,
les loups reparurent en nombre innom-

grande

avec une

ment; je restai

tout

je vis comment
brable, et qu’ils

seraient dans

J’appelai

Rosko et

instant

un

le

de

auprès de nous.
pas s’exposer;

je
conjurai
déjà faite. Avec deux coups de fouet
il avait fait repartir les chevaux au galop, et il revint au
même moment où deux des monstres sanguinaires s’élançaient vers la cabane. Il les tua tous les deux avec la
mais

ne

était

son œuvre

crosse, entra et ferma sur nous avec des verrous la forte
porte de chêne de la cabane. 11 était temps. Je chercrierais

en

vain

à

dépeindre

pénétré;
beaucoup d’événements les
être profondément frappé,
que
voir

les

bien des années

alors

j’éprouvais
ma

sœur

dans

ce

hors de

ont

sentiments dont

se

sont écoulées

remplies

mais

moment.

dont le

rien

ne

La

joie

danger m’électrisa

j’étais
depuis;

cœur

peut

ressemble à
la

; en

ce

pure de
même temps

plus

regardai comme un criminel d’avoir pu douter de
la puissance et de la grandeur de Dieu; je me sentais
élevé vers lui, et pourtant indigne de sa grâce. J’étais

je

me

17

258

touché du

n’osais pas parler à
Dieu n’avait pas failli, et qui

plus profond repentir; je

Aninia dont la confiance

en

lui adressait maintenant d'une voix ferme
fions de

Le bruit des

grâces.

enfin à

fermée in’arracha

ces

sa

d’ac-

prière

contre la

loups

porte bien

Je rassemblai

réflexions.

idées, je cherchai à réunir ma prière à celle de ma
sœur, ce qui me réussit si bien que je me sentis bientôt
assez tranquillisé pour me persuader que Dieu me parmes

ce manque de confiance que ce terrible danger
produit en moi.
Lorsque Rosko avait fait partir les chevaux, seule
possibilité de les sauver peut-être, il avait eu la présence
d’esprit d’arracher la lanterne allumée du traîneau et de
l’apporter dans la cabane hospitalière. Pendant que les
hurlements des loups se faisaient entendre, pendant qu’ils
sautaient contre la porte et qu’ils essayaient de grimper
contre les fenêtres, qui étaient munies de forts volets,
nous examinions l’intérieur de la cabane et les objets qui

donnerait
avait

entouraient.

nous

terre grasse;

un

Nous ne vîmes que des
banc de terre s’étendait le
des coins

trouvait

murs

long

nus

de

d’un de

peu de paille
à
côté
il
un
mais
avait
inestitrésor
y
pourrie,
niable: une quantité de bois suffisante pour nous garantir
ces

murs

; dans

un

se

un

à moitié

pendant vingt-quatre
vieux

un

La

un

un

fumée

montait

ces

ouvertures

froid

glacial.

moment de s’en

perdit pas
feu bienfaisant flambait

domestique

et bientôt

heures contre

ne

au

servir,

milieu de la

le

Le

ca-

plafond
perdait
qu’on pratique ordinaircinent dans les cabanes de chasseur. Je respirais plus
librement maintenant; je regardais avec plus de tranquillité ma sœur bien-aimée; elle était assise sur le banc,
occupée à ranimer la femme de chambre que Rosko avait
couchée là.
Quelques gouttes d’une boisson spiritueuse
la firent revenir à la fin, et nous nous rassemblâmes aubane.

par

tour
sur

une

du
nous

de

vers

se

du toit

feu, dont la chaleur vivifiante fit
tous.

et

son

bon effet

259
Tout

entendant

en

de la

quitte

à raconter
avait

soulfcrt,

volubilité

une

inépuisable
chaque instant

et comment à

pour
nais la main

de

un

avaler tous, selon

nous

nous

nous

chambre,
terreur, commença maintenant

de voir sauter dans le traîneau
eux

ennemis,

La femme de

échappés.

de la

paralysie

avec

terribles

nos

félicitions de leur être

qu’elle

tout ce

elle avait craint

animaux furi—

ces

Je te-

expression.

son

et
d’Aninia;
regards
lire
la
émotion
de
notre
dépûmes y
plus joyeuse
livrance.
Il n’y avait que le vieux Rosko qui semblait
nos

rencontrèrent

se

nous

insensible
Il

à

des

jetait

la

faveur que le ciel nous avait accordée.
regards sombres dans les flammes vacillantes;

front était soucieux, et de temps en temps il secouait
J’y fis peu d’attention, j’étais trop heureux. Tout-

son

la tête.

à-coup
et

entendîmes

nous

nous

nous

cri montra que

poussé; je

ne

jeter

regardâmes

un

avec

cri

perçant
la

anxiété;

dehors,

au

force

de

ce

n’était pas une voix d’homme qui l’avait
connaissais aucun animal à qui il fût proce

Il cessa bientôt,
pre.
fermait retentit encore

Rosko dit alors:

mais

l’horrible

longtemps

au

plainte qu’il

fond de

nos

ren-

cœurs.

cri terrible

„Ce

nous annonce, monsieur,
favori; j’ai souvent entendu ce
bataille; il n'appartient qu’aux ehe-

la mort de votre cheval
cri

le champ
jeunes et

de

sur

vaux

forts

combattent

qui

que la
c’est

jument

que les

loups, qui
un

en

instant de

a

derniers

jusqu’aux

moments avec des efforts

inouïs contre la mort;
moins souffert; mais ce qui est
bêtes sont devenues la

pauvres

sont encore

occupés

mais

repos;

et

nous

bientôt ils

je gage
certain,
proie des

laissent ainsi

reviendront

plus

affamés, plus sanguinaires qu’auparavant.“
Le

vieux serviteur

cérent leurs

attaques

disait la

contre la

vérité;

cabane;

ils

nous

recommen-

pûmes

même

reconnaître que leur fureur était augmentée; car ils essayérent de grimper le long des murs pour arriver au
toit.

fixés

Nous
sur

écartait la

étions dans

l’ouverture

fumée,

une

du

nous

toit.

horrible

Quand

attente, les yeux
un

pouvions distinguer

coup de vent
le ciel brillant
17

*

260
En

d’étoiles.

ce

connaissance

sans

moment
en

y rencontrèrent
tes de loup avec leurs

la

femme de

chambre tomba

montrant cette ouverture.

Nos

re-

apparition terrible: quatre têgueules encore écumantes de sang.
A travers la fumée ces têtes effroyables ressemblaient à
des démons de l’enfer, à des monstres fabuleux.
Il n’y
eut que Rosko qui garda sa présence d’esprit; il jeta un
fagot dans la flamme, et dit: „Nous n’avons rien à craindre de ceux-ci; ils ont peur du feu, ils en sont aveuglés et ne nous distinguent pas“. Mais tout-à-coup un
craquement horrible se fit entendre; trois des monstres
disparurent au moment où la partie de la toiture qui n’était
qu’en bois, s’était cassée sous le quatrième, qui tomba
au milieu du feu.
„Retirez-vous“, s’était écrié le vieux
Rosko. „Tirez“, me dit-il à moi, „mais que votre coup soit
sûr“. Lui-même prit le fusil. L’animal jeta des cris effray-

gards

ants; je tirai,
un

de

coup

et

au

crosse.

une

même moment Rosko l’acheva

Nous le

feu où

retirâmes du

avec
son

produit une fumée épaisse et infecte,
le poussâmes dans un coin.
et nous
Rosko me dit:
„C’est probablement le seul essai de ce genre que nous
aurons à craindre dans le courant de cette
nuit; mais le
jour“, ajouta-t-il, „le jour nous amènera plus de ces hôtes
répandu

sang

avait

pourrons en tuer.“
n’avaient été entendues que par moi. Je
lui demandai à voix basse quelle crainte il pourrait avoir
que

nous

Ces

ne

paroles

pour le jour, puisque moi j’avais l’espérance qu’avec
l’aurore les loups quitteraient notre retraite pour se retirer dans l’épaisseur des forêts.
„Quand même ce se-

rait“, répondit-il tristement, „à quoi

cela

nous

servirait-il?

Les chevaux sont morts, et comment une faible créature
comme mademoiselle Aninia,
pourrait-elle atteindre à pied
les limites

de la
et

les

forêt?

La

nuit

sauraient

loups
espérance même
loups se rassemblent

nouveau,

mais cette
où les
ne

craignent

nous

bien

surprendrait
nous

est tout-à-fait
en

pas la clarté du

si

jour.

en

de

retrouver;
vain.

grand nombre,

Là

là ils

Tant que notre pro-

261

durera, notre feu nous préservera d’une
attaque d'en haut; cependant de jour la flamme ne fait
pas une si forte impression sur eux. Il nous faut rassembler tout notre courage, toutes nos forces, pour les
événements prochains, pour défendre les femmes et notre
vie jusqu’au dernier moment. Mais tout cela ne servira
à rien“, ajouta-t-il avec une voix éteinte. Ma seule espérance, fondée sur le retour du jour, était donc détruite,
et maintenant notre perte me paraissait certaine; aussi
l’amertume du désespoir s’empara-t-elle de mon âme.
Craignant qu’Aninia ne vît mon trouble, et voulant
qu'elle conservât aussi longtemps que possible le peu de
tranquillité qui lui restait, je m’approchai d’elle. Les
vision de bois

heures

pour moi avec lenteur et anxiété.
endormie; elle reposait comme un ange de
un
enfant qui ne connaît pas les dangers

s’écoulèrent

Aninia s’était

paix, comme
qui l’entourent; elle souriait
perçait le cœur. Le vieux
sement à entretenir le
ces

animaux

se

ne

fit

en

dormant,

Rosko

feu; il avait

raison,

eu

à l’ouverture

voir

qui

ce

continua
du

me

silencieuaucun

toit;

de

mais

leur grattements contre la porte, leurs bruits, leurs hurIements continuèrent toute la nuit. Avant que Rosko ne

m’eût fait part de

observations,

tous

mes voeux

rappedésirais que la nuit fût sans
Vœux insensés de l’homme! qu’aurious-nous obtenu

laient le

fin.

ses

jour,

maintenant

je

par là, si ce n’est la mort lente de la famine au lieu
de celle qui nous était réservée par la gueule des loups.
Les étoiles

parut.

à pâlir,
prédictions

commençaient

Le moment où les

et le

jour

redouté

de Rosko devaient

s’accomplir s’approchait. Les monstres, encouragés par
le grand jour, grimpèrent jusqu’à vingt sur le toit, qui
Aninia
était sur le point d’être écrasé sous leur poids.
dormait toujours; j’en rendais grâce à Dieu. Dans cette
extrémité, quand tout espoir de salut semblait perdu,
nous entendîmes partir plus de cinquante coups de fusil;
des cris de chasse et des aboiements de chiens frappéLes femmes se levèrent. Nos persérent nos oreilles.

262
cuteurs

précipitèrent

se

des

en

bas

hurlements

poussant
porte avec précaution
en

du toit

affreux.

et

s’éloignèrent
la

ouvrit

Rosko

et s’écria tout aussitôt:

„Les loups
qui sortent de la
forêt“. Nous nous précipitâmes vers la porte! La liberté
nous était rendue, et avec elle la jouissance de la terre,

sont

la

et

déjà loin,

des lieux!

magnificence

nouvelait

en

les chasseurs

voici

nous

Nous vîmes

en

La

respirant

de

source

la

vie

se

re-

cet air délicieux.

paraître notre libérateur à la tête
beaucoup de chasseurs : c’était Léon de Y***. Qui
pourrait dépeindre ce moment! J’étais hors de moi, je
l’entourais de mes bras, ivre de joie, car je voyais saine
et sauve, à côté de moi, ma sœur bien- aimée, douée de
Elle
tous les charmes de la jeunesse et de la vertu.
tendit avec un doux sourire sa main à Léon, qui la
alors

de

Pendant que ses compagnons
lui fîmes part de ce que
poursuivaient
loups,
nous avions souffert, et il nous raconta comment il était

pressa contre

ses

lèvres.

les

nous

La nouvelle s’était
si à propos à notre secours.
dans
le
château
de
sa
mère
répandue
qu’un grand trouvenu

loups, descendus des immenses forêts de la Lithuanie, remplissaient celle que nous avions à parcourir;
que plusieurs malheurs étaient déjà arrivés, et que les
peau de

habitants des alentours s’étaient
chasse.

La

rassembla
d’armes

réunis

arrivaient

en

plus grande inquiétude s’empara

aussitôt tous les hommes

et

pour

partit

au

moment

où

en

état de

d’autres

faire

de
se

lui;

la
il

servir

propriétaires

leurs paysans; il est vrai que ceux-ci ne
partir pour cette chasse que le lendemain,

avec

comptaient

ne put arrêter Léon; son
éloquence, en décridangers présumables, l’emporta sur eux tous et
sur les inquiétudes de sa mère.
„C’est ainsi, mes chers
amis“, continua-t-il, „que j’ai été assez heureux de con-

mais rien
vaut nos

tribuer à

vous

sauver“.

Ici le voyageur allemand termina

son

récit.

263

©ticrfirttcllc
nf txntfïeltge

Drb cg Salcmnnber.

©ibe 1. Condamné, forbomt. Innocent, ujïptbig. Coupable,
jïptbig. Défendre, fortabe. Se souvenir de, erinbre ftg. L’injustice, f., ltvctfærbigfjeb. Séduire, bejtitfc; forføre. La largesse,
©aomilbfieb ; des largesses, ®a»cr. Demander, forlange. Juste,
retfœrbigt. Un trésor, en ©fat. Un savetier, en ©fofïiffev. S’élever, fjæoe jïg. Le souverain pontificat, ben paoetige iBærbigfjcb;
le souverain pontife, ffSavcn. La bassesse de sa naissance,
fjané $erfomft3 Sftingfieb. Sortir, nebjiàmme; ubgaae. Un sang
noble, et abetigt 531ob. La noblesse, -ftbeten. Le connétable,
Doerfettmarfcfiatten ; fortjen en Site! i granfetig. Témoigner de la
compassion, beoibnc fin SDeeltagelfe. Illustre, berømt. Un homme
de bien, en retffaffen SOfanb. Avoir pitié de, tjaoe SKebtiben^eb
meb.

Combattre, fœmpc, firibe.

0. 2.

L’avénement

au

Un serment,

en

©b.

trône, Jtjronbejiigetfe; ogfaa btot:

avènement, m. Offenser, fornærme. Signaler, ubtnærfe.
Avertir, unberrette. Former des projets, ubfafte glaner. Le
dénonciateur, îtngioeren. Accuser, anftage. Renvoyer, bife bort.
Réconcilier, forlige. Neutre, neutrat. Engager, beoæge, for»
maae.
En conscience, meb gob ©amoittigfjeb. Avoir intention, tjaoe tit £enfigt. Le prisonnier, gangen. Se rendre,
ooergioc ftg. Le village, Sanbêbpen. Conserver, betoare. La

gangenffabet; ©taoeriet.
L’esclavage, m
©ubâbob!
Dieu},
défendre, forfoare fig. En désespéré, fom fortoioïet.

fierté, ©toltfjcb.

.,

Morbleu (mort de
0. 3. Se

Secourir, t>jcelbc. Refuser de, oœgre fig ocb. Invincible, nouer»
oinbetig. A défaut de, i Sbîangel af. Une balle, en ©eoærfugtc. Un
cordon, et ©aanb; en ©nor. Se défendre, unbflaae fig. D’abord,
i Segbnbetfen. Obéir, abtpbe. Satisfait de, fornoiet oser. Proposer une question, forelægge et ©porgémaat. Ecouler, forløbe.
Un maréchal-ferrant, en ©roofmeb, fom ffoer
Obscur, bunfet.
£ejle; en ©uurfmeb. Un prétexte, et fpaaffub, et goregioenbe. Exa—

264

miner, unberføge, prøue. Valoir, tiare uarb; ils ne valent rien,
bc bue iffe. Feindre, labe fom.
Convenable, paêfenbe.
e. 4. A son tour, ligelcbeè. Un tour, en Omgang. Casser,
brœffe i Stpffcr. Convenir, inbvømmc. Provoquer, ubœfïe. Un
charretier, en Sognmanb. Enlever, føre bort. La boue, f., ©abc=
fïarnet. Le défi, Ubforbringen. La blouse, Âitlen. Un tombereau,
Accabler de, tjilfe meb ; ouers
en Sfarnageruogn, en SBrabetoogtt.
La saillie, bet uittige
nalbe meb. La huée, Çiben og §ufen.
bebreibe.
Suar. Reprocher,
Mal-à-propos, paa en upaéfenbe
SKaabe; til urette ïib. L’émotion, f., Sinbébeuagclfen. ÉprouLa plaisanterie, ©fjernt, Spøg. Solliver, føle ; fornemme
Un
emploi, et Smbebe. Accorder, titjlaae.
citer, anføge.
0.5. Le poisson d’avril, 2Ipritè=9îarren ; le poisson, gifïcn.
S’évader, unbuige. Déguisé, forflœbt. Une hotte, en Såre*
turn. La pointe du jour, ®aggrp. Prévenir qn., unberrette
©n. S’éclaircir, oplpfe ftg. Prendre les devants, fomme i gor*
ucien, faac gorfpring. Grâce à, taïfct uare, ncb £jalp af. La
Un quacre, en Âuœfer. Un fiacre,
recherche, ©fterføgelfen.
en^prcfarrect. Donner passage à, tilfiebe ©jenncmfjorfel. Reculer,
rpffe titbage. Se disposer, !aoe ftg tit. Céder, nige, gine efter.
Un persifflage, en Spot.
La reculade, îitbagcrpfningen.
en Stbfarb.
Une gazette,
Une
manœuvre,
Disputer, aftoijîc.
de
Achever
Le
en Stuke
calme, Jîoligtjeb.
fumer, ubrpge,
fulbenbe at rpge. Imperturbable, ubeuagelig, fom iffe laber ftg
forjïtjrre. Une grâce, en ©tuifl.
0. 6. Prêter, laane. Le sang-froid, Solbblobigfeb. La
partie adverse, OJiobpartict. Rétrograder, ïjore tilbage.
Une taverne, et 23tinl)uuâ. Indiquer, anuife, angine. Qualifier,
bcnœune @n meb en Jitet.
S’empresser, ffpnbc ftg meb; be=
firabe ftg for. Un saut, et Spring. Descendre, (tige ub.
Jurer, banbe. Traiter de, benœutte. Un escroc, en ©autpu.
Le siège, ©rebet, SBuffen.
Épier, paêfe paa; ubfpcibc. Se
inb
igfen. Un étourdi, en gufentafl; eu
replacer, fatte ftg
Gronder, fïanbc paa. A
Ubefinbig. Trembler, ffjœlue.
—

—

—

—

265
d’autres!

®e

fïal iffe

mig! ïjenocnb ®em tit îlnbre.
Fouetter, gine af iJSibffen.
Se sauver, îjore fin SBei; løbe fin 23ei, rcbbe ftg. A toute
La méprise,
bride, ait, ï)»ab Stemmer og $øi funne f;olbe.
geiltagelfen. Ramener, bringe tqem meb. S’efforcer de, gforc
ftg Umage for. A tel endroit etc., paa bet og bct ©teb,
ben og ben fiplbe.
Faire ses délices, foraarfage f>enbe megen
©leebe; les délices, f., grpb. Soigneusement, omfipggeligen.
0. 7. De s’incliner (s’inclina), buffcbe ftg.
Partager sinA
®cel
i.
cèrement, tage oprigtig
merveille, fortræffeligt. Le
ravissement, §enrpffclfen. Au comble, paa fit £oiefte. La
solitude, ©enfoinljcb. EfTaré, foroilbet. Se pencher vers, tjelbc
ftg otier imob. La malice, Dnbfïab.
L’Adige, f., ©tfdf. Se
ooer
SBrebber.
fine
déborder, jïpHc
Emporter, rioe bort. Une
en
arcade,
©uelftcelting. Implorer, anraabe. A vue d’œil,
oienfpnligen. Délivrer, rebbe, bcfric. Ecraser, fnufe. Aborder
dessous, lægge inb unber (ont et gartoi). Le concours du peuple,
göltet« ©ammenfiimlen, golfcfiimlcn. A force de rames, tieb
at roe af aile Âræfter; une ;
rame, en Slare. Surmonter, ooertiinbe.
naaè
til.
Regagner,
tilbage
0. 8. Accourir, ile til. Hâter les secours, frcmffpnbe £jœb

Empauraer

qn., faae

narre

gingre

i 6n.

—

—

pen. Menacer ruine, truc meb at falbe. Tarder, bie, tote. La
vivacité, §eftigbeb. S’écrouler, faute fammcn. Une poutre, en
Le libérateur, ©e=
Sjelfe. Embrasé, brœnbenbe, antcenbt.
La
frieren.
maîtrise, 23orgerfïabet fom SDÎefter. Un outil (1
et
SSœrttoi. Exiger, forlange. Le nuage, ©fpcn
l)øte« ifte),
Sillonner, fure. Un éclair, et Spnglimt. Le tonnerre, ïor»
benen.

Gronder, rulle;

brumme.

Rompre, brpbe. Disperser,
Soucieux, befpmret. La
Croisé, oterfor«.
0. 9. La plage, Rpfleit. Chargé de, fplbt meb, befat meb.
Monter, bemanbc, teere ontborb i; heftige. Lutter, îeempe. La
vague, Solgen. Furieux, rafenbe. Réclamer, anraabe om.
Frissonner, gittre. L’horreur, f., ©freef, 9tæbfel. Le dévouement, Opofftelfe. Une barque de sauvetage, en 9îeb*
abfprebe. Désespérer, mtëttitle.
tête baissée, meb nebflaaet fjoteb.

266

ningêbaab. Passer et repasser, bebblibe at gaae ober; gaae
frem og tilbage. Inondé, gjenncmblobt, oberfftyllet. Une laine,
en
SBolgc. Faillit jeter, bat ncerbeb at faite. Le choc, ©tobet.
Electrisé, begeiftret. Se mirent etc., gabe ftg tit at fbomme,
eller fafic ftg i 93aabe. Essayer, forfoge. Composer, ubgjore;
fammenfœtte. L’équipage, m., DJtanbfîabet. Un cadavre, et
Fameux, nabnfunbig. Une éruption, et Ubbrub.
Stig.
Occasionner, foranlebige. Éloigné, fjernet; peu éloigné, iffe
langt fra. Redouter, frygte. Conjurer, bebe inbjiœnbigt; be»
fbœrge. Sa perte, fjenbeê Unbcrgang. Le retardement, gor»
ftnfelfen, Dpf)oIbet.
0. 10. Un péril pressant, en oberljcengenbe gare. Entraîner, ribe meb ftg. Malgré elle, imob tjenbeê 2Mie. La
cendre, Slffen. Faire du jour
sombre, omffabe Sagen
til ben morfefie 9îat.
Ensevelis dans les ténèbres, trtbRyllebe
i OHorfet; ensevelir, begrabe.
La lueur, ©finnet. Ébranler,
roffe.
Obliger, fotmaae. Pourvoir à, forge for. Soutenir,
La réputation, bet gobe
unberftotte. Précieux, bt)re6ar.
Oîtjgte. Inviolablement, ubrobeligen. Imposer, paalœgge, fore»
jïribe. Une trêve, en SBaabenfiiljianb. Un repas, et Waaltib;
se donner des repas, gjorc ©jœjîebub for btnanben.
Tourà-tour, beyelbüë. Voilà un coup de partie, ber tilbtyber ftg
en frnrtig Qïfgjorelfc,
en Œttbe paa Segen,
et afgjorenbe Soup.
De bonne foi, troffylbigen.
Légitimement, lobmœéftgen. Y
bet.
manquer, brtybe
0. 11. Y coopérer, mcbbirfe bertil, beeltage beri. Criminel,
jîraffft)lbig. Céder à, gibe efter for. L’importunité, f., *{ka»
Faire réflexion, obcrbetc.
trcengenfjcb.
Différer, opfœtte.
Pressé, oberfcengt. Accorder, tiljîaae. Le sujet, Unber»
Combien
faatten.
délicat, fybor fob og behagelig ben
©læbe er o. f. b. Procurer, forjfaffe. Obliger, ubbife en gor»
binbtligfjeb, bære forefommenbe. Un précepte, en gorffrift.
Raisonnablement, meb îîimeligbeb. Engager, bebæge til. Le
duché, ftertugbommet. Gagner, naae. Un curé, en fat^olfï
—

—

—

....

i

267

Sogneprajî. (Un pasteur, en protejîantijï jßreeft).
siastique, en ©cijllig. Continuer, fortfœtte.

Un ecclé-

S. 12. Aux environs de la

paroisse, i 9îcerl)eben (i Omegnen)
af Sognet; les environs, Omegnen. Soutenir l’idée que, foarc
til Pet îkgreb, fom o. f. ». Un aumônier, en Sfriftefabcr l>oê
en
fprjtelig ifîerfon, en îllmiéfeubbeler. Ménager, bringe i
Stanb. Aliéné, afjtnbig. Un belvédère, en ïagaltan, en Ubbpg»
ning meb fmuî Ubjïgt. Chargé, jat til, paalagt. La démence, 5lf»
finbigfyeb. Guéri, fjelbrebet. Avancé, fremrpffet; avancé en âge,
til îlarene. La complexion, Sîegemébcfïaffenpcb ; de faible cornplexion, af foagelig Dfatur. Se troubler, foroirreé. Le collet,
Sraoen. La balustrade, SRœfoœrfet. Se dégager, rioe jig loé.
Enfiler, tage en #té Sei, lobe neb ab. Lestement, raff, meb
2etf>eb eller *Bef)œnbigf>eb. Passionné, libenjïabelig. S’adonner,
f>cngit>e ftg til, befatte ftg meb. Spécialement, i Sœrbeleêt;eb.
L’aliénation mentale, Sinbé*
Le traitement, Sefmnblingen.
foroilbelfe.

profession, fraget. Se borObserver, iagttage. Se raffermir, »cube
ner, inbffretnfc ftg.
tilbage; jîttrfeê paanp. L’ascendant, m., DJlpnbigfjeb, o»er=
oeienbe Snbflpbelfe.
Acquérir, erfmeroe. Affectueux, »enlig,
Habituellement,
feeboanligen. La précaution, gorfrg*
îjcerlig.
Pensa
funeste, »ar nær fommen f;am bprt til at
tigfjcb.
jtaae; funeste, uljelbbringenbe, af forgelige gofger. La cuisine,
fijoffenet. Une marmite, en Âjebel. Être en ébullition, »cere
La

0. 13. Exercer, ubooe.

...

i

Âog, loge.

Un

accès,

sang-froid, ft'olbblobigfyeb.

îlnfalb. Essayer,
Satisfaire, tilfrebâjîiUe.

et

prøoc.
—

Le

Assai-

grâce, ben gobe 'llnjtanb. L’empire, m., ^errebommet. Puissant, mægtig. Désarmer, afsabne.
La guerre civile, Sorgerfrigen. Désoler, »belægge, tjjemføge ;
miétrojte. Le fossé, ©raoen. Feindre, foregine, labe fom.
Poursuivre, forfølge. Introduit, inblabt, inbfort (introduire).
@. 14.
Pillé, ubplpnbret. La résistance, SDîobftanb.
Disperser, abfplitte. Soupçonner, miétœnfe, fatte £»i»I om.
sonner, frpbre.

La bonne

268

foi, 3©rligf)eb. Être convenu, ræve bleuet enig om,
faoe aftalt. Un stratagème, en fiijt, et Sîvigépubé. S’introduire, bane ftg SBet inb, ffaffc fig Snbgang. Admettre, inb*
labe. Être sans remède, fiaae iffe tit at ambre; un remède,
La bonne

et SKibbet imob.

Faire bonne contenance,

folbe gob tKine.

S’empresser de, gjøve fig Umage for. La cordialité, £jertc*
ligfcb. Un procédé, en gremfœrb. Mettre au pillage, oocr»
gioe til pfnbring. Contraint de, nøbt tit. S’aviser de, ub=
tante, ftnbe paa; faae i øinbe. Coûter cher à qn., fomme
®n bt)rt tit at ftaae.
Écarté, afftbeé tiggenbe. Le poison,
©iften. (Le poisson, giften). Appliquer, tjœfte fajî. Gardezvous, tag SDig i %t, oogt SDig for. Il irait de ma vie, bet
oilbe gjœtbe mit £i».
Ne manqua pas, forbigif iffe, unb»
(ob iffe.

0. 15.

Rendre compte, fortætte,

gjorc (Hebe for. N’eut
plus pressé, faflebc mcb 3ntet mere, enb etc. DéLa maréchaussée, Sanbpotitiet. Le prévôt,
noncer, angioe.
Un archer, en ptitifotbat;
Sanbfogben, Sanbpolitimejleren.
en Sueffçtte.
Interroger, forhore. La valise, SBabfœffcn. Une
escorte, en 23cbœfning, et ©cteibe. Faire part de, unberrette

rien de

La ruse, giften.

Bien

monté, gobt ribenbe. Aux frais
Le vigneron, Siingaarbëman»
SBefojlning.
ben.
anoenbe.
Dispenser, forbeïe,
Placer, ubfætte. Une
en
Le
©aabe.
énigme,
quart, gjcvbcparten. Le gain, ©eoin=
flcn. Élever, opbrage. Toucher, fjæoc fßenge, mobtage; egentt.
Faire cas de qn., fœtte pitë paa @n, gjore af Sn.
røre.
Traiter, unberfmnbte. Le chancelier, Âantéleren.
0. 16. La fente, Sptœffcn. Le plancher, Softet. Meom.

de qn., paa ©né

—

—

nacer

ruine,

truc meb at fttsrtc ncb.

Déloger, flytte.

Pren-

avis, føre
iWening, bercé SBctœnfning. Être
attribué, tittæggeé.
L’exactitude, /l, Noiagtigkb. Machinal,
mefaniff, maffinmœêjtg. Se faire précéder de qn., (abe @n gaae
La sentinelle,
foran ftg. La protestation, gorftffringcn.
dre leur

bereê

—

i

269

©filbbagten.

Le

corps-de-garde, fjobebbagten. Couler
Tendre, ubjtrœffe.
Enfoncer, gaae tilbunb«. Périr, omfomme.

à

fond, fpnfc titbunbé.
S. 17.

Accompli,
©inbelaget;

opnaaet, fplbt.
Staturen.

Ipffeligc llbfalb.
Mûr, tnoben, af

Un

Se

rette

—

Le

jtg.
naturel,
corriger,
Contribuer, bibrage. Le succès, bet
plan de réforme, eu Dmbannelfeépïcm.

moben Silber.

Le courtisan, ^jofmanben.
faflc fig cerbøbigen neb for.
Approuver, billige. N’avoir
iffe
lebe
til
d’effet,
pas
Sîoget; ingen IBirfning gjore. Plein
de son idée, inbtaget af ftn 3bee. L’humeur frondeuse,
Saften
til at bable, SDablcfpgc.
Défier, opforbre, ubforbre. Appuyer,
unbcrfîotte. Une objection, en Snbuenbing. Plier, Icegge fant»
eu

Se prosterner devant, betmbve;
La prévoyance, gorubfeenfteb.

Le pli, Saeget. Absolu, uinbfïrrenfct.
Venir à bout
de qu. ch., ubføre Sîoget, feette
Sîoget igjennem; si vous etc.,
om £>e formaner at
gjøre bet.
S’égarer, forøilbe jig.
ø. 18. Faire semblant de, tabe fom om.
Accommoder
men.

—

qn., anftaac ©n.

fjant ilbe cp.
en

©ulbîjoebe.

Ne pas lui savoir mauvais

Fouiller, føge
Un sifflet,

i ©né Sommer.

$ibc til

gré,

iffe

Une chaîne

tage

d’or,

floite i. Oter, fra»
©genffab; ®pben. Un fripon,
Le marmiton, Soffcbren»
gen. La cuisine, Äjoffenct. La broche, ©pibbet. Avoir l’air
fin, fjabe et flogt Ubfeenbe. Ingénu, ligefrem, aabenfjjertig.
en

tage. La vertu, ben fortrinlige
en
©Ipngel. Le gibet, ©algen.

at

—

Valoir, forffaffc ; eg. gjœlbe, baerc baerb. Les bonnes grâces,
glnbefl. Combler, oberefe. Dans la suite, ftben efter.
0. 19. L’ambitieux, ben 2©rgjerrigc.
Désappointé, be=
braget, ffuffet. La distinction, Ubmœrfelfen. Se vanter de,
rofe jtg af. Être à portée de, bære i ©tanb til. Un particulier, en tprioatmanb. Instruit de, unberrettet oui. Un propos, en ptring. Une insouciance, en ßigegplbigljeb.
Prétendu, inbbilbt. La tentation, grijielfen. Tirer qn. à l’écart,
træffe ©n til ©iben.
Être à même de, bære i ©tanb til.
Couiamment, flpbenbe. L’assiduité, f., 93eb^olbenf;eb, jtabig

270

Slib. La traduction, Duerfoettelfen.
Baroque, forfeert, bag=
La fleur, Sjernen ; 23Iomfien.
La paie,
uenbt, pubfeerlig.
Selben.
Adopter, antage.
Prévenir, unbcrrettc forub cm.
—

par mémoire, lære ubenab.
Traiter en fou, befyanbte fom ©al.

Apprendre
©. 20.
tømme.

S’aviser, falbe

paa.

Une

aventure,

Epuiser,
et

©oentpr,

ub=
en

La

SBegiucnfjeb.
magnanimité, §øimobigl)eb. Réformé, af»
afjîebiget. Solliciter, anføge. Le replacement, ©jen»
Un liinbfcettclfe.
Importun, paatreengenbe, ouertjeengenbe.
belle, et ©famffrift. Indulgent, ouerbœrenbe.
L’audace, f.,
SDrifiigtycb. Offenser, fortorne. Dénoncer, angiue. Annoncer,
—

taffet,

melbe.

Un

Compter,
rapport, en SOtelbing, en Seretning.
fiole paa. L’extrémité, f., bet fortoiotebe Sfribt, ben g)berlig=
t)eb. Le besoin, îrangen. D’ailleurs, etter«, iøorigt. N’importe, iffe bejîominbre ; bet er tigemeget. S'avouer coupable,
titjiaac, at man er fïptbig. Sous
forteresse, unber benne
un
en
©faabe.
gaftning« goroarin'g;
verrou,
©.21. Le courroux, SBreben.
Remettre, lenere. Désigner, anoife. Contenir, inbefyolbe. Le porteur, Dtterbrim
Rôder çà
geren.
Actuel, nuoœrcnbe.
Myope, fortftjnet.
et Là, fîreife om I;ifl og t)er.
S’acheminer, fortfeette ftn SBei.
Une
Vigoureux, fraftfutb.
expédition, et £og. Se dresser,
Le
reife ftg.
poitrail, SBringen. Ne pouvant y parvenir, ba
bet iffe fnnbe Ipffc« ben; parvenir, opnaae.
Mordre, bibe.
Grogner, fnurre. Douloureusement, pnfetigen, bebrooeligen.
Éprouver, erfare, prøuc. Attachement, m., ^engiuenficb.
L’agitation, f., Uro. Prêter l’oreille, tptte. Des précautions, f., gorftgtigtjebêregler, gorfigtigtieber. Prudent, forftgtig.
Descendre, (tige af. Accabler, oocrocetbe.
0. 22. Sauter, fpringe, tjoppc. Un bruit sourd, en bump
Spb; sourd, bon. Se propager, îtbbrebc ftg, forplante ftg. Le
long de, lang« meb. Il ne tarde pas etc., t;an owrtpber ftg
.

.

.

—

La lueur, ©finnet.
La
fnart om. A propos, i rette £tb.
lune, SJÎaanen. Précéder, ribe foran. Occuper, optage, op=

271

fyfbe. Hasardeux, Borolig. Se réfugier, tpe f;en, tage ftn lit»
flugt. Une arche, en Sue. Imminent, oBevfyœngenbe. Trahir,
Un exploit, en Sebrift, en Saabenbaab.
forraabe.
Pour
comble de terreur, til enbnu ftovre

Slngeft ; le comble, ©pibfen.
contenir,
ftg. Aboyer, gjøe. Soudain, pfubfelig
Serrer, flemme. Une attitude, en ©titting. Supérieur, ou»
fioiet. Ravi de, glab oBer, f;entpft oBer.
Industrieux, aar«
Baagen, paapaéfenbe; Binbfïibelig. Signer, unbertegne, afflutte.
Se

tæmme

6. 23.

Ériger,

opreife.

—

Une poste,

en

5|3oftftation.

L’apparition, f., Slnfomfi, Jilfpnefommen, gremtræben. Dégarni de, blottet for. Des chevaux de relais, gorfpanbêf)ejîe
Le baptême, ®aaben. Du bon
sens, gob funb gorjknb, Du
patriotisme, gæbrefanb$fjærligf)eb. Parrain, gabber. Le cornpère, ben, font fyolber Sarnet oser SDaaben og giner bet fit
SlaBn. Le fermier, gorpagteren.
L’acte, m., fjanbfingen.
Le curé, Sanbêbppræjîcn. Rester
interdit, jtaae fom forjlenet.
Relever, reife op. Le filleul, ©ubfønnen. Parvenir, naae, an«
fontme. Un serrurier, en fileinfmeb.
L’artisan, m., fjaanb«
Bærfcren. Faire jouer le soufflet, træffe
Sælgen. Qu’à cela
ne tienne, bet fïal iffe femme
an.
berpaa
S’échauffer, Barme
ftg. Forger, fmebe.
©. 24. Le surplus, OBerfïubet,
Admirateur, Seunbrer.
Concevoir le dessein, fatte bet gorfæt.
Monter, inbrette;
bringe op. Réclamer, forbre ublcBeret. Telle rue, ben og ben
©abc. Des renseignements, m., Dplpéninger. Insister, Beb«
blioe at anftolbe berom, btine Beb fin S|3aaftanb.
Désigner, an«
gine.
Insensible, ufølfom. Distribuer, ubbefe. La Rohême,
Summen. Exorbitant, onetbreoen. Un bailli, en Stmtmanb.
S. 25. Le clerc, ©frineren. Souffrir, tibe. Le retard,
gorftnfelfen, Dpffofbet. Être de trop, Bære ooerfløbig. Regarder, angaae. Expédier, affærbige. Casser, affætte. Se faire
reconnaître, gisc ftg tilfjcnbe. Disparaître, forfuinbe.
Intègre, ubejliffelig. Le prévôt, gorftanberen. Enchérir, for^øie
Reifen paa. Adroitement, ubemœvft, beffœnbigen. Efficacement,
—

—

—

272

fraftigen. Peser,
Une cherté,

en

bete.

De

bpr $rité.

poids, bœgtige; le poids, Sagten.
Mal fondé, ubefoiet. Distribuer,

ubbele.

L'aumône, f., îllmiêfen.
Confondu, beffjcemmet.
Sur le point de, i 23egreb met. Embarrasser, bringe i gorle*
genfjeb. Le dépôt, bel betroebe ©obê CM fyabe mobtaget 92o=
get). La loi civile, ben borgerlige 2ob. Rêver, tœnfe efter.
Le dépositaire, îKobtageren af pengene; ben, Ifbern Dîoget et
betroet. L’ami prétendu, ben fonneente Scn; prétendu, for«
meent, inbbitbt. Découvert, opbaget. Restituer, titbagegibe.
Courtisan, $ofmanb. Avoir la haute main sur, l;atoe uinb*
ffrcenfet iïïtagt ooer, Ijabe $a(ê og fpaaitb oser. Le propos,
ptringcn. Scier, affange. Une corde, et Joug. La cime,
Joppen. Le bûcheron, Srctnbefptggeren. Une expédition, et
6. 26.

—

—

goretagenbe.
0. 27.

Revenir à la

critique, gjentage (fornpc) fin bab*
veille, ben forrige ®ag. Un clin
SBemcerfning.
Le
et
Øtcblif.
d’œil,
prodige, Unberbœrfet. De même, lige»
Une
Iebeê.
auberge, et ©joeflgiberjteb. Ivre, bruffen. Résoudre, bejlutte. Un coin, et fqorne. S’aviser de, falbe paa,
ubftnbe. La craie, Äribtet. Surmonté d’une croix, meb et
Storê obenober. Le gobelet, SSœgerct. Un sorcier, en Jrolb»
La
manb, en §epemefter. Se remuer, rore ftg, bebcege ftg.
En
en
bié
Sïïlaabe.
franchise, grimobigbeb.
quelque façon, paa
Tenir de, tilhore, egne ftg for. S’exposer, ubfoette ftg, bobe ftg.
0. 28. Impatient, utaalmobig.
Consumé, fortaret.
Gravir, heftige. Une mule, et ÏMaefcl; egentlig en ÜMfmppe.
II se plaisait à, pan fanbt gornoictfe i.
La vallée, SDaten.
Provoquer, fremfalbe. Les confidences, f., fortrolige SKebbc*
telfer. Atteindre, naae. La campagne, gefttoget. Joindre,
titfoie. Des arpents de terre, 6tpffcr îtgertanb ; un arpent,
La

Icnbe

—

—

—

La conquête,
Qlgerntaal, omtrent 1800 CtoabraLgob.
©robringen. Infatigable, utrættelig. Enlever, fratage. Doucement, fagte. Faire la faction, ftaae paa $ofi.
Relever,
et

—

i.

273

afløfe. Le trouble, 3lngeft, fjor&irring. Une attitude, en ©til*
Itng. Se rassurer, berolige ftg, fatte ftg. S’endormir, faite
i ©øbn.

L’intrépidité, f., Uforfærbctl;eb. Tenir, f;o!be ©tant.
replier, træffe ftg tilbage i Orbcn. Un gueusard, ctt U3*
Iing; egentl. en Tiggerbreng. Glorieux, inbbilbfï; fjoumobig. Un
étrier, en ©tigbøile. Raccourcir, forforte. Une opération, et
goretagenbe. Un boulet, en fianonfugle. Emporter, bortrive,
L’album, m., ©tambogen.
tage meb ftg. La selle, ©ablen.
S. 29.

Se

—

Træfningen. Un asile, et grifîcb, et Tilflugts»
fteb. Ardent, fprig. Mystérieux, {jemmeligtjebSfuib. Unir à,
forene ftg meb. Vaste, ulipre, oibt omfattenbe. Un auteur
dramatique, en ©fuefpilbigter. Une chaîne, en fjæbe.
0. 30. L’adversité, f., ©jenoorbigfieb. Réduire au point,
bringe faaoibt, til ben §berligf>eb. Manquer, fatteê. Le nécessaire physique, bet ÿîobtnrftige, bet legemlige Nøboenbige. De
La rencontre,

réputation, af Qlnfeelfe.

Engager

Des dehors

røre.

Se

formaae @n til.

et oelfja»

et

aisés,
anjîænbigt,
distraction, abfprebte Tan»
Insister, blioe oeb, paafiaae. Vanter, rofe. Emouvoir,
Saisir, opfatte. Déterminé, befîetnt. Des haillons, m.,

parer, ptçnte ftg.
oenbe gbre. Se douter, at)ne.
fer.

qn.,

La

pjalter. Prévenant, forefommenbe. Le sujet, ’hnlebningen.
La satisfaction, ©læben. Lui prêter de quoi, laatte l;am âtîibler
til, $eugc til.
Égalité d’humeur, f ©inbé»2ig^eb. La
—

.,

douceur de
oiüie.

l’esprit, ©agtmobigfjeb.

La

33el»

complaisance,

L’affabilité, f., SBeitligljcb, Dmgjœngeligljeb.

Vous

....

affyolbt, at man føger ©bcrS ©clffab.
S. 31.
à, if'fe bie meb. L’inégalité, f.,
Uligfteb, goranberligfyeb, Uooerecnêftcmmclfc. Refroidir, foluc.
Éloigner, bortfløbe, fjerne. Piqué, ftobt. Reconduire, følge ub.
Feindre, labe foin. Se rendre, gioe efter, foie ftg i. L’épithète, f., Tilnavnet. Grossier, plump. Mettre l’adresse, ffrioe
uben paa (Ubffriften). Frais, oaab, iffe tør, friff. Un.ravage,
Le
en Øbelæggelfe.
Ému, oreb, opbragt; émouvoir, røre.
rechercher,

oit

gfore

©ber

Ne tarder pas

—

18

274

calme, 9îoItg(>eb. La douceur, ©agtmobigtjeb. Faire ses efforts,
gjore, fa>ab ber jîaact i ©nê SStagt. Acquérir, erfjßerße. Vif,
fptig, fiibftg. Violent, fyœftig. Dès que, faafnart. Reconnaître,
inbfec, erfjenbe. S’appliquer fortement à, beflitte ftg ftærlt paa.
©. 32. Se corriger, rette
ftg. L’aboiement, m., ®joen.
Des injures, f., ©fjetbéorb.
Insolent, groß, uforfïammet.
L’effronterie, f., Uforffammetljeb, grœffyeb. Vomir, ubgpbe,
ubfppe. Suggérer (begge g ubtateê, bet forjie fom et battff g),
tnbgiße. Emporté, opfarenbe, opbragt. Les derniers outrages,
be pberligfte
gornœrmelfer. Une rencontre, en 93egißent)eb ; et
Sammentræf. Un pacte, et gorbunb. Inviolable, ubrobetig. L’émotion, f., tjæftig ©inbébebœgetfe. Se posséder, tæmme ftg, be=
tjerjïc ftg. S’apaiser, fîitteê, lægge ftg.
Faire donation, gjore
en ®aoe, ffœitfe.
Ses biens, fine ©ienbomme. Se
dépouiller
de, fïitle ftg beb. Le gendre, ©oigerfonncn. (La bru*, etter
la belle fille,
©oigerbatteren). L’aigreur, f., 23itterf)eb. Pour
comble d’affliction, til enbnu ftørre Äuntmet; le
comble, bet
fjoiefte, ©pibfen. Une conjoncture, en Omfîænbigfjeb, et ©am»
mcnftob af Scgioentjeber. Imaginer, ubftnbc. Remédier, raabe
—

SBob paa.
0. 33.

Exposer

le

sujet, uboifte ©runben, fremfætte Star»
gjore Snbc paa, faac til at opfyore.
Emporter, tage meb ftg. Verser, tjetbe ub. Le tintement fréquent,
ben tjpppige flattg. La dette,
©jelbett. Acquitter, titbagcbe»
Faire cesser,

fagen.

talc.

Témoigner,

héritiers, inbfœttc

beoibne.
tit

Convaincre, ooerbcoife. Instituer
Obligeant, fçrbinbttig. Par

Strohiger.

droit de

succession, oeb Slrßeret. Rendre l’âme, opgtoe Stanretirer, gaae Ijoer tit @it. Le caillou, gtintefienen.
Emprunter, taanc af ©n. (Prêter, taane tit ©n.) Fournir
avec
abondance, forftaffc rigeligen, meb Doerflobtgfjeb. Prévenir qn., forefomme ©nê
Ønffcr. Dissiper, forobc.
0. 34. Retarder,
opfœtte, forftnfe, formate. Enterrer, be»
graoe. Lapider, fîcne.
Rapporter, fortætte ; berette. Confier,
Retroe.
Terminer, faae fœrbig, fulbenbe. Se présenter à sa
ben.

Se

—

275

toilette, inbftnbe ftg »eb Ijcnbeé Paaflœbning, mebeité fyun orbner
fin §o»ebpt)nt. Refluer, firomme tilbage til; flKbe tilbage. AsLe lever, Ptorgenaubientfen.
sister, »ære titjtcbc, biuaane.
Faire
diversion à l’ennui, ab*
Øiet.
la
vue,
(løbe
Choquer
Crayonner, ffri»e mcb *B(naijt.
fprebe (forbrine) tjebfoml)cben.
Etre
debout, fiaae. Un incident, et îilfælbe,
Indiquer, »ife.
Les esprits, ©emptterne. Imperceptible,
en ïïiomjlænbigfteb.
Un
homme
décoré, en ÎWanb meb Drbener.
umættelig.
baie
0. 35.
S’incliner,
jtg, butte ftg. Confus, jfantfulb,
Prendre
La
bassesse, fiaofieb, la» îænfemaabe.
foruitret.
en
Un
trebjtnbé*
sur le fait, gribe i ©jerningen.
sexagénaire,
Retiré du commerce, fom l;a»be opgi»et
tpocaarig üJîanb.
S’énoncer, ubtrpffe fig.
(truffet ftg tilbage fra) fjanbelen.
Muni de, forftmet mcb.
L’hésitation, f., Setcentning, SBaflen
Franchement déterminé, raff (fulbfommen)
i at bejiemme ftg.
—

beftemt. Amphibologique, toetpbig, bunfel. Scabreux, betænfc*
lig, miélig. Référer, melbe, mebbclc Unberrctning ont. Un exempt
de police, en politibetjent. Cerner, omringe. Travesti, forflæbt.

Épier,

ftolbe 0ie meb, fpcibe.

Se

glisser, fttige jtg

inb.

Fur-

tivement, Ifcmmeligen, ubemoerît. L’allée, f., ©angen. Pousser,
bercé
ffpbe til. La certitude, SBiéljeb. Leur admission, f.,
Un
saSnblabelfe. Dés lors, fra betØieblit af, ftray berpaa.
tellite, en SDrabant. Procéder à une recherche, anjtiUe (ffribe
Être en dépôt, »ære i goroaring. Le
til) en Unberfagelfe.
Transi, beftprtfet. La frayeur, ©træf.
L’appréhension, f., grpgt, ïïngejt. La fouille,
©fterføgningen. Il eut beau, bet npttebe fjant iffe. Certifier,
forjtffre. Un bouquin, en gammel 23og. La perquisition, @f=

locataire,

fieieren.

S. 36.

poussière, ©tooet. Rongé, gnaoct. Minulob
tieux, omftænbelig, fmaalig. Il ne s’en tint pas là, ^att
L’ex-commerberoeb.
blioe
lob
bet
iffe
noie
bermeb,
ftg iffe

terforffningcn.

La

La contravention, 0»er*
çant, ben for(;en»ærcnbe fijobmanb.
m ., Unberretninger.
trœbelfen af 2o»en. Des renseignements,

Prohibé, forbubt.

Receler, ftjule.

Une

armoire,
18 *

et

©fab.

276

Disposer,
Stocalct.

orbne, forbelc.

En

et ©fab tit

L’inspection

règle, paa 6ct;ørivj
gjcmme 23orbtoi

at

des

35îoabc.
i.

-

lieux,/ Dpfpnet
.

mcb

Un

buffet, en ©feenf,
S’agiter, gjøre jig megen
mégarde, af Uagtfom^cb.

Umage, faac meget traolt. Par
Une défaite, en
Ubfïugt. Grossier, plump. En imposer, føre
bag.Spfct. Bonnement, trojïplbigen, enfolbigen. La vaisselle,
Sorbferoicet, gabe 09 ïalleifener. Du linge de table, SDccffe»
tei.

Insister, paaftaae. Livrer, ublcoere. Constiluer prisonnier, beraubte fom îlrreftant, faette i Qlrrcft. Des fers, Sans
fer. Confondre, forbirre.
L’opiniâtreté etc , fjenbeê ()aarbnaU
îcbe græfl)eb;
l’opiniâtreté, f ^aarbnaffen^eb ; l’effronterie,
f., groefficb. L’arme en joue, mcb ©coœret lagt an.
.,

6>. 37.

Capturer, tage

til

gange. Armé de

toutes pièces,
Paralyser, lamme, tilintetgjøre.
Egorger, mprbe. Débarrasser, jïiüc af meb. L’atrocité, f.,
©fjeenbigl)cb. Accabler, oøevøfe, oocroœlbe. Insulter, fors
nærme.
Un legs (ubt. lé), et
2egat ; faire un legs, tcjlamcn*
tere en ©arc.
L’empressement, m., *Bunft(ig(;eb ; 3»cr.
L’équité, f., 9îetfarbigl)eb ; 83illigf)cb. Donner une preuve
éclatante, grue et ubmeerfet Çffinnenbe) 23e»iié. Empressé de,
begjœrlig efter. Une pompe auguste, en fyøitibelig tßragt. Un
dôme, en Âuppel. Etre perché sur l’extrémité, jîbbe paa ben

oœbnct

fra

Top

til

Taa.

—

pberjîe ©pibfe. Tirer de l'arc, jïpbc meb 23ue.
une flèche,
ubffpbc en $ii(. Atteindre, ramme.
©. 38.

Décocher

Baigné dans son sang, frømmenbe (babet) i fit
précipiter, ftprte jig. La tente, Teltet. De dessein
prémédité, forfœtligen ; mcb øclberaab f>u. Pour être involontaire, tmorocl ben cr uforfœtlig. Accabler, ramme, otier=
ocelbe. Racheter, affjøbe, opoeie meb
Ifenge. A Dieu ne plaise,
©ub forbpbe.
Sacrilège, gubébcfpottelig, fom frœnfcr bet .fiels
lige. Le désintéressement, Ucgcnnpttigf)cb. Supérieur aux
autres, opfyøiet ooer Slubre. Le sentiment, golclfcn, Tænfes
maaben.
S’écarter, fjerne fig noget fra. (S’éloigner, fjerne
231ob.

Se

—

jig langt fra.)

277

Affligé de, fehlet ober. Ce qu’il avait, f)»ab
fattebeê t;am. Vous serai-je.... secours, ail jeg ïunne
(»ære Sera til fîorrc £jœ(p) gjøre mcre for ©cm o. f. ». Le
ø. 39.

ber

sujet, Starfagen, Stntebningen.
Trouver qc. à

Spfiftot.
@n

an.

sa

Une maison de

bienséance, finbe
Un

at

et

ilîoget ftaaer

Réduire à la mendi-

S’emparer de, bemægtige fig.

cité, bringe tit 23etterfta»en.

plaisance,

soutien,
Une

en

(Støtte.

Exhor-

insulte,
formier»
Persuader,
S’épargner, fotjïaane ftg. Inquiéter, œngfie, forurolige.
Une issue, et Ubfalb; en llbgang. Une négociation, en Un»
berl;anbling. Imprimer sur, paatrptte, præge; trpffc. Objecter, inboenbe. Cassé, affræftet, foag.
o»erta(e.

ter, opmuntre.

en

melfe.

6. 40.

Eu croupe,

bag paa jpcften.

Découvrir, blotte.

broderie,
©rage. Donner renDes reproches sanat
mobe.
til
bejîiüe @n
glants, bittre 43ebreibelfer ; sanglant, btobig. Un persécuteur,
en forfølger, en Sfterjtrrtber.
Prendre garde, tage fig i îtgt
Le faux-monnoyeur, fatffmpntncren. Des affaires de
for.
conséquence, f., forretninger af SBigtigÇeb. Un hameau, en
Sonbebp. Un cabaret, et SBertétjuué.
Abandonné, fortabt.
Un fermier, en forpagter. Il y revient etc., ber gaacr igjen.
Des esprits, m
Stanber.
Maltraiter, miétjanbte. Peureux,
frpgtfoin. Un revenant, en ©fengangcr.
0. 41.
Sur le minuit, fyenimob üHibnat. Épouvantable,
La
forfærbetig.
ceinture, SBættet, Dans cet équipage, faatebeä
ubfipret, i benne Ubrujtniug. Le fantôme, Spøgelfet. ManUne cloison, en Srœbeoœg.
Joint,
quer, gioe efter, fpnfe.
fammcnfoiet. Une souricière, en fœtbc; en iïRufefœlbe. Un
étourdi, en Ubefinbig. Lâche, feig. Décider, bcjlemme. Se
fier, ftote paa. Jurer sur, foærge »eb. Elfectivement, »irfeligen.
0. 42. Signifier, bctpbe. Un éclair, et 2pn. Perdre de
Donner naissance à, gioe îtntebning til.
vue, tabe af Sigte.
Jouir, npbe. Obtenir, erfjotbc. Vivement, t;œftigen, teoenbe.
Piqué, fornærmet. Indiscret, ubetœnffom. Irrespectueux,
Le

dragon

ben broberebe

en

dez-vous à qn.,

—

.,

—

278

ucerbøbig. Revenir à qn., femme for Snê S3ren. Elle dit
le contraire, f>un ftger (fcct
îDîobfntte), at bet iffe forfjolber jîg
faa.
0. 43.
Une

Tâcher, forføge.

simplicité,

faut laisser tomber
»ibere talc berom.

Persuader à qn., ooertpbe Sn

Snfelbigfteb.

en

cela,

Gagner

Justifier, retfcerbiggjorc.

man maa
sur

labe

bet

moi, bringe

falbe tjen,
ener

Il

iffe

mit ©inb.

S’en rapporter à moi, beri at fjenljolbe ftg til mig.

tort, l;aee Uret.

om.

Avoir

Un
Après tout,
23agøaffer. En particulier, alene, i Senrunt.
Entreprendre, paatage ftg. Héroïque, fjøintobig, fjcltemobig.
La considération, ïlgtelfe.
Soyez sage, opfør £>ent »cl;
sage, ftnbig, flog.
Supplier, bønfatbe. Se charger de, paa*
tage ftg Omforg fer. La nourriture, Âojîctt, geben.
0. 44.
La mémoire, fpufommelfen.
Prodigieux, eibuttD’un ton piqué, i ctt forneermet (ftøbt)
berlig, ooerorbcntlig.
Sone.
Se moquer de qn., fiace (Sn til 33ebfte.
Jouer qn.,
ftyerc Stt, bri»e ©jeef meb Sn. Concerter, aftale. Rencontrer,
Des protestations, f.,
træffe, møbe.
gorftffringer.
IirtagiEtre à lui, »cere l;ané (af fjant), tilføre
nable, optœnfelig.

calomniateur,

naar

211t femmer tit 2llt.

en

—

Un

sorcier,

blanbe

ftg

i.

ben.

Eclater de rire, ttbbrpbe i

f;am.

nttbe.

Jouer

en

Srolbmanb,

Inspirer, inbgpbe.
tour à qn.,

en

§ej:emejier.

Se mêler de,

L’embarras, ni., gorlegenfye*
Satter.
Jouir, more ftg oøer;

fpiüe- Sn et *Puh$. Récomforaarfage.
f., ©iœftfrifjeb. La sobriété, Iftøis
fomfjeb. Séjourner, opfjolbe ftg.
Se lancer etc., begtoe ftg
^urtigt paa SScien, fare igjennem. Muni de, forfpnet meb. La
tribu, ©tammen. Aborder qn., inblabc ftg i Sale meb Sn.
Serrer, trpffe. Il eut tout lieu de, tjan f>a»be al Seilig(;eb
til etc. Observer, obctljolbe.
Religieusement, fam»ittig^cbê=
fulbt.
Errant, omfïaffenbe, ontøattfenbe.
Se conformer à,
rette ftg efter.
Abondamment, rigetigen, i Doerftøbigljcb.
Emerveillé, forunbret, fulb af gorunbring. La datte, SDabbe»
un

penser, belønne.
Causer,
0. 45. L’hospitalité,

279
len.

Une

Mire

afmægtig.

poignée,

cti

£aanbfulb.

Le

riz, Diifcn.

Défaillir,

5. 46. La chère, fieoemaabcn. Le sort, ©fjæbnen. Mettre
ordre à, orbne bet; bejiemme, î?vab ber fïal ffee.
L’éruLa
fiœrbom.
dition, f.,
confédération, gorbunbet. L’élection,
—

f-, Salget. L’électeur, m., Slfurftyrjlen. Entrer, inblabc ftg i.
Assigner, tillægge; beftemme for.
Proclamer, forftynbe. Un
début, en Segtynbelfe; en førjie Qÿtrœben. Auguste, Ijoi (om
ftyrfieltgc SPerfoncr). Le convive, ©jæftcn. Très marqué, meget
fjenbelig. Retiré, tilbagetruffen. Complaisant, forefommenbe.
6. 47. Malicieusement, onbffabêfulbt. Aller au-de-là de,
femme oibere. 11 lui prend un éblouissement, ber paafommer
(tant en ©rimmel. Surmonter, ooeroinbe. Un étourdissement,
en Seboüelfe.
Sans y parvenir, ubett at bet funbe Ityffeé mig;

parvenir,

En

guise de, ligefom, i ©tebet for. Serrer,
truffe, (lutte (ine
Un accès, et
Briser, fonberflaae.
Ubbrub. L’hilarité, f., Slunterfjeb. Revenir à la charge, for»
Il est fâcheux, bet er fortræbeligt.
ntye SIngrebet.
Elle est
folle de, t)«n er forgabet i, inbtaget af.
Un échantillon, en
Srooe. Mon savoir-faire, §#ab jeg formaaer at giøre. Fredonner, nlptne. S’y prendre, bære ftg ab. Gauche, feitet,
opnaae.
i

forfeert.

2Irme.

Convaincre, ooerttybc.

6. 48.

La

gourmandise, ©raabigfjeb.

Une

bannette,

en

Sut» til at

forfenbe Sarer i. De l’osier, Sibier. Une aile de
en
poulet,
Singe af en Stilling. Une apparence, en Simelig»
f>eb. Il lui prend fantaisie, t>au faaer bet Snbfalb, tyan faaer
i ©inbe.

Enlever, fortære; borttage. Une cuisse, et 2aar.
en devoir
de, gine ftg til. Sonner, ringe. Avec
vivacité, meb #œftigl)eb. Prendre son parti, bejlemme ftg.
Fièrement, raff, fielt. Il détache, f;an ffærer af. Présenter,
bïjbe. Plus de moyen, ingen llboei mere. Démembré, fonber»
lemmet, ubfityffet.
Tiens, (jor engang.
Confus, foroirret.
Que je t’y reprenne! lab mig iffe træffe
Drôle, ©fjclm.
®ig ber tiere.

Se mettre

280
0. 49.
à

Une communication,

en

DJtebbelelfe. Je

vous

donne

rit

deviner, jcg

fee, ont ®c fan gjætte. S’aviser de, faac i
Un Autrichien,
Approche, !om nærmere.
en Øfietrigcr.
Couper, affïcere. Les traîneurs, Materne. Résoudre, befinde. Faciliter, lette. Joindre, ftobc tit. L’étatmajor, m., ©taben. Bandé, titbunbct. Sommer, opforbre.
Former en colonne d’attaque, opjliüc tit Slngrcb. Enlever,
erobre. Débander, tage Sinbet fra. Sévère, ftreng.
6. 50. Poser, neblœgge. Passé ce temps, efter benne ïib,
ttaar benne ïib
er forløben.
L’insolence, f Uforffammetfjcb.
©fræf,
Stupéfait, flaaet af
forftummet, bcfiïjrtfet. Le trouble,
îtngejf, gortoirring. Saisi, betaget. Exagérer, obcrbribe. La
valeur, Selobct. Le regard, 23(iffet. Longer, folge (ribe)
langé tncb. Envelopper, omringe. A discrétion, paa Dîaabe
og Unaabe.
Subir, unbcrfafle ftg, nnbergaae. Imposer, fore»
Le plateau, ^oiben, fjøijlctten. Ranger en bataille,
fïribe.
fülle i ©lagorben. Bivouaquer, tilbringe hatten unber aaben
Rimmel. Creuser, grabe. Le roc, Älipfoen. S’acheminer, bc»
gibe ftg paa SBei. Donner un coup-d’œil à, tage iøiefpn, ïafle et
©inbe, falbe paa.

—

.,

—

231if paa.

La sentinelle,

©filbbagten. Le retranchement, gor»
fïanbéttingen. Quivive! I;»em ber ! Faire feu, fpre. Préoccupation, 23effjceftigclfe meb fine egne Janfcr, Çovbttbclfe i ftg fclb.
Une balle, en ©ebærîugle. Siffler, pibe. Se jeter à
plat-ventre,
fafte ftg plat

neb.

La

précaution, gorftgtigfyebcn.

Sage,

bel

décharge, ©fubbct, Slffpringen. Essayer,

ub=

beteenft.
0. 51.

La

Itolbc, ubjîaae. Relevé de, aflofi.
dre
ube

Pincer,

fitibc.

Jeter

sa

pou-

moineaux, fpilbe fit ffirubt, fïttbc efter ©purbe. Troublé,
af ftg fclb, forbitret. Adorer, tilbebe. La consigne, 3n»
aux

ftruyen. Viser, ftgtc. A tâtons, i SBlittbe; famlenbe.
Tirailleur, SBlinfer, forrefle ©fptte. Se trouver à son aise, bc=
ftttbc ftg bel tilpaé. Exhorter, opmuntre.
—

0. 52.
Un

Furieux, rafenbe. Reculer, bige, træffe fîg tilbage.
apprenti, eu Særling. Viser, figte paa, lægge an paa.

281

jambes, løbe fin SBei af afle kræfter (bet bebjte
La
Le fugitif, ben SBortløbne, flygtningen.
f>ar leert).
La
fusillade,
veille, ben fotegaaenbe ®ag. Retentir, gjentybe.
©etocerilben. Meurtrier, morberijï. L’inquiétude, f., Slngeflen,
56ngfteligt)cben. La crosse, Sollen. Enfoncer, fonberjlaae,
(laae inb. S’installer, tage ißtab«, ftifle fîg et ©teb. S’apprêter,
berebe fîg til. Enragé, opf>ibfet.
S. 53. Une lame, en Slinge. Ajuster, feette til Mette ; orbite.
L’interlocuteur, m., ben, ber taler meb Sn. Vaguement, uty*
beligen, u6e(tcmt. La victoire remportée, ba ©eiren »ar » 1111
ben. Célébrer, £>øttibeligf>o!be.
L’interprétation, f'., fortolf»
Un pâtissier,
en Sone, fom fiøfrcr.
Une
revendeuse,
ningen.
en
Une
en Kagebager.
cuisinière,
Soffepige. Confus, unbfee»
lig, fïamfulb. Le dérangement, Uleiligfjeben. Vous plaisanSe

sauver

...

man

=

—

tez, $e fïjœmter, £>e fpoger.

réception, ïïtobtagclfen. Apprécier, ffatte.
aises,
(Sngel. Avancé, til îtarê. Se donner
en
©mule
2Jîageligf>eb. Emballé, inbpaffet. Un bain,
tage fîg
Se baigner, 6abe ftg.
et 23ab.
Consulter, fyørge en Scege
tilraabè ; raabfporge. Disposer en étalage, opftiflc til ©fnc.
55. En relever les plis, reife ben« Sceg. Artificiel, funfiig.
Épousseter, afftøoe. Un plumeau, en fjerfojl. Un événe0. 54— 56. La

Un ange,

en

...

—

ment,
sance,

ïilbragelfe. Diantre, for Çoffer. Perdre connaisbefoime, tabe fin 23e»ibfif)eb. Entr’ouvrir, aabne fyal»t.

en

L’épiciére, f-,
SBranb.

Une

Urtefroemmerfonen.
voix

éteinte,
Une

en

Crier

feu,

raabe

q»alt (mat) ©femme.

Les

56.

—

affaire

gjort ©jerning.
gages, m.,
Des
ressources, f Ub»eie.
Calmer, berolige, ftifle tilfreb«.
La
découverte, Dpbagelfen. Se conDétruire, tilintetgjøre.
sulter, raabfpørge fjinanben, ooeroeie meb fiinanben.
0. 57 59. En faiblesse, i Slfmagt. Longer, gaae lang«
Sønnen.

faite,

au

en

.,

—

meb.

Le parapet, SRoefooerfet.

fine forljolbêregler.

Prendre

S’abattre, jlyrte.

Disparaître, fotf»inbe.

N’en est pas

Le

ses

mesures, tage

trottoir, fortouget.
er berfor iffe min»

moins,

282
bre

toœrb.
Considérer, tage i 33etænfning, lægge IKcerfc til.
58. On a beau avoir, bet nptter
L’intention, f., £>enfigten
libt, at man f>ar. Un anthropophage, en 9Jîenncffeoeber. Sur—

venir, tilftøbe,
avec

tomme uoentet tit.

N’avoir rien à démêler

Des chiffons, m.,
fyabe Sntet at beftitle meb 6n.
59. L’année courante, Sønnen for bet inbe=
garnie 6tpffcr.
werenbe 3Iar.
Aventuré, bragt i gare, gjort uftîfer.
Une
et
©mbebe.
Une dot, en SPÎcbgift.
charge,
De but en blanc,
raff ocef, ubetcenffomt, fremfufenbe.
Reculer, treebe tilbage.
Bavarder, flabbre. Les pratiques, /., Sunbcrne. Bouche close,
qn.,

—

£anb for

ïunge. Des espiègleries, f ©ïjelmèjtpffer.
Ménager, ffaane. Bouleversé, forftprret; bouleverser, oenbe op og neb paa. Une lingére, en ©ppige. Une
filleule, en ©ubbatter. Avancer de l’argent à qn., forjirceffe
©n meb ^3enge.
Un remise, en
Seiebogn. (Une remise, et
61. Commander, beflitte.
SBognffuur).
La veille, Oagen
forub. La consternation, 33eftprtelfen.
62. La cupidité,
Segjœrligljcben. La ruse, Sijt. Des tours de gibecière, $a=
ffeufpilterfunfter ; la gibecière, Jaffenfpiïïerlommen. Un sacrifice, en Dpoffrelfe, et Offer. Une préférence marquée, en
beftemt, ioinefalbenbe gorfjœr(igf;eb. La révélation, SlabenbarcI*
fen. Continuer, oebblioe, fortfeette. Les relations, f., gorbin*
beiferne. La délicatesse, giinfølelfen.
S. 63— 65. Une augmentation, en
La dot,
gorøgelfe.
Süîebgiftcn. La prévoyance, gorjtgtigfyeb, gornbfeentjeb. Jeter les
hauts cris, flage oibt og brebt.
(Pousser un grand cri, ffrige
t>jerit). Un préjugé, en gorborn.
Déranger, forftprre. Une
prévenance, en göre!ommenI;eb, en SIrtigfjeb.
Consommer,
64. L’avarice, f.,
fulbenbe, fulbbprbe.
©jerrigljcb. Se dérouler, opflarcé, uboiflc fig. Pour les accabler, for at ober*
ocrfbe bem meb Sebteibelfer.
Dire pis que pendre de qn.,
fige cm ©n ait bet SBcerjtc; iffe Icône ©n 3©rc for 4 ©fiding.
Se mettre en quatre, gjorc fig al
opteenfelig Umage. Humiliant, freenfenbe, pbmpgenbc. Une hypocrite, en §pflerffe.
..,

60—62.

—

—

—

—

283

hardes, gaae og pat bit
Effronté, uforffammet. Allez
$øi fammcn; des hardes, 7., Âtæbningéflpffer.. Déloger de
chez moi, ftpttc «b af mit $uu$.
Répliquer, f»are igjen.
Un tablier, et gorflcebe.
S’emporter, blioe fiœftig, opfarenbe.
65.

.

0. 66—68.

.

.

g-orrœber.
Abréger, fatte i
La charité, frijtelig Âjccrligtjeb, SOÎebtiben*
Jîorttfeb, forfatte.
Ueb. Un subterfuge, en Ubflngt. Donner l’eveil, give 9îpé
Un traître,

en

Une

espèce à part, et feereget
Renvoyer, jage paa ®ø*
©(âgé. Ingrat, utafnemmeïig.
La
flotten.
ren, afjïebige.
sonnette,
Balayer, feie. Arroser,
ftcenfe, ranbe. Barbouiller, ooetflrpgc. Un carreau de vitre,
Le blanc d’Espagne, ©panfftjoibt, 33tfif)»ibt.
en SBinbueérube.
Nenni (ubt. nanni), in=
68. Un arrondissement, et ®iftrict.
Ne
en
Une
§t>ib.
obole,
pouvoir guère, funne
genlunbe.
neppe.
Assigner, anføre, angine, tillægge.
S. 69—71. Rapporter, inbbtinge. Tripoter sur, fpeculere
i; egenti. blanbe uorbentlig fammen, bringe fÇornirring i. Lestement, befjcenbigen.
Déraciner, ubrpbbe, oprpffe meb SRob.
70. Le spleen, bet nagenbe ïnngftnb, i ©œrbeleêfycb eget for
(Sngeïïœnbcrne. Exécrable, afffpeltg. S’amortir, ftoneê, bcem=
Une mort anticipée, en
Ce vague, benne llbefterntlfeb.
peé.
forubfølt ®øb ; anticiper, forubføle, forubfatte.
Chagrin, fov=
71.
trœbetig. Repêcher, fiffe op igien. Le pan, gligen.
de
til
@n
Se
tjane
tBebjîe.
Stupéfait, beftprtfet.
moquer
qn.,
Démêler avec, beflitte meb, afgføre meb.
Se conduire par
Le
conscience, leoe efter ©ammttigfyeb.
maigre, gafîete»net,
3If£)olb fra ffjøbfpifer i fÇafîetiben. Attester, benibne. Un caractére, en SBempnbigelfe ; eg. et Sjcnbetegn; je n’ai aucun
caractère pour, jeg er iffe beffiffet eller bempnbiget tit.
Des
bebube.
confidences, fortrolige SDÎebbeletfer. Annoncer,
0. 72—74. Préserver, beoare. Rendre compte de, aflægge
fflegnffab for. Se soutenir, unberfløtte t)inanbcn. A sa fantaisie,
73. Importuner qn., nære @n tit Sefoœr.
efter fit £ooeb.
Se
lumff.
Sournois,
douter, atjne. Dorénavant, for gremtiben.
om,

rceffe

Dpmærffombebcn.

—

67.

—

—

—

—

—

y

284
74.

Un

amour de tête, en gorlibelfe.
Au fait, i ©jeruingen,
egcntligcn tait. Une langue (une mauvaise langue), en filaffer»
tunge. Faire des propos, opfpinbe fhftorier, cpbigte Qlnecboter.
—

et

Un

nègre

(fifangtrœ.

marron,

en

Décharné,

bortløben
ubtœret.

SJÎegerjlaoc. Un bananier,
serpillière, ©œffe=

De la

tøi, Saflærrcb.

Les reins, m., fiœnbcrne. Errer, oanbre om.
0. 75—77. Sillonné, furet. Une cicatrice, en ©framme,

et Qlr.

Un

fouet,

flattre op ab.

en

tßibff. Un sentier,

Passer à

gué,

oabe ooer.

en

gobfti.

Grimper,

Un morne,

f)øi;
en Sîotting, et
fmicne
©panffror. Emu, angeft; émouvoir, røre, beocege ©inbet. Faire
(eller tenir) compte de qn., gjøre meget af (Sn ; il ne fit pas
gr. compte de, (;an agtebe iffe meget paa, ïagbe iffe fpnberligt
iïlîærfe til. Une capote, en fipfeljat.
76. Le revers, ben
A
Du
anben©ibe; Sagftben.
jeun, fajienbe.
gravier, ©ruu«.
Un tamarin, en Jamarinbe. Exaucer,
bøniføre. Se désaltérer,
hille jtn £øt|L Du cresson, fiarfe. Un palmiste, et fiofo«*
palmetræ. Le chou, Paalen. La cime, Joppen. La tige,
Stammen. Un paquet de filaments, en
©ammenfœtning af Jreo=
1er. L’aubier, m., ©plinten, font banner
Døergangen fra Saften
faalebe« falbe«

i Dîorbamerifa.

en

Un rotin,

—

til Sebet. Fait

rebrousser, faaer til at fpringe tilbage. Une hache,
77. Un briquet, et gprjîaal. L’angle, f., ben fpibfe
Øje.
fiant, £jornet. Assujettir, f;olbe faft. Le tranchant, ben fïarpe
fiant. Le point de contact, Seroringépunftet. Une étincelle,
en ©nijt.
Dépouiller
l’enveloppe, fülle finalen fra Dntoif»
lingen. Ligneux, træagtig. Cru, raa. Savoureux, »elfmagenbe.
Une case, en #pttc, egentlig en Megerfjptte. Un
piton, en Sjergtop.
en

—

...

0. 78—80. Barrer, fpœrrc. En
bouillonnant, brufenbe.
Glissant, glat. Penché sur, bøiet ub ooer. La scolopendre,
fqortetunge, et ©lag« Srægne. Un brodequin, et ©lag« ffaløfiøøle,
font forben brugte« oeb (jøitibelige Sciligtjcber (nu : ©nørejløole til
©amer). L’empressement, m., 3oeren. Se chausser, tage gobtoi
paa. Le roseau, Uîoret. Frayer, bane. La liane, en anterifanff
©Ipngeurt eller Üîanfe. Un fourré (un bois fourré), et firat, et

285
Tornefrat.
Le

gîte,

79. Le

—

fatte ftg, femme

jeg t;ar

bramement, SJÎamict paa ^jortenê Sfrig.
l’affût, paa Suur. Reprendre ses sens,
80. Je les ai
à Fidèle,
igjen til fïg fcl».

Hlatteleict.

tatet

A

f* lugte

—

...

tit bcm.

Quêter

sur

vos

pas, opfporc

©ber, cplebe efter Sbcré Spor. Remuer la queue, (ogre mcb
fönten. Un billot de bois, en ïrablof. Un crochet, en £age,

Ärampe. Une calebasse, en ©rœêfarflajïe, et SDriffefar, ban=
af et ©rceâfar, fom fatbeé flafïegrceéfar (calebasse). @t
faabant Tiriffefar falbeê eitert atminbetig: une gourde. (La
courge er 9îa»net paa et anbet Slagê flaffcgræéfarj. Le jus,
Saften. Tortu, fnimmet, tretet.
en

net

5. 81—83.

Enflé, opfrutmet. La perplexité, 91aab»ilbf>eb.
en Scerejiol.
La liane, en ülanfeptante. La
croupe de la montagne, SBjcrgtoppen. Des feux, m,, 23Iu3.
Un tison, en gaffel af Trœ; et Stpffc Træ, i l>»iê ene Snbe
ber cr jtnffet 31b. Flamber, breenbe ftart, flamme. L’angoisse,
82. La prospérité, Spffe.
f., aiitgeflen.
L’association, f.,
foreningen ; forbunbet. Garantir de, ftffre for. Un surnom,
et Tilnaon.
Cela y prête, bet inbbpber bertit. Un jour de
Un brancard,

—

fritag. Le principal, (Rectoren. Le professeur,
83. Epancher son cœur, ubgpbe, aabnc fit §jcrte.
Jouer à la balle, fpitte SBotb. Jouer à la corde, fpringe igjennem
en Snor,
Jouer aux barres,
fom man ffolber i £œnberne.
tege Tagfat. Le tertre, 3orb»olben. Se débattre, »ære i 2i»ê=
fare, cg. tumle jig af alle Ärcefter. Enfoncer, fpnfc. Privé
de sentiment, berocct *8c»ibjit)cb. Frotter, gnibe.
A l’insu
de qn., uben Gnê SBibenbe. La persévérance, SBeb(;olbcnfjcb.
6. 84—86. Un berceau, et fipftfjuuô.
Le lilas, Sp=
renen.
Gronder, ffjœnbe. Le sanglot, m pulten. Une
bonne, en Sarnepige. Faire battre le tambour, (abc Trommen
Un avis, et Überttëfement. Les vacances, f., ferierne.
gaae.
Bondir, fioppe, fpringe. Soupirer, fuffe. Faire son paquet,
congé,

Scercren.

en

—

.,

paffe fit Toi fammen.
Un débris, en Stump,

—

en

85. Sauter

Sîeji.

Un

au

cou, falbe

joujou,

et

cm

Segetoi.

Ralfen.

Fendre

286
le cœür,

faac fqertet til

at

La

brille.

pelouse, ©rønpletten.

Le gazon, bel grønne ©rœé, ©ronfoœren. L’hôtel des raessageries, Ißofigaarben. Un revendeur, Sn, font ubfœlger brugte

©ager,

Stîarfdfanbifer. Incrusté, inblagt. La vente, 2Iuc*
86. Le carrefour, Âorê*
Quitter, gane bort berfra.
êtes
bien
de
Vous
votre
gaben.
pays, ®e er meget enfolbig.
Le bavardage, ben ufornuftige ©naf. Une commére, en ©lab»
berfofter. L’affiche, f., Pafaten. Un fripier, en Ubfœlger af
gamle fôleeber. Un mantelet, en fort gruentimmerfaabe. Distraire, forflprre, abfprcbe. Grimper, flattre op paa. Un gradin, en opfiabtet 9îœffe ; eg. et Jrin i et Stmpfiitfieater. L’adjudication, f., ïilflaget. La nippe, Âlcebningêftpffct. Le confrère, Goïïegaen. Piétiner, trœbe paa meb jobberne, trampe.
en

tionen.

—

Coudoyer, ftobe meb Sllbuen. Faire dégringoler, jïpbe neb;
dégringoler, fare neb. Vaciller, cafte. Un aubergiste, en
©jœjlgicer. Hors d'haleine, forpuflct, aanbeloé.
6. 87—89. Un bavard, en SBrocter. Le verbiage, ffirøelen.
Un faiseur de tours, en ïujtnbfunflner, en îaffenfpitler. En
bas âge, i umpnbig Silber. L’indication, f., ütngioelfen. Une
étable,

dcœgftalb. Une grange, en Sabe, La toile, Sep*
pet. Transparent, gjennemfigtig. Silencieux, taué. Une baraque, en gjeïïebob, en $pttc.
Apparent, anfeetig, fornem.
88. En tous sens, i aüc bîetninger.
La loge, ©tabet.
Le
sauteur, Springeren, fiiniebanbferen. Paillasse, m
SBajabé.
L’assistance, f., ©åndingen af Silffuerne. Béant, gabenbe.
Préluder, forberebe. Une balourdise, et taabeligt 3nbfatb. Un
soufflet, et Ørefigen. Estropier, rabbrœffe. Échanger, om=
bptte. Trancher du beau parleur, agere jïjon Saler. Butor,
Øumrian, Søtper. Les planches, f., SBrœberne. Son étalage,
fin Srambob, fine opftiltcbc Sarer. Un échantillon, en pøcc.
Un sauteur-voltigeur, en Suftfpringer; en
Springer, font ftaaer
en

—

.,

SSoIter

i

Suften. Assaut, m
*8œbbe|irib, ©træben efter at
ocergaac ffinanben; Stormløben.
L’élévation, /., Opflablen,
Dpfligen. L’allemande, f., ben tpbjïc SDanbS, SBaltfen. Que
.,

287
nous
om.

bat.

importent, f)»ab brpbe »i oä cm? ri toiüe
89. Ombragé, omffpgget. Petit drôle,

—

Un

scélérat,

itfc

6rt)bc

o«

£>u litte Ära»

gorbrpbcr. Le maire, fÇogbeti. Tenter,
forfoge. La disparition, gorfoinben. La lanterne magique, £a=
terna magica, îrolblpgten.
La carriole, en luft SBogn »aa 2
$iut.
5. 90—92. Dresser procès-verbal, føre til protocol. Soutenir, paajiaae. A perpétuité, paa fiiuètib. La chaîne des gaDu bon
léres, ben tcenfebunbne ïranéport af ©aleifta»er.
La
sens, gob funb gorftanb. Un principe, en ©runbfœtning.
Un
en
piété, ©ubéfrpgt. Évaporé, fïpgtig.
®ag*
vagabond,
91. Une correction, en Dîeofetfe. Le
bri»er, en Sanbjirpger.
désœuvrement, Sebiggang. Un passe-temps, et ïibéfotbri».
Assommer, prpgle; ifqeljïaae. La disposition 1 Silbøieliglfeb,
Qtntoeg. Il n’en est pas de même de, bet fotfyolber fig iffe
faalebeê meb. Gai, munter. A force de réfléchir, oeb at teenfe
længe efter. Se tirer de, raabc Sob paa, rebe fig ub af. S’arrêter à, fyolbe fajl »eb, bti»e ftaaenbe »eb. Le curé, ißraejlcn.
92.
Étourdi, ubetœnffom. Enchanté, fornøiet, fjenrpft.
Prendre qn. en affection, fatte ©obfjeb for ©n. L’assiduité, f.,
»ebfjolbenbe g(ib, ©tabigfjeb i Qlrbeibe. L’envoyer promener,
aftoife fiam meb ©naf, »ife harn fßoffer i 23olb. A mesure
que, efterftaanben fom. Grandir, »oie. Détester, affïpe. Exister, faae Ubfommet; fja»e Jilucerelfc. Donnez-moi de vosnouvelles, lab mig f)øte fra ®ig. Se tirer d’affaire, jlaae fig
igjennem. Avoir une grande obligation à qn., §a»e ©n meget
Le souci, 23efpmringen.
at taffe for.
Les bonnes grâces,
2)nbejî. L’oisiveté, f., 0rfeé(oé£>eb. La dissipation, 3lbfpre»
belfe. Se repentir, fortrpbc, angre. Les vœux, m„ Ønfferne.
6. 93—95. L’émotion, f., ©inbébcoœgelfe. Se soustraire,
unbbtage jig fra. Au tribut.... réclame, îîaturené fira» ; tribut, tn., Stfgift ; réclamer, forlange, forbre. Se remettre, fatte
fig, fomme fig. Le piéton, gobgcengercn. Qui se ressemble,
94. Se lécher les lèvres,
s’assemble, Sfrage føget îDîage.
en

—

—

,

—

—

■

288

fliffe fig

©tunben ; la

lèvre, Sæben. Il en sait long, Ijcm
partie de cartes, et ©lag Äort. lntarissable, uforgængelig, uubtorrctig. Aux prises, i ffajî. Un tour,
en Omgang.
Bonne chance, gob Stjffe ; chance, f., Ubfïgt tit
et gobt Ubfalb.
Faute d’avoir, for iffe at l;aue. Les frais,
95. Tirer parti de, brage ©ptte
Ubgifterne, Dmfofîningetne.
af. Un bon vivant, en
gob ©elfïabébrobct. Engagé, fmcroct.
Incorporé, inbtemmet i Sorpfet. Endosser, iføre ftg. Le mot
pour rire, ©tof tit Satter, muntert Snbfalb.
La giberne,
îjktrontafïen.
er

om

burïbrctten.

Une

—

0. 96—98. Un
En

taenfning.
veste,

expédient, et ©îibbel. Un scrupule, en Se»
réserve, i Saghaanben. Troquer, ombytte. Une

3affe,

en

en

£røie.

Arpenter, gjennemlobe.

Un chemin de traverse,
A la belle

étoile,

en

©ibeoei.

unber aabcn

£im>

Se soustraire à, unbgctae, unbjïtppc. Lucratif, inbbrin»
97. Ambulant, omoanfcnbe. Un histrion, en
gcnbe.
©jogler.

mel.

—

Touche-là,

ber

Cela lui

à

min

£aanb ! c’est entendu, bet er et Orb!
98. La
merveille, bet Kæber fjant fortræffeligt.
recette, 3nbtægten. Séduisant, forførenbe. S’esquiver, løbe
bort, lifte ftg fyemmcligen bort. Flairer, ubfpeibe; eg. lugte til.
S'y connaître, forftaae ftg berpaa. Réaliser la valeur de
ses billets,
gjore fine Sittetter i ipcnge; la valeur, Særbien.
Faire son sac, fplbe fin ©ofe. Verser, ubtomme.
Loyalement,
ooereenêjlemmenbe meb fit Softe.
Rejoindre, træffe, fiobe
famntcn

va

ntcb.

er

—

Se mettre à

S. 99—101. Le
Mettre le

pistolet

l’abri, fætte ftg i ©ifferfjeb.
poitrail, Sringen. Un étage, et ©ibfel.

à la gorge,

l)o(be !f3iftoIen for Srpftct; la
chevrotine, SHæoefjagl, fugler tit at ffpbe
100. Dépouiller, ubplpnbte, afflœbe. Être
®aabpr meb.
des nôtres, t;orc tit ooreë fÇolî.
La masse, Âaéfen; et ©am=
funbê ©engebefjolbnittg. Un éclaireur, en Itbfpeiber.
101. L’infamie, f., ©fjænbfel. Un cultivateur, en SIgerbprîer. Se dégorge, ©trüben.

La

—

—

cider, tage

en

23cjïutning, beficmmc ftg.
La vigne, SBiinlanb.

0. 102—105.

Le

s

pré, Gingen. Un

289

Doœgljprbe. Il y a commencement à tout, Mit man
baøe en Segpnbelfe. Désoler, miétrøfte. Soigner, røgte, pleie.
Une étable, en Drægflalb.
La
Sain, net ubtuftet; funb.

pâtre,

en

103. L’hésitation, f„
Paître, grceëfe.
La
brioe,
friche, ubtirfet Sanb.
ftpre.
SBetanfning.
Régir,
Une jachère, en fFîarf, font poiler eller ligger i 2*. En plein
La
Un engrais, et ©jøbningémibbcl.
rapport, i fulb SDrift.
routine, 23anen. En dépit de, uagtet, ttobê. Il ne tient qu’à

litière, ©traeïfen.

—

vous, bet bercer tun paa Sber

fel».

—

104. Mettre

Léguer, teflamentere.

en

rap-

Un

préjugé,
port, gjere inbbringenbe.
Il ne
Les appointements, m., ben aarlige Søn.
en gorbom.
se possédait plus de joie, pan »ar ube af ftg fele af ©læbe;
105. Les instances,/l, inbftanbige Sønner.
posséder, befibbe.
—

Un

hectare,

en

S)agê Sløiclanb; eg. 100 Stereé; h®« 3Icre ct
La probité, îtetffajfenpeb.
Professer,

100 OJÎetre i Goabrat.

ubøøe.

6.106—108. Le ventriloque, Sugtaleren. Par excellence,
La
fortrinêBiié, frem for Slnbre. Le commérage, ©labber.
médisance, Sagtalelfe. Chuchoter, poiffe. La paroisse, ©egnet.
Indiscret, ubetænffom, uforjïgtig i Sale. Fêlé, fpruffet, rennet.
La complaisance, Seïoiüic.
Traverser, fjør.e oret. Le balai,
kejten. Abandonner, forlabe, gioe ©lip paa. Raccommoder,
floppe. Le seuil, SDortœrffelen. Nonchalamment, ligegplbigen.
Un bateleur, en ©jogler. Une redingote, en Ooerfjole. Un
gilet, en Sejl. En divorce avec, fom iffe flutter fïg til; le
divorce, ©filémrêfen. Un lambeau, en IÇjalt. Des bottes à
La semelle, .©aalen. Veuf de,
revers, ©tarier meb Äraoer.
La bordure, Slanten.
berøbet ; veuf, ©nfemanb.
Affamé, for.
en
Un tamUn
en
guglefløite,
flageolet.
fulten.
flageolet,
en
et
Sromme,
Sambourin,
bourin,
©lagê
poorpaa ber fïaaeé
La
Faire le cercle,
meb een Srommeftif.
mesure, Saften.
ffutte etter banne Ätebfen.— 107. Brandir, fringe. Des passes,
f., ©oing i Sianbé meb Segemet og îfrmene; i gcegteubtrpf :
Ubfalb, ber ffee oeb at fatte ben oenflre gob foran ben paire,
19

290

EETfobparten »iger. Une pose, en ©titling. Pittoresque,
maleriff. Joyeux, munter. Bouffon, fiubfeérlig, naragtig. Etre
nacit

crédulité, Settroenfjeb. Finement, fnebigen, Iiftigcn. Hausser, træffe paa ©fulberen. Avec
brusquerie, i en nreb og opfarenbe Jone. Le gousset, 93uye*
Faire le plaisant, agere nittig.
tommen.
Goguenard, ffjem«
tenbe. Je t’en fais mon compliment, jeg gratulerer SDig. La
gueule, gtaben. Le saisissement, ©pfen, gittrenbe Qlngefi. La
stupeur, Çor6aufeIfen. Consterné, beftfirtfet. Hébété, fionet.
Vide de dents, tanbïoô. Le brouillard, Jaagen. Le spleen,
108. L’enclume, f 2ImboIten. Une rave,
Jungfinbigfieb.
en Dîoe.
Eperdu, fornirret, ube af fig fein. La chaîne, Sœnfen.
Sourd, bump, fiuul (omSpben); bon. Le grognement, Muttren;
©rpnten. Enfoncer, trpffe neb fiaa $obebet. A ses trousses,
i fine £œte; les trousses, en gammel SBenæonelfc paa *Been=
flœber. Insouciant, forgloé, ubefpmret. Une amplification, en
Ubfplbning, en Onerbrinelfe. Un commentaire, en gorflaring,
en
gm-'lnttning. Secouer, rpfie. Incrédule, oantro. Merveilleux, nibunbcrligt. Insister, Mine neb fin ifiaafianb.
0. 109—111. Avancer, fremføre, fremfœtte. La défiance,
IDÎiêtillib.
Persuadé, onertpbct ont. Rusé, liflig. Narquois,
Le
fncbig.
mystificateur, giyereren; ben, fom forer en Slnben
bag Sfifet. Déconcerté, fat t gorlegenfteb, bragt ub af fÇatning.
Un rustre, en iloibenbe, en ©robrian. Détruire, tilintetgjore.
La lourde croix, bet tunge M>rë. Perpétuel, befianbig, fiebfc*
Un poison, en ©ift.
narenbe.
Une épine, en Jorn.
La
Une
Le
en
chaussure, gobtoiet.
intelligence, gorfiaaelfe.
loyer,
En grommelant, fnurrenbe mellem Jamberne.
Seien.
Solder,
afbetale. La redevance, ben aarlige ÏÏfgift etter Stente. Hère,
m., ©taffel. Nouer les deux bouts, fammenfnfitte be 2 Snber,
110. Le créancier, Srebitoren. Les doléances, f.,
flutte.
Magerne. Le thème, ©muet. Arriérer, Mine tilbage mcb en
ÏBetaling. Le r.etard, llbfætteïfe, Qorfinfelfe. Réprimander,
irettefœtte. Productif, inbbringenbe. Une jambe de chêne, et
à

même,

nære

i ©tant) til.

La

—

.,

—

—

291

af Sgetra.
tung, trpffenbe.
»are èefietnt paa.
©tanb tiï at

ffaben.

La

disposition, ©inbéflemningen. Pesant,
Être disposé à, rare tilboielig tiï,
Exempter de, fritage for. Acceptable, i
mobtageé.. La craie, Sribtet. La folie, 25aar=

Seen

—

111.

Redire sur,

ubfcette

paa.

Remonter, træffe op.

Le

Le coucou, Pufferen.

La

pendule, ©tueufiret.
poids, Sagten.
Aigre, jïærenbe (om Spben), fuur. Un ivrogne, en îtruffen»
Un nigaud, en ïoêfe, en ®oémer. Un accoutrement,
boit.
en

Saaflabning.
0. 112—114.

S’écarter, fjerne ftg.
Perçant, ffingrenbe, gjen»

Rrosser, afborjte.
La veste, ïroien.

Tricoter, ftriffe.
nemtrangenbe. Devenir la risée, blioe til Safter. Dussé-je,
fïulbe jeg enbogfaa. Mettre en pièces, fonbetrioe La ménagère, .fjuuémoberen. La résistance, iDîobflatiben. Blasphémer,
banbe.
Insolemment, uforffammet. L’épiciére, llrteframmer»
Le hareng, ©üben. Interdit, forbløffet, forfagt.
Le
fonen.
Le
boucher, ©lagteren. Bariolé, fpraglet, broget.
tablier,
gorflœbet. C’est
lebeê fom ®ereé

Le

une

Sroen.

cabaret,

horreur

La

etc., f)Oor bet

ffraffeïigt, faa
enseigne, et ©filbt.
sorcière, §epen. S’élancer, fare ub.

Spg feer ub!

—

er

=

113. Une

©fjelméftpffe. Un cri de moquerie, et fpot»
Le croisé, Soré»
La boucherie, ©lagterfiebef.
tenbe ©frig.
114. Que vous importe, l)»ab
fareren. Hargneux, bibfï.
Une

espièglerie,

et

—

Sorg) ®em »eb? S’incliner, buffe ftg. Une quittance
Cuiittering een ®ang for aile. Le charpentier,
générale,
La place
Le bel-esprit, bet oittige $o»eb.
Jømmermanben.
fommer (bette

en

tenable, men paa bette ©teb fuitbe ban iffe ^otbe ftg lange
(benne Slabé lob ftg iffe forfoare lange). La rixe, ©triben. Bouleversé, fovftprret. Une perdrix, en Stgerpøn«. La couvée,
2)ngelen. Atteint, truffen. Le chaume, ©tubbene, $almen.
0. 115—117.

Saggen.

Un

Raser les murs,

Bohémien,

en

3igeuner.

gaae tat inb langé meb
La grange, Saben. Une

pesanteur, en ïpngbe. La manche, 26rmet. Exaspéré, for»
La
bittret.
Rudement, baarbt. Le scandale, gorargelfen.
19 *

292
-

réprobation, SJtiêbifligeïfen. L’impétuosité,/ $aftig|eb. Consumer, fortære.
Alimenter, nære. Epuiser, ubtommc. Une
émotion, en ©inbébeoagelfe. De son propre mouvement, efter
116. Se repentir de,
fin egen ïilffçnbelfe, af egen Drift.
chacun, afraaate fjhobelferne
angre, fortrtibc. Proportionner
La marche, Diftrictet om en St).
efter ©nfoerê Ärafter.
Snigen af bette Dtb i benne Settibning er fjelben og egentlig
Un vigneron, en Siingaarbêmanb. Un
fun om oiéfe ©taber.
et
©oiin.
L’abaissement, m., ben fornebrebe ©titting.
pourceau,
Un cordelier conventuel, en gtanciffanermunf af ben albte Dr*
.,

—

.

.

.

—

117. Le moben, fom iffe tjar antaget ben ntiere Reform.
nastère, JUofteret. Un tour de malice, en onbffabêfulb ©treg.
—

Contrefaire, efterabe.
Drbenenê tloftre i

narmelfe.

Un

en

Le

provincial, Dberforfianberen for aïïe
Srobinbê. Une avanie, en fmanenbe gor*

bachelier,

en

Saccalaureuê.

118—120. Vous sentez le pape à

pleine bouche, ben
paoelige ©toltfeb ftinfer Dem ub af Ralfen; il sent le pape,
Mettre en œuvre, fatte i Sera*
fan lugter af Saoefîoltfjeb,
à
la
Porté
cruauté, tilboielig til ©rufomfyeb.
gelfe (i 2ïrbeibe).
en
Une verge inflexible,
tiboielig Snobe. Juger à propos,
ftnbe beteiligt. Un consulteur, en af Saren ubnamit Jîaabgioer
La congrégation, Drbenêbrobreneê ©amfunb.
i Jroeéfager.
Le procureur-général de l’ordre, Drbenenê ©eneratprocureur;
0.

en

©nibebêmanb,

ber

t)ar at paafee Drbenenê jSntereéfe.
Un caractère

Le

facile, en
Saint-Office, Snqbifitionê*Setten.
en
119. Un bref,
panelig llbnabnelfe,
foielig (Stjaracteer.
La
cg. et Srcoe (patelig officiel ©frioelfe til Øorigfyeber).
Un foyer de ruses, en ©rube fulb af
tiare, $<u>et)uen.
ArtiDtœnfer; un foyer, et Qfrnefleb; et Sranbpunft.
Des
ficieux, fnebig, rœnîefulb.
brigues, f., iorig ©ogen om
en
mat
Une
©temme.
©inbebe.
voix cassée,
Entrecoupé, af*
brubt. La toux, $ojle. Dans cet équipage, i benne ©fiffelfe.
120. Le moribond, ben Doenbe,
L’humilité, f., glbmKgfeb.
A bon
Se redresser, reife fïg op igien. Etonner, ifîemme.
Une
rel
be
meb
Omette,
fom
fortjente.
métamorphose, en
droit,
—

—

293

gorpanbling. Un souverain remède, et ufeitbarligt, et fortræf«
feligt, et rabicalt Sœgeinibbet. Impérieux, Êvjbenbe, fyerffefpg.
La licence,
©. 121
123. L’appareil, m ., îitbetjorct.
Le
SoiMerêfieben. Infester, færge.
libertinage, fRpggeétoô»
Le barigel, SDoerfooebet for ißolitifolbaterne (les sbires)
fjebeir.
122. Une perquisition, en ©fterfogen. Ingénument,
i 9tom.
Une licence
aabenlqertigen.
Replier, lægge fammen igjen.
Un
en poetiff gvifeb.
voe.
Ramer,
jule, en romerfï
poétique,
123. Les
10
omtrent
iBærei
ïüpnt, af
©fitting ®anff.
Un
terme, en Ter«
intérêts, Stenterne. Disposé à, ffiffet tit.
Transi de peur, betaget et. gjennem*
min, en 23eta(ingôtib.
b erbet af SIngeft.
S’acquitter d’une dette, afbetale en ©jælb.
S. 124—126. Le majordome, fjuitêfoomefleren. Le principal, £obebftoten. Congédier, (abc gaae, afffebige. Un procédé ruineux, en obetœggenbe 'yretnfœrb. Un religieux servite,
Le chapitre
Un évêché, et SBifpebomme.
en ©erbitermunf.
La
bienveilde
Drbenené
l’ordre,
©eneratforfamting.
général
ben
La
chaire
125.
paoetige
pontificale,
lance, 59eoaagenfjeb.—
—

—

—

©toi.

Un frère convers,

opoavtenbe 33robcr.

en

Envisager,

fane for 0ie. Scandaleux, forargelig. Avoir égard à, tage
126.
fjenftm tit. Épuisé, nbmatfet. Excessif, operpcetteê.
Un poison, en ©ift.
Licencier, afffebige. Dissiper, abfprebe,
—

titintctgjore.

Éclatant,

Une

ffinnenbe.

Faire semblant

de,

natte,
Faire
tabe

fom

fletning af ©io.
à, inbftnigre jtg fo3 Sîogen.

©îaatte,

en

sa cour

en

ont.

dédain, tjaanligen. Un plat de fèves,
Mortifier, pbmpge. N’avoir garde de, iffe
128. La grandeur factice et
teenfe paa, iffe fane i ©inbe.
de convention, ben fnnfiige og bebtagne ©torfeb.
Fouler,
Une économie, en ©parepenge; eg. en ©parfom»
træbe paa.
meligljeb. La querelle, ©triben. L’acharnement, m., gorbiU
tretfe.
Défaire, flaae, bibringe et Stebertag. Un partisan, en
Tilgænger. Austère, ftreng. L'emportement-, m., .fnbjtgfcb.
Accorder, ffænfe, pbe. Maladif, fpgelig. S’appliquer à, beflitte
©. 127—129. Avec

en

Stet Sonner.

—

294

ftg

Adopter, Ijplbe, antage ftg. Equitable, retfeerbig.
deroute, Hîeberlaget. S’embarquer, inbffibe ftg. Délier,
129. Le banquet, Sliaaltibet, ©jæjlebubet.
lufe.
Chétif,
belle
La
©tebmoberen.
fpinfet, frag.
mère,
Lâche, feig.
S’endurcir, beerbe ftg. La brutalité, ben taae SBebattbling.
Être en butte à, tocere en Q3olb for. La férule, îampett. Subir,
ubftaae. Le châtiment, ©traffen. Suivre le cours, beeltage i
Unberttitèningen, bore en j5 orc l cegn i n S- Un rideau, et ©arbin.
Réveiller, oceffc. En sursaut, plubfcligen, unentet. Ayant failli,
ba jeg rar. nær reb.
Déchirer, fonberrine. Une trouée, en
en
Oîift,
îlabiting.
0. 130—132. Le dégât, Øbelæggelfen, ©faben. Le trouble,
Qlngejf, llro. Trahir, forraabe. Chanceler, rafle. Ivre, be=
rufet. Glacer, iêite. Se dérober, iffe fiaae 6i; unbbrage' ftg.
La sueur, ©rebeu. Ruisseler, trille, riête. La lanière, Dteni=
men.
Réclamer, forbre. Saignant, blobenbe. S’accrocher à,
gribe fat i. Le sanglot, tfntlîen. Avoir en horreur, bare
Ifffç for. Surmonter, orerninbe. Être parvenu, b^e op»
paa.

La

—

naaet, rære fontmen

ftobe.

—

Le convive,

faaribt.

131. Un toast,

en

©faat.

©jœften.

Faire

Heurter,

défaut, fiaae feil.

L’iniquité, f., Uretfcerbigt>cb. Préoccupé, forbpbet i Janîer.
132. L’intiinité, f., Snber»
Sanglant, blobig. Fléchir, boie.
ligbeb, fyortroligbeb. L’Angelus du soir, en Stftenbon boê ©a=
—

tfjoliferne. Le créancier, ©rebitoren. Secouer, rpfte. L’afflicPréserver de, beffl)ttc imob. Tomber
tion, f., ©orgeit.
dans la peine, femme i ÿîob.
0. 133—135. Racheter, afbetale, frifjobe.
Un désastre,
La récolte, ^efîcu. La
en Ult)ffe.
grêle, ftaglen. Décimer,
bortrioe £)üer îienbe.
Un usurier, en îlagerfarl.
Dissiper,
abfprebe. Précipitamment, plnbfeligen, f>oücbf'ulbê. Une apparition, en Slnfomft, en Silftinefoimnen. brusquement, Ijœftigen.
Soupçonneux, miétcenîelig. Rassuré, beroliget. Un proscrit,
en

23anlpfî.

Se

empressement,

découvrir,
en

blotte

fît §o»eb.

—

134.

Un

gorefontmenbeb. La compassion, SLeeltagelfe.

r

295
Un fait

fioerbagébegioenfieb. Vulgaire, alntiit»
belig. La retraite, ïilflugtSfiebet. Désoler, fijemføge, fiœrge.
Un exilé, en
Successivement, ben Sne efter ben ïïnben.
La proscription, SDobâbommen, gorpitèningen.
Sanbfïpgtig.
La veille, ben foregaaenbe ®ag.
Un
La pâleur, SMcgfieben.
et
réduit,
Slfluffe. Apparent, iøinefalbenbe. S’écouler, fi en»

journalier,

en

135. Un surcroît, en Jiloceft.
Se débarvinbe, forløbe.
rasser de, ffille ftg af meb.
La charge, Serben.
Onéreux,
bprbefulb. Le dévouement, Dpoffrelfen. Se résigner à, finbe
La bouchée,
Chétif, ringe.
ftg i. Le sacrifice, Offeret.
bon.
Le repentir,
ulmenbe,
;
SJîunbfuIben. Sourd,
fremmelig eg.
Singeren. L’éclair, m., ©limtet. L’égoïsme, m., (âgenfjœrlig»
fieb. Invisible, ttfpnlig. La pose, Stillingen, $olbningen. La
—

rêverie, Orømmeriet. Creuser, gtaoe. La ride, SRfinfen, gu»
Le remords, ©ann>ittigfieb$naget.
ren.
0. 136—138. Un lucarne, en SRube; eg. en Sagrube.
Le seuil, Oørbjcelfcn; SDørtærffelen.
La cachette, ©fjulet.
Chuchoter, fioiffe. Etre en mesure de, »ccre belaoet paa. La
coiffure, |>o»ebpfinten. La toque, et ©lagé $>ue; eg. en gilt»
fiat, oo'ertruffen meb gløiel og meb en fmat fiant. Effaroucher,
Un
forffreeffe, forjage. Ricaner, fmaalee, tee onbffabêfulbt.
en
137.
délai,
Ubfcettelfe.
Compromettre, bringe i gare,
Courir cette chance, ubfcette ftg for benne
compromittere.
ORuligfieb. Dénoncer, angine. La créance, ©jclbéforbringen,
ïilgobefiaoenbet. Une angoisse, en Slttgejî. Convulsif, Etant»
Le prétexte, ifiaaffubet.
Joué, paataget, forjtilt.
peagtig.
Feindre de, labe fom.
138. Imprévu, uforubfeet. Frêle,
Le calice, fialfen (i fRab»
ffrøbelig. Un anneau, en [Ring.
ocreit). Exaucer, bønfiøre. La guérison, $c!btebelfen. L’ivresse,
f., [Rufen. Inonder, oocrocelbe; oocrjïpllc. La prévoyance,
La veille, SDagen forub.
gorubfeenfieb, Ubftgt i gremtiben.
Sillonné, furet. Reculer, fare tilbage.
0. 139—141. Indulgent, naabig, oocrbœrcnbe.
La conséquence, gølgen. Sainte Vierge, fiellige Jomfru! Convenu, oeb»
—

—

296

taget, beftemt. Tirer d’affaire, Bringe ub af gortegenfeb. Mettre
en vente, fliïïe tit Qtuction.
Un berceau, on SBugge.
Irnbécille,
mumte.
140. Saigner, Hebe. Répuenfotbig. Grommeler,
•—

rare Su imob (mobbpbelig).
Une agitation, en Sinbéuro.
Balancer, rafle, beteenfe fi g paa. Bouleverser, bringe ub af
galning. Pénible, fmertetig. Prêter appui, pbe 33ifîanb.
141. Sommer, opforbre. Dépossédé, ffilt reb. Éperdu, for*
tabt, forrilbet. Un tertre, en litte §oi. Le gazon, ©ronfoa*
La résignation, gatning, ^engirentjeb i ben gubbommelige
rcn.
Sans remède, uben Oîebning; le remède, Sagcmibtet.
SBiflie.
La calomnie, Sagraffetfen.
Laborieux, arbeibfom. Les débet
berorebe
©obé.
Un lâche, en Ming, en Jîib*
f.,
pouilles,
Une
en
bing.
iniquité,
Uretfarbigfeb.
Croisé, fotbet, tagt
obérions.
Invoquer, paafatbc.
0. 142—144. Le vacillement, SBaften. Une attitude, en
fjolbning, en faft Stilling. La base, ©runbrolben. Une affection, en tjær Stitboieligfeb. S’entasser, opbpngc«, Avide, be=
gfarlig, graabig. Un lambeau, en 'fSjatt. Les enchères,/.,
Qtuctionêbubcne.
Se presser,
Suspendre, fianbfe, opfatte.
trange jtg frein. S’interroger, ubfporgc tjoeranbre.
Hésiter,
betanfe fïg.
Une torche, en gaffet.
La cloison, Srabcoag»
Ébaucher, ubfajte. La fierté, SBarbigfeb, Stottfeb. La
gcn.
143. Conpose, Stillingen. Une extase, en Segeijîring.
La
Une
templer, beffue.
stupéfaction, gorbaufetfen.
esquisse,
Un dessin, en Stegning.
en Sfitfe.
Une ébauche, et Itbfaft.
Recueillir, tage (En i fpufet. Muni de, forfpct meb. JoyeuseSe délasser, ubfoite fïg.
Une fonction, et
ment, glabetigen.
(Smbebe, en SBeftitting.
144. Un
S’adonner, fengioe jtg tit.
bois taillis, en Itnbërffoo.
Une remise de chasse, et grifteb
for SBitbtet. Agreste, (anbtig. La vicissitude, Omocjding, Dm*
ffiftning, goranbertigtjeb. Touffu, tat, tobfutb. Somptueux,
pragtig, fojîbar. Le solstice, Soïfoer».
6- 145—147. La rosée, ©uggen.
Une biche, en £inb.
Le faon (ubt. fan), Dtaafatoen.
Se tapir, fatte fïg i en frum

gner,

—

—

—

297
La

©titling for at fïjulc ftg; buîfc jïg neb.
biglieb, ©jœïé fReenfieb. Une cruchée, en
qn., ficnwenbe ïafen til 6n.

gribe
ûf
om,

en

friff ©jerning.
Sßiger lœngeê efter

fyoo af

ber

oê

førfi ffat

©atticiême, ber betegner

beffue.
Un

A

différend,

jæone.
©ibe.

©.

aise,

son

en

i

en

fulb. Aborder

146. Prendre qn. sur le fait,
C'est à qui...année, (ânfjDcr

—

paa

oê unge

candeur, llfftjl*

Jtruffe

at

f.
2Soobbcfirib.
o.

fin SOîageligfjcb.

©tribigfieb,

en

Assorti par le cœur,

ISbcQlar;

bet

ftylbe

naae

0.;

c’est à

bet

gjœlbcr
qui, er en

Contempler, betragte,
—

llcnigfjeb.

147, Jaser, fïabbre.

Aplanir, bilægge,

fom paêfer gobt fra opfertet«

Concilier, ubjcetme, forlige.
Comblé de bénédictions,

148—150.

ooeroœlbet meb

danseuse? fjoorïebeê forebçgge,
SSelftgnelfer. Le moyen que
Le
bermeb
at en etter anben nng finoé
fmtyffer fin ®ajne?
.

.

.

corset, Siojlçffct af ffijolen, SBrtyftet. Allons, nu nef. Le dégât, Øbefceggelfen. Passer au râteau, rioc, rente meb en SRise.

Éternelles, f

.,

6oigf)ebébIomftcr.
149.

Folâtre, ooergioen, munter.
Troquer, ombytte. Imposer,

Bannir, forjage, ban!t)fe.
La fête, 9îatmebagen.
paafcegge ïoang, inbgtybe 9©rbobigf)cb.
La fermière, ©aarbmanbêfonen,
La marraine, ©ubmobercn.
Un
Maudit, foef,
ivrogne, en SDruïfenboIt.
gorpagterfonen.
more ftg fqer*
at
S’en
donner,
filjg, forbanbet. Tenter, frifte.
—

De coutume, efter ©«bonne.
gfab.
Avoir beau prier, bebe forgjceoeê. Ne vouloir plus de qn.,
150. Implorer, anfoge, bebe om.
brtybe ftg itfe mere om @n.
Réprouvé, forbomt. Un débat, en ©trib. La réprobation,
gorbonimelfen. Doter, ubjtyre, gioe SRebgift. La prétendue,
ben gorlooebe. La vénération, 9©rbobigf>cb, 56refrt)gt. Arrêter,
Dorénavant, for gremtiben.
tage en Seftemmelfe, fajlfcettc.

telig,

me

munter

og

-

L’emblème, m., ©inbbitlebet. Grâce à votre souvenir, taftet
La commémoration,
ocere (oeb £iœ(p af) ©berê ©rinbting.
en
Prématuré,
altfor
tiblig.
Qtfbob.
3f)ufommeIfe af
Les
Le
commerce
151—153.
maritime,
©øtjanbefen.
@.

denrées, f., gobeoarer, £anbelê»atcr.

Équiper, tiltafte.

Armer,

298

ubrufte. Radouber, fortømre, reparere et ©fi6. Forger, fmebe.
Du goudron, ïjeere.
Une chaudière, en Sjebel. Le câble,
QInfertouget. Brasser, btpgge. Un atelier, et SBœrffteb. Le
152. La taverne, SBœrtêfyufet.
Stimétier, SBceoerftolen.
muler, anfpore. Le discernement, ©fjønfomfjeb. Le bénéfice,
153. Assidu, jîabig, ocbfyolbenbc. Ragorbeïen, ©eoinfîen.
lentir, ftanbfe, fagtne. L’ardeur, f., Sneven. Uni, jœon.
0. 154—156. Le coton, Somulben. Débarquer, (oêfe,
ubffibe. La cargaison, Sabningcn. Le chantier, ©fibéocerftet.
Remonter et descendre, feile op og nebab. Le tissu de coton,
93omuIb«tøiet. Brut, raa. Expédier, affenbe. Lustrer, gioc
politur, ©lanbë. La voie ordinaire, ben alminbelige 93efor=
bring. Une ornière, et .fjjnlfpor. Un fourgon, en Safînogn.
Un trait, en Q3ÜI. Un tour155. Une étable, en gœftalb.
billon, en fjoirocl, en fjoiroïenbe Süîaêfe. Lancer, ubfafic. Une
bouffée de fumée, en SRøgftrøm. La narine, 'Jtcefeboret. La
gueule, ©abet. La houille, ©teenfullet. Alimenter, ncerc.
La chaudière, Sjebelcn.
Accrocher, faftlfcefte. La filature,
156. Un appareil à vapeur, et £>amp«2lpparat.
©pinbefmfet.
Battre le blé, teerffe Cornet. Battre le beurre, fjœrne ©mot.
Râper, rafpc. Scier, fange. Tailler, tilfïœre. La brasserie,
—

—

—•

■

—

Srpggeriet. La drèche, ütîaltet. La cuve, Srpggerïarret. Le
sol, ©uïoet. Le comble, [Jaget. La précipitation, Si!.
S’opérer, foretaget, ubretteS. La manipulation, iïïîaaben at oirfc
paa; 2Ivbeibêvnaabe. Une barrique, et Dpepobeb. Crever, renne.
0.157—159. Course de chevaux, £ejtenebbeløb. L’émulation, Sappetpften. Distribuer, îtbbcïe. Une sonnette, en Stoffe.
Une coupe, et Sœger,
trent 2

lægge.
fappeê.

—

©faat.

en

Une verge, et 9Jtaa!,

om=

fine Scocegelfer. Fournir, tilbage^
158. Monter en or, inbfatte i ©ulb. Concourir,
Suer, foebe. Sobrement, tarneïigen. Transpirer, ub=

gob.

Leste,

let

t

Se purger, brnge affarenbe tKiblcr. Une bottine, en
159. Le poumon, Sungen. Fendre, gjenucmffare,
fjalnftaole.

bunfte.

—

flâne.

Effréné, utæmmelig,

tai!eôla3.

Une

chance,

en

ttbjrgt

299
tit at tombe.

La

pêche
gremgangêmaaben.

du

hareng, ©itbefîfferiet.

Évaluer,

0.160—-162.

Le

anflaac. Un navire ponté,

procédé,
et

fartai. Revendiquer, gjore gorbring paa, tilegne fig. Frayer,
Pla161. La mouette, ©tranbmaagen.
lege, fajle SKognen.
Huileux, tranagtig. Surnager, [rømme otoem
ner, foœtoe otoer.
paa.
Émaner, ubgaae fra. Un cabestan, et ©pit. La maille,
ÜJÎafïen. Lesouies, f., ©jætterne. Le requin, #aien Détourner,
—

162. Un caqueur, en SJÎatrcS, ber lægger ©ilb neb.
Une couche, et Sag.
La saumure, ©atttagen.
Saurer, rage

forjage.
©itb.

—

Tremper,

ubblobe.

Un

hareng-saur,

en

røget ©ilb.

Les

intestins, m., gnbootbene. L’encaquetage, m., 31ebfattningen. Le
furnier, ©jobningen. Fondre, optøfe; [mette. L’huile, f., Trannen;
L’âcreté, f., ©farptjeben.
Confire, nebfalte; eg. fptte. Le pin, ©ra»
Le débit, 3lffcetningen.
La résine, £arpipen.
nen.
Lucratif,
La
®(b
Sflutfdjbancn,
glissoire,
inbbriugenbe, forbeetagtig.
beÊanen neb ab en ©fvaaptan.
jeeton.
Uni, gtat,
L’échaffaudage,
m., ©tittabfet. Une esplanade, en jcetoti gtabe. Une banderole,
164. Se rassasier,
en ©impet.
L'impulsion, f., garten.
mœtteé.
L’élan, m., ben Rurtige f5 av t- Heurter qn., jîobc paa
La seLa balançoire, ©pngen. Une perche, en ©tang.
©n.
165. Un oignon, et Sog.
maine sainte, ben fiitk Uge.
Pourri, raabben. Enfreindre, otoertreebe. Officier, forrette ©ubêDtien.

Un mets accessoire,

en

©irct.

0. 163-— 165.

—

—

La
Ressusciter, opftaac; optoceffc fra be ®øbe.
dignité, langen, SSaerbigLeben. Entonner, ijtemme. L’aube, f.,
®aggtp. Dulait caillé, tpfülietf. Indistinctement, uben gorffjet.
Le poulailler,
0. 166—168. S’établir, opftaae fin ©otig.

tjeneften.

$ønfeljufet. Pondre, (ægge 36g. Un baladin, en SDanbfcr, en
©jogter. Des comestibles, m., gobetoorer.— 167. Une affluUne pelisse, en $eM
L’abstinence, /'.,
ence, et îitlob.
Tailler, tittjugge. Le mortier, ÜRuurteret. Un
2lff)otbenf)eb.
168. Un mormiroir, et ©peit. Un lustre, en Spfefrone.
tit
at
ber
en
en
fanon,
ubfajîe ©omber.
Sttîorfer,
6rugeé
tier,
—

—

300

Refléter, tifbagefafie SpSflraafer.

Une

bougie,

et

33oj;ft)8.

Par-

venir à

l’idée, ïomme paa boit îanfe ; parvenir, anfomme tit.
minerai, (Jvtfet. Le cuivre, kobberet. Griller, opheteffle«
get paa en Dîift. Liquide, fhjbentc. Le moule, ©melteformen.
De l’argile, f., Seer. Une usine, en ©meltefjtytte.
Une forge,
en ©metie.
S’ensevelir, begraoe fig.
@. 169—171. S’exhaler, (tige i SBeivct; ubbunfte. Un abîme,
en ïïfgrunb.
Une échelle, en ©tige.
Blême, bteg, guften. Exploiter, bearbeite. Saillant, fremftaacnbe. Un jupon, et ©fjert.
La bure, Satinet, groet ulbent $oi.
Tutoyer, fige SDu tit.
170. L’écorce, f., ©fatten, Sælgen. La fève, Sonnen. Lafarine, SOletet. De l’orge, f., 33pg. Du seigle, 9îug. Séjourner,
forbtioe, btioe fîaaente. Un enclos, et 3nbetuffe. Uri marais salant,
en ©attgrnbe.
Se dépouiller, ffilte fig oeb, affontre fig. Un fagot
d’épines, et ïjornefuippe. Un réservoir, et ©jemmeftet. Une
chaudière, en Sjetel. S’évaporer, fortnnfîe. Les monts Kra171. Un câble, et ïoug. Elles sont à
paks, Äarpatfjerne.
peine penchées, te fjaoe nceften ingen ©fraaning ; penché, fat
Le

—

—

i

ffraa ©tiüing. Le carrefour, fforégaben. A la file, paa 9îab.
@. 172—174. L’écroulement, m., ffîebfiprtningeit. Procéder,
Un souterrain, en #nte unter fjor*
gaae frem, gaae titocerfê.
en

ben.

Engloutir, opfluge. L’affaissement,

natif,

m.,

Hîetfçnfen.

Le sel

tet

getigne ©ait, Sjergfattet. Un juste-au-corps, en
ïroie. Un tablier, etgorftcebe. Une toque en feutre, en
gittfyat
uten ©fpgge. Affublé, iført. Grotesque, pubfeerlig. S’abandonner à la
pente, folge ©fraaningen ; s’abandonner, oøergipe fig
tit. Une poutre, en Sjctfe.
S’enfoncer en glissant, täte f.g
glitc net tit Sunten ; s’enfoncer, tranige net tit Suuten, for«
ti)be fig. Un puits, en 23ront. Une opération, et goretagenbe.
Un chariot, en fiirbjutet 23ogn.
173 Un
Ébranler, rpfte.
—

éboulcmenl,

et

Sortfïret. Le charbon de terre, tBruunfuï. La
Une excavation, en lltfuiling. Creuser, graoe.
©teenfnl.
houille,
A la

longue, paa langé. Un antre, ennuie. S’affaisser, fpnfe net,
frnife fammen. Boucher, titfîoppe, Se conjurer, foreneftg øm,fammen«

301

Détourner, aflebe. L’inflammation, f., Slntcenbeï»
174. Asphi.xier, fræk, tilintetgiøre pïubfeligen alle Sibé«
fen.
functioner meb en uaanbbar ©a^art. Prévenir, forebbggc. L’in-

föccrgc ftg.
—

souciance, f., Sigcgplbigbeb. Un ver-à-soie, en ©ilfeorm.
Un mûrier, et SDîorbartrœ.
Excessif, oberbreben. La croisade, korstoget.
S. 175—177. La routine, 23ancn. La soie écrue, ben raac
6ilfe. Une pépinière, en ipianteffole. Indigène, inbenïanbfï. La
présomption, 3nbbitbfît>eb. Solliciter, anføge cm.— 176. Un
poêle, en kaffelobn. Un four, en Dbn. Une tablette, en |k)Ibe.
Une latte, en Scegte.
Une claie, en flîiiêfktning meb anbragte
Slabninger. Un roseau, et Dior. Une chambrée, en ©tue fulb;
en
ÜJÎœngbe, ber bce fammen. La croissance, 93cej:ten. Les
mettre plus au large, gibe bem ftørre fflabé, feette bem
længere
177. Un berceau, en £»tte, en Søbfyptte.
fra fjberanbrc.
Un brin, et ©fub, en ©titf.
La bruyère, Spngplanten.
Le
Une
et
®t)be(.
et
©røb.
raa.
£plfler,
genêt,
coque,
Brut,
Une bassine de cuivre, et bpbt kebberbaffen. Détacher, tbêne.
La gomme, Sinien, ©ummien. Coller, îtijîre. Un balai, en Soft.
Un guindre, en SBinbc, en ©ilfeoinbc.
Se dérouler, opbifkê.
Se dévider, affja^peé.
Tordre, tbinbe. Mu, fat i 33ebœgelfe ;
Un fuseau, en Jeen.
mouvoir.
Un apprêt, en Stppretur,
en
©tib^eb og ©tanbê. L’organsin, m., Drganftnen, tbunben
—

©ilfe.

La trame, Sjïetten.

Le satin, Slttaffcn.

178—180. Teindre, favbe.

Décruer, affoge, betage Si«
Imprégner, gjennemtrœnge. Monter les
métiers, fatte ©ilfefleffernc i 23œb. Le métier, Stœbcrftoten.
Appliquer les dessins, anbringe SKønfterne. Esquisser, ubfafie,
gjøre Dmribfet af. Un dessinateur, en ïegnemefter. La dentelle, kniplingen. La vie pastorale, |>prbelibet. Pittoresque,
maletiff. La fonte, ©metten. Déborder, ffpfle ober Srebbcrne.
Le pin, ©vantreeet.
Le sapin, gprretrœet.
Les glaciers, m.,
179. Isolé, affonbret, afffaaren fra al gorbinbetfe.
©letfcfyerne.
Un antre, en #uk.
Un potager, en kjøffenf;abe. Un verger,
men.

Du savon, ©cebe.

—

302
Une

flèche, et ©piir. Retentir, gfcnïijbe. Vaste,
moellon, en ©anbjîcen. Une ardoise, en ©fifer=
rummelig.
fteen. La menuiserie, ©neblerarbeibet. La charpenterie, Jørn*
en

fÇrugtfjatoc.

Un

merarbeibet.

—

180. La

grande réputation,

confection,

Jittaønin|'cn.
Un

ftaae i fier QInfeelfc.

Jouir d’une

quintal,

et Eentner.

Succulent, foftfulb.
S’arranger avec qn., flatte îtccorb, gjore
meb
Le
Sn.
Qlftole
beurre, Smørret. Le procédé, grcmgangê»
maaben.

Verser, tjelbe

Tiède, lunten.

ub.

Une

truelle,

en

flab

©fcc, cg. en Sîuurfïee. S’épaissir, Mine tpf. Le fromager,
Djletiïïaneren. Tendre à, jîrcebe efter. Des hulles, f., Sobler.
Des
forbrugeé, forteereé.
La
chèvre, ©jeben.
aromatiques, f Shpbcrurter.
Un maître chevrier, en ®jebel;prbe.
Engraisser, febe. La
crête, Joppen. Savoureux, »etfmogenbe. La faux, $øftleen.
Faucher l’herbe, flaae ©rceéfet.
182. Tenir à, l;otbe faft
Peb, feette fßriiä paa.
fîemt
Disposé à,
for, oplagt til. Foinennoere.
Se
183. La frugalité,
fammen.
ter,
cotiser, ffpbe
Jatnelig^eb. La sobriété, 2©brueligf)eb. Sombre, mørt, inbe»
Une
ftnttet i ftg fein. Des guêtres, ©amafefer, ©tøøtetter.
0. 181 —183.

Se consommer,

herbes

.,

—

—

bouillie,

en

©røb.

Du maïs, SKaid.

0. 184—186. La rosée,

Du millet. ftirfe.
Un sifflement,

SDuggen.

Le museau, ©nuben.

ten.

Elles

Aigu, ffingrenbe.
sont plus serrées

Arqué,

en

gtøb

f)øce(øet.

ligge tættere inb tit; serLe bêlement, SBrœgen.
La grêle,
rer, tröffe faft, Hemme.
Se resserrer, troenge ftg fammen.
£><ige(cn.
Soigné, pleiet.
185. Parquer, [cette i golb, [amie gaarette
Tondre, ttippe.
paa en inbfyegnet fpiabé.
Rude, fjaarb, barfï. Un chalet, en
et
Le chamois, ©teengjeben.
Dfieftptte,
©cfymeijerlptnë.
Franchir, fpringe oøer. Inaccessible, utitgjængelig. Une lucontre, be

—

—

1

nette

frayer

d’approche,

en

Une besace,

filtert.

chemin, bane ftg

Sei.

Des

ett

Jnerfoef.

Se

crochets, m., f>a=
jarret, §afett. Alerte, aarøaagen.
Se disperser, fprebe ftg ab. Gravir, flattre op ab.
La creLa
kennen.
vasse,
ravine, Sjergfirømmen ; eg. ben, fom banneé
ger,

un

froge.

-

186. Le

en

303

Du pain d’avoine, $anrebrøb.
af degnen; ogfaa: $uulneien.
Chétif, mager, uèfel. La gibecière, Sagttojïen. Le brouillard, ïaageti. Envelopper, inbfqflle.
0. 187—189. La

plante
précipice,

du

pied, gobfaalen. S’élancer,
ftcife îlfgrunb.
Renverser,
fafte omfulb. Farouche, menneffeffg. Hagard, nilb. Crédule,
Un sorcier, en Jrolbmanb.
lettroenbe.
Une paroisse, et Sogn.
Se susciter des rixes, We flammerie meb t>inanben.
Être à
la poursuite de, me t Çœrb meb at forfølge.
Tanner, game,
De menus objets, m., Smaating.
barfe.
188. Lesentier,
Un asile, et grijteb, et îi(=
gobflien. Excessif, onerbrenen.
flugtéfteb.
Dompter, tcemmc. Intrépide, uforfœrbet. Abo189. L’arêne,
lir, affïaffe.
ft'ampplabfeh ; ©labiatorerneê
La
lice, Stribéplabfen. Faire le tour de, cm*
gœgteplabê.
runbt
om.
L’enceinte, f., ben afluffcbe iÇIabê, Hreb=
gine, gaae
Le

fpringe frem.

ben

—

•—

—

fen.

—

A

découvert, aaben, ubfat for Solen.

fhjttet (mob Solen);

t

Un

tilfrebêjtiüe.

mætte,

®tyret,

neb at ftiffe bct meb

arrêt, lægge Sanbfen
fen.

Éblouissant,

A

l’abri,

bc*

Pratiqué, anbragt.
Assouvir,
en
gn,
fom
piqueur,
îlnfporer,
opfjibfer

2ty.

an;

en

Sanbfe.

l’arrêt,

blænbenbe.

m .,

Mettre la lance

en

Stottepunîtet for 2anb»

Percer, gjennembore.

0.190—192. La monture, ©prêt, ber ribeê paa. La flèche,
$iten, Harceler, brille. Une bannière, en gane ; et 33anner. Du
velours, j$(oieI. Écarlate, fïarlagÿiérob. Fougueux, fflbfig. Cir-

conspect, forfigtig. Aguerri, nant til Strib, firibêoant. Provoquer, nbæffe. Esquiver, unbgaae bepænbigen. Prend l’ofTen191. La moelle épinière,
sive, giner ftg til at angribe,
Le
Une vertèbre, et §nirneb
cerveau, hjernen.
îlpgmarnen.
Il le vise au coeur, tjan ftgter ben efter hjertet.
been.
SeTernir, forbnnfle. L’athlète, m., ftœmperen.
couer, rpfte.
192. Vu, naar man tager i Setragtning.
Franchir, tilbage*
lægge. Faire jaillir, fafte i SBeiret. Dégoûtant, næmmelig.
—

—

0. 193—195.

Supprimer, opfjæne. Lancer des excommunications, ubfltjnge Sanftraaler, Sanlpéninger. Rétablir,

304

inbførc paa ni).
Disséminer, forbcte ; ubftrøe. L’ascension,
f., Srifii ^immeïfart. Un anneau, en [Ring. Enchaîner, teen*
febinbe.
Les saturnales, f ©ahirnalierne, gejler tit SGre for
©aturnué. Délier, løfe.
194. Retracer, foreflitte, afbitbe.
—

.,

—

Les

différends, in ., ©tribigtjeberne.
Élargir, tøltabe. Des
élrennes, f., Stptaarcgacer. Panaché, prpbet meb Sop. La
195. Éloihousse, $cfleb<*ffenet. Un échafaud, et ©tiflabé.
ubetuffe
La
;
Le
fjerne.
gner,
contrainte, Soangen.
déguisement, goiflerbningen. Un palefrenier, en ©tatbfnoegt. Une
brosse, en fBørfte. Des miquelets, m., Sanbittcr, [Rørøo. Une
espingole, en ÎRiffet. Un zig-zag, en Srcefay, beftaaenbe af
teenbe jigjagformige Sinier, fom man fan fammentreeffe
og forlænge.
Des quaqueri, Smafere.
Affublé, inbfjplfet. Épuiser, ubtømme.
Un balai, en Soft.
Une nourrice, en Stmme.
Un nourrison,
—

et

fßattebarn.

Emmaillotté, fom

er

i ©oøb.

Une

tire-lire,

©parebøéfe. Des dragées, f., ©uffcrfugter. Des noisettes, f., #aéfetnøbber. Se munir de, forfpne fïg meb. BlanDes matti, fRarre.
Une bordée, et 2ag.
chir, male f>oib.
Un polichinelle, en
L’usure, f., o»erbre»en [Rente, Stager.
Une jaquette, en fort fjole, en Sroie.
puffetrpgget £arfefin.
0. 196—198. Des lazzis, m., l'ittige Snbfatb.
Plissé, tagt
i Sæg, frufet.
Se quereller, trcetteé.
Un coutelas, en 3agt*
en

fnio,

en

fort og breb ffaarbe.

Industrieux, oinbffibefig. La
197.
bougie, 23ojïpfet.
La^croisée, Sfinbueêfaget. Un effort, et gorfog, en 23cftrcebclfc, en Slnflrcengelfe, Puéril, barn*
tig. Le flegme, $f>Iegtna. L’indolence, f., S)orfî£>eb. Attrayant, tittrœffenbe. Des arabesques, f. pi, Søoocerf, Slra*
beffer.
198. Un précepte,
Tranchant, braffenbe, ffærenbe.
en
gorfïrift. Des bains, 33abef)ufe. Une ablution, en SRenfctfe.
Pavé, brotagt.
Surmonté, omgioet forooen.
Ombragé, cm*
ffpgget. Touffu, toofntb, toet. Un charpentier, en Sommer*
manb.
Promptement, Rurtiçrcn. Des treillis de bois, m.,
Srœjaloujter ; un treillis, en ©ammenfatning af Sremmer. Une
lucarne, en titte Stabning, en Sagrube.
Une vitre, en SRube.
—

305

Barbouiller, orerflrtyge. Se passer de, untreue. Accroupi,
paa £ntg.
Suggérer, inbgtybe.
ø. 199—201. Un préjugé, en gorbom. La
fatalité, ten
uunbgaaelige ©fjeebne. La résignation, gafning, #engirenbeb i
gorfrneté Siflie. Absurde, urimelig, beftjnberlig. S’évanouir,
fibtente

forfrinbe.

200.

Voûté, fyrcelret. Un orfèvre, en ©ulbfmcb.
Du brocard, ©iltetri, intrirfet meb
joaillier,
©ulb eller ©rir.
Un sellier, en ©nbelmager. Un
armurier,
en SSaabenfmcb.
La lame, Slingeu.
Damasquiner, beimnrfcre.
L’agitation, ®riftigt)eb, SSirîfom^eb. Un coussin, en '$ube, et
§t)nbe. Vaquer à un travail, befatte jig meb et Slrbeibe, bejïjœf*
tige jig bermeb. Un sorbet, en felenbe SDrif, en Simonabe.
Un

—

en

Sureleer.

—

201. Le tuyau, SRrrct.
l’ambre, m., War.

L’embouchure,/’., SJiunbftlfffet.

Échanger,

rejle.

Un

maintien,

en

De

îlbfcerb,

.fjclrning. La susceptibilité, $hrelig()eten. Un emportement, en Opfarenfjeb. La compassion, SWcblibenbeb.
Déchu,
nebfalben. L’aridité, f, ïrr^eb, Ufrugtbarfjeb.
0. 202—204. Le sol, Sattheiten.
Indispensable, uunb»
rærlig. Une outre, en Scebevfïaffe. Une auge portative, en
§aanbfyanb; une auge, en ©pant, et Jrug. Une courroie,
en Dîem.
Le tendon, ©enen.
La nuque, Watten.
La géUne
©tamtarlen.
et
203.
Solnéalogie,
embûche, SBagljolb.
liciter, anfrge ont. La discrétion, ©obtbefinbenbe. L’angoisse,
Se désaltérer, [lutte fin ïrrft.
f., Sibelfe, SLrt^angejî.
204. Invoquer, paafalbe.
Une tribu,
Guetter, lure paa.
en ©tamme.
(Un tribut, en Wfgift). Réclamer, anfiolbe om,
begjaere. Vindicatif, ficeriigjetrig. Provoquer, fremfalbe, for*
anlebige. L’agresseur, m., 'lingriberen. Apaiser, fülle tilfrebé
en

—

—

—

A outrance, paa Sir og ®rb.
Des mouvements de
(reifen.

L’acharnement, m., gorbiO
générosité, Utbrut af 9ßbe(=
motigfjeb; un mouvement, en îilffipibelfe.
L’oulrage, m.,
gornœtmelfeu.
Tarir, ubtrrre. Tributaire, ffatffçlbig.
0. 205—207. La gomme, ©ummi.
Le baume, Satfam.
Le
L’encens, m., Dtrgelfe.
séné, ©eneéblate. La datte, ®ah
—

20

306

belfrugten. Extraire, ubtraffe, ubbragc. Maintenir, fyaanb*
tjceuc, »ebligcfiolbe. Refluer, fitømme £>en til, tilbage tit. Le
caféyer, faffetrœet. Un rejeton, et ungt ©fub, en 91flagger.

L’aromate,

frtybbret (aromatifï) SDuft.

m.,

206.

—

L’apprét,

Xilberebelfcn, ©elfanblingen. Le noyau, hjernen. Piler,
Un mortier, en SRorter.
Le
ftøbe. Un plateau, et gab.
m .,

La mesure, ïaften.

Støberen.

pilon,

207. C’est à l’enfant,

bet

er

m., âtîetobien.

L’air,

©arneté Jour.

Remuer,

røre

©fart. GlutiDu
Du liant, 33tøbf>cb, @mibigf)eb.
Une
©lanbé.
en
©are.
lustre,
denrée,
@. 208—210. Fendre, Roue, fpalte.
Le fracas, SJragen.
Le gommier, ©ummitrœet. Se gercer, fpraffe. Suinter, ubfltfbc,
ubfnebc, affatte gugtigbeb. Limpide, îtar. Un panier, en furo.
Un dais, en Salbafin, en Jftronfiimmet. Établir le camp, op=
flaac Seiten. Des tablettes, f., flabe fager. Entasser, fijlbe i.
Une bête de somme, et Safibtyr.
209. Le comptoir, .pan*
beléjiebet.
L’échelle, f., ©a»n paa $anbeléplub[er paa fttjîen
af Senantcn. La progéniture, ©ffommct. Mettre bas, fajie (om
SDprcnc, ber fobe Unger). Décharger, aftœêfe. Une cuve, en
fumnie, et far. Le pont, Satfct. Une coulisse, en Saage, et
©rat til at fïçbe frem og tilbage. Retirer, trccffe fra. La cale,

Ingénieux, finbrig.
neux, liimagtig, flœbrig.
om.

—

Une variété,

—

en

—

En

©fibérummct.

échange,

til

ïufï.

Être

de bonne intelli-

i

gob gorftaaelfc. Escalader, heftige. Surprendre,
fïuffc, oncrrnniple. La vigilance, ©aapaèfenlieb, Slarnaagen^eb.
La mêlée, ©triben. Braquer le canon, rette fanonen. L’équigence,

»are

iDianbffabct. La fourberie, ©ebrageriet. L’impétuosité,
210. Exploiter, benytte, brage
§aftigbeb. Évaluer, anfïaae.
L’huître, f., ©hiélingen, cg. Øfierfen.
gorbeel af, bearbeite.
Un dépôt d’humeur, en ©ffatning, et©nnbfalb af en ©abfïe. La
nacre, ©ertemocr L’écaille, f., ©fallen. Façonner, forme. Percer, gjenuembore. Boucher, tilftoppc. Ingénieux, ftnbrig. Recouvrir, ouertraffe. Un procédé, en gremgangêmaabe. Pénible,
page,

m..

—

—

møifommelig.

Le

lustre, ©lanbfen.

»

L’avidité, f., ©egjarlig[;eb.

307
3.211—213.

Dépourvu, blottet for. Terne, bunfel. Laif;»ib. Céder, fîaae tillage for. Le gouffre, QJialftrommen, îlfgrunbcn, ©»algct. Un écueil, et Sfjcer,
en ffjult Hüppe.
Plonger, bptfc, gaae tilèunbS. Le requin, £>ai=
Des
ftjïen.
superstitions, /'., o»ertroijïe SKibler. L’imprécation,
212.
/'., gorbanbclfen. Écarter, fjerne. La baie, Sugten.
Un pilote, en ©tprmanb.
Adjuger, tilflaac »eb Uluction.
Tremper, bpppe, ubbløbe. Une éponge, en ©»amp. S’iinbiber, gjennennemtraffe«. Ils courent la chance de etc., be
213. Pourrir, raabne. Surveiller,
prø»e bet Spffefpil o. f. ».
l;a»e Dpjïgt mcb, paéfe paa. Détourner, til»cnbc fig. Soustraire, bortfuappc, bcrttifîe. Avaler, ncbftngc. Administrer
un
émétique, gi»e et Srœfmibbel inb. Le trafic, çanbeleii.
La solennité, ^oitibeligficbcn. Productif, inbbringenbe.
3. 214
216. Une brasse, en ga»n.
Une rangée, en
ïtab. La semence de perles, $crle*©cibcn. Le triage, ltb=
215. Le débit, Slffcetningen. Le gant, .Spaiibffen.
»alget.
Infuser, ubbløbe Dîoget, faa at SSanbet træffer ©afterne beraf
tit ftg.
Étourdir, bebøoe. Griller, Ijebc o»er en SRifi, rifle.
Délicat, fiin, gart. Se faner, fortørre«. Un fourneau, en
Une plaque de tôle, en Slifplabe.
Don.
Suer, ubbampe.
Un crochet en bois, en îrcetjage, en îrœragcr. Une natte, en
IKaatte.
Du jonc, ©i». Une exhalaison, en Ubaanbing, en
Dunjl. Doublé, beflcebt, foret. De Pétain, m, ïin. L’arôme,
216. Réduire en poudre, fmulbrc til
ni., ben »eHugtenbe Duft.
Le
Sambuérøret.
La souplesse, ©mibig*
fßuloer.
bambou,
La
l>eb.
ténacité, ©eigfycb. La charpente, îommernœrfet.
Le tronc, ©tammen. Le bois de lit, ©engeftebet. Un ustensile de cuisine, et ftjøfEcnrebffab. Un baquet, en Salle. La
charpie, ïvcolcrne. Du crin, Urølfyaar. Le matelas, UKabrat»
fen. Un éventail, en SBifte. Une mèche de chandelle, en St)»
feocege. Les agrès, m., ïaffclagen. Le câble, îlnfertouget. La
brouette, hjulbøren. Arroser, »aube. Le bourgeon, Snoppcn.
3.217—219. Confire, fplte. La cage, Suret. S’appauvrir,
mat

teux,

—

—

—

—

—

20 *

30Ö

Usité, brugelig. Le caolin, kaolin, Çorceltainjorb.
pétuntsé, ifietuntfe, ben fjoibe geltfpat. Fouler aux pieds,
celte meb gubberne.
Uu puits, en Srotib.
Pavé, brolagt. InLa pâte,
218. Pétrir, celte.
grédient, ni., Seftanbbecl.
©eigen. Uni, jceon. Purgé, rcnfct. La cuisson, kogningen.
En relief, i opf}oiet ÜIrbeibe.
En creux, forbt)bet.
Le ciseau,
anocnbc
i
Le
ftor DKoengbc.
ÜJlciflen. Prodiguer, obfle,
vernis,
gerniêfcn. Manquer, fïaac feil. Ne tarder pas à, iffe to»e
meb (gjore Noget fnart).
219. Compact, tcet, faft.
Fragile,
jïjor. Etre percé de huit croisées, £>a»e 8 gag SDinbuer;
percé de, gjennembrubt af. Améliorer, forbebrc. Expliquer,
forflare. Analiser, uboifle, oplofe.
0. 220'—222. Un préjugé, en govbom. Délivrer, befrie.
Se défier de, tage
Rusé, lijîig. Fourbe, lumff, bebragerfï.
fïg i ÎIgt for. Une démarche, et ©fribt. La distinction, Ub=
Le
mcerfelfe.
L’embonpoint, ni bet gobe £utb, gebmen.
Une
en
besoin, ïrangen.
idole,
îtfgub.
Joufflu, oppuftet,
fplbig. Un magot, en djinefïff ©uffe, eg. en ’ïïaoian. Erroné,
oilbfarenbe.
Chétif, tiben,
Rétrécir, inbfnerpe, forminbffe.
fpinfcl. Une litière, en ÏBcereftol. Un étui, et gutteral. Vain,
Le
221. Serré, fnort. Le corset, ©nørlioet.
forfængelig.
Le
prépanier, giffc6ecnSffjortet. Insignifiant, intetjîgenbe.
cepte, gorfïriften. Us ferment le poing de la main gauche,
bc luffe ben Benjlrc §aanb ; le poing, Ncenen.
Empoulé, fouiftig. Le convive, ©jœfîen. Soumis, unbcrîajîet. Se départir de, aflægge.
222. Une entrevue, en ©ammcnfomft.
Selten.
L’interprète,
Devancer, femme forenb en ÏÏnben.
*
Une planche, en ifilabe.
L’imprimerie, 33ogtrl)fferfun|ïen.
Un pinceau, en Çpenfcl.
Un mandarin,
Exclure, ubeluffe.
en ONanbarin.
Un placet, et Slonffrift, en ’llnfogning.
0. 223—225. Un sillon, en pougfure.
Vil, nebrig, uéfel.
La rene, Sømmen.
Implorer, anraabe. La mollesse, SBlob»
agtigljeb. Honteux, fïammetig. Une sédition, et Oprør. Un
châssis de bois, en ïræramme. Une bougie, et SBoylpê.
Les
foravmeê.
Le

—

—

.,

—

—

309
ombres

chinoises,

panneau, et

te

djinejîfïe ©fpggebiflebcr.
inbfattet ©ibefipffc, en gplbning.

224.

Un

Sculpté,

ub=

—

Une banderole, en Simpel.
ffaaret, ubfjugget.
Des feux
d’artifice, gprmfcrier. Un artificier, en gprocerfer. Une
sauterelle, en ©rœdpoppe. Acharné, baarbnaïfct, oplubfet. Le
cachet, fraget, ©egtet. Trapu, unberfatjîg, fort og tpf.
225. Engourdi, inbflumret, borff.
La fourrure, Seléocerfct.
—

Outre mesure,
ïramuate.

Un

Le

attelage,

et

euer

al ÎKaabe.

crépuscule,
Sîjaretai,

et

De la

Juêmarfet.

gorfpanb.

La

quincaillerie, 3fen*
Echanger, cmtujïe.
courroie,

La voracité, ©raabigpeb.
Exténué, ubtœret.
Peu
leur
bet
et bem
gart.
importe,
ïigemeget.

0. 226

SRcmmen.

Un train,

en

228. La lassitude, Srcetpeb.

Affamé, hungrig.
tourbillon, en ^nimelninb. Des montagnes de flocons,
©neebjerge, ©neefog; un flocon de neige, en ©neeflof. Féroce,
227. Le miel, Henningen.
Déglubenbe. Braver, trobfe.
bebaue.
Un
poser, affeette, neblœggc. Étourdir,
marteau, en
Un
noeud coulant, en SRenbcïeffc.
Un billot, en
Ranimer.
Une tentative, et gorfag.
Slof.
Une planche, et Srœt.
Une balance, en Scegtffaat.
Gourmand, graabig. Se mettre
à l’aise, feette ftg til Sflo, fatte ftg i al Stageligpcb.
La peLe
Saanbet.
Se
santeur, Jpngben. Céder, giue efter.
lien,
redresser, inbtage igjcn fin farfîc ©titling. Emporter, riuc
meb fig.
228. La
Hurler, tube. Un pieu, en $«1.
gueule, ©abet. Un bois fourré, en Stratffou. Museler, binbe
en ÜJÎunbfur» paa.
La bourgade, glœffen.
Une battue, en
ftlappcjagt. Cerner, omringe. Rétrécir, forminbffe. Le gosier, ©ocelget. Se réconcilier, forfone ftg.
0. 229—231. La trompe, ©nabeten.
Rôtir, flege. Un
arc, en Sue. La caverne, #utcn. Assener, bibringe et pcefs
tigt ©log. S’affubler, iføre fig. Un accoutrement, en befpn»
beriig SDragt.
Hideux, feel, fjceéïig. Déguisé, forflœbt.
230. La vue perçante, bet ffarpe Øiefpn; perçant, gjcnnem»
trœngenbe. Aguerrir, gjere frigéuant, giøre fortrolig meb garen.
—

Un

—

—

—

310

phoque, ©celpunben. Alimenter, »cbligefyolbe, rtceve. Le
nerf, ©enen. Le boyau, £armen. Un outil, et Sœrftoi.
231. Une nacelle, en litte Saab, en Sotte.
Hérissé de, op«
meb
meb,
fplbt
eg. befat
fremragenbe Segemcr. Une latte, en
©finne. Une rame, en 'tiare.
Un harpon, en £arpun. Une
vessie, en Sïcere. Le voilà lancé, berpaa ftiffer pan t ©oen;
lancer, bringe et garfoi i ©øen, labe bet løbe af Stablen; eg.
nbfafte ©ppb, Ißile o. f. «. Le jouet, Safîeboïben. Plonger,
bpffe unber. Surnager, foømrne ooenpaa. Crochu, tilbage«

Le

—

E

bøiet.

Endosser, tage paa 91pggen.

0. 232—234.

Dépecer, ffcere i ©tpffer. Le gibier, Silb«
Enterrer, nebgraoe. Un obstacle, en £>inbring. Doué,
begaoet meb. L’agilité, f., ©mibigpeb. L’équilibre, m ., Sige«
Tourner sens
»ægten. Faire pencher, faae til at pcrlbe.
»enbe
Sunben
»enbc
dessus dessous,
op og neb paa.
op paa;
233. La supercherie, Sift, Sebtageri. Le saumon, Sapen.
234. CouLa baie, Sugten. Consacrer, anoenbe, fettige.
Un
habit
de
en
©tabêfjote; la parure,
dre, fpe.
parure,
Une
en
Dserfjote. Bordé, fantet. Une
ippnten.
redingote,
couture, en ©pning.
Longer, feile langé meb. Se diriDoubler le cap, paé«
ger sur, ftpre penimob, tage ©oitrfen.
fere forbi forbjerget. Faire voile pour, feile til.
0. 235—237. Des effets, m., ©ager. Débarquer, gaae i
tet.

—

—

i

—

2anb. Un

indigène, en Snbfobt. Une oreille-de-mer, et ©oore,
La braise, ©løben. Le goémon, ©ogrceé. La
en ©fatorm.
révolution du soleil, ©olené Dmbreining, bené Dp« og Sîebgang.
—

Ce fut à

236.

qui etc.,

be

Une sonnette,

fappebeé

om,

p»o

ber

jïnlbe

Un

miroir, et
©peil.
collier,
$alébaanb. L’empreinte, f ißreeget.
Mouiller, fafte QInfer. La pirogue, et 9îa»n paa be Silbeé
Saabe. Importun, paatreengenbe.
Molester, befocerc. Une
massue, en Sotte. L’outrage, m
gornœrmelfen. Démonter,
gioc

bem

o.

Un

f.

».

et

en

Stoffe.

.,

.,

237. Un insulaire, en Øboer. Assommer, ooer«
nebtage.
meb
©lag. Garotter, btnbe £cenber og Jobber paa.
falbe
—

1
L

311

Grièvement, fjaarbt. Rejeter, fovfafie. Vider, tømme. Rôder
autour de, Rolbe ftg beftanbig op omfring.
Epier, luve paa.
tneb
Une
Effrontément,
Uforffammettjeb, frœft.
pompe-à-feu,
eu

Une inondation,

Sranbfproite.

en

Docrffpllen,

en

Ober»

føømmelfe. Grâce à, Bcb £jœïp af. Tirer à petit plomb,
ffpbe meb $agel. Exterminer, ubrpbbe, tilintetgjøre. Une caronade, en ©oinglmé, ©tagê flor Sanon. Chargé à mitraille,
tabet meb ©fraa

(Sîartœtfdfer).

©. 238—240.

Infliger

des

punitions,

tilbete

©traf.

Un

feu d’artifice, et gptøærferi. Des ignames, m., jjjamérob.
Une pile, en ©ta6cl.
Assaillir, ooerfalbe, bejtorme. Abattre,

fœlbe.
La

La

grève,

hache, Øjen.

©tranbbrebben.

—

Le bonnet, £uen,

239.
La

Enlever, fratage.
férocité, © rumf)eb.
(

L’aveu, m., ïilfîaaetfen. La dépravation, ben
motalffe gorbœmlfe. Essuyer, ubfjolbe, ubftaae. Se repaître
240. Le cannibal, SJÎenneffe*
de, fortære, mcette ftg meb.
ceberen. Des lambeaux de chair, m Âjabjtumper. La dévastation, færgen, Øbelæggelfe. Une case, en 9îegerl)ptte. Un

Ronger,

gnaoe.

—

.,

©eicrëtegn. L’importunité, f., Scfoœren, ißaa*
Frileux, fulbffœr. Relâcher, anløbe en fjaon.
Avoir rapport à, f>a»e £enfpn tit. Le parage, garoanbet.

trophée,

et

trœngenljeb.

0. 241—243.

Le

naufrage,

©fibhrubet.

La trace, ©poret.

Se

convaincre, ooertpbe ftg om. Malfaisant, ffabefro. Séjouropfyolbe ftg. Aborder, lægge inb til fianbet, tomme nœr tit,
nærme ftg. Redoutable, frpgtelig. La
Surperfidie, Jroløéljeb.
meb.
Être
SBcarbeibelfcn.
veiller, tyaoe Dpftgt
L’exploitation, f.,
la
»ære
$aa6en.
242.
ført bag fiffet ;
dupe,
pris pour dupe,
Le
Circuler, beoœge ftg, gaae omfring.
géant, Sæmpen.
Sinistre, ilbeoarélenbe. Éclater, brpbe lø«. S’abriter, fœtte
243. Tacheté, plettet.
La
ftg i 2p. Spacieux, rummelig.
Les dents incisives, ©fœretœnberne.
mâchoire Âjœbebenet.
Verdâtre, grønlig. La prestesse, £urtigt;eb, Glacer, iêite.
Dissiper, abfppebe. Rondir, fpvinge. Le repaire, £>ulen. Interposer, fülle Dîoget imellem. Étincelant, funflenbc. Lancer,
ner,

—

—

—

312

îûjlc.

Ébranler,

Le

gémissement, ©uffen, Âlagelpb.
Aigu, fïcerenbe, fïingrenbe, pibenbc. Tenter, forføge. Reculer,
rijjîe.

ftøbe tilbage.
244—246.

Viser,
Darder, ubfafie, ubfenbe, ubftraale.
Une
on
chance,
$Migf)cb, et
figte.
La
Lâcher, flippe.
détente, îlftrpfferen
rimeligt Sitfcelbe.
Un bond, et ©pring.
paa ©enenet.
Atteindre, ramme, træffe.
La furie, Oîaferiet.
L’amorce, f., gamgfrubtet. La boîte à
A tâtons, farniente.
Le sol, Sotbbun*
Srubtfaéfen.
poudre,
En contact, i SBeterelfe.
Le frottement,
ben, Seergulwt.
Le
bouchon, proppen. La consterna©nibningen, SHitmingen.
terme
immédiat, en oiebliffelig Snbe
tion, SBejîprtelfen. Un
Le cerveau, frjernen.

.245. Intrépide, uforfœrbct. Une
Assiéger, beleire.
imprécation, en gotbanbelfe. Une cordc, et flîeb. Un sifflement,

paa.

—

Étouffé,

Assourdissant, bebønenbe. Inoffensif,
comble, bragt til fit fjøiefte (le comble,
nfïabelig.
©pibfen, Soppen). Étrangler, fncete, mprbe.
Méditer, pønfe
La précaution, gorftgtigheb.
paa, øbelceggo.
Boucher, jîoppe.
Gratuit, nnpttig, fom iffe leber tiï Dîoget. La rudesse, Dîaat>eb.
246. Résonner, gjenlpbe.
Le réveil,
Dissous, opløft.
©jenopnaagnen. Épouvantable, forfeerbelig, rœbfeïéfnlb. L’écume,
f., ©fummet. La femelle, hunnen. Impitoyable, ubarmhjertig.
Lamentable, flagcnbc, pnfelig. Naseau, fltæfeborct.
6. 247—249. Un sentier, en gobfîi. Joncher, bcfîroe.
Le roseau, Sfløret.
248. Semé de, befaaet
Osciller, rafle.
m
meb, opfplbt af.
L’équilibre,
Sigerœgten.
Déboucher,
femme nb fra.
Escalader, beffige, flattre op ab. Un obstacle,
en fiinbring.
Insurmontable, uonerjligelig. La poursuite, gon
Un saut, et
Franchir qu. ch., fatte oner Dîogct.
følgelfen.
©pring. Suspendu, frœrenbe. Un abîme, en Htfgrunb. L’éclair,
m., Spnilben. Déchirer, fønberrire. Le précipice, Stfgrunben. La
249. Un tronc d'arbre, en SrcebuT. Assener,
cuisse, Saaret.
Un
bibringe.
coup de crosse, et ©lag meb kolben. Lâcher
en

$iben.

Porté à

fnalt.
son

—

—

.,

—

313

prise, flippe (fyråb
Oøben.

meb

La

man

fjat grebet fat i).

surface, Doetflabcn.

L’application, f., Ißaalcegning
f., SBIobtabet
Agité, urolig.
aspiration, et Slanbebrœt.
Convulsif, frampeagtig.

;

Se

débattre, fœmpe
Evanoui, befoimet.

'tltrucnbctfe.
L’hémorrhagie,
résigner, finbe ftg i. Une
Un frémissement, eu ©ttfcn.
Se

séant, reife ftg otter
La Bo$ooebgja?rbet.
Confus, forvirret.
ïïefmten.
Merveilleux, oibunberligt. Accorder, tilftaae.
hême,
La belle-fille (la bru), ©oigerbatteren.
En outre, beëforuben.
S. 250—252.

Se lever

sur

son

Le chevet,

@nbe.

—

délai, Opfœttelfen. La fourrure, ÿeltèoeerfet. La
Le trot,
nie, Sittjauen. Un monticule, eu tille £ 01

Le

.

Le ronflement,

251.
til.

lithua—

îraoet.

Porté à, falbet ti(, fletnt
InacUne inquiétude, ett lltoligfteb.

©norfen.

Vouer, fietlige.
uoant.
L’allure, f., SDînaben

at gaae paa.
Le saut,
à
tilbelc
(Sn Üîet>«
des
corrections
qn.,
Appliquer
Une
résistance,
fetfer. Se soumettre, unberïajte ftg, ablpbe.
en îOtoboitlie, en SOtobjtanb. Préoccupé, bejïjaeftiget meb frite Sauter.

coutumé,
Springet.

tilmobe, ftttbè beweget. Pénible, piinlig. Coup sur
Les rênes, f., Søm«
Lâcher, flippe.
coup, ©lag i ©lag.
252. MeurPrendre le galop, ftaae inb i ©atop.
meme.
La
ténacité, SBebtyolbenljeb. La
trier, morberifï. Pâlir, blegne.
La
persévérance, Ubf)olbent)eb.
vélocité, 3i(, £urtigf>eb.

Ému,

fort,

—

Abattre, fcelbe. Nocturne, natlig.
Le ronflement, Snøften.
f)ør.

Sans relâche, uben Op«

Dépasser, tomme forait.
Atteindre, naae.
Le gémissement,
Le
©rpnten.
grognement,
Faillir, foigte.
Se douter, atme.
Viser, ftgte, (ægge an paa. Une
©uffet.
La
détonation, fnalbet. Débarrassé
explication, en fcrflaring.
254. S’élancer, ftprtc ftg frem.
de, befriet fra, ftilt ocb.
unber.
Se
butte
fatte ftg. Adoucir, for«
résigner,
Succomber,
Une lamentation, en Slagen.
Auréole, f., en ©lotie,
milbe.
en
Une
©inbëroligfieb. Troublé,
en ©traaleglanbë.
quiétude,
Le
persécuteur, forfølgeren.
cengftet. Sanguinaire, blobtorftig.
253—255.

—

314

Devancer, løbe foran, faae gorfpring.
La gueule, ©abet.
Altéré de, tevflig efter. La limite, ©vcenbfen.
Charger, (abe.—
255.

Chuchoter, fjoiffe. S’abbatlre, fït>rte. Un ralentisseSagtnen. Haletant, flønnenbe. S’épuiser, ubtømmcé.
Se relever, reife fïg paa np.
Distinct,
Trembler, ffjæføe.
La crosse, Jlolben.
tpbefig. Déchargé, nffpvct.
Délaissé,
fortabt.
Momentanément, for Øiebfiffet. Rassasier, mætte.
Charitable, mennefïefjorrlig. La stupeur, 23ebø»e(fe, 'Rejltjrtetfe.
ment.

en

Ridé, rpnfet.
@. 256—258.

La

résignation, £engioenf)eb i
Acharné, opf)ibfct; opirret. Flairer, fnufe efter. Le
Un bond, et Spring.
contenu, 3»bf)olbct.
Râler, ratte.
S’évanouir, befoime. Ranimer, gjenopline. La lutte, ffampen.
tßiüie.

Fouetter, pibfïc.
257. Le

Sans

miséricorde, uben ©armtjjcrtigtjeb.
persécuteur, forfølgeren. Une avance, et forfpting.

Minime, meget

titte.

—

Inappréciable, uffatteertig.

Se

réfugier,

tpe inb i, tage

fin tilflugt tit.
Evanoui, befoimet.
Ebahi,
Conjurer, bebe inbjtcenbig ont, befoarge. Le verrou,

forbaufet.

258.
Dépeindre, ffitbre. Électriser, begeiftre.
îtngcrcn.
repentir,
Faillir, foigte. Hospitalier, gjœfîfri.

Sfaabcn.
Le

—

Le

Le volet, SBinbueé'Taaben.
hurlement, ïubett, £plen.
Le
Flamber, flamme.
plafond, Softet.
Pratiquer, anbringe.

Vivifiant, oplioenbe.
0. 258

262. La paralysie, tBebøbetfe, 2am(;eb.
Une
inépuisable, en uubtømmelig Ørbftrøm. Avaler, fluge.
Une émotion, en
La délivrance, tBefrielfe.
Sinbébeoeegctfe.
Vacillant, bœoenbe, fooeoenbe. Soucieux, forgfutb, futb af 33e*
fpmring. Secouer, vpjîe.
Retentir, gjenlpbe. La jument,
.ftoppen.
Affamé, f>ungrig.
L’attente, f., forrentningen.
volubilité

Écarter,

ftaae tilfibe, abfprebe.

Un

et

fagot,

—

260.

Écumant,

fvaabenbe.

Sîiiéfnippe. Aveuglé, forbtinbet. Un craquement,
en Slitagen.
Achever, gjøve ©nbe paa. Infecte, fiinfenbe.
261. L’amertume, f., 33ittert;eb.
Le grattement, Slrabfen.
—

315

Insensé, ubetcentfom. La prédiction, gorubfigclfcn. S’accoinplir, opfolbeS, gaae i Opfolbetfe. Écraser, ncbtrcebe, fnufe.
262. La précaution, gorfigtigÇeb.
Le libérateur, Scfvicrcit.
Ivre, berufet. Doué, begauet. Tendre, raffe; ubftrceffe. Les
alentours, Omegnen, L’éloquence, f., 2Settalcnt>eb. Présuniable, formobet, fom man fan tcenfe ftg.
L’emporter sur,
feire orer.
—

316

Jnli!)øi&.
Anecdotes.

!.
Belles
Le

@tbe
1

réponses
de

prince

3

Saxe

4

Saillie de

Raphaël
Heureuse plaisanterie,
Le poisson d’avril

•

4

t

0

5

Patience d’un quacre
L’arlequin et le cocher de fiacre
Plaisante

6

méprise.
prochain..

Secourez voire
Autre trait de

•

6

•

•

‘

8

générosité...
Napoléon...

8

courage de
Amour filial

Trait de

8

Tenez votre parole
Aimez à rendre service

•

•

18

•

11

d’esprit.
la politesse.

12

Plaisant stratagème de Rabelais
Henri quatre et le vigneron

14

Présence

Effet de

Le

13
15

15

meilleur ministre.

Le soldat

16

russe

âge accompli, le naturel ne
Présence d’esprit de Charles quint
Certain
Le

roi

le

et

se

17

corrige plus,.,.

17

18

marmiton

19

L’ambitieux

désappointé.
Réponses baroques
Trait de magnanimité

19

20

Le chien de Frédéric 11

21

Joseph second en voyage,.
La police de Paris

23

Le
Le

24
24

magistrat insensible
magistrat intègre.

25

Le trompeur confondu,
gouverneur courtisan

.........

26

.

26

Le

paysans
La franchise d’Oxenstierna

27

Napoléon et le paysan du Saint Bernard....
Napoléon après la bataille d’Arcole
Intrépidité du maréchal Masséna

28

Reuchlin

L’album

et

les

27

28
.

29

29

317
@ibe
29
30
31

pas d’une personne par son habit
Égalité d'humeur
La véritable force est dans le calme de l’esprit

Ne

jugez

Comptez

sur

reconnaissance, quand l’intérêt

la

vous

en

32

répond
Effet de la

34

faveur

35

le fait.........
pris
Trait extraordinaire du sultan Sandjar

Les voleurs
La

Les

sur

37

justice

38

‘

rendue

40

faux-tnonnoyeurs.

42
43

Amour de la vérité.

Plaisante réplique de Voltaire,
La mémoire

prodigieuse
Hospitalité et sobriété des Arabes
Érudition de Napoléon
Leçon de valse donnée à Napoléon

.

Gourmandise de Roustan....
Présence

Danger
Quinze

de

d’esprit
de mort

ans

plus

49

Napoléon
par Napoléon

50
51

couru

tard

Partie dramatique.

II.
Les

53

interprétations (Leclercq.)
III.

Narrations.

Trait de bienfaisance de Paul et de

Virginie (de

Saint
74

Pierre)

82

(M"" Gijizot)
Les deux frères (De .Iussieu)
Le ventriloque (Magasin pittoresque, 183H)
La lourde croix (Magasin, pittoresque, 1837),..
Sixte quint (Blanchard)....,
Les deux écoliers (Mag. pitf., 1837),
Le paysan de Carigliano (Mag. pilt., 1837)
Albin

Les

roses

de monsieur

IV.

Esprit

Les machines à vapeur.
Courses de chevaux
Pèche

du

hareng.,

de Jlalesherbes

90
106
109
116

128
132
143

(Bouilly)

Descriptions.

peuple anglais (Depping, auteur
suivants jusqu'aux deux derniers)

commercial du
morceaux

44
45
46
46
48

des
...

151
153

157
159

318
©ibe
163

Amusements favoris des Russes
Fête de pàques en Russie
Palais de glace construit à Saint-Pétersbourg
Travaux des hommes dans les mines

165

Manière d’élever des vers-à-soie et de filer la soie....
La vie pastorale

174

Chasse

185

aux

16S

chamois

Combats de taureaux
Le carneval

167

en

178
188

Espagne.

193

Venise et à Rome....
Moeurs des Turcs

197

Moeurs des Arabes

201

Café de l'Arabie

204

Récolte de la gomme
Pèche de perles

207

Récolte

215

Partis

et

à

210

débit du thé

216

avantageux qu’on tire du bambou,....

Fabrication de la

217

porcelaine

Moeurs et coutumes

219

des Chinois

Manière de voyager dans le Nord de la Sibérie
Chasse aux ours dans le Nord de l’Asie et de
Chasse

phoques
Anecdotes du séjour
aux

fils

Expédition
La

caverne

Voyage

en

les

Groenlandais

du missionnaire

Eguédé

230
et

de

ses

.

234

jeunes personnes, 1837) 241
pendant l’hiver (Dlusée des familles,

tigre (le

Bohème

226

233

recherche de la Pérouse
livre des

1837)
V.

l’Europe

.

Groenland

au

à la

du

chez

224

Omfœttclfc af »anfïeliqc Drb

250

oq îctlcmaaber

263

<

7 Jlndersens
.

Bogbinderi,
Sandurgad*

6ï>

JQärhu*

